Les philosophes antiques à notre secours

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Gómez de la Serna Ramón

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samedi 20 avril 2019

Greguería nº 19 ou quand la moraline devient pathologique.

" Era tan moral que perseguía las conjunciones copulativas."

" Il était si moral qu'il faisait la chasse aux copules."

Traduction un peu infidèle car las conjunciones copulativas sont les conjonctions de coordination.
En tout cas, le malade de la moraline avec la suppression de la copule aura plus de difficultés à se faire comprendre que el perseguidor de las conjunciones copulativas qui saura conjoindre sans les immorales conjonctions.

vendredi 19 avril 2019

Greguería nº 18, intraduisible.

" Cenobita : uno que cenar evita."

Savoir qu'en espagnol, le b et le v se confondent dans la prononciation.

mercredi 17 avril 2019

Greguería nº 17, sine grano salis

" Monologo quiere decir el mono que habla solo"

Cette greguería est traduisible mais perd beaucoup de son sel dans l'opération : " Monologue veut dire singe qui parle tout seul "

Dans la même veine, " monomaníaco : mono con manías " ( " monomaniaque : singe à manies ")

mardi 16 avril 2019

Greguería nº 16 : la patience de la matière.

" El mármol sabe esperar su estatua durante siglos."

" Le marbre sait attendre sa statue pendant des siècles."

lundi 15 avril 2019

Greguería nº 15, païenne.

" El deseo del rayo es plantar en el suelo un arbol electrico. "

" Le désir de la foudre est de planter dans le sol un arbre électrique."

dimanche 14 avril 2019

Une greguería pascalienne ?

Dans le prologue de Total de greguerías, Ramón mentionne le fait qu'il a trouvé des greguerías chez des auteurs anciens. Entre autres il cite, en l'abrégeant, une pensée de Pascal : " Los ríos son caminos que andan ". Le texte original, lui, dit : " Les rivières sont des chemins qui marchent et qui portent où l'on veut aller." Rien d'étonnant en effet que Ramón ait trouvé les deux ingrédients de la greguería : métaphore et humour.
Greguería, ce mot que Valéry Larbaud et Mathilde Pomès ont traduit par criaillerie, nom qu'ils ont donné en le mettant au pluriel à un des 6 chapitres des Échantillons, extraits de l'oeuvre de Ramón, publiés par eux en 1923 chez B. Grasset. D'après Rodolfo Cardona dans son édition des Greguerías (Cátedra, Madrid, 2014), ce sont les seuls traducteurs à avoir proposé une traduction du mot, malheureuse à mes yeux. Le mot vient de griego (grec), voulant dire ici langage incompréhensible, comme le précise le dictionnaire de la Real Academia Española. Si on peut le remplacer, en dehors du contexte ramonien, par griteria que rend bien lui criaillerie, c'est parce qu'on peut ne rien comprendre quand quelqu'un crie très fort. Il semble donc plus fidèle à l'intention de Ramón de laisser en français le mot d'origine, incompréhensible pour qui n'entend pas l'espagnol. L'espagnol cultivé, lui, comprend immédiatement ce mot comme voulant dire invention littéraire de Ramón Gómez de la Serna.

Le plaisir est bien sûr de chercher à rendre intelligible l' hébreu de Ramón. Quant à la phrase de Pascal, l'édtion de Le Guern la laisse sans note. En revanche, dans son édition des Pensées, le grand Léon Brunschvicg fait un rapprochement intéressant avec Rabelais. Voici la notule pour qui n'a pas la chance d'avoir sous la main l'édition en question :

" Il semble qu'il y ait là un souvenir d'un chapitre de Rabelais : Comment nous descendimes en l'isle d'Odes, en laquelle les chemins cheminent.... Puys se guindans au chemin opportun, sans aultrement se poiner ou fatiguer, se trouvoyent au lieu destiné ; comme vous voyez advenir à ceulx qui de Lyon ou Avignon et Arles se mettent en bateau sur le Rhosne,..." Cette pensée n'est-elle dans Pascal qu'une remarque isolée et sans portée ? Ou ne devrait-elle pas servir à titre de comparaison pour mieux faire entendre sa conception de l'éloquence ? Le discours est en effet pour Pascal un chemin qui marche et qui porte l'esprit à la conclusion où l'on tend." (Hachette, 1922, p.327)

Les greguerías de Ramón, elles, sont loin d'être toujours des chemins qui portent l' esprit à la conclusion où veut conduire leur auteur (pas sûr d'ailleurs qu'il ait toujours eu une conclusion à transmettre). Déconcerter, provisoirement ou non, était son intention.
Vu que la phrase de Pascal étonne aussi, certes moins par son sens que par sa fonction dans les Pensées, il était donc sensé de la part de Ramón de la voir comme une greguería.

samedi 13 avril 2019

Greguería nº 14.

" La pala es la primera y la última amiga del hombre, primero en la arena de los juegos infantiles y por fin descansando sobre el último montículo en el cementerio."

" La pelle est la première et la dernière amie de l'homme, d'abord sur le sable avec les jeux d'enfants et enfin reposant sur le dernier tas, au cimetière."

jeudi 11 avril 2019

Greguería nº 13

" Lo que ve el afamado en su fama es su propia muerte anticipada."

" Ce que voit l'homme célèbre dans sa célébrité est sa propre mort anticipée."

mercredi 10 avril 2019

Greguería nº 12

" A veces el abrelibros no marcha porque ha tropezado con el nudo de la novela."

" Quelquefois, parce qu' il bute sur le noeud du roman, le coupe-papier ne coupe pas. "

mardi 9 avril 2019

Greguería nº 11

" Queremos ser de piedra y somos de gelatina."

" Nous voulons être de pierre et nous sommes en gélatine."

lundi 8 avril 2019

Greguería nº 10

" Al oir que dice el bruto : " Yo solo me he hecho a mí mismo ", pensamos en lo mal escultor que ha sido."

" En entendant l'imbécile dire : " Je me suis fait tout seul ", nous pensons au mauvais sculpteur qu'il a été."

dimanche 7 avril 2019

Greguería nº 9, sceptique.

" Frente al "yo" y al "superyo" está el "qué sé yo". "

" Face au " moi " et au " surmoi " se trouve le " que sais-je, moi ". "

samedi 6 avril 2019

Greguería nº 8, pythagoricienne.

 ,

" Las parejas de cisnes parecen que señalan siempre una misma cifra, el 22 ; pero a veces, cuando uno de ellos está entrado en el agua y el otro está en pie, a la orilla, señalan el 24."

" Les couples de cygnes semblent indiquer toujours un même chiffre, le 22 ; mais quelquefois, quand l'un d'eux est entré dans l'eau et que l'autre est debout, sur la rive, ils indiquent le 24."

vendredi 5 avril 2019

Gregueria nº 7

" La arquitectura árabe es el agrandamiento del ojo de la cerradura. "

" L'architecture arabe est l'agrandissement du trou de la serrure. "

jeudi 4 avril 2019

Greguería nº 6

" Nuestros gusanos no serán mariposas."

" Nos vers ne seront pas papillons."

mercredi 3 avril 2019

Greguería nº 5

" No gozamos bien el canto del ruiseñor, porque siempre dudamos de que sea el ruiseñor."

" Nous ne jouissons pas bien du chant du rossignol, parce que nous ne sommes jamais sûrs que ce soit le rossignol."

mardi 2 avril 2019

Greguería nº 4, proustienne.

" El que está en Venecia es el engañado que cree estar en Venecia. El que sueña con Venecia es el que está en Venecia. "

" Celui qui est à Venise, il se trompe, du fait de croire être à Venise. C'est celui qui rêve à Venise qui est à Venise."

dimanche 31 mars 2019

Greguería nº 3

" Lo malo de La Bruyère es que tiene nombre de queso."

" Le mauvais de La Bruyère, c'est qu'il a un nom de fromage."

samedi 30 mars 2019

Greguería nº 2

" Un paquete de sal parece que va a durar mucho, pero se gasta en seguida porque la sosería de la vida est atroz."

" Un paquet de sel semble pouvoir durer longtemps, mais on le consomme tout de suite car la fadeur de la vie est atroce."

vendredi 29 mars 2019

Greguería nº 1

" "Ídem", buen seudónimo par un plagiario."

" "Idem", bon pseudonyme pour un plagiaire."

Il y a peu, un élève m'a demandé qui exactement était le philosophe Ibidem.