La version originale :
" Quand j'ai pensé de plus près et qu'après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j'ai voulu en découvrir les raisons, j'ai trouvé qu'il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable que rien ne peut nous consoler lorsque nous y pensons de près (...) De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois, sont si recherchés (...) De là vient que les hommes aiment tant le bruit et la remuement. De là vient que la prison est un supplice si horrible, de là vient que le plaisir de la solitude est une chose incompréhensible." (Pensées, fragment 125, éd. Le Guern)
Une version libre, célinienne :
" Toujours j'avais redouté d'être à peu près vide, de n'avoir en somme
aucune sérieuse raison pour exister. À présent j'étais devant les faits bien
assuré de mon néant individuel. Dans ce milieu trop différent de celui où
j'avais de mesquines habitudes, je m'étais à l'instant comme dissous. Je me
sentais bien près de ne plus exister, tout simplement. Ainsi, je le découvrais,
dès qu'on avait cessé de me parler des choses familières, plus rien ne
m'empêchait de sombrer dans une sorte d'irrésistible ennui, dans une manière de
doucereuse, d'effroyable catastrophe d'âme. Une dégoûtation.
À la veille d'y laisser mon dernier dollar dans cette aventure, je m'ennuyais
encore. Et cela si profondément que je me refusais même d'examiner les
expédients les plus urgents, Nous sommes, par nature, si futiles, que seules
les distractions peuvent nous empêcher vraiment de mourir. Je m'accrochais pour
mon compte au cinéma avec une ferveur désespérée." (Voyage au bout de
la nuit, 1932)
Céline avait lu Pascal, qu'il cite à plusieurs reprises en 1916 dans les
lettres envoyées d' Afrique à Simone Saintu.
Dans l'article qu'il consacre à Mort à Crédit dans Le
Quotidien du 19 mai 1936, Fortunat Strowkski,
professeur à la Sorbonne, écrit :
" C'est la condition humaine. Cela s'impose à nous. Ce que Pascal disait du haut de sa pensée, M. Céline le gueule au niveau des lieux bas." ( Céline, Romans, 1, La Pléiade, p.1410)
Céline a depuis bien longtemps conquis la Sorbonne...