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  <title>Les philosophes antiques à notre secours - Cynisme</title>
  <link>http://www.philalethe.net/</link>
  <description></description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Fri, 09 May 2008 11:28:09 +0200</pubDate>
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    <title>In memoriam canium (3) : Alcidamas, cynique fictif, ou comment il est finalement difficile pour un satiriste de caricaturer un cynique !</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2008/05/04/In-memoriam-canium-3-%3A-Alcidamas-cynique-fictif-ou-comment-il-est-finalement-difficile-pour-un-satiriste-de-caricaturer-un-cynique</link>
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    <pubDate>Sun, 04 May 2008 12:24:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Dans le &lt;strong&gt;Banquet ou les Lapithes&lt;/strong&gt;, Lucien se moque des
philosophes. Toutes les sectes y sont réunies à l’occasion d’un mariage. Chacun
a à cœur de montrer que ceux des autres camps ne mettent pas leur conduite en
accord avec leur doctrine et les choses s’enveniment au point que le repas
dégénère en rixe avec coups et blessures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier à rompre les conventions est le cynique Alcidamas :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« 12. C'est au moment où Cléodème parlait que notre cynique Alcidamas
fit irruption dans la salle : Il n'avait pas été convié, et il s'exclama,
d'un air tout à fait décontracté : « Ménélas arrive de son propre
chef ! ». Les invités trouvèrent qu'il avait un sacré culot et il lui
lancèrent quelques flèches bien aiguisées du genre : « Ménélas, fou
que tu es ! » ou « Agamemnon n'est point en son cœur satisfait !
». D'autres grommelèrent quelques petits mots d'esprit du même acabit. En fait,
nul n'osa critiquer vraiment l'importun de service ; Alcidamas était
redouté : avec sa voix de stentor, c'était le plus gouailleur des
cyniques, et il dépassait tout le monde dans le genre, ce qui fait qu'il
inspirait une certaine méfiance.&lt;br /&gt;
13. Finalement, Aristénète le complimenta, le priant de s'asseoir entre
Histiaios et Dionysodore. « Peuh ! répondit le cynique, vous me
prenez pour une femmelette ou quoi ? Me prélasser comme ça sur des
coussins pour bouffer ? Sûrement pas ! Je vais manger debout, en me
baladant de–ci de–là, à mon gré. Quand j'en aurai assez, je poserai ma pelisse
par terre et je reposerai ma tête sur mon coude, comme on le voit sur les
peintures qui représentent Héraclès. » - Comme tu veux, répliqua
Aristénète. Et Alcidamas se mit à circuler dans la salle en grignotant et,
comme les Scythes qui émigrent vers des terres grasses, lui s'aventurait du
côté des serviteurs qui apportaient les plats…&lt;br /&gt;
14. Bref, il mangeait, mais son esprit restait vif puisqu'il nous fit un petit
speech sur le vice et la vertu en se moquant de l'or et de l'argent, si bien
qu'il demanda à Aristénète l'utilité de ces coupes brillantes et foisonnantes
alors que, selon lui, les coupes d'argile étaient tout aussi pratiques.
Aristénète interrompit brusquement ses commentaires tout à fait déplacés ;
il ordonna à son échanson de lui tendre un énorme skyphos et d'y verser un vin
très pur. Il croyait lui avoir ainsi cloué le bec. Or il ne se doutait pas que
cette coupe allait être le point de départ de gros pépins. En effet, dès qu'il
eut pris le skyphos, Alcidamas fit silence, puis, d'un seul coup, il se jeta
sur le sol à moitié nu, s'allongeant de tout son long comme il avait menacé de
le faire auparavant ; la tête appuyée sur son coude, il tendait son verre
de la main droite comme l'Héraclès chez Pholos revu par les les artistes.&amp;quot;
(traduction de Philippe Renault avec des notes très éclairantes sur
http://bcs.fltr.ucl.ac.be/LUCIEN/Banquet.html)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait rien de plus conventionnellement cynique que cette rupture de
conventions : s’inviter là ou on n’est pas invité, manger debout et en
mouvement quand tous le font assis et en repos, dédaigner les lits, s’allonger
à même le sol, prendre Hercule comme modèle, tout cela, c’est le déroulement
prévisible du programme contestataire.&lt;br /&gt;
Mais que penser de son appétit ? A vrai dire en recherchant avec avidité
la nourriture, Alcidamas ne se contredit pas car il dénonce ici seulement
l’inutile sophistication des médiations entre l’appétit naturel et sa
satisfaction : ce n’est pas contre le vin qu’il en a mais contre la coupe
précieuse qui le contient. Et puis s’il y avait vraiment goinfrerie, elle
pourrait toujours être rationalisée comme dérision de la décence
ordinaire…&lt;br /&gt;
Mais va-t-on dans la suite du récit assister au dérèglement du rituel
cynique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;16. Après l'incident, Alcidamas le cynique, déjà passablement éméché, ayant
appris le nom du jeune marié, se mit à rugir pour exiger le silence en
dirigeant son regard vers le clan des femmes : « Eh bien ! Je
bois à ta santé, Cléanthis, au nom sacré d'Héraclès ! ». À ces mots, tout
le monde s'esclaffa et le cynique s'écria : « Bande d'abrutis, vous
riez parce je porte un toast à la mariée en invoquant Héraclès, mon
patron ? Eh bien ! Apprenez, mes lascars, que si elle ne saisit pas
la coupe que je lui tends, elle sera incapable de fabriquer un vrai mâle comme
moi, vigoureux et instruit dans toutes les matières ! ». Tout en
s'époumonant, il dégrafa ses vêtements et montra délibérément son membre à
toute l'assemblée ! Les invités se mirent à rire jusqu'à l'hystérie !
De plus en plus en colère, Alcidamas nous lança un regard acéré comme un
poignard, et l'on comprit qu'il n'était pas prêt de se calmer, loin s'en
faut : je crois même qu'il aurait fini par blesser l'un de nous avec son
bâton. Mais une galette onctueuse fit son entrée au bon moment pour apaiser ses
velléités agressives, et il s'empressa dès lors de se goinfrer.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inventer un rituel – en ayant sans doute bien garde qu’il ne se diffuse -,
se dénuder intimement là où chacun est paré : Lucien ne force pas encore
le trait et j’ai le sentiment que, le style aristophanesque en moins, je
pourrais lire ces lignes dans Diogène Laërce. Certes la satire pointe son nez
avec la neutralisation patissière…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;18. Comme d'habitude, il y eut une pause dans l'arrivage des plats, au
cours de laquelle Aristénète, imbattable quand il s'agit de meubler les temps
morts, donna l'ordre à un bouffon d'entrer en scène et de faire un numéro de
fantaisiste pour divertir les invités. Un petit homme plutôt laid pointa alors
son museau, la tête rasée, mais avec quelques malheureux poils au sommet du
crâne. Il exécuta une danse qui tenait plus de la contorsion que d'autre chose,
se disloquant à qui mieux mieux jusqu'au grotesque, maugréant quelques
anapestes dans un douteux accent égyptien. Pour couronner le tout, il se paya
la tête des spectateurs.&lt;br /&gt;
19. Ceux qui en prenaient pour leur grade riaient quand même de bon cœur. Mais
quand vint le tour d'Alcidamas d'être charrié, et qu'il s'entendit traiter de
« petit clébard de Malte » par le bouffon, son sang se mit à
bouillonner – il était certainement jaloux du comique qui monopolisait les
applaudissements des convives – il posa sa pelisse à terre et intima l'ordre à
son concurrent de le provoquer au pancrace : en cas de refus, il recevrait
des coups de bâton ! Pauvre Satyrion – c'était le nom du mime ! Il
dut s'exécuter et se mettre en position de combat. Soyons francs : c'était
vraiment excitant de voir l'austère philosophe rentrer dans la bedaine d'un
histrion ou se faire étriper à son tour. Certains invités étaient choqués,
d'autres au contraire se trémoussaient d'aise. Bref, Alcidamas, roué de coups,
finit par capituler : l'avorton se révélait un véritable paquet de muscles
et tout s'acheva dans un rire général et frénétique.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A bouffon, bouffon et demi. Désormais il semble que la satire opère à
découvert. Les cyniques historiques me semblent avoir fait un usage plus
parcimonieux d’un bâton tout symbolique. Mais en même temps railler le railleur
institué, quoi de plus authentiquement cynique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement arrive le dérèglement général: alors tous les vernis
philosophiques (épicurien, stoïcien, platonicien, aristotélicien…)
craquent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;35. En fait, tout était sens dessus dessous ! Les gens ordinaires
mangeaient avec un tact exemplaire, sans boire un verre de trop ; ils se
comportaient le plus raisonnablement du monde, se contentant de faire honte aux
autres, objets pourtant de leur vénération quelques instants auparavant,
lorsqu'ils les considéraient comme des modèles de vertu. En revanche, les
sages, eux, n'avaient aucune tenue, criaient comme des fous, se gavaient comme
des porcs et se donnaient des coups !.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce foutoir, le cynique semble pourtant chanter encore une de ses
mélodies traditionnelles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Alcidamas l'admirable, lui, pissait sans vergogne au milieu de la pièce, se
fichant éperdument des femmes qui se trouvaient là.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est on ne peut plus orthodoxe. Quant à sa place dans la bataille, on
pourrait même l’interpréter en termes de filiations et de querelles
d'écoles!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« À noter qu'Alcidamas fit sensation en défendant Zénothémis
(&lt;em&gt;stoïcien&lt;/em&gt;). De son bâton, il assomma Cléodème
(&lt;em&gt;aristotélicien&lt;/em&gt;), mit en morceaux la mâchoire d'Hermon
(&lt;em&gt;épicurien&lt;/em&gt;)et amocha de nombreux esclaves qui leur portaient
secours.»&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes le comportement perd à la fin de sa cohérence :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;«il y avait Alcidamas qui venait de mettre KO la meute adverse et continuait
à s'en prendre à tous ceux qui s'aventuraient jusqu'à lui. C'eût été une
véritable hécatombe s'il n'avait pas cassé son bâton »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la philosophie paraît désormais ne plus rien régler :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;«47. Le banquet s'acheva sur cette note. Aux cris et aux larmes succédèrent
les rires contre Alcidamas, Dionysodore et Ion. Les blessés furent évacués sur
des civières : ils n'étaient pas jolis, surtout ce vieux croûton de
Zénothémis qui, une main sur l'œil et l'autre sur son nez, hurlait de
douleur ; Hermon, qui n'était pas mieux loti avec ses dents déglinguées,
lui lança avec toujours le même esprit de contradiction : « En ce
moment, mon cher, tu ne places point la douleur dans la catégorie des choses
indifférentes. » Le marié fut recousu par les soins diligents de Dionicos
et, la tête couronnée de bandelettes, on le hissa dans le char où il devait
emmener sa femme. Quelles noces mouvementées pour ce pauvre garçon ! Quant
aux autres convives, ils furent couchés, vomissant de temps à autre sur le
chemin qui les menait au lit. Seul Alcidamas resta dans la salle. Impossible de
l'en déloger ! Comme il était affalé en travers d'une couchette, on ne
pouvait rien faire.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fin de banquet évoque bien sûr par opposition celle du
&lt;strong&gt;Banquet&lt;/strong&gt; de Platon. Le philosophe en la personne de Socrate y a
une toute autre allure. Alors qu’Alcidamas a été finalement vaincu par sa
corporéité, Socrate y manifeste son indestructible spiritualité :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Là-dessus, Socrate, les ayant endormis comme des enfants, se leva et
partit ; comme à son habitude, Aristodème le suivit. Il se dirigea vers le
Lycée, et, après s’être débarbouillé, il passa, comme n’importe quelle autre
fois, le reste de la journée, et, quand il l’eut ainsi passée, vers le soir il
alla chez lui se reposer » (223 d trad. Robin La Pléiade p. 764)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>In memoriam canium (2) : Androsthène, Philiscos et Onésicrite ou comment les familles au contact de l’acide cynique se décomposent et se recomposent.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2008/05/02/In-memoriam-canium-2-%3A-Androsthene-Philiscos-et-Onesicrite-ou-comment-les-familles-au-contact-de-lacide-cynique-se-decomposent-et-se-recomposent</link>
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    <pubDate>Fri, 02 May 2008 19:45:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;« On raconte (…) qu’Onésicrite d’Egine avait envoyé à Athènes un de ses
deux fils, Androsthène, lequel, après avoir entendu Diogène, resta à ses côtés,
Onésicrite envoya ensuite à la recherche d’Androsthène son second fils,
Philiscos, l’aîné dont j’ai parlé plus haut. Mais tout pareillement, Philiscos
tomba sous son emprise. En troisième lieu lui-même arriva, qui ne fit rien
moins que de se joindre à ses fils pour philosopher, tant était grande la
séduction qu’accompagnait les paroles de Diogène. » (&lt;strong&gt;Vies et
doctrines des philosophes illustres&lt;/strong&gt; VI 75 Diogène Laërce ed.
Goulet-Cazé p.741)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vu de loin, rien de ressemble plus à un sophiste à succès qu’un cynique.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>In memoriam canium (1): Agathoboulos.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2008/04/15/In-memorian-canium-1%3A-Agathoboulos</link>
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    <pubDate>Tue, 15 Apr 2008 16:56:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Marie-Odile Goulet-Cazé dans le &lt;strong&gt;Dictionnaire des philosophes
antiques&lt;/strong&gt; consacre cette notice à Agathoboulos:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Ce cynique d'Alexandrie, à qui Pérégrinus Proteus (&lt;em&gt;un chrétien
cynique&lt;/em&gt; ) rendit visite en Egypte (Lucien &lt;strong&gt;Pérégrinus&lt;/strong&gt; 17)
pratiquait un ascétisme rigoureux. Il fut un des maîtres de Démonax, tout comme
Epictète et Démétrius (Lucien &lt;strong&gt;Démonax&lt;/strong&gt; 3). La
&lt;strong&gt;Chronique&lt;/strong&gt; d'Eusèbe-Jérôme (p.198, 1-3 Helm) le présente, aux
côtés de Plutarque de Chéronée, Sextus et Oenomaos, comme l'un des philosophi
insignes connus en l'année 119 ap. J.-C. A titre d'hypothèse, D.R.Dudley
(&lt;strong&gt;A History of cynicism&lt;/strong&gt; p.175 n.3) suggère que cet Agathobule
pourrait être le &amp;quot;fameux sophiste de Rhodes&amp;quot; sous la conduite duquel Démétrius
de Sounion s'exerça à l'ascèse cynique à Alexandrie (cf. Lucien
&lt;strong&gt;Toxaris&lt;/strong&gt; 27).&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Lucien, je tire ces lignes traduites par Talbot en 1912:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Un troisième voyage, entrepris par lui (&lt;em&gt;Pérégrinus&lt;/em&gt;) à cette
époque, le conduit en Egypte auprès d'Agathobule, qui l'initia à la belle
profession qu'il exerçe aujourd'hui. La tête à moitié rasée, le visage
barbouillé de boue, il n'a pas honte de porter les mains sur lui-même au milieu
d'une nombreuse assemblée et d'accomplir un acte que les Cyniques osent
qualifier d'indifférent; il se frappe ou fait frapper le derrière avec une
férule, et commet mille autres indécences.&amp;quot; (&lt;strong&gt;Sur la mort de
Pérégrinus&lt;/strong&gt; 17)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a donc accès à Agathobule qu'à travers les lignes d'un écrivain
railleur et sceptique.&lt;br /&gt;
Mais évoquent-elles vraiment &amp;quot;un ascétisme rigoureux&amp;quot; ? La pratique
publique de la masturbation suggère moins l'ascèse que le respect d'une
tradition sinon fondée, du moins illustrée par Diogène de Sinope.&lt;br /&gt;
Lucien, reprenant un concept stoïcien, qualifie l'attouchement en question
d'indifférent.&lt;br /&gt;
J'ai l'idée que les cyniques peuvent aussi bien la condamner quand il
l'identifie non au plus court chemin pour satisfaire un besoin mais à
l'expression du relâchement. Ils paraissent en effet avoir moins jugé l'action
en elle-même que l'intention qui la commande, cette dernière sauvant les pires
actions et condamnant les meilleures (pires et meilleures étant entendus ici du
point de vue des évaluations ordinaires).&lt;br /&gt;
Revenons à la masturbation: associée au plaisir, elle est nécessairement
condamnée par les cyniques. Vue comme une forme d'indépendance et d'économie
des dépenses, elle va dans la même direction que la consommation du cru, le
tonneau comme logement etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au traitement du visage et de la tête (que veut dire &amp;quot;à moitié
rasée&amp;quot; ? On peut l'entendre de deux manières...), il correspond en tout
cas moins à l'image qu'on se fait de l'ascèse qu'à quelque chose comme un
ensauvagement très artificiel de l'apparence. En somme il s'agit moins de
mettre le corps au pas que d'en faire le porteur ostentatoire des valeurs de
l'esprit.&lt;br /&gt;
Restent les fessées dont le sens ne doit pas tromper: elles ne servent qu'à
entraîner celui qui les subit à supporter la douleur. Doit-on en plus aller
jusqu'à identifier l'endroit choisi à l'envers de la haine que les Cyniques
éprouvent pour l'inversion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir, un autre passage consacré par Lucien de Samosate à
Agathoboulos:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Démonax était né dans l'île de Chypre, d'une famille distinguée par le
rang qu'elle occupait et par ses richesses. Supérieur toutefois à ces
avantages, et se sentant entraîné vers les hautes régions du bien, il
s'appliqua à la philosophie, sans y être poussé par Agathobule, par son
devancier Démétrius ou par Épictète. Il vivait dans leur commerce, et suivait
de plus les leçons de Timocrate d'Héraclée, homme éclairé, plein de savoir et
d'éloquence. Mais, ainsi que je l'ai dit, ce ne furent pas ces maîtres qui
l'appelèrent à l'étude de la sagesse. Il y fut conduit, dès son enfance, par un
penchant naturel vers la vertu et par un amour inné de la philosophie.&amp;quot; (3
trad. Talbot)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agathoboulos exemplifie ici une étrange figure: celle d'un maître qui ne
forme pas de disciple, non par impuissance mais à cause de la maîtrise
naturelle du disciple virtuel, Démonax représentant quelque chose comme &amp;quot;le
philosophe par création spontanée&amp;quot;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Flash-back: le cynisme, Pascal et le repos.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/06/14/Flash-back%3A-le-cynisme-Pascal-et-le-repos</link>
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    <pubDate>Thu, 14 Jun 2007 13:31:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Des lettres pseudépigraphes des philosophes cyniques Diogène et Cratès
(écrites sans doute entre le deuxième siècle avant notre ère et le premier
après) ont été publiées en 1998 chez Actes Sud dans la collection Babel.&lt;br /&gt;
Voici la lettre 8 de Cratès, adressée aux riches :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Allez vous faire pendre : vous avez des lupins, des figues, de
l’eau et des tuniques de Mégare, et pourtant vous partez en mer, vous cultivez
quantité de terres, vous pratiquez la trahison, vous exercez la tyrannie, vous
commettez des meurtres, et ainsi de suite, quand il faudrait rester en repos.
Quant à nous, nous sommes dans le repos absolu, affranchis de tout mal par
Diogène de Sinope, et sans rien avoir, nous avons tout, alors que vous, en
ayant tout, vous n’avez rien, parce que vous vivez dans la rivalité, la
jalousie, la crainte et la vanité. » (traduction de Geoges Rombi et de
Didier Deleule p. 13)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui évoque Pascal :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Quand je m’y suis mis quelquefois à considérer les diverses
agitations des hommes et les périls et les peines où ils s’exposent dans la
cour, dans la guerre, d’où naissent tant de querelles, de passions,
d’entreprises hardies et souvent mauvaises, j’ai souvent dit que le malheur des
hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans
une chambre. » (Pensée 126 éd. Le Guern)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que le repos cynique diffère radicalement du repos pascalien. Entre le
premier et le second il y a eu le péché originel, qui a rendu la solitude
insupportablement douloureuse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Mais quand j’y ai pensé de plus près et qu’après avoir trouvé la
cause de tous nos malheurs, j’ai voulu en découvrir les raisons, j’ai trouvé
qu’il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre
condition faible et mortelle, et si misérable que rien ne peut nous consoler
lorsque nous y pensons de près. » (ibidem)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le repos cynique : le remède à l’agitation.&lt;br /&gt;
L’agitation pascalienne : le remède au repos.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2007/06/14/Flash-back%3A-le-cynisme-Pascal-et-le-repos#comment-form</comments>
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  <item>
    <title>De deux manière géniales mais erronées de philosopher: en chien et en saint.</title>
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    <pubDate>Sat, 10 Feb 2007 15:53:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;P.223 de &lt;strong&gt;Après la vertu&lt;/strong&gt; (1981), MacIntyre, occupé à juger
la morale humienne, écrit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Hume est aussi convaincu que certains exposés des vertus sont erronés
et blâme notamment Diogène, Pascal, et d’autres partisans des « vertus
monacales » qu’il déteste ainsi que les Levellers (&lt;em&gt;on peut traduire
par niveleurs: mouvement politique anti-monarchique et républicain, égalitarien
radical, pré-communiste, qui s'opposa à Cromwell&lt;/em&gt;) du siècle
précédent. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma première réaction est d’être on ne peut plus surpris par la présence de
Diogène parmi les défenseurs des « vertus monacales ». Il me faut chercher
dans Hume les raisons de cette surprenante association même si je ne veux tout
de même pas me spécialiser dans la clarification de ce type d’énigme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte auquel MacIntyre se réfère est le dialogue qui clôt
l’&lt;strong&gt;Enquête sur les principes de la morale&lt;/strong&gt; (1751). Après avoir
ajouté quatre appendices à son ouvrage, Hume brutalement se met à écrire à la
première personne pour rapporter un dialogue du narrateur qu’il devient alors
avec son ami Palamède.&lt;br /&gt;
Palamède soutient à partir d’une réflexion sur les vertus gréco-romaines ce
qu’on pourrait appeler aujourd’hui l’incommensurabilité des éthiques et
encourage une position radicalement relativiste.&lt;br /&gt;
Prétendant dépasser les apparences, le narrateur réfute la thèse en expliquant
les différences culturelles que Palamède met sceptiquement en relief par une
référence à une même nature humaine en relation avec des circonstances
distinctes et spécifiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Vous voyez donc que les principes sur lesquels les hommes raisonnent
en morale sont toujours les mêmes ; pourtant les conclusions qu’ils en
tirent sont souvent très différentes. (…) Il apparaît qu’il n’y a jamais eu de
qualité recommandée par qui que ce soit comme vertu ou comme perfection morale,
sinon en raison de son &lt;strong&gt;utilité&lt;/strong&gt;, ou de son
&lt;strong&gt;agrément&lt;/strong&gt; pour son possesseur &lt;strong&gt;lui-même&lt;/strong&gt; ou pour
&lt;strong&gt;autrui&lt;/strong&gt;. » (traduction de Leroy Aubier-Montaigne 1947
p.198-199)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le narrateur termine ainsi sa réfutation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Le mérite de l’âge mûr est presque partout le même ; il consiste
principalement dans l’intégrité, l’humanité, la capacité, la connaissance et
les autres qualités plus solides et plus utiles de l’esprit humain. »
(p.204)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Palamède utilise alors sa dernière arme : la référence aux existences
et aux mœurs artificelles. Le narrateur ne comprenant pas de quoi il s’agit,
Palamède l’explicite en illustrant par deux exemples antithétiques mais au fond
identiques : les mœurs de Diogène et celles de Pascal. Les deux hommes ont
une conception radicalement opposée de la vertu (MacIntyre a donc tort de les
identifier tous deux à des apologètes des vertus monacales) mais ce qu’ils ont
en partage, c’est d’être égarés et de ne pas identifier les vraies vertus (en
ce sens, MacIntyre a raison de les mettre sur le même plan).&lt;br /&gt;
Voici le passage où Palamède, malgré sa volonté de le dénoncer, dresse un
portrait à mes yeux assez exact de Diogène en tant qu’il exemplifie le
cynisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Diogène est le modèle le plus célèbre de la philosophie extravagante.
Cherchons-lui un correspondant dans les temps modernes. Nous ne discréditerons
pas le nom de philosophe en le comparant aux Dominique, aux Loyola, ou à tout
autre moine ou frère canonisé. Comparons-le à Pascal, homme d’intelligence et
de génie autant que Diogène lui-même ; et, sans doute aussi, un homme de
vertu s’il avait permis à ses inclinations vertueuses de s’exercer et de se
déployer.&lt;br /&gt;
Au principe de la conduite de Diogène, il y avait un effort pour se rendre
indépendant autant que possible et pour enfermer tous ses besoins, tous ses
désirs et tous ses plaisirs en soi et en son propre esprit ; le dessein de
Pascal était de conserver perpétuellement le sentiment de sa dépendance sous
ses yeux et de ne jamais oublier ses innombrables besoins et infirmités. Le
philosophe ancien se soutenait par la magnanimité, l’ostentation, l’orgueil et
l’idée de sa propre supériorité sur ses compagnons de création. Le philosophe
moderne faisait constamment profession d’humilité et d’abaissement, de mépris
et de haine de soi ; et il essayait d’atteindre ces prétendues vertus dans
la mesure où on peut les atteindre. Les austérités du Grec avaient pour fin de
s’habituer à la dureté du sort et de prévenir toute souffrance ; les
siennes, le Français s’empressait de les accueillir pour son propre salut, et
pour souffrir autant que possible. Le philosophe se complaisait aux plaisirs
les plus gros, même en public ; le saint se refusait le plaisir le plus
innocent même en particulier. Le premier pensait que son devoir était d’aimer
ses amis, de les railler, de les censurer, de les gronder ; le second
tentait de parvenir à l’indifférence absolue envers ses parents les plus
proches et il s’efforçait d’aimer ses ennemis et d’en bien parler : le
grand objet des railleries de Diogène était la superstition, dans tous les
genres, c’est-à-dire tous les genres de religion connus à cette époque. La
mortalité de l’âme était son principe et sa règle ; et même, semble-t-il,
il avait sur la providence divine une opinion très libre. Les superstitions les
plus ridicules dirigeaient la foi et les actes de Pascal ; un mépris
extrême de cette vie, par comparaison avec la vie future, était le principe
capital de sa conduite. » (p.206-207)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appuyé sur cette comparaison, Palamède relance son attaque
relativiste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« C’est dans ce contraste remarquable que se campent les deux
hommes ; pourtant tous les deux ont l’obtenu l’admiration générale, chacun
en son temps ; et on les a proposés comme des modèles à imiter (&lt;em&gt;si
Palamède avait été meilleur en histoire de la philosophie, il aurait pu
renforcer son argumentation en rappelant que ces éthiques en leur temps étaient
déjà confrontées à d’autres modèles, mais ce qui l’intéresse – et ça lui suffit
– c’est leur incommensurabilité non au sein d’une époque mais entre les
époques&lt;/em&gt;). Où se trouve donc la règle morale universelle dont vous
parliez ? Et quelle règle établirons-nous pour les nombreux sentiment
humains, différents et même contraires ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme s’il était sûr d’avoir déjà terrassé l’adversaire, le narrateur n’a
besoin que d’un court chapitre pour en finir Palamède. C’est par lui aussi que
Hume termine son livre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Une expérience qui réussit dans l’air, dis-je, ne réussira pas
toujours dans le vide (&lt;em&gt;je dois comprendre que les thèses de Hume reposent
sur des expériences faites dans l’air, précisément l’observation de la grande
majorité des hommes et qu’elles ne prennent pas en compte les hommes qui se
placent dans des conditions d’existence artificielles&lt;/em&gt;). Quand des hommes
se séparent des maximes de la raison commune et affectent de vivre
&lt;strong&gt;artificiellement&lt;/strong&gt; (&lt;em&gt;le narrateur reprend le concept de son
ami et le souligne mais le lecteur se demande ce que veut dire la référence à
la nature humaine si des hommes ont la capacité de ne pas l’exprimer&lt;/em&gt;),
pour employer votre terme, personne ne peut répondre de ce qui leur plaira ou
déplaira (&lt;em&gt;la relation entre la nature humaine et le comportement réel est
telle qu’elle ne peut permettre en aucune manière de prédire ce que demain tous
les hommes feront&lt;/em&gt;). Ces hommes sont dans un autre élément que le reste de
l’humanité ; les principes naturels de leur esprit ne jouent pas avec la
même régularité que s’ils étaient laissés à eux-mêmes, libres des illusions de
la superstition religieuse ou de l’enthousiasme philosophique. »
(ibidem)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diogène et Pascal ne se sont donc pas séparés des maximes de la raison
commune, ils l’ont été par la superstition religieuse ou l’enthousiasme
philosophique.&lt;br /&gt;
L’intelligence et le génie ne suffisent donc pour suivre la raison, il faut
encore ne pas être détournés par une certaine religion (en tant qu’elle est
superstitieuse) ni par une certaine philosophie (en tant qu’elle
enthousiasme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai donc dissipé l’énigme que m’a présentée sans le vouloir MacIntyre; en
fait, même s’il n’est pas un défenseur des vertus monacales à la différence de
Pascal, Diogène annonce déjà le défaut pascalien : ne pas suivre les
maximes de la raison.&lt;br /&gt;
Reste une énigme désormais reliée à Hume : comment rendre compte de la
superstition religieuse et de l’enthousiasme philosophique ? Par la nature
humaine ? Cela semble exclu par la référence insistante à l’artifice. Par
des circonstances extérieures ? Mais comment peuvent-elles expliquer en
l’homme quoi que ce soit sans une référence à des dispositions humaines
naturelles en mesure d’éclairer pourquoi précisément ces circonstances rendent
les hommes délirants autant philosophiquement que religieusement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sont plus les philosophes antiques que j’appelle à mon secours mais
les humiens d’aujourd’hui !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Addenda: Hipparchia, Cratès, Diogène et Saint-Augustin ou la contestation cynique revue à la baisse.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/01/09/337-addenda-hipparchia</link>
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    <pubDate>Tue, 09 Jan 2007 18:21:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;L’article que Jesús María García Gonzalez et Pedro Pablo Fuentes González
ont consacré à la philosophe cynique Hipparchia dans le troisième tome du
&lt;strong&gt;Dictionnaire des philosophes antiques&lt;/strong&gt; (p.742-750) attire mon
attention sur un texte de Saint-Augustin. Explorant en effet la meilleure
source concernant Hipparchia, précisément les &lt;strong&gt;Socratis et Socraticorum
Reliquiae&lt;/strong&gt; de l’italien Gabriele Giannantoni, les deux auteurs
espagnols relèvent que ladite source ne mentionne pas « l’opinion
d’Augustin &lt;strong&gt;Cité de Dieu&lt;/strong&gt; XIV 20 (« De vanissima
turpitudine Cynicorum ») pour qui la consommation publique du mariage
d’Hipparchia et de Cratès n’a pas eu lieu en réalité parce qu’il serait
impossible d’éprouver le désir sexuel sous les regards d’autrui. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord le texte de Diogène Laërce:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; La jeune fille choisit (&lt;em&gt;de pratiquer le même genre de vie que
Cratès&lt;/em&gt;). Après avoir pris le même vêtement que lui, elle circula en
compagnie de son mari, eut commerce avec lui en public et se rendit aux
dîners.&amp;quot; (VI 97)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publicité des actes traditionnellement privés est conforme à la tradition
contestataire inaugurée par Diogène de Sinope (&amp;quot;Il avait l'habitude de tout
faire en public, aussi bien les oeuvres de Déméter (&lt;em&gt;manger&lt;/em&gt;) que celles
d'Aphrodite.&amp;quot; VI 69). Elle est d'autant plus scandaleuse qu'Hipparchia est une
femme dont la destination conforme au nomos et à la doxa est de rester à
l'intérieur de la maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apulée (125-180) a donné, avant Laërce, une version plus précise de la
relation conjugale en question:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Cratès mena Hipparchia dans le portique. Là, dans l'endroit le plus
fréquenté, devant tout le monde, en plein jour, il se coucha à ses côtés et
Hipparchia s'y prêtant avec un cynisme pareil au sien (&lt;em&gt;je me rappelle que
dans les &lt;strong&gt;Entretiens&lt;/strong&gt; III 22 76 Epictète dit d'elle qu'elle est
&amp;quot;un autre Cratès&amp;quot;&lt;/em&gt;) , il l'eût déflorée devant tout le monde, si Zénon
n'eût étendu son manteau pour dérober son maître aux regards de la foule qui
les entourait.&amp;quot; (&lt;strong&gt;Florides&lt;/strong&gt; trad. de Bétolaud 1836)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, le fait est bien connu, je suis donc pressé de consulter le passage de
Saint-Augustin supposé s'y référer. Lisons-le (je cite d'abord la fin du
chapitre antérieur où le philosophe tient à distinguer la colère de la
concupiscence, qui, elle, manifeste la fâcheuse indépendance du corps par
rapport à la volonté):&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Lorsque, dans la colère, nous frappons ou injurions quelqu’un, c’est bien
certainement la volonté qui meut notre langue ou notre main, comme elle les
meut aussi lorsque nous ne sommes pas en colère; mais pour les parties du corps
qui servent à la génération, la concupiscence se les est tellement assujetties
qu’elles n’ont de mouvement que ce qu’elle leur en donne: voilà ce dont nous
avons honte, voilà ce qu’on ne peut regarder sans rougir; aussi un homme
souffre-t-il plus aisément une multitude de témoins, quand il se fâche
injustement, qu’il n’en souffrirait un seul dans des embrassements
légitimes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CHAPITRE XX.&lt;br /&gt;
CONTRE L’INFAMIE DES CYNIQUES.&lt;br /&gt;
C’est à quoi les philosophes cyniques n’ont pas pris garde, lorsqu’ils ont
voulu établir leur immonde et impudente opinion, bien digne du nom de la secte,
savoir que l’union des époux étant chose légitime, il ne faut pas avoir honte
de l’accomplir au grand jour, dans la rue ou sur la place publique. Cependant
la pudeur naturelle a cette fois prévalu sur l’erreur. Car bien qu’on rapporte
que Diogène osa mettre son système en pratique, dans l’espoir sans doute de
rendre sa secte d’autant plus célèbre qu’il laisserait dans la mémoire des
hommes un plus éclatant témoignage de son effronterie, cet exemple n’a pas été
imité depuis par les cyniques ;- la pudeur a eu plus de pouvoir pour leur
inspirer le respect de leurs semblables que l’erreur pour leur faire imiter
l’obscénité des chiens. J’imagine donc que Diogène et ses imitateurs ont plutôt
fait le simulacre de cette action, devant un public qui ne savait pas ce qui se
passait sous leur manteau, qu’ils n’ont pu l’accomplir effectivement; et ainsi
des philosophes n’ont pas rougi de paraître faire des choses où la
concupiscence même aurait eu honte de les assister. Chaque jour encore nous
voyons de ces philosophes cyniques : ce sont ces hommes qui ne se
contentent pas de porter le manteau et qui y joignent une massue (&lt;em&gt;symbole
d'Hercule, héros des cyniques&lt;/em&gt;) or, si quelqu’un d’eux était assez effronté
pour risquer l’aventure dont il s’agit, je ne doute point qu’on ne le lapidât,
ou du moins qu’on ne lui crachât à la figure. L’homme donc a naturellement
honte de cette concupiscence, et avec raison, puisqu’elle atteste son
indocilité, et il fallait que les marques en parussent surtout dans les parties
qui servent à la génération de la nature humaine, cette nature ayant été
tellement corrompue par le premier péché que tout homme en garde la souillure,
à moins que la grâce de Dieu n’expie en lui le crime commis par tous et vengé
sur tous, quand tous étaient en un seul.&amp;quot; (traduction disponible sur
www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce passage m'étonne à plus d'un titre: d'abord parce que, ne mentionnant pas
le couple Cratès-Hipparchia, il illustre la référence à l'union sexuelle par la
pratique de la masturbation (&amp;quot;(&lt;em&gt;Diogène&lt;/em&gt;) se masturbait constamment en
public et disait: &amp;quot;Ah! si seulement en se frottant aussi le ventre, on pouvait
calmer sa faim !&amp;quot; VI 69); ensuite parce que la transgression cynique est
réduite à un simulacre de transgression du fait que la honte est pensée par
Saint-Augustin comme un sentiment naturel, nécessaire et invincible, effet du
péché originel, et non, à la manière des cyniques, comme le produit de
l'inculcation réussie mais au fond fragile de conventions arbitraires; enfin
parce que l'action cynique est un spectacle raté au sens où la même honte des
passants les retient d'imaginer l'inimaginable. Certes Saint-Augustin n'exclut
pas la possibilité d'un mouvement contre-nature, mais en revanche il écarte
tout net l'idée qu'une transgression réelle puisse faire école (j'en déduis que
si Diogène a pu avoir des disciples, c'est parce qu'ils ont vu qu'il ne faisait
que semblant).&lt;br /&gt;
Résumons: interprétés par le Père de l'Eglise, les cyniques ont trop peu de
honte pour ne pas feindre de montrer aux regards d'autrui leur concupiscence
mais ils en ont tout de même trop pour la satisfaire ouvertement. Au moment
même où ils mettent en scène leur rupture par rapport à la cité grecque et à
ses codes, ils manifestent, contre leur gré, par la timidité insoupçonnée de
leurs provocations leur appartenance au genre humain et la déchéance qu'ils
partagent avec quiconque.&lt;br /&gt;
Hercule est décidément beaucoup moins fort que Dieu et le stoïcien Zénon
finalement beaucoup plus ordinaire dans ses réticences pudiques qu'on ne
l'aurait imaginé (&amp;quot;(&lt;em&gt;Zénon&lt;/em&gt;) devint auditeur de Cratès, manifestant de
façon générale une grande ardeur à l'égard de la philosophie, bien qu'il
éprouvât de la honte devant l'impudeur cynique.&amp;quot; VII 3)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Maurice Sachs, Diogène le Cynique, Robert Musil.</title>
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    <pubDate>Mon, 06 Nov 2006 23:25:19 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Lisant &lt;strong&gt;Au temps du boeuf sur le toit&lt;/strong&gt;, journal imaginaire publié par Maurice Sachs en 1939, je suis surpris d'y voir apparaître, à peine masqué, Diogène le Chien:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&quot;Une des caractéristiques de notre temps pourrait ainsi s'exprimer ainsi: ne nous laissons point distancer, ni par le temps, ni par les événements; par rien. Et reconnaissons dès maintenant nos génies nationaux comme tels. Il semble que le mauvais sort de Rimbaud, de Van Gogh, de Gauguin, de Lautréamont nous fasse une particulière horreur. Ces injustices ne seront pas renouvelées, dit-on. Mais, crainte de laisser passer un &lt;em&gt;génie&lt;/em&gt;,  nous en serons bientôt tant encombrés qu'on pourra se promener, une lampe à la main, disant: Je cherche un homme qui n'ait pas de talent.&quot; (Les Cahiers rouges Grasset p.104-105)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pour mémoire:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&quot;Ayant allumé une lanterne en plein jour, il dit: &quot;Je cherche un homme&quot; &quot; ( Diogène Laërce &lt;strong&gt;Vies et doctrines des philosophes illustres&lt;/strong&gt; VI 41 trad. de Marie-Odile Goulet-Cazé)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je repense aussi à ce passage de Musil:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&quot;Or, un beau jour, Ulrich renonça même à vouloir être un espoir. Alors déjà, l'époque avait commencé où l'on se mettait à parler des génies du football et de la boxe: toutefois, les proportions demeuraient raisonnables: pour une dizaine, au moins, d'inventeurs, écrivains et ténors de génie apparus dans les colonnes des journaux, on ne trouvait encore, tout au plus, qu'un seul demi-centre génial, un seul grand tacticien du tennis. L'esprit nouveau n'avait pas encore pris toute son assurance. Mais c'est précisément à cette époque-là qu'Ulrich put lire tout à coup quelque part (et ce fut comme un coup de vent flétrissant un été trop précoce) ces mots: &quot;un cheval de course génial&quot;&quot; (&lt;strong&gt;L'homme sans qualités&lt;/strong&gt; I p.55)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Diogène et Houellebecq, même combat ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/10/09/313-diogene-et-houellebecq-meme-combat</link>
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    <pubDate>Mon, 09 Oct 2006 11:51:05 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Le &lt;ins&gt;Magazine Littéraire&lt;/ins&gt; publie un hors-série (octobre-novembre 2006) consacré au nihilisme avec pour sous-titre: &lt;ins&gt;la tentation du néant de Diogène à Michel Houellebecq&lt;/ins&gt;.&lt;br /&gt;
Diantre&amp;nbsp;! Si les romans de Houellebecq me paraissent correctement caractérisés par l'étiquette en question, que vient faire le cynisme dans cette galère ?&lt;br /&gt;
C'est à mes yeux une erreur majeure: cynique au sens ordinaire va assez bien avec nihiliste mais la philosophie des cyniques n'est en rien nihiliste. Si on a comparé Diogène à un Socrate devenu fou, c'est bien parce que comme Socrate le cynique appuie son agressivité dénonciatrice sur la reconnaissance, jamais mise en question, de la vertu; quand le cynisme joue la nature contre la culture, c'est bien parce que tout ne se vaut pas.&lt;br /&gt;
L'illustration de la couverture représente un poing crevant une toile avec un stylet; certes cela pourrait être un geste cynique (problème: qu'est-ce qui ne pourrait pas être un geste cynique ?) mais la destruction de la toile irait de pair avec la suggestion qu'il existe la possibilité d'une autre toile à ne pas déchirer elle.&lt;br /&gt;
Je ne crois pas juste de lire les cyniques à la lumière du nihilisme; c'est plutôt une des tâches du nihilisme de mettre en relief l'insuffisance des critiques cyniques; en effet elles ne touchent pas à la possibilité d'une vie fondée en raison.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Flash-back 2 : le cynique vu des champs ou Socrate à tuer et à retuer ou jamais assez draconien avec les philosophes.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/03/15/250-flash-back-2-le-cynique-vu-des-champs-ou-socrate-a-tuer-et-a-retuer</link>
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    <pubDate>Wed, 15 Mar 2006 19:21:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Les lettres écrites par Alciphron (2ème-3ème siècle) abondent en traits
dirigés contre la philosophie. En voici une écrite par un certain Philométor
(« celui qui aime sa mère ») à une dénommée Philise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« J’avais envoyé mon fils vendre à la ville de l’orge et du bois, en
lui recommandant de revenir le même jour avec l’argent (&lt;em&gt;celui qui met
l’argent au plus haut est la victime rêvée pour ces faux-monnayeurs que sont
tous plus ou moins les cyniques, la ville devant être le lieu de la perte et de
l’argent et surtout du goût qu’on a de lui&lt;/em&gt;). Mais il s’est attiré la
colère de je ne sais quelle divinité, qui l’a complètement changé et jeté hors
du bon sens (&lt;em&gt;c’est la conversion philosophique vue à l’envers comme
punition et perte et non comme récompense et gain&lt;/em&gt;). Il a rencontré un de
ces furibonds, que leur rage fait justement appeler Cyniques, et il s’est
empressé d’en imiter les extravagances. A présent, il surpasse son maître
(&lt;em&gt;le père surestime visiblement les progrès du fils : devenir cynique
c’est se proposer d’imiter le moins mal possible Héraclès, il y a donc des
travaux en perspective...&lt;/em&gt;). Quel aspect horrible et repoussant ! On
l’aperçoit sans cesse secouer sa chevelure sale ou lancer d’affreux
regards ; à peine couvert d’un manteau, affublé d’une maigre besace et
armé d’un énorme bâton de poirier, il s’avance fièrement, pieds nus, crasseux,
épouvantables ! (&lt;em&gt;vu de l’extérieur, sans prendre en compte l’immense
tension vers le surhumain, le portrait est crédible&lt;/em&gt;) Il ne connaît plus
notre maison, ni personne (&lt;em&gt;en effet être cynique, c’est être de nulle
part&lt;/em&gt;); il nous renie, prétendant que la nature produit tout et que la
naissance ne vient pas des parents, mais du mélange des éléments (&lt;em&gt;les
parents ne transmettent ni nom à défendre ni patrimoine à agrandir, mais
seulement du matériel génétique ; il faut réduire la parenté sociale à sa
dimension naturelle : un peu de glaire en somme&lt;/em&gt;). Comme il méprise
l’aisance, il abhorre le travail (&lt;em&gt;ça dépend duquel : pas de cynisme
sans travail sur soi et arrachage incessant des mauvaises herbes
sociales&lt;/em&gt;). Quant à la pudeur, il s’en préoccupe peu ; il ne recule
devant aucune honte... (&lt;em&gt;ce qui est naturel est bon ; l’artificiel est
le mal ; retour à la nature : ramer à contre-courant&lt;/em&gt;)
Hélas ! Pauvre agriculture, combien ces écoles d’imposteurs t’ont porté
préjudice ! (&lt;em&gt;inhabituelle corrélation : le rendement agricole est
inversement proportionnel à l’enthousiasme philosophique&lt;/em&gt;) J’en veux à
Solon et à Dracon d’avoir jugé dignes de mort ceux qui prennent du raisin,
tandis qu’ils laissent impunis ceux qui enlèvent la raison des jeunes gens et
les réduisent à l’esclavage (&lt;em&gt;c’est encore une fois le monde à
l’envers : qui gagne perd, qui se libère est asservi&lt;/em&gt;) »
(&lt;strong&gt;Lettres de pêcheurs,de paysans, de parasites et d'hétaïres&lt;/strong&gt;
trad. de Stéphane de Rouville)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Alciphron appelle à assassiner Socrate une deuxième fois.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
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    <title>Les cyniques dont je ne parlerai guère (2)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/03/13/163-les-cyniques-dont-je-ne-parlerai-guere-2</link>
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    <pubDate>Sun, 13 Mar 2005 12:25:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Et voici les derniers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) Favorinus d’Arles, « rhéteur et sophiste gaulois » (Larousse),
élève du précédent, maître du maître de l’empereur Marc-Aurèle, exilé par
Hadrien et faisant contre mauvaise fortune bon cœur, se transfigurant en
cynique. Larousse ne dit rien de cette disgrâce et en fait un sinistre
courtisan :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« On raconte qu’après avoir longuement argumenté, Favorinus donnait
toujours raison à l’empereur pour ce motif qu’un homme qui commande à 30
légions est un homme qui ne saurait avoir tort » (Tome 8, 1872)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5) Démonax, au nom étrange entre démoniaque et Fantomas, fils de famille
débauché par les leçons de Démétrius et d’Epictète (le cynisme et le stoïcisme,
jusqu’à un certain point, bonnet blanc et blanc bonnet ?), Diogène
ressuscité :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« A un orateur qui ne déclamait que de bien piètres choses, il
conseillait de s’exercer et de se rompre à cet art. « Mais je me parle
tous les jours à moi-même » dit l’autre. « Il est bien naturel alors,
reprit Démonax, que tu parles si mal, puisque tu t’en rapportes à un auditeur
stupide ! » (Lucien de Samosate &lt;strong&gt;Vie de Démonax&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ce philosophe, arrivé à un âge très-avancé, se laissa mourir de
faim » (&lt;strong&gt;Larousse&lt;/strong&gt; Tome 6, 1870)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6) Oenomaüs de Gadara, qui me fait penser un peu au Spinoza du
&lt;strong&gt;Traité théologico-politique&lt;/strong&gt;, dans la mesure où il démystifie,
certes non la &lt;strong&gt;Bible&lt;/strong&gt;, mais les oracles et les prophéties. Il me
plairait bien de trouver dans ce dictionnaire si anti-clérical quelques lignes
louangeuses, mais je suis surpris car Larousse reproche à ce cynique d’être
vraiment trop irrespectueux:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« On prétend qu’ayant été trompé par l’oracle de Delphes, il voulut se
venger (&lt;em&gt;cela commence mal, par une passion mal cotée&lt;/em&gt;) en déconsidérant
les oracles en général ; il aurait écrit dans ce but un pamphlet intitulé
Les charlatans dévoilés , dans lequel il mettait à nu les superstitions en
usage dans les temples où se rendaient les oracles et persiflait en même temps
les superstitions en vogue (&lt;em&gt;Pierre Larousse doit écrire vite, il se répète
!&lt;/em&gt;). Le ton cynique et les détails grossiers contenus dans cet ouvrage, si
on peut en juger par un morceau cité dans la Démonstration évangélique d’Eusèbe
(&lt;em&gt;alliance tactique entre Larousse et Eusèbe mais prudence du premier&lt;/em&gt;),
montrent ce précurseur de Lucien sous un jour assez défavorable ; il ne se
moque pas seulement de la superstition ; il s’applique à tourner en
ridicule les meilleurs sentiments du cœur humain, à commencer par la décence.
Au besoin, sa raillerie n’épargnait pas plus Antisthène et Diogène, chefs de la
secte à laquelle il appartenait, que ses adversaires. Il voulait être libre
même sous le rapport du respect qu’il leur devait, disait-il. Il partait du
principe que la liberté est le principe (&lt;em&gt;sic&lt;/em&gt;) du bonheur et de la
vertu. Cela peut être admis en théorie ; mais l’application qu’il en
faisait ne lui a pas acquis d’estime parmi les anciens. » (Tome 11,
1874)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela me semble le cynisme par excellence de tourner en dérision les maîtres
ès cynisme. Merci en tout cas à Pierre Larousse d’avoir rapporté la passion
cynophage d’Oenemaüs. Il lui donne à mes yeux la perfection de l’ultime
disciple, dévoreur de sa propre tradition, cynique anti-cynique, cynique
post-cynique.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Les cyniques dont je ne parlerai guère (1)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/03/12/164-les-cyniques-dont-je-ne-parlerai-guere-1</link>
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    <pubDate>Sat, 12 Mar 2005 12:27:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Je ne vise pas à écrire une encyclopédie du cynisme, j’évoquerai donc
seulement en quelques lignes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Cercidas de Mégalopolis, dont Pierre Larousse ignore même l’identité
philosophique, puisqu’il lui consacre la note suivante que je relève in
extenso :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« CERCIDAS, poète et législateur grec du 4ème siècle av. J.C. Il
rédigea un code de lois pour Mégalopolis, sa patrie, et chercha à lui assurer
la protection de Philippe, roi de Macédoine. Démosthène, pour cette raison, le
compta parmi les mercenaires de Philippe et le mit au nombre de ceux qu’il
accusait de trahison envers la Grèce. » (Tome III 1867)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est peut-être juste pour le plaisir de placer sur Internet ces lignes
vieillies que je les recopie… En tout cas, je n’ai pas la chance de disposer de
l’immense &lt;strong&gt;Dictionnaire des philosophes antiques&lt;/strong&gt; de Goulet et
de toute façon Léonce Paquet, un siècle plus tard (1975) le désigne encore
comme « un réformateur social ». Il fallait bien faire revivre un instant
ce cynique bâtisseur, rejeton « territorialisé » de tous ces
destructeurs plutôt apatrides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Démétrius, expulsé de Rome à deux reprises, par Néron et par Vespasien,
admiré par Sénèque, critique des folies de Caligula.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Dion Chrysostome, d’abord rhéteur professionnel, d’où son surnom,
Chrysostome, à-la-bouche-d’or, disciple, comme Epictète, du stoïcien Musonius
(ce qui prouve que le cynisme n’est pas soluble dans le stoïcisme), lui aussi
conspirateur, contre Domitien, et condamné pour cela à l’exil, transformant sa
peine en vagabondage cosmopolitique. J’imagine que ces cyniques sont devenus
réellement dangereux pour le pouvoir: ils n’attaquent plus le genre humain en
moralistes mais ils font de la politique philosophique. L’exil n’est plus une
affaire privée ou un rêve hautain, c’est une sanction imposée par l’Etat. Le
cynique ne choisit pas l’exil comme mode de vie, il en est victime. De Pierre
Larousse, je recopierai seulement ces quelques lignes romanesques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il erra en fugitif, réduit souvent à labourer pour vivre (...) Il
joue trop souvent l’illuminé » (Tome 6, 1870)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Larousse ne devait pas du tout aimer les illuminés mais avoir plus de
sympathie pour les laboureurs.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Bion : la triste fin d’un cynique, grenouille de bénitier.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/03/11/165-bion-la-triste-fin-dun-cynique-grenouille-de-benitier</link>
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    <pubDate>Fri, 11 Mar 2005 12:30:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Bion a tout eu pour faire un bon cynique. D’abord la profession des
parents : Père : esclave pour ne pas avoir payé l’impôt puis
affranchi « qui se mouchait du revers de la main » (D.L., IV, 46)
Mère : « elle sortait tout droit du bordel » (ibid.) Ensuite,
les débuts dans la vie : ce fils d’esclave est d’abord jeune esclave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je fus donc acheté par un certain rhéteur qui me légua sur son lit de
mort tous ses biens. Mais je mis tout cela en pièces, je jetais ses volumes au
feu, et je m’en vins à Athènes pour me consacrer à la philosophie. »
(ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rhéteur n’avait-il que des livres de rhétorique ? Peu importe au
fond, brûler les livres, c’est brûler le maître mais c’est surtout l’indice
d’une indéniable orthodoxie cynique, dans le droit fil de la pensée du
fondateur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« C’est Antisthène, en tout cas, qui affirme : « Les gens
sensés ne devraient pas apprendre les lettres, de peur d’être pervertis par des
influences étrangères. » (VI, 103).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes cet acte inaugural a pour nous des allures inquiétantes d’autodafé,
mais qu’on l’entende bien : il ne s’agit pas de brûler certains livres en
en idolâtrant d’autres mais de condamner l’écriture et la lecture quand elles
se substituent à la vie qu’il est juste de mener. On se rappellera pourtant que
les cyniques ont écrit des livres ; j’imagine qu’ils contenaient les
règles de leur bon usage, de leur « mise en vie »... Malheureusement ce
disciple de Cratès, qui joue si juste si jeune, finit complètement désaccordé.
Laërce le prend lui-même à parti et lui reproche avec une prolixité
inhabituelle sa tardive conversion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« En proie à une lente maladie Et craignant la mort, Ce négateur des
dieux, qui ne regardait Même pas un temple, Et raillait abondamment les mortels
Qui sacrifient aux dieux, Ne s’est pas contenté de flatter les narines Des
dieux Par l’encens, la graisse et les offrandes Déposées sur les foyers, les
autels et la table ; Il n’a pas seulement dit : « J’ai péché
Pardonnez mes fautes passées » ; Mais il a complaisamment tendu à son cou
à une Vieille pour qu’elle y mît des amulettes ; Il s’est laissé
persuader, a lié ses bras De lanières, A posé sur sa porte le nerprun
(&lt;em&gt;arbuste à fruit épineux&lt;/em&gt;) Et la branche de laurier Prêt à tout endurer
plutôt que de mourir. Insensé celui-là qui voulait se concilier Dieu à prix
d’argent, Comme si les dieux n’existaient qu’au moment Où il plaisait à Bion
d’y croire. Eh bien donc ! Il rêve en vain ce morveux Quand il n’est plus
que cendres, Tendant la main et disant : « Salut, salut,
Pluton ! » (VI, 55-56-57)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’imagine le plaisir de Laërce à prendre en flagrant délit de contradiction
le cynique finissant. Ce long poème, je le vois comme une vengeance lettrée de
compilateur mais enfin ce n’est pas parce que je vais bientôt parler de
Nietzsche que je dois transformer ce second Diogène en homme du
ressentiment !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2005/03/11/165-bion-la-triste-fin-dun-cynique-grenouille-de-benitier#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Ménippe: un cynique bien peu cynique.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/03/10/166-menippe-un-cynique-bien-peu-cynique</link>
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    <pubDate>Thu, 10 Mar 2005 12:32:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Je ne résiste pas au plaisir de consacrer quelques lignes à cet esclave,
disciple hétérodoxe, dont le maître portait le nom de Bâtôn ! C’est lui
qu’on soupçonne d’avoir inventé de toutes pièces l’esclavage de Diogène. Il
aurait rabaissé son lointain modèle à son niveau ! Cela n’augure rien de
bon, tant le disciple classique a l’habitude, toute contraire, de placer le
maître sur un piédestal. Dès le début, Ménippe signe sa différence : alors
que les autres ont traité l’argent par le mépris, lui l’accumule en mendiant.
S’enrichir en demandant, c’est tout le contraire de la pratique cynique
ordinaire : s’appauvrir pour ne rien avoir à demander. Il est vrai que
c’est pour s’émanciper par l’affranchissement et devenir citoyen de Thèbes.
Mais, une fois libre, il semble n’avoir eu d’yeux que pour la
richesse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Hermippe raconte qu’il prêtait de l’argent au jour le jour, ce qui
lui valut un surnom. Car il prêtait à intérêt à des armateurs et prenait des
gages, à tel point qu’il put amasser une fortune colossale. » (VI, 99)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa fin est sordide, aux antipodes des fins extraordinaires de
Diogène :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« On monta un complot contre lui, on le dépouilla de tous ses biens, et
de désespoir il mit fin à ses jours en allant se pendre. » (VI, 100)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face à un tel contre-exemple de cynisme, Laërce prend la parole pour
présenter la plaisanterie que le cas Ménippe lui a inspiré :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« J’ai composé pour lui la plaisanterie suivante : Phénicien de
naissance mais chien de Crète, Prêteur à la journée – ainsi l’avait-on
surnommé- Sans doute connais-tu Ménippe. A Thèbes, quand un jour fut forcée sa
maison Et qu’il perdit tout son bien, ignorant ce qu’est un Cynique, Il se
pendit. » (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu’a donc fait Ménippe pour mériter le nom de chien ? Marc-Aurèle,
l’empereur stoïcien, en fait le représentant des « présomptueux railleurs
de cette vie périssable et éphémère que mènent les hommes »
(&lt;strong&gt;Pensées&lt;/strong&gt;, VI, 47). Lucien dans &lt;strong&gt;La double
accusation&lt;/strong&gt; dit de lui qu’il était « le plus fort aboyeur et le
plus mordant de tous les anciens Cyniques (…) comme un chien redoutable dont
les morsures sont d’autant plus profondes qu’il les fait en riant et sans qu’on
s’y attende. ». Il me semble que Ménippe a aboyé par écrit en inaugurant un
genre, le sérieux-comique (« spoudaïo-géloïon »). Une de ses cibles a été
les disciples d’Epicure auxquels il consacre deux ouvrages (bien sûr
perdus) : &lt;strong&gt;Les Enfants d’Epicure&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Les Fêtes du
20ème jour&lt;/strong&gt;. Comme les cyniques avaient la dent dure avec leur propre
disciple, j’imagine que Ménippe a tourné en dérision encore plus durement la
dépendance des disciples d’une autre secte. Quant au deuxième titre, il se
réfère à un rite recommandé par Epicure à ses disciples et consistant tous les
20 du mois à commémorer son souvenir et celui de son ami Métrodore. Cette
religiosité épicurienne ne pouvait qu’attirer les foudres cyniques, toujours
prêtes à détruire toute domination autre que celle exercée sur soi-même. Un de
ses ouvrages au titre énigmatique &lt;strong&gt;La descente aux enfers&lt;/strong&gt; me
donne l’occasion de présenter Ménédème qui met en scène de manière joyeuse et
caricaturale les croyances populaires et prétend donc monter des enfers et y
descendre aussi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« D’après ce que raconte Hippobote, il avait poussé si loin l’art du
merveilleux qu’il circulait affublé d’un costume de Furie en proclamant qu’il
était monté de l’Hadès avec mission de connaître les fautes commises et d’y
redescendre pour en faire rapport aux démons infernaux. Voici quel était son
accoutrement : une tunique grise tombant jusqu’aux pieds et serrée à la
taille par un ceinturon pourpre ; sur sa tête, un bonnet arcadien sur
lequel étaient brodés les douze signes du zodiaque ; des cothurnes de
tragédie ; une barbe d’une longueur démesurée et, dans la main, un bâton
de frêne. » (VI, 102)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sait rien de plus sur Ménédème, cynique théâtral.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Hipparchia, première féministe ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/03/09/167-hipparchia-premiere-feministe</link>
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    <pubDate>Wed, 09 Mar 2005 12:35:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;J’aimerais bien disposer de textes nombreux pour mieux portraiturer
Hipparchia. Mais je n’ai guère plus d’une page à me mettre sous la dent. Comme
j’en veux à Laërce d’avoir terminé ainsi le passage qu’il lui
consacre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Voilà des histoires qu’on raconte, et des centaines d’autres encore,
à propos de cette femme philosophe. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a dû être débordé et n’a gardé que l’essentiel ! Je relève d’abord
qu’elle s’est habillée comme Cratès, en homme, en cynique. Sur ce sujet, Laërce
est vraiment sec :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« La jeune fille fit son choix, et, prenant le même costume que lui,
elle se mit à circuler avec Cratès. » (VI, 97)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement qu’Antipater de Sidon lui fait défendre ses choix
vestimentaires à la première personne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je n’ai pas choisi, moi, Hipparchia, les travaux des femmes à l’ample
robe, mais la vie forte des Cyniques ; je n’ai pas voulu des tuniques
agrafées, ni du socque à haute semelle, ni de la résille luisante, mais la
besace, accompagnement du bâton le double manteau assorti et la couverture du
lit étendu à terre. » (&lt;strong&gt;Anthologie palatine&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette jeune femme semble avoir été une raisonneuse prête à tout pour clouer
le bec de l’adversaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Elle parut un jour à un banquet chez Lysimaque où elle réfuta
Théodore dit l’Athée en proposant le sophisme suivant. Tout geste qui ne serait
pas qualifié d’injuste s’il était fait par Théodore, ne saurait non plus être
qualifié d’injuste s’il était posé par Hipparchia ( &lt;em&gt;le raisonnement est
surprenant mais met bien en évidence la décision cynique de considérer les
actes en les coupant des circonstances dans lesquels ils se réalisent ;
dans ces conditions, le même acte, quelle que soit la personne qui l’accomplit,
a la même signification&lt;/em&gt;). Or, Théodore ne fait rien de mal quand il se
frappe lui-même (&lt;em&gt;j’imagine qu’il s’agit d’un entraînement à la
souffrance&lt;/em&gt;) : par conséquent, Hipparchia non plus ne ferait rien de
mal si elle frappait Théodore (&lt;em&gt;ici le sophisme est patent : il
consiste à identifier une action réfléchie à une action passive pour la seule
raison que dans les deux cas l’objet – ici Théodore- est le même&lt;/em&gt;). Ce
dernier ne sut que répondre à un tel argument (&lt;em&gt;il n’avait sans doute guère
pratiqué l’éristique&lt;/em&gt;), mais il lui retroussa son vêtement, ce dont
Hipparchia ne fut ni effrayée ni troublée comme toute femme l’aurait été
(&lt;em&gt;en s’identifiant à Cratès, elle a renoncé à sa féminité : elle n’est
qu’un être humain&lt;/em&gt;). Théodore lui dit alors : « Est-ce bien
celle-là qui sur le métier a laissé la navette ? » (&lt;em&gt;d’où une volonté
pesante de ré- identifier Hipparchia à son sexe, via sa prétendue fonction
sociale&lt;/em&gt;) « C’est bien moi, Théodore, reprit-elle aussitôt, mais ne va
pas croire que j’aie mal décidé en ce qui me concerne si, tout le temps que
j’allais perdre au métier, je l’ai plutôt consacré à mon éducation (&lt;em&gt;c’est
un discours de suffragette&lt;/em&gt;) » (VI, 97-98)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’aurais tout de même préféré que le seul raisonnement que Laërce rapporte
d’Hipparchia ne soit pas sophistique : elle n’a finalement pas donné assez
de temps à la formation de son esprit !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Cratès (3) : la pauvreté comme moyen de séduction.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/03/08/168-crates-3-la-pauvrete-comme-moyen-de-seduction</link>
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    <pubDate>Tue, 08 Mar 2005 12:38:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Les cyniques ont toujours d’une manière ou d’une autre affaire à l’argent.
Cratès n’y fait pas exception. Lui, le riche, c’est le spectacle de la pauvreté
qui le convertit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« D’après les &lt;strong&gt;Successions d’Antisthène&lt;/strong&gt;, Cratès fut
attiré à la philosophie cynique quand il vit dans une tragédie Télèphe, du
reste assez misérable, portant un pauvre petit panier. » (D.L., VI,
87)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce Télèphe a bien sûr tout pour plaire à un futur cynique : 1) c’est le
fils d’Héraclès 2) s’il est condamné à la misère, c’est parce que sa mère,
Augé, prêtresse d’Athéna, a renoncé à la virginité attachée à son ministère en
couchant avec le héros des cyniques. Quand on sait à quel point la secte se
moque des prêtres et des rites arbitraires des religions, être le fruit d’une
transgression religieuse est à coup sûr un bon départ dans la vie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il convertit donc en avoirs liquides – il était en effet du nombre
des gens bien en vue – et ayant ainsi amassé quelque chose comme 200 talents
(&lt;em&gt;300.000 $, d’après Léonce Paquet !&lt;/em&gt;), il distribua cette somme à ses
concitoyens. » (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fit-il donc aux Thébains un cadeau empoisonné ? Jeta-t-il sa fortune à
la mer (VI, 87) ? La donna-t-il à l’Etat (Simplicius &lt;strong&gt;Commentaire
sur le Manuel d’Epictète&lt;/strong&gt; 64)? Quoi qu’il en soit, ce geste inaugural,
qui a tout de même plus d’allure que la simulation de Monime, le rend
célèbre ! C’est toute l’ambiguïté du cynique qui obtient par le mépris de
la célébrité la célébrité du mépris ! Mais la pauvreté de Cratès a été
aussi son arme pour séduire Hipparchia. Laërce raconte que la sœur de Métroclès
ne prêtait « aucune attention à ses prétendants, à leur richesse, leur
noblesse ou leur beauté : Cratès était tout pour elle. Elle menaçait même
ses parents de s’enlever la vie si on ne la laissait pas épouser Cratès. Ses
proches supplièrent donc ce dernier d’en dissuader leur fille : Cratès fit
tout ce qu’il pouvait, mais à la fin, incapable de la persuader, il se leva, se
dépouilla de ses vêtements devant elle et lui dit : « Voilà ton futur
et tout son avoir, décide-toi en conséquence, car tu ne saurais être ma
compagne à moins d’adopter aussi mes habitudes de vie. » (D.L. VI, 96) Je
retrouve la méthode cratésienne : 1) donner la parole au corps quand
l’argumentation est défaillante 2) faire le contraire de ce qu’il prétend faire
(il imitait l’impuissance de Métroclès par une manifestation de puissance et
ici il montre ce qui plaît, au moment même où il affirme faire la démonstration
de ses limites). Bien sûr Cratès n’était pas beau (je n’oublie pas
qu’Antisthène a été l’élève de Socrate, qui avait transformé sa laideur en
argument de vente) « et l’on se moquait de lui quand il se dénudait pour
ses exercices physiques. » (VI, 91). Mais c’est justement ce que désire
Hipparchia, la possession de cette totale anti-valeur grecque qu’est
Cratès : laid, pauvre, sans fonction politique, mais ô combien puissant
pour cela même ! Mais ce qu’a pensé Cratès de son mariage avec Hipparchia
(énigme : à quoi peut donc bien ressembler un mariage cynique ?), je n’en
sais trop rien. J’ai du mal à interpréter ce qu’il dit à son fils
Pasiclès :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« D’après Erastothène, Hipparchia (…) lui donna un fils du nom de
Pasiclès ; quand ce dernier parvint à l’âge adulte, Cratès le mena dans un
bordel : « C’est ainsi, lui dit-il, que ton père s’est marié. »
Car les unions adultères, à son avis, sont des mariages de tragédie qui n’ont
pour récompense que l’exil ou l’assassinat ; tandis que les unions des
clients de maisons closes sont plutôt comiques : à partir de la débauche
et de l’ivresse, elles n’ont pour résultat que la folie. » (VI, 88-89)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai tendance à penser que ces dernières lignes font l’éloge de la
prostituée aux dépens de la maîtresse mais elles identifient aussi bizarrement
Hipparchia à une pensionnaire de maison close, signe donc de débauche,
d’ivresse et de folie. Comme je préférerais m’appuyer sur la vieille traduction
de Robert Genaille (1933) dont je sais pourtant qu’elle est définitivement
disqualifiée mais qui était elle, grâce à son contresens, vraiment lumineuse et
finalement tout à fait cynique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il mena Pasiclès, quand il fut adulte, dans la maison d’une
prostituée, il lui dit que c’était là le mariage que lui conseillait son père
car etc. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m’eût suffi de faire l’hypothèse que Cratès, tel Socrate, avait chèrement
payé sa vie de couple !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Cratès (2) : la lecture cynique des classiques.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/03/07/169-crates-2-la-lecture-cynique-des-classiques</link>
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    <pubDate>Mon, 07 Mar 2005 12:40:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Il y a un point commun entre Cratès et les brahmanes, alias les
gymnosophistes : de même que ces derniers, selon les dires d’Onésicrite,
pénétraient partout sans gêne, de même Cratès a reçu le surnom
d’Ouvreur-de-Portes « en raison de sa manie d’entrer partout pour
admonester les gens. » (D.L. VI, 86) On dirait aujourd’hui qu’il viole
l’espace privé de chacun et ce philosophe-moraliste voyeur nous paraîtrait un
indiscret fort indésirable. Mais si Cratès fait ce singulier porte-à-porte,
c’est qu’aux yeux de l’orthodoxie cynique, comme aux siens, tous les lieux se
valent : le périmètre du temple vaut l’espace de la rue qui vaut
l’intérieur du logement. Les distinctions qui les séparent ne sont que de
l’ordre de la coutume, de la loi, du nomos. Ce qui les unit tous, c’est ce que
commande la nature. La pensée cynique, loin d’être relativiste, n’est même pas
contextualiste : le sage doit partout et toujours faire la même chose. Ce
qui se fait ici peut aussi bien se faire là, si c' est légitime. Ce qui ne doit
pas se faire ici ne doit se faire nulle part. C’est ainsi que Cratès et
Hipparchia, le Sartre et la Beauvoir du cynisme, font l’amour en public.
Uriner, déféquer, se masturber, faire l’amour, manger : ce qui est naturel
est digne d’être public ; ce qui ne l’est pas ne doit tout simplement pas
exister. Ceci dit, ce qu’on sait de Cratès n’a rien de bien scandaleux. Il
semble s’être beaucoup livré à des travaux d’écriture dans lesquels dominent la
parodie et le jeu de mots ; c’est par exemple des vers d’Homère dont il
détourne le sens en remplaçant certains mots par d’autres qui leur ressemblent.
Alors qu’on lit dans l’&lt;strong&gt;Odyssée&lt;/strong&gt; (XIX, 172) : « Au
milieu de la mer (« pontô ») couleur de vin est une terre, la Crète
(« Krété »), jolie, opulente, entourée d’eau (« périrrytos ») »,
Cratès écrit : « Il est une cité au milieu d’une fumée («typho »
qui signifie aussi l’orgueil, la vanité) couleur de vin, Péra (« Péré »),
la jolie, l’opulente, entourée de saletés (« périrrypos ») » (D.L.
VI, 85). Ainsi le cynique n’est pas si loin du sophiste, il est comme lui un
virtuose de la langue, même s’il met son talent au service de la dérision. Car
par cette pratique, Cratès ridiculise autant Homère que ses contemporains. Si
je compare avec la manière dont Platon se référait au texte homérique, je
repère une différence notable : l’œuvre platonicienne prélève dans
l’&lt;strong&gt;Iliade&lt;/strong&gt; et l’&lt;strong&gt;Odyssée&lt;/strong&gt; ce qu’elle juge
conforme à la vérité et rejette au rang de contes bons pour des vieilles femmes
ce qui ne s’accorde pas avec la philosophie. Homère sert à la fois mais à des
moments différents de repoussoir et de garant ancestral. En revanche, ce que
Cratès semble opérer, c’est une disqualification radicale du texte fondateur
qui n’est plus que prétexte à calembours rabaissant les contemporains. Il n’est
plus une lumière qui vient de loin, c’est un papier qu’on allume pour griller
les moustaches de ceux qu’on tourne en ridicule. Homère pétard et non plus
Homère comète !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Cratès (1) : le maître d’un Maître.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/03/06/170-crates-1-le-maitre-dun-maitre</link>
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    <pubDate>Sun, 06 Mar 2005 12:42:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;On ne sait pas de qui Cratès a été le disciple, de Diogène ou de Bryson
d’Achaïe, mais ce qui est sûr, c’est qu’il a été le maître de Zénon. Or, ce
Zénon n’est rien de moins que le fondateur d’une gigantesque philosophie, le
stoïcisme. Mais il a d’abord été un élève sans audace :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Un jour, à son disciple Zénon de Citium, il donna un pot de lentilles
à porter, mais Zénon, par respect humain, cherchait à se dissimuler dans la
foule. Cratès frappa alors de son bâton le pot qu’il mit en pièces : les
lentilles se mirent à couler sur les jambes de Zénon et ce dernier en devint
rouge de honte. « Rassure-toi, mon petit Phénicien, lui dit aussitôt
Cratès, ce n’est rien de si terrible, ce ne sont que des fèves. »
(&lt;strong&gt;Gnomologium Vaticanum&lt;/strong&gt;, 384)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fait en effet partie de l’éducation cynique d’habituer le disciple à
faire des choses que l’on juge ordinairement indignes. J’imagine que dans ce
cas Zénon accomplit une tâche réservée aux esclaves. La finalité de tous ces
exercices est de convaincre le disciple qu’en réalité la seule chose à ne pas
faire absolument est le mal mais ce dernier est en réalité facile à faire
puisqu’il apparaît dès qu’on ne limite plus ses désirs à la satisfaction simple
des besoins naturels. Dans la même perspective, Cratès s’est illustré en
pratiquant la pédagogie du pet, si on peut dire. Celui qui reçoit la leçon
n’est plus le jeune Zénon, mais Métroclès, le beau-frère de Cratès :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Métroclès de Maronée, frère d’Hipparchia, fut d’abord un élève de
Théophraste le Péripatéticien. Celui-ci l’abîma à ce point qu’un jour
Métroclès, ayant lâché un pet au beau milieu d’un exercice oratoire, en fut si
honteux qu’il s’enferma chez lui, décidé à se laisser mourir de faim. En
apprenant cela, Cratès vint le voir, comme on l’avait invité à le faire, et non
sans avoir, à dessein dévoré un plat de fèves ; il tenta d’abord de le
convaincre en paroles qu’il n’avait commis aucun délit : il aurait en
effet été bien étonnant que les gaz ne se soient pas échappés comme le veut la
nature. En fin de compte, Cratès se mit à péter à son tour et réconforta ainsi
Métroclès en lui fournissant la consolation de l’imitation de son acte. A
partir de ce jour, Métroclès se mit à l’école de Cratès et il devint un homme
de valeur en philosophie. » (D.L., VI, 94)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis d’abord surpris de voir dans le rôle de brutal sodomite l’illustre
Théophraste, à qui Aristote a confié, à sa mort, la direction du Lycée, mais ce
qui ne m’étonne pas en revanche, c’est la condamnation toujours récurrente chez
les cyniques de l’homosexualité passive (je n’ai encore jamais lu dans les
textes cyniques de dépréciation de l’homosexualité en tant que telle mais en
revanche nombreuses sont les anecdotes qui mettent en scène la dérision des
« efféminés »). Maintenant je ne sais pas si Métroclès a eu raison d’être
convaincu par la pétomanie cratèsienne, car ce dont il avait eu honte, c’était
de ne pas s’être contrôlé dans une situation où il l'aurait dû au plus haut
point. Or, Cratès prétend le consoler non en se laissant aller à son tour mais
tout au contraire en faisant exactement ce que Métroclès n’est pas parvenu à
faire, c'est-à-dire preuve de volonté. On pourrait même soutenir que, dans le
cas de cet exercice, la maîtrise de soi est exemplaire puisqu’elle revient à
transformer en pratique volontaire un phénomène naturel (on notera cette
étonnante rhétorique où l’anus l’emporte à la fin sur la bouche). Mais
Métroclès était encore philosophiquement bien peu rodé et donc rien d’étonnant
à ce qu’il ait pris comme maître celui qui maîtrisait ses gaz !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Un étrange cynique : Onésicrite et les gymnosophistes.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/03/05/171-un-etrange-cynique-onesicrite-et-les-gymnosophistes</link>
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    <pubDate>Sat, 05 Mar 2005 12:47:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Laërce n´ a laissé qu’une dizaine de lignes sur ce disciple renommé de
Diogène : il ne rapporte à son propos aucune anecdote savoureuse, il ne
lui attribue aucune parole marquante. Il nous dit simplement qu’il a participé
à la campagne d’Alexandre le Grand et qu’il a écrit un livre consacré à la
formation du conquérant. C’est étonnant : comment peut-on être à la fois
un imitateur de Diogène et, en même temps, au service d’un chef
militaire ? Les cyniques nous ont habitués à remettre les grands hommes à
leur place, pas à les honorer ! Mais à vrai dire, ce qui m’intéresse
aujourd’hui, ce n’est pas le témoignage de Laërce mais celui de Strabon. C’est
un géographe grec, plus ou moins contemporain du Christ. Grâce à lui, j’assiste
à l’étrange rencontre de deux sagesses, l’une grecque, l’autre indienne. C’est
Alexandre qui, envahissant l’Inde, veut voir ces sages. Voltaire donne une
image particulièrement brutale de la rencontre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Alexandre fit saisir dix philosophes indiens, que les Grecs
appelaient gymnosophistes, et qui étaient nus comme des singes. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme c’est le &lt;strong&gt;Dictionnaire universel du 19ème siècle&lt;/strong&gt; (Tome
8, 1872) qui est la source de cette citation, je ne peux malheureusement pas en
indiquer la provenance, Pierre Larousse se contentant d’indiquer les auteurs.
Mais, malgré cela, je lui sais gré d’avoir rapporté dans le même article cette
autre citation d’un certain Ourliac :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Les gymnosophistes s’arrachaient des poils du menton pour se faire
rire. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je découvre donc la version ascétique de la chatouille. Larousse, fort
anticlérical, n’aimait pas ces moines avant la lettre qui, non contents de
s’agacer le menton, « passaient des années entières debout sur un pied au
faîte d’une colonne » ou « s’enfonçaient des épines sous les ongles
». Il leur règle leur compte en écrivant cette sèche mise au point :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Mortifier le corps pour purifier l’âme, c’est finir, comme chacun
sait, par les tuer tous les deux. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’apprécie la cruauté de la précision: « comme chacun sait ». En
revanche, ce qui semble ne pas déplaire à Larousse, qui heureusement à cette
époque n’était pas encore que Petit, c’est leur immense orgueil qui du coup
limite celui d’Alexandre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« L’élève d’Aristote avait déjà pu apprécier, par son entrevue avec
Diogène, tout ce que peut contenir d’orgueil l’âme d’un philosophe ; il
lui était réservé de rencontrer, dans le fond de l’Asie, d’autres Diogène, non
moins intraitables et plus dangereux pour son pouvoir. Habile à respecter les
croyances des peuples conquis, et à s’emparer de toutes les influences qui
pouvaient concourir à consolider son pouvoir, Alexandre manda près de lui les
chefs des gymnosophistes, qui, à son approche, s’étaient réfugiés dans des
lieux inaccessibles ; mais il les attendit en vain : les intraitables
fugitifs dédaignèrent ses promesses comme ses menaces, et lui répondirent de
très haut que c’était à l’élève à venir chercher les leçons du
maître. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexandre n’ira pas mais enverra le paradoxalement fidèle Onésicrite. C’est
précisément cette rencontre que narre Strabon. Le cynique rencontre le sage
Calanos et reçoit une leçon de philosophie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Quand Calanos vit le manteau, le large chapeau et les bottes
qu’Onésicrite portait, il se mit à rire de lui. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mauvais signe : c’est ordinairement le cynique qui rit. Il est vrai que
ce cynique-là ne porte pas l’uniforme de la secte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il lui enjoignit de se débarrasser de ses vêtements, s’il voulait
apprendre, de s’étendre nu sur les mêmes pierres que lui, et d’écouter ainsi
ses enseignements. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dépouilleur extrême, ce Calanos : au diable le manteau de bure !
Foin du tonneau ! Nu sur la pierre : c’est la nouvelle figure de la
sagesse. Cet Onésicrite, déjà fort peu diogénien, a dû se rappeler longtemps
l’entretien. Platon a dit de Diogène que c’était Socrate devenu fou, Onésicrite
a peut-être pensé que Calanos, c’était Diogène devenu fou ! A fou, fou et
demi ! Mais c’est surtout avec Mandanis qu’Onésicrite va apprendre ce
qu’est le gymnosophisme. Mandanis lui explique qu’on doit par l’effort libérer
l’âme du plaisir et de la douleur. Il s’agit d’entraîner le corps pour donner
un surcroît de force aux idées (c’est clair: autant chez les gymnosophistes que
chez les cyniques, la gymnastique est spirituelle). Mais Mandanis interroge
Onésicrite pour savoir si cette doctrine a cours aussi chez les Grecs et
celui-ci met en relief l’importance de la tradition végétarienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Onésicrite lui répondit que Pythagore enseignait ces doctrines, qu’il
invitait les gens à s’abstenir de viande, tout comme l’avaient fait aussi
Socrate et Diogène, ce Diogène dont lui-même avait été disciple. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moins, Onésicrite, à défaut de briller dans l’exercice du cynisme, a des
idées justes. Le cynisme ne tombe pas du ciel. C’est alors que Mandanis donne
son avis sur les Grecs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il reprit alors qu’il considérait en général les Grecs comme des gens
sensés, mais qu’ils se trompaient sur un point : le fait de mettre la loi
au-dessus de la nature. Autrement, ils ne rougiraient pas de se promener tout
nus, comme lui, et de mener une vie frugale : le meilleur gîte, à son
avis, est celui qui exige le minimum de réparations. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, ce que reçoit Onésicrite de Mandalis, c’est une leçon de
radicalisme, sans pour autant tout le côté exhibitionniste et agressif du
cynisme. Mais il semble qu’Onésicrite ne s’est pas plus intéressé aux
gymnosophistes qu’aux animaux, aux plantes et à la géographie des lieux visités
par Alexandre. Surprenant courtisan, à la fois militaire, ethnologue et
philosophe. Nous le devinons un peu à travers ces textes de Strabon mais
celui-ci ne lui faisait guère confiance :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Plutôt que le pilote en chef, on ferait mieux d’appeler Onésicrite le
fantaisiste en chef d’Alexandre. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est peut-être Voltaire qui avait raison : les gymnosophistes ont
juste été appréhendés manu militari.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Monime le Cynique.</title>
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    <pubDate>Fri, 04 Mar 2005 12:51:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Glorifions le temps d’une note éphémère ce disciple obscur de Diogène !
Il le mérite car il se convertit à la philosophie d’une étrange
manière :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Selon Sosicrate, il était le domestique d’un certain banquier de
Corinthe. » (D.L. VI, 82)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S’il n’est pas comme Diogène fils de banquier, il sert un serviteur de
l’argent. Les deux donc sont familiers des grosses sommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Xéniade, qui avait acheté Diogène, descendait fréquemment chez ce
banquier et il l’entretenait de l’excellence des paroles et des actes du
philosophe, à tel point qu’il inspira à Monime une admiration passionnée pour
Diogène. » (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous êtes peut-être surpris ici que Diogène l’indépendant ait été aussi un
esclave. On ne sait rien sur les circonstances qui ont permis à Ménippe d'
écrire un livre au titre inattendu Diogène à vendre mais ce qui est rapporté
dans cet ouvrage est bien clair. Si Diogène n’a pas pu échapper à l’esclavage,
en revanche il s’est vendu de manière magistrale, au sens littéral du
mot :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Diogène se vit demander ce qu’il savait faire. « Diriger les
hommes », répondit-il. Et il ajouta, en parlant au crieur : « Annonce
donc : quelqu’un veut-il se procurer un maître ? (…) Il dit à Xéniade
qui venait de l’acheter. « Tu devras m’obéir, même si je suis ton esclave,
car même esclaves, un médecin ou un pilote doivent se faire obéir. » (VI,
28)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviens à mon histoire : un maître Xéniade parle à un autre maître
de son esclave qui est en fait son Maître. Monime est alors transporté par les
paroles du maître maîtrisé et devient en somme cynique par ouï-dire. Voici
comment :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Simulant une subite démence, Monime se mit à lancer de tous côtés la
menue monnaie et tout l’argent amassé sur la table du banquier, tant et si bien
qu’à la fin son maître le congédia. » (VI, 82)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n’est pas une falsification à l’image de Diogène (et/ou de son père),
encore moins un hold-up, mais une dispersion, un dérangement, une « mise
en désordre ». En un sens, Monime jette l’argent par les fenêtres. Mais, comme
il brigue le statut de cynique, son geste est encore celui d’un imitateur
timide qui certes transgresse mais à l’abri de l’irresponsabilité. Un coup de
folie et voici Monime devenu sage ! Pour être en mesure un jour de se
posséder, il faut jouer la possession. Je n’ai malheureusement pas d’autres
faits et gestes à attribuer à Monime. Je sais seulement qu’il a écrit des
« divertissements truffés d’un secret sérieux » (VI, 83). Est-ce au
niveau de l’écrit l’analogue de sa scène inaugurale ? Des thèses
dissimulées sous des foutaises ? Qui sait ? Il a écrit cependant deux
études dont l’une porte le titre fort convenu d’&lt;strong&gt;Exhortation à la
philosophie&lt;/strong&gt; et dont l’autre a un intitulé un peu moins attendu,
&lt;strong&gt;Les instincts&lt;/strong&gt;. J’imagine qu’il ne devait pas en faire des
éloges, tant la maîtrise de soi est au programme de l’école cynique ; même
si le philosophe singe l’instinctif, il est à mille lieues de se laisser aller.
Ce qui m’intéresse particulièrement chez Monime à vrai dire, c’est qu’il semble
représenter une version sceptique du cynisme. Sextus Empiricus, le tardif
théoricien du scepticisme, le cite dans son &lt;strong&gt;Contre les
mathématiciens&lt;/strong&gt;(VI, 48) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il comparait les êtres à des peintures de théâtre, tout en supposant
qu’ils ressemblaient aux impressions qui surviennent durant le sommeil ou la
démence. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois arguments clés du scepticisme sont ici étonnamment condensés et
reviennent tous à faire douter de la réalité de la réalité : qu’il
s’agisse du décor, du songe ou du délire, ces topoï seront abondamment repris
dans la tradition postérieure. Qu’on se rappelle, entre autres, l’usage qu’en
fera, environ deux mille ans plus tard, Descartes dans la première des six
&lt;strong&gt;Méditations métaphysiques&lt;/strong&gt;. Certes une telle mise en question
de la réalité pose quelques problèmes. Les cyniques étaient jusqu’à présent des
dogmatiques : c’est sur un fond de certitudes inébranlables qu’est adossée
leur arrogance. Mais si « toute entreprise humaine n’est que fumée »,
comme Ménandre l’a fait dire à Monime dans l’&lt;strong&gt;Ecuyer&lt;/strong&gt; , pourquoi
donc se donner la peine de se conduire cyniquement ? Je me plais à penser
que son scepticisme n’était pas tout à fait systématique et visait seulement le
renversement des entreprises ordinaires. Je me rappelle alors soudainement
Diogène :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il admirait les gens qui, sur le point de se marier, ne se mariaient
pas ; ceux qui, prêts à partir en voyage, ne partaient pas ; les gens
qui s’apprêtaient à se lancer en politique, et ne s’y lançaient pas ; ceux
qui avaient en vue d’élever des enfants, et n’en faisaient rien, et ceux enfin
qui se disposaient à vivre dans la compagnie des puissants et ne s’en
approchaient point. » (D.L. VI, 29)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dois-je donc penser que, de bonne guerre, comme tout fondateur, désireux de
trouver de lointains annonciateurs de la doctrine qu’il défend, Sextus
Empiricus a enrôlé Monime dans une guerre qui n’est pas la sienne ? Je ne
sais. Je laisse à Stobée et à son Florilège le mot de la fin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« La richesse, disait-il, est le vomissement de la Fortune. »&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>L’enterrement de Diogène.</title>
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    <pubDate>Thu, 03 Mar 2005 12:53:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;C’était un maître. La preuve : à sa mort, les épigones se
déchirent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« La tradition veut qu’une dispute s’éleva aussitôt entre ses disciples
pour décider qui l’enterrerait. On en vint même aux coups. » (D.L. VI,
75)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais fort imprudemment faire l’hypothèse que les plus fidèles de ses
disciplines veulent ne pas l’enterrer, comme il l’a demandé. J’imagine que
certains souhaitent le livrer aux bêtes sauvages car ils ont peut-être entendu
la leçon que rapporte Cicéron dans les &lt;strong&gt;Tusculanes&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tout en ayant les mêmes sentiments que Socrate, face à la mort,
Diogène était plus rude : en bon Cynique, il s’exprimait de façon plus
brutale, en exigeant que l’on jette son cadavre sans l’inhumer. Ses amis lui
demandaient alors : « Veux-tu qu’on le jette en pâture aux oiseaux et
aux fauves ? » « Pas du tout, reprit-il, mais posez seulement à mes
côtés un bâton pour les chasser ! » « Et comment donc pourrais-tu le
faire ? Tu seras inconscient. » « Mais alors, si je suis
inconscient, quel mal pourraient me faire les morsures des bêtes ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se peut que d’autres aient désiré « qu’on le culbute dans quelque
fosse en le recouvrant d’un peu de poussière »(VI, 75) comme il l’avait aussi
envisagé. En somme, les funérailles sous une forme minimaliste. Arrivent les
puissants et les parents, pas de doute : ils vont le statufier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Leurs parents et les notables arrivèrent enfin, et sous leur conduite
on enterra Diogène près de la porte donnant vers l’Isthme. Sur son tombeau, on
édifia une colonne funéraire surmontée d’un chien en marbre de Paros.
»(ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diogène récupéré ? Peut-être, mais pas complètement trahi : certes
sculpté dans le marbre, mais sous forme canine. C’est en tout cas le début d’un
culte. Il est devenu l’objet des commémorations. Exit Diogène le chien. Il est
vrai qu’il est mort à un mauvais moment, si Plutarque dans les
&lt;strong&gt;Moralia&lt;/strong&gt; a raison : exactement le jour où Alexandre le
Grand a disparu. Comment ne pas glorifier, au-delà même des louanges réservées
à Alexandre, celui qui n'avait vu dans le conquérant macédonien rien d’autre
qu’un corps qui l’empêchait de se réchauffer au soleil…&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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