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  <title>Les philosophes antiques à notre secours - Démocrite</title>
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  <description></description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Thu, 24 Jul 2008 21:41:38 +0200</pubDate>
  <copyright></copyright>
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    <title>Démocrite: se conduire comme une bête est toujours une expression métaphorique.</title>
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    <pubDate>Sun, 17 Jun 2007 18:13:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Démocrite</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;La 39ème lettre de Diogène est destinée à préparer Monimos à la mort,
désignée sous le nom plaisant de &amp;quot;déménagement de ce monde&amp;quot;. L'argumentation
rappelle celle du &lt;strong&gt;Phédon&lt;/strong&gt; de Platon: il faut séparer l'âme du
corps car toutes les actions condamnables sont des effets de la domination du
corps sur l'âme:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Les âmes éprises du corps sont mauvaises et incapables de liberté, alors
que celles qui ne sont pas ainsi sont bonnes et altières (de fait, elles vivent
en régissant tout et en donnant des ordres impérieux), ce qui les fait opter
uniquement pour des actions justes, et sans la moindre difficulté; rien de tel
avec leurs contraires: pour elles, le corps contraint l'âme à jouir du plaisir
dans lequel elles baignent, à la manière d'un poisson ou de tout autre animal
né pour être commandé par sa partie inférieure (...) Pour ce qui est de
posséder, de manger, de boire et de faire l'amour plus que les autres, tous les
hommes sont mauvais et ressemblent aux animaux.&amp;quot; (&lt;strong&gt;Lettres de Diogène et
Cratès&lt;/strong&gt; Actes Sud 1998)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Démocrite interprète tout autrement la conduite condamnable; c'est Plutarque
qui dans &lt;strong&gt;De la passion et de la maladie&lt;/strong&gt; a transmis à ce sujet
un texte éclairant:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Si le corps intentait à l'âme un procès pour tous les malheurs et les
souffrances qu'il a subis au cours de la vie et si lui, Démocrite, avait à
rendre la sentence, il aurait plaisir à infliger à l'âme une condamnation.
C'est elle en effet qui a détruit le corps par ses négligences, qui l'a rendu
dissolu par ses ivresses, qui l'a corrompu et déchiré par les plaisirs, de même
que l'on rend responsable du mauvais état de l'outil ou de l'ustensile son
utilisateur imprudent.&amp;quot; (fgm. 2)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Rousseau analyse dans le &lt;strong&gt;Discours sur l'origine&lt;/strong&gt; ce
qui distingue l'homme de l'animal, il me paraît reprendre à son compte une
telle perspective:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; C'est ainsi que les hommes dissolus se livrent à des excès, qui leur
causent la fièvre et la mort; parce que l'esprit déprave les sens, et que la
volonté parle encore, quand la nature se tait.&amp;quot; (La Pléiade p.141)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conséquence de cette domination de l'esprit sur le corps, y compris dans
les activités les moins spirituelles, est que la santé est une affaire de
volonté:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Les hommes demandent aux dieux la santé dans leurs prières; mais ils ne
savent pas qu'ils possèdent en eux-mêmes le pouvoir de l'obtenir. Mais ils font
tout le contraire par manque de tempérance et livrent eux-mêmes par trahison
leur santé aux passions.&amp;quot; (Stobée &lt;strong&gt;Florilège&lt;/strong&gt; III 18 30).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je trouve une des racines de cette conception du corps et de l'âme
clairement explicitée dans le stoïcisme: les conduites humaines qui font des
plaisirs physiques le centre de la vie correspondent à une erreur de jugement
commise par le principe directeur, l'hegemonikon.&lt;br /&gt;
Démocrite, le stoïcisme, Rousseau: malgré des différences majeures (la volonté
est immatérielle chez Rousseau: pour parler en termes modernes et
anachroniques, on pourrait trouver l'explication des idées humaines et animales
dans le cerveau mais jamais on ne sera en mesure d' identifier les causes
cérébrales de la volonté, ce qui, du point de vue de nos connaissances du
cerveau, est bien évidemment devenu faux), il y a une reconnaissance de la
liberté de l'esprit qui fait qu'il n'y a pas à attendre la mort pour atteindre
l'émancipation spirituelle radicale.&lt;br /&gt;
Je crois reconnaître dans la description que Sartre a donnée de la liberté de
la conscience et de son projet une rémanence d'une telle inspiration. C'est
l'homme de mauvaise foi qui invoquerait ,avec l'autorité d' Alain par exemple,
la pression du corps dans la passion et le désir. Il me semble en effet qu'il y
a comme une métamorphose de l'héritage stoïcien dans la penséé sartrienne.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Démocrite aux prises avec les vœux insensés d’un puissant.</title>
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    <pubDate>Sat, 09 Jun 2007 15:33:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Démocrite</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Epictète explique qu’il faut juger les malheurs qui nous tombent dessus en
imaginant qu’ils concernent autrui. Cette expérience de pensée permet de se
représenter les événements fâcheux non comme des scandales aberrants mais comme
étant somme toute dans l’ordre des choses:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Par exemple l’esclave d’un autre casse une coupe, tout de suite on
dit tout naturellement : « C’est le genre de choses qui
arrivent. » Tu dois donc savoir que, lorsque ta coupe est passée, tu dois
être tel que tu étais lorsque la coupe d’autrui a été cassée. Transpose cela
dans les choses plus graves. L’enfant d’un autre ou sa femme sont-ils
morts ? Il n’y aura personne qui ne dise : « C’est ce qui arrive
aux humains. » Quand quelqu’un perd son propre enfant, il dit tout de
suite : « Hélas ! » et « Infortuné que je suis ! ».
Mais nous devrions nous souvenir de ce que nous éprouvions, lorsque nous
entendions parler des mêmes choses à propos des autres. »
(&lt;strong&gt;Manuel&lt;/strong&gt; 26 trad. De Pierre Hadot )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre sensibilité moderne est souvent choquée par de tels conseils car on
nous encourage le plus souvent à faire exactement l’inverse : non pas
faire comme si ce qui nous arrivait arrivait à autrui mais comme si ce qui
arrivait à autrui nous arrivait. Les appels à la compassion venant des
institutions humanitaires fonctionnent ainsi. C’est lié aussi au sentiment que
nous avons de la contingence de la souffrance, ce qui nous fait espérer sa
possible et totale élimination. Les Stoïciens avaient eux la certitude de la
nécessité du malheur, ce qui les encourageait à inventer des techniques
psychologiques destinées à supporter calmement les déconvenues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses &lt;strong&gt;Lettres&lt;/strong&gt;, Julien l’Apostat, empereur de Rome de 361
à 363, rapporte une anecdote sur Démocrite tout à fait intéressante à ce
propos. On y voit Démocrite jouer toute une comédie dans le but de faire
comprendre à un homme endeuillé que ce qui lui arrive est dans l’ordre des
choses. La règle que nous commentons n’est pas présentée frontalement, ni même
jamais explicitée ; elle doit juste apparaître au mari malheureux comme la
conclusion logique et naturelle de la mise en scène organisée par Démocrite,
qui tient ici du virtuose manipulateur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« On dit en effet que Démocrite d’Abdère, alors que Darius était au
désespoir de la mort de sa gentille femme, comme ses paroles étaient
impuissantes à le réconforter (&lt;em&gt;est-ce l’échec de la transmisson de la
sagesse par compréhension intellectuelle de la valeur des règles ?&lt;/em&gt;),
déclara qu’il se faisait fort de la ressusciter pour peu qu’il voulût se
charger de tout ce qui était nécessaire à l’opération. Le roi ( &lt;em&gt;ce dernier
et le lecteur s’attendent alors, j’imagine, à une résurrection à la Empédocle
–cf le billet du 21-02-07&lt;/em&gt; ) ordonna alors que tout fût mis en œuvre pour
qu’il pût tenir la promesse de la ressusciter ; ce que voyant, Démocrite
lui dit presque aussitôt qu’il avait sous la main tout ce qu’il lui fallait,
sauf une chose, dont il avait besoin en plus et que lui-même ne pouvait
trouver, mais que lui, Darius, qui régnait sur l’Asie tout entière, n’aurait
aucune peine à trouver (&lt;em&gt;Démocrite fonde le stratagème sur les croyances
même de celui qu’il veut modifier : « je suis omnipotent », c’est
l’évidence même pour ce potentat&lt;/em&gt;). « Mais quelle est donc cette
chose, lui demanda Darius, qu’il n’est permis qu’à un roi de reconnaître ?
» Démocrite lui répondit que s’il faisait inscrire sur le tombeau de sa femme
les noms de trois personnes que le deuil n’eût jamais frappées, sa femme ne
manquerait pas de ressusciter tout aussitôt, indignée par l’étrangeté de cette
cérémonie. Cette demande plongea Darius dans le plus grand embarras : il
était dans l’incapacité de découvrir quelqu’un qu’un deuil n’eût jamais rempli
de chagrin. Alors Démocrite, en riant comme il en avait l’habitude, lui
dit : « Allons donc, ô toi, le plus fou de tous les mortels, pourquoi
t’abandonnes-tu au deuil comme si tu étais le seul à éprouver une telle
douleur, alors que tu es incapable de découvrir, parmi ceux qui ont jamais
existé, un seul homme qui n’ait eu sa part d’une peine familiale ? » (201
B-C)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons le saut entre la conclusion et les préliminaires. Ce qui conduit
Darius au jugement rationnel s’appuie en effet sur ses croyances
irrationnelles. C’est un exemple de pédagogie possible: partir des croyances de
l’enfant pour lui faire comprendre la vérité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste à savoir si le point d’arrivée de la tactique vaut remède. Hume en
doutait, comme il le fit comprendre en 1742 en répondant, comme suit, aux
consolations du stoïcien :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« &lt;em&gt;L’homme est né pour être malheureux ; et il est étonné d’un
malheur particulier ? Peut-il mettre en branle chagrin et lamentations à
l’évocation de tout désastre ?&lt;/em&gt; Oui. Très raisonnablement, il se lamente
d’être né pour être malheureux. Votre consolation lui évoque mille maux pour un
seul, duquel vous prétendez en outre le soulager.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Vous devriez avoir toujours présents devant les yeux la mort, les maladies,
la pauvreté, la cécité, l’exil, la calomnie et l’infamie, toutes calamités
attachées à la nature humaine. Et si l’un de ces maux tombe sur vous, vous le
supporterez d’autant mieux que vous l’avez anticipé.&lt;/em&gt; Je réponds que si
nous nous bornons à une réflexion générale et lointaine sur les misères de la
vie humaine, cela ne sera d’aucun effet pour nous y préparer. Si par une
méditation intime et intense nous nous les rendons présentes et intimes, là est
le véritable secret pour empoisonner tous nos plaisirs et nous rendre
perpétuellement malheureux. » (&lt;strong&gt;Le Sceptique&lt;/strong&gt; Editions
Alive p. 224-225)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hume reconnaît cependant que ces réflexions peuvent aider ceux qui en ont
…le moins besoin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Leur influence sur les tempéraments réfléchis, gentils et modérés
peut être considérable. Mais quelle peut être leur influence direz-vous, si le
tempérament est préalablement disposé de manière semblable à celui auquel elles
prétendent le conformer ? Elles peuvent du moins fortifier ce tempérament
et lui fournir des vues par lesquelles il est en mesure de se distraire et de
se nourrir lui-même. » (ibidem p.231) Hume propose alors douze manières de
voir le monde pour souffrir moins et conclut ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ces réflexions sont si évidentes qu’il est surprenant qu’elles ne
viennent pas à tous, si persuasives qu’il est surprenant qu’elles ne
convainquent pas chacun. Mais peut-être viennent-elles à la plupart des hommes
et les persuadent-elles lorsqu’ils considèrent la vie humaine d’un oeil général
et calme. Mais qu’un incident réel, émouvant, survienne et la passion
s’éveille, l’imagination s’agite, l’exemple attire et le conseil est
pressant ; le philosophe est perdu dans l’homme et cherche en vain cette
persuasion qui semblait auparavant si ferme et si inébranlable (&lt;em&gt;le sens du
début de la phrase me paraissant un peu énigmatique, voici l’original :
« But where any real, affecting incident happens ; when passion is
awakened, fancy agitated, example draws, and counsel urges ; the
philosopher is lost in the man, and he seeks in vain for that persuasion which
before seemed so firm and unshaken. »&lt;/em&gt;) . Quel remède à un tel
inconvénient ? Aidez-vous de la lecture fréquente des moralistes
intéressants : ayez recours au savoir de Plutarque, à l’imagination de
Lucien, à l’éloquence de Cicéron, à l’esprit de Sénèque, à la gaîté de
Montaigne, au sublime de Shaftesbury. Les préceptes moraux ainsi formulés
frappent profondément et fortifient contre les illusions de la passion. Mais ne
faites cependant pas trop confiance à l’aide extérieure : par l’habitude
et l’étude, acquérez ce tempérament philosophique qui à la fois donne force à
la réflexion et, en rendant indépendant une grande partie de votre bonheur,
décapite les passions désordonnées et tranquillise l’esprit. Ne méprisez pas
ces aides, mais ne placez pas trop votre confiance en elles non plus, à moins
que la nature ne vous ait doté d’un tempérament favorable. » (ibidem
p.231-232)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n’est tout de même pas aussi sombre que cette maxime de La
Rochefoucauld :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« La philosophie triomphe aisément des maux passés, et de ceux qui ne
sont pas prêts d’arriver, mais les maux présents triomphent d’elle. ».&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Démocrite: d'òu viennent les idées d'atome et de vide ?</title>
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    <pubDate>Fri, 08 Jun 2007 12:41:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Démocrite</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Diels a extrait du livre de Galien &lt;strong&gt;De la médecine empirique&lt;/strong&gt;
un texte énigmatique où le médecin grec d'une part opère une critique empiriste
de la position démocritéenne et d’autre part cite un fragment de Démocrite qui
pourrait venir à l’appui d’une telle critique. Ces lignes sont d’autant plus
intéressantes qu’elles sont les seules à ma connaissance à aborder la question
de la genèse des notions d’ atome et de vide, les deux réalités à partir
desquelles sont expliqués tous les phénomènes:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Comment celui pour qui, en dehors de l’évidence, il n’y a pas de
commencement possible, pourrait-il demeurer crédible quand il a l’impudence de
s’opposer à cette évidence dont il a tiré ses principes ? Cela, Démocrite
aussi le sait bien, lorsqu’il se livre à la critique des représentations
phénoménales en disant : « Convention que la couleur, convention que
le doux, convention que l’amer ; en réalité : les atomes et le vide
». Aussi a-t-il fait tenir aux sens les propos suivants, qui s’adressent à
l’entendement. « Misérable raison, c’est de nous que tu tires les éléments
de ta croyance, et tu prétends nous réfuter ! Tu te terrasses toi-même en
prétendant nous réfuter. » (fgm., éd. H.Schöne, 1259, 8)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces dernières lignes ne sont ,à ma connaissance, citées dans aucune autre
source. Il est important de noter que Galien qui doit connaître, à la
différence de nous, le contexte, les attribue non à Démocrite mais aux
sens ; or, rien n’indique que cette revendication sensualiste, défendue
par les sens faits philosophes, ne soit pas présomption. Ce qui reviendrait à
lire Démocrite à la lumière de Parménide : l’Etre est analysé en atomes et
vide et de même que l’accès à l’Etre passe par le rejet radical de l’Opinion
fondée sur les sens, l’accès à la connaissance des réalités originaires aurait
comme condition la négation des sens (ce qui, on l’a vu, éclaire l’aveuglement
de Démocrite).&lt;br /&gt;
Mais si les sens parlaient au nom de Démocrite, l’accès au Réel passerait par
la réflexion sur la perception. Cette voie empiriste sera en tout cas celle
d’Epicure qui fera de la sensation l’origine première de la pensée de l’atome
et du vide.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Démocrite et Sartre.</title>
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    <pubDate>Thu, 07 Jun 2007 19:03:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Démocrite</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Démocrite : “Les hommes se sont forgés de la fortune une image qui
justifiât leur propre manque de sagacité. » (Stobée &lt;strong&gt;Choix de
textes&lt;/strong&gt; II, VIII, 16)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sartre en 1945: « Ils n’ont qu’une seule manière de supporter leur
misère, c’est de penser : « les circonstances ont été contre moi, je
valais beaucoup mieux que ce que j’ai été ; bien sûr je n’ai pas eu de
grand amour, ou de grande amitié, mais c’est parce que je n’ai pas rencontré un
homme ou une femme qui en fussent dignes, je n’ai pas écrit de très bons
livres, c’est parce que je n’ai pas eu de loisirs pour le faire ; je n’ai
pas eu d’enfants à qui me dévouer, c’est parce que je n’ai pas trouvé l’homme
avec lequel j’aurais pu faire ma vie. » (&lt;strong&gt;L’existentialisme est un
humanisme&lt;/strong&gt; Nagel p. 55-56)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Démocrite (suite de la citation) : « Car la fortune s’oppose
rarement à la raison : et dans la vie, la plupart des choses sont
ordonnées par une perspicacité intelligente. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sartre : « L’homme sera d’abord ce qu’il aura projeté
d’être » (ibidem p.25)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une certaine ressemblance entre les deux éthiques et pourtant comme les
anthropologies diffèrent !&lt;br /&gt;
Démocrite : l’homme n’est qu’un agrégat d’atomes.&lt;br /&gt;
Sartre : l’homme est une conscience libre, irréductible à la contingence
de son corps.&lt;br /&gt;
Faire tout son possible pour réduire l’esprit au cerveau, façon Changeux, c’est
dans la droite ligne de Démocrite. Pour un sartrien, c’est une des mille
métamorphoses de la mauvaise foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point commun aux deux penseurs : vanité d’une théodicée, d’une
téléologie, d’une raison du monde.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Démocrite: que représente la boue ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/06/05/Democrite%3A-que-represente-la-boue</link>
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    <pubDate>Tue, 05 Jun 2007 17:22:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Démocrite</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;On attribue le même dit à Héraclite et à Démocrite:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Les porcs tirent plus grande volupté de la boue que de l’eau pure, et
se vautrent dans la fange. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clément d’Alexandrie, chrétien, qui le rapporte dans le
&lt;strong&gt;Protreptique,&lt;/strong&gt; interprète la boue comme une métaphore
éthique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ceux qui se roulent dans les flots de la volupté comme des vers de
terre dans les mares et les bourbiers, et se nourrissent de jouissances vaines
et vides de sens, ceux-là sont des hommes comparables à des porcs. » (92,
4 &lt;strong&gt;Les présocratiques&lt;/strong&gt; La Pléiade p. 881)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sextus Empiricus en donne lui une lecture sceptique : la boue est l’eau
pure du porc. En germe il y a là toute l’éthologie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Les porcs trouvent plus agréable de se laver dans la fange la plus
puante que dans une eau claire et pure. » (&lt;strong&gt;Esquisses
pyrrhoniennes&lt;/strong&gt; I 14 Points Essais p.85)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au Pseudo-Théophraste, il interpréte sémiotiquement : la boue est
indice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« On considère généralement comme un signe d’orage de voir les porcs se
quereller et patauger dans la fange. » (&lt;strong&gt;Des signes
météorologiques&lt;/strong&gt; 49 Les Présocratiques p.881)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le même esprit, Plutarque propose de traiter les états du corps comme
on fait déjà de la boue et des cochons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Car il n’y aurait point de propos de prendre soigneusement garde au
criailler de corbeaux, ou au caqueter des poules, et &lt;strong&gt;au fouiller des
pourceaux remuant des ordures et de vieux haillons&lt;/strong&gt;, comme dit
Démocrite, pour en tirer pronostics et vents de pluie, et que nous ne sussions
point observer ni prévoir à certains signes une tempête prochaine à sourdre et
à naìtre dedans notre propre corps. » (&lt;strong&gt;Préceptes de santé&lt;/strong&gt;
14 129 A p.881)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la boue n’est pas qu’un être dont l’essence est de faire penser à autre
chose qu’elle-même ! Elle est aussi et d’abord à l’origine de tous les
êtres, à en croire l’astrologue latin Censorinus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« En fait Démocrite d’Abdère estimait qu’au commencement les hommes
furent créés avec de l’eau et de la boue. » (&lt;strong&gt;Du jour de la
naissance&lt;/strong&gt; IV 9 p.821)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Démocrite: les dieux, les hommes, les animaux.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/06/05/Democrite%3A-les-dieux-les-hommes-les-animaux</link>
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    <pubDate>Tue, 05 Jun 2007 16:59:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Démocrite</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;David, philosophe arménien de la fin du cinquième siècle, cite dans ses
&lt;strong&gt;Prolégomènes à Aristote&lt;/strong&gt; le texte suivant de
Démocrite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Et de même que dans l’univers nous voyons d’une part des êtres qui,
comme les dieux, ne font que gouverner, d’autre part, des êtres qui à la fois
gouvernent et sont gouvernés, comme les êtres humains (ceux-ci en effet sont
gouvernés par les dieux en même temps qu’ils gouvernent les bêtes brutes), et
enfin des êtres qui ne font qu’être gouvernés, comme les bêtes brutes, de la
même façon nous observons dans l’homme qui est un microcosme, cette même
répartition. Certaines parties gouvernent exclusivement, comme la raison ;
d’autres sont gouvernées et gouvernent, comme le cœur (…) ; d’autres sont
simplement gouvernées comme la passion. » (38, 14)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux pas ne pas penser à &lt;strong&gt;La République&lt;/strong&gt; de
Platon : l’homme juste est celui dont la raison alliée au courage gouverne
les passions ; au microcosme individuel Platon fait correspondre le
macrocosme social : les gardiens philosophes, les gardiens guerriers et
les hommes du peuple, analogues respectivement de la raison, du courage, de la
passion.&lt;br /&gt;
Sauf qu' ici le macrocosme n’est pas polis mais cosmos, qui s’analyse alors en
divin, humain, animal.&lt;br /&gt;
Pas de maître parmi les hommes : tous gouvernés par les dieux ; et
s’ils ont tout de même des subordonnés, c’est marque de nature et non preuve
d’excellence.&lt;br /&gt;
Pas de place ici pour l’animal en tant que sauvage: essentiellement il est
virtuellement domesticable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bénéfice de ce petit texte : faire voir sous un autre aspect
l’expression : « les désirs animaux ».&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>A noter certaines notes sur Démocrite...</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/06/04/A-noter-certaines-notes-sur-Democrite</link>
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    <pubDate>Mon, 04 Jun 2007 19:50:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Démocrite</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Il arrive que les gloses éveillent l’attention moins par leur pertinence que
par leur étrangeté. Voir ces deux exemples relatifs à des textes
démocritéens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1)Dans son &lt;strong&gt;Florilège&lt;/strong&gt;, Stobée (5ème siècle) rapporte ce
fragment de Démocrite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Celui qui suffit à ses besoins en nourriture ne trouve jamais la nuit
courte. » (III, V, 25) (&lt;strong&gt;Les Présocratiques&lt;/strong&gt; La Pléiade
p.897)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici la note que Jean-Paul Dumont a écrite afin de souligner l’ambiguïté
de l’énoncé :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Interprétations possibles : « Le sommeil du prolétaire
n’est pas gâté d’insomnies » ; ou : « Le sommeil de l’homme à
l’abri du besoin n’est pas gâté d’insomnies » ; ou « La nuit n’est
jamais trop longue pour le prolétaire » ; ou : « La nuit est
brève pour le philosophe qui se nourrit lui-même de spéculation. »
(p.1491)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Dans l’ancienne Rome, le prolétaire (de prolès, lignée) est le
citoyen de la sixième et dernière classe de la société. Il est comme tel exempt
d’impôts et n’est considéré comme utile que par les enfants qu’il engendrait –
qui, tombant en esclavage ou enrôlés dans l’armée, devenaient directement
producteurs ou serviteurs de la société. » écrit Serge Mallet dans son
article de l’ &lt;strong&gt;Encyclopedia universalis&lt;/strong&gt; consacré au
prolétariat.&lt;br /&gt;
Aussi cette mention me surprend par son côté anachronique : qu’est-ce donc
qu’un prolétaire dans la Grèce du cinquième siècle av. JC ? J’imagine que
c’est quelqu’un qui ne gagne que de quoi manger mais pourquoi avoir choisi ce
concept qui évoque d’abord le 19ème puis secondairement la Rome antique mais en
tout cas pas du tout l' Abdère démocritéenne ? Ensuite pourquoi identifier
un homme qui suffit à ses besoins en nourriture à quelqu’un qui ne fait que
subvenir à de tels besoins ? L’identité du prolétaire est à dire vrai dans
cette exégèse si incertaine qu’il en vient même dans la troisième
interprétation à signifier celui qui ne peut même pas subvenir à ses
besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je trouve quant à moi que le passage gagne à être rapproché d’un autre,
quasi médical :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Dormir pendant la journée est symptôme de trouble du corps , de
tourment de l’âme, de paresse, de paresse ou de défaut d’éducation. »
(&lt;strong&gt;Florilège&lt;/strong&gt;, III, VI, 27).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hypothèse : en médecin, Démocrite a identifié une des causes de
l’hypersomnie, l’absence de nourriture suffisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) De Stobée, décidément si précieux, nous avons aussi le passage
suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« La pauvreté en régime démocratique est aussi préférable au prétendu
bonheur en régime tyrannique que la liberté l’est à la servitude. »
(&lt;strong&gt;Florilège&lt;/strong&gt;, IV, I, 42)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note du même : « Cette sentence trahirait-elle une influence
platonicienne, à la fois par le thème politique et par la mise en œuvre de
l’analogie ? » (p.1492)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau très surpris : dans les typologie et hiérarchie des régimes
politiques qu’il présente dans &lt;strong&gt;La République&lt;/strong&gt;, Platon place
certes en dessous de la démocratie la tyrannie, terme ultime de la
décomposition politique. Mais la démocratie qu’il associe à la liberté n'est
que l’avant-dernier des régimes, précédé par la ploutocratie (les gouvernants
dirigent pour s’enrichir), la timocratie (ils ont afin d' être honorés une
politique de conquêtes militaires) et le premier d’entre eux, la monarchie ou
aristocratie, le régime où les rois-philosophiques cherchent à organiser la
cité en fonction de l’Essence de la Justice et plus généralement du Bien.&lt;br /&gt;
Or, il me semble que dans le texte démocritéen, « pauvreté »
(attribut dans le texte platonicien de ceux qui, dépouillés par les riches, ne
pensent qu’à se venger pour à leur tour prospérer et qui, pour cette raison,
font la force des démagogues) et « liberté » (qui chez Platon vaut
licence et désigne la situation de celui qui n’est en rien freiné dans ses
désirs) évoquent plutôt la frugalité et l’autonomie. Outre cela, je n’ai lu, si
ma mémoire est bonne, aucun texte démocritéen antidémocratique.&lt;br /&gt;
Néanmoins j’aurai tout de même la retenue de ne pas donner comme argument
conclusif le fait que les 86 maximes de Démocrate (&lt;strong&gt;Paroles d’or du
philosophe Démocrate&lt;/strong&gt;), « tirées d’un manuscrit édité au XVIIe
siècle, (…) doivent être assez certainement attribuées à Démocrite. »
(note p.1485)…&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Démocrite, lu et corrigé par Marc Aurèle.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/06/04/Democrite-lu-et-corrige-par-Marc-Aurele</link>
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    <pubDate>Mon, 04 Jun 2007 14:30:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Démocrite</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Aujourd’hui, je préfère m’effacer devant un grand maître, Pierre
Hadot :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Marc Aurèle critique aussi (VII, 31, 4) un autre texte de Démocrite,
qui affirmait que la véritable réalité, c’étaient les atomes et le vide, et que
tout le reste n’était que « par convention » (&lt;em&gt;nomisti&lt;/em&gt;). Cela
voulait dire, comme l’explique Galien, qu’« en soi », il n’y a que des
atomes, mais que, « par rapport à nous », il y a tout un monde de
couleurs, d’odeurs, de goûts que nous croyons réel, mais qui n’est que
subjectif. Marc Aurèle corrige la formule démocritéenne, en l’interprétant dans
un sens stoïcien. Il refuse cette infinité d’atomes qui seraient les seuls
principes réels, mais il admet le mot &lt;em&gt;nomisti&lt;/em&gt;, à condition qu’il soit
compris, non pas au sens de « par convention », mais au sens de « par
une loi ». Pour Marc Aurèle, seule la moitié de la formule de Démocrite est
vraie : « Tout est &lt;em&gt;nomisti&lt;/em&gt;. ». Mais elle signifie :
« Tout se produit par la loi », la loi de la Nature universelle. Dans ce
cas, l’autre partie de la formule de Démocrite : la véritable réalité,
c’est la multiplicité des atomes qui sont les principes, est fausse. Car si
tout est par la loi de la Nature, le nombre des principes est tout à fait
restreint. Il se réduit à un, le &lt;em&gt;logos&lt;/em&gt;, ou à deux, le &lt;em&gt;logos&lt;/em&gt;
et la matière. Telle est l’une des interprétations de ce texte de Marc Aurèle
très difficile et probablement corrompu. On pourrait aussi admettre que Marc
Aurèle comprend. « Tout est &lt;em&gt;nomisti&lt;/em&gt; », dans le même sens que la
sentence de Démocrite citée plus haut : « Tout est subjectif,
c’est-à-dire tout est jugement », c’est-à-dire à la lumière de l’idée
d’Epictète selon laquelle tout est dans notre représentation. Ce qui ne veut
pas dire que nous ne connaissons pas la réalité, mais que nous lui donnons
subjectivement des valeurs (de bien ou de mal) qui ne sont pas fondées dans la
réalité. » (&lt;strong&gt;Introduction aux &amp;quot;Pensées&amp;quot; de Marc Aurèle&lt;/strong&gt;
1997 Le livre de poche p.101-102)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Démocrite : on n’est pas philosophe de père en fils.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/06/01/Democrite-%3A-on-nest-pas-philosophe-de-pere-en-fils</link>
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    <pubDate>Fri, 01 Jun 2007 18:24:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Démocrite</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Il me semble qu’il y a une position démocritéenne concernant le fait d’avoir
des enfants. On pourrait la présenter ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) faire des enfants est une contrainte naturelle que les hommes partagent
avec les animaux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Les enfants évidemment, c’est aussi le fait des autres animaux :
c’est la nature qui les pousse tous à avoir des descendants, sans considération
aucune de l’utilité. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) mais la naissance de la progéniture est source de tracas et de douleurs
autant pour les bêtes que pour les humains :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Une fois nés, leurs parents peinent à nourrir chacun de leur mieux,
tremblent pour eux tant qu’ils sont petits, et souffrent si quelque mal leur
arrive. Telle est en effet la disposition naturelle de tous les êtres
animés. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Elever des enfants est chose difficile : réussir en la matière
implique bien des combats et des soucis, y échouer apporte un chagrin sans
égal. » (un autre fragment laisse penser tout de même que l’éducation
n’est pas nécessairement un échec : « on peut sans engager de grandes
dépenses donner de l’éducation à ses enfants et par là élever autour d’eux un
rempart salautaire pour leurs biens et pour leurs vies. »)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« J’observe dans le fait d’avoir des enfants beaucoup de risques
considérables et beaucoup de soucis, pour un rendement faible, et sans
consistance ni valeur. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) le mieux est donc de ne pas engendrer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« A mon avis il ne faut pas avoir d’enfants »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d) pourtant les hommes veulent en avoir et la contrainte naturelle est donc
aussi « une institution primitive »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Les hommes rangent au nombre des choses nécessaires, à ce qui leur
semble, d’avoir des enfants (…) Pour l’homme (&lt;em&gt;Démocrite oppose la
douloureuse situation parentale vécue autant par les animaux que par les hommes
à l’opinion spécifiquement humaine qu’il va présenter&lt;/em&gt;), une opinion
commune prévaut désormais, selon laquelle sa descendance doit lui être de
quelque profit. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi engendrer n’a pas seulement des causes mais aussi des (mauvaises)
raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;e) dans ces conditions, le moindre mal est d’adopter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Qui voudrait avoir un enfant ferait mieux, à mon avis, d’adopter le
fils d’un de ses amis. Ainsi aura-t-il un enfant conforme à son désir; car il
le choisira tel qu’il le voudra. Aussi devra-t-il être, à son sens, d’un
caractère obligeant, surtout s’il est naturellement obéissant. La grande
différence est que de cette façon on peut, parmi beaucoup d’autres, adopter un
enfant conforme à ses désirs ; alors que, si l’on en a un de soi, les
risques sont nombreux : car on est forcé de le prendre tel qu’il
est. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Démocrite donc, désir d’enfant ne rime pas avec enfant désiré, ce
dernier devant avoir tous les traits du disciple et ne valant que comme nature
prédisposée à donner les fruits de la bonne éducation philosophique.&lt;br /&gt;
Mais à dire vrai ce qui me frappe le plus dans ces lignes, c'est la
reconnaissance d'une expérience de la parenté partagée par les hommes et les
bêtes. Comme on est loin des animaux-machines !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les textes cités ont été recueillis par Stobée dans son
&lt;strong&gt;Florilège&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Démocrite: l’amour et la masturbation.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/05/31/Democrite%3A-lamour-et-la-masturbation</link>
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    <pubDate>Thu, 31 May 2007 17:50:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Démocrite</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;On le sait, c’est Diogène de Sinope qui donne à la masturbation ses lettres
de noblesse philosophique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il se masturbait constamment en public et disait :
« Ah ! si seulement en se frottant aussi le ventre, on pouvait calmer
sa faim ! » (VI 69)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais est-ce Démocrite qui, théoriquement au moins, aurait ouvert la
voie ? Hérodien, un des maîtres de Marc-Aurèle, rapporte en effet ce
passage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« La masturbation procure une jouissance comparable à l’amour. »
(&lt;strong&gt;Prosodie générale&lt;/strong&gt;, cité par Eustathe &lt;strong&gt;Commentaire sur
l’Odyssée&lt;/strong&gt; XIV 428 p. 1766 &lt;strong&gt;Les présocratiques&lt;/strong&gt; p.
877)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ma connaissance, les Epicuriens n’ont laissé aucun texte à ce sujet mais
une telle thèse semble parfaitement compatible avec leur condamnation de
l’amour essentiellement lié à des désirs illimités aux plaisirs toujours mêlés
de douleurs. A dire vrai, les textes que nous avons ne laissent pas d’espace,
entre les indispensables amis et les asservissantes maîtresses, pour un type
d’autre avec lequel se noueraient des contacts intimes, le temps de satisfaire
des désirs physiques et égoïstes miraculeusement accordés. Il semble ainsi que
l’onanisme puisse être défendu comme une sorte de dépense sexuelle fort peu
onéreuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a un hic. Stobée dans son &lt;strong&gt;Florilège&lt;/strong&gt; rapporte un
autre dit de Démocrite qui renverse totalement ce qu’on vient
d’établir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« L’amour lave de tout reproche l’acte amoureux » (IV XX 33
p.910)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte inintelligible sans la note qui l’accompagne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Opposition entre amour (agapê) et acte amoureux (erôs) ; mais le
texte paraît incertain. Les hésitations des philologues leur sont surtout
dictées par une conscience chrétienne étonnée de trouver un thème propre au
Nouveau Testament. » (p.1492-1493)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle note mériterait à son tour une note explicative !&lt;br /&gt;
Dois-je comprendre que les philologues n’en croient pas leurs yeux de voir
confirmée par ce texte païen la primauté à laquelle ils souscrivent pleinement
de agapê sur erôs ?&lt;br /&gt;
Agapê est en effet le terme grec, préféré à erôs et à philia, pour traduire
dans les Evangiles l’hébreu ‘aëv, ce dernier mot désignant l’amour de Dieu.
L’opposition erôs /agapê sera en latin souvent rendue par la distinction entre
libido et caritas.&lt;br /&gt;
Mais à texte incertain, interprétation en suspens. Je n’oserai donc pas
soutenir que Démocrite a voulu dire que l’amour de bienveillance lave de tout
reproche l’amour de concupiscence !&lt;br /&gt;
Reste que l’éloge démocritéen de la masturbation ne pourra plus se faire que de
manière tout à fait mesurée…&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Démocrite et Cicéron : la lettre sur les fantômes.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/05/31/Democrite-et-Ciceron-%3A-la-lettre-sur-les-fantomes</link>
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    <pubDate>Thu, 31 May 2007 16:30:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Démocrite</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;On peut identifier la perception à l’imagination : c’est une des
raisons du doute hyperbolique de Descartes. Mais on peut identifier
l’imagination à la perception : c’est la voie démocritéenne puis
épicurienne.&lt;br /&gt;
Ce qui débouchera sur une preuve matérialiste de l’existence des dieux :
si les dieux n’existaient pas, on ne les verrait pas la nuit en songe.&lt;br /&gt;
Clément d’Alexandrie (début du 3ème siècle après JC) attribue alors très
logiquement à Démocrite l’idée qu’il n’y a pas de raison pour que les animaux
ne soient pas autant que les hommes touchés par les atomes divins :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Selon Démocrite, ce sont les mêmes images qui proviennent de la
réalité divine pour frapper les hommes comme les animaux privés de
raison. » (&lt;strong&gt;Stromates&lt;/strong&gt; V 88 Les présocratiques p.788)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir un dieu n’est pas ici une expérience mystique mais un contact physique,
une interaction atomique. Pas nécessaire de s’exhausser aux limites de
l’humain : il suffit de rester dans celles de l’animalité.&lt;br /&gt;
D’ailleurs, je me demande si Démocrite pouvait soutenir à la fois cette thèse
et celle de l’irréalité des sensibles, laquelle semble réduire les dieux à
n’être que des conventions, pour reprendre la traduction consacrée.&lt;br /&gt;
Mais ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est une lettre de Cicéron à Cassius
relative justement à cette identification de l’imagination à la perception. En
effet, dans l’ensemble des textes souvent arides que Diels a regroupés autour
du nom de Démocrite, ces lignes ont une certaine fraîcheur. Est-ce dû à ce que
Cicéron s’appuie sur une sorte de phénoménologie de l’imagination pour réfuter
la thèse démocritéo-épicurienne ? A vous de juger :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« En effet, lorsque je t’écris une lettre, il me semble que tu es, pour
ainsi dire, là en face de moi – sans que je sache comment cela se fait – et
cela sous une forme autre que celle propre à la « représentation de
simulacres à l’imagination sensible », comme disent tes nouveaux amis, qui
pensent que même les « représentations d’images intellectuelles »
sont provoquées par les « fantômes » de Catius. Car, je te le
rappelle, l’épicurien Catius, l’Insubrien (&lt;em&gt;de Gaule transpadane, située
au-delà du Pô, comme me l’apprend la note&lt;/em&gt;), qui vient de mourir récemment,
appelle « fantômes » (&lt;em&gt;spectra&lt;/em&gt;) les apparences auxquelles
l’illustre philosophe de Gargette (&lt;em&gt;Epicure&lt;/em&gt;) et, déjà avant lui,
Démocrite donnaient le nom de simulacres (&lt;em&gt;eidola&lt;/em&gt;). Moi, je veux bien
que ces fantômes aient le pouvoir de venir frapper nos yeux parce qu’ils
surgissent spontanément, que nous le voulions ou non ; mais je vois mal
comment l’esprit, lui, peut en être frappé. Il faudra que tu m’apprennes, quand
tu seras de retour ici à bon port, si vraiment il est en mon pouvoir de faire
surgir à mon gré ton « fantôme », quand je pense à toi, et si ce pouvoir
se limite à ta personne, qui m’est si étroitement liée, ou bien si je ne peux
pas aussi faire voler jusqu' en mon cœur, à tire d’aile, le simulacre de l’île
de Bretagne, rien qu’en me mettant à penser à elle. »
(&lt;strong&gt;Correspondance familière&lt;/strong&gt; XV 16 1 )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet la thèse démocritéenne est incompatible avec le fait que
l’imagination, à la différence de la perception, est, partiellement au moins,
sous le contrôle de la volonté.&lt;br /&gt;
Mais ce disant, je trahis la douceur et l’ironie insinuante de cette lettre
adressée à C.Cassius Longinus, lieutenant de César et initiateur du complot qui
assassinera ce dernier. Difficile d’ailleurs de concevoir comment cet homme
politique orgueilleux et ambitieux a pu, venant du stoïcisme, embrasser
l’épicurisme, tant cette philosophie semble incompatible avec la fougue et la
violence de la carrière dudit Cassius. Mais Yasmina Benferhat est certainement
éclairante quand elle écrit dans la notice qu’elle lui consacre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ils (&lt;em&gt;les Romains&lt;/em&gt;) ne trouvent en réalité dans les
différentes écoles philosophiques grecques que leurs propres idées confortées
par une connaissance non pas superficielle mais peut-être biaisée de leurs
doctrines. Cassius est, comme nombre de ses contemporains, un adhérent sincère
de la philosophie grecque, en l’occurrence de l’épicurisme, mais un adhérent
romain. » (&lt;strong&gt;Dictionnaire des philosophes antiques&lt;/strong&gt;
2005)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Le rire de Démocrite.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/05/31/Le-rire-de-Democrite</link>
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    <pubDate>Thu, 31 May 2007 07:14:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Démocrite</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Diogène Laërce ne dit pas un mot sur le rire de Démocrite. Pourtant c’est un
lieu commun d’opposer les pleurs d’Héraclite précisément aux rires de
Démocrite. Sidoine Apollinaire (431-487) mentionne dans ses lettres une
peinture le représentant en train de rire ( IX 9 14) et antérieurement Juvénal
(65-128) le décrivait dans une satire agité par un rire perpétuel
(« perpetuo risu pulmonem agitare solebat »). C’est ce que m’apprend
l’articulet que Marie-Christine Hellmann consacre à l’iconographie de Démocrite
dans le deuxième volume du &lt;strong&gt;Dictionnaire des philosophes
antiques&lt;/strong&gt; (1994).&lt;br /&gt;
Curieux de découvrir la justification de ce rire, j’explore les sources
concernant Démocrite telles que Diels les a rassemblées mais ne trouve
quasiment rien, à part une mention assez énigmatique de l’évêque Hippolyte
(3ème siècle) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Démocrite riait de tout, comme s’il estimait risibles toutes les
affaires humaines. » (&lt;strong&gt;Réfutation de toutes les hérésies&lt;/strong&gt; I
13 Les présocratiques p. 769 La Pléiade)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, que Démocrite ne juge pas risibles les affaires humaines est confirmé
par le seul texte de lui consacré au rire et, paradoxalement, le
condamnant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il convient, puisque nous sommes hommes, de ne pas rire des malheurs
des hommes, mais de les déplorer. » (ibidem p.871)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fragment va de pair avec l’éloge de l’amitié secourable, telle qu’elle
s’exprime par exemple à travers les deux textes suivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Nombreux sont ceux qui se détournent de leurs amis, lorsque ceux-ci
choient de la richesse dans la pauvreté. » (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« L’homme serviable n’est pas celui qui attend qu’on lui rende la
pareille, mais celui qui a pris les devants pour faire le bien. » (ibid.
p.870).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors pourquoi donc avoir attribué à Démocrite ce rire hautain plus
digne d’un dieu méprisant que d’un humain compatissant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La réponse se trouve peut-être dans un passage anonyme du &lt;strong&gt;Codex de
Paris&lt;/strong&gt; (1630) consacré à Héraclite et cité par Diels :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Du philosophe Héraclite, &lt;strong&gt;Contre la vie&lt;/strong&gt; ; voir
l’&lt;strong&gt;Anthologie palatine&lt;/strong&gt; IX 359, Stobée
&lt;strong&gt;Florilège,&lt;/strong&gt; IV, 34, 57. Le ton pessimiste de l’épigramme
accrédite l’idée qu’ « Héraclite pleurait » (ibid. p.177)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se peut que le rire de Démocrite ait une dimension allégorique :
expression d’une philosophie qui croit dans la possibilité du bonheur. N’est-ce
pas alors plutôt de la joie de Démocrite que l’on devrait parler ?&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Démocrite: voit-on mieux avec ou sans les yeux ? (2)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/05/30/Democrite%3A-voit-on-mieux-avec-ou-sans-les-yeux-2</link>
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    <pubDate>Wed, 30 May 2007 09:46:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Démocrite</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Il y a deux manières au moins de rendre compte en termes démocritéens de la
perception.&lt;br /&gt;
Elle est contact par atomes interposés d’une part et d’autre part elle met en
relation avec ce qui n’existe pas.&lt;br /&gt;
Ce dernier point est attesté par un passage de Démocrite cité par de multiples
sources :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Convention que le doux, convention que l’amer, convention que le
chaud, convention que le froid, convention que la couleur ; et en
réalité : les atomes et le vide. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je comprends par convention relation : la couleur est une relation
entre certains atomes et d’autres, aucun d’entre eux n’étant bien sûr coloré.
Les atomes ne sont pas du tout sensibles, ils sont intelligibles s’il faut en
croire Sextus Empiricus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Les émules de Platon et de Démocrite supposaient que seuls sont vrais
les intelligibles. Mais, pour Démocrite, c’est parce que n’existe par nature
rien de sensible, étant donné que les atomes, dont la combinaison forme toutes
choses, sont par nature dépourvus de toute qualité sensible. Pour Platon, en
revanche, c’est parce que les sensibles connaissent un perpétuel devenir, et
jamais ne sont véritablement. » (&lt;strong&gt;Contre les
mathématiciens&lt;/strong&gt; VIII 6)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend mieux désormais que si l’être n’est pas sensible, l’aveuglement
de Démocrite n’est pas un handicap du point de vue de la connaissance. Reste
que la perception, bien que gnoséologiquement nulle, est vitalement
essentielle, comme le fait comprendre le récit de la mort de Démocrite tel que
le rapporte Diogène Laërce :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Démocrite mourut, dit Hermippe, de la façon suivante. Ayant atteint
l’extrême vieillesse, il était tout proche de sa fin. Sa sœur se lamentait,
parce qu’il allait mourir pendant la fête des Thesmophories, et qu’elle ne
pourrait pas rendre à la déesse les honneurs qui convenaient ; il lui dit
de reprendre courage et demanda qu’on lui apporta des pains chauds chaque jour.
En se les mettant sous le nez, il réussit à passer la période des fêtes ;
lorsque les jours de fête furent passés – il y en avait trois -, il abandonna
la vie de la façon la plus paisible, selon Hipparque, ayant vécu plus de cent
neuf ans. » (IX 43)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Athénée dans &lt;strong&gt;Les deipnosophistes&lt;/strong&gt; parle lui de pot de miel
humé au lieu de pains chauds mais peu importe. Est clair à travers cet
acharnement thérapeutique doux et délicat que si l’odorant n’est rien, l’odorat
met en contact réel avec les atomes de l’odorant et précisément ici leur ouvre
le passage qui leur permet d’occuper quelques fonctions vitales.&lt;br /&gt;
Démocrite n’est pas Descartes, il ne doute pas de la réalité de la perception,
de sa matérialité. Ce qu’il refuse de soutenir, c’est la réalité du perçu.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Démocrite: voit-on mieux avec ou sans yeux ? (1)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/05/28/Democrite%3A-voit-on-mieux-avec-ou-sans-yeux</link>
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    <pubDate>Mon, 28 May 2007 15:18:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Démocrite</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;A ne lire que Diogène Laërce, on ne retiendrait de l’œil démocritéen que sa
capacité à voir au-delà des apparences :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Athénodore dans le livre VIII de ses &lt;strong&gt;Promenades&lt;/strong&gt;, dit
qu’Hippocrate étant venu le trouver, Démocrite demanda qu’on apportât du
lait ; ayant observé ce lait, il dit qu’il était celui d’une chèvre
primipare et noire ; du coup Hippocrate s’émerveilla de sa perspicacité.
On raconte aussi l’histoire d’une jeune servante qui accompagnait Hippocrate.
Le premier jour, il la salua ainsi : « Bonjour, Mademoiselle. »
Le jour suivant : « Bonjour, Madame. » La fille avait été
déflorée pendant la nuit. » (IX 42)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme souvent quand Laërce rapporte des capacités prodigieuses, on ne sait
jamais s’il s’agit de vision ou de réflexion. Vu qu' on range les personnages
dont il parle dans la catégorie des philosophes et qu’on est porté à associer
philosophie à raisonnement, on est tenté d’identifier une telle performance à
une observation attentive et expérimentée d’indices minuscules, mais il n’est
pas impossible non plus d’attribuer à Démocrite, comme à tous ces philosophes
aux talents gnoséologiques quelquefois surhumains, une sorte de sixième sens
lui rendant possible la vision du passé par exemple. En tout cas la valeur de
la vue comme moyen de connaître la réalité est indéniable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant d’autres textes nous font connaître un Démocrite lucide parce
qu’aveugle. Ce sont des anecdotes étranges qui donnent une allure platonicienne
à un homme qu’on serait jugé comme étant un des tout premiers matérialistes, et
précisément atomistes. Himérios, sophiste grec du 4ème siècle, reste encore
imprécis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Démocrite rendit volontairement son corps malade, afin que ce qu’il
avait de meilleur en lui demeurât sain. » (&lt;strong&gt;Morceaux
choisis&lt;/strong&gt; III, 18)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Aulu-Gelle (130-180) le présente comme s’aveuglant
intentionnellement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il se priva de lui-même de l’usage de la vue, parce qu’il estimait
que les pensées et les méditations de son esprit occupé à examiner les
principes de la nature seraient plus vives et plus précises, une fois
affranchies des prestiges de la vue et des entraves que les yeux
constituent. » (&lt;strong&gt;Nuits attiques&lt;/strong&gt; X 17)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plutarque (46-120) ne retient pas la version de l’aveuglement volontaire
mais enrichit tout de même la biographie imaginaire en ne faisant pas jouer à
la lumière du soleil le rôle éclairant que Platon lui attribuait, ne fût-ce
qu’allégoriquement dans la &lt;strong&gt;République&lt;/strong&gt;, mais en la transformant
en force destructrice, dont la puissance serait redoublée par l’ingéniosité
technique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Pourtant est-ce chose fausse qui se dit communément, que Démocrite le
philosophe s’éteignit la vue en fichant et appuyant ses yeux sur un miroir
ardent et recevant la réverbération de la lumière d’icelui, afin qu’ils ne lui
apportassent aucun sujet de divertissement en évoquant souvent la pensée
au-dehors, mais la laissant au-dedans en la maison, pour vaquer au discours des
choses intellectuelles, étant comme fenêtres, répondantes sur le chemin,
bouchées. » (&lt;strong&gt;De la curiosité&lt;/strong&gt; 12 521 D)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les yeux comme des ouvertures qui attirent à l’extérieur le regard du
curieux et le détournent de la connaissance de son intérieur, voilà bien une
métaphore des sens aussi anti-empiriste que possible !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cicéron (106-43) n’a pas insisté, lui, sur le gain d’une telle mutilation
mais a souligné qu’elle n’était en rien une perte de la connaissance de ce qui
rend une vie réussie:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Démocrite, devenu aveugle, n’était bien sûr même plus capable de
discerner le blanc du noir. Mais il savait encore distinguer les biens des
maux, les actes justes des actes injustes, les actions bonnes des actions
malhonnêtes, les choses utiles des choses inutiles, ce qui est noble de ce qui
est mesquin ; être privé de la diversité des couleurs ne l’empêchait pas
de connaître le bonheur dont l’eût privé la connaissance des réalités. »
(&lt;strong&gt;Tusculanes&lt;/strong&gt; V XXXIX 114)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tertullien (155-225) en revanche donne une tout autre fonction à
l’aveuglement volontaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Démocrite, en s’aveuglant lui-même, parce qu’il ne pouvait pas voir
de femmes sans être enflammé de désir, et souffrait de ne les pouvoir posséder,
témoigne par ce remède de son incapacité à se dominer. »
(&lt;strong&gt;Apologétique&lt;/strong&gt; 46)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la lumière de ce témoignage, on lit un peu autrement les lignes de Diogène
Laërce sur l’étonnante pénétration dont fait preuve Démocrite à l’égard de la
servante dépucelée…&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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