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  <title>Les philosophes antiques à notre secours - Sages</title>
  <link>http://www.philalethe.net/</link>
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  <language>fr</language>
  <pubDate>Mon, 06 Oct 2008 17:08:34 +0200</pubDate>
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    <title>Solon et Anacharsis sur la question du Droit.</title>
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    <pubDate>Sun, 11 Nov 2007 00:02:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Sages</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;A en croire Diogène Laërce (I 58), Solon aurait qualifié les lois de toiles
d’araignée, ce qui m’a conduit naguère à intituler un billet : Solon et la
reconnaissance des limites du droit. Or c’est à Anacharsis, un autre des Sept
Sages que Plutarque, dans la vie qu’il consacre à Solon, attribue cette
métaphore, destinée précisément à disqualifier l’œuvre législative de Solon.
Voici le passage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tu penses pouvoir réprimer l’injustice et la cupidité de tes
concitoyens par des lois écrites. Mais celles-ci ne diffèrent en rien des
toiles d’araignée ; elles garderont captifs les plus faibles et les plus
petits de ceux qui s’y feront prendre ; mais les puissants et les riches
les déchireront. » (&lt;strong&gt;Vies parallèles&lt;/strong&gt; Quarto Gallimard p.
202-203)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je relève que la version de Plutarque est plus explicitement
démystificatrice que celle de Laërce. En effet, là où Solon mentionne
« quelque chose de léger et de faible » puis « quelque chose de
plus grand », Plutarque met à nu la fonction sociale du Droit en se référant
aux « plus faibles et aux plus petits » puis « aux puissants et
aux riches ».&lt;br /&gt;
Mais ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est la réponse de Solon à l’objection
que lui fait Anacharsis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« On respecte un accord, si aucune des parties n’a intérêt à en
transgresser les dispositions. Il en va de même pour mes lois : je les
adapte à mes concitoyens afin de faire comprendre à tous que respecter la
justice vaut mieux que transgresser la loi. » (ibidem)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette argumentation me semble harmoniser deux conceptions différentes du
Droit : l’une, qu’on peut appeler moraliste, identifie l’ordre légal à
l’ordre juste, en sorte que respecter les lois, c’est vraiment respecter la
justice (l’antithèse d’une telle position serait représentée par la
dénonciation naturaliste du Droit positif exprimée par Calliclès dans
&lt;strong&gt;La République&lt;/strong&gt; de Platon) ; l’autre, d’inspiration
utilitariste, identifie l’ordre légal à un ordre utile pour tous les
citoyens.&lt;br /&gt;
La tension classique entre le juste et l’utile, l’un n’impliquant pas l’autre,
semble réduite par une conception de la justice non comme absolu mais comme
relative à la réalité présente de la cité : les lois sont adaptées aux
citoyens, ce qui ne veut pas dire que les lois expriment les intérêts des
citoyens, ce qui serait faire du juste un simulacre. J’y devine plutôt l’idée
qu’il y a des degrés de justice et qu’on ne peut décider du degré de justice à
établir sans prendre en compte l’état de la société. En somme j’invente ici un
Solon réaliste mais non machiavélien dont la connaissance des choses sert de
moyen à l’établissement de normes non seulement respectables mais aussi
respectées en fait ( si je dis « j’invente », c’est afin de faire
comprendre qu’un tel billet, comme beaucoup d’autres, vise moins à atteindre
l’exactitude historique concernant les doctrines de Solon - « ils sont
trop verts et bons pour des goujats&amp;quot; - qu’à prélever dans ces textes
historiques des arguments philosophiques dans le but de les évaluer en tant que
tels )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble donc que Solon répond ainsi à l’objection de la loi - toile
d’araignée : les lois sont des toiles d’araignée quand les riches et les
puissants ont plus intérêt à les transgresser qu’à les respecter. Le problème
du législateur est donc d’établir des lois relativement justes que non
seulement les pauvres mais aussi les riches ont un intérêt personnel à
respecter. Si le Droit est alors respecté, ce n’est pas parce que les citoyens
se sont hissés à son niveau, c’est parce que le législateur a d’une part révisé
à la baisse le degré de justice qu’il veut instituer et a d’autre part fait
voir à chacun la loi impersonnelle sous l’aspect d’une expression de son
intérêt personnel.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Quand un homme riche en sagesse rencontre un riche tout court: Solon et Crésus (fin)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/11/09/Solon-cresus</link>
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    <pubDate>Sat, 10 Nov 2007 09:02:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Sages</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Finalement Crésus, sur le point de mourir, reconnaîtra le bien-fondé de
l’avertissement de Solon. Vaincu par Cyrus et condamné à être brûlé vif,
« il éleva la voix pour la faire porter le plus loin qu’il pouvait, et il
cria, par trois fois : « Solon ! ». Cyrus s’étonna ; il lui
fit demander quel homme ou quel dieu était ce Solon, le seul qu’il invoquait
dans cette situation désespérée. Crésus lui répondit sans rien
dissimuler : « C’était un des sages de la Grèce. Je l’avais fait
venir, mais je ne voulais pas entendre ni apprendre de lui ce qui m’était
nécessaire. Je souhaitais l’avoir pour spectateur et, quand il s’en irait,
qu’il témoigne de ce bonheur dont la perte m’a fait plus de mal que la
possession ne m’a jamais apporté de bien. &lt;ins&gt;En effet, quand je le possédais,
le bien que j’en retirais se résumait à des mots, à une apparence ; mais
sa disparition m’a causé, dans les faits, des souffrances terribles et un
malheur inguérissable&lt;/ins&gt;. Or cet homme, se fondant sur ce qu’il voyait
alors, devina ma situation actuelle ; il m’engagea à considérer la fin de
ma vie et à ne pas m’abandonner à la démesure, en tirant orgueil de conjectures
incertaines » » (&lt;strong&gt;Vie de Solon&lt;/strong&gt; Plutarque in &lt;strong&gt;Vies
parallèles&lt;/strong&gt; Quarto Gallimard)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que ce « testament philosophique » de Crésus précise
de manière pessimiste la mise en garde de Solon. Ce dernier rappelait le risque
permanent de la souffrance mais ne réduisait pas la possession des biens
« à des mots, à une apparence » ; il condamnait l’attitude consistant
à ne pas réaliser que les biens qui constituent le bonheur peuvent à chaque
instant nous échapper. A l’orgueil de celui qui s’approprie imaginairement les
biens dont il profite momentanément, il opposait la modération de celui qui
anticipe à chaque instant la possibilité de la fin du bonheur.&lt;br /&gt;
Or, Crésus donne ici une définition toute négative du bonheur, puisqu’il
consiste seulement dans l’absence de la souffrance produite par un revers de
fortune. S’il est impossible d’être heureux toute sa vie, il n’en reste pas
moins qu’un tel bonheur ne serait en rien plénitude. Etre heureux : des
mots (on se dit et on dit aux autres qu’on a le pouvoir, l’argent, la santé
etc), une apparence (les autres nous voient puissant, riche, sain etc). Mais
être malheureux, ce n’est plus des mots et une apparence, c’est la douleur bel
et bien ressentie.&lt;br /&gt;
On reste pourtant loin, je crois, de l’épicurisme et de la définition du
plaisir comme absence de douleur. En effet ressentir le plaisir, même en ce
sens, est l’expérience positive de l’absence de douleur, alors que les paroles
que Plutarque prête à Crésus suggèrent que le bonheur est un mot qui désigne le
fait d’avoir mais ne correspond à aucun état psychologique spécifique. Certes
&amp;quot;malheur&amp;quot; est aussi un mot mais il ne renvoie pas seulement au fait de ne plus
avoir…&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Quand un homme riche en sagesse rencontre un riche tout court: Solon et Crésus (2)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/10/26/Quand-un-homme-riche-en-sagesse-rencontre-un-riche-tout-court%3A-Solon-et-Cresus-2</link>
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    <pubDate>Fri, 26 Oct 2007 18:53:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Sages</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;J’ai déjà analysé dans le billet du 2 Juin 2005 ce que Solon répond à Crésus
lui demandant quel est l’homme le plus heureux qu’il a vu : il cite en
premier Tellos et en second les frères Cléobis et Biton.&lt;br /&gt;
Je voudrais aujourd’hui m’attarder sur les raisons qu’il donne pour justifier
une hiérarchie qui n'attribue pas à Crésus la première place. Comme Diogène
Laërce est muet sur ce sujet (il me donne quelquefois l’impression de résumer
« à la hache » Hérodote et Plutarque), il faut aller chercher les
raisons dans les textes de ces deux derniers.&lt;br /&gt;
En fait c’est le texte le plus ancien, celui d’Hérodote, qui les articule le
plus explicitement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Seigneur, reprit Solon, vous me demandez ce que je pense de la vie
humaine : ai-je donc pu vous répondre autrement, moi qui sais que la
Divinité est jalouse du bonheur des humains et qu’elle se plaît à le troubler
?(&lt;em&gt;Plutarque présente une autre figure de la divinité, étrangement
double : d’une part elle accorde et retire aux hommes les biens
(« l’homme a qui la divinité a accordé la prospérité jusqu’au bout… »
&lt;strong&gt;Vie de Solon&lt;/strong&gt; 27-9), d’autre part elle fonde l’éthique et plus
précisément la tempérance dans l’usage de ces mêmes biens (« la divinité
nous a donné, à nous autres Grecs, de nous comporter en tout avec modération,
et cette modération nous confère une sagesse qui paraît craintive et vulgaire,
et n’a rien de loyal ni d’éclatant.. » ibid. 27-8&lt;/em&gt;) car dans une
longue carrière on voit et l’on souffre bien des choses fâcheuses (&lt;em&gt;plus
tard autant les épicuriens que les stoïciens penseront avoir trouvé des remèdes
à une telle souffrance&lt;/em&gt;). Je donne à un homme soixante-dix ans pour le plus
long terme de sa vie (&lt;em&gt;Montaigne s’appuyant précisément sur ce passage
d’Hérodote écrira dans &lt;strong&gt;De l’expérience&lt;/strong&gt; (
&lt;strong&gt;Essais&lt;/strong&gt; III 13) : « Les hommes se font accroire
qu’ils ont eu autrefois, comme la stature, la vie aussi plus grande. Mais
Solon, qui est de ces vieux temps-là, en taille pourtant l’extreme durée à
soixante dix ans »&lt;/em&gt;). Ces soixante-dix ans font vingt-cinq mille deux cents
jours, en omettant les mois intercalaires ; mais si chaque sixième année
on ajoute un mois, afin que les saisons se retrouvent précisément au temps où
elles doivent arriver, dans les soixante-dix ans vous aurez douze mois
intercalaires, moins la troisième partie d’un mois, qui feront trois cent
cinquante jours, lesquels, ajoutés à vingt-cinq mille deux cents, donneront
vingt-cinq mille cinq cent cinquante jours (&lt;em&gt;ces considérations savantes -
qui tourneraient à la digression si elles n’étaient pas peut-être une manière
sophistiquée de faire réaliser à Crésus la durée et donc l’incertitude d’une
vie- ont disparu du texte de Plutarque&lt;/em&gt;). Or de ces vingt-cinq mille cinq
cent cinquante jours, qui font soixante-dix, vous n’en trouverez pas un qui
amène un événement absolument semblable (&lt;em&gt;Marc-Aurèle : « Quand on
voit ce qui est maintenant, on a tout vu, et ce qui s’est passé depuis
l’éternité, et ce qui se passera jusqu’à l’infini ; car tout est pareil en
gros et en détail. » &lt;strong&gt;Pensées&lt;/strong&gt; VI 37&lt;/em&gt;). Il faut donc en
convenir, seigneur, l’homme n’est que vicissitude. Vous avez certainement des
richesses considérables et vous régnez sur un peuple nombreux (&lt;em&gt;Solon ne met
pas du tout en question l’idée que la richesse et le puissance sont des
biens&lt;/em&gt;) ; mais je ne puis répondre à votre question que je ne sache si
vous avez fini nos jours dans la prospérité; car l’homme comblé de richesses
n’est pas plus heureux que celui qui n’a que le simple nécessaire, à moins que
la fortune ne l’accompagne, et que, jouissant de toutes sortes de biens, il ne
termine heureusement sa carrière (&lt;em&gt;ce n’est pas que l’argent ne fait pas le
bonheur, c’est plutôt qu’il ne fait pas seul le bonheur&lt;/em&gt;). Rien de plus
commun que le malheur dans l’opulence (&lt;em&gt;ce n’est pas que l’opulence rend
malheureux, c’est qu’elle ne suffit pas à rendre heureux&lt;/em&gt;), et le bonheur
dans la médiocrité. Un homme puissamment riche, mais malheureux, n’a que deux
avantages sur celui qui a du bonheur ; mais celui-ci en a un grand nombre
sur le riche malheureux. L’homme riche est plus en état de contenter ses désirs
(voici un énoncé que réfutera entre autres la doctrine épicurienne) et de
supporter de grandes pertes ; mais, si l’autre ne peut soutenir de grandes
pertes ni satisfaire ses désirs, son bonheur le met à couvert des uns et des
autres (&lt;em&gt;j’entends : la fortune ne lui cause pas de grandes pertes et
ne lui fait pas ressentir des désirs qui ne pourraient être satisfaits que
grâce à la richesse&lt;/em&gt;), et en cela il l’emporte sur le riche. D’ailleurs il
a l’usage de tous ses membres, il jouit d’une bonne santé, il n’éprouve aucun
malheur, il est beau, et heureux en enfants (&lt;em&gt;cinq conditions du bonheur qui
ne dépendent pas de la volonté : on est loin de l’autonomie des
philosophes hellénistiques&lt;/em&gt;). Si à tous ces avantages vous ajoutez celui
d’une belle mort (&lt;em&gt;belle mort de Tellos = mourir glorieusement pour son
pays, belle mort de Biton et Cléobis = mourir sans souffrance et sans
chagrin&lt;/em&gt;), c’est cet homme-là que vous cherchez, c’est lui qui mérite
d’être appelé heureux. Mais, avant sa mort, suspendez votre jugement, ne lui
donnez point de nom ; dites seulement qu’il est fortuné. Il est impossible
qu’un homme réunisse tous ces avantages, de même qu’il n’y a point de pays qui
se suffise, et qui renferme tous les biens : car, si un pays en a
quelques-uns, il est privé de quelques autres ; le meilleur est celui qui
en a le plus (&lt;em&gt;c’est étrange: la comparaison de l’homme heureux avec le pays
caractérisé par une indépendance économique totale incline plus à penser à
l’autarcie du stoïcien qu’à cette dépendance toujours comblée par rapport à la
fortune&lt;/em&gt;). Il en est ainsi de l’homme : il n’y en a pas un qui se
suffise à lui-même : s’il possède quelques avantages, d’autres lui
manquent (&lt;em&gt;puis-je traduire en termes kantiens : le bonheur absolu est
un idéal de l’imagination ?&lt;/em&gt;). Celui qui en réunit un plus grand nombre,
qui les conserve jusqu’à la fin de ses jours, et sort ensuite tranquillement de
cette vie ; celui-là, seigneur, mérite à mon avis, d’être appelé heureux.
Il faut considérer la fin de toutes choses, et voir quelle en sera
l’issue ; car il arrive que Dieu, après avoir fait entrevoir la félicité à
quelques hommes, la détruit souvent radicalement (&lt;em&gt;reprise de la conception
potentiellement maléfique de la divinité&lt;/em&gt;) »
(&lt;strong&gt;Histoires&lt;/strong&gt; I 32 trad. Larcher)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte de Plutarque, bien qu’il reprenne en gros la thèse de Solon, lui
adjoint une dimension volontariste, sans doute en partie illusoire : on
serait porté à s`attribuer le mérite d’avoir les biens dont on jouit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Au spectacle des vicissitudes qui agitent sans cesse la vie humaine,
la divinité nous empêche de nous enorgueillir des biens que nous avons, ou
d’admirer chez un homme un bonheur que le temps peut altérer » (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que dire d’un homme qu’il est heureux alors qu’il est encore vivant
« ressemble à proclamer vainqueur et à couronner un athlète qui
combattrait encore » (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant chez Plutarque que chez Hérodote est soulignée l’idée que le bonheur
ne dépend en fin de compte pas de nous, mais il me semble que Plutarque, en
même temps qu’il moralise la divinité, a une position ambiguë concernant la
part de responsabilité qu’on a dans la possession des biens ; s’il
encourage à penser l’orgueil et l’admiration comme déplacés (au sens où les
biens échoient à celui qui en profite), la métaphore de l’athlète mène vers une
autre piste: la volonté a certes une efficace mais elle ne peut rien contre la
Fortune.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Quand un homme riche en sagesse rencontre un riche tout court : Solon et Crésus (1)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/10/20/Quand-un-homme-riche-en-sagesse-rencontre-un-riche-tout-court-%3A-Solon-et-Cresus</link>
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    <pubDate>Sat, 20 Oct 2007 23:23:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Sages</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;D’abord pourquoi Solon rend-il visite à Crésus ? Hérodote, Plutarque et
Aristote convergent : s’il voyage hors d’Athènes pendant dix ans, c’est
pour que les lois qu’il y a établies restent tout ce temps en vigueur,
« les Athéniens s’étant engagés par des serments solennels à observer
pendant dix ans les règlements qu’il leur donnerait. » (Hérodote
&lt;strong&gt;Histoire&lt;/strong&gt; I 29 trad. de Larcher 1842). « Examiner les
mœurs et les usages des différentes nations » selon Hérodote (ibidem),
faire « du commerce sur mer » selon Plutarque (&lt;strong&gt;Vie de
Solon&lt;/strong&gt; XV trad. de Anne-Marie Ozanam 2001), voici les prétextes
destinés à cacher la politique de Solon. Rencontrer Crésus n’est donc qu’un
alibi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant l'arrivée de Solon à Sardes, capitale où règne Crésus, la version
d’Hérodote est franchement moins intéressante que celle rapportée par
Plutarque.&lt;br /&gt;
Hérodote : « Crésus le reçut avec distinction et le logea dans son
palais » (I 30)&lt;br /&gt;
Plutarque : « Solon se rendit donc à Sardes, sur l’invitation de
Crésus, et il se trouva à peu près dans la situation d’un homme du continent
qui descend pour la première fois vers la mer et qui croit la reconnaître dans
chacun des fleuves qu’il rencontre. De la même manière, Solon, parcourant le
palais et voyant de nombreux princes richement parés marcher fièrement au
milieu d’une foule d’appariteurs, prenait chacun d’eux pour Crésus. »&lt;br /&gt;
Que veut donc dire Plutarque par cette étrange comparaison ? C’est
certainement un trait en faveur de Solon de ne pouvoir même pas imaginer les
richesses de Crésus. En tout cas, dès les premières lignes de la vie qu'il lui
consacre, Plutarque a décrit Solon comme n’étant pas intéressé par l’argent,
même s’il pratiquait le commerce, mais à seule fin de gagner sa vie. Les vers
attribués à Solon et cités par Plutarque sont clairs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je veux avoir du bien, mais non injustement » (II 4)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Souvent méchant est riche, homme de bien est pauvre,&lt;br /&gt;
Nous n’échangerons pas pourtant notre vertu&lt;br /&gt;
Contre les biens d’autrui. Car elle est chose stable,&lt;br /&gt;
Mais les trésors toujours passent d’un homme à l’autre » (III 2)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plutarque poursuit:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il fut conduit en sa présence. Le roi s’était orné des pierres, des
étoffes teintes et des parures d’or richement travaillées qui lui semblaient
particulièrement remarquables, exceptionnelles et enviables, pour se faire voir
sous l’aspect le plus impressionnant et le plus brillant. » (XXVII 3)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blaise Pascal oppose les magistrats et les médecins aux rois ; pour en
imposer, les premiers se déguisent mais « nos rois n’ont pas recherché ces
déguisements. Ils ne se sont pas masqués d’habits extraordinaires pour paraître
tels ; mais ils se sont accompagnés de gardes, de hallebardes. Ces trognes
armées qui n’ont de mains et de forces que pour eux, les trompettes et les
tambours qui marchent au-devant, et ces légions qui les environnent, font
trembler les plus fermes. Ils n’ont pas l’habit seulement, ils ont la force. Il
faudrait avoir une raison bien épurée pour regarder comme un autre homme le
Grand Seigneur environné, dans son superbe sérail, de quarante mille
janissaires. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Crésus, lui, cumule le déguisement de ceux qui n’ont que des « sciences
imaginaires » (Pascal) et le déploiement de force, propre aux puissants.
Mais Solon a « une raison bien épurée » :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Mais quand Solon se tint en face de lui, cette vue ne lui inspira
aucun des sentiments, aucune des paroles auxquels Crésus s’était attendu ;
les gens sensés voyaient bien qu’il méprisait ce manque de goût et cette
vulgarité » (XXVII 4)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant Crésus, ne pouvant pas partager la perspective philosophique, prend
le mutisme de Solon pour l’effet d’une trop grande discrétion de sa
part :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Alors Crésus ordonna de lui ouvrir ses trésors, et de l’emmener voir
le reste de ses biens et de ses richesses. Solon n’en avait nul besoin :
la vue de Crésus suffisait à lui faire comprendre son caractère. »
(ibidem)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plutarque a considérablement enrichi Hérodote qui se contentait de signaler
brièvement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Trois ou quatre jours après son arrivée, Solon fut conduit par ordre
du prince dans les trésors, dont il lui montra toutes les richesses. » (I
30)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu’a inventé Plutarque, c’est un Solon qui, comme les Persans de
Montesquieu, allie l’étonnement naïf du dépaysé à la conscience critique du
censeur moraliste.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Flash-back : le jugement de Plutarque sur Thalès, donneur de leçons à Solon.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/10/09/Flash-back-%3A-le-jugement-de-Plutarque-sur-Thales-donneur-de-lecons-a-Solon</link>
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    <pubDate>Tue, 09 Oct 2007 21:40:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Sages</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Plutarque condamne Thalès pour plusieurs raisons : d’abord il l’accuse
de ne pas tenir compte de la nature humaine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« L’âme porte en elle quelque chose qui la pousse à la tendresse ;
la nature l’a faite pour aimer, autant que pour sentir, penser et se
souvenir » (&lt;strong&gt;Vie de Solon&lt;/strong&gt; in &lt;strong&gt;Vies
parallèles&lt;/strong&gt; p.203)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la raison philosophique, manquant de lucidité, prive ce penchant naturel
de son objet naturel (les parents : la femme, les enfants), il s’attache,
qu’on le veuille ou non, à d’autres objets ; il en va ainsi de Thalès:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il n’avait pas renoncé à avoir des amis, des proches et une
patrie ; il avait même adopté, dit-on, Cybisthos, le fils de sa
sœur » (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a pire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« On trouve des gens qui s’opposent au mariage et à la procréation avec
une extrême dureté et qui ensuite se perdent en regrets sans fin quand les
enfants des esclaves de la maison ou les bébés des concubines tombent malades
et meurent. » (p.204)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et encore pire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il y en a même que la mort de chiens et de chevaux a plongés dans un
deuil honteux et intolérable » (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble donc y avoir deux catégories de choses aimables : les objets
naturels et les substituts ; l’ensemble des ersatz se divisent à son tour
en deux : les ersatz acceptables (les amis, les proches, la patrie) et les
ersatz honteux (avec le comble de la honte quand l’animal prend la place de
l’humain) - on pourrait ajouter à la liste de Plutarque un ersatz super
honteux : quand la chose remplace l’homme : « aimer sa voiture,
sa maison, son ordinateur »- . Que Plutarque hiérarchise les objets d’amour
possibles est manifeste à travers cette comparaison inattendue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Comme une propriété ou une terre dépourvue d’héritiers légitimes, la
tendresse est envahie et accaparée par des étrangers, des bâtards ou des
serviteurs » (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On devrait donner sa tendresse, comme ses terres, à qui de droit ;
faute de le faire, on la donne à qui ne la mérite pas. On est loin d’une
philosophie qui légitimerait l’hospitalité ! L’amour des étrangers est le
signe d’un défaut…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plutarque ajoute qu’on ne gagne en outre rien du tout à renoncer aux objets
naturels de tendresse car la douleur dont on pense faire l’économie est
virtuellement contenue dans l’attachement aux ersatz (si bien qu’un Solon
ingénieux aurait pu inverser les rôles et faire frémir Thalès en lui faisant
croire à la mort, par exemple, de son neveu…). Plutarque insiste aussi sur la
part à faire au tempérament : l’anxieux aura beau se priver de tous les
objets possibles d’inquiétude, il sera enclin à avoir peur pour rien à propos
des objets auxquels, parce qu’étant rien qu’un homme, il sera nécessairement
attaché.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Plutarque attaque Thalès (et pas que Thalès !) sur un autre
front : on ne peut être assuré de la possession d’aucun bien. On se
rappelle entre autres les autarcies épicuriennes et stoïciennes : il
fallait investir dans des biens tels qu’on ne peut pas les perdre. Or,
Plutarque soutient que rien n’est inaliénable :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Même la vertu, le plus grand et les plus doux des biens, peut se
perdre parfois, sous l’influence des maladies ou de certaines
drogues. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le stoïcisme, la maladie n’est toujours que physique, la souveraineté
psychique étant inentamable. Avec Plutarque, aucune intériorité n’est à l’abri
de l’extériorité…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reste du texte me paraît beaucoup plus convenu : par la raison on
peut se fortifier contre les inévitables coups du sort. Il crée alors deux
figures symétriquement inversées : celui qui perd un fils remarquable
(lequel représente donc le niveau optimal de l’objet naturel de l’amour) mais
garde raison et celui qui perd un chien (le plus bas degré de l’objet de
substitution) et se lamente. Avec ce retour en force des pouvoirs de la raison,
l’argumentation de Plutarque perd son pouvoir démystificateur.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2007/10/09/Flash-back-%3A-le-jugement-de-Plutarque-sur-Thales-donneur-de-lecons-a-Solon#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Flash-back: Thalès et Solon ou que la sagesse revient à faire la part à sa vulnérabilité.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/10/06/Flash-back%3A-Thales-et-Solon-ou-que-la-sagesse-revient-a-faire-la-part-a-sa-vulnerabilite</link>
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    <pubDate>Sat, 06 Oct 2007 17:49:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Sages</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Thalès n’a pas eu de descendance. A en croire Diogène Laërce, cela aurait
été « par amour des enfants » (I 26). Mais Plutarque rapporte dans la
&lt;strong&gt;Vie de Solon&lt;/strong&gt; une anecdote qui prête à une autre
interprétation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Quant à Thalès, Solon lui rendit visite à Milet. Il s’étonna de voir
qu’il ne s’était pas soucié de se marier et d’avoir des enfants. Sur le moment,
Thalès ne répondit rien; il laissa passer quelques jours, puis il amena devant
Solon un étranger, qui prétendait arriver à l’instant d’Athènes. Solon lui
demanda s’il y avait du nouveau là-bas. L’autre, à qui Thalès avait fait la
leçon, répondit : « Rien, sauf, par Zeus ! les funérailles d’un
jeune homme, dont toute la cité suivait le cortège. C’était, disait-on, le fils
d’un homme éminent, qui surpasse en vertu tous ses concitoyens. Or le père
était absent, en voyage, disait-on, depuis longtemps déjà… - Le
malheureux ! s’écria Solon. Comment l’appelaient-ils ? – J’ai entendu
le nom, dit l’homme, mais je ne m’en souviens pas. Je sais seulement qu’on
parlait beaucoup de sa sagesse et de sa justice. »&lt;br /&gt;
A chacune de ces réponses, Solon sentait augmenter ses craintes. Pour finir,
bouleversé, il suggéra le nom à l’étranger : « Le mort n’était-il pas
fils de Solon ? » La réponse de l’autre fut affirmative. Alors Solon se
frappa la tête, se mit à faire et à dire tout ce qu’inspire une violente
émotion. Mais Thalès, lui prenant la main, lui dit en riant :
« Voilà, Solon, ce qui m’empêche de me marier et d’avoir des enfants,
c’est ce qui te bouleverse, même toi, le plus ferme des hommes. Allons,
rassure-toi, ce qu’on vient de te dire n’est pas vrai ! » (&lt;strong&gt;Vies
parallèles&lt;/strong&gt; trad. Anne-Marie Ozanam p.203 Quarto)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux sages mais tous deux sensibles donc fragiles, d’une fragilité
essentielle. Ce qui distingue Thalès de Solon c’est que le premier délibérément
se met à l’abri de ce dont il sait qu’il sera accablé.&lt;br /&gt;
Cette idée du perfectionnement de soi, bien qu’illustrée par des hommes censés
être au-delà des philosophes, nous touche plus que l’insensibilité des
philosophes stoïciens, dont les larmes, si elles ne sont pas preuves de l’échec
à se hisser à la hauteur de la vie philosophique, ne sont que les
manifestations extérieures d’un comportement de deuil socialement exigé.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2007/10/06/Flash-back%3A-Thales-et-Solon-ou-que-la-sagesse-revient-a-faire-la-part-a-sa-vulnerabilite#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Phérécyde et les dieux.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/09/08/64-pherecyde-et-les-dieux</link>
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    <pubDate>Thu, 08 Sep 2005 19:25:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Sages</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;D’après Théopompe, historien et orateur du 4ème siècle, Phérécyde aurait été
le premier physicien et le premier théologien grec en écrivant &lt;strong&gt;Sur la
nature et les dieux&lt;/strong&gt;. Diogène Laërce a dû y attacher de l’importance
car, alors qu’il se réfère généralement aux oeuvres sur la fin de la
biographie, c’est dans ce cas dès la deuxième phrase qu’il le fait. Que pouvait
donc contenir cet ouvrage ? C’est un des intérêts de Diogène d’éveiller
l’imagination en citant des titres de livres perdus. Mais lisons la suite du
texte. Je comprends immédiatement que Phérécyde croit dans l’existence des
dieux puisqu’il lui a suffi de voir Héraclès en rêve pour obéir à l’ordre que
ce dernier lui donnait. Plus que cela il semble même connaître la langue des
dieux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il disait aussi que les dieux appellent la table (des sacrifices)
thuoros » (I 119)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Précisément je ne pense pas que c’était pour les Grecs un problème de savoir
comment les dieux communiquaient, la question ne se posait pas: ils parlaient
grec. Mais ce que Phérécyde a peut-être voulu dévoiler, c’est le mot juste pour
désigner l’objet en question. Ceci dit, le fameux livre existe encore au 3ème
siècle après JC, Diogène l’assure, il en rapporte même la première
phrase :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Zeus, Chronos et C(h)thonie étaient depuis toujours. C(h)thonie reçut
le nom de Terre, parce que Zeus lui donna la terre en guise de privilège »
(119)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quelques mots me suggèrent que ce texte est dans la veine de la
&lt;strong&gt;Théogonie&lt;/strong&gt; d’Hésiode. Mais rien n’interdit de penser que ces
noms propres désignent des allégories et que s’organise sous l’apparent défilé
des divinités une toute autre recherche. C’est ce que Clémence Ramnoux suggère
dans l’article qu’elle consacre à Phérécyde dans l’&lt;strong&gt;Encyclopédie
universalis&lt;/strong&gt;. En tout cas, ces certitudes dogmatiques font mauvais
ménage avec ce que Phérécyde dit de son ouvrage dans la lettre (apocryphe)
qu’il adresse à Thalès. En effet il demande d’abord qu’on le relise:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Si toi, avec les autres Sages, tu en approuves (le contenu), rends-le
public comme il est. Si en revanche vous ne l’approuvez pas, ne le rends pas
public. » (122)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, ces Sages apparaissent comme une communauté de
théologiens, apte à déterminer ce qui correspond ou non à la réalité des Dieux.
Plus loin Phérécyde justifie ainsi sa prudence :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Car (l’ouvrage) ne me satisfait pas encore. La certitude des faits
n’est pas (établie) (&lt;em&gt;il semble que cette théologie est plus historique et
narrative que démonstrative et spéculative&lt;/em&gt;) et je ne prétends pas
connaître la vérité, mais seulement ce qu’on peut dire en discourant sur les
dieux (&lt;em&gt;osant prendre au sérieux ce passage « probablement
corrompu » selon Richard Goulet, j’imagine donc que Phérécyde entendait
écrire : « On dit que Zeus, Chronos etc »&lt;/em&gt;). Le reste est matière
à réflexion ; car je formule tout sous forme énigmatique (&lt;em&gt;comme si se
contentant de rapporter les paroles habituelles il était incapable de formuler
des paroles véridiques&lt;/em&gt;) » (122)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu’on lui attribue un épigramme commençant par « Le sommet de
toute sagesse est en moi », Phérécyde, par ses aveux sceptiques confiés en fin
de vie à Thalès, reconnaît que le dernier des sages n’a pas mis fin à la
recherche de la vérité. Les philosophes, bien que précédés par les sages, ont
donc encore de quoi faire !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Phérécyde ou comment mettre des parasites au service d'une conquête militaire.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/09/07/66-pherecyde-ou-comment-mettre-des-parasites-au-service-d-une-conquete-militaire</link>
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    <pubDate>Wed, 07 Sep 2005 19:31:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Sages</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Courir le risque de la mort pour son pays, c’est ordinaire. Phérécyde, lui,
innove : il offre sa mort. Ce n’est pas en effet avec les forces de son
corps vivant qu’il va aider Ephèse à remporter la victoire sur Magnésie, mais
avec l’immobilité inerte de son cadavre. Jugez plutôt :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« (...) il demanda à un passant d’où il était. Comme l’autre répondit
« d’Ephèse », il lui dit : « Traîne-moi donc par les jambes
(&lt;em&gt;ce mode de locomotion funéraire me paraît bien rude&lt;/em&gt;) et dépose-moi
sur le territoire des Magnésiens, puis annonce à tes concitoyens de m’ensevelir
sur place après la victoire. (Dis-leur que c’est là) ce qu’a prescrit
Phérécyde. L’autre transmit ce message. Quant aux Ephésiens, le lendemain,
ayant lancé une attaque, ils l’emportent sur les Magnésiens, ensevelissent sur
place Phérécyde qui était mort et lui rendent des hommages somptueux» (I
117-118)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas pourquoi Phérécyde, originaire de l’île de Syros, est attaché
à Ephése et pourquoi les Ephésiens se battent pour récupérer son corps :
ce corps glorieux avant la victoire et non après, comme pour le banal martyr.
Les Ephésiens ont donc atteint leur but (vaincre les Magnésiens) en étant
contraints par l’ultime décision de Phérécyde à en viser un autre (accomplir un
rite mortuaire). Le sage se fait instrument de la victoire. Mais là encore il
semble agir sur ordre, si l’on en croit l’épigramme que Diogène Laërce écrit en
son honneur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il ordonna qu’on le mît chez les Magnésiens pour donner victoire aux
valeureux citoyens d’Ephèse. Car il y avait un oracle, que lui seul
connaissait, Qui prescrivait ce geste. » (121)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Diogène a raison, Phérécyde, le mort conquérant, n’est pas un astucieux
stratège mais juste un bon Grec qui se conforme, par prudence, à un oracle.
Mais de quoi était-il mort ? D’une invasion de poux, dit-on, ou d’une
phtiriasis, pour le dire en termes plus choisis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« L’illustre Phérécyde qu’enfanta un jour Syros a perdu, rapporte-t-on,
son ancien aspect quand il fut (dévoré) par les poux » écrit encore
Diogène.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il dût être sévèrement ravagé pour avoir inventé la communication par le
doigt, si on peut dire. Pythagore, dont il est traditionnel de dire qu’il était
le disciple de Phérécyde, étant venu prendre de ses nouvelles, « il fit
passer son doigt par le trou de la porte (&lt;em&gt;dans une lettre à Thalès, il
précise qu’il s’agit du trou de la serrure&lt;/em&gt;) et dit : « Ma peau
le montre clairement » (118)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’imagine un cynique atteint d’une telle pathologie pédiculaire ; il
aurait paradé, fier d’être laid, sur les places publiques, faisant
gaillardement du petit animal une preuve de la fragilité du corps, jouissant de
la méprise de ceux qui se seraient détournés de lui parce qu’ils l’auraient
confondu avec sa peau. Mais enfin, défiguré et pudique, Phérécyde a su tout de
même d’une certaine manière faire belle figure sur le champ de bataille.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Epiménide: plus qu'un homme, moins qu'un dieu.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/09/04/68-epimenide-plus-qu-un-homme-moins-qu-un-dieu</link>
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    <pubDate>Sun, 04 Sep 2005 19:39:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Sages</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Tel un patriarche biblique, Epiménide a vécu 299 ans ou 157 ans ou 154 ans,
rapporte sans ciller Diogène Laërce. Entre mortel et immortel en somme, ce que
suggèrent aussi d’autres traits :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) « Démétrios dit que certains rapportent qu’il reçut des Nymphes une
nourriture particulière et qu’il la conserva dans un sabot de boeuf (&lt;em&gt;chez
les Grecs le boeuf est un animal sacré&lt;/em&gt;). En prenant de cette nourriture un
tout petit peu à la fois, il ne rejetait aucun excrément et paraissait ne
jamais manger » (I, 114)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lis à propos des Nymphes dans l’ &lt;strong&gt;Encyclopedia
Universalis&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Généralement associées aux notions de fécondité, de croissance, aux
arbres comme à l’eau, elles n’étaient pas immortelles, mais douées toutefois
d’une existence extrêmement longue ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Epiménide, nourri par les nymphes, leur ressemble. Mais il faut
surtout ne pas le confondre avec un ascète : il ne fait pas l’effort de ne
pas manger, il bénéficie juste d’un aliment divin qui le fait vivre en
réduisant au maximum le processus: ingestion-digestion-excrétion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) « Certains disent que les Crétois lui offrent des sacrifices comme à
un dieu. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison en est sa capacité surhumaine à anticiper l’avenir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Lorsqu’il vit le port de Munichie à Athènes, il dit que les Athéniens
ignoraient tous les maux que cet endroit allait leur causer, sinon ils le
démantèleraient fût-ce avec leurs dents. Voilà ce qu’il disait bien des années
avant les événements. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de doute ici : le sage est un voyant. A la différence d’un
futurologue qui infère l’avenir à partir des signes du présent, Epiménide voit
le futur dans le présent. Cette vie ne me servira donc pas non plus à mettre en
garde les élèves contre certaines tendances fâcheusement irrationalistes de
leur époque ! Ces sages ne sont décidément pas de purs raisonneurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) « On dit aussi que dans une première vie il s’appelait Eaque – et
qu’il prédit aux Lacédémoniens la prise (de leur cité) par les Arcadiens – et
qu’il prétendait avoir souvent recommencé de nouvelles vies. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant le Christ, Epiménide est dieu fait homme, si on me pardonne
l’expression. En effet Eaque est fils de Zeus et juge aux Enfers avec Minos et
Rhadamante Décidément cette vie baigne dans le merveilleux. D’ailleurs
j’imagine qu’il y eut des relectures rationalistes d’une telle biographie. Le
trait suivant me paraît en porter la trace :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ils s’en trouvent qui prétendent qu’il ne s’est pas endormi, mais
qu’il s’est éloigné pendant un certain temps pour étudier la cueillette des
racines » (112)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet Epiménide aux pieds sur terre, absorbé par ce qui monte d'elle, me
paraît l’antithèse exacte de celui dont Diogène fait généralement le portrait
et qui est tourné vers le ciel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Théopompe, dans ses &lt;strong&gt;Récits merveilleux&lt;/strong&gt;, (dit qu’)
alors qu’il construisait le sanctuaire des Nymphes, une voix surgit du ciel
(disant) : « Epiménide, (ne construis) pas (de sanctuaire) pour les
Nymphes, mais pour Zeus » » (115)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vaut-il donc mieux honorer son père que sa nourrice ?&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Epiménide l'inclassable.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/09/04/67-epimenide-l-inclassable</link>
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    <pubDate>Sun, 04 Sep 2005 19:35:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Sages</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Epiménide n’est ni un philosophe, ni un prêtre, ni un théologien, ni un
littérateur, ni un politique : il est tout cela à la fois. Aucun de ces
qualificatifs ne désigne une aptitude sur laquelle les autres seraient fondées.
Il est expression, et non, à l'image entre autres de Socrate, contestation de
la culture grecque de son époque. Voyez ce que nous appelons aujourd’hui la
mythologie : il y baigne et la commente à la fois. Entouré et inspiré par
les dieux, il en traite aussi dans ses ouvrages. Comme Hésiode, il écrit une
&lt;strong&gt;Théogonie&lt;/strong&gt;, c’est-à-dire une généalogie des dieux. Il consacre
des milliers de vers à l’ &lt;strong&gt;Origine des Courètes&lt;/strong&gt; (les courètes
sont « les compagnons guerriers des dieux » si j’en crois Festugière)
&lt;strong&gt;et des Corybantes&lt;/strong&gt; (prêtres de Cybèle) et à &lt;strong&gt;La
construction du vaisseau Argos et la traversée de Jason vers la
Colchide&lt;/strong&gt;. Comme illustration de l’identité ambiguë d’Epiménide, je lis
dans les dernières lignes que lui consacre Diogène :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Myronianus cependant, dans ses &lt;strong&gt;Similitudes&lt;/strong&gt;, dit que
les Crétois l’appelaient Courète » (I, 115)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je prenais au sérieux le titre de l’ouvrage de cet auteur, connu
seulement pour les quelques références qu’y fait Diogène, je dirais donc que si
Epiménide n’était pas divinisé par certains de ses contemporains, ils
établissaient entre lui et les dieux une similitude. &amp;quot;Comme un dieu parmi les
hommes&amp;quot; pour reprendre l’expression employée par Epicure et lui servant à
désigner le sage à la fin de la &lt;strong&gt;Lettre à Ménécée&lt;/strong&gt;. Epiménide,
ce théologien qui a quelques apparences des êtres dont il traite, est aussi un
fondateur, voire le premier fondateur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il fonda aussi à Athènes le sanctuaire des Déesses Augustes, comme le
dit Lobôn d’Argos dans son traité &lt;strong&gt;Sur les poètes&lt;/strong&gt;. On dit
encore qu’il fut le premier à purifier les maisons et les champs et à fonder
des sanctuaires. » (112)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Epiménide ne participe pas seulement à une culture qu’il ne critique pas, il
semble même à travers ce que ces lignes suggèrent l’instituer, comme le
confirme son oeuvre politique. Non seulement il écrit (en prose cette fois) sur
la &lt;strong&gt;Constitution de la Crète&lt;/strong&gt; mais paraît même l’avoir
établie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Circule de lui aussi une lettre adressée à Solon le législateur, qui
contient la constitution que Minos établit pour les Crétois. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Minos, légendaire législateur, avait donc un nègre : il s’appelait
Epiménide.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Epiménide en purificateur.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/09/03/69-epimenide-en-purificateur</link>
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    <pubDate>Sat, 03 Sep 2005 19:41:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Sages</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Paradoxalement Epiménide est donc renommé non pour des efforts herculéens
mais pour une longue absence de 57 ans. Célèbre même jusqu’à Athènes, qui,
suivant un oracle de la Pythie, fait appel à lui pour se purifier de la peste.
Je ne mentionnerai donc pas Epiménide dans mes cours si je dois illustrer par
un exemple mémorable ce que certains historiens ont désigné du nom de
« miracle grec », c’est-à-dire la rupture avec le religieux et l’émergence
du rationnel, en somme lui aussi purifié de toute croyance suspecte à
l’entendement ! En revanche Epiménide me permettrait de parler
« philosophiquement » des ovins, sous la forme non plus d’un mouton
égaré et égarant, mais sous celle de multiples brebis, noires et blanches. Si
je ne suis pas assez savant pour commenter le choix de ces deux couleurs,
néanmoins je relève qu’elles sont aussi du genre divaguant, à une différence
près par rapport au mouton inaugural, c’est qu’Epiménide les fait errer, mais
pas n’importe où, dans un lieu prestigieux d’Athénes, l’Aéropage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Et là il les laissa aller où elles voulaient, après avoir ordonné à
ses assistants d’offrir, là où chacune d’elles se coucherait, un sacrifice au
dieu du voisinage. » (I, 110)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce texte Richard Goulet donne une variante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« de les sacrifier, là où chacune d’elles se coucherait, au dieu du
voisinage »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette deuxième version présente un sacrifice aléatoire franchement plus
économique puisque l’animal non seulement en indique le lieu mais aussi en
fournit la matière ! Je pense donc à des moutons non moutonniers, mais
fort individualistes, qui, en se dispersant, multiplient par la diversité des
endroits, donc des dieux, les chances de succès du rite de purification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Et c’est ainsi que le mal cessa. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis porté à penser que pour la réussite du tout il n’a même pas été
nécessaire d’identifier « le dieu du voisinage » (et d’ailleurs
qu’est-ce au juste qu’un dieu du voisinage ? A ma connaissance, les dieux,
loin d’être fixés ici ou là , ont une identité mobile et multiple. Sans doute
s'agit-il du temple du voisinage). En effet, Diogène Laërce, en
archéologue-guide de l’Athènes dont il est le contemporain, ajoute :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« C’est pourquoi encore aujourd’hui il est possible de découvrir dans
les dèmes d’Athènes (&lt;em&gt;le dème est une circonscription électorale ;
Claude Mossé fait l’hypothèse qu’il y en avait une centaine à l’origine :
les brebis se sont donc largement éparpillées...&lt;/em&gt;) des autels anonymes, en
souvenir de la propitiation qui fut alors célébrée. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a une autre version du sacrifice, plus sombre, où Epiménide
utilise son intelligence non pour inventer un dispositif hasardeux mais pour
identifier la source du mal:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« D’autres rapportent qu’il aurait dit que la cause de la peste était
la souillure liée à l’affaire de Cylon et qu’il aurait indiqué la façon de s’en
débarrasser. Et pour cette raison on aurait fait mourir deux jeunes gens,
Cratinos et Ctésibios, et le fléau aurait été dissipé ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne m’attendais pas à trouver un sage grec en sacrificateur de jeunes gens
(en effet le coupable de l’affaire est l’archonte Mégaclès, accusé d’avoir
massacré, alors qu’ils s’étaient réfugiés sous la protection d’Athéna, les
partisans de Cylon, candidat à la tyrannie ; les deux jeunes hommes,
auxquels Diogène ne fait plus jamais référence, ne sont donc que de vulgaires
boucs émissaires ou autrement dit des victimes propitiatoires). Il y a donc
deux Epiménide : l’un en sacrificateur qui fait tuer (Diogène précise
qu’il a des assistants) en aveugle des animaux et l’autre qui fait assassiner
en connaissance de cause des hommes. Cependant, la conclusion de l’histoire me
replace en terrain familier : il refuse l’argent que les Athéniens veulent
lui donner et préfère en bon politique une alliance entre Athènes et la Crète.
Voyons dans ce dernier trait autant le mépris des richesses que l’amour du bien
public. Cet homme aimé sans raison des Dieux mérite finalement son auréole.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Epiménide: être un sage, ce n'est pas forcément être éveillé.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/09/01/70-epimenide-etre-un-sage-ce-n-est-pas-forcement-etre-eveille</link>
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    <pubDate>Thu, 01 Sep 2005 19:44:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Sages</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;La vie d'Epiménide ne ressemble à aucune des vies précédentes. Certes les
premières lignes donnent le change: comme souvent, Diogène Laërce fait sa
généalogie en présentant des alternatives; dans son cas, on ne sait pas en fait
de qui il est le fils. Ceci dit, j'ai bientôt l'impression gênante de lire le
début d'une histoire fantastique:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Envoyé un jour par son père dans la campagne pour rechercher un mouton
(&lt;em&gt;ce sage semble donc avoir été d'abord un berger, du moins un paysan&lt;/em&gt;),
il dévia de son chemin à midi (&lt;em&gt;il se perd donc à l'heure où il fait le plus
clair&lt;/em&gt;) et il s'endormit dans une grotte pour cinquante-sept ans. En se
réveillant après tout ce temps, il cherchait le mouton, croyant avoir dormi peu
de temps (&lt;em&gt;voilà bien une illustration hyperbolique du caractère trompeur de
l'imagination humaine !&lt;/em&gt; ). Comme il ne le retrouvait pas, il vint dans le
champ: découvrant que tout avait changé et appartenait à quelqu'un d'autre, il
revint vers la ville, tout perplexe. Et là, entrant dans sa maison il rencontra
des gens qui lui demandèrent qui il était, jusqu'à ce qu' il trouve son plus
jeune frère, maintenant déjà âgé (&lt;em&gt;est-il devenu, le temps passant, le tout
petit frère de son pourtant jeune frère ?&lt;/em&gt;) et apprenne de lui toute la
vérité. Quand on l'eut reconnu, il fut considéré chez les Grecs comme l'homme
le plus aimé des Dieux (&lt;em&gt;pour avoir dormi cinquante-sept ans ?
Etrange ! Subir passivement pendant une si longue durée le passage du
temps, n'avoir donc aucune action à mettre à son compte et néanmoins être le
favori des dieux ! A moins que la faveur divine ne se traduise par le
maintien d'une apparence juvénile ?&lt;/em&gt;) (I, 109)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais que penser de cette histoire: dois-je en tirer l'idée qu'est sage
celui qui reste le même alors que tout change autour de lui ? Ce long
endormissement à l'abri de tout serait une allégorie paradoxale ? En sorte
que je pourrais faire de cet enfant immobilisé par le sommeil l'illustration de
l'éveil vigilant du stoïcien par exemple, enfermé dans sa citadelle
intérieure ? Comment ne pas penser aussi à la Caverne platonicienne, d'où
il faut s'enfuir au plus tôt si on veut découvrir la réalité ensoleillée du
monde intelligible ? Bizarre Epiménide qui fait ici l'inverse, en
s'enfonçant dans une grotte pour presque toute une vie alors que le soleil est
à son acmé ?&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Myson l'obscur.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/07/06/71-myson-l-obscur</link>
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    <pubDate>Wed, 06 Jul 2005 19:47:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Sages</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Anacharsis n’est pas comme Socrate: il est sûr d’être sage. Mais il va
pourtant vérifier auprès de la Pythie que personne d’autre n’est, de ce point
de vue, plus réussi que lui. Et l’oracle désigne Myson, celui-là même que
Platon dans le &lt;strong&gt;Protagoras&lt;/strong&gt; mettait dans la liste des sept sages
à la place de l’indigne Périandre. La prêtresse donne en plus une
adresse : « Chéné sur l’Oeta » ; ce qui est certain, c’est que
Myson est Grec mais originaire d’un endroit perdu. Laërce hésite entre deux
localisations puis consacre plusieurs lignes à présenter d’autres hypothèses.
Anacharsis, en tout cas, lui rend visite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Poussé par la curiosité, (Anacharsis) alla dans ce village et trouva
l’homme en train d’adapter en plein été une poignée à sa charrue. Il lui
dit : « Myson, ce n’est pas la saison de la charrue ». Et l’autre de
dire : « C’est précisément le moment de la réparer » (I,
106)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Anacharsis a bien inventé l’ancre et le tour de potier, il a un point
commun avec Myson : ce sont des techniciens. Certes celui-là est un
innovateur alors que le second n’est qu’un réparateur, mais les deux mettent
les mains à la pâte. Ces sages sont attachés aux choses et les perfectionnent,
les améliorent. Comme on est loin du cynique dont le rêve sera de se priver de
toute chose, à l’instar de l’animal, imaginé en relation directe avec la nature
sans la médiation d’aucun artefact ! Reste que ce Myson a tout de même le
côté cynique consistant à faire en hiver ce qu’on fait en été et inversement. A
vrai dire, sa posture n’est que modérément déplacée : au fond, ce sage un
peu fourmi n’est qu’un laboureur très prudent. Mais on ne sait pas ce que
Myson, à part cultiver la terre, pensait. De lui Diogène ne cite qu’une
sentence :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il disait qu’il ne fallait pas scruter les faits en se fondant sur
les paroles, mais scruter les paroles en se fondant sur les faits. Car ce n’est
pas en vue des paroles que les faits sont réalisés, mais c’est en vue des faits
que les paroles sont prononcées. » (108)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai l’impression que c’est une manière de mettre les actions au-dessus des
mots et d’encourager à juger les paroles des hommes à la lumière de ce qu’ils
font et non l’inverse. Appliquant cette manière de voir à Myson lui-même, j’en
conclus que, s’il répond à Anacharsis, c’est pour éclairer ce qu’il fait.
J’aurais tort de penser que, tel un cynique, il se fait voir en train de
réparer l’engin dans le seul but de donner une leçon. C’est un artisan qui
s’explique, pas un professeur qui joue au manuel. En remontrer n’a pas du tout
intéressé Myson : c’est en effet le seul sage misanthrope. Diogène,
s’appuyant sur Aristoxène, élève d’Aristote, le compare à Timon, non pas le
sceptique de Phlionte, l’auteur des mordantes &lt;strong&gt;Silles&lt;/strong&gt;, mais cet
Athénien connu seulement pour sa haine des hommes et célébré par Shakespeare.
Mais il a la misanthropie gaie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« On le vit en tout cas à Lacédémone rire tout seul dans un endroit
désert. Soudain, comme quelqu’un se présentait et lui demandait pourquoi il
riait alors que personne n’était là, il dit : « C’est justement pour
cette raison » (108)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je réalise que le rire d’un sage est un fait rare, Myson n’est-il pas le
premier dont Diogène rapporte le rire ? Mais celui-ci est une explosion
plutôt antipathique de triomphe solitaire. Etonnant sage, sans ami ni disciple,
dans le désert, comme un ermite qui n’aurait que le culte de soi. Montaigne
mentionne ce rire mais lui donne, je crois, un autre sens :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Mison l'un des sept sages, d'une humeur Timoniene et Democritiene
interrogé, dequoy il rioit seul : De ce que je ris seul :
respondit-il. » (&lt;strong&gt;Essais&lt;/strong&gt; Livre III, VII, De l’art de
conférer)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rire-là est un méta-rire, un rire sur le comique du rire déplacé, mais
reste l’énigme de la raison du premier rire, de celui, vite avorté en somme,
dont il rit. Ce sage isolé qui passe 97 ans à fuir les autres tant il se juge
différent, et je suppose meilleur, se retrouve à la fin pris pour un autre (et
pas le meilleur !) tant il faut beaucoup d’autres autour de soi pour être
quelqu’un de vraiment exceptionnel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Aristoxène dit que s’il n’était pas célèbre, c’est parce qu’il
n’était pas originaire d’une ville, mais d’un village, qui plus est obscur.
C’est pourquoi, à cause de son manque de célébrité, certains ont rattaché ce
qui le concerne à Pisistrate le tyran, mais ce n’est pas le cas de Platon le
philosophe. » (108)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin être immortalisé dans un dialogue de Platon, ce n’est tout de même pas
mal. Et puis ce presque inconnu des hommes a eu pour lui la reconnaissance
d’Apollon. Il aurait eu peut-être eu davantage s’il avait rendu constamment
publique sa détestation du genre humain, comme Cioran par exemple.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Anacharsis: semi-Barbare mais vraiment lucide.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/07/05/72-anacharsis-semi-barbare-mais-vraiment-lucide</link>
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    <pubDate>Tue, 05 Jul 2005 19:52:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Sages</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Anacharsis est sage mais il est barbare aussi. Du moins à moitié, par son
père. Précisément il est Scythe. De tous les philosophes dont traite Diogène
Laërce, c'est le seul originaire de ces terres lointaines qui correspondent
aujourd'hui à la Russie Méridionale. Par sa mère, il se rattache à la Grèce.
Héritier à première vue équilibré, il parle les deux langues. Mais c'est aussi
un comparatiste:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Il écrivit un poème de huit cent vers (sur) les coutumes des Scythes et
celles des Grecs du point de vue de la simplicité de la vie et des choses de la
guerre&amp;quot; (I, 101)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diogène ne dit rien du jugement porté mais il attribue au sage une liberté
de langage telle qu'elle devient proverbiale: &amp;quot;parler comme un Scythe&amp;quot;
dira-t-on après lui. Pareil à un Persan à la Montesquieu, il semble avoir porté
sur les moeurs grecques un regard détaché et critique, qui lui donne à mes yeux
une certaine allure cynique. Anarchasis dénonce en faisant le surpris:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Il disait trouver étonnant que les Grecs légifèrent contre ceux qui
commettent des actes violents mais honorent les athlètes du fait qu'ils se
battent entre eux&amp;quot; (103)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Il disait que l'huile (d'olive) est un poison qui rend fou, car les
athlètes qui en sont oints sont pris de folie les uns envers les autres.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin d'adhérer comme Périandre aux valeurs de la cité jusqu'à rêver de
triompher à Olympie, Anacharsis prend ses distances. Mais je ne comprends pas
toujours à quoi il fait allusion:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Il est étonnant, dit-il encore, que les Grecs pour commencer boivent dans
de petites coupes et, lorsqu'ils sont rassasiés, dans de grandes&amp;quot; (104)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devançant Platon, est-il allé jusqu'à condamner la démocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Il disait trouver étonnant que chez les Grecs les spécialistes participent
aux concours, mais que les juges (de ces concours) soient des non-spécialistes&amp;quot;
(103)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est à la limite de l'ethnologue quand il relève l'usage grec du charbon
de bois:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Il dit que ce qu'il avait vu de plus étonnant chez les Grecs était qu'ils
laissaient la fumée dans les montagnes et introduisaient les morceaux de bois
dans la Cité.&amp;quot; (104)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui-même aurait inventé l'ancre et le tour de potier. Drôle de sage qui sait
encore se servir de ses mains ! Mais il est étrange qu'à l'origine de
l'ancre il n'ait cessé avec tant d'insistance d'identifier la navigation à un
danger mortel:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Apprenant que l'épaisseur (de la coque) d'un navire faisait quatre doigts,
il dit que telle était la distance qui séparait les passagers de la mort (...)
Comme on lui demandait quels vaisseaux sont relativement sûrs, il dit: &amp;quot;Ceux
qui sont en cale sèche&amp;quot; (...) Comme on lui demandait lesquels sont les plus
nombreux, les vivants ou les morts, il dit: &amp;quot;Dans quelle catégorie ranges-tu
ceux qui naviguent ?&amp;quot; (103-104)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A moins que l'ancre ne soit justement le moyen sur un bateau d'échapper à la
mort ! Sans viser cette fois spécialement les Grecs, il inaugure la
critique du commerce avec des formules qu'on pourrait trouver dans la bouche de
Diogène ou d'Antisthène:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Pourquoi, disait-il, interdit-on le mensonge et ment-on ouvertement dans
les boutiques ?&amp;quot; (104)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Il dit que le marché se définit comme un lieu fait pour se tromper les uns
les autres et pour s'enrichir.&amp;quot; (105)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'on ne conclue pas de cette liberté de ton par rapport à la terre
maternelle qu'Anacharsis met la Scythie au plus haut. Quand il mentionne sa
patrie, c'est pour la définir par des manques !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Comme on lui demandait s'il y a chez les Scythes des flûtes, il dit: &amp;quot;Pas
plus qu'il n'y a de vignes&amp;quot; (104)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attaqué à cause de ses origines, il semble admettre que naître Scythe n'est
pas le mieux, même si l'inhospitalité de qui le décrie est réellement
honteuse:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Alors qu'un citoyen de l'Attique l'injuriait parce qu'il était scythe, il
dit: &amp;quot;En vérité, ma patrie m'est un sujet de reproche, mais toi, tu es un sujet
de reproche pour ta patrie&amp;quot; (104)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, malgré ses observations critiques, Anarcharsis prend le parti de la
civilisation grecque avec laquelle il veut fraterniser. On pourrait interpréter
ainsi la manière dont il force l'hospitalité de Solon:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Hermippe dit qu'en arrivant dans la maison de Solon Anacharsis ordonna à un
des serviteurs d'annoncer (à Solon) que venait chez lui Anacharsis qui voulait
le voir, et, si possible, devenir son hôte (&lt;em&gt;dans l'esprit du Scythe l'hôte
est celui qui est accueilli&lt;/em&gt;). Et le serviteur, après l'avoir annoncé,
reçut de Solon l'ordre de lui dire qu'on se faisait des hôtes étrangers quand
on était dans sa patrie (&lt;em&gt;dans l'esprit de Solon, l'hôte est avant tout
celui qui accueille&lt;/em&gt;). Partant de cette réponse, Anacharsis dit que (Solon)
était maintenant dans sa patrie et qu'il lui appartenait de se faire des hôtes
étrangers. Solon, frappé par cet à-propos le fit entrer et en fit son plus
grand ami.&amp;quot; (102)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en conclus a) que même entre deux sages l'ambiguïté des mots crée des
malentendus b) que Solon, guère accueillant, est facilement impressionnable c)
mais que gagner son amitié tient tout de même à un rien Bien que frère de
Canuidas, roi des Scythes, il a donc choisi pour patrie d'adoption la Grèce. Il
va le payer de sa vie:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Au bout d'un certain temps, comme il était retourné en Scythie et avait la
réputation de renverser les coutumes de sa patrie, du fait qu'il faisait grand
cas des valeurs helléniques, il fut atteint d'une flèche par son frère à la
chasse (&lt;em&gt;la tournure syntaxique fait indubitablement de cet accident de
chasse un réglement de compte politico-familial&lt;/em&gt;) et mourut, après avoir
dit qu'il était revenu de Grèce sain et sauf grâce à son langage (&lt;em&gt;j'aurais
préféré lire &amp;quot;malgré&amp;quot;&lt;/em&gt;), mais avait été perdu chez lui par jalousie.
Certains disent qu'il fut tué alors qu'il pratiquait des rites helléniques.&amp;quot;
(102)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'épigramme qu'il lui consacre , Diogène Laërce va jusqu'à en faire un
actif prosélyte:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Quand Anacharsis vint en Scythie, après avoir longuement erré, Il voulut
persuader tout le monde de vivre selon les coutumes de l'Hellade. Alors qu'il
avait encore à la bouche la parole inachevée, Un roseau ailé l'emporta
immédiatement chez les Immortels.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moralité: si Anacharis n'était qu'à demi barbare, ses congénères l'étaient
jusqu'à la moëlle.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2005/07/05/72-anacharsis-semi-barbare-mais-vraiment-lucide#comment-form</comments>
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  <item>
    <title>Périandre: une bien maigre sagesse.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/07/04/73-periandre-une-bien-maigre-sagesse</link>
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    <pubDate>Mon, 04 Jul 2005 19:55:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Sages</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Pour la première fois depuis que j'écris ce blog, la conduite d'un
philosophe non seulement n'a rien de sage, mais en plus est en contradiction
avec ses paroles. Pierre Larousse dans l'article qu'il consacre à Périandre est
porté à juger les Grecs fort étranges (&amp;quot;dans tout cela rien ne montre le vrai
sage et il faut que les Grecs aient eu sur la sagesse d'autres idées que nous&amp;quot;)
et trouve un peu fort de café que seules des phrases donnent une si belle
réputation:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Quelques maximes en vers, insérées dans les recueils des poëtes gnomiques
et qui passent pour être de lui, auront contribué à faire voir en lui un grand
philosophe, tandis qu'au contraire ni sa vie publique ni sa vie privée
témoignent du moindre souci de la morale&amp;quot; (Tome 12, 1874)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et que lit-on ? Pour clarifier, je vais présenter sous la forme d'un
double tableau la morale périandrienne. Ce qu'il n'aime pas: a) le gain et
l'argent quand ils dépassent le convenable b) la tyrannie appuyée sur la
violence, voire la tyrannie tout court c) la précipitation, car elle est cause
d'échec d) les plaisirs, jugés corruptibles Ce qu'il aime: a) la tranquillité
b) la démocratie (et il a exercé quarante ans et demi la tyrannie d'après
Aristote) c) les honneurs parce qu'immortels d) la modération dans la
prospérité e) la maîtrise de soi dans l'infortune f) l'amitié g) le respect des
promesses h) la conservation des secrets i) corriger pour punir mais aussi pour
prévenir. j) l'exercice (&amp;quot;De lui est la maxime:&amp;quot;Tout est dans l'exercice&amp;quot; I,99)
Certes sa vie n'était guère raisonnable mais comme elle était intéressante, à
la différence de ces conseils sans âge et sans saveur qu'on trouverait aussi
bien dans la bouche de n'importe quel autre. Cependant je garderais de lui
l'éloge de l'exercice et renverrais entre autres au néant: 1) la pensée dite
profonde mais qui ne s'exerce jamais 2) les sentiments intenses mais qui ne se
montrent pas 3) la morale qu'on affiche mais qu'on n'applique pas Je jugerais
donc la pratique de quoi que ce soit comme le critère de l'existence de cette
chose. Mais l'exercice, c'est aussi ce qui permet aux pensées de se former
(pour penser, il faut s'exercer à penser), aux sentiments d'exister (pour
aimer, il faut ne pas cesser de se conduire de manière aimante), à la morale de
devenir une disposition (pour être moral, il faut s'habituer à se conduire
selon certaines règles). Tout mettre dans l'exercice, c'est douter de la
réalité de toutes ces choses jugées si intérieures qu'on pense et qu'on n'a pas
besoin de les montrer et que ce n'est pas par la pratique, supposée bien trop
extérieure, qu'on a pu les posséder. C'est aussi compter sur le temps et se
méfier des instants. Mais je ne crois pas une seconde que Périandre ait mis ces
pensées-là dans sa maxime ! En tout cas, lue ainsi, elle porte accusation
contre sa vie vu qu'il n'y exerce aucune vertu et qu'une vertu sans exercice
n'est qu'un mot.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Périandre, un sage ? (3)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/07/01/74-periandre-un-sage-3</link>
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    <pubDate>Fri, 01 Jul 2005 19:59:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Sages</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Il reste deux anecdotes pour suggérer que Périandre n'a pas sa place parmi
les sages. La première fait de lui un voleur:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Ajoutons qu'Ephore (&lt;em&gt;4ème siècle av.JC&lt;/em&gt;) raconte qu'il jura, s'il
l'emportait à Olympie dans la course de chars, de consacrer une statue en or
(&lt;em&gt;ce tyran ambitionne d'être un athlète; à ne pas confondre avec un
philosophe qui veut être l'analogue d'un sportif dans le domaine de la lutte
morale&lt;/em&gt;). Après avoir triomphé, comme il manquait d'or (&lt;em&gt;comment peut-on
être vraiment sage et ne pas avoir assez d'or ?&lt;/em&gt;), voyant à l'occasion
d'une fête locale les femmes parées (de bijoux), il mit la main sur toutes ces
parures et envoya l'offrande (promise)&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, s'en prendre aux hommes pour complaire aux dieux. Epicure est
encore loin qui les tranquillisera en remettant les dieux à leur place. La
version racontée par Hérodote est fort différente:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Il fit aussi en un même jour dépouiller de leurs habits toutes les femmes
de Corinthe, à l'occasion de Mélisse, sa femme. Il avait envoyé consulter
l'oracle des morts sur les bords de l'Achéron, dans le pays des Thesprotiens,
au sujet d'un dépôt qu'avait laissé un étranger. Mélisse, étant apparue,
répondit qu'elle ne dirait ni n'indiquerait où était ce dépôt, parce qu'étant
nue, elle avait froid ; les habits qu'on avait enterrés avec elle ne lui
servant de rien, puisqu'on ne les avait pas brûlés. Et, pour prouver la vérité
de ce qu'elle avançait, elle ajouta que Périandre avait déposé dans le sein de
la mort le germe de la vie. Cette preuve parut d'autant plus certaine à
Périandre, qu'il avait joui de sa femme après sa mort. Ses envoyés ne lui
eurent pas plutôt fait part, à leur retour, de la réponse de Mélisse, qu'il fit
publier par un héraut que toutes les femmes de Corinthe eussent à s'assembler
dans le temple de Junon. Elles s'y rendirent comme à une fête , avec leurs plus
riches parures ; mais, les femmes libres comme les suivantes, il les fit
toutes dépouiller par ses gardes, qu'il avait apostés dans ce dessein. On porta
ensuite par son ordre tous ces habits dans une fosse, où on les brûla, après
qu'il eut adressé ses prières à Mélisse. Cela fait, l'ombre de Mélisse indiqua
à celui qu'il avait envoyé pour la seconde fois le lieu où elle avait mis le
dépôt &amp;quot; (&lt;strong&gt;Histoires&lt;/strong&gt; V, 92, trad. de Larcher)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Périandre le nécrophile dépouille les femmes non pour apaiser la sienne mais
afin de mettre la main sur de l'argent. Certes il fait tout ce qu'il faut pour
connaître la vérité mais ses efforts n'ont comme fin qu'une possession bien
commune. La deuxième anecdote concerne sa mort. Il apparaît en commanditaire de
tueurs chargés entre autres de mettre fin à sa propre vie. Le dispositif, qui
vise à faire de lui un mort invisible, est complexe et coûteux en vies
humaines. S'il est mort de découragement, il n'a en tout cas rien perdu au
moment décisif d'une certaine intelligence calculatrice et planificatrice:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Certains disent que voulant que sa sépulture ne soit pas connue (&lt;em&gt;à la
différence du premier sage Thalès qui choisit l'écart pour être au centre -note
du 21-05-05, le dernier plus banalement s'écarte pour disparaître&lt;/em&gt;) il
ordonna à deux jeunes gens à qui il avait indiqué un chemin, de sortir de nuit
et de supprimer celui qu'ils rencontreraient, puis de l'ensevelir. Ensuite (il
ordonna) à quatre autres d'aller à la poursuite des premiers, puis de les
supprimer et de les ensevelir. A nouveau, il en envoya encore un plus grand
nombre à la poursuite de ces derniers. Et ainsi il fut lui-même supprimé en
rencontrant les premiers.&amp;quot;(96)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abusé par sa mère la nuit (selon Parthénius), il trompe ses meurtriers qui,
abusés aussi par la nuit, l'exécutent. Je me demande néanmoins pourquoi il juge
prudent de faire assassiner les quatre tueurs de tueurs. Sans doute fait-il
l'hypothèse que les deux premiers sicaires, en cherchant à éviter les coups
fatals, risquent de &amp;quot;cracher le morceau&amp;quot;. Mais il aurait pu encore plus
prudemment penser qu'un des quatre pouvait juste avant de mourir lancer quelque
chose comme: &amp;quot;On n'a fait que tuer sur ordre de Périandre deux hommes qui nous
ont dit avant de mourir qu'ils ont tué, eux aussi sur ordre de Périandre, un
homme qu'ils ont enseveli à tel endroit.&amp;quot; Au fond, Périandre, qui met ici toute
sa sagesse à organiser sa fin, aurait dû, s'il avait vraiment bien fait les
choses, programmer l'extermination de l'humanité entière ! Mais enfin,
bien que précautionneux à moitié, Périandre réussit son plan:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Les Corinthiens inscrivirent sur son cénotaphe: Ici la terre ancestrale de
Corinthe aux golfes marins contient Périandre, qui tenait la première place par
la richesse et la sagesse.&amp;quot; (97)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etranges vers qui remplissent d'un cadavre un cénotaphe censé être vide.
C'est le passant qui cette fois sera abusé à la lecture en plein jour de ces
lignes mensongères. Reste une énigme: pourquoi le même homme qui souhaite
triompher à Olympie veut-il être un mort introuvable ? Diogène Laërce
vient de raconter toutes les infamies de Périandre; apparemment il ne bronche
pas et aligne les méfaits sans émettre le moindre doute sur la valeur de sa
sagesse. Cependant, dans l'épigramme qu'il lui consacre, il se rattrape, bien
que discrètement:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Ne t'afflige pas de ne pas obtenir quelque chose, Au contraire, réjouis-toi
de tous les bienfaits que Dieu t'accorde. Car le Sage Périandre s'est éteint
par découragement Pour n'avoir pas obtenu une affaire qu'il désirait.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'imagine que son découragement a disparu au moment même où la dernière
affaire qu'il désirait s'est réalisée ! Je note avant tout que si Diogène
n'est pas assez sage pour ne pas présenter la mort comme un mal, il est assez
lucide pour déconseiller à qui le lit d'imiter Périandre. Or, un sage qui n'est
pas digne d'être imité, c'est, en toute rigueur, une contradiction dans les
termes.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2005/07/01/74-periandre-un-sage-3#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Périandre, un sage ? (2)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/06/30/75-periandre-un-sage-2</link>
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    <pubDate>Thu, 30 Jun 2005 20:01:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Sages</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Je continue de commenter, comme elles se présentent, les lignes que Diogène
consacre à Périandre. Après donc avoir évoqué sa mort par découragement, il
m’apprend, s’appuyant sur Hérodote, que le septième sage a été l’hôte du tyran
dont Thalès a été le sujet, je veux dire Thrasybule de Milet. C’est d’ailleurs
par une courte lettre de Thrasybule que se termine la biographie de
Périandre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je n’ai rien répondu à ton héraut, mais, l’ayant conduit dans un
champ de blé, je fauchais, en les frappant d’un coup de bâton, les épis qui
dépassaient, alors qu’il m’accompagnait. Et il te fera part, si tu le lui
demandes, de ce qu’il a entendu ou de ce qu’il a vu auprès de moi. Et toi agis
de la sorte, si du moins tu veux renforcer ta dictature : supprime les
citoyens qui se distinguent, qu’ils te paraissent des ennemis ou non. Car pour
un dictateur, tout homme soulève la suspicion, fût-il du nombre de ses
compagnons » (I, 100)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l’envoyé de Périandre demandait à Thrasybule, c’était bien sûr la
recette du bon gouvernement. Et si Diogène est muet sur les suites de la
rencontre, Hérodote met les points sur les i : Périandre a bien compris la
métaphore, devenant plus cruel encore que son père. Décidément le « cas
Périandre » ne s’arrange pas. Diogène poursuit alors en citant l’ouvrage
d’Aristippe Sur la sensualité des Anciens. Laërce cite quelques fois ce texte
dont l’auteur est en réalité assez incertain et n’est de toute façon pas
Aristippe le Cyrénaïque, à nos yeux concurrent d’Epicure pour le monopole de la
définition vraie de l’hédonisme, si j’ose dire. Cet Aristippe-là ou
Pseudo-Aristippe semble avoir rapporté en général de banals ragots d’alcôve. En
revanche, ce qu’il dit de Périandre, quoique sans doute dépourvu de toute
justification historique, est assez inattendu. D’une certaine manière,
Périandre a joué à Oedipe mais en toute connaissance de cause, si on peut
dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Sa mère Cratéia qui était éprise de lui couchait avec lui en secret
et il y trouvait du plaisir. Mais lorsque l’affaire fut découverte, il se
montra insupportable envers tous du fait que la découverte le faisait
souffrir » (96)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robert Genaille restitue de la même manière l’anecdote et ne me donne donc
cette fois l’occasion d’aucune critique:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Sa mère Cratéa en était devenue amoureuse et il allait avec elle en
cachette pour son plus grand plaisir. La chose s’étant ébruitée, il en devint
insupportable pour tout le monde, parce qu’il était mécontent d’avoir été
découvert. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est bien sûr à mille lieues de l’inceste dont les cyniques faisaient
l’éloge et qui avait comme finalité de mettre en évidence la dimension
conventionnelle des usages et précisément dans ce cas de ceux qui règlent les
rapports familiaux. Non, Périandre a honte, il ne fait pas ce que devrait faire
tout homme raisonnable mais clairement ce qu’un homme guidé par la raison ne
devrait jamais faire. C’est l’inceste cachottier, l’ordinaire, l’indéfendu. On
en resterait là si Richard Goulet dans un note ô combien précieuse ne donnait
une autre version du même accouplement interdit. Il la tire des
&lt;strong&gt;Narrationes amatoriae&lt;/strong&gt; de Parthénius de Nicée (deuxième moitié
du Ier siècle av.JC), je lui laisse la parole :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Périandre était au début un homme raisonnable et doux et non le tyran
meurtrier que connaît la tradition. Sa mère était amoureuse de lui. Tant qu’il
ne fut qu’un enfant, son désir était satisfait par les baisers qu’elle pouvait
lui donner. Par la suite, pour séduire le jeune homme, elle lui fit croire
qu’une belle femme souhaitait se donner à lui à condition qu’il n’y eût aucune
lumière et qu’elle ne fût pas contrainte à parler. C’est ainsi que la mère de
Périandre devint la maîtresse inconnue de son fils. Un jour, ne supportant plus
de ne pas connaître la femme dont il était maintenant amoureux (&lt;em&gt;j’en
conclus que l’échange de paroles n’est pas une condition nécessaire de la
naissance de l’amour...&lt;/em&gt;), Périandre fit cacher une lampe qu’il courut
chercher lorsque sa mystérieuse compagne vint le rejoindre. En découvrant la
vérité, il voulut tuer sa mère, mais fut retenu par l’apparition d’un démon. Sa
mère se tua et lui-même sombra dans une démence qui l’amena à exterminer nombre
de ses concitoyens. » (note 4, p.133)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette variante sauve l’honneur de Périandre, mais n’importe quel philosophe
hellénistique (épicurien, stoïcien, sceptique) le jugerait tout de même
sévérement : ces premiers sages ont finalement des côtés bien ordinaires.
On peut aussi identifier ce texte à une des premières tentatives, j’imagine,
d’expliquer une politique par des histoires psychologiques et familiales.
Viendra bien plus tard Freud, s’occupant du président américain Woodrow Wilson.
En effet, la psychanalyse n’est pas loin : cette Cratéia est le parangon
de la mère abusive et ce Périandre, qui se caligulise, celui de l’enfant abusé.
Il n’en reste pas moins inhabituel d’identifier à un sage un adulte
traumatisé...&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Périandre, un sage ? (1)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/06/29/76-periandre-un-sage-1</link>
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    <pubDate>Wed, 29 Jun 2005 20:24:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Sages</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;C’est le dernier des sept Sages mais on se demandera si la tradition a bien
fait de l’inclure dans la liste. Platon dans le &lt;strong&gt;Protagoras&lt;/strong&gt;
(343 a) lui substitue Myson de Khêné. Lucien (120-180), faisant le récit de sa
visite aux Iles des Bienheureux, écrit sagement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je veux vous dire maintenant tous les grands hommes que j'y ai
vus : d'abord, tous les demi-dieux et les héros qui ont porté les armes
devant Troie, à l'exception d'Ajax de Locres : on prétend que c'est le
seul qui soit châtié dans le séjour des impies ; puis, parmi les barbares,
les deux Cyrus, le Scythe Anacharsis, le Thrace Zamolxis , l'Italien Numa, le
Lacédémonien Lycurgue, les Athéniens Phocion, Tellus , et les Sept Sages,
hormis Périandre » (&lt;strong&gt;Histoire vraie&lt;/strong&gt; II, 17, trad. de
Eugène Talbot)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que la lecture du premier paragraphe consacré par Diogène
Laërce à Périandre est à couper le souffle. Ce ne sont pas les premières lignes
qui étonnent, même si Diogène s’étend plus que d’habitude sur la famille du
sage. J’en conclus que ce Périandre n’est pas un humble : non seulement il
est issu de la mythique famille des Héraclides (les descendants d’Héraclès)
mais en plus il est tyran de Corinthe, fils de tyran, époux d’une fille de
tyran (Mélissa, fille de Proclès, tyran d’Epidaure), gendre d’une fille et
d’une soeur de tyrans ! Je suis déjà un peu étonné de lire qu’il a eu de
sa femme deux garçons dont « le plus jeune était intelligent, l’aîné un
imbécile ». Connaissant ce qui suit, je vois dans ce beau tableau comme
l’introduction discrète d’une tare mais enfin l’imbécillité d’un fils ne
diminue en rien la sagesse d’un père, d’autant moins que Lycophron le frère est
à la hauteur du géniteur. En revanche ce qui suit est accablant:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Au bout d’un certain temps, dans un mouvement de colère, il tua son
épouse, alors enceinte, en la frappant avec un tabouret ou en lui donnant un
coup de pied, parce qu’il avait accordé foi aux accusations portées par des
concubines que par la suite il fit brûler vives. » (I, 94)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, je ne lis pas les &lt;strong&gt;Vies des douze Césars&lt;/strong&gt; de Suétone
mais les &lt;strong&gt;Vies et doctrines des philosophes illustres&lt;/strong&gt; de
Diogène Laërce et pourtant cette première action attribuée à cet ultime sage a
tout du fait divers sordide. C’est un crime passionnel que commet Périandre au
comble de l’aveuglement. Piégé par la calomnie, ce Périandre-Othello est un
violent qui redouble de violence au moment de retrouver la vue. Imperturbable,
Diogène continue la narration de l’horrible :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il fit également exiler à Corcyre (Corfou) son fils du nom de
Lycophron parce qu’il pleurait sa mère (&lt;em&gt;j’en conclus qu’une des
manifestations de l’imbécillité est l’absence de chagrin&lt;/em&gt;). Mais, déjà
parvenu à un âge avancé, il le fit appeler pour qu’il reprît la tyrannie
(&lt;em&gt;Hérodote m’apprend qu’il ne peut tout de même pas confier le pouvoir à
l’aîné qui est stupide&lt;/em&gt;) : les Corcyréens, devançant ses projets,
firent périr son fils (&lt;em&gt;en échange, Périandre serait venu régner à Corcyre,
merci Hérodote&lt;/em&gt;). A la suite de quoi, dans un accès de colère, il envoya
leurs fils chez Alyattès pour qu’ils soient castrés » (95).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comparant ce récit à celui qu’en a donné Hérodote dans le 3ème livre de ses
&lt;strong&gt;Histoires&lt;/strong&gt;, je réalise à quel point mon cher Diogène est un
mauvais conteur. Il omet des précisons décisives, fait des raccourcis
abrupts : c’est finalement quelquefois un élève médiocre qui n’a pas su
bien prendre ses notes de lecture. En tout cas, de ce récit maladroitement
elliptique, je tire l’image d’un Périandre vengeur, exact contraire de Pittacos
qui avait pardonné au brutal meurtrier de son fils (note du 11-06-05) Puis,
subitement, après avoir raconté ses forfaits, Diogène rapporte une première
version de la mort de Périandre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Lui-même mourut de découragement, ayant déjà atteint l’âge de
quatre-vints ans »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est la parfaite mort du non-sage ; j’entends rire les
épicuriens : avoir vécu si longtemps et faire l’expérience tuante de
l’inassouvissement ! « Tout homme sort de la vie comme s’il venait
juste de naître » (Epicure &lt;strong&gt;Sentences vaticanes&lt;/strong&gt; 60, trad.
de Marcel Conche) mais mourir affairé en étant un vieillard, c’est encore moins
pardonnable !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Cléoboulos : qu’est-ce qu’un mari sage ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/06/28/77-cleoboulos-quest-ce-quun-mari-sage</link>
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    <pubDate>Tue, 28 Jun 2005 20:27:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Sages</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;« Il disait de ne pas manifester de tendresse pour sa femme ni se
quereller avec elle en présence d’étrangers ; car dans un cas c’est faire
montre de légèreté, dans l’autre de folie. » (I, 92)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La phrase ne manque pas d’ambiguïté : s’agit-il de ne jamais manifester
de tendresse pour sa femme ou de ne pas le faire au vu des étrangers ? La
tendresse est-elle essentiellement de la légèreté ou seulement
accidentellement ? Si j’étais un lecteur stoïcien, j’opterais pour la
première solution ; avoir une femme reviendrait seulement à accomplir les
devoirs conjugaux, la tendresse m’apparaissant alors comme un pathos suspect et
un attachement de trop. Pensant ainsi, je serais, je crois, fidèle à
Epictète :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Si tu embrasses ton enfant ou ta femme, dis-toi :
« J’embrasse un homme ». S’il meurt, tu ne seras pas troublé. » (
&lt;strong&gt;Manuel&lt;/strong&gt; 1, 3 trad. de Pierre Hadot)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes être stoïcien et embrasser sa femme n’est pas contradictoire, mais le
baiser ici n’est rien de plus qu’une marque conventionnelle d’union :
c’est parce que c’est parce que je suis marié avec elle que je l’embrasse. En
plus ma femme n’est rien de plus (mais rien de moins) qu’un être humain. Donc
sa singularité disparaît deux fois, d’abord dans le genre (femme mariée),
ensuite dans l’espèce (être humain). On me permettra donc de ne pas appeler
manifestation de tendresse une telle embrassade. Le passage d’Epictète, que je
viens de commenter, glace généralement les élèves qu’on initie au stoïcisme. Je
les comprends d’autant plus que les lignes citées sont précédées d’une
référence à l’amour d’une... marmite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Si tu aimes une marmite, dis-toi : « J’aime une
marmite » Car, si elle se casse, tu n’en seras pas troublé. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Résumons : être stoïcien, c’est parvenir à identifier un individu à son
concept, cette opération étant destinée à enlever à l’individu la rareté
imaginaire qu’on lui attribue. Mais revenons au conseil de Cléoboulos : si
j’étais formé à l’école épicurienne, comment lirais-je le texte ambigu ?
Entre l’amitié qui unit le philosophe épicurien à quiconque, homme ou femme,
est sage comme lui et le besoin sexuel susceptible d’être satisfait avec
n’importe qui pourvu que ce ne soit pas dans le cadre de l’amour, je ne vois
guère de place non plus pour la tendresse. Quant au lecteur sceptique, nul
doute qu’il aboutirait à la même conclusion car la femme, objet de l’éventuelle
tendresse, n’est pas plus digne que non digne de ce type d’attachement. Mais,
libre grammaticalement, je peux tout de même attribuer à Cléoboulos une autre
pensée ; il me semble en effet que ce sage a le souci des
apparences :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il donnait comme conseil de ne pas châtier un serviteur quand on est
sous l’emprise du vin, car on semblerait avoir le vin mauvais » (I,
92)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est remarquable que ce n’est pas l’injustice de la conduite qui est ici
jugée dangereuse mais la diffusion d’une image de soi dégradante. Peut-être
est-ce alors tout simplement pour ne pas donner prise aux étrangers qu’il faut
s’abstenir de conduites tendres en public. Je retrouverais alors dans un autre
contexte la fragilité de l’homme jamais assuré d’être à l’abri des autres.
Reste une thèse dépourvue elle d’ambiguïté : il n’est pas interdit au sage
de se quereller avec sa femme en dehors de la présence d’étrangers. Il y aurait
donc de sages scènes de ménage, ce qui serait une manière de différencier là
encore la sagesse cléobulienne des philosophies hellénistiques. Je ne vois en
effet aucune manière de concilier scène de ménage et a) stoïcisme : à la
différence du baiser matrimonial, la scène ne fait pas partie des rites
conjugaux (sic), elle n’est qu’un signe de dérèglement partagé.
b)épicurisme : ce ne sont que des désirs vains qui rendent possible les
scènes en question (argent, carrière, jalousie etc) c)scepticisme : le
conjoint n’est pas plus énervant que non-énervant. Le sage cléobulien est
finalement plus ordinaire que ces sages tardifs, même si je me demande pour
quelles raisons il se dispute avec sa femme. Cléoboulos en donne une tout de
même :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il donnait comme conseil de se marier avec une personne de son
rang ; car si tu choisis quelqu’un de supérieur, dit-il, tu auras comme
maître ses parents. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dois-je en conclure que c’est sage d’être le maître de sa femme ?&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Cléoboulos: l'amitié comme processus et non comme état.</title>
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    <pubDate>Fri, 24 Jun 2005 20:29:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Sages</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Lisant Epicure, j’ai eu l’impression que si le philosophe a des amis, ils
sont gagnés pour toujours et sont amis comme la pierre est pierre, constituant
à plusieurs ce rempart invulnérable qui me protège des autres. Quant aux
ennemis, ils sont ennemis jusqu’à la moëlle mais pourtant complètement
inoffensifs pour celui qui s’est enfermé dans la citadelle de l’amitié. Je
réalise cependant la rigidité quasi manichéenne de l’opposition en lisant que
Cléoboulos « disait qu’il faut rendre service à son ami, pour qu’il soit
(encore) plus un ami ; à son ennemi pour s’en faire un ami. Car il faut se
garder du reproche de ses amis et du complot de ses ennemis. » (I, 92) Ici
l’ami perd de sa subtance et glisse vers l’ennemi virtuel, comme l’ennemi réel,
qui n’a rien de définitif. L’amitié apparaît plus comme un idéal vers lequel on
tend par accumulation des obligeances que comme une donnée. L’ami est celui que
je risque de perdre si... Quant à l’inimitié, ce n’est pas un fait, mais le
point de départ des actions qui visent à la réduire. Les hommes sont
convertibles en leur contraire, ce qui me paraît peu en accord avec la pensée
épicurienne. En plus, l’ami attend le service, comme un dû à payer sous peine
de faute, tandis que l’ennemi cherche, lui, à nuire. Par inertie, on court donc
à la catastrophe, c-à-d à l’inimitié universelle ; avec des efforts, on
progresse vers l’ entente sans exception. Il faut donc toujours donner, ou bien
pour augmenter la proximité, ou bien pour réduire la distance. Je repense à
Chilôn qui a violé la loi pour rendre service à un ami (note du 07-06-05) et à
Bias qui lui aussi pensait l’amitié et l’inimitié comme aisément transformables
en leur contraire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il disait qu’il était plus agréable de juger entre deux ennemis
qu’entre deux amis ; car nécessairement d’un des amis on se fera un
ennemi, tandis que d’un des ennemis on se fera un ami. » (I, 87)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces premiers sages ne sont pas au-dessus des hommes, ils sont au milieu
d’eux, fragilement.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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