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  <title>Les philosophes antiques à notre secours - Cyrénaïques</title>
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  <language>fr</language>
  <pubDate>Fri, 09 May 2008 11:28:09 +0200</pubDate>
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    <title>Théodore face à la moquerie cynique.</title>
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    <pubDate>Fri, 16 Dec 2005 12:44:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cyrénaïques</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Métroclès de Maronée est un cynique; à vrai dire, la postérité y voit plutôt
le frère d’Hipparchia et le beau-frère de Cratès (cf. notes des 6, 7,8-03-05).
En effet, même s’il semble avoir été le premier à recueillir par écrit mots
fameux et faits et gestes de Diogène, aucune anecdote ne le met, lui, en scène,
de manière illustre, sauf sa mort qui, je l’accorde, rachèterait toute vie,
même particulièrement médiocre, je veux dire du point de vue de la vie cynique
standard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il mourut à un âge avancé, s’étant lui-même étranglé » (VI, 95
trad. de Marie-Odile Goulet-Cazé)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si je parle de lui aujourd’hui, c’est parce que je n’oublie pas que
Théodore, qui s’était fait coincer par un raisonnement d’Hipparchia, s’en était
sorti bassement en lui relevant les jupes, ce qui d’ailleurs, on s’en rappelle,
n’avait pas démonté la philosophe cynique (cf note du 09-03-05). J’imagine donc
que le frère a voulu venger la soeur et ça donne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« On raconte qu’un jour où il passait à Corinthe entraînant avec lui de
nombreux disciples, Métroclès le Cynique, qui était en train de laver des brins
de cerfeuil, lui dit : « Hé toi, le sophiste, tu n’aurais pas besoin
de tant de disciples si tu lavais des légumes ! » A quoi Théodore, en
l’interrompant, rétorqua : « Et toi, si tu savais t’entretenir avec
les hommes, tu n’aurais pas affaire à ces légumes ! » (II, 102)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je comprends l’hostilité du cynique vis-à-vis du cyrénaïque : comme
lui, il provoque mais au service d’une cause cyniquement méprisable : le
plaisir. Et puis, de voir la file des disciples coller aux basques du maître,
ça ne peut qu’irriter celui pour qui il faut avant tout, quand on est un
maître, chasser les élèves à coups de bâton. En tout cas, ils sont terribles
l’un avec l’autre ces deux philosophes puisqu’ils réduisent un style de vie à
l’expression déguisée d’une impuissance. Incapable de vivre une existence
simple et frugale : c’est la course-poursuite aux disciples ;
incapable d’entrer en rapport avec les hommes : c’est la misanthropie
légumière. Ce que chacun dit à l’autre : « tu es vaincu au moment
même où tu cries victoire. » Dans la joute dialectique, c’est à coup sûr
un match nul. Théodore, enlevé par Cratès à la secte aristotélicienne sur un
coup fumant, n’a certainement pas avec une telle réplique gagné un quelconque
disciple. Seuls ceux qui le suivaient déjà se sont un petit peu plus pressés
autour de lui.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Théodore, le diplomate pas diplomatique.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/12/15/14-theodore-le-diplomate-pas-diplomatique</link>
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    <pubDate>Thu, 15 Dec 2005 12:50:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cyrénaïques</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Ptolémée I, (compagnon d’armes d’Alexandre le Grand, maître de l’Egypte et
de la Cyrénaïque), « envoya un jour (Théodore) comme ambassadeur auprès de
Lysimaque (autre compagnon d’Alexandre, roi, lui, de Thrace) »(II, 102) Voici
donc ce dénonciateur du patriotisme et ce défenseur du cosmopolitisme au
service du souverain qui règne sur sa patrie. On comprend ainsi pourquoi il
joue le rôle qui lui est confié d’une manière guère orthodoxe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« A cette occasion, alors que Théodore s’exprimait avec une grande
franchise, Lysimaque lui dit : « Mais dis-moi, Théodore, n’est-ce pas
toi qui as été banni d’Athènes ? » A quoi Théodore répliqua :
« On t’a bien informé. En effet la cité d’Athènes, comme elle n’était pas
capable de me supporter, m’a expulsé, tout comme Sémélé a expulsé
Dionysos. » »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’histoire de Sémélé vaut d’être connue ; écoutons Pierre Larousse la
raconter dans sa version romaine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Sémélé, fille de Cadmus et d’Harmonie et mère de Bacchus
(&lt;em&gt;Dionysos&lt;/em&gt;). Elle fut d’abord aimée en vain par Actéon, que Diane,
suivant quelques auteurs, ne fit périr qu’à cause de cette passion, elle-même
brûlant d’un feu secret pour le beau chasseur. Jupiter s’éprit ensuite des
charmes de Sémélé et n’eut pas de peine à la séduire, grâce à sa qualité de
maître des dieux déguisé sous les traits et la taille d’un adolescent
(&lt;em&gt;l’ado, incarnation du dieu des dieux, quelle illustration magnifique de
notre jeunisme !&lt;/em&gt;). Mais il eut beau envelopper cette nouvelle infidélité
de tous les voiles du mystère, Junon, la jalouse Junon, eut bientôt pénétré le
secret, et la vengeance ne se fit pas attendre. Revêtant la figure de Béroé, la
vieille nourrice de Sémélé, elle se présenta à sa rivale, lui inspira des
soupçons sur la personnalité de son amant et lui donna le conseil perfide
d’exiger de lui qu’il la visitât entouré de tous les attributs de sa puissance,
afin de lui prouver ainsi sa divinité. Jupiter, qui avait juré par le Styx à
Sémélé de lui accorder sa demande, avant de la connaître, dut enfin remplir sa
promesse. Il se montra donc à elle dans un nuage de lumière, tenant d’une main
le sceptre et de l’autre la foudre. Sémélé, ivre de gloire et d’amour, lui
tendit les bras et se précipita dans les siens ; mais elle fut aussitôt
embrasée et consumée (&lt;em&gt;quelle fin idéale pour les contempteurs de la passion
!&lt;/em&gt;). Mais l’enfant (&lt;em&gt;Dionysos donc&lt;/em&gt;) qu’elle portait dans son sein
ne périt point ; Jupiter l’enferma dans sa cuisse jusqu’au terme de sa
naissance. Quand ce fils fut grand, il descendit aux enfers pour en retirer sa
mère et obtint de son père Jupiter qu’elle serait admise dans l’Olympe parmi
les immortelles, sous le nom de Chioné ou Thyoné. » (&lt;strong&gt;Dictionnaire
universel du 19e sièc&lt;/strong&gt;le 1875)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Théodore, dit Dieu, se compare donc au fils de Zeus (à noter que le choix du
dieu est, qui plus est, judicieux : Dionysos incarne le refus du politique
et des valeurs socialisées). On comprend la réaction du diadoque, potentat mis
au défi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Lysimaque reprit : « Eh bien, tâche de ne plus te retrouver
chez nous ». « Pas de risque, dit Théodore, sauf si Ptolémée m’y
envoie »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La réplique théodoréenne, certes ferme, manque tout de même du panache que
lui conférait en revanche Cicéron dans les &lt;strong&gt;Tusculanes&lt;/strong&gt;. Ce
dernier d’ailleurs la rapporte sous deux versions, chacune plus cynique que
l’autre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« N'admirons-nous pas Théodore de Cyrène, célèbre philosophe, qui,
menacé par le roi Lysimaque d'être pendu à une croix : &amp;quot;Intimidez&amp;quot;, lui
dit-il, &amp;quot;vos courtisans avec de telles menaces; pour Théodore, il lui est
indifférent qu'il pourrisse, ou dans la terre, ou dans l'air&amp;quot; (Livre I, 43
trad. de Nisard 1841)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Théodore, quand Lysimaque le menaça de lui ôter la vie, &amp;quot;O le grand
exploit&amp;quot;, dit-il à ce prince, &amp;quot;quand vous ferez ce qu'une cantharide peut faire
aussi aisément que vous ! » (Livre V, 40)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Montaigne reprendra l’ultime variante cicéronienne mais pour dénoncer la
mise en scène des morts philosophiques et leur préférer le courage simple des
hommes ordinaires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Or laissons ces glorieux courages : Theodorus respondit à
Lysimachus menaçant de le tuer : Tu feras un grand coup d'arriver à la
force d'une cantharide. La plus part des Philosophes se treuvent avoir ou
prevenu par dessein, ou hasté et secouru leur mort. Combien voit-on de
personnes populaires, conduictes à la mort, et non à une mort simple, mais
meslee de honte, et quelquefois de griefs tourmens, y apporter une telle
asseurance, qui par opiniatreté, qui par simplesse naturelle, qu'on n'y
apperçoit rien de changé de leur estat ordinaire : establissans leurs
affaires domestiques, se recommandans à leurs amis, chantans, preschans et
entretenans le peuple : voire y meslans quelquefois des mots pour rire, et
beuvans à leurs cognoissans, aussi bien que Socrates ? »
(&lt;strong&gt;Essais&lt;/strong&gt; Livre I chap.XV)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons à la version de Diogène Laërce :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Mithrès, le trésorier de Lysimaque, qui se trouvait là, lui
dit : « Non content de ne pas reconnaître les dieux, tu sembles ne
pas reconnaître non plus les rois » ( &lt;em&gt;Timocrate, ancien disciple
d’Epicure, quand il voudra salir son maître, le transformera en larbin de
Mithrès le larbin : Diogène, dégoûté, rapporte avec des pincettes :
« A ce que dit Timocrate (...) Epicure flatte honteusement Mithrès,
l’administrateur de Lysimaque, le qualifiant dans ses lettres de
« Sauveur » et « Seigneur » » (X, 4)&lt;/em&gt;) « Comment,
dit Théodore, puis-je ne pas reconnaître les dieux, alors que précisément, je
te considère, toi, comme un ennemi des dieux ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est confirmé : Théodore n’est pas l’ennemi des vrais dieux, il est
seulement l’adversaire des amis des faux dieux.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Théodore l'Athée ou Théodore l'Anticlérical ?</title>
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    <pubDate>Wed, 14 Dec 2005 12:53:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cyrénaïques</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;C’est par la vie de Théodore que Diogène Laërce conclut la partie du livre
II consacrée aux Cyrénaïques. En tout, bien peu de lignes, desquelles se dégage
confusément le portrait d’un homme persécuté par les autorités. Exilé de
Cyrène, chassé d’Athènes, condamné (par qui ? où ?) selon Amphicratès, à
boire la ciguë, tel un deuxième Socrate. Mais pourquoi donc ? Il semble
avoir défié les pouvoirs. Après avoir rapporté l’anecdote racontant comment il
se fait piéger par Stilpon, Diogène le montre accusant d’impiété un
prêtre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Théodore, un jour qu’il s’était assis auprès du hiérophante
Euryclidès (&lt;em&gt;c’est le prêtre qui initie aux mystères&lt;/em&gt;), lui
demanda : « Dis-moi, Euryclidès, quels sont ceux qui se montrent
impies à l’égard des mystères ? » Euryclidès ayant répondu :
« Ceux qui les dévoilent aux non-initiés », « Donc toi aussi tu es
impie, dit Théodore, puisque tu les expliques à des non-initiés. » Et en
vérité peu s’en fallut qu’il ne fût conduit à l’Aéropage (&lt;em&gt;où il aurait été
jugé&lt;/em&gt;), si Démétrios de Phalère ne l’avait tiré de là. » (II, 101)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A lire ce texte, la première impression est que Théodore, berné auparavant
par Stilpon ( cf la note du 09-12-05), se venge sur Euryclidès en jouant aussi
sur l’ambiguïté d’une expression : « dévoiler aux non-initiés »
peut être autant une transgression que l’accomplissement d’un devoir, tout
dépendant du sujet de l’action en question. Il semble donc que le hiérophante
manque de répartie quand il en appelle à la « Haute Cour de Justice »
pour trancher le différend. Mais je préfère croire que le prêtre est plus
judicieux qu’il ne paraît et, par le même mouvement, Théodore plus subversif
que son raisonnement, à première vue grossier, ne le laisse penser. En effet
Euryclidès a compris à demi-mot qu’a travers cette accusation un peu déplacée
Théodore sous-entend que, si les prêtres sont institués par la cité pour
dévoiler les mystères, en réalité ils n’en ont pas les capacités car à l’image
de n’importe qui, ils ont une idée fausse du divin. Bien qu’autorisé à dévoiler
le mystère, le hiérophante est en réalité aussi peu légitimé que l’imposteur
qui se ferait passer pour lui, dans la mesure où l’un comme l’autre sont
enfermés dans le brouillard des préjugés religieux.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Théodore: où l'on dédaigne le corps mais parle tout de même beaucoup d'amour.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/12/13/16-theodore-ou-l-on-dedaigne-le-corps-mais-parle-tout-de-meme-beaucoup-d-amour</link>
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    <pubDate>Tue, 13 Dec 2005 12:58:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cyrénaïques</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;L'hédonisme, à première vue, c'est simplement l'identification du souverain
bien au plaisir. Mais en fait, les hédonistes se différencient à deux niveaux
au moins: d'abord il y a ceux qui pensent que le plaisir est accessible
(Aristippe, Annicéris, Théodore) et ceux qui jugent qu'on ne peut l'atteindre
(Hégésias); ensuite, parmi ceux qui pensent le bonheur (je veux dire,
l'expérience du plaisir) à leur portée), on distinguera: a) ceux qui, comme
Aristippe, l'identifient à la jouissance physique. b) ceux qui, comme
Annicéris, distinguent les plaisirs du corps des plaisirs de l'âme. c) enfin
ceux qui comme Théodore l'identifient seulement au plaisir de l'esprit. En
effet, Théodore, auditeur d’Annicéris, a enrichi, comme son maître, la
compréhension qu’Aristippe avait du plaisir en y incluant les plaisirs de
l’âme. Mais il radicalise l’apport de son professeur en identifiant le bonheur
exclusivement à la jouissance de ces seuls plaisirs. Théodore, à partir de là,
crée une combinaison originale : 1) le pire : le chagrin (lupê) qui
est donc la souffrance morale de l’insensé. 2) le meilleur : la joie
(khara) rendue possible par la sagesse pratique et la justice. 3) entre les
deux, le plaisir physique et la douleur physique. Ce n’est pas très facile à
prime abord de comprendre ce que Théodore veut dire en identifiant ces deux
états, tout à fait opposés, à des « états intermédiaires ». Je fais
l’hypothèse suivante : le plaisir physique n’est pas un bien et la douleur
corporelle n’est pas non plus un mal. Même si Aristippe les opposait l’un à
l’autre, ils sont en réalité indifférents, neutres. Je réalise que c’est
exactement la manière dont la doctrine stoïcienne les considérera et je
découvre que les frontières délimitées qu’on trace à l’école pour désigner les
grandes sagesses philosophiques sont ici brouillées, certaines doctrines
paraissant même être des conciliations des contraires, comme si Théodore avait
été un amoureux du plaisir qui se serait rendu compte que le meilleur moyen de
jouir est d’être vertueux, au point de déclasser complètement les plaisirs
physiques, donnant tort sur ce point autant à Aristippe et à Annicéris qu’à
Epicure lui-même ! Ce qui est vraiment surprenant, c’est qu’à partir de
là, Théodore, en accord avec Hégésias, rejette, lui aussi l’amitié, affirmant
que le sage se suffit à lui-même (là encore, la position, totalement opposée à
la philosophie épicurienne, me paraît plutôt stoïcienne). A dire vrai, c'est
tout l'altruisme annicérien qui est mis en question à travers le rejet de la
valeur de la patrie, retrouvant là les positions les plus brutales
d'Aristippe:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Il ne faut pas perdre sa sagesse pour être utile aux insensés&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est clair qu'ici Thédore n'est plus du tout sur la même longueur d'onde
que les stoïciens, même si une phrase isolée, comme celle-ci, peut faire
momentanément illusion:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Il disait que le monde était sa patrie&amp;quot; (II, 99, trad. Marie-Odile Goulet
Cazé)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait en effet imaginer qu'il s'agit de la répudiation de l'identité
fermée et exclusive de la patrie au profit d' une volonté d'entente rationnelle
avec tout homme où qu'il se trouve sur terre. Mais les lignes qui suivent
mettent en évidence que Théodore reprend nettement toute une posture
cynique:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Il volerait, commettrait l'adultère, pillerait les temples si l'occasion
l'exigeait, car aucun de ces actes n'est honteux par nature, une fois enlevée
l'opinion qui s'y rattache, et qui n'est là que pour retenir les insensés. Aux
yeux de tous, sans gêne aucune, le sage aura des relations sexuelles avec ceux
qu'il aime.&amp;quot; (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui éclaire ce que Théodore entend par sagesse pratique et justice: c'est
le respect de l'ordre social compris comme seul moyen d' être heureux, les lois
n'étant en rien fondées absolument mais uniquement utiles. En revanche, pour
les insensés, il est indispensable qu'elles paraissent fondées absolument afin
de les retenir de faire n'importe quoi. On mesure tout de même la différence
avec l'inspiration cynique: quand le cynique jette par-dessus bord les
conventions, c'est parce qu'il vise la vertu comme fin, le plaisir étant
méprisable. C'est en revanche parce qu'il veut le plaisir que Théodore
reconnaît la valeur des usages et comme ce plaisir est le souverain Bien, il
s'ensuit logiquement que lois, conventions, principes etc sont réduits à l'
état de moyens. Je note aussi que si l'amitié est rejetée, la sexualité est
reconnue comme source de plaisirs mais dans la mesure où ces plaisirs ne valent
pas plus que des douleurs pour qui se propose une vie réussie (cf supra), je
suis porté à conclure que cette revendication d' une sexualité au premier abord
plutôt débridée est une mise en doute cynique de la valeur de la famille et de
la parenté, et non l'affirmation d'une condition du bonheur. En tout cas, il n'
y a en rien un éloge de l'amour mais plutôt identification de la relation
sexuelle à l'usage d'une fonction, comme il en ressort de cette longue
démonstration didactique:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; C'est pourquoi il formulait des raisonnements par interrogation du genre (
&lt;em&gt;c'est l'interrogation socratique dévoyée de sa finalité première
puisqu'elle sert le corps au lieu d'élever l'esprit&lt;/em&gt;): &amp;quot;Une femme instruite
en grammaire pourrait-elle être utile pour autant qu'elle est instruite en
grammaire ? (&lt;em&gt;commencer par cette question, et la suivante va dans le
même sens, fait clairement comprendre que ceux qu'on utilisera sexuellement ne
sont pas bons qu'à ça&lt;/em&gt;)&amp;quot;Oui.&amp;quot; &amp;quot;Un garçon ou un jeune homme (&lt;em&gt;instruit en
grammaire&lt;/em&gt;) pourrait-il être utile pour autant qu'il est instruit en
grammaire?&amp;quot; &amp;quot;Oui.&amp;quot; &amp;quot;Donc une femme belle pourrait également être utile pour
autant qu'elle est belle ( &lt;em&gt;visiblement Théodore, loin de Kant, n'identifie
pas le plaisir esthétique à une satisfaction désintéressée !&lt;/em&gt;)? De même un
garçon ou un jeune homme pourrait-il être utile pour autant qu' il est beau ?&amp;quot;
&amp;quot;Oui.&amp;quot; &amp;quot;Or il est utile pour faire l'amour ?&amp;quot; Une fois admis cela, il
poursuivait le raisonnement: &amp;quot;En conséquence, si quelqu'un fait l'amour, pour
autant que cela est utile, il ne commet pas de faute; donc il n'en commettra
pas non plus s'il se sert de la beauté pour autant qu'elle est utile.&amp;quot; C'est
avec des raisonnements par interrogation de ce type qu'il donnait de la force à
son discours&amp;quot; (II, 99-100)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Profiter de l'instruction de quelqu'un n'est rien de plus que profiter de la
beauté de son corps. On peut être surpris de l'unilatéralité du service mais
rien n'exclut que celui-ci qui tient ce discours ne puisse devenir à son tour
ce qu'autrui utilise à ses fins. Le philosophe théodoréen n'a pas d'amis mais
seulement des partenaires. J' imagine cependant qu'il ne les recrute pas parmi
les insensés, qui, faute de comprendre ces lourds enchaînements démonstratifs,
risqueraient de lui gâcher la vie...&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Théodore l'Athée, surnommé Dieu.</title>
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    <pubDate>Fri, 09 Dec 2005 13:02:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cyrénaïques</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Il y a eu les Hégésiaques, puis les Annicériens, il y a enfin les
Théodoréens. Diogène Laërce, de manière inhabituelle, présente la doctrine
avant de raconter des anecdotes sur la vie du disciple dissident, Théodore
donc. Suivons son ordre. Inattendue d’abord la précision qu’apporte Diogène
concernant son accès à un des livres de ce Théodore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Nous sommes tombés par hasard sur un ouvrage de lui intitulé Sur les
dieux, qui ne prête pas au mépris » (II, 97).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Subitement Diogène Laërce n’est plus seulement l’auteur de ces compilations,
il devient un homme qui parle de lui mais dont malheureusement personne n’a
narré la vie. On en a pourtant ici un minuscule fragment : « Il était
une fois un homme à qui il arrivait de tomber par hasard sur des livres... ».
C’est tout de même beaucoup plus évocateur que ce que suggérait l’ancienne
traduction des &lt;strong&gt;Vies et doctrines des philosophes illustres&lt;/strong&gt;, je
veux dire celle de Genaille qui se contentait d’écrire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« J’ai lu de lui un livre intitulé les Dieux, et qui n’est pas
négligeable »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’euphémisme que les deux traductions rendent identiquement est éclairant,
en effet Diogène Laërce, qui ne communique presque jamais ses préférences,
reconnaît ici qu’il faut prendre au sérieux une dénonciation des croyances
polythéistes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Théodore rejetait complètement les croyances en des dieux »
(ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Montaigne tire de ce témoignage l’idée que Théodorus comme il l’appelle
était athée ; il le répète même deux fois dans l'&lt;strong&gt;Apologie de
Raimond Sebond&lt;/strong&gt; en en profitant pour se moquer de Bion, le piteux
cynique(cf. note du 11-03) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ils recitent de Bion, qu'infect des atheïsmes de Theodorus, il avoit
esté long temps se moquant des hommes religieux : mais la mort le
surprenant, qu'il se rendit aux plus extremes superstitions : comme si les
Dieux s'ostoyent et se remettoyent selon l'affaire de Bion (...) Diagoras et
Theodorus nioyent tout sec, qu'il y eust des Dieux »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant on aurait tort d’en conclure que Théodore ne croyait à aucun dieu
car Diogène Laërce ajoute :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« C’est à ce livre, dit-on, qu’Epicure emprunta la plupart des choses
qu’il a dites » (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, si Epicure réforme les croyances qu’on appelle aujourd’hui
mythologiques, c’est dans le but de purifier la connaissance des dieux des
superstitions qui les humanisent à tort (même si, au terme de cette
purification, les dieux ne deviennent pas si différents des hommes que ces
derniers ne soient pas en mesure de les prendre pour modèles). Il se peut donc
que dans ce livre de théologie Théodore n’ait rien fait d’autre que de
clarifier des images divines brouillées par les opinions populaires. Ainsi il
aurait peut-être été fidèle à la position du fondateur, Aristippe, auquel
Diogène Laërce attribuait déjà une méfiance vis-à-vis des doxas
douteuses :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Est capable de bien parler, d’être exempt de superstition et
d’échapper à la crainte de la mort, celui qui a appris la théorie des biens et
des maux. » (II, 92).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, comme jusqu’à présent aucun des philosophes d’ascendance
aristippéenne n’a formulé quoi que ce soit sur la question divine, je ne
saurais dire si, sur ce point, Théodore fait ou non oeuvre d’innovation. Un
autre indice qui me fait penser qu’il n’était en rien un athée est le
suivant : dans la première anecdote le concernant, Diogène éclaire ainsi
l’origine de son nom :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il semble qu’il ait été appelé « Dieu » (&lt;em&gt;en grec,
theos&lt;/em&gt;), parce que Stilpon lui avait posé la question suivante :
« Théodore, ce que tu affirmes être, tu l’es bien ? » Comme celui-ci
faisait un signe de tête affirmatif, Stilpon dit : « Or tu affirmes
que Dieu est. » Théodore ayant acquiescé, Stilpon conclut :
« Donc tu es dieu ». Théodore ayant pris la chose avec satisfaction,
Stilpon éclata de rire et dit : « Mais malheureux, avec un
raisonnement comme celui-là, tu reconnaîtrais aussi bien être un geai ou mille
autres choses » » (II, 100)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient peut-être de ce Stilpon qui fut un des maîtres de Zénon le
stoïcien (cf. note du 30-03-05) : il était connu pour être un
argumentateur hors pair, ce qui implique la capacité de réduire éventuellement
à des paralogismes les raisonnements des adversaires. Il remarque ici finement
que l’énoncé « j’affirme être » peut signifier autant
« j’affirme que je suis » que « j’affirme que c’est ». Ce qui
étonne un peu ici, c’est le rôle de benêt joué par Théodore qui semble être
content de découvrir sa nouvelle identité, comme s’il n’avait pas la force de
comprendre qu’ « affirmer Dieu être » n’est pas synonyme d’
« affirmer être Dieu » ! Mais enfin ce que je retiens ici, à défaut
de ses aptitudes dialectiques, c’est qu’il ne nie pas que Dieu est ; ceci
suffit pour me faire conjecturer que, si Théodore a critiqué les croyances dans
les dieux, c’est peut-être au nom de la réalité indubitable d’un Dieu, tel
Xénophane par exemple, dont je parlerai un jour. Son surnom (« Dieu »
au lieu de « don de Dieu » – Théo-dore- ) ne lui irait donc pas si
mal : il n’aurait pas été l’homme qui se prend pour un dieu (et qu’on
prend pour un mégalomane) mais celui qui reconnaît Dieu pour ce qu’il est.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Annicéris: difficile d'être heureux mais pas impossible.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/12/08/18-anniceris-difficile-d-etre-heureux-mais-pas-impossible</link>
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    <pubDate>Thu, 08 Dec 2005 13:06:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cyrénaïques</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Dans les lignes que Diogène Laërce consacre à la philosophie cyrénaïque,
certains passages ne « collent » pas avec le reste. Döring dans
&lt;strong&gt;Der Sokrateschüler Aristipp und die Kyrenaiker&lt;/strong&gt; pense que ces
passages rapportent des positions plus tardives, précisément celles attribuées
à Annicéris et aux Annicériens, c’est-à-dire à une génération contemporaine
d’Epicure. Diogène d’ailleurs confond cet Annicéris-là avec un autre Annicéris,
lui aussi de Cyrène, qui sauva Platon de l’esclavage en le rachetant pour vingt
ou trente mines (III, 20). Si ce dernier a rendu un fier service à la
philosophie, le premier, lui, a bel et bien philosophé et semble donc avoir
modifié la doctrine initiale en niant que tout plaisir s’enracine dans une
satisfaction physique : en témoigne le contentement que donne la
prospérité de la cité ou notre propre prospérité. Un de ses arguments est le
suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Nous écoutons avec plaisir ceux qui imitent les chants funèbres, mais
sans plaisir ceux qui les chantent pour un deuil réel. » (II, 90)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se mêlent donc à titre de causes du plaisir autant l’audition des sons que
la connaissance des circonstances dans lesquels ces sons sont produits. Le
mélomane a beau être tout ouïe, ses oreilles n’en ont pas moins de l’esprit.
Restent que « les plaisirs corporels à vrai dire sont de loin supérieurs à
ceux de l’âme, et les souffrances corporelles bien pires » (ibid.). En
effet, quand on veut faire vraiment mal, c’est le corps qu’on torture, pas
l’esprit. (Rappelons-nous Epicure qui défend sur ce point une thèse exactement
inverse : « Les pires douleurs sont celles de l’âme. En tout cas, la
chair n’est agitée que par le présent, tandis que l’âme est agitée par le
passé, le présent et le futur » X, 137. Je crois d’ailleurs que ces deux
positions, bien qu’ absolument contradictoires, sont vraies en un sens)
Néanmoins, malgré l’intensité des plaisirs physiques, les Annicériens mettent
étrangement au plus haut prix l’amitié :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ce n’est pas seulement à cause des services qu’il nous rend qu’on
accueille l’ami – sinon, quand ces services font défaut, on ne se tournerait
plus vers lui – mais c’est aussi en raison des liens qui se sont créés et qui
font qu’on est même près à supporter des souffrances. En vérité, bien qu’on se
donne le plaisir comme fin et qu’on souffre d’en être privé, on supportera bien
volontiers cette privation à cause de l’affection qu’on éprouve pour son
ami » (II, 97)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est loin de l’égoïsme principiel de l’aristippéen. Cette conception de
l’amitié ressemble d’ailleurs fortement à celle soutenue par Epicure (cf note
du 19-01-05). Cependant « le bonheur de l’ami ne doit pas être choisi pour
lui-même, car il n’est pas, pour celui qui est proche, perceptible par les
sens » (II, 96). Ce passage me paraît à dire vrai difficile à interpréter.
Ce qui me gêne c’est la référence aux sens comme causes du bonheur ressenti par
l’ami lui-même, avec la conséquence qu pour cette même raison le bonheur n’est
pas partageable. Ceci mis à part, j’y vois l’idée suivante : si on
recherche le bonheur de son ami, ce n’est pas en se sacrifiant (car le bonheur
d’autrui n’est pas mon bonheur vu qu’il est ressenti par autrui) mais comme
moyen d’être soi-même heureux. Reste que ce passage me paraît difficile à
accorder avec l’idée que l’amitié justifie de souffrir « pour rien »
au service de son ami. Ce n’est pas seulement l’amitié mais aussi « la
reconnaissance, le respect des parents et le service de la patrie. »
(ibid.) qui rendent possible la vie heureuse. Car en effet, à la différence des
Hégésiaques, les Annicériens jugent possible le bonheur, mais, se distinguant
en cela des Aristippéens, leur bonheur est difficile à obtenir car il ne naît
pas de la capacité à tirer de toute situation une satisfaction mais de la
pratique d’une certaine forme d’altruisme. Or ce n’est pas immédiatement donné
d’être altruiste et il ne suffit pas de savoir que l’altruisme rapporte les
plus grandes joies ; il faut encore être capable de s’y conformer, d’où le
rôle – et en cela ils me paraissent aristotéliciens – accordés à l’exercice et
au temps :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« La raison ne suffit pas pour avoir confiance en soi et se situer
au-dessus de l’opinion du grand nombre. Il faut en fait former son caractère,
compte tenu des mauvaises dispositions qui se sont développées en nous depuis
très longtemps. » (Ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans aucun texte épicurien, je n’ai lu une telle prise en compte de la
difficulté à faire l’expérience du plaisir. En plus, et sur ce point ils sont
fidèles à Aristippe, leur vie heureuse sera loin de n’être que plaisir, car il
faut faire des efforts et supporter des peines pour être un ami, un fils, un
citoyen dignes de ce nom :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Le sage, dût-il à cause de cela connaître des tourments, n’en sera
pas moins heureux, même si les plaisirs qui pour lui en résultent sont peu
nombreux. » (Ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Larousse dit que la secte annicérienne a fini par se fondre dans
l’école épicurienne, je ne sais pas si c’est vrai, je vois bien certes ce qui
les rapproche mais tout de même leur souci des parents et des concitoyens me
paraît très étranger à l’épicurisme. Epicure donne un si haut prix à l’ami
qu’il en fait un substitut de tous les autres, Annicéris semble plus avoir pris
en compte les valeurs ordinaires de la cité grecque. Entre l’égocentrisme
aristippéen et le culte de l’amitié épicurien, Annicéris occupe comme une
position intermédiaire. Et pour qu’un annicérien devienne épicurien, il
faudrait qu’il perde la conscience qu’il a de l’impossibilité d’un bonheur
total et définitif. Ce serait à mon avis dommage. Au fond j’espère que Pierre
Larousse s’est trompé.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Hégésias ou le plaisir impossible.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/12/06/19-hegesias-ou-le-plaisir-impossible</link>
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    <pubDate>Tue, 06 Dec 2005 13:09:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cyrénaïques</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Après avoir présenté l’orthodoxie cyrénaïque (dont on ne sait trop si elle
remonte à Aristippe ou non), Diogène Laërce consacre quelques pages aux
« philosophes dits Hégésiaques », disciples donc d’Hégésias, disciple
lui-même d’Antipatros, à son tour disciple d’Aristippe. Mais de la vie
d’Hégésias, Laërce ne dit rien, de sa mort non plus : il le désigne
seulement sous le nom d’ « apologète du suicide », ce qui étonne vu le
goût de vivre du Maître. Il est vrai que la doctrine révise à la baisse
radicalement les prétentions de la philosophie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Le bonheur est chose absolument impossible, car le corps est accablé
de nombreuses souffrances, l’âme qui participe à ces souffrances du corps en
est aussi troublée, enfin la Fortune empêche la réalisation de bon nombre de
nos espoirs, si bien que pour ces raisons le bonheur n’a pas d’existence
réelle » (II, 94)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philosophie de malade découragé qui n’a pas eu encore la chance de tomber
sur un manuel de stoïcisme ! Plaisir en même temps de lire pour une fois
un texte qui avoue l’expérience ordinaire : les douleurs physiques ne sont
pas des douleurs du corps mais de la personne tout entière. De cette
reconnaissance de l’omniprésence de la souffrance découlent deux
possibilités ; l’une est le choix de la mort :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« La vie comme la mort peuvent être choisies autant l’une que
l’autre » (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette option semble avoir eu du succès si l’on en croit la note de
Marie-Odile Goulet-Cazé selon laquelle le maître de Cyrène, Ptolémée I, général
d’Alexandre, interdit tous les livres d’Hégésias vue l’épidémie de suicides que
son enseignement avait déchaîné ! L’autre possibilité est la fuite dans ce
qui vaut alors le mieux, les choses étant ce qu’elles sont, je veux dire,
l’absence de peine et de chagrin. L’état neutre devient en effet le meilleur
des états quand le plaisir est jugé difficile à atteindre. La conscience de la
fatalité de l’échec entraîne dans le même mouvement la dévalorisation des biens
ordinaires des Grecs et la réhabilitation de la condition des misérables. Si
l’homme en général ne peut pas jouir de grand-chose, l’homme de rien a tout
autant que le riche, le bien né, le célèbre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Pauvreté et richesse ne comptent pour rien dans le plaisir, car il
n’y a pas de différence dans la façon dont les riches et les pauvres éprouvent
du plaisir. L’esclavage, à égalité avec la liberté, est indifférent quand il
s’agit de mesurer le plaisir, de même la noblesse de naissance à égalité avec
la basse naissance et la bonne réputation avec la mauvaise. » (II, 94)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien d’étonnant non plus si cette entreprise de démystification générale
emporte avec elle le prix de l’amitié. Quand celle-ci est réduite à un moyen,
s’il s’avère que le moyen n’atteint aucun but, il est lucide de réduire sa
valeur à zéro :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« La reconnaissance, l’amitié, la bienfaisance n’étaient rien à leurs
yeux puisque nous ne les choisissons par pour elles-mêmes, mais à cause des
avantages qu’elles procurent et que, si ces avantages disparaissent, celles-ci
ne subsistent plus. » (II, 93)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hégésias a voulu ainsi dessiller les yeux de ses contemporains. Ce dont on
attend la satisfaction ne l’apporte pas. Mais il n’avait pas à leur proposer
une compensation, un substitut : il n’y a rien à mettre à la place du
médiocre ! A ce pessimisme moral s’ajoute un pessimisme
gnoséologique ; l’expérience du plaisir n’est pas une
connaissance :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ils supposaient que par nature rien n’est plaisant ni déplaisant.
C’est à cause du manque, de la nouveauté ou de la satiété que les uns éprouvent
du plaisir et les autres du déplaisir. » (II, 94)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand ils ne font pas jouir, les sens ne font pas pour autant connaître
le monde :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ils rejetaient aussi les sensations, parce qu’elles ne produisent pas
une connaissance exacte » (II, 95).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Là non plus pas de référence à quelque chose comme une raison, susceptible
de produire tout de même une conception vraie de la réalité. Sur ce fond
d’indifférentisme se détache paradoxalement la valeur que le sage accorde à
lui-même, comme si la dévaluation de l’altruisme impliquait logiquement la
valeur de l’égoïsme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Le sage fera tout en vue de soi-même, car il pense qu’aucun autre
n’est aussi estimable que lui. En effet, même s’il paraît recevoir les plus
grands avantages, ceux-ci ne se comparent pas à ce que lui-même apporte. »
(Ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Même si le sage n’apprend pas à sortir de la caverne ni à ouvrir les yeux
sur le Bien, son enseignement minimaliste a la fonction la plus haute : il
aide à vivre le moins mal possible. Les insensés, ceux pour qui « vivre
est avantageux », semblent être vus par lui d’assez haut, comme si leur
aveuglement les menait nécessairement à ne pas agir raisonnablement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Les fautes doivent être pardonnées, disaient-ils, car on ne les
commet pas volontairement, mais sous la contrainte de quelque passion. Ils
disaient qu’il ne faut pas éprouver de haine, mais bien plutôt convertir en
enseignant. » (II, 95)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dernière phrase pourrait être d’un quelconque stoïcien, mais ce
qu’apprend le philosophe hégésiaque, ce n’est pas la nécessité de l’ordre mais
l’inévitabilité du malheur. Etrange et paradoxal enseignement qui prétend
apporter au naïf en lui apprenant que vivre n’est pas avantageux ! Mais
Cioran bien plus tard ne verra-t-il pas dans la reconnaissance de la valeur du
suicide le plus sûr moyen de supporter la vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Dans ma jeunesse, j’ai vécu chaque jour avec cette idée, l’idée du
suicide. Plus tard aussi, et jusqu’ à maintenant, mais peut-être pas avec la
même intensité. Et si je suis encore en vie, c’est grâce à cette idée. Je n’ai
pu endurer la vie que grâce à elle, elle était mon soutien. « Tu es maître
de ta vie, tu peux te tuer quand tu veux », et toutes mes folies, et tous mes
excès, c’est ainsi que j’ai pu les supporter. Et peu à peu cette idée a
commencé a devenir quelque chose comme Dieu pour un chrétien, un appui ;
j’avais un point fixe dans la vie. » (&lt;strong&gt;Oeuvres complètes&lt;/strong&gt;
Quarto p. 1786)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Aristippe et le plaisir (2)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/12/05/20-aristippe-et-le-plaisir-2</link>
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    <pubDate>Mon, 05 Dec 2005 13:15:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cyrénaïques</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;L'homme recherche le plaisir et fuit la douleur, mais une telle conduite n'a
au fond rien de proprement humain; ce n'est pas un choix volontaire, c'est la
tendance de tous les vivants et l'enfant n'est en ce sens rien de moins que le
philosophe : il est &amp;quot;instinctivement attaché&amp;quot; au plaisir (II, 88). Reste à
savoir s'il faut suivre sa pente : Aristippe acquiesce, cette fin que
personne ne pose mais qui s'impose, c'est la bonne, la fin de la vie. Vivre en
homme, c'est donc suivre la direction animale. On est loin de Platon et du
Bien, saisissable seulement par l'oeil exercé de l'esprit. Le plaisir, ce n'est
que le plaisir du corps. Foin des plaisirs spirituels et des plaisirs en
repos ! Le plaisir aristippéen est physique et en mouvement. Ce que
l'homme recherche spontanément, ce n'est pas la fin des souffrances, c'est
l'expérience de la jouissance. En effet l’ataraxie épicurienne, cet état de
repos qui est celui de l'homme dont tous les désirs sont comblés, &amp;quot;est en
quelque sorte la condition d'un homme qui dort&amp;quot; (II, 89); ce n'est qu' un état
intermédiaire et neutre entre la douleur et le plaisir. Le bonheur n'est ainsi
rien de plus que le nom donné à une suite continue de mouvements lisses :
il n'est pas en lui-même une fin, il est seulement ce qu'on obtient quand les
plaisirs succèdent aux plaisirs. Qui veut être heureux n'a donc que saisir
l'occasion présente et savoir la transformer en plaisir particulier. Vivre dans
le présent, c'est s'ingénier à tirer de la satisfaction de tout ce qui
arrive :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Il envisageait toujours du bon côté les situations qui se
présentaient : il jouissait du plaisir que lui procuraient les biens
présents et il ne se donnait pas la peine de poursuivre la jouissance de ceux
qu'il n'avait pas.&amp;quot; (II, 66).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est un peu étonnant, c'est que la doctrine cyrénaïque inclut dans le
bonheur les plaisirs à venir mais à vrai dire il doit s'agir de l'imagination
des plaisirs futurs (cependant le corps peut-il donc imaginer ?). Une telle
anticipation restera d'ailleurs bien vague, car vu qu' Aristippe &amp;quot;était capable
de s'adapter au lieu, au moment et à la personne, et de jouer son rôle
convenablement en toute circonstance&amp;quot; (ibid.), déterminer d'avance l'objet dont
il allait jouir était impossible. Le philosophe aristippéen est juste satisfait
de savoir que, quoi qu'il arrive, il en jouira. Il n'en reste pas moins que le
noyau dur de son bonheur, c'est l'expérience présente du plaisir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Ils nient que le plaisir, s'il est fonction du souvenir ou de l'attente des
choses bonnes, parvienne à son achèvement &amp;quot; (II,89)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai toujours trouvé psychologiquement irréaliste l'idée épicurienne selon
laquelle une douleur physique présente, même très intense, peut être annulée
par les souvenirs des plaisirs passés. Elle ne pourrait pas plus être éclipsée
par l'imagination des plaisirs à venir. Aristippe me paraît sur ce point plus
en accord avec l'expérience quand il assure que &amp;quot;le mouvement de l'âme s'épuise
avec le temps&amp;quot; (ibid.). Ce que je comprends ainsi : le désir de revivre
l'expérience passée comme celui de vivre d'avance l’expérience future bute sur
la distance incompressible qui sépare le présent de ce qui a eu lieu et de ce
qui aura lieu. Faire ainsi du plaisir la Fin peut certes entraîner la faute,
mais la valeur étant le plaisir, la mauvaise conduite n’a rien de mauvais si
elle est un bon moyen de jouir:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Le plaisir est un bien, même s'il procède de la conduite la plus honteuse,
comme le dit Hippobote dans son ouvrage Sur les écoles philosophiques. Car même
si l'action doit être déplacée, il n'en resterait pas moins que le plaisir
devrait être choisi pour lui-même et serait un bien.&amp;quot; (II, 88)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Epicure argumentera contre cet hédonisme amoral, assurant en gros que
l'irrespect du bien est intrinsèquement source d'inquiétude et donc
incompatible avec la tranquillité de l'âme. Le philosophe épicurien rejettera
donc les occasions qui lui donneraient du plaisir au risque de l'immoralité et
cela par amour du plaisir bien entendu. D'ailleurs Aristippe, malgré lui, ne le
rejoint-il en soutenant que pour autant tout plaisir n'est pas bon à prendre.
Annonçant ce qu'Epicure mettra aussi en évidence, il reconnaît que &amp;quot;les causes
pénibles qui produisent certains plaisirs sont souvent contraires au plaisir,
si bien que l'accumulation des plaisirs, ne produisant pas dans ce cas de
bonheur, leur semblait fort désagréable&amp;quot; (II, 90). Cette volonté d'éliminer le
plus possible le déplaisir mène, semble-t-il, Aristippe à rejoindre, malgré une
amoralité de principe, la prudence épicurienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Ils disent que la sagesse pratique est un bien, qui cependant ne doit pas
être choisi pour soi, mais pour ses conséquences&amp;quot; (II, 91)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans le même esprit qu'il fait l'éloge de l’amitié :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; L'ami est un bien à cause des avantages qu'il nous procure&amp;quot; (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Epicure, les avantages de l'amitié seront doubles : on a plaisir à
s'entretenir avec l'ami et, le cas échéant, on peut compter sur son aide. Il
semble qu'Aristippe ait envisagé aussi que l'ami puisse donner des plaisirs
physiques, ou, autrement dit du point de vue aristippéen, des
plaisirs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Une partie de son corps aussi on l'aime, tout le temps dont on en dispose&amp;quot;
(ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet accent mis sur la valeur momentanée du corps de l'ami est d'importance;
il marque la volonté de jouir du présent et de se délivrer du regret :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Le sage ne cèdera ni à l'envie (&lt;em&gt;qui envie ne goûte pas ce qu'il a sous
la&lt;/em&gt; main), ni à la passion amoureuse (&lt;em&gt;qui aime passionnément identifie
déjà l'instant présent au temps passé qu'il remémorera nostalgiquement&lt;/em&gt;),
ni à la superstition (&lt;em&gt;le superstitieux passe de la crainte à l'espérance et
ne voit dans ce qui arrive que des indices de ce qui peut arriv&lt;/em&gt;er), tous
sentiments issus en effet d'une opinion sans fondement&amp;quot; (II, 91)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que &amp;quot;le sage ne vit pas une vie totalement agréable&amp;quot; (ibid.) Aucune
philosophie ne peut délivrer complètement de la douleur et de la peine.Entre
les plaisirs en mouvement se logent forcément ou des états intermédiaires ou de
la souffrance. Plus modeste dans ses prétentions qu’Epicure, Aristippe ne pense
pas que le sage est comme un dieu parmi les hommes:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Le sage éprouvera du chagrin et de la crainte, car ses sentiments sont
naturels&amp;quot; (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme si le mieux que peut faire la philosophie, ce serait de supprimer ce
trop-plein de douleur qui naît des représentations fausses des choses sans
pouvoir pour autant éliminer la part de douleur liée essentiellement à la
nature humaine.Inversement, on ne peut rater sa vie au point de ne jamais faire
l'expérience du plaisir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;L'homme mauvais (ne vit pas) une vie pénible totalement, mais pour la plus
grande part.&amp;quot; (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre le sage et l'insensé, il n'y a donc qu'une différence de degré :
le premier a beaucoup plus que le second de ce que tous deux, en tant que
vivants, recherchent. Quant à ce qui cause le plaisir, il ne semble pas avoir
voulu l’élucider :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Les affections sont compréhensibles; ils voulaient dire les affections et
non leur cause.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui, je crois, veut dire que le plaisir subjectivement ressenti ne vient
pas du plaisant objectivement constatable et que la peine, si elle est réelle,
n'implique pas pour autant l'existence du réellement pénible :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Ils affirment qu'une personne peut ressentir davantage qu'une autre le
chagrin et que les sensations ne disent pas toujours vrai.&amp;quot; (II, 93).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure, il me semble trouver dans cette doctrine aristipéenne, telle
que Diogène la rapporte, une hésitation entre un hédonisme de l'instant (&amp;quot;il
suffit de goûter un par un les plaisirs qui se présentent&amp;quot;) et un hédonisme de
la durée qui mobilise et la mémoire et l'imagination. Dans l'un, la vertu ne
paraît pas avoir de place alors que dans l'autre elle est une condition sine
qua non du bonheur au point de paraître même par endroits une fin en soi
(&amp;quot;L'homme vertueux (...) n'accomplira rien de déplacé lorsqu'il est sous la
menace du châtiment ou de l'opinion&amp;quot;). Aristippe paraît ainsi avoir hésité
entre satisfaire immédiatement son désir et le différer. Il se peut que le
remettre à plus tard n'ait été qu'une manière de prendre plaisir à être maître
de soi...&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Aristippe et le plaisir (1)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/11/30/22-aristippe-et-le-plaisir-1</link>
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    <pubDate>Wed, 30 Nov 2005 22:15:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cyrénaïques</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Après avoir présenté la vie d’Aristippe, Diogène s’attache à reconstituer la
doctrine qu’il attribue à lui et à ses disciples, désignés du nom de
Cyrénaïques à cause de la ville d’origine de leur maître. A dire vrai, les
érudits se disputent pour savoir s’il est justifié d’attribuer la doctrine en
question au premier Aristippe qu’on appellera l’Ancien ou à son petit-fils,
Aristippe le Métrodidacte, qui tire son surnom d’avoir reçu de sa mère Arétè
son éducation philosophique. De la dite Arétè, on ne sait quasi rien sinon que
son père l’a éduquée « selon les meilleurs principes, l’entraînant à
mépriser le superflu » (II, 72). Je m’étonne certes de cette formation qui
me paraît plus cynique ou stoïcienne ou épicurienne que conforme aux
préférences manifestes du père. Mais peut-être découvrirai-je dans l’examen
détaillé de la doctrine de quoi justifier cette pédagogie. Rien d’étonnant si,
reconstituant donc la philosophie cyrénaïque, Diogène oppose la souffrance au
plaisir. Je ne suis pas surpris non plus de l’identification du plaisir à un
mouvement. Epicure me l’avait déjà appris. J’imagine que la référence au
mouvement rend l’idée que le plaisir en question est un processus et une
évolution. Visiblement Aristippe ne pense pas que le plaisir puisse être un
état stable, contrairement à Epicure qui donnera la primauté sur le plaisir en
mouvement au plaisir en repos, ce dernier étant à ses yeux la fin indiscutable
de la vie philosophique. M’amuse un peu l’ étrange qualification du mouvement
en question: il est lisse tandis que la souffrance est un mouvement rugueux;
c’est donc du tact et du contact qu’est tiré le vocabulaire apte à qualifier le
plaisir. L’expérience de la surface rude, presque blessante pour la peau
sensible, vaut donc pour toutes les douleurs ; quant aux plaisirs, ils
sont eux à l’image de la douce caresse qui cerne et explore un objet poli au
point qu’on se demande si bel et bien on le touche ou si le bout des doigts le
rêve... Si les plaisirs sont tous des mouvements lisses, c’est logique de
soutenir qu’ « un plaisir ne diffère pas d’un plaisir » (II, 87).
Pourtant le cyrénaïque prend ainsi position contre Socrate dans la discussion
qui l’oppose à Protarque au début du Philèbe, dialogue consacré justement par
Platon au plaisir. En effet dès les premières pages de ce texte, Socrate
qualifie le plaisir de « bigarrure » (12 c, trad. Léon Robin) car le
même mot cache en réalité des satisfactions très dissemblables:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Nous parlons des plaisirs de l’homme incontinent, mais aussi des
plaisirs que trouve, et précisément à pratiquer une sage modération, celui qui
est sagement modéré ; des plaisirs de l’homme qui déraisonne et qui est
plein d’idées et d’espoirs déraisonnables, tandis que, inversement, l’homme
raisonnable trouve son plaisir précisément à être raisonnable ; comment ne
ferait-on pas figure d’insensé si l’on disait semblables entre eux, un à un,
ces plaisirs-là ? » (12 d)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate aura beau mettre en évidence que le mot couleur désigne autant le
blanc que le noir et que « figure » dénote des formes d’une diversité
infinie, Protarque n’en démordra pas : il voudra bien distinguer les
plaisirs bons des plaisirs mauvais mais soutiendra que les uns et les autres
sont identiques « pour autant que ce sont des plaisirs » (13 c). Je
crois comprendre que même si on peut justifier le plaisir par des bonnes ou par
des mauvaises raisons, l’expérience qu’en fait celui qui le ressent est
toujours celle d’un ... mouvement lisse. Plaisanterie mise à part : il y a
une identité qualitative des plaisirs. Il ne serait donc pas sensé de parler de
plaisirs différents . Tout ce qui donne du plaisir donne le même plaisir.
Ajoutons qu'il n'y a pas non plus de degrés dans le plaisir (pas de degrés
différents d'un même plaisir, pas de degrés identiques d'un plaisir différent).
C’est ainsi du moins que je comprends la thèse qui suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Quelque chose n’est pas davantage source de plaisir qu’autre
chose » (II, 87)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cyrénaïque ne veut bien sûr pas dire que tout peut donner identiquement
du plaisir mais que tout ce qui donne du plaisir donne le même plaisir en
quantité. Interdits ou légitimes, les plaisirs affectent pareillement.
Conséquence parmi d'autres: Aristippe n’est pas de ceux qui font l’éloge du
plaisir de la transgression !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Aristippe, Platon et Pénélope.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/11/29/23-aristippe-platon-et-penelope</link>
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    <pubDate>Tue, 29 Nov 2005 22:18:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cyrénaïques</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Pénélope, fidèle épouse d’Ulysse absent, est assiégée par les prétendants
qui la pressent de choisir parmi eux un mari. Elle leur promet de prendre sa
décision quand la toile qu’elle tisse chaque jour sera terminée. Mais en
secret, la nuit, elle défait le travail de la journée. A défaut d’avoir la
maîtresse, les rivaux prennent les servantes, dont Mélantho, qui le paiera de
sa vie au retour d’Ulysse. Aristippe fait un usage allégorique de cet épisode
de l’&lt;strong&gt;Odyssée&lt;/strong&gt; et transforme Pénélope en figure de la
philosophie, les esclaves devenant les sciences propédeutiques, telles
l’astronomie et la géométrie (II, 79). La morale de l’allégorie que la
philosophie est la reine des sciences. Ceux qui étudient n’importe quel autre
savoir ne possèdent que le secondaire. Curieusement Platon dans le
&lt;strong&gt;Phédon&lt;/strong&gt; dissocie, lui, radicalement la philosophie de l'épouse
d'Ulysse. À la différence du philosophe qui est seulement soucieux de défaire
ce qui attache son esprit à son corps, Pénélope par son activité
autodestructice symbolise à la perfection celui qui ne philosophe qu' à moitié
et qui ,encore attaché aux plaisirs sensibles, ruine par exemple la nuit les
efforts qu'il fait le jour ! Ainsi j'imagine que &amp;quot;faire sa Pénélope&amp;quot;
pourrait signifier &amp;quot;ne pas savoir ce que l'on veut&amp;quot; ou &amp;quot;dire blanc et noir&amp;quot; ou
&amp;quot;ne pas savoir à quel saint se vouer&amp;quot; etc. Mais j'accepterais aussi bien que
cette nouvelle expression veuille dire tout autant &amp;quot;prendre les gens pour des
imbéciles&amp;quot; ou &amp;quot;faire prendre des vessies pour des lanternes&amp;quot;... Bien que se
référant diversement à Pénélope, Aristippe et Platon ont tout de même en commun
d'identifier Pénélope à la tisseuse obstinément fidèle. Or j'apprends dans le
&lt;strong&gt;Dictionary of Greek and Roman Biography aund Mythology&lt;/strong&gt; (1870)
de William Smith que sur Pénélope court une légende noire. Loin de tisser
chastement, elle aurait fauté soit avec Hermès soit avec tous les prétendants
(oui, j'ai bien écrit avec tous les prétendants) et de ces unions adultères
serait né Pan. Répudiée par Ulysse à son retour, elle serait partie à Sparte.
Une autre variante ne remet pas en question sa longue patience mais m'apprend
qu'après le retour du tant attendu, elle aurait épousé Télégone, fils de Circé
et d'Ulysse: ce demi-frère de Télémaque aurait joué à moitié à Oedipe en tuant
son géniteur mais en couchant avec sa belle-mère. Cependant, à la différence de
Jocaste, Pénélope savait ce qu'elle faisait... Se mettre avec le meurtrier de
son mari, c'est peut-être là aussi une manière de défaire ce qu'on a fait,
non ?&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Aristippe ou faut-il boire du vin quand on est philosophe ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/11/28/24-aristippe-ou-faut-il-boire-du-vin-quand-on-est-philosophe</link>
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    <pubDate>Mon, 28 Nov 2005 22:22:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cyrénaïques</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Aristippe a écrit un dialogue adressé &lt;strong&gt;A ceux qui lui reprochent
d’avoir vin vieux et courtisanes&lt;/strong&gt;. Ce texte, comme les vingt-quatre
autres dialogues, est perdu mais j’imagine qu’il y faisait l’éloge de
l’ivresse. On pourrait penser que la philosophie et le vin font mauvais ménage.
Il n’en est rien. Voyez Socrate dans le &lt;strong&gt;Banquet&lt;/strong&gt;: à peine
arrivé, Alcibiade demande qu’on verse à boire à son maître et dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« A l’égard de Socrate, ce n’est pas de ma part, bonnes gens, le
moindre traquenard ; car, autant on lui dirait d’en boire, autant il en
viderait, sans en être jamais plus ivre » (214 a, trad. de Léon Robin)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de la rencontre, au moment où les coqs se mettent à chanter, tous
les convives sont rentrés chez eux ou se sont endormis, sauf Agathon,
Aristophane et Socrate qui « seuls encore à veiller, (boivent) dans une
grande coupe qu’ils se passaient de gauche à droite » (223 e). Mais ces
trois compères ne sont pas à égalité : Socrate est le seul à parler, fort
sérieusement qui plus est, de poésie, comique et tragique, alors que les deux
autres dodelinent de la tête et ne comprennent plus grand chose à ce qu’ils
entendent. Ils vont bientôt s’endormir. Socrate s’en ira et les dernières
lignes du texte de Platon ne laissent aucun doute sur le fait qu’aucune
quantité de vin, aussi grande soit-elle, ne peut venir à bout de la maîtrise
qu’il a de lui-même :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Après s’être débarbouillé, il passa, comme n’importe quelle autre
fois, le reste de la journée, et, quand il l’eut ainsi passée, vers le soir il
alla se reposer. » (223 d)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’avoue avoir du mal à ne pas penser à cet épisode quand je lis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Comme quelqu’un s’enorgueillissait de beaucoup boire et de ne pas
être ivre, (Aristippe) dit : « Un mulet en fait autant ». » (II,
73, trad. Marie-Odile Goulet-Cazé).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a peut-être là contre la manière socratique d’être ivre la défense
d’une ivresse plus ordinaire. On peut comprendre de deux manières au moins une
telle accusation. D’abord Aristippe reprocherait au vantard de tirer gloire
d’une incapacité inhabituelle à perdre la raison. Transformant un destin en
choix, il mériterait alors largement la comparaison avec tel animal qui par
nature reste le même, qu’il boive de l’eau ou du vin. Mais on peut penser aussi
que cette sobriété exceptionnelle est l’effet d’un souci : celui de garder
contre vents et marées la tête claire. Le sobre ivrogne est donc bien différent
du mulet impassible : l’un ferait des efforts herculéens tandis que
l’autre exprimerait seulement sa nature de mulet. Mais alors Aristippe, en
comparant ce sage buveur à un animal, voudrait clairement mettre en évidence la
vanité de tels efforts, comme si la volonté humaine ne devait être tendue que
vers des fins spécifiquement humaines. Se donner tant de mal pour ne pas faire
le bien mais seulement bien imiter la bête, voilà ce qui n’est pas digne d’un
philosophe. Tel le plongeur dont les contorsions savantes n’aboutissent qu’a
reproduire les acrobaties innées du dauphin, le soulard socratique fait dire au
fond à Aristippe aux yeux dessillés : « Beaucoup de bruit pour
rien ! » Voici pourquoi je suppose donc qu’ Aristippe goûtait
momentanément les joies de la perte du contrôle de soi. Il semblerait cependant
que pour qui ne veut pas être possédé, il y a le risque alors d’être subjugué
par les plaisirs. J’imagine cependant que l’ivresse aristipienne est une
dépossession contrôlée de soi. Je pense alors à ces lignes de Sénèque à la fin
de la &lt;strong&gt;Tranquillité de l’âme&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il faut ménager notre esprit et lui accorder de temps à autre un
répit qui fera sur lui l’effet d’un aliment réparateur. Il faut également se
promener en pleine campagne, car le ciel libre et le grand air stimulent et
avivent l’âme ; quelquefois un déplacement, un voyage, un changement
d’horizon lui donneront une vigueur nouvelle, ou encore un bon repas avec un
peu plus de boisson que de coutume. On peut même pousser à l’occasion jusqu’à
l’ivresse, en lui demandant non pas l’abrutissement, mais le calme : car
elle dissipe les soucis, modifie totalement l’état de l’âme et guérit la
tristesse, comme elle guérit certaines maladies. L’inventeur du vin n’a pas été
appelé Liber parce qu’il délie la langue, mais bien parce qu’il délivre l’âme
des soucis qui l’asservissent, la relève, la tonifie, la dispose à toutes les
audaces. Mais le vin, comme la liberté, n’est salutaire que pris avec mesure.
On prétend que Solon et Arcésilas avaient un faible pour le vin. On a accusé
Caton d’être un ivrogne, mais on aurait plutôt fait de réhabiliter l’ivrognerie
que d’arriver à rabaisser un Caton ! Il reste qu’il ne faut pas boire trop
souvent, pour n’en pas prendre la mauvaise habitude. Il faut pourtant, par
moments, arracher l’âme à elle-même, la rendre exultante et libre, et écarter
quelque temps l’austère sobriété. » (trad. de René Waltz, revue par Paul
Veyne)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Epictète viendra mettre un peu d’ordre en disant à son disciple Arrien qui
le rapportera dans le Manuel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Quant aux choses qui ont rapport au corps, prends-les dans les
limites du simple besoin de celui-ci, tel que nourritures, boisson, vêtement,
maison, domesticité. » (33-7, trad. de Pierre Hadot)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que le banquet vu par Epictète ne ressemble guère à ceux
auxquels devait participer Aristippe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Evite les banquets des gens du dehors et qui ne sont pas philosophes.
Si une fois l’occasion d’un tel banquet se présente, tends toute ton attention
pour que tu ne tombes jamais dans les façons des non-philosophes. Sache en
effet que si un de tes compagnons est souillé, il est nécessaire que celui qui
le fréquente soit souillé, lui aussi, même s’il se trouve qu’il soit
pur. » (33-6)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Epictète avait eu toujours raison, Socrate ne serait pas sorti si pur du
banquet. Quant à Aristippe, il n’en avait rien à faire de la pureté : il
n’aurait pas vu au nom de quoi refuser le vin vieux si en boire l’assurait de
goûter un plaisir de plus.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2005/11/28/24-aristippe-ou-faut-il-boire-du-vin-quand-on-est-philosophe#comment-form</comments>
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  <item>
    <title>Aristippe ou comment vivre dans le présent avec une prostituée.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/11/22/25-aristippe-ou-comment-vivre-dans-le-present-avec-une-prostituee</link>
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    <pubDate>Tue, 22 Nov 2005 22:46:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cyrénaïques</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Bien que ne voulant pas être possédé par Laïs et recommandant aux jeunes
gens de ne pas oublier qu' une maison de passes est un endroit qu'on doit
savoir aussi quitter, Aristippe aurait pourtant &amp;quot;habit(é) avec une courtisane&amp;quot;
(II, 74, trad. de Marie-Odile Goulet-Cazé). Ce trait pourrait évoquer le Jardin
d'Epicure où la communauté regroupait autant des hommes libres que des
prostituées et des esclaves, unifiés par le partage de la vérité reçue du
maître (cf note du 06-05-05). Mais il n'en est rien. Quand Aristippe donne ses
raisons à qui lui reproche de vivre avec &amp;quot;une fille de joie&amp;quot; (pour reprendre la
traduction de Robert Genaille), il identifie la femme à une chose dont
l'utilité n'est pas d'autant moindre qu'elle est plus partagée:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Il dit: &amp;quot;Est-ce que par hasard il y aurait une différence entre prendre une
maison qui a déjà été habitée par beaucoup et une qui ne l'a été par personne
?&amp;quot; L'autre répondit que non (&lt;em&gt;à dire vrai, une telle réponse ne va pas de
soi&lt;/em&gt;). &amp;quot;Entre naviguer sur un bateau qui a déjà porté des milliers de
passagers et sur un qui n'en a porté aucun?&amp;quot; &amp;quot;Point de différence&amp;quot;
(&lt;em&gt;manifestement l'interlocuteur ne prend pas en compte l'usure&lt;/em&gt;). &amp;quot;Eh
bien, il n'y en a pas non plus entre coucher avec une femme qui a fréquenté
beaucoup d'hommes et une qui n'en a fréquenté aucun (&lt;em&gt;hic taceo&lt;/em&gt;)&amp;quot;
(ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La réponse du faiseur de reproches n'est pas donnée tant elle va de soi: la
virginité n'a rien de précieux. Prostituée, bateau et maison, c'est tout un. On
s'en sert quand on en a besoin et l'usager sans mémoire et sans imagination ne
juge que le service qu'il en tire présentement:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Il jouissait du plaisir que lui procuraient les biens présents et il ne se
donnait pas la peine de poursuivre la jouissance de ceux qu'il n'avait pas.&amp;quot;
(II, 66)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la différence de son maître, Aristippe n'a donc pas eu une indomptable
Xanthippe à la maison mais une docile femme publique, dont il jouissait en
privé comme si c' était son bien à lui.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Aristippe en cynique.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/11/21/27-aristippe-en-cynique</link>
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    <pubDate>Mon, 21 Nov 2005 22:53:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cyrénaïques</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Diogène le cynique semble avoir tenu en haute estime Aristippe, s'il est
vrai qu'il le &amp;quot;traitait de &amp;quot;chien royal&amp;quot; (II, 66). Ce qui est étonnant à
première vue quand on se rappelle de la détestation cynique du plaisir. Quoi de
moins cynique en effet que cet homme qui &amp;quot;jouissait du plaisir que lui
procuraient les biens présents et ne se donnait pas la peine de poursuivre la
jouissance de ceux qu'il n'avait pas&amp;quot; (II, 66) ? L'hédonisme en question
aurait dû être jugé comme indigne et en plus bien paresseux par les cyniques
adeptes des efforts herculéens. D'ailleurs Timon, bien que sceptique mais
railleur professionnel (cf notes des 1 et 2-05-05), fait sur lui ce qu'on
attendrait de tout cynique aux crocs acérés:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;(Il) le mordit à belles dents pour sa mollesse, disant en substance: Tel
est le sensuel Aristippe qui manie les mensonges. &amp;quot; (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais à dire vrai, en y regardant de plus près, plusieurs anecdotes le
concernant conviendraient bien pour caractériser tel ou tel cynique. Les
voici:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) &amp;quot; Un jour qu'il faisait une traversée en direction de Corinthe et qu'il
subissait les assauts de la tempête, il lui arriva d' éprouver de la frayeur. A
qui lui dit: &amp;quot;Nous les gens ordinaires, nous ne craignons pas, tandis que vous,
les philosophes, vous êtes morts de peur !&amp;quot;, il répondit: &amp;quot; En effet, ce n'est
pas pour une âme de même espèce que vous et nous éprouvons de l'inquiétude&amp;quot;
(II, 71).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La réplique est incontestablement habile. Assumant la peur, le philosophe la
justifie par la qualité de son âme. Aulu-Gelle dans les &lt;strong&gt;Nuits
attiques&lt;/strong&gt; traite l'épisode tout autrement:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; I. Réponse d'un philosophe à qui l'on demandait pourquoi il avait pâli
dans une tempête. Nous faisions voile de Cassiope à Brindes, sur la mer
ionienne, mer vaste, violente et orageuse. Dès la première nuit, le vent ne
cessa de souffler sur le flanc du navire, et l'emplit d'eau. On se lamentait,
on travaillait à la sentine ; enfin, le jour parut ; mais la tempête
et le danger ne diminuèrent point : loin de là, les coups de vent devenus
plus fréquents, un ciel noir, des masses de brouillard, des nuages effrayants,
que les matelots appellent trombes, menaçaient d'abîmer le navire. Il y avait
là un philosophe célèbre de l'école stoïcienne : je l'avais connu à
Athènes. Il jouissait d'une grande considération, et exerçait sur la jeunesse
une surveillance assez sévère. Dans notre danger, au milieu du tumulte du ciel
et de la mer, je le cherchais des yeux : j'étais curieux de connaître
l'état de son âme et de voir s'il demeurait ferme et inébranlable. Il était
calme et intrépide : pas de pleurs, pas le moindre gémissement, au milieu
de la désolation générale ; seulement sa physionomie n'était pas moins
altérée que celle des autres. Enfin, le ciel s'éclaira, la mer s'apaisa, et le
danger devint moins imminent. Je vis alors s'approcher du stoïcien un Grec de
l'Asie Mineure, opulent, entouré d'un nombreux cortège de richesses et
d'esclaves, et en quelque sorte accompagné de toutes tes jouissances de
l'esprit et du corps : « Qu'est-ce, ô philosophe ! lui dit-il
d'un ton moqueur; dans le danger commun vous avez craint et pâli ! moi, je
n'ai ni craint ni pâli. » Le philosophe hésita quelque temps, ne sachant
s'il convenait de lui répondre : « Si dans la violence de la tempête,
répliqua-t-il enfin, j 'ai paru un peu effrayé, vous n'êtes pas digne d'en
apprendre la cause ; mais un disciple d'Aristippe vous répondra pour moi.
Dans une circonstance semblable, un homme en tout semblable à vous vint lui
demander comment un philosophe pouvait avoir peur, quand il était, lui, sans
crainte : « C'est qui, lui dit-il, nous ne sommes pas l'un et l'autre
dans la même position : tu dois être peu inquiet de l'âme d'un méchant
vaurien ; tandis que moi, je crains pour une âme formée à l'école
d'Aristippe. » Par cette répartie, le stoïcien éconduisit le riche
Asiatique. Plus tard, comme nous étions sur le point d'arriver à Brindes, les
vents et la mer étant tout à fait apaisés, je lui demandai la raison qu'il
avait refusé de faire connaître à ce riche qui l'avait interpellé d'une manière
si inconvenante. Il me répondit avec calme et douceur : « Puisque
vous êtes curieux de l'apprendre, écoutez le sentiment de nos maîtres, les
fondateurs de la philosophie stoïcienne, sur ce trouble, effet passager, mais
invincible de la nature, ou plutôt lisez : c'est le moyen d'être plus
aisément convaincu et de se souvenir mieux. » Aussitôt il tira de son
petit bagage le cinquième livre des Dissertations du philosophe Épictète, mises
en ordre par Arrien, et conformes sans aucun doute à le doctrine de Zénon et de
Chrysippe.&amp;quot; (Dix-neuvième nuit, trad. du latin par MM. de Chaumont, Flambart et
Buisson ; Nouvelle édition, revue avec le plus grand soin, par M.
Charpentier,... et M. Blanchet,... 511 p. Garnier frères, &lt;a href=&quot;http://www.philalethe.net/post/2005/11/21/1920&quot; title=&quot;1920&quot;&gt;1920&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristippe et le stoïcien ont tout de même dans les deux versions une
certitude: on ne parle pas avec n'importe qui (entendons par n'importe qui
quiconque dit n'importe quoi). Reste que le stoïcien botte en touche et ne
donne pas au béotien la raison de son comportement. Aristippe, en revanche,
paraît bien communiquer ici le fond de sa pensée: que la vie est digne d'être
vécue le plus longtemps possible pour qui sait en jouir avec tant
d'intelligence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) &amp;quot;Contraint un jour par Denys de parler philosophie, il dit: &amp;quot; Il serait
risible que tu t'informes auprès de moi sur l' art de parler et que le moment
où il faut parler ce soit toi qui me l'enseignes&amp;quot; Vivement indigné par ce
propos, Denys le mit en bout de lit. Et lui de dire: &amp;quot;Tu as voulu donner plus
d'honneur à cette place.&amp;quot; (II, 73).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diogène face à Alexandre a certes des répliques plus fulgurantes mais
l'esprit est le même: le puissant est remis à sa place et la place honorable
n'est pas la place qu'il occupe mais celle où se trouve le philosophe. La
valeur d'un siège ne précède pas celui qui s'y assied, elle lui est donnée par
son identité. Certes Aristippe semble malgré cela passer beaucoup de temps à
faire la cour à Denys mais dans ses attitudes les plus humiliantes il sait
trouver le moyen de garder le dessus et de rabaisser celui qui serait tenté de
le regarder de haut:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Un jour qu'il demandait à Denys une faveur pour un ami et qu'il ne
l'obtenait point, il tomba aux pieds du tyran. A qui le raillait pour son
attitude, il dit: &amp;quot; Ce n'est pas ma faute, mais celle de Denys qui a les
oreilles dans les pieds.&amp;quot; (II, 79)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Comme Denys lui avait craché à la figure, il supporta l'insulte; mais
quelqu'un lui ayant reproché son attitude, il dit: &amp;quot; Et alors ? Les
pêcheurs supportent bien d' être arrosés par l'eau de mer pour attraper un
goujon, et moi, je ne supporterais pas d'avoir été arrosé par un crachat pour
prendre une baveuse ?&amp;quot; (II, 67)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Larousse, comme bien souvent, vient à mon secours: en 1867, dans le
deuxième volume de son &lt;strong&gt;Grand dictionnaire universel du 19ème
siècle&lt;/strong&gt;, il écrit: &amp;quot; du grec blenna, mucus à cause des mucosités dont
le corps de ces poissons est couvert. Ichthyol. Genre de poissons
acanthoptérigiens, dont le corps est couvert de mucosités, et qui comprennent
(&lt;em&gt;sic&lt;/em&gt;) plus de trente espèces, dont quelques-unes, qui vivent sur nos
côtes, sont connues sous le nom vulgaire et expressif de baveuses: La chair des
baveuses est blanche et tendre (Valenciennes)&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Denys le jeune et le fils d'Aristippe ont donc un point commun: aux yeux du
philosophe ils ne sont que pituite ! Quel meilleur moyen d'enlever au
crachat toute intentionnalité et donc à l'acte de cracher son caractère
injurieux ! En plus, Marie-Odile Goulet Cazé m'apprend que blennos,
désignant &amp;quot;celui qui bave&amp;quot;, par extension se réfère à celui est stupide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) &amp;quot;Comme quelqu'un s'enorgueillissait de savoir plonger, il dit: &amp;quot;N'as-tu
pas honte de te vanter de ce que peut faire un dauphin ?&amp;quot; (II, 73)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour dénoncer les fiertés mal placées, quoi de mieux que de réduire le
prétentieux à un animal ? L'argument est sans doute assez faible car on
doit bien pouvoir inventer des plongeons jamais faits par aucun animal et
surtout l'homme apprend à plonger. Le sportif aurait pu aussi rétorquer qu'en
entraînant son corps à la souplesse il apprenait la fermeté à son âme. Mais
c'est la règle du jeu: souvent les philosophes ne sont forts que parce que leur
interlocuteur manque de ressources. Socrate, déjà, recevait ainsi des
approbations béates et trop vite accordées. Finalement l'expression &amp;quot;chien
royal&amp;quot; convient bien à Aristippe. Menant grand train de vie, il sait pourtant
aboyer et donner de la voix contre celui dont il est le parasite. A coup sûr,
cet Aristippe n'est pas un bon chien reconnaissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 novembre 20&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Aristippe ou le sage à l'épreuve de la nudité.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/11/21/26-aristippe-ou-le-sage-a-l-epreuve-de-la-nudite</link>
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    <pubDate>Mon, 21 Nov 2005 22:49:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cyrénaïques</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;“Un jour qu’on lui demandait en quoi le sage diffère du non sage, il
dit : « Envoie-les tous deux nus vers des gens qui ne les connaissent
pas et tu sauras la différence. » (II, 73)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier abord, c’est énigmatique : le sage se reconnaît donc ni à
ses paroles, ni à ses actes, encore moins à ses vêtements, mais à sa manière de
se tenir nu devant des inconnus. Car j’écarte d’emblée que la sagesse puisse
être identifiée par le corps lui-même : Aristippe ne cultive pas son
corps, en cela représentant peut-être déjà le dédain cynique pour le
culturisme. J’imagine donc que le sage ne ressentira aucune honte à se trouver
dépourvu de tous ses accessoires sociaux, vu qu’il porte avec lui ce qui fait
sa valeur. On disait d’Aristippe qu’il pouvait porter aussi bien des hardes
qu’une parure luxueuse, finalement porter des riens et ne rien porter, n’est-ce
pas la même chose ? Donc Aristippe se reconnaît tout de même à ses paroles
et à ses actes car, qu’il soit nu comme un vers ou habillé en grande pompe, il
doit dire et faire la même chose. La belle Laïs, elle, devait avoir honte de
vieillir. Loin de supporter d’être vue nue par des inconnus, elle avait préféré
se défaire de son miroir en le donnant à Aphrodite, jamais déçue, elle, par le
reflet. Aristippe a dû lui faire la leçon dans un de ses dialogues
malheureusement perdus, intitulé A Laïs, à propos du miroir.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Aristippe: un faux viveur.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/11/20/28-aristippe-un-faux-viveur</link>
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    <pubDate>Sun, 20 Nov 2005 22:57:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cyrénaïques</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Aristippe aime les plaisirs sensuels et n'hésite pas d'ailleurs à payer cher
pour se les procurer car il considère que l'argent est fait pour être
dépensé:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Un jour, dit-on, il donna l'ordre d'acheter une perdrix pour cinquante
drachmes; quelqu'un lui ayant fait un reproche, il dit: &amp;quot;Mais toi, pour une
obole, ne l'aurais-tu pas achetée ?&amp;quot; Comme l'autre acquiesçait, Aristippe dit:
&amp;quot;Eh bien pour moi cinquante drachmes valent une obole&amp;quot; (II, 66)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet Aristippe n'est pas cupide:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; A qui lui reprochait sa table coûteuse, il dit: &amp;quot;Toi, pour trois oboles,
n'aurais-tu pas acheté tout cela ?&amp;quot; Comme l'autre répondit que si, il dit: &amp;quot;Ce
n'est donc pas que moi j'aime le plaisir, mais c'est que toi, tu aimes
l'argent.&amp;quot; (II, 75)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien sûr il tient tout de même à l'argent:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Un jour qu'il était en mer, quand il comprit que le navire qui approchait
était un navire pirate, il prit son or et le compta, puis, comme sans faire
exprès, il le jeta par-dessus bord à la mer et aussitôt se mit à pousser des
gémissements. Selon d'autres, il ajouta qu'il valait mieux voir disparaître cet
argent du fait d'Aristippe qu'Aristippe du fait de cet argent.&amp;quot; (II, 77)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement l'argent ne vaut pas qu'on lui donne sa vie mais même qu'on
souffre pour lui, y compris s'il s'agit de la souffrance d' un domestique:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Alors que son serviteur, au cours d'un voyage, portait de l'argent et était
accablé sous le faix, comme le dit Bion dans ses diatribes, Aristippe lui cria:
&amp;quot;Laisse tomber le surplus et ne porte que ce que tu peux porter&amp;quot; (II, 77)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi il ne faut pas être esclave de l'argent, pas plus que de ses plaisirs.
Aristippe n'est pas emporté par le désir de jouir. Il goûte et déguste le
plaisir mais montre qu'il en est maître et sait se retenir:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; C'est de maîtriser les plaisirs et de ne pas être subjugué par eux qui est
le comble de la vertu, non point de s'en abstenir.&amp;quot; (II, 75)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vue par Aristippe, l'abstinence est le choix du faible; qui ne peut se
modérer s'interdit le plaisir. Le plaisir sensuel n'est pas mauvais en soi mais
y goûter, sans pour autant s'y livrer, exige beaucoup de volonté. Aristippe en
fait souvent la démonstration à propos des prostituées qu'il fréquente certes
mais dont il ne dépend pas du tout. Il le dit haut et clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Je possède Laïs mais je ne suis pas possédé par elle&amp;quot; (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en conclus qu' Aristippe ne lui était donc pas attaché et qu' en toute
logique Marie-Odile Goulet-Cazé n'aurait peut-être pas dû préciser dans une
note que &amp;quot;Laïs était une courtisane de Corinthe qui fut aimée à la fois
d'Aristippe et de Diogène&amp;quot; ! Ce détachement, Aristippe ne se contente pas
de le dire, il le montre:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Au moment où il entrait, un jour, dans la maison d'une courtisane, comme un
des jeunes gens qui l'accompagnaient s'était mis à rougir, Aristippe dit: &amp;quot;Ce
qui est mal, ce n'est pas d'entrer, mais c'est de ne pas pouvoir sortir&amp;quot; (II,
69)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'art d'enseigner la vertu au moment même où l'élève, en socratique
conventionnel, croit que le maître se livre au vice. Mais, dans le même genre,
Aristippe a fait encore plus fort:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Un jour que Denys lui avait demandé de choisir une courtisane parmi trois
qui étaient là, il les emmena les trois en disant: &amp;quot;Ce ne fut pas un avantage
pour Pâris d'en préférer une seule&amp;quot;. A vrai dire, il les emmena, dit-on,
jusqu'au vestibule et les laissa partir, tant il était fort et pour prendre et
pour dédaigner.&amp;quot; (II, 67)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristippe a eu bien raison de ne pas imiter Pâris. Ce prince troyen est le
fauteur de troubles par excellence, d'abord pour avoir entre les trois déesses
préféré Aphrodite puis ensuite pour avoir volé Hélène à Ménélas. Mais ce refus
de choisir est une leçon de morale, ce n'est pas la manifestation d'une
concupiscence embarrassée. Aristippe est finalement le contraire du renard de
La Fontaine ou de l'homme du ressentiment: il ne transforme pas sa lâcheté en
moralité. Capable de prendre, il préfère laisser, tant il est lucide sur les
conséquences de la prise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;C'est pourquoi un jour Straton, selon d'autres Platon, lui dit: &amp;quot;Il n' y a
que toi qui puisses porter aussi bien une chlanide (&lt;em&gt;&amp;quot;c'était un manteau
élégant de fine laine&amp;quot; dixit M-O Goulet-Cazé&lt;/em&gt;) que des haillons.&amp;quot; (II,
67)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des situations où le meilleur est de porter des hardes et d'autres où
les beaux habits contribuent au bien-être. Aristippe n'a pas d'uniforme, il n'a
pas non plus d'uniformité apparente dans son comportement. Mais la raison
secrète de ses variations est peut-être contenue dans cette ultime anecdote qui
sous les yeux du tyran Denys l'oppose à Platon:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Un jour pendant un banquet, Denys ordonna à chacun de mettre un vêtement
de pourpre et de danser. Platon déclina l'invitation en disant: &amp;quot;Pas question
pour moi de porter une robe de femme.&amp;quot; Aristippe en revanche prit le vêtement
et, sur le point de danser, fit cette habile répartie: &amp;quot;Car aux fêtes de
Bacchus, celle qui est sage ne saurait être corrompue.&amp;quot; (II, 78)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les deux philosophes se valent dans leur connaissance des
&lt;strong&gt;Bacchantes&lt;/strong&gt; d'Euripide dont ils citent ici chacun un vers,
Platon apparaît pourtant bien fragile comme si pour être un moine il fallait en
porter l'habit. Aristippe, lui, est certain à tort ou à raison que ce qu'il
fait ne fait courir aucun risque à ce qu'il est, comme s'il suffisait d'avoir
en soi la juste mesure pour remettre à leur juste place les actes déplacés
auxquels il peut arriver de se livrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;ins&gt;Appendice&lt;/ins&gt;: on mesurera mieux à quel point Aristippe, par son côté
&amp;quot;bon vivant&amp;quot;, rompt avec l'enseignement de son maître en écoutant Socrate
donner peu de temps avant de mourir sa conception de la vie philosophique:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Socrate: Penses-tu que ce soit évidemment le propre d'un philosophe de se
préoccuper de ce qu'on appelle des plaisirs, dans le genre de ceux-ci, par
exemple ceux du manger et du boire ? Simmias: Point du tout,
Socrate ! Socrate: Et ceux de l'amour ? Simmias: En aucune
façon ! Socrate: Et ce qui par ailleurs, consiste en soins qui se
rapportent au corps ? Ton opinion est-elle qu'au jugement d'un pareil
homme ils aient quelque valeur ? Par exemple, la possession d'un vêtement,
d'une chaussure qui sortent de l'ordinaire, et avec cela, tout autre
embellissement qui se rapporte au corps, en fait-il cas à ton avis ? ou
bien ton avis est-il que, pour autant qu'il n'y a pas nécessité absolue qu'il
en prenne sa part, il n'en fait point cas ? Simmias: Mon avis à moi est
qu'il n'en fait point cas, au moins s'il est authentiquement philosophe.
Socrate: D' une façon générale donc, reprit Socrate, ton avis est que les
préoccupations d'un pareil homme n'ont pas le corps pour objet, mais que, au
contraire, elles s'en écartent pour autant qu'ils le peut, et qu'elles se
tournent vers l'âme ?&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous devinez ce que répond le docile Simmias. Ces lignes sont extraites du
&lt;strong&gt;Phédon&lt;/strong&gt; (64 d-e) de Platon et ont été traduites par Léon
Robin.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Aristippe ou pourquoi se faire payer.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/11/19/29-aristippe-ou-pourquoi-se-faire-payer</link>
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    <pubDate>Sat, 19 Nov 2005 22:59:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cyrénaïques</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Il est beaucoup question d'argent dans le récit consacré par Diogène Laërce
à Aristippe, socratique dissident. D'abord, &amp;quot;il fut le premier des Socratiques,
à ce que dit Phainias, le Péripatéticien d' Érèse, à exiger un salaire&amp;quot; (II,
65). De cet argent, il en envoie une partie à son maître. Est-ce pour le
remercier ainsi de ses leçons ? En tout cas, il n'y a rien d'étonnant à ce
que Socrate désavoue cette pratique, de manière certes assez indirecte:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Un jour qu'il lui avait envoyé vingt mines, il se les vit retourner,
Socrate ayant déclaré que son démon ne lui permettait pas d'accepter, car il
n'aimait pas cette façon de faire.&amp;quot; (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas moyen selon la traductrice Odile Goulet-Cazé de savoir si le
sujet auquel renvoie le &amp;quot;il&amp;quot; est Socrate ou son démon. Dans le premier cas, c'
est Diogène qui parle et qui démystifie le démon en question en le réduisant à
un prête-nom; dans le deuxième cas, Socrate subordonne son action aux interdits
que lui formule son démon, ce qui serait plus conforme au portrait de Socrate
fait par Platon, tel par exemple qu'on le trouve dans l' &lt;strong&gt;Apologie de
Socrate&lt;/strong&gt;:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Il m'arrive je ne sais quoi de divin et de démonique (...). Les débuts en
remontent à mon enfance: c'est une voix qui se fait entendre de moi, et qui,
chaque fois que cela arrive, me détourne de ce qu'éventuellement je suis sur le
point de faire, mais qui jamais ne me pousse à l' action&amp;quot; ( 168 d, trad. Léon
Robin)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la situation qui m'intéresse ici, Socrate aurait été porté à accepté la
somme offerte par Aristippe mais il se serait vu opposer le désaveu de son
démon. On a ici une illustration parfaite de ce que Sartre désignera plus tard
sous le nom de &amp;quot;mauvaise foi&amp;quot;, c'est-à-dire la non-reconnaissance de sa propre
responsabilité dans les questions morales ! Mais Aristippe ne sera pas
détourné lui de cette pratique rémunératrice. Il la justifie même de deux
manières, même si elles sont radicalement contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Justification nº 1: &amp;quot;Il a dit que s'il recevait de l'argent de ses
disciples, ce n' était pas pour le dépenser lui-même, mais pour qu'eux sachent
à quoi il faut dépenser son argent.&amp;quot; (II, 72) La raison ne manque pas d'
habileté et annonce un des arguments des psychanalystes pour justifier le
caractère onéreux de la cure psychanalytique: si le patient doit payer, c'est
pour être entraîné par un tel sacrifice à progresser pendant le temps de la
cure et à ne pas faire de la relation avec son psychanalyste une fin en soi
mais seulement un moyen de se familiariser avec son inconscient. Dans le même
esprit, Aristippe pense faire oeuvre de pédagogue en demandant à être payé; en
fait il dénoncerait ainsi mais fort indirectement le fait de consacrer l'argent
à autre chose qu' à la recherche du vrai. Certes mais on verra que sa propre
vie suggère que l'argent doit être dépensé bel et bien à d'autres fins. Il y a
donc un hic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Justification nº 2: Aristippe renonce à toute autre raison que la banale
difficulté de finir le mois et en plus en profite pour fort antipathiquement
rabaisser brutalement le prestige de Socrate en ramenant à une plus juste
mesure son désintéressement:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; A qui l'accusait de recevoir, lui, disciple de Socrate, de l'argent (de
ses élèves), il répondit: &amp;quot; C'est vrai. Socrate, quand des gens lui envoyaient
à manger et à boire, en prenait un peu et renvoyait le reste. C'est qu'il avait
pour assurer son approvisionnement les premiers des Athéniens, alors que moi je
n'ai qu'Eutychidès, un esclave que j'ai acheté !&amp;quot; (II, 74)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En réalité, Aristippe ne s'est pas contenté de faire payer ses élèves, il a
aussi mis à contribution les riches et spécialement le tyran de Syracuse, Denys
le Jeune. Plusieurs passages laissent même à penser qu' il délaisse Socrate au
profit du tyran. Ce qu' il justifie ainsi:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Quand j'avais besoin de sagesse, j'allais chez Socrate; mais maintenant
que j'ai besoin d'argent, c'est chez toi que je viens&amp;quot; (II, 78)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou autre version, cette fois avec jeu de mots en prime:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; A qui l'avait accusé d'avoir quitté Socrate pour Denys, il dit: &amp;quot; Mais si
je suis allé chez Socrate, c'était pour m'instruire (paideias) alors que chez
Denys, c'était pour me divertir (paidias)&amp;quot; (II, 80)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut déduire de ces raisons trois conclusions: 1) la sagesse ne supprime
pas le besoin d'argent. 2) l'instruction n'est pas divertissante. 3) il faut de
l' argent pour se divertir. On mesure à quel point le disciple Aristippe prend
ainsi ses libertés par rapport à l'enseignement de son maître.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Aristippe et l'enfant comme déchet.</title>
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    <pubDate>Mon, 14 Nov 2005 23:03:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cyrénaïques</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;D' après Pierre Larousse, pour désigner un homme raffiné dans ses goûts,
délicat dans ses jouissances, on pourrait dire par antonomase un Aristippe et
de citer cette phrase si banale de Lamartine: &amp;quot; C'était un Aristippe&amp;quot;. Depuis
1866 le mot a disparu de la circulation mais son usage un temps me donne
l'espérance que cet autre Socratique sera facile à circonvenir. A vrai dire, il
n'en est rien. A la différence d' Harpagon dont l' avarice obsessionnelle
unifie les traits, Aristippe se révèle en fait plutôt complexe à saisir. Pour
commencer, de l'ensemble du récit que lui consacre Diogène Laërce, j' extrairai
cette anecdote:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Quelqu'un l' accusait de repousser avec mépris son fils, comme s'il
n'était pas de lui. A quoi il répondit: &amp;quot;La pituite (&lt;em&gt;pour parler clair, les
glaires et autres mucosités&lt;/em&gt; ) et les poux aussi nous savons qu'ils
naissent de nous (&lt;em&gt;il faudra attendre Pasteur pour en finir avec le mythe de
la génération spontanée du vivant&lt;/em&gt;), mais parce qu'ils sont inutiles, nous
les rejetons le plus loin possible&amp;quot;.&amp;quot; (II, 81)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Réduire un être humain à un pou, cela rappelle de tristes époques. On savait
certes les philosophes capables se détacher des usages mais de là à identifier
un fils à une secrétion répugnante, il y a un pas franchi à ma connaissance par
aucun autre de ces philosophes antiques. Les stoïciens certes se détacheront de
l'attachement aux personnes de leur famille et pour cela iront à comparer
l'amour paternel ou conjugal à l'intérêt porté à une chose. Qu'on en juge par
ce passage du &lt;strong&gt;Manuel&lt;/strong&gt; d'Epictète:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Pour chaque chose qui t'attire ou qui t'es utile ou que tu aimes,
souviens-toi d'ajouter pour toi-même ce qu'elle est, en commençant par les
choses les plus humbles. Si tu aimes une marmite, dis-toi: &amp;quot;J'aime une
marmite.&amp;quot; Car, si elle se casse, tu n'en seras pas troublé. Si tu embrasses ton
enfant ou ta femme, dis-toi: &amp;quot;J'embrasse un homme&amp;quot;. S'il meurt, tu ne seras pas
troublé.&amp;quot; (3, trad. de Pierre Hadot)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On mesure l'immense distance qui sépare cette attitude du dédain d'
Aristippe. En premier lieu, le fils n’est pas identifié à une marmite mais
l’objet commun est ce dont il faut savoir se détacher si l’on veut un jour
pouvoir supporter la disparition d’un être aimé ; ensuite la distance par
rapport au décès passe par l’affirmation de l’ humanité du parent et donc de sa
mortalité. C'est vrai que cette histoire de mucosité rappelle un petit passage
de Marc-Aurèle mais l’empereur stoïcien n' y visait alors qu’ à démythifier
l’acte sexuel en le décrivant sous le jour le plus neutre:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Représente-toi bien dans ton imagination (...) à propos de l'accouplement,
un frottement de ventre et l'éjaculation d'un liquide gluant accompagné d'un
spasme&amp;quot; ( &lt;strong&gt;Pensées&lt;/strong&gt; VI 13 trad. de E.Bréhier, revue par
J.Pépin)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J' ai l'impression en fait que cet Aristippe n'a pas bien compris Socrate.
En fait si l'on en croit Xénophon,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;L'homme, disait encore (Socrate) , n'a rien de plus cher que son corps; et
cependant, de son vivant même, il en retranche de sa main ou en fait retrancher
par un autre ce qui est inutile ou superflu. C'est ainsi que les hommes se
coupent les ongles, les cheveux, les callosités et qu'ils se mettent aux mains
des chirurgiens qui les taillent et les brûlent en leur faisant souffrir de
vives douleurs et ils croient encore leur devoir un salaire en échange; enfin
ils crachent leur salive le plus loin possible de leur bouche, parce qu'il ne
leur sert de rien de la garder et qu'elle leur est plutôt nuisible. Or il
parlait ainsi, non pour enseigner à enterrer son père vivant ou à se couper
soi-même en morceaux, mais pour montrer que ce qui est déraisonnable n'obtient
pas l'estime &amp;quot;(I, 2, 54, trad. de P. Chambry)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je ne me trompe pas, quand Socrate se réfère à l' élimination des déchets
de son propre corps, c'est en mettant en évidence qu' elle va avec le souci du
corps. Celui qui agit ainsi sait faire le départ entre ce qui compte et ce dont
il faut se débarrasser. Or, cette argumentation ne vise qu'à justifier l'idée
qu'aimer son père n'est pas incompatible avec se débarrasser de son corps, une
fois qu'il est mort:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Il disait même encore qu'après le départ de l'âme, en qui seule réside
l'intelligence, on se hâte d'emporter et de faire disparaître le corps de la
personne la plus chère.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristippe n'aurait pas été seulement un mauvais père, mais aussi un mauvais
socratique.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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