Les philosophes antiques à notre secours

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Usages contemporains et non-philosophiques de la philosophie antique

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dimanche 3 juin 2007

Pour une présidence péripatéticienne... ou d'un sens possible de la sueur en politique.

“Alain Finkielkraut sur France 2 (22-5): “Je souhaite voir le président de la République en costume et non pas dans sa transpiration… L’Occident dans ce qu’il a de plus beau est né de la promenade. Aristote se promenait ».
A quoi le ministre Xavier Bertrand a répondu par cette superbe maxime péripatéticienne (« Le Parisien », 28/5) : « Le jogging n’est qu’une promenade accélérée. » (Source : Le Canard Enchaîné du 30 mai 2007 p. 1 in Gouverner avec ses pieds) »

Roland Barthes, qui aurait fort affaire aujourd’hui et nous aiderait à identifier la lourdeur des images qu’on nous fait voir, écrivait il y a 50 ans dans un article consacré au Jules César de Mankiewicz et ayant pour titre Les Romains au cinéma :

« Tous les visages suent sans discontinuer : hommes du peuple, soldats, conspirateurs, tous baignent leurs traits austères et crispés dans un suintement abondant (de vaseline). Et les gros plans sont si fréquents, que, de toute évidence, la sueur est ici un attribut intentionnel (…) Et les hommes vertueux , Brutus, Cassius, Casca, ne cessent eux aussi de transpirer, témoignant par là de l’énorme travail physiologique qu’opère en eux la vertu qui va accoucher d’un crime. Suer, c’est penser. » (Mythologies in Œuvres complètes T.I p.579)

lundi 14 mai 2007

Diogène et les élections municipales en Euzkadi.

J’ouvre aujourd’hui dans ce blog une nouvelle rubrique qu’on pourrait intituler : les usages contemporains et non-philosophiques de la philosophie antique. J’invite les lecteurs à la nourrir de leurs témoignages.

Ma réflexion a été stimulée par le titre d’un article du journal espagnol el País daté d aujourd’hui : Les difficultés de Diogène au Pays Basque.

L’article, rédigé par José Luis Barbería, commence par ces lignes :

« Comme Diogène qui déambulait sur l’agora athénien, une lanterne à la main, à la recherche d’un homme libre, ainsi les partis constitutionnalistes basques vont cherchant et recherchant parmi leurs membres et sympathisants des gens disposer à remplir leurs listes électorales. »

La référence est moyennement exacte, Diogène Laërce la rapportant ainsi :

« Ayant allumé une lanterne en plein jour, il dit : « Je cherche un homme » (VI 41)

A dire vrai, son interprétation divise les érudits, comme le fait comprendre la note de Marie-Odile Goulet-Cazé :

« Selon l’interprétation traditionnelle, Diogène ne trouve personne méritant l’appellation d’ « homme », au sens d’homme véritable, digne de ce nom. J.P. Dumont, Des paradoxes à la philodoxie , L’Ane 37, 1989, p. 44-45, donne de cette phrase une interprétation nominaliste : Diogène chercherait l’Idée d’homme, que l’Académie de Platon essaie de définir, et ne la trouverait pas. Un de ses arguments serait que Diogène, s’il avait voulu dire « Je cherche un homme » (il me semble qu’il vaudrait mieux écrire alors « un Homme »), aurait utilisé andra et non anthropos. Il me semble cependant que dans l’hypothèse nominaliste, l’article aurait été nécessaire devant anthropos et l’on peut par ailleurs signaler des cas où anthropos signifie l’individu, non l’homme en tant qu’espèce (VI 56), ou encore l’homme en tant que doté des qualités dignes d’un homme (VI 40, 60, et surtout 32 où les anthropoï sont opposés aux katharmata, les ordures). »

C’est en tout cas la première interprétation que le journaliste présente, il dit dans le corps de l’article tenir la comparaison du philosophe espagnol Fernando Savater.
Reste que ce n’est pas du tout fidèle à la philosophe cynique d’enrôler son principal représentant dans la défense de la vie politique. Pour les lecteurs qui ne le comprendraient pas, je renvoie sur ce point à un de mes derniers billets sur les philosophes antiques et la grève.

Néanmoins, si on réalise que le parti politique en question est le Partido Popular (droite espagnole nationaliste) et qu’il y a eu de nombreux attentats meurtriers de l’ETA contre ses représentants au Pays Basque, la référence à Diogène n’est tout de même pas complètement insensée : il ne manquait pas de cran, certes pour une toute autre cause que la cause politique !