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  <title>Les philosophes antiques à notre secours - Cohen Albert</title>
  <link>http://www.philalethe.net/</link>
  <description></description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Sat, 17 May 2008 05:36:29 +0200</pubDate>
  <copyright></copyright>
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    <title>Marc-Aurèle / Cohen</title>
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    <pubDate>Sat, 19 Jan 2008 10:00:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cohen Albert</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;J'ai souvent cité ce passage de Marc-Aurèle:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Comme il est important de se représenter (...) à propos de l'union des
sexes: &amp;quot;C'est un frottement de ventre avec éjaculation, dans un spasme, d'un
liquide gluant.&amp;quot; &amp;quot;(VI, 13, trad. Hadot)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Albert Cohen dans &lt;strong&gt;Solal&lt;/strong&gt; (1930) fait mieux:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Baiser, cette soudure de deux tubes digestifs.&amp;quot; (p.181 La Pléiade)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Entre tendresse de pitié et ataraxie, il faut choisir (fin)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2008/01/18/Entre-tendresse-de-pitie-et-ataraxie-il-faut-choisir-fin</link>
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    <pubDate>Fri, 18 Jan 2008 16:33:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cohen Albert</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;La troisième voie mène à la mort. En un sens, Cohen réécrit la critique
pascalienne du divertissement. Car, s’il a en commun avec Pascal d’attirer
l’attention du lecteur sur sa propre mort (« Sache que tu mourras (…) je
voudrais convaincre mes frères humains, les bourrer de leur future mort, de
l’universelle mort » &lt;strong&gt;Carnets 1978&lt;/strong&gt; Pléiade p.1192), il
innove en se centrant sur la mort d’autrui, précisément de l’ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nietzsche dans la &lt;strong&gt;Généalogie de la morale&lt;/strong&gt; (I) citait
Saint-Thomas (&lt;strong&gt;Commentaire sur le livre des sentences&lt;/strong&gt; IV, L, 2,
4, 4) pour faire apercevoir comment l’amour du prochain travestit la haine des
ennemis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Les bienheureux au royaume céleste verront les peines des damnés pour
avoir plus de béatitude encore. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Cohen, imaginer l’ennemi mourant a une autre fonction.&lt;br /&gt;
Notons d’abord qu’il s’agit d’anticiper les attitudes les plus concrètes et les
plus désespérées de l’agonisant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ses mains repousseront les draps, ses mains grifferont et bêcheront
sa poitrine pour en ôter la mort, et il voudra respirer encore une fois, vivre
encore une fois » (ibidem)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu’attend Cohen de cet effort d’imagination (effort, oui, car l’autre est
si vivant dans son arrogance hostile), c’est par le moyen de la pitié la
réconciliation, tant devront à la lumière de la mort, point d’arrivée des deux
ennemis, paraître vaines les raisons du conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pensée de la mort tient certes un grand rôle dans le stoïcisme, mais
l’usage qu’en fait le stoïcien est radicalement différent : imaginée à
chaque instant comme une possibilité, elle est la limite personnelle qui
prévient des adhésions aux valeurs vaines en rappelant que le rôle qu'on joue,
aussi brillant qu’il soit, ne dure pas toute la pièce et correspond seulement à
une apparition, certes fondée, mais naturellement éphémère.&lt;br /&gt;
A la rigueur, un stoïcien contemporain pourrait partir de la voie enseignée par
Cohen pour inventer un exercice spirituel d’un tout autre sens : imaginer
l’agonie de l’autre en vue, le jour venu, de ne pas se décomposer dans le
désespoir ; imaginer sa propre agonie comme la forme ultime de l’absence
essentielle de maîtrise du corps propre. D'ailleurs, n'est-ce pas ce dernier
exercice que Marc-Aurèle pratique quand il écrit en IV 39 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Quand bien même ton plus proche voisin, le corps, serait découpé, brûlé,
purulent, gangrené, que néanmoins la partie qui prononce sur ces accidents
garde le calme, c'est-à-dire qu'elle juge n'être ni un mal ni un bien ce qui
peut tout aussi bien survenir à l'homme méchant qu'à l'homme de bien.&amp;quot; (trad.
Meunier)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps comme plus proche voisin !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Entre tendresse de pitié et ataraxie, il faut choisir (II)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2008/01/11/Entre-tendresse-de-pitie-et-ataraxie-il-faut-choisir-II</link>
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    <pubDate>Fri, 11 Jan 2008 18:45:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cohen Albert</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;“La deuxième voie vers la tendresse de pitié est la connaissance de
l’universelle irresponsabilité, tous commandés et déterminés que nous sommes
par nos chromosomes et leurs gènes, entre autres » (&lt;strong&gt;Carnets
1978&lt;/strong&gt; p.1191-1192).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est une vue scientifique du monde, ou spinoziste. L’homme n’est pas dans
la nature comme un empire dans un empire. Partie de l’univers, il obéit à des
lois. Donc voir l’homme qui nous a offensé comme une averse. Certes en vouloir
à une pluie soudaine qui contrarie nos plans serait déplacé. Mais il s’agirait
ici de n’en vouloir à personne, quoi qu’il ait fait. Ainsi identifier, entre
autres, Laval et ses complices au passage d’une tempête dévastatrice.&lt;br /&gt;
Dans un propos du 25 décembre 1907 consacré à Kipling, Alain loue l'écrivain
anglais d’être parvenu à faire voir ses personnages comme des expressions de la
nécessité :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Dans Kipling, au contraire (&lt;em&gt;Alain l’oppose aux « petits
romanciers de quatre sous, couronnés par l’Académie Française »&lt;/em&gt;), je
retrouve l’homme tel que je le vois, tournebroche fait de tournebroches
(&lt;em&gt;Alain se rappelle sans doute de Kant dans la &lt;strong&gt;Critique de la raison
pratique&lt;/strong&gt;: la liberté psychologique &amp;quot;ne vaudrait au fond guère mieux
que celle d'un tourne-broche, qui, une fois monté, exécute de lui-même ses
mouvements&amp;quot;&lt;/em&gt; ) , à ne jamais savoir comment ces damnées mécaniques vont
grincer ou mordre ; et, quand ils parlent, on sent bien que leurs mots ne
sont que les pauvres signes d’une grande et terrible chose, comme seraient les
mouvements d’un baromètre dans un cyclone. » (&lt;strong&gt;Propos&lt;/strong&gt; La
Pléiade T.1 p. 24)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni Alain ni Cohen n’en ont conclu qu’adopter un tel regard sur les autres
revient aussi à pouvoir prédire leurs actions ou leurs pensées. Non, on ne sait
jamais comment « ces damnées mécaniques vont grincer ou mordre »,
néanmoins une fois qu’elles ont mordu ou grincé, on se préservera de la douleur
des morsures et de l’irritation causée par les grincements en se les
représentant rétrospectivement comme nécessaires. C’était aussi une vue
stoïcienne. Marc-Aurèle par exemple écrit dans les &lt;strong&gt;Pensées pour
soi-même&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« De telles choses, par le fait de tels hommes, doivent naturellement
se produire ainsi, par nécessité, Ne pas vouloir que cela soit, c’est vouloir
que le figuier soir privé de son suc » (IV 6 trad. Meunier GF p.67)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tout ce qui arrive est aussi habituel et prévu que la rose au
printemps et les fruits en été ; il en est ainsi de la maladie, de la
mort, de la calomnie, des embûches et de tout ce qui réjouit ou afflige les
sots » (IV 44 ibid. p. 75)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai pourtant présenté les voies tracées par Albert Cohen comme des
anti-voies du stoïcisme ; comment est-ce défendable si, lui et eux, sont
portés à identifier les faits humains à des faits naturels ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point de détail d’abord qui les sépare : ce ne sont pas les chromosomes
ou autres petitesses matérielles qui rendent compte des événements humains mais
Dieu = le Logos = la Raison. Donc un fatalisme d’une tout autre allure, disons,
cosmologiquement grandiose.&lt;br /&gt;
Autre point, secondaire ici : chez les Stoïciens, ce n’est pas à un pathos
que tend l’identification des chaînes causales, bien plutôt à l'élimination des
apitoiements. Un orage ne fait pas pitié.&lt;br /&gt;
Mais l’essentiel, le voici: le stoïcisme est un fatalisme volontariste.
L'expression est-elle un oxymore ? C’est tout le problème de la cohérence
du système qui est posé. Peu importe ici. Reste indubitablement vrai que celui
qui voit les autres comme des mécaniques quand il s’agit de se faire à leurs
méfaits et de rester sage malgré leurs folies identifie lui-même et les autres
quand il s’agit du présent et de l’avenir à des souverains, sinon maîtres de
leur vie, du moins absolument capables de maîtriser les représentations qu’ils
en ont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est eux bien sûr qui ont raison. Cohen l’aurait vite compris. Que vaudrait
son appel à ceux qui ont la bouche pleine de l’amour du prochain s’il ne les
croyait pas assez maîtres d’eux pour suivre, peut-être, les trois voies qu’il
dessine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se voir comme un baromètre dans un cyclone, il faut précisément ne pas
être un baromètre dans un cyclone !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Entre tendresse de pitié et ataraxie, il faut choisir (1)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2008/01/04/Entre-tendresse-de-pitie-et-ataraxie-il-faur-choisir</link>
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    <pubDate>Fri, 04 Jan 2008 19:25:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cohen Albert</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Dans ses &lt;strong&gt;Carnets 1978&lt;/strong&gt;, Albert Cohen présente une éthique
dont il ne m’intéresse pas ici de montrer les sources philosophiques mais dont
je me servirai pour faire concevoir, clairement et par radicale opposition, des
éléments de l’éthique stoïcienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par opposition à l’amour du prochain qu’il disqualifie radicalement
(« Ô stérile amour qui au long de deux mille années n’a empêché ni les
guerres ni leurs tueries, ni les bûchers de l’Inquisition, ni les pogromes, ni
l’énorme assassinat allemand. »), Cohen prêche « la tendresse de pitié
».&lt;br /&gt;
Celle-ci, sans être identique à l’amour qu’on porte à nos proches, à nos amis,
à nos amours, serait en fait la réalisation maximale de l’idéal chrétien
d’amour du prochain si on songeait enfin à prendre l’expression au sérieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cohen donne alors trois voies qui mènent à la tendresse de pitié. Or, ce
sont précisément trois « anti-voies » du stoïcisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La première voie consiste en « l’identification à l’autre » qu’il
illustre de manière paradoxale et provocatrice par l’exemple de lui-même,
Albert Cohen, juif, s’identifiant à un des bourreaux de son peuple, Pierre
Laval:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je l’imagine, je le connais et je deviens étrangement lui, pauvre
méchant avide d’éphémère puissance. Oui, il a été chef de la milice et
serviteur des nazis, oui, il a fait du mal à mes frères juifs, et il a fait
peur à ma mère, et il a envoyé à la mort des enfants coupables d’être nés de
mon peuple. Oui, au temps où il était puissant et malfaisant, il méritait la
mort, une mort rapide et sans souffrance. Mais maintenant il est abandonné de
tous et honni, il est dans une prison, et il a mal, il a mal dans l’asthme de
sa poitrine et, en quelque singulière sorte, de ma poitrine. Il souffre et je
le vois vaincu. Je vois son visage défait, son visage malade et avili d’homme
perdu, et qui le sait. Je le connais, et je suis lui par l’étrangeté
d’identification. Je suis lui, et il n’est plus un ancien ministre, mais un
malheureux et moi-même, et soudain j’ai mal que le prisonnier Laval ait mal (…)
Comment alors ne pas pardonner à ce malheureux soudain si proche, soudain mon
semblable ? » (p.1189-90 La Pléiade)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ici un usage de l’imagination qui a un point commun avec celui que
l’on peut faire dans la vengeance, la victime imaginant soigneusement la
douleur du coupable. Mais l’usage est tourné vers une fin tout autre : se
mettre à la place du coupable, ressentir de la pitié et pardonner alors le mal
qu’il a fait.&lt;br /&gt;
C’est précisément par rapport à la valeur éthique de la pitié que la voie
stoïcienne diverge : en effet, la pitié est dans le cadre du stoïcisme une
passion inconciliable, comme n’importe quelle autre passion, avec la conception
vraie de la réalité et partant avec la tranquillité de l’esprit, avec
l’ataraxie. La pitié n’est rien de plus que la multiplication par deux de
l’erreur initiale commise par l’homme qui fait pitié. Ce passage d’Epictète le
met clairement en relief :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Quand tu vois quelqu’un qui est dans la douleur verser des larmes
parce que son fils s’est expatrié ou parce qu’il a lui-même perdu tous ses
biens, fais bien attention de n’être pas toi-même entraîné par la
représentation selon laquelle il serait plongé dans des maux extérieurs, mais
tout de suite aie ceci présent à l’esprit : « Ce n’est pas ce qui
arrive qui afflige cet homme (car d’autres ne s’affligeraient pas de pareil
événement), mais le jugement qu’il porte sur les choses qui lui arrivent. ».
Pourtant n’hésite pas, en paroles, à compatir avec lui, et même, éventuellement
à l’accompagner dans ses plaintes. Mais toi, fais bien attention de ne pas
gémir aussi intérieurement. » (Manuel 16 trad. Hadot p.173-74)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compassion de facade opposée non à compassion vraie mais bien plutôt à
compassion erronée et mauvaise. Il ne s'agit pas ici d'hypocrisie mais d'un
effort, quand il n'est pas encore temps de relever l'autre par arguments
rationnels et bien fondés, pour se comporter humainement tout en ne courant pas
le risque de descendre soi-même au niveau de l'infra-humain. Une telle norme
stoïcienne relative à la douleur d’autrui doit aussi bien sûr s’appliquer à
soi-même: en divisant en deux le sujet unique et ruiné par la douleur que l’on
menacerait d’être, d’une part le corps souffrant, aux plaintes mécaniques
nécessairement causées, d’autre part l’esprit du souffrant, sans raison de se
plaindre et donc sans jugements plaintifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« « J’ai mal à la tête », n’ajoute pas : « hélas !
» « J’ai mal à l’oreille », n’ajoute pas : « hélas ! ». Je
ne dis pas qu’il ne t’est pas permis de gémir ; mais ne gémis pas
intérieurement. » (&lt;strong&gt;Entretiens&lt;/strong&gt; La Pléiade p.851-52)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Cohen prônait était l’identification du sujet individuel à un autre
sujet individuel ; il s’agissait de s’efforcer à sortir de soi pour entrer
dans la tête d’un autre. Si le stoïcisme refuse radicalement une telle forme
d’altruisme, il en propose une autre basée sur une autre sorte
d’identification : identifier l’individu singulier que j’ai en face de moi
à l’espèce raisonnable à laquelle, comme moi, il appartient . Il ne s’agit pas
de s’abaisser au niveau de la victime (qu’elle soit, comme Laval, coupable ou
non), mais de hisser la victime (voire celui dont je suis victime) au plan
élevé de la rationalité et désormais situer les échanges avec lui sur ce
plan-là.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Le cogito d'Albert Cohen</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/12/29/Le-cogito-dAlbert-Cohen</link>
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    <pubDate>Sat, 29 Dec 2007 22:09:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cohen Albert</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&amp;quot; Je n'accepte pas de perdre mes yeux qui étaient une partie de mon âme. Mon
âme n'est pas un ectoplasme à gogos. Mon âme, c'est moi. Cela n'est pas de la
philosophie, cette filandreuse toile d'araignée toute de tromperies, mais une
grenue et indestructible petite vérité tout à fait vraie. Oui, tout ce que vous
voudrez, dites tout ce que vous voudrez, dites toutes les survolances qu'il
vous plaira, mais ma petite vérité est bon teint. Mon âme, c'est mon corps et
non un magique souffle.&amp;quot; &lt;strong&gt;Carnets 1978&lt;/strong&gt; La Pléiade
p.1152-1153&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Ah oui, la vie éternelle, n'est-ce pas, c'est-à-dire que je pourrai
regarder, paraît-il, quand mes yeux seront une coulante morve. Ah oui, l'âme,
les réalités invisibles. Très commodes, des réalités qui ont la politesse
d'être invisibles. Et moi, dans tout ça, qu'est-ce que je deviens, moi, dans
toutes ces fines spiritualités, moi, le moi qui est moi, il me semble qu'on
m'oublie, moi, dans toutes ces joliesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, oui, qu'est-ce qu'on fiche de moi dans toutes ces invisibilités, de
moi, de moi qui aime tant regarder et entendre, avec de vrais yeux tout
charnels et des oreilles visibles et compliquées de trompes d'Eustache, il me
semble que je suis, dans ces combines d'âmes, assez oublié, moi qui aime aimer
de mes yeux et de mes oreilles et de mes aimantes lèvres aimées. Et si je suis
ce que je suis, avec mes qualités et mes défauts et mon talent, comme ils
disent, c'est parce que j'ai des yeux et des oreilles et tout le reste, tout de
charnelle matière. Si je n'avais jamais eu d'yeux pour voir et d'oreilles pour
entendre, combien morte serait mon âme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'après les amateurs d'âme, il paraît que mes milliards de pensées et
d'images et de sentiments, oui, j'en suis milliardaire, vivront plus tard en
l'air, sans le support de mes yeux et de mes oreilles et des jeux de mon
cerveau sous la coque vulnérable de mon crâne demain dessoudé. Il faut croire
que je verrai plus tard sans yeux et entendrai sans oreilles et aimerai sans
lèvres en cet au-delà et monde spirituel qu'ils me promettent, en ce Rien
qu'ils affirment être.&amp;quot; ibid. p.1155-1156&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comparez avec Descartes dans la première de ses &lt;strong&gt;Méditations
métaphysiques touchant la première philosophie, dans lesquelles l'existence de
Dieu et la distinction réelle entre l'âme et le corps de l'homme sont
démontrées&lt;/strong&gt; (1641):&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Je me considérerai moi-même comme n'ayant point de mains, point d' yeux,
point de chair, point de sang, comme n' ayant aucun sens, mais croyant
faussement avoir toutes ces choses &amp;quot;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Voir l'homme sous l'aspect du cadavre.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/12/02/Voir-lhomme-sous-laspect-du-cadavre</link>
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    <pubDate>Sun, 02 Dec 2007 20:26:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cohen Albert</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Franck Médioni, dans sa biographie d’Albert Cohen (Folio 2007), cite ces
lignes, tirées sans doute des &lt;strong&gt;Carnets 1978&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Avant de mourir, et ma mort est proche, je voudrais convaincre mes
frères humains, les bourrer de leur future mort, de l’universelle mort. Ah,
s’ils voulaient savoir, vraiment savoir qu’ils mourront, et que leur ennemi et
frère en la mort connaîtra l’affreuse agonie, je sais, je suis sûr qu’ils ne
pourraient plus haïr, une tendresse vraie et non l’amour du prochain, amour
artificiel, amour non surgi, amour commandé, amour quasiment scolaire, sans
autre cause que l’ordre d’un Dieu hélas inexistant. » (p.269-270)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imaginer soi-même ou autrui en cadavre est une pensée fréquente de Solal,
personnage principal de &lt;strong&gt;Belle du seigneur&lt;/strong&gt; (1968). Dès la
troisième page de l’œuvre, il devine dans le miroir où, à l’apogée de sa force,
il se réfléchit, son corps en voie de décomposition :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Oui, beau à vomir. Visage impassible couronné de ténèbres
désordonnées. Hanches étroites, ventre plat, poitrine large, et sous la peau
hâlée, les muscles, souples serpents entrelacés. Toute cette beauté au
cimetière plus tard, un peu verte ici, un peu jaune là, toute seule dans une
boîte disjointe par l’humidité. Elles seraient bien attrapées si elles le
voyaient alors, silencieux et raide dans sa caisse. » (Folio p.15)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle anticipation de la mort au moment même du triomphe de la vie a la
fonction d’une vanité ou d’une danse macabre : elle dynamite les grandeurs
d’établissement. En témoigne par exemple le premier paragraphe du chapitre XI
consacré aux très hauts personnages de la Société des Nations :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Dans la salle des pas perdu, les ministres et les diplomates
circulaient, gravement discutant, l’œil compétent, convaincus de l’importance
de leurs fugaces affaires de fourmilières tôt disparues, convaincus aussi de
leur propre importance, avec profondeur échangeant d’inutiles vues, comiquement
solennels et imposants, suivis de leurs hémorroïdes, soudain souriants et
aimables. Gracieusetés commandées par des rapports de force, sourires
postiches, ambitions enrobées de noblesse, calculs et manœuvres, flatteries et
méfiances, complicités et trames de ces agonisants de demain. »
(p.134)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’animalisation (ici les fourmis) est tout à fait dans la tradition du
mépris cynique ; en revanche, me semble-t-il, les philosophes cyniques
n’ont pas pratiqué l’exercice spirituel consistant à superposer sur le vivant
l’image de l’homme mort qu’il sera. D’ailleurs la pensée du cadavre dans le
cynisme n’est pas un moyen de se défaire des illusions sublimes de la vie
sociale ; elle identifie seulement le corps mort au produit naturel d’une
évolution qu’aucun rite funéraire ne devra corrompre; loin d’être ravalé à de
la pourriture, il est possiblement une nourriture : à l’appui - et sans
prendre en compte les professions de Zénon en faveur de l'anthropophagie - ces
lignes de Laërce à propos de Diogène de Sinope :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Certains disent que Diogène mourant ordonna qu’on le jetât en terre
sans sépulture afin que n’importe quelle bête sauvage pût prendre sa
part. » (VI 79)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A supposer que des cyniques contemporains ajoutent à leurs exercices
spirituels - mais sous forme contrôlée - les hallucinations morbides de Solal,
voir autrui en agonisant de demain aurait néanmoins dans leur logique une toute
autre fonction que celle à laquelle pense Albert Cohen : rien qu’un moyen
supplémentaire de rappeler l’homme à ses devoirs essentiels en le détournant de
son attachement aux biens éphémères, la vie, la santé, la beauté etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Cohen, en revanche, c’est la voie d’une prise de conscience d’une
passagèreté (die Vergänglichkeit) sans compensation dans l’éternité. Néanmoins
il est excessif de parler à ce sujet de nihilisme (même si Cohen est proche de
Cioran, en ce que l’un et l’autre sont des nostalgiques de Dieu). En effet, de
l’imagination de la répugnante métamorphose ne naît pas un ricanement lucide et
douloureux mais une pitié par anticipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le cosmopolitisme stoïcien se fondait sur une commune parenté en
Dieu, en la Raison, la reconnaissance d’autrui comme un alter ego ne repose
plus que sur une prédisposition universelle à pâtir, à souffrir et sur la
douleur qu'engendre sa connaissance. Dans le cadre du stoïcisme, la pitié est
une affection qu’il faut apprendre à ne pas éprouver tant elle détourne celui
qu’elle envahit de la conscience de l’absolue positivité du réel. Chez Cohen
(dont Franck Médioni souligne sur ce point le lien avec Schopenhauer), elle est
le sentiment qui ouvre à la vie éthique en tant qu’il implique l’extrême
vulnérabilité de l’autre (j’imagine qu’on pourrait établir une relation avec le
rôle que Lévinas fait jouer au visage d’autrui).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant à un épicurien, il trouverait à redire à cette présence imaginaire
mais constante de la mort au sein de la vie : d’abord elle va avec un
jugement erroné porté sur ce qui n’est au fond que réarrangement
atomique ; ensuite en donnant au cadavre une corporéité si visible elle
encourage à penser notre mort comme une continuation allongée et statique de
notre vie ; enfin elle nous entraîne tout simplement dans le sens de la
funeste inclination: penser à notre mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de songer à ce texte d'Alain:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Quand je pense que je mourrai, je me figure, d’après ce que j’ai vu,
l’histoire de quelqu’un que j’appelle moi, et que je dessine à ma
ressemblance ; j’imagine cet homme malade, mort et porté en terre. Oui,
mais si je fais bien attention, je m’aperçois moi-même dans l’assistance,
moi-même suivant mon propre cortège funèbre, et donc, vivant encore d’une
certaine façon.&amp;quot; (Propos du 3 décembre 1907 La Pléiade II p.43)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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