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  <title>Les philosophes antiques à notre secours - Académie</title>
  <link>http://www.philalethe.net/</link>
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  <language>fr</language>
  <pubDate>Fri, 09 May 2008 11:28:09 +0200</pubDate>
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    <title>Carnéade, petit joueur face à la mort ?</title>
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    <pubDate>Sat, 03 Jun 2006 10:09:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Académie</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Ne pas cesser de dire “la nature qui m’a fait me défera » pourrait être
interprété comme la conscience lucide du caractère éphémère de l’existence et
la marque d’une prise en compte de la finitude dans la détermination des biens
essentiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, de manière inattendue, dans la bouche de Carnéade, l’énoncé est
identifié par Laërce à l’expression de la peur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il semble s’être montré assez lâche devant la mort, puisqu’il
répétait constamment : « La nature qui m’a fait me défera » »
(IV 64 trad. de Tiziano Dorandi)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique des associations d’idées conduisit autrefois, précisément en
1933, Robert Genaille à une erreur de traduction :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il semble avoir été lâche devant la mort, &lt;em&gt;bien qu’il&lt;/em&gt; répétât
souvent : « La nature qui m’a fait saura bien aussi me
défaire. » »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laërce a sans doute trouvé le trait dans quelque source hostile et on sait
depuis longtemps qu’il préfère largement rendre compte de toutes les sources
plutôt que de reconstituer la cohérence des vies et des doctrines. Mais là
n’est pas la question aujourd’hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est bien plutôt le dit philosophique comme expression de la nature
ordinaire qui m’intéresse ici. Je pense précisément à La Rochefoucauld plaçant
en tête de ses maximes la phrase suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Nos vertus ne sont, le plus souvent, que des vices
déguisés. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parodiant, ne pourrait-on pas écrire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Nos positions philosophiques ne sont, le plus souvent, que
l’expression de nos désirs et de nos craintes » ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N’est-ce pas d’ailleurs un aspect de la voie nietzschéenne qu’on ouvre
ainsi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Pour l’essentiel la pensée consciente d’un philosophe est en secret
presque entièrement conduite par ses instincts, qui lui imposent des voies
déterminées ? » (&lt;strong&gt;Par-delà le bien et le mal&lt;/strong&gt; I 3 trad. de
Albert révisée par Lacoste)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dangereux raccourci en ce qu’il mine sa propre logique. Nietzsche encore
avait écrit dans &lt;strong&gt;Humain, trop humain&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« La Rochefoucauld et les autres maîtres français en l’examen des âmes
ressemblent à d’adroits tireurs, qui mettent toujours et toujours dans le noir-
mais dans le noir de la nature humaine. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, mais à trop vouloir s’en inspirer, Nietzsche n’a-t-il pas mis et, ce
de manière fatale, dans le noir de la philosophie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais trêve de digression ! Revenons à Carnéade qui donc, pour parler
comme Montaigne, « se tient en sa roideur, plus, ce crains-je, verbale
qu'essentielle » (&lt;strong&gt;Essais&lt;/strong&gt; Livre I XII). Laërce,
immédiatement après avoir incriminé sa lâcheté, rapporte ses misérables
velléités suicidaires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ayant appris qu’Antipatros (&lt;em&gt;de Tarse, philosophe stoïcien&lt;/em&gt;)
était mort après avoir bu du poison, il se sentit obligé de quitter la vie avec
courage (&lt;em&gt;Laërce dans le poème qui clôt la biographie en donne la
raison : « (...) il était atteint de phtisie, la plus terrible des
maladies »&lt;/em&gt;) et dit : « Il faut m’en donner aussi ». Comme on lui
demandait : « Quoi donc ? », il répondit : « Du vin
miellé » » (64)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement cette anecdote n’éclaire-t-elle pas le passage précédent ?
Carnéade pas du tout philosophe jusqu’à la moelle, cependant voulant l’être
mais tiré en arrière par son tempérament...Carnéade singeant le stoïcien,
tremblant en fait sous l’armure d’emprunt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carnéade ou l’anti-Socrate ! Qu’on se rappelle le
&lt;strong&gt;Phédon&lt;/strong&gt; : tous les disciples entourent le maître et savent
qu’il va boire le poison et lui, faisant comme si de rien n’était... C’est tout
le contraire ici : Carnéade, obsédé par l’idée du poison désiré mais
impossible, isolé dans son voeu muet et délirant, néanmoins incompris par tous
les autres qui ont à coup sûr d’autres chats à fouetter ! Carnéade voulant
entrer dans un costume beaucoup trop grand pour lui...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La scénette pourrait être pourtant jouée tout autrement. Imaginons un
épicurien un peu moqueur; hostile à l’idée du suicide qu’il n’a jamais
philosophiquement validée, il s’en serait ainsi moqué :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« C’est du vin miellé qu’il faut boire quand on va mourir et non pas du
poison ! »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Carnéade n’est pas épicurien et comme il s’était pris au jeu des études
au point de négliger son corps on aurait pu s’attendre à ce qu’il fasse
meilleure figure au moment crucial. Mais cela aurait été oublier que sa
philosophie avait dissous les certitudes métaphysiques qui réglaient clairement
la question de l’au-delà...&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Carnéade, platonicien jusqu’au bout des ongles.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/05/30/282-carneade-platonicien-jusquau-bout-des-ongles</link>
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    <pubDate>Tue, 30 May 2006 18:44:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Académie</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Il semble qu’avec Carnéade le scepticisme a porté un coup sévère au
platonisme, mais aussi au stoïcisme, dont il met à mal la cosmologie
providentialiste. Reste que, par un trait au moins, il me paraît développer un
certain platonisme jusqu’à la caricature :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« (...) Il se laissait pousser les cheveux et les ongles à cause de
l’application qu’il portait à ses études. » (IV 62)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes son dédain du corps se manifeste aussi sous des formes moins
spectaculaires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Au reste, il évitait les dîners pour les raisons déjà
évoquées. » (63)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout se passe cependant comme si Carnéade gardait l’ethos platonicien tout
en attaquant délibérément son socle ontologique. Comment en effet ne pas mettre
en rapport sa négligence très étudiée avec certaines lignes du
&lt;strong&gt;Phédon&lt;/strong&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Le corps en effet occupe de mille façons notre activité, à propos de
l’obligation de l’entretenir ; sans compter que, si des maladies
surviennent, elles sont des entraves à notre chasse au réel. D’un autre côté,
voici des amours, des désirs, des craintes, des simulacres de toute sorte, des
billevesées sans nombre : de tout cela il nous emplit si bien que, à en
parler franchement, il ne fait naître en nous la pensée réelle de rien. En
effet guerres, dissensions, batailles, rien d’autre ne nous vaut tout cela que
le corps et les désirs de celui-ci ; car c’est à cause de la possession
des richesses que se produisent toutes les guerres, et, si nous sommes obligés
de posséder des richesses, c’est à cause du corps, esclaves prêts à le
servir ! C’est de lui encore que, à cause de tout cela, procède notre
paresse à philosopher ; mais, ce qui est le comble absolument, nous
arrive-t-il d’avoir, de sa part, quelque répit et de nous tourner vers l’examen
réfléchi de quelque question, alors, tombant à son tour inopinément en plein
dans nos recherches, il y produit tumulte et perturbation, nous étourdissant au
point de nous rendre incapables d’apercevoir le vrai. Eh bien ! C’est, au
contraire, pour nous une chose prouvée que, si nous devons jamais avoir une
pure connaissance de quoi que ce soit, il faut nous séparer de lui, et, avec
l’âme en elle-même, contempler les choses en elles-mêmes. » (66 cd
traduction de Léon Robin)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes pour la cohérence de l’interprétation j’aurais souhaité que son
organe eût été moins puissant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il avait également une voix extrêmement forte, si bien que celui qui
était chargé du gymnase lui fit dire de ne pas tant crier. » (63)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa réplique est alors clairement sceptique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Donne-moi une mesure pour la voix »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le responsable répond intelligemment sur la même longueur d’onde :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« L’autre, saisissant l’occasion d’une juste répartie, lui dit avec
propos : « Tu as tes auditeurs comme mesure » »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour résumer, Carnéade : une voix pyrrhonienne dans un corps
platonicien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me rends compte alors que paradoxalement le scepticisme permet de tout
justifier, cela par la mise en évidence de l’insuffisance radicale de toute
critique...&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Lacydès: une raison bien épurée.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/05/27/281-lacydes-une-raison-bien-epuree</link>
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    <pubDate>Sat, 27 May 2006 08:10:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Académie</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Sur Lacydès, successeur d’Arcésilas et fondateur de la Nouvelle Académie,
Laërce écrit bien peu. Je ne retiendrai qu’une anecdote, qu’il appelle
« charmante » :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Comme le roi Attale l’avait fait appeler, on raconte qu’il aurait
répondu que les statues doivent se regarder de loin. » (IV 60)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu’ un philosophe refuse d’accourir quand un puissant le convoque, voilà qui
est bien ordinaire et d’interprétation facile. En revanche la raison donnée
pour justifier le refus est moins commune. Sous l’hommage pointe en effet
l’accusation : vu de trop près, le détenteur du pouvoir n’impressionne
plus. Le monarque de Pergame a même intérêt à ne pas presser de venir celui
qui, bien que loin, l’a déjà percé à jour. Et qu’a-t-il aperçu sous la
statue ? L’homme tout simplement. On dira que ce n’est guère difficile à
voir mais c’est sans compter sur la force de ce que Pascal appellera
l’imagination :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« La coutume de voir les rois accompagnés de gardes, de tambours,
d’officiers et de toutes les choses qui ploient la machine vers le respect et
la terreur font que leur visage, quand il est quelquefois seul et sans ses
accompagnements, imprime dans leurs sujets le respect et la terreur parce qu’on
ne sépare point dans la pensée leurs personnes d’avec leurs suites qu’on y voit
d’ordinaire jointes ; et le monde qui ne sait pas que cet effet vient de
cette coutume croit qu’il vient d’une force naturelle, et de là viennent ces
mots : le caractère de la divinité est empreint sur son visage,
etc. » (&lt;strong&gt;Pensée&lt;/strong&gt; 23 Le Guern)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il faudrait avoir une raison bien épurée pour regarder comme un autre
homme le Grand Seigneur environné dans son superbe sérail de quarante mille
janissaires. » (&lt;strong&gt;Pensée&lt;/strong&gt; 41)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-être un stoïcien aurait-il répondu à l’appel d’Attale, mais sachant lui
aussi qu’il n’y avait qu’un homme sous le masque sculptural, cependant ne le
disant pas, soucieux en effet de lui rendre les hommages conventionnels qu’il
méritait, le réduisant à son humaine mesure seulement en son for intérieur et
ce de manière d'autant plus pressante qu’il aurait senti, imminente en lui, la
victoire de l’imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense alors à ce passage de Kant tiré de la &lt;strong&gt;Critique de la raison
pratique&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Fontenelle dit : « Devant un grand seigneur, je m’incline
mais mon esprit ne s’incline pas. » Je puis ajouter : devant un homme
de condition inférieure, roturière et commune, en qui je perçois une droiture
de caractère portée à un degré que je ne reconnais pas à moi-même, mon esprit
s’incline, que je le veuille ou non, et si haut que j’élève la tête pour ne pas
lui laisser oublier ma supériorité. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, quoique on ne sache rien de ses doctrines, je doute que Lacydès ait eu
la philosophie nécessaire pour distinguer si nettement le respect dû au rang de
celui dû à la moralité. C’était la force des forts que son esprit était préparé
à traiter, pas celle des faibles.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Bion et les Danaïdes.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/05/25/280-bion-et-les-danaides</link>
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    <pubDate>Thu, 25 May 2006 19:34:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Académie</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Les Danaïdes: cinquante soeurs qui expriment leur refus d’être mariées de
force par leur oncle Egyptos en tuant sur ordre de leur père Danaos pendant
leur nuit de noces leurs maris, leur cinquante cousins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c’est moins leur crime qui est bien connu que leur punition :
remplir éternellement un tonneau percé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On plaint inévitablement l’essentiel inaccomplissement de la tâche sans
porter son attention sur l’inépuisable source de l’approvisionnement.
Montaigne, lui, l’avait en vue qui identifie l’eau infinie à deux philosophes
antiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je n'ay dressé commerce avec aucun livre solide, sinon Plutarche et
Seneque, ou je puyse comme les Danaïdes, remplissant et versant sans cesse.
J'en attache quelque chose à ce papier, à moy, si peu que rien.
(&lt;strong&gt;Essais&lt;/strong&gt; I XV)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Montaigne, tête trouée, gâchant donc continuellement la matière qu’il retire
de la lecture constante de ces deux favoris, ne se l’assimilant guère, ne
l’incarnant qu’un peu dans le corps de ses essais, mais, à lui seul, tout de
même moins supplicié que les cinquante ouvrières inutiles et stériles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant Bion, lui, pensait que leur torture trop légère aurait dû être
alourdie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il disait que ceux qui sont dans l’Hadès subiraient une punition plus
pénible s’ils portaient de l’eau dans des récipients intacts et non pas
troués. » (IV 50)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pire douleur serait donc physique: pas tant la frustration jamais finie
de n’en finir jamais qu’une fatigue du corps toujours plus intense et jamais
terminée par la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais oubliant l’entrée et obsédé par l’inefficace sortie, Bion n’a-t-il donc
pas réalisé que pour remplir sans fin les tonneaux troués il faut porter sans
fin aussi de lourdes amphores ? Combinant les deux souffrances, les dieux
ont donc bien fait les choses...&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Bion, doctrinalement insaisissable, ou de prendre ou de donner, quel est le meilleur ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/05/24/279-bion-doctrinalement-insaisissable-ou-de-prendre-ou-de-donner-quel-est-le-meilleur</link>
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    <pubDate>Wed, 24 May 2006 08:49:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Académie</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;On se souvient de la constance avec laquelle Socrate refuse d’accepter le
rôle d’amant que lui tend pourtant avec acharnement Alcibiade, pressé, en
offrant son corps, de gagner largement au change :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Comme je le croyais sérieux dans l’attention qu’il portait à ma
beauté, alors en sa fleur, je crus que c’était pour moi une aubaine et une
exceptionnelle bonne fortune, qu’il m’appartînt, en cédant aux voeux de
Socrate, d’apprendre de lui absolument tout ce qu’il savait. » (&lt;strong&gt;Le
Banquet&lt;/strong&gt; 217a trad. de Léon Robin)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ce haut fait de la geste socratique, cette indifférence ostentatoire,
hautement pédagogique, car destinée à montrer que l’on doit se tourner vers des
biens plus hauts que des corps éphémères, sont dénoncés par Bion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il s’en prenait également à Socrate, disant que s’il désirait
Alcibiade et s’en abstenait il était stupide, tandis que s’il ne le désirait
pas, sa conduite n’avait pas de quoi surprendre. » (IV 49)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute quand il proféra tel jugement n’était-il plus académicien ni
cynique mais cyrénaïque. Socrate aurait-il dû alors se conduire avec Alcibiade
comme Aristippe avec Laïs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je possède Laïs, mais je ne suis pas possédé par elle. Car c’est de
maîtriser les plaisirs et de ne pas être subjugué par eux qui est le comble de
la vertu, non point de s’en abstenir. » (II, 75)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prendre sans être pris, cela finalement ne me semble être guère différent de
ce que commandent les normes stoïciennes. Certes le fidèle du Portique, à la
tâche conjugale (car je ne peux pas lui attribuer d’autre occasion d’exercer
ses amoureuses capacités), ne devait pas avoir du tout en vue le plaisir mais
seulement l’impeccable accomplissement du rôle de mari (à ce propos, j’ai
d’ailleurs été surpris de découvrir dans l’excellent livre de Charles Taylor
que les puritains anglais ont eu sur le mariage une perspective très
proche : « La réponse à l’absorption dans les choses qui résulte du
péché ne consiste pas dans le renoncement mais dans un usage détaché des
choses, tourné vers Dieu. Il s’agit de s’y intéresser et de s’en
désintéresser ; le paradoxe de cette attitude apparaît dans la notion
puritaine qu’il faut se servir du monde avec des « affections sevrées ».
Servez-vous des choses, « mais ne les épousez pas, sevrez-vous en, de
façon que vous les utilisiez comme si vous ne les utilisiez pas »
&lt;strong&gt;Les sources du moi&lt;/strong&gt; p.287)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bion a donc condamné l’abstinence, attribuant même à Socrate une ruse digne
d’un esclave nietzschéen, en supposant qu’il aurait pu faire voir une
indifférence pathologique sous le jour flatteur d’une apathie vertueuse. Reste
que cette démystification du héros platonicien ne colle pas avec la phrase qui
la précède :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il disait constamment qu’il vaut mieux faire don à autrui de sa
beauté que de cueillir celle d’autrui : car cela nuit à la fois au corps
et à l’âme. » (49)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est bien du Laërce tout craché d’attribuer sans ciller à un même
philosophe des thèses incompatibles. Certes une telle contradiction perd de son
mordant si cette condamnation totale du rôle de l’amant s’inscrit, elle, dans
la logique d’un platonisme ascétique. Mais le passage reste tout de même
intéressant par son étrangeté, car pourquoi alors faire de l’acte en question
quelque chose de nocif autant pour le corps que pour l’âme ? On aurait
davantage attendu, si l’optique platonicienne est ici requise avec pertinence,
une opposition entre les plaisirs du corps et les dégâts animiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, prescrire de préférer le rôle d’aimé au rôle d’amant suppose la
capacité d'incarner les deux rôles, mais, si l’on se réfère aux règles du jeu
longuement présentées par Pausanias, la distribution des fonctions est
essentiellement conditionnée par l’âge, au point que l’aimé prétendant aimer se
prendrait vaniteusement pour un homme fait et que l’amant prétendant être aimé
se rabaisserait au statut déplacé de jouvenceau (d’où, je crois, l’habituel
ostracisme vis-à-vis des hommes adultes adeptes de l’homosexualité passive)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir, il vaut la peine d’ajouter à nos perplexités la lecture de la
dernière phrase du paragraphe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il blâmait Alcibiade, en disant que dans sa prime jeunesse il
enlevait les maris aux épouses, tandis que, jeune homme, il enlevait les
épouses aux maris. » (49)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actif/passif ? Là n’est plus la question. Mais quel costume
philosophique Bion de Borysthène a-t-il donc là endossé ? A vrai dire,
autant un platonicien qu’un cynique, un cyrénaïque ou un aristotélicien peut
défendre l’ordre conjugal établi. Ce qui différerait en partie, ce serait les
raisons d’une telle défense. Certes on pourrait s’étonner qu’un cynique défende
le mariage, lui si prompt à disqualifier toutes les conventions. Mais si c’est
au nom d’une dénonciation de la recherche effrénée du plaisir, un tel
« conservatisme », même à l’intérieur de l’école cynique, est concevable.
Bien sûr il va de soi alors que cela ne reviendrait tout de même pas à défendre
la valeur du mariage.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2006/05/24/279-bion-doctrinalement-insaisissable-ou-de-prendre-ou-de-donner-quel-est-le-meilleur#comment-form</comments>
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  <item>
    <title>Bion de Borysthène ou contre le deuil cynique.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/05/23/278-bion-de-borysthene-ou-contre-le-deuil-cynique</link>
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    <pubDate>Tue, 23 May 2006 14:28:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Académie</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Le 11 Mars 2005, j’ai consacré à Bion une chronique plutôt expéditive
(sectateur de Montaigne, j’avais alors daubé sa mort lamentable) mais, lisant
le long article que lui consacre Jan Fredrik Kindstrand dans le
&lt;strong&gt;Dictionnaire des philosophes antiques&lt;/strong&gt; (TII p.108-112), je suis
pris d’un léger remords.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgré que c'est en tant que cynique que je l’ai épinglé, son identité
philosophique est fluctuante, voire contradictoire. Si on en croit Laërce, il
commença platonicien (d’où sa présence dans ce livre IV) et finit
aristotélicien, précisément auditeur de Théophraste; mais entre le point de
départ et le point d’arrivée, il y eut deux stations : une chez les
cyniques, une autre chez les cyrénaïques, plus exactement chez Théodore
l’Athée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A première vue, le passage du cynisme au cyrénaïsme est malaisé tant est
détesté dans la première école ce qui est recherché dans la seconde, je veux
dire le plaisir. Cependant Bion retrouvait dans l’enseignement de Théodore une
moquerie qui lui était familière à l’égard des prêtres et des images fausses
des dieux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l’ensemble des traits rapportés par Laërce se dégage généralement un air
de famille cynique. Laissant de côté les plus provocants, j’en choisirai un
destiné à pointer les incohérences des rites funéraires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il blâmait aussi ceux qui brûlent les cadavres en les tenant pour
insensibles et déposent à côté d’eux des lampes allumées en les tenant pour
sensibles. » (IV 48)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait qu’entre la chosification des morts et la personnification des
cadavres, les cyniques ont choisi le premier terme, renvoyant le deuxième non
au respect des personnes qu’ils furent mais aux conventions sans fondements de
la culture. Reste que la conduite dénoncée est pour la plupart d’entre nous la
seule à être humaine. L’absence de toute identification à la matière relèverait
du pathologique et du déni de réalité ; tout aussi bien ne pas traiter le
mort comme s’il vivait encore, comme s’il n’était qu’enfermé dans un sommeil
impénétrable, est la négation radicale et scandaleuse de la personne qu’il
fut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, entre regard clinique et illusion délirante, le deuil juste se
cherche en hésitant.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Arcésilas : la déplatonisation du banquet.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/05/18/277-arcesilas-la-desocratisation-du-banquet</link>
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    <pubDate>Thu, 18 May 2006 22:55:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Académie</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;« Lui, qui dans les banquets, ne laissait jamais passer une occasion de
désapprouver les discussions doctrinales entre deux coupes, dit à Aridélos
(&lt;em&gt;un de ses disciples, semble-t-il&lt;/em&gt;) qui lui posait une question et
voulait lui en parler : « Mais voilà justement la prérogative de la
philosophie : savoir à quel moment il convient de faire chaque
chose » (IV 41)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etrange Arcésilas, qui délibérément enlève à l’institution du banquet le
tour philosophique que lui donna Platon à travers le dialogue où il fit
prononcer à Socrate, Aristophane et bien d’autres un éloge de l’amour et où
étaient clairement explicitées les règles du nouvel usage de la rencontre
festive, autrement dit ses lettres de noblesse philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, au début de ce banquet mythique, ce fut d’abord le ritualisme
routinier qui sembla prendre le pas :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Aristodème me disait qu’après cela, une fois Socrate étendu sur le
lit et prenant part, avec les autres convives, au souper, on fit les libations,
on entonna les chants en l’honneur du Dieu, on s’acquitta des autres pratiques
consacrées ; sur quoi on se préoccupa de boire » (&lt;strong&gt;Le
Banquet&lt;/strong&gt; 175a trad.Léon Robin)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement les excès de la veille ont fait perdre à quelques-uns pour ce
jour-là le goût de la boisson : il s’agit de Pausanias (qui lance l’idée
de la pause (sic)), d’Aristophane et d’Agathon. Ainsi c’est grâce à leurs
débordements que les coupes ne seront pas remplies mais au fond à une seule
fin : retrouver le souffle. Pausanias est clair :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Quant à moi, je vous l’avoue, je me trouve tout à fait incommodé,
réellement, de la beuverie d’hier, et j’ai besoin de reprendre un peu
haleine » (175a)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, il se trouve que la bande des gueules de bois va faire alliance avec la
bande des petites natures: Aristodème, Phèdre, Eryximaque, ce dernier
déclarant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Nous autres, en effet, à cet égard nous sommes en tout temps des
incapables ! »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme ce serait, semble-t-il, la convergence de deux incapacités qui
ferait d’une soûlerie virtuelle un cénacle philosophe réel. Mais c’est un peu
plus compliqué car ledit Eryximaque, médecin, a des raisons scientifiques de ne
pas boire, qu’il ose, ce soir-là, livrer sans crainte d’être contredit par des
buveurs désormais anéantis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« En somme, du moment que, parmi ceux qui sont ici, aucun ne me semble
avoir beaucoup d’empressement pour boire du vin en quantité, probablement vous
serais-je moins importun, si je vous disais ce qui en est véritablement de
l’acte de s’enivrer : pour moi en effet, voilà justement au moins une
vérité dont l’évidence est résultée de la pratique de la médecine, c’est que
l’ivresse est funeste aux hommes ; aussi, ni ne consentirais-je, pour mon
compte personnel, à boire de mon plein gré outre mesure, ni ne le
conseillerais-je à un autre, principalement quand de la veille il a la tête
encore lourde » (176 cd)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s’agit donc plutôt de la rencontre de l’expérience et de la science, de
la pratique et de la théorie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Socrate dans l’affaire ? Il ne dit rien mais Eryximaque commente sa
neutralité :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Quant à Socrate, je n’ai pas à en parler, puisque, dans un sens comme
dans l’autre, il est si bien à la hauteur des circonstances que, quel que soit
le parti que nous prenions, il s’en arrangera ! » (175c)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n’appartient en effet à aucune des deux bandes : ni boire ni
s’abstenir ne lui coûte, son corps ne demande rien, il obéit tout
simplement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bonne décision une fois prise, s’ensuit dans la foulée une autre, tout
aussi excellente : le renvoi de la joueuse de flûte, invitée à
« jouer pour elle-même, ou, si elle veut, pour les femmes de la maison ».
C’est donc entre hommes que certains de ces messieurs feront l’éloge de l’amour
des mignons mais c’est cependant le souvenir du récit d’une femme, Diotime,
rapporté par Socrate, qui illuminera le symposium. Diotime, absente, dira par
la voix de Socrate la vérité sur la puissance du désir à atteindre la Beauté
absolue, celle qu’on ne voit jamais et dont le corps du plus mignon des mignons
n’est qu’un très pâle reflet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait avoir ces lignes à l’esprit pour mesurer à quel point Arcésilas,
lointain successeur de Platon à l’Académie, profane les règles du jeu
festivo-philosophique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Grand amateur de luxe –il n’était en effet rien d’autre qu’un second
Aristippe (&lt;em&gt;en somme celui qui aurait dû être un second de Platon devient un
double du maître de l école cyrénaïque, on ne peut plus rivale&lt;/em&gt;), il
fréquentait les banquets, ceux donnés par ses pairs et seulement ceux-ci
(&lt;em&gt;noblesse oblige&lt;/em&gt;). Il vivait au grand jour avec les courtisanes d’Élis
Théodotè et Philè ; lorsqu’on le raillait (à ce propos) (&lt;em&gt;en somme
quand on invoquait Platon&lt;/em&gt;), il citait les maximes d’Aristippe (&lt;em&gt;la
trahison est ostentatoire&lt;/em&gt;). Il aimait les jeunes gens (&lt;em&gt;exit Diotime et
son enseignement !&lt;/em&gt;) et était ardent aux plaisirs. C’est pourquoi Ariston
de Chios et ses disciples stoïciens lui en faisaient reproche, le traitant de
corrupteur de la jeunesse (&lt;em&gt;quand on disait cela de Socrate, cela signifiait
tout autre chose...&lt;/em&gt;), de professeur d’obscénité (&lt;em&gt;je pense au titre du
roman de Philip Roth __The professor of desire&lt;/em&gt;__) et de dévergondé. »
(40)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes il restera toujours entre le débauché ordinaire et le débauché
philosophique le fait que ce dernier pour se défendre a des appuis
doctrinaux....&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Arcésilas : l’enseignement non-dubitatif du doute.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/05/13/273-arcesilas-lenseignement-non-dubitatif-du-doute</link>
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    <pubDate>Sat, 13 May 2006 22:42:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Académie</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Arcésilas paraît donc avoir utilisé sa raison à fragiliser les positions de
Platon, en s’ingéniant à justifier leur négation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il fut aussi le premier à discuter les thèses dans un sens et dans
l’autre » (IV 28)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son refus de faire une oeuvre coule alors de source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Du fait qu’il suspendait son jugement en toutes choses, selon
certains, il n’écrivit aucun livre. » (32)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la même veine, la lecture révisionniste d’un académicien peut-être trop
orthodoxe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Selon d’autres, il avait été surpris en train de corriger certaines
oeuvres (de Crantor) qu’il aurait, selon les uns publiées, selon les autres
brûlées. » (32)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’imagine que, s’il met au feu les ouvrages incorrigiblement dogmatiques, ce
qu’il laisse circuler, c’est de la doctrine interrogée, autrement dit,
pyrrhonisée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste qu’il eût à parler ; certes il aurait pu opter pour le mutisme
éloquent de Pyrrhon, mais il choisit paradoxalement la voix axiomatique:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il aimait par-dessus tout parler par axiomes et de façon
concise ; dans la conversation il détachait les mots, tout en étant très
incisif et franc dans son discours. »(33)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler par axiomes, ce n’est pas, jouant au mathématicien, prétendre
démontrer et clouer le bec à l’adversaire ; non, c’est bien plutôt
annoncer la couleur : le vrai, c’est le posé et pas le conforme au réel,
comme on l’a cru. Parler ainsi, c’est encourager l’interlocuteur à répondre par
d’autres axiomes, contradictoires ceux-là et si l’échange a lieu sous le regard
étonné d’un disciple en mal de certitudes, ce serait alors le comble de la
réussite pédagogique...Quant à ce discours excellemment articulé et défini,
osons l’éclairer par ce passage de T.Williamson que Julien Dutant a choisi de
mettre en exergue de son blog :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« To be precise is to make it as easy as possible for others to prove
one wrong. That is what requires courage.&lt;br /&gt;
Etre précis revient à rendre aussi facile que possible aux autres de démontrer
qu'on a tort. C'est cela qui requiert du courage. (&lt;strong&gt;Must do
better&lt;/strong&gt; 2004.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est tout le contraire de la carapace spinoziste telle que la dénonce
Nietzsche :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ce charlatanisme de démonstrations mathématiques dont use Spinoza
pour barder d’airain et masquer sa philosophie – c’est-à-dire, à bien prendre
ici le terme, l’ « amour de &lt;em&gt;sa&lt;/em&gt; propre sagesse » ni plus ni
moins – afin d’intimider dès l’abord l’assaillant qui oserait jeter les yeux
sur cette vierge invincible, cette Pallas Athéna : quelle timidité et
quelle vulnérabilité trahissent ces simagrées d’un ermite malade ! »
(&lt;strong&gt;Par-delà le bien et le mal&lt;/strong&gt; &lt;ins&gt;Des préjugés des
philosophes&lt;/ins&gt; 5 trad. de H.Albert, révisée par J.Lacoste)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arcésilas, lui, vise la défaite comme critère de sa victoire.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2006/05/13/273-arcesilas-lenseignement-non-dubitatif-du-doute#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Arcésilas: une philosophie d'homme, pas d'eunuque.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/05/12/272-arcesilas-une-philosophie-d-homme-pas-d-eunuque</link>
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    <pubDate>Fri, 12 May 2006 22:54:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Académie</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Concernant Arcésilas, Laërce rapporte l’une à la suite de l’autre deux
anecdotes à première vue contradictoires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il était cependant tellement modeste qu’il conseillait à ses
disciples d’aller écouter les leçons des autres. Et comme un jeune homme de
Chios n’était pas satisfait de son école et préférait celle d’Hiéronymos
(&lt;em&gt;le péripatéticien&lt;/em&gt;) dont nous avons parlé, il l’accompagna lui-même et
le recommanda au philosophe, après l’avoir exhorté à bien se comporter. »
(IV 42)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle humilité me paraît l’illustration du tour sceptique que prit
l’institution platonicienne sous la direction d’Arcésilas:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« C’est lui qui fut à l’origine de la Moyenne Académie, car le premier
il se garda de toute assertion en raison des oppositions auxquelles se prêtent
tous les discours. » (28)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guider le disciple vers un autre guide, ce n’est donc pas le sortir de la
caverne où, mauvais maître, on l’aurait enfermé ; c’est bien plutôt le
détacher de soi avant que finalement il ne revienne, assez lucide pour ne plus
rien asserter. En effet d’avoir entendu un autre maître professer d’un ton
identiquement convaincu des thèses rigoureusement contradictoires éveille le
disciple du sommeil dogmatique dans lequel Arcésilas l’avait bien malgré lui
plongé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la lumière de cette interprétation, la deuxième historiette
s’éclaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« On rapporte également à son propos la charmante anecdote qui
suit : à qui lui demandait pourquoi on passait des autres écoles à celle
d’Epicure et jamais de celle d’Epicure à une autre, il répondit :
« Quand on est un homme, on peut devenir eunuque, mais lorsqu’on est
eunuque, on ne peut devenir un homme. » (43)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette castration inattendue que la parole épicurienne produirait chez
l’auditeur, j’imagine que c’est la destruction du pouvoir de douter. Même si la
vérité n’est dans cette école qu’un moyen d’être heureux, elle est en effet
pensée comme le dernier mot sur la réalité. A l’ignorance mythique du maître
devait correspondre la surdité du disciple, imperméable à toute objection,
désireux seulement de s’entendre répéter de mille bouches amies les règles
éternelles de la technique hédoniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, à mener le jeune homme de Chios au seuil du jardin d’Epicure,
Arcésilas aurait couru le risque qu’il ne revînt pas dans son giron.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2006/05/12/272-arcesilas-une-philosophie-d-homme-pas-d-eunuque#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Arcésilas et Hipponicos : &quot;mathématiques sans philosophie n’est que ruine de l’âme&quot;</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/05/10/271-arcesilas-et-hipponicos-mathematiques-sans-philosophie-nest-que-ruine-de-lame</link>
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    <pubDate>Wed, 10 May 2006 22:43:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Académie</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;La fonction des mathématiques dans le platonisme est bien connue :
elles purifient l’esprit de sa tendance spontanée à identifier la réalité aux
choses sensibles, perceptibles, éphémères.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le premier maître d’Arcésilas ait été un mathématicien, Autolycos
précisément, c'est donc dans l'ordre platonicien des choses. Mais Laërce ne
m’apprend rien sur lui, sinon qu’il était de Pitane en Eolide, comme Arcésilas
lui-même.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche ce que Laërce rapporte à propos du géomètre Hipponicos dont
Arcésilas fut aussi auditeur sonne étrangement:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il s’ (en) moqua entre autres parce qu’il était borné et qu’il
bâillait, mais comme celui-ci, dans sa matière, était fort expert ; il
disait que la géométrie avait volé dans sa bouche alors qu’il bâillait.
Arcésilas l’accueillit chez lui un jour qu’il délirait et prit soin jusqu’à ce
qu’il guérisse. » (IV 32)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je choisirai de voir dans ce géomètre obtus l’antithèse exacte de l’homme
qui, sur le chemin philosophique, passe par les mathématiques afin de sortir
définitivement de la caverne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet il y a d’abord ce bâillement, extension paresseuse d’une bouche qui
rend sourd de tant s’ouvrir. Ainsi le bâilleur, subissant la loi d’un corps qui
n’est plus tenu en laisse, ne peut pas plus écouter que parler. Les
mathématiques, loin de le spiritualiser, l’ont donc alourdi et ce savant
possède moins son savoir qu’il n’en est possédé. Je n’imagine pas alors que ses
expertises puissent être autres que mécaniques et routinières, tant il semble
avoir perdu avec le temps la capacité d’apprendre et de se former.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ensuite ce délire que je prends la liberté d’identifier à un
gigantesque bâillement, à l’échelle de tout l’homme, corps qui, intégralement
désormais, échappe à la maîtrise. Paroles des plus folles qui n’auraient dû
jamais sortir de l’esprit si ce dernier, par les démonstrations et les
raisonnements concluants, n’avait pas été ordonné qu’en surface.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a enfin cette incapacité d’en finir avec son aliénation, de se
reprendre, de se purger, de se vider de ses mots qui sortent tout seuls. Pas de
sursaut, pas de mise au pas adressée par la raison. A la différence des
philosophes, ce mathématicien dérangé ne peut pas se prescrire la thérapeutique
salvatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N’est-il pas tentant alors d’identifier le secours que lui apporte Arcélisas
à l’illustration de l’extrême insuffisance des mathématiques quand elles sont
apprises pour elles-mêmes en dehors du souci de s’élever vers les plus hautes
Idées, celles qu’on ne peut même pas dessiner approximativement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi est-il logique de faire l'hypothèse qu’au fronton de l’Académie
Arcésilas fit inscrire : « Que nul n’entre ici s’il n’est en mesure
de se retenir de bâiller »&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2006/05/10/271-arcesilas-et-hipponicos-mathematiques-sans-philosophie-nest-que-ruine-de-lame#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Arcésilas et Crantor : le coup de foudre philosophique.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/05/07/270-arcesilas-et-crantor-le-coup-de-foudre-philosophique</link>
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    <pubDate>Sun, 07 May 2006 22:42:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Académie</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Spinoza dans le &lt;strong&gt;Traité de la réforme de l’entendement&lt;/strong&gt;
explique que si on veut s’adonner à la philosophie, il faut laisser de côté les
biens ordinaires et qu’à vouloir trop embrasser on étreint fort mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Crantor n’est pas spinoziste ; platoniser pour lui n’implique
aucun renoncement à l’amour, mieux c’est en suivant ses inclinations qu’il
recrute un nouveau disciple, Arcésilas, maître à venir de l’Académie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Crantor qui était amoureux de lui, lui demanda en citant un vers de
l’&lt;strong&gt;Andromède&lt;/strong&gt; d’Euripide :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Ô vierge, si je te sauve, m’en sauras-tu gré ? »(IV 29)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le désir, marié à l’érudition impeccable, prend pour cible un jeune
homme « épris de philosophie », rien d’étonnant à ce qu’il fasse mouche.
En revanche, surprise d’entendre l’aimé donner exactement la
réplique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Emmène-moi, étranger, comme esclave si c’est ton désir, ou bien comme
épouse. » (29)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etre philosophe, c’était peut-être aussi cela : être assez maître de
soi pour exprimer sans déroger ses désirs les plus sensuels. Et si Arcésilas se
met immédiatement au diapason, c’est que, passé par l’école aristotélicienne et
auditeur de Théophraste, il s’est déjà frotté à la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Miracle aussi de la correspondance immédiate et définitive des
inclinations :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« De ce jour, ils vécurent ensemble » (30)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ne pas se rappeler les phrases que Platon met dans la bouche
d’Aristophane ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Quand il lui arrive d’avoir commerce avec cette moitié de lui-même
dont je parle, alors l’amoureux des jeunes garçons, et de même toute autre
sorte d’amoureux, tous, ils se sentent miraculeusement frappés par une forte
émotion d’amitié, de parenté, d’amour ; se refusant, pour bien dire, à se
séparer l’un de l’autre, fût-ce même pour peu de temps. Bien plus, ce sont
ceux-là qui passent, d’un bout à l’autre, leur vie ensemble. » (&lt;strong&gt;Le
Banquet&lt;/strong&gt; 192 bc traduction de Léon Robin)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant Arcésilas a un autre amour mais cette passion-là, loin de
l’éloigner de Crantor, a dû au contraire l’unir à lui, ces deux platoniciens
communiant en effet dans Homère :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il (l’) appréciait plus que tous les autres poètes et il avait
l’habitude d’en lire quelques vers non seulement avant dormir, mais à l’aube
aussi (il faisait de même), disant, chaque fois qu’il voulait lire, qu’il se
rendait chez son bien-aimé. » (31)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le disciple a donc poussé au paroxysme un trait du maître au point
d’identifier à un amant l’auteur chéri. Homère non plus critiqué mais dégusté
matin et soir, source toujours renouvelée de plaisir et d'ordre. Certes Laërce
écrit tout de même quelques lignes plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il semble avoir également admiré Platon et il possédait ses
livres. » (32)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arcésilas : possesseur de Platon mais possédé d’Homère et par
Crantor.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2006/05/07/270-arcesilas-et-crantor-le-coup-de-foudre-philosophique#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Crantor ou la réconciliation avec Homère.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/05/06/269-crantor-ou-la-reconciliation-avec-homere</link>
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    <pubDate>Sat, 06 May 2006 22:12:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Académie</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;On peut être platonicien et poète. La preuve : Crantor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Platon avait pourtant argumenté en faveur d’une nécessaire opposition entre
deux usages de la langue: au poète, les mots qui chantent et trompent à la
fois, au philosophe, ceux qui cernent au plus près le réel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Crantor n’a donc pas choisi la voix prescrite et sa dissidence sur ce point
s’exprime à plusieurs niveaux que je présenterai en fonction de leur degré de
gravité :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) « (Il) admirait parmi tous (les poètes) d’abord et avant tout Homère
et Euripide. » (IV 26) La trahison, modeste, reste dans l’ordre de la
connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) « On dit qu’il écrivit également des poèmes et qu’il les déposa dans
sa patrie dans le temple d’Athéna après les avoir mis sous scellé. »
(25)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun doute n’est permis : il aimait les poètes non pour trouver dans
leurs oeuvres des allégories du platonisme, mais comme modèles à imiter. Pire,
il estime ses propres vers au point de les rapatrier à Soles et de les
consacrer à Athéna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) « Il était habile également à inventer des mots. Il dit en tout cas
qu’un acteur tragique avait « la voix mal dégrossie à la hache » et
« pleine (de morceaux) d’écorce », que les vers d’un certain poète étaient
« pleins de mites » et que les thèses de Théophraste étaient écrites
« de couleur pourpre » » (27)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si seulement Crantor s’était contenté de couler son inspiration dans les
métaphores canoniques, il n’eût pas amplifié la part mensongère de la
langue ! Mais ne me fiant qu’aux quatre exemples donnés par Laërce, je
doute de la capacité de ces nouvelles métaphores à faire école, quoique la
dernière soit assez énigmatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robert Genaille en donnait d’ailleurs une traduction aujourd’hui contestée
mais surprenante:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il disait que (...) les ouvrages de Théophraste étaient écrits sur
une huître. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tout expliqué par cette note assez sophistiquée :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Le sens me paraît être celui-ci : « étaient sa propre
condamnation, donc ne valaient rien. » C’était sur une coquille d’huître
(ostrakon) qu’on écrivait le nom de celui qu’on voulait frapper
d’ostracisme. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dommage que l’excellente édition de Laërce dont je dispose n’ait pas eu la
cruauté de rappeler en notes les erreurs de traduction de Genaille et d’en
faire la genèse.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Crantor : disciple, obstinément.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/05/03/268-crantor-disciple-obstinement</link>
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    <pubDate>Wed, 03 May 2006 20:29:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Académie</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.philalethe.net/post/2006/05/03/www.photo.rmn.fr&quot;&gt;&lt;/a&gt;Si Crantor ne succède pas à Cratès à la tête
de l’Académie, néanmoins il lui succède dans le livre consacré par Laërce aux
disciples de Platon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A vrai dire, ce n’est pas facile de savoir précisément de qui il est le
disciple. Certes les premières lignes font penser qu’il prend Xénocrate comme
maître :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Crantor de Soles, bien qu’il fût admiré dans sa patrie, partit pour
Athènes et devint l’auditeur de Xénocrate, comme condisciple de Polémon. »
(IV 24)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le deuxième paragraphe introduit un trouble :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« On dit que quand on lui demanda par quelle qualité de Polémon il
avait été conquis, il répondit que c’était de l’avoir entendu parler d’une voix
ni trop aigüe ni trop vague. » (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai déjà parlé de la voix de Polémon (01-04-05), je ne suis pas étonné qu’à
elle seule elle fasse oeuvre de prosélytisme : elle est doctrine faite
cordes vocales. Mais, on vient de le voir, c'est tout Polémon qui est de l’âme
faite corps. Ils se sculptent ces hommes-là, à force de se maîtriser : ils
ont la voix qu'ils méritent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’imagine donc que Crantor est devenu le disciple de son condisciple ;
c’était peut-être le signe que Polémon était un bon reflet de Xénocrate ;
cependant si lui, Crantor, a écrit « des ouvrages, comprenant 30.000
lignes » (ibid.), sauf à être un plat répétiteur, il a dû refléter ses
maîtres Xénocrate et Polémon à sa manière, intéressante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, il a beau être doublement disciple, par les quidams il est tout
simplement pris pour un maître :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tombé malade, il se retira dans le temple d’Asclépios et il s’y
promenait (&lt;em&gt;une telle fréquentation, j'imagine, vaut
thérapeutique&lt;/em&gt;) ; il se trouva des gens pour accourir à lui de
partout, croyant (qu’il se trouvait là) non par suite d’une maladie, mais parce
qu’il voulait y ouvrir une école (&lt;em&gt;autrefois, lisant le livre de
l’ethnologue Jeanne Favret-Saada &lt;strong&gt;Les mots, la mort, les sorts&lt;/strong&gt;,
j’avais cru comprendre que ce sont ceux qui croient en la sorcellerie qui
créent les sorciers : pareillement les disciples ici font les
maîtres ; cependant, on va le voir bientôt, Crantor saura échapper au joug
des demandeurs de tuteurs&lt;/em&gt;). De ce nombre était Arcélisas (&lt;em&gt;j’en
parlerai sous peu&lt;/em&gt;) qui voulait être recommandé par lui à Polémon, bien
qu’il fût épris de Crantor (&lt;em&gt;j’en conclus que le disciple-condisciple
dispose d’une certaine influence sur son maître-condisciple&lt;/em&gt;), comme nous
le dirons dans la &lt;ins&gt;Vie d’Arcésilas&lt;/ins&gt;. Mais, lorsque lui-même fut guéri,
il (recommença à écouter) Polémon, geste pour lequel il fut grandement
admiré. » (25)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je comprends : savoir se maîtriser au point de résister aux désirs des
autres de vous voir devenir leur maître témoigne d’une force d’âme peu commune.
Mais pouvait-il se contrôler au point de ne pas succomber à l’idée que,
disciple, il avait en face de lui un maître, un vrai ?&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Polémon et Cratès, hommes faits dieux.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/05/01/267-polemon-et-crates-hommes-faits-dieux</link>
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    <pubDate>Mon, 01 May 2006 19:32:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Académie</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Tels des danseurs qui, à force de répétitions et de virtuosité, simulent, à
tromper, le naturel, Cratès et Polémon ont si bien réussi à régler corps et âme
au diapason de la sagesse qu’ « Arcésilas, qui avait abandonné Théophraste
pour venir dans leur école, disait qu’ils étaient des dieux ou des survivants
des hommes de la Race d’or. » (IV 22)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ma mémoire est bonne, aucun sage n’est parvenu à une telle identification
avec le Bien et Epicure, s’adressant à Ménécée, lui donnera au plus la méthode
pour être « comme un dieu parmi les hommes ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux yeux d’Arcésilas éblouis par la vision présente du passé mythique, ces
deux maîtres n’annoncent donc pas l’avenir de l’homme mais reproduisent, au
sein même de la race de fer, la première humanité, celle qu’Hésiode dans
&lt;strong&gt;Les Travaux et les Jours&lt;/strong&gt; décrit ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Sous le règne de Saturne qui commandait dans le ciel, les mortels
vivaient comme les dieux, ils étaient libres d'inquiétudes, de travaux et de
souffrances ; la cruelle vieillesse ne les affligeait point ; leurs
pieds et leurs mains conservaient sans cesse la même vigueur, et loin de tous
les maux, ils se réjouissaient au milieu des festins, riches en fruits
délicieux et chers aux bienheureux Immortels. Ils mouraient comme enchaînés par
un doux sommeil. Tous les biens naissaient autour d'eux. La terre fertile
produisait d'elle-même d'abondants trésors ; libres et paisibles, ils
partageaient leurs richesses avec une foule de vertueux amis. »
(traduction de M.A. Bignan)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A dire vrai, l'existence de ces hommes à la vie dorée n’a rien de bien
philosophique et ce dont ils jouissent, c’est à peu près tout ce dont la
philosophie antique nous a appris à faire le deuil. Si l’on excepte quelques
cyrénaïques, santé, jeunesse, force, festins, richesses, abondance, voilà
précisément les anti-buts, ceux qu’on se tue à viser. Certes ces hommes divins
ont tout de même de « vertueux amis » mais ce qui les unit à eux,
c’est, à la différence des philosophes, le partage du donné, non celui du
conquis de haute lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a-t-il eu quelque cynique pour percer à jour ce qui n’aurait été pour lui
que simulacre, affectation et vanité ? Dégonflant la baudruche et
finalement la faisant paraître grotesque, il aurait repoussé l’Idéal au plus
haut, au plus loin, gardant ainsi des réserves d’ironie pour tous les futurs
pharisiens, négateurs de la distance infinie entre l’humain et le bien...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lisons pour finir &lt;strong&gt;Châtiment de l'orgueil&lt;/strong&gt; écrit par
Baudelaire en 1850&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ces temps merveilleux où la Théologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fleurit avec le plus de sève et d'énergie,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On raconte qu'un jour un docteur des plus grands,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Les avoir remués dans leurs profondeurs noires;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Après avoir franchi vers les célestes gloires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des chemins singuliers à lui-même inconnus,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Où les purs Esprits seuls peut-être étaient venus, -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme un homme monté trop haut, pris de panique,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'écria, transporté d'un orgueil satanique:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Jésus, petit Jésus ! Je t'ai poussé bien haut !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si j'avais voulu t'attaquer au défaut&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'armure, ta honte égalerait ta gloire,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tu ne serais plus qu'un foetus dérisoire !&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Immédiatement sa raison s'en alla.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'éclat de ce soleil d'un crêpe se voila;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le chaos roula dans cette intelligence,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Temple autrefois vivant, plein d'ordre et d'opulence,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous les plafonds duquel tant de pompe avait lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le silence et la nuit s'installèrent en lui,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans un caveau dont la clef est perdue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dès lors il fut semblable aux bêtes de la rue,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, quand il s'en allait sans rien voir, à travers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les champs, sans distinger les étés des hivers,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sale, inutile, et laid comme une chose usée,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faisait des enfants la joie et la risée.&amp;quot;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2006/05/01/267-polemon-et-crates-hommes-faits-dieux#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Cratès et Polémon : « parce qu’il était moi, parce que j’étais lui »</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/04/30/266-crates-et-polemon-parce-quil-etait-moi-parce-que-jetais-lui-pseudo-montaigne</link>
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    <pubDate>Sun, 30 Apr 2006 21:34:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Académie</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;J’ai deux bonnes raisons de ne pas m’attarder sur Polémon, successeur de
Xénocrate à l’Académie. D’abord, j’ai déjà commenté ses faits et gestes au
moment où il s’agissait d’identifier les maîtres de Zénon (01-04-05). Ensuite,
Cratès l’Académicien, auquel ce billet est consacré, lui ressemble comme une
goutte d’eau :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il fut l’auditeur et en même temps le bien-aimé de Polémon ; de
plus il lui succéda à la tête de l’école. Ils étaient tellement épris l’un de
l’autre que, de leur vivant, non seulement ils avaient les mêmes activités,
mais, allant presque jusqu’à régler l’un sur l’autre leur respiration, ils
devinrent toujours plus semblables l’un à l’autre ; bien plus, une fois
morts, ils partagèrent la même sépulture. » (IV 21)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur union a donc eu son origine dans la relation d’enseignement. Rien
d’étonnant à ce qu’un disciple aime son maître et qu’il en devienne (selon le
terme même de l’ancienne traduction de Robert Genaille) le mignon. Pas plus de
surprise à le voir de bien-aimé devenir le premier des académiciens, tant la
relation de amant à aimé est transvasement de connaissances et de valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant lisons bien ces lignes : il n’y est pas dit que Cratés
devient le double de Polémon, comme s’il n’était qu’un vulgaire fan visant
l’imitation totale de son modèle. Laërce écrit qu’ils font toujours la même
chose, pas que le disciple fait ce que le maître lui commande (ou juge bon) de
faire. Leur amour donc qui est né de l’altérité (le disciple n’est pas le
maître pas plus que l’aimé n’est l’amant, tant la supériorité du deuxième terme
est inhérente à la relation) se développe dans le sens de l’identité. Il faut
comprendre que celui qui est au départ le modèle se met à son tour à prendre le
disciple comme modèle, ce dernier ne cessant pas de se régler sur le maître. On
assiste donc ici à la conversion d’un maître en disciple de son disciple et
d’un disciple en maître (mais cette fois bien involontaire) de son maître.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle unité aurait pu rester spirituelle, théorique et pratique ;
elle ne se serait alors vue qu’au niveau de l’identité des actions, chacun
n’agissant jamais seul (ce qui pouvait se traduire de deux manières : ou
bien ils réalisaient ensemble la même action ou bien c’était séparé qu’ils
agissaient identiquement ; la simultanéité paraît impérative sauf à
entendre autrement cette identité : ce que l’un était seul à faire,
l’autre dans les mêmes circonstances l’auraient fait tout pareillement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En réalité l’identité devint peu à peu physique comme si les corps, de ne
pas cesser d’être ajustés à des tâches identiques, finissaient par prendre le
même pli, effaçant peu à peu les plis antérieurs des actions seulement propres
à soi. D’où la naissance d’un corps partagé polémocratésien qui n’est celui
d’aucun des deux, bien qu’il soit celui de chacun des deux.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2006/04/30/266-crates-et-polemon-parce-quil-etait-moi-parce-que-jetais-lui-pseudo-montaigne#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Xénocrate: le bronze, plus dur que l'or.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/04/29/265-xenocrate-le-bronze-plus-dur-que-l-or</link>
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    <pubDate>Sat, 29 Apr 2006 19:07:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Académie</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Peut-être faudrait-il attribuer à une source malveillante le bref récit que
Laërce fait de la mort de Xénocrate :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il mourut après avoir trébuché de nuit sur une cuvette, à l’âge de
quatre-vingt deux ans. » (IV 15)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Diogène de surenchérir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« A son sujet aussi nous avons écrit ce qui suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trébuchant un jour sur une cuvette de bronze&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et se heurtant le front, il poussa un oh ! sonore, puis il mourut,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Xénocrate qui en toutes choses se montra totalement homme. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n’est pas la première fois que je le remarque : Laërce prend plaisir
à tirer sur l’ambulance. Quand un philosophe se laisse aller à n’être qu’un
homme, il l’accable de son ironie. J’ai appris récemment d’ailleurs que les 52
poèmes écrits par lui et quasiment tous consacrés à la mort sont écrits dans
une métrique sophisitiquée et rare comme si, par la forme choisie, il
redoublait le reproche adressé au philosophe de mourir banalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes qu’un philosophe ait un corps défait, ce n’est pas si grave tant que
la facture de son âme se laisse encore percevoir. Mais le terrible de cette
mort toute simple, c’est que, même discrète, aucune trace de résistance
spirituelle ne se laisse deviner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si seulement comme Thalès Xénocrate avait chuté de regarder le ciel !
Si au moins il avait stoïquement retenu le cri de douleur ! Mais non, il
disparaît en vieillard usé, maladroit et sensible. Et l’objet qui le tue est si
trivial... Pauvre Platonicien, homme en or, tant acharné à jouer la
spiritualité contre la matière, mis finalement à mort par le métal trivial, ce
bronze qui dans &lt;strong&gt;La République&lt;/strong&gt; est la matière dont est faite la
masse des hommes : les trimeurs, les laborieux, les besogneux, les
ordinaires, nous.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Xénocrate: ambassadeur oui, diplomate non.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/04/27/264-xenocrate-ambassadeur-oui-diplomate-non</link>
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    <pubDate>Thu, 27 Apr 2006 21:32:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Académie</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Pierre Hadot dans la préface au &lt;strong&gt;Dictionnaire des philosophes
antiques&lt;/strong&gt; dirigé par Richard Goulet écrit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Les écoles philosophiques ne renoncent jamais à exercer une action
sur leurs concitoyens. Les moyens utilisés pour parvenir à cette fin sont
différents sans doute. Certains philosophes essaient d’exercer une action
politique, songent à prendre le pouvoir. D’autres se contentent de conseiller
les dirigeants (&lt;em&gt;on pense à Platon&lt;/em&gt;). D’autres se mettent au service de
la cité en donnant un enseignement aux éphèbes ou en essayant de la secourir
par des ambassades. » (p.14)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Servir de médiation diplomatique, c’est précisément ce que fit Xénocrate
envoyé par Athènes avec d’autres auprès de Philippe, le potentat macédonien.
L’accomplissement de la fonction peut se diviser en plusieurs temps :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) « Tandis que les autres, amadoués par des présents, acceptaient les
invitations et conversaient avec Philippe, lui ne fit ni l’une ni l’autre
chose. » (IV 8)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en ayant accepté la mission diplomatique, Xénocrate ne respecte donc
pas les règles du jeu homonyme. J’imagine qu’il vise ainsi à poser de nouvelles
règles, qui feraient peut-être l’économie des préliminaires et des flatteries
en privilégiant l’accès direct au contentieux. Mais on n’invente pas tout seul
une nouvelle institution :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Pour cette raison Philippe ne le reçut pas. » (9)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) « Aussi, en revenant à Athènes, les ambassadeurs dirent que
Xénocrate étaient venus avec eux inutilement et les Athéniens étaient prêts à
le punir. » (9)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Athéniens ont beau avoir Philippe comme adversaire : identiques à
lui, ils défendent les règles de ce jeu qui permet quelquefois à des
adversaires de cesser de l’être.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) « Mais, après avoir appris de sa bouche qu’ils devaient alors plus
que jamais s’inquiéter pour leur cité – « car Philippe, dit-il, savait que
les autres avaient accepté ses présents, mais que moi, il ne trouverait aucun
moyen de me séduire », ils l’honorèrent, dit-on doublement. » (9)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que dit ici Xénocrate, c’est qu’il y a deux armes politiques : la
plus économique, la corruption et l’ultime, la violence. Le retournement des
Athéniens s’explique ainsi : ce qu’ils voyaient comme usage normal, ils le
voient désormais comme vice. Du coup qui n’a pas joué le jeu devient qui n’a
pas triché. Perdant le jeu diplomatique, les Athéniens par la grâce d’un
mauvais joueur gagnent moralement, d’où les honneurs doubles, les simples étant
peut-être réservés aux bons joueurs du jeu diplomatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) « Et Philippe déclara plus tard que seul Xénocrate, parmi ceux qui
étaient venus chez lui, ne s’était pas laissé corrompre. » (9)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surprise ! Philippe est double : grand joueur du jeu politique, il
connaît tout de même les règles du jeu moral et apprécie la valeur des bons
coups.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes on ne sait pas dans ce cas si cette conduite morale en milieu
diplomatique a été diplomatiquement payante. En revanche la deuxième anecdote
ne laisse pas de doutes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ajoutons qu’envoyé en ambassade auprès d’Antipatros au profit de
prisonniers athéniens capturés durant la guerre lamiaque et invité à un repas
(par Antipatros) il lui cita les vers suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ô Circé, quel homme s’il est sensé,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supporterait de manger et de boire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant que ne soient libérés ses compagnons et qu’il ne les ait vus de ses
yeux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et (Antipatros) reconnut l’à-propos de la citation et relâcha immédiatement
les prisonniers. » (9)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antipatros n’a pas cherché à jouer le jeu diplomatique qui aurait consisté à
mettre fin à l’entretien ; non seulement il accepte de participer au jeu
moral mais en plus il n’est pas mauvais perdant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, Xénocrate prêche dans ces anecdotes des convertis ; malgré
quelques résistances, Philippe, ses compatriotes, Antipatros croient à la
primauté de la morale. Pas un seul ne lui donne l’occasion de montrer jusqu’où
il pourrait aller dans son refus de jouer à un autre jeu qu’à celui dont il
estime les règles.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Xénocrate et le moineau.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/04/23/263-xenocrate-et-le-moineau</link>
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    <pubDate>Sun, 23 Apr 2006 17:18:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Académie</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;“ Un moineau, pourchassé par un épervier, se réfugia sous son manteau ;
après l’avoir caressé, il le laissa partir en disant qu’il ne faut pas livrer
le suppliant. » (IV 10)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet oiseau est bien humain pour venir, tel un enfant, chercher protection
auprès de l’homme, en l’espèce ici, Xénocrate, qui, lui, a l’esprit bien solide
pour ne pas le prendre pour autre chose qu’un oiseau, tant les Grecs vivaient
dans un monde où les métamorphoses du divin en animal n’avaient rien
d’extraordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cet abri offert, l’est-il bien au pur animal ? Le petit oiseau
est-il un suppliant parmi d’autres, qui pourraient tout aussi bien appartenir à
l’espèce humaine, ou bien n’ est-il que la métaphore de l’homme faible
pourchassé par le puissant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La note de Tiziano Dorandi m’apprend que l’anecdote « est inspirée par
la tradition concernant le végétarisme du scholarque » (p.497) mais je ne
vois guère le lien entre le refus de la viande animale et la protection du
faible. A moins qu’il ne faille penser comme les psychanalystes que la raison
invoquée par Xénocrate en cache une autre ! Ce qui ne serait guère
compréhensible, vu que la raison secrète est tout aussi noble que la raison
formulée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes le texte d’Elien auquel renvoie Dorandi suggère que la survenue du
petit animal n’est pas seulement l’occasion d’illustrer une attitude à tenir
face aux hommes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Xénocrate de Chalcédoine, disciple de Platon, avait l'âme
singulièrement sensible à la pitié; et ce n'était pas seulement envers les
hommes : les animaux l'ont souvent éprouvé. Un jour qu'il était assis en
plein air, un moineau, vivement poursuivi par un épervier, vint se réfugier
dans son sein : Xénocrate le reçut avec joie, et le tint caché jusqu'à ce
que l'oiseau de proie eût disparu. Quand le moineau fut remis de sa frayeur,
Xénocrate entrouvrant sa robe, le laissa s'envoler : &amp;quot;Je n'ai pas à me
reprocher, dit-il, d'avoir trahi un suppliant.&amp;quot; (&lt;strong&gt;Histoires
diverses&lt;/strong&gt; trad. de Dacier 1827)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dois-je en conclure que la pitié pour la souffrance animale fonde
nécessairement le refus de consommer de la viande ? En tout cas, Elisabeth
de Fontenay dans la somme qu’elle a consacrée aux thèses philosophiques sur les
animaux (&lt;strong&gt;Le silence des bêtes&lt;/strong&gt; 1998) ne dit mot de
Xénocrate...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissons cette ombre : quoi qu’il en soit, ce Xénocrate si tendre avec
le petit moineau est comme le symétrique inversé de celui auquel il a succédé à
l’Académie, Speusippe, brutal avec son chien au point de le jeter au fond d’un
puits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, cette douceur vis-à-vis du minuscule, de l’étranger, de
l’insignifiant ne prend son sens que par rapport à la froideur de Xénocrate par
rapport au Grand. Tel Diogène, il ignore le Maître quand celui-ci est
politique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« On raconte qu’Antipatros (&lt;em&gt;l’homme qui règne sur la
Macédoine&lt;/em&gt;) étant un jour venu à Athènes et l’ayant salué il ne le salua
pas en retour avant d’avoir achevé le discours qu’il était en train de
tenir. » (11)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Même si le Maître se fait menaçant, Xénocrate, bien que rempli de pitié pour
les suppliants, ne se fait pas suppliant à son tour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Denys ayant dit à Platon que quelqu’un allait lui couper le cou,
Xénocrate qui était présent dit, après avoir montré son propre cou :
« En aucun cas, dit-il, avant d’avoir coupé celui-ci » » (11)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moineau Xénocrate n’a pas fui devant l’épervier Antipatros.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Xénocrate, le faux buveur.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/04/22/262-xenocrate-ou-lart-de-faire-comme-si</link>
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    <pubDate>Sat, 22 Apr 2006 21:09:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Académie</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Participer à un concours de beuverie n’est à première vue guère honorable:
c’est rechercher les applaudissements du vulgaire en disputant la première
place dans un domaine duquel il semblerait plus sage de se retirer. En tout
cas, nul philosophe aujourd’hui ne s’y risquerait, tant il aurait à perdre à
prendre le risque d’y gagner une reconnaissance sans prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Xénocrate, successeur de Speusippe à la tête de l’Académie, a su, lui,
prendre part à la soûlerie rituelle de façon pourtant à en retirer
indiscutablement un profit philosophique. Il faut dire que la voie avait été
largement ouverte par le maître du maître, je veux dire Socrate, à l’esprit
plus fort que tout spiritueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La scène se passe en territoire ennemi, si on me permet l’expression, à
Syracuse, chez Denys le Jeune, celui qui ne fut jamais catéchisé par le maître.
On y célèbre la fête des Conges (le conge est une mesure de capacité pour les
liquides, valant un peu plus de trois litres). Xénocrate est là, peut-être
est-ce à l’occasion du voyage qu’il fit en Sicile avec Platon (IV 6), dans ce
cas, loin d’être encore scholarque, il ne serait pas bien vieux et ce que je
vais rapporter aurait alors tout d’un exploit de jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu’il en soit, il remporte la victoire avec pour récompense une
couronne d’or. Jusque-là, tout doit avoir été conforme aux règles du jeu, mais
que penser de la suite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« En sortant il déposa (&lt;em&gt;la couronne&lt;/em&gt;) sur la statue élevée à
Hermès, là où il avait coutume de déposer les couronnes de fleurs. »
(8)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hermès, comme tant de divinités grecques, est un dieu aux facettes si
multiples que je ne me hasarderai pas à interpréter l’offrande de la couronne à
lui précisément. Je relève juste que Xénocrate se défait du présent et le
banalise en ne lui donnant pas une autre destination que celle réservées aux
couronnes florales (mais de quelles autres joutes tenait-il donc ces
récompenses odorantes ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mettre l’or au même niveau que la fleur, voilà bien un geste philosophique
au sens clair mais néanmoins respectueux. J’imagine le cynique assez audacieux
quant à lui pour jeter aux ordures un tel joyau. Quant au stoïcien, attentif à
faire ce qui se fait, il ne commettrait pas un impair aussi marqué.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est clair: c’est le geste fait par un platonicien que je cherche à
interpréter; il va de soi que, réalisé par un homme sans identité
philosophique, il pourrait vouloir dire aussi bien (et entre autres !)
qu’Hermès mérite, quand c’est possible, bien plus que des cadeaux
éphémères.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rêvons : Xénocrate, impeccable buveur, ne participe à la liesse
populaire que pour illustrer son endurance. L’alcoolisé, le brûlant, le
glacial, c’est tout un : autant d’occasions de présenter à la foule (et au
maître sidéré ?) la manifestation jamais démentie de la maîtrise de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ferai le pari que Xénocrate a même gardé « l’air grave et
maussade » qui poussait Platon à lui répéter sans cesse :
« Xénocrate, sacrifie aux Grâces » (6). Platon : maître exigeant
qui demande et la domination de soi et la gaieté légère.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Platon et Speusippe disparus pour toujours, Xénocrate se retirera, comme le
maître, dans l’Académie, mais il aura beau s’enfermer dans l’école elle-même
très fermée (« A celui qui n’avait étudié ni la musique ni la géométrie,
mais qui voulait fréquenter son enseignement, il dit : « Va ton
chemin : il te manque les poignées de la philosophie. » (10)), il
aura beau s’éloigner des prisonniers de la Caverne, quand il se mêlera de
nouveau à eux, à l’égal de son maître reconnu par ceux qu’il ne reconnaît pas,
il verra s’ouvrir devant lui la foule impressionnée des humbles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tous les vendeurs à la criée et les porte-faix, dit-on, s’écartaient
sur son passage. » (6)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dois-je en conclure que dans l’allégorie de la Caverne les meurtriers du
philosophe éclairé, loin d’être les hommes les plus simples du peuple, occupés
à leurs tâches, sont bien plutôt tous les demi-savants quand ils perçoivent le
danger des clartés philosophiques ? Les railleurs des philosophes sont
leurs concurrents.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2006/04/22/262-xenocrate-ou-lart-de-faire-comme-si#comment-form</comments>
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  <item>
    <title>Speusippe: une mort ratée.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/04/19/261-speusippe-une-mort-ratee</link>
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    <pubDate>Wed, 19 Apr 2006 08:34:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Académie</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Le déclin physique de Speusippe est décrit par Diogène Laërce de trois
manières : « ruiné sous l’effet de la paralysie » (IV 3),
« infesté de vermine » (4), « son corps avait même fini par
perdre toute consistance » (ibid.) (Genaille traduit de manière
saisissante : « son corps était tout pourri »).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est clair, Speusippe n’est plus physiquement maître de lui : rien
d’étonnant alors à ce qu’il envoie « chercher Xénocrate en l’invitant à
venir et à lui succéder à la tête de l’école » (3) et que ce soit
« transporté sur une charrette » qu’il se rende à l’Académie. C’est à
cette occasion qu’il rencontre Diogène le cynique à qui il dit :
« Joie à toi » et qui lui répond : « Mais non à toi qui
supportes de vivre dans un pareil état » (3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diogène semble en effet avoir été partisan du suicide si l’on en croit une
des versions de sa mort (il s’asphyxie) et le poignard qu’il propose à
Antisthène pour que ce dernier en finisse (cf la note du 24-02-05). Cependant
la réplique du maître refusant le suicide met bien évidence que l’attitude
cynique n’implique pas la mort volontaire et que l’extrême souffrance supportée
dignement est aussi raisonnable que la volonté de mettre fin à sa vie. J’en
conclus que ce que Diogène dit à Speusippe vise moins l’homme qui se coltine
avec une vie insupportable que le représentant d’une philosophe adverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant sa dureté fait mouche :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« A la fin, pris de découragement, il quitta la vie volontairement à un
âge avancé. » (3)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois savoir que quand Laërce attribue au découragement le suicide, il le
condamne ipso facto (en effet ne reproche-t-il pas aussi à Périandre et à
Diodore Cronos d’avoir eux aussi succombé (sic) au découragement ?). Speusippe
n’a-t-il pas à la fois trop attendu (du point de vue cynique) et trop peu
attendu (pour le disciple d’un philosophe qui dans le &lt;strong&gt;Phédon&lt;/strong&gt;
condamne sans ambages le suicide) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de surprenant alors si l’épigramme qu’écrit Laërce met très haut la
barre platonicienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Si je n’avais appris que Speusippe mourut ainsi,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne n’aurait pu me convaincre de dire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qu’il n’était pas du même sang que Platon ; car&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;il ne serait pas laissé mourir de découragement pour si peu de chose. »
(3)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces vers dévastateurs, ce qui était exercice de la volonté est devenu
abandon et relâchement, comme est réduite férocement à une bagatelle la totale
dépossession de son propre corps. Juge sévère, Laërce évalue l’authenticité
philosophique à l’aune de l’attitude face à la mort. Il ne suffit pas seulement
de bien agir pour mériter alors la reconnaissance, il faut encore savoir se
tenir au moment de l’universelle débandade.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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