<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="http://www.philalethe.net/feed/rss2/xslt" ?><rss version="2.0"
  xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
  xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
  xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/">
<channel>
  <title>Les philosophes antiques à notre secours - Socratiques et disciples</title>
  <link>http://www.philalethe.net/</link>
  <description></description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Fri, 09 May 2008 11:28:09 +0200</pubDate>
  <copyright></copyright>
  <docs>http://blogs.law.harvard.edu/tech/rss</docs>
  <generator>Dotclear</generator>
  
    
  <item>
    <title>Ménédème d’Érétrie ou l'espace pédagogique.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/02/03/223-menedeme-deretrie-ou-l-espace-pedagogique</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:8dd15e87e0ffa0cda0d2eafefacefa36</guid>
    <pubDate>Fri, 03 Feb 2006 07:48:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Socratiques et disciples</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;“ Il n’aimait pas se fatiguer, dit-on, et l’état de son école le laissait
indifférent ; en tout cas, il n’était pas possible de voir chez lui un
ordre quelconque, les bancs n’étaient pas non plus disposés en cercle, mais
chacun écoutait de l’endroit où il se trouvait, qu’il ait été en train de
marcher ou qu’il ait été assis, et Ménédème se comportait de même. » (II
131)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ménédème d’Erétrie aurait donc été non seulement anxieux et superstitieux
mais aussi paresseux. A dire vrai sa nonchalance fait bien les choses. Sous
l’apparence du désordre et de la négligence, c’est le socratisme fait salle de
classe. Le maître et ses disciples occupant n’importe quelle position dans
n’importe quelle partie de l’école, chacun écoutant quiconque, c’est un mode
d’enseignement à l’image de ce philosophe qui ne veut pas écrire pour ne pas se
fixer sur une doctrine quelconque. Tout se passe comme si, à l’intérieur de
l’institution, Ménédème, par son laisser-aller déréglant, recréait l’espace de
la rue athénienne où Socrate, hostile aux sophistes donneurs de leçons, parlait
au hasard des rencontres. Je n’oublie pas en effet ce que Diogène Laërce m’a
appris dès les premières lignes : que le père de Ménédème avait transmis à
son fils ses deux métiers, architecte et décorateur de théâtre (125). Et puis
un hôte qui met en scène ses banquets de manière si étudiée ne peut laisser le
hasard de son tempérament faire la loi. Comme le maître lointain, Socrate,
faisait l’ignorant pour engendrer le savoir dans l’esprit de l’interlocuteur,
Ménédème fait le désordonné pour produire l’ordre des pensées. Certes la marche
philosophique a été pratiquée par Protagoras avec une bande de disciples dans
son sillage (note du 02-04-05). Je pense aussi à Zénon qui, lui, marchait
peut-être pour éviter l’attroupement des badauds importuns et ainsi préserver
l’esotérisme de sa parole. Mais la marche de Ménédème ne ressemble pas à ces
déambulations sophistiques ou stoïciennes. Se mouvant de temps à autre dans un
espace clos, il ne montre pas la direction à qui s’attache à le suivre. Il
illustre à sa manière très concrète l’idée qu’il ne se situe nulle part et que
plutôt de s’installer autour de lui, les disciples doivent se chercher quelque
part une place. Provisoire, s’entend.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2006/02/03/223-menedeme-deretrie-ou-l-espace-pedagogique#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2006/02/03/223-menedeme-deretrie-ou-l-espace-pedagogique#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/rss2/comments/81785</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Ménédème d’Érétrie et Asclépiade de Phlionte (2)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/02/02/222-menedeme-deretrie-et-asclepiade-de-phlionthe-2</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:7e5695b7d05d3ebb342bae8308336641</guid>
    <pubDate>Thu, 02 Feb 2006 00:37:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Socratiques et disciples</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Il est délicat d’identifier la nature des relations qui unissent Ménédème et
Asclépiade, même si une hypothèse se dégage assez clairement. Voici dans
l’ordre où les donne Diogène Laërce quelques pistes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) « C’était surtout un ami attentionné, comme le montre sa bonne
entente avec Asclépiade, qui ressemblait tout à fait à la vive affection
éprouvée par Pylade » (II, 137)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pylade / Oreste: deux cousins germains dont le premier, par son dévouement
au second, est le modèle même de l’amitié illimitée. Éclairer ainsi l’affection
de Ménédème pour Asclépiade, c’est donc attirer l’attention non sur la
réciprocité de l’échange mais sur son inégalité. Encore au 19ème siècle,
évoquer le couple mythique semble avoir servi à dénoncer l’utilisation éhontée
d’autrui, cachée sous le beau nom d’amitié. Pierre Larousse dans le tome 14 de
son &lt;strong&gt;Grand dictionnaire universel&lt;/strong&gt; (1874) cite ainsi plusieurs
textes faisant un tel usage de la référence, dont un écrit par Théophile
Gautier et d’une grande clarté :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Quelle raison avez-vous de lui en vouloir ? Vous lui vendez vos
chevaux fourbus ; quand vous avez besoin d’argent, vous jouez une partie
avec lui ; vous lui mettez sur les bras les femmes qui vous ennuient.
C’est un vrai Pylade. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) « Mais comme c’était Asclépiade le plus âgé, on disait que c’était
lui le poète et que Ménédème était l’acteur. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mes yeux, la relation de domination est rendue cette fois d’une autre
manière mais sans ambages : en effet l’acteur répète ce que le poète a
dit. Marie-Odile Goulet-Cazé traduit par une note un certain
embarras :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je suppose que c’est parce que son âge lui donne plus d’autorité
qu’Asclépiade est présenté comme l’auteur, car les acteurs ne sont évidemment
pas nécessairement plus jeunes que l’auteur. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A première vue ne lui vient pas à l’esprit l’idée que le couple
Oreste/Pylade est homologue au couple poète/acteur, les deux exprimant la
relation déséquilibrée unissant Asclépiade à Ménédème. La traductrice fait donc
appel à l’érudition de M. Patillon qui l’éclaire ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« (il) me suggère de voir plutôt ici un renvoi au cycle épique :
poète et rhapsode (&lt;em&gt;c’est de mon point de vue toujours la relation
écrivain/lecteur&lt;/em&gt;), avec peut-être un jeu de mots, par allusion, à
connotation sexuelle, poieten désignant le partenaire actif (cf prattein pour
signifier la relation sexuelle) et upokriten le partenaire passif »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que Ménédème ait été l’aimé d’Asclépiade cadrerait à coup sûr tout à fait
bien avec l’identification du couple philosophique au couple mythologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) « On raconte qu’un jour où Archipolis ( &lt;em&gt;?&lt;/em&gt;) leur avait
assigné trois mille drachmes, aucun des deux ne voulut céder quand il fallut
décider qui prendrait sa part en second, si bien que ni l’un ni l’autre ne prit
l’argent »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois reconnaître honnêtement que ce refus partagé de passer en premier
est incompatible avec tout ce que suggéraient les lignes antérieures. Si
Asclépiade s’était conduit comme un Oreste à la Gauthier, il eût empoché les
trois mille drachmes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) « On dit aussi qu’ils étaient mariés, Asclépiade avec la fille et
Ménédème avec la mère. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N’osant pas dire qu’ Asclépiade se réserve la part du lion, je dois
reconnaître que le fait que le plus âgé convole avec la plus jeune et que la
plus vieille devienne la femme du plus jeune ne m’est pas plus facile à
interpréter que ne le serait l’inverse. Restant neutre sur ce point, je
remarque qu’Asclépiade devient le gendre de Ménédème, ce qui me paraît inverser
la supériorité jusqu’ici conférée au premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5) « Après la mort de sa femme, Asclépiade prit celle de Ménédème
... »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation de domination semble se reconstituer ; même si une note
savante, citant Knoepfler, m’apprend qu’ « un tel divorce à l’amiable,
avec cession de l’épouse à un tiers, n’est pas sans exemple dans l’Athènes du
IVème siècle », le contexte de la séparation et l’expression dont use Diogène
Laërce m’engagent à penser qu’Asclépiade se sert plutôt incestueusement de sa
belle-mère pour remplacer sa fille et cela donc au détriment peut-être de son
ami et gendre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6) « ... et ce dernier, à son tour, quand il fut à la tête de la cité,
épousa, dit-on, une femme riche. Cependant, comme ils partageaient une seule et
même demeure, Ménédème n’en aurait pas moins confié l’administration à sa
première femme. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est donc la femme d’Asclépiade qui tient les rênes domestiques, la
nouvelle épouse de Ménédème restant, malgré sa richesse, au second plan. Certes
on remarque que Ménédème a la plus haute fonction politique mais il n’en reste
pas moins que dans l’espace privé il respecte un ordre régi par la femme de son
ami.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7) Je ne suis pas étonné d’apprendre finalement que « c’est Asclépiade
qui mourut le premier à Érétrie »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8) « Quelque temps après, comme le mignon d’Asclépiade était venu à une
partie fine et que les serviteurs qui étaient là lui interdisaient l’accès,
Ménédème demanda de le laisser entrer, disant que c’était Asclépiade qui, même
sous terre, lui ouvrait la porte. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette déclaration est ambiguë : est-ce une manière emphatique de
souligner l’amour de l’amant pour son aimé ou l’aveu que, même disparu, c’est
encore Asclépiade qui inspire les initiatives de Ménédème ?&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2006/02/02/222-menedeme-deretrie-et-asclepiade-de-phlionthe-2#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2006/02/02/222-menedeme-deretrie-et-asclepiade-de-phlionthe-2#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/rss2/comments/81784</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Ménédème d’Érétrie et Asclépiade de Phlionte (1)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/01/30/221-menedeme-deretrie-et-asclepiade-de-phlionthe-1</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:b3aa1f67da62126b16baf4a2e7c14e0d</guid>
    <pubDate>Mon, 30 Jan 2006 23:01:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Socratiques et disciples</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Ménédème d’Erétrie a pour ami Asclépiade de Phlionte. C’est ce dernier qui
l’arrache à Platon et le conduit à Mégare où tous deux tombent sous le joug de
Stilpon. Quand ils s’en échappent, leur tour n’étant pas encore venus de se
faire écouter, ils deviennent à Elis les auditeurs de Anchipyle et Moschos.
Bien qu’inséparables, ces deux amis sont tout de même différents. Diogène
Laërce accuse Ménédème d’être un peureux, précisément de craindre l’avis des
autres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« C’est ainsi qu’au début, alors que lui-même et Asclépiade
construisaient une maison pour un charpentier (&lt;em&gt;M-O Goulet-Cazé précise
qu’on pourrait comprendre aussi « avec un charpentier »&lt;/em&gt;), Asclépiade
se montrait nu sur le toit, apportant le mortier, tandis que Ménédème se
cachait, toutes les fois qu’il voyait quelqu’un arriver » (II, 131)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ménédème, fils d’un homme « de bonne naissance, mais par ailleurs
architecte et pauvre » (II, 125), craint-il d’être identifié à un
déclassé ? Ouvrier en bâtiment, bien que fils d’architecte ? Rabaissé
de faire une maison alors que son père en faisait faire ? Peut-être, mais
il ne lui suffit pas d’avoir une fonction à la hauteur de ses ascendants pour
perdre ses appréhensions, sinon pourquoi eût-il été si cafouilleur quand, élu
proboulos, il se livrait aux activités rituelles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Lorsqu’il toucha à la politique, son anxiété était telle qu’il lui
arriva même de se tromper et de verser de l’encens à côté de
l’encensoir. » (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en revanche, à cette occasion, rien sur Asclépiade. Cependant bientôt
l'ami va donner à Ménédème une leçon de stoïcisme appliqué :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il était également, dirais-je, du genre plutôt superstitieux. En tout
cas, un jour qu’en compagnie d’Asclépiade il avait, dans une auberge, mangé
sans le savoir de la viande de déchet, il eut, quand il l’apprit, des nausées
et devint tout pâle, cela jusqu’au moment où Asclépiade lui eût adressé des
reproches, disant que ce n’étaient pas du tout les morceaux de viande qui
l’avaient indisposé, mais le soupçon qu’il portait sur eux. » (132)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu’est cette viande de déchet est l’objet d’interprétations différentes
entre les érudits mais ils ne doutent pas qu’elle ait une relation avec le
sacrifice. Autrement dit, cette viande est loin de se réduire à la chair
animale qu’elle est pourtant, elle est enserrée dans un réseau d’interdits et
d’obligations qui lui donnent un sens et une valeur. Aussi c’est en tant
qu’elle est rituellement prohibée à Ménédème qu’elle le rend malade, et non
bien sûr parce qu’elle aurait été pourrie, et ce, malgré le non trompeur
qu’elle porte. C’est donc ce que lui fait comprendre très lucidement Asclépiade
en distinguant ce qu’est la chose en réalité de la représentation négative que
son ami en a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai longtemps cru à cette possibilité de distinguer ce qu’on appelle les
jugements de valeur des jugements de fait, ce qui me faisait rêver de pouvoir
nettoyer ma représentation du monde de tous les parasites normatifs et
contradictoires qui l’encombraient pour le laisser être tel, objectif et
purifié de toute contamination axiologique. J'aurais alors tout donner pour
détenir l'Unique Description Vraie du Monde... Certes on peut illustrer cette
célèbre opposition par des exemples nets et contrastés (« la table est
ronde » / « la table est belle »). Mais cette distinction se trouble
quand on pense à « cette fille est grande » (car, selon le contexte
et entre autres, l’énoncé peut être un compliment, une critique ou la
reconnaissance neutre d’un fait) ou à « cet objet coûte 100 E » (la
valeur monétaire est un fait) ou à « il lui parle brutalement » (ce
jugement est autant descriptif qu’évaluatif). Approfondissons le dernier cas:
le philosophe Bernard Williams a qualifié de « thick » ces adjectifs
qui sont porteurs d’une appréciation tout en évoquant certains phénomènes
(ainsi « élégant » est un adjectif « épais » - comme
« mince » d’ailleurs !- est très différent de « beau » par
exemple qui ne limite pas l’imagination au moment de deviner ce qui peut bien
être qualifié ainsi.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi Asclépiade ne pouvait pas aider vraiment son ami en lui disant :
« Rends-toi compte que ce n’est pas cette viande de déchet qui te rend
malade mais la peur d’avoir commis un acte sacrilège ». « Viande de
déchet » est un prédicat trop « épais » pour être digéré
facilement par Ménédème. Peut-être même qu’il ne lui a pas suffi de dire
« viande » mais qu’il a dû chercher un synonyme neutre comme
« morceau de boeuf » pour vraiment faire voir la chose autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n’avais pas prévu que je me laisserais aller à cette digression ;
aussi remets-je à plus tard la réflexion sur les mariages des deux amis.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2006/01/30/221-menedeme-deretrie-et-asclepiade-de-phlionthe-1#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2006/01/30/221-menedeme-deretrie-et-asclepiade-de-phlionthe-1#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/rss2/comments/81783</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Ménédème, l’inventeur à Érétrie du banquet spartiate.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/01/29/220-menedeme-linventeur-a-eretrie-du-banquet-spartiate</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:a2dc50ce7ebb69914de2f52dce82734a</guid>
    <pubDate>Sun, 29 Jan 2006 00:59:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Socratiques et disciples</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Vous vous souvenez peut-être d’Alexinos d’Elis, ce disciple d’Euclide
abandonné par ses élèves quand ils réalisent à quel point Olympie, le lieu où
le maître a le projet d' installer son école, est insalubre. Eh bien, Ménédème
d’Erétrie ne veut pas qu’on lui fasse le même coup :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il était aussi très hospitalier et, comme le climat d’Érétrie était
malsain, il organisait de nombreux banquets, entre autres des réunions de
poètes et de musiciens » (II, 133)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais n’imaginez pas que vins et victuailles vont jouer le rôle
d’appeaux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Voici de quelle façon il organisait ses banquets. Il mangeait
préalablement, en compagnie de deux ou trois personnes jusqu’à une heure
tardive de la journée (&lt;em&gt;ceux qui mangent avec le maître sont-ils les
disciples les plus proches ?&lt;/em&gt;); ensuite on appelait les gens qui étaient
arrivés et qui, eux aussi, avaient déjà dîné. Par conséquent, si quelqu’un
était venu trop tôt, il faisait les cent pas et demandait à ceux qui sortaient
(&lt;em&gt;les serviteurs qui enlevaient les plats&lt;/em&gt;) ce qu’il y avait sur la
table et où l’on en était. Si l’on en était au légume ou au poisson salé, on
s’en allait ; si l’on était à la viande, on rentrait. Il y avait l’été sur
les lits une natte de jonc et l’hiver une peau de mouton. La coupe qui
circulait ne dépassait pas un cotyle (&lt;em&gt;environ un quart de litre&lt;/em&gt;).Le
dessert était fait de graines de lupin ou de fèves, parfois aussi de fruits de
saison : poire, grenade, ers (&lt;em&gt;une sorte de lentille&lt;/em&gt;) ou par Zeus,
figues sèches. » (138)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette invocation de Zeus m’étonne un peu, j’ai même l’impression que c’est
la première fois que je la lis sous la plume de Diogène. Robert Genaille devait
encore plus surprendre son lecteur par son choix de traduction (« Que
Hercule me damne ! »). Diogène manifeste-t-il ainsi l’ironie que lui
inspire la frugalité du menu ? En tout cas, son compte-rendu resterait
énigmatique s’il ne le complétait pas par quelques vers de Lycophron, lequel
aurait écrit un drame satyrique où Ménédème était le personnage principal, sans
que je sache s’il s’en moquait ou le louait. Les vers en question ne permettent
d’ailleurs pas de trancher tant ils sont ambigus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« A la suite d’un médiocre repas la modeste coupe circule avec mesure
parmi les assistants ; mais pour dessert ceux qui aiment écouter reçoivent
le discours de sagesse » (138)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, les plats font ici figure de « vedettes américaines »,
« the last but not the least », la raison d’être du banquet, le gâteau,
c’est le discours. Ménédème était-il le seul à parler ? Ouvrait-il ainsi
une série de prises de paroles, comme dans le &lt;strong&gt;Banquet&lt;/strong&gt; de
Platon ? Ce dont je ne doute pas, c’est que la parole de Ménédème devait
être précieuse pour les auditeurs car, rare socratique à imiter le maître,
« il ne composa aucun ouvrage de manière à éviter aussi de se fixer sur
une doctrine quelconque » (136). Et moi de me demander comment on fait
pour progresser dans la pensée quand on n’écrit pas ce qu’on pense, tant j’ai
l’idée qu’un certain usage de l’écriture accélère la réflexion et lui évite les
ratiocinations. De cette organisation du banquet qui met si ostentatoirement en
évidence que le temps de la pensée et celui de l’alimentation ne doivent pas
être confondus, puis-je conclure que le cercle constitué par Ménédème et ses
premiers compagnons de table (des amis, dit Genaille, qu’il distingue nettement
des invités) ne philosophaient pas en mangeant ? Kant dans les pages
ingénieuses et drôles qu’il consacre aux repas dans l’&lt;strong&gt;Anthropologie
d’un point de vue pragmatique&lt;/strong&gt; (1798) conseille au philosophe de ne pas
manger seul, tant il pense qu’un repas pris en commun avec des gens d’esprit
est susceptible de ravitailler en idées le philosophé fatigué par la réflexion
solitaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Manger seul (solipsismus convictorii, &lt;em&gt;le solipsisme du convive,
l’expression est drôle pour le lecteur philosophe tant il est habitué à
utiliser ce mot savant dans un autre contexte&lt;/em&gt;) est malsain pour le savant
qui philosophe ; ce n’est point &lt;ins&gt;restauration&lt;/ins&gt; mais (surtout
lorsque le repas prend les dimensions d’une bombance solitaire),
&lt;ins&gt;exhaustion&lt;/ins&gt; (&lt;em&gt;cette association de l’épuisement à la satisfaction
solitaire fait penser à tout autre chose, chose que le même Kant d’ailleurs
condamnait tout à fait...&lt;/em&gt;) ; un travail épuisant et non un jeu
vivifiant des pensées. L’homme à table qui, méditant se nourrit, pendant le
repas solitaire, de sa propre substance, perd peu à peu l’entrain qu’il
retrouvera à l’opposé si un commensal lui fournit par la diversion de ses
propos impromptus un apport vivifiant de matière qu’il ne lui a pas été donné
de découvrir par lui-même » (I, III, 88, éd. de la Pléiade p.
1095-1096).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas combien de convives rejoignaient Ménédème pour ces agapes
épicuriennes, mais Kant, lui, pensait que, pour faire un bon repas en bonne
compagnie, le nombre ne doit pas « être inférieur à celui des Grâces, ni
supérieur à celui des Muses » (p.1094)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La phrase finie, Kant, en bas de page, a ajouté une note, témoin de
l’intérêt de ce grand esprit pour les petites choses :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Dix à table, l’hôte qui sert ses invités ne se comptant
pas. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette addition est finalement embarrassante, car si l’hôte crée les
conditions du repas optimal sans y participer, comment pourra-t-il se recréer à
la source fraîche de la conversation ?&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2006/01/29/220-menedeme-linventeur-a-eretrie-du-banquet-spartiate#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2006/01/29/220-menedeme-linventeur-a-eretrie-du-banquet-spartiate#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/rss2/comments/81782</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Ménédème d' Erétrie, boxeur groggy ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/01/28/219-menedeme-d-eretrie-boxeur-groggy</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:858235d0473ad7804005e315a7e75461</guid>
    <pubDate>Sat, 28 Jan 2006 17:12:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Socratiques et disciples</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&amp;quot;Ménédème en imposait beaucoup, semble-t-il&amp;quot; (II, 126)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi ? A première vue, c'est éclairé par la &amp;quot;parodie de
Cratès&amp;quot; que Diogène Laërce cite à la suite et qui désigne Ménédème sous le nom
de &amp;quot;taureau d'Erétrie&amp;quot;. Ce serait donc physiquement que Ménédème impressionne,
ce qui est d'ailleurs confirmé quelques pages plus loin:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Alors qu'il était déjà d'un certain âge, il avait l'aspect robuste et
bronzé d'un athlète, continuant à se graisser d'huile et à se frictionner.&amp;quot;
(II, 132)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un lecteur sous influence cynique, ce souci de simuler l'athlète ne
présage rien de bon car mieux vaut être un athlète moral. Hercule ne jouait pas
à Hercule. En tout cas, si son but était de se faire remarquer par la beauté et
la puissance de son corps, il a réussi:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Quant à la taille, il était bien proportionné, comme le montre la petite
statue qui se trouve dans l'ancien stade à Érétrie. Elle est en effet, comme il
convient, presque nue, laissant voir la plus grande partie du corps.&amp;quot;
(ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour être juste, il ne convient pas de réduire Ménédème à des
mensurations hors du commun: s'il en imposait, c' était aussi pour une autre
raison. En effet, à la différence de Socrate, dont la laideur corporelle
cachait la beauté de l'âme (d'ailleurs, Rabelais dans
&lt;strong&gt;Gargantua&lt;/strong&gt; soulignait son animalité répugnante en lui
attribuant aussi un regard de taureau), la force corporelle de Ménédème est à
l'image de ses capacités dialectiques:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;C'était dans l'agencement des arguments un rude adversaire. Son esprit
s'exerçait dans toutes les directions et il était ingénieux dans l'invention
des arguments. Il était très fort en éristique, comme le dit Antisthène dans
ses &lt;strong&gt;Successions&lt;/strong&gt;.&amp;quot; (II, 134)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, à défaut de lutter avec son corps, il se bat avec les mots, mais de
manière tout à fait inattendue, quand il participe à une joute verbale, tout se
passe comme s'il était sur un ring. Je lis en effet ces lignes incroyables:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Mais dans les débats philosophiques il était à ce point combatif, dit
Antigone (&lt;em&gt;Antigone de Caryste, la source principale ici de Diogène
Laërce&lt;/em&gt;), qu'il se retirait avec les yeux au beurre noir.&amp;quot; (II, 136)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robert Genaille parle lui d' &amp;quot;yeux gonflés&amp;quot;, ce que j'ai, grâce à
l'insuffisance de sa traduction, moins de mal à comprendre. Car avoir les yeux
fixés sur les arguments , cela peut les fatiguer. En effet ce n'est pas avec
regard détendu et reposé que l'on prête attention aux insuffisances des armures
logiques. Mais les yeux au beurre noir, c'est bien autre chose que l'épuisement
qui se manifeste à fleur de peau. Et de penser soudainement à ces hystériques
qui ont le malheur de prendre au pied de la lettre les expressions toutes
faites dont leur langue est porteuse. Alors qu'un être normal en a seulement
&amp;quot;plein le dos&amp;quot; de la vie, l'hystérique, qui ne parle pas au figuré, est cloué
au lit par d'incessantes douleurs lombaires. Et, si l'on en croit Freud, mille
médecins n'y feront rien, tant que le malade n'aura pas sa cure cathartique...
Alors je me dis que peut-être &amp;quot;avoir les yeux au beurre noir&amp;quot; voulait dire en
grec ancien &amp;quot;en prendre plein la g...&amp;quot;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute façon, hystérique ou pas, Ménédème, par ses marques oculaires, se
distingue nettement de tous les membres des sectes philosophiques qui me sont
familières. L'épicurien, pour commencer: ce n'est pas du tout un polémiqueur,
vu qu'il ne parle qu'avec ses amis et qu'il entend sortir de leur bouche les
mêmes paroles qu'eux aimeraient recevoir de la sienne. Les épicuriens ainsi ont
remplacé le monde immense et dangereux par le cercle étroit et rassurant de
leurs alter ego. Certes le stoïcien, lui, n'hésite pas à discuter avec
l'insensé pour le remettre dans le droit chemin tant il est convaincu que tous
les hommes partagent la même raison. Mais, au-delà d'une certaine résistance,
il se replie dans sa citadelle intérieure (à vrai dire, il n'en est jamais
vraiment sorti, il en est juste allé au seuil), de peur de sortir du cadre
immuable de son apathie disciplinée. Quant au sceptique, il prendrait bien
garde à ne pas manifester trop de ferveur dans la défense de ses thèses, tant
il craindrait qu' un adversaire malin n'identifiât son échauffement à un amour
fort peu sceptique de la Vérité. Il reste le cynique, à l'agressivité si
dérangeante. Mais autant il est en mesure de faire sursauter par ses
remontrances cruellement ironiques, autant il ne veut entrer dans ce jeu des
longues confrontations dialectiques. Il a mieux à faire: vivre
vertueusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pauvre Ménédème, je n'ai pas réussi à transformer vos yeux au beurre noir en
illustration fort maîtrisée de quelque doctrine. C'est sans doute Diogène qu'il
faut accuser de mon échec tant il a l'air par moments de ne pas vous aimer.
Dans le petit poème qui clôt les pages qu'il vous consacre, le dernier mot
qu'il écrit pour vous caractériser, ô, vous le taureau athlétique, n'est-ce pas
paradoxalement &amp;quot;pusillanimité&amp;quot; ?&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2006/01/28/219-menedeme-d-eretrie-boxeur-groggy#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2006/01/28/219-menedeme-d-eretrie-boxeur-groggy#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/rss2/comments/81781</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Ménédème, captivé par ou captif de Platon ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/01/24/218-menedeme-captive-par-ou-captif-de-platon</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:af958578d59dbdc51eec83668ab8e993</guid>
    <pubDate>Tue, 24 Jan 2006 19:18:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Socratiques et disciples</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Laërce dit de Ménédème d’ Erétrie que, s’il est devenu philosophe, c’est
qu’il a été captivé par Platon. Stilpon , lui, se faisait une spécialité de
captiver les disciples des autres (note du 30-03-05) . Quant à Hipparchia, la
philosophe cynique, elle a été si captivée par Cratès qu’elle en est devenue la
femme (note du 08-03-05). Odile Goulet-Cazé précise que ce mot grec
(thérathéis), utilisé donc au moins à trois reprises par Laërce pour désigner
la relation entre le novice et le philosophe confirmé est un « terme très
fort ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense alors aux élèves qu’il nous arrive aussi, à nous, les modestes
professeurs de philosophie, de captiver. D’ailleurs certains conserveront
jusqu’à la fin de leur vie le souvenir de leur prof de philo. Certes
l’amour-propre y trouve son compte et tant que captiver veut dire intéresser
fortement, tout va bien. Mais là où ça se gâte, c’est quand l’élève captivé
devient captif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet ça ne va pas de soi que les profs de philo libèrent leurs élèves.
Bien sûr c’est un stéréotype d’affirmer que la philosophie permet de dépasser
les opinions communes. Ces dernières, désignées avec un brin de pédantisme sous
le nom de doxa, illustreraient de manière exemplaire l’absence de pensée de
Monsieur Toutlemonde. Malheur donc aux élèves qui n’auraient pas la chance
d’arriver en Terminale, tant il semble que la parole du prof de philo a une
fonction purificatrice décisive : aiguiser la raison et la nettoyer des
préjugés qui la corrompent. On plaint alors les pays qui n’ont pas fait de la
philosophie une matière obligatoire de l’enseignement secondaire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y aurait d’abord beaucoup à dire sur cette dépréciation de la pensée
quotidienne qui n’est peut-être rien d’autre qu’un des nombreux préjugés d’une
certaine philosophie. A ce propos, quelques lignes de Wittgenstein pourraient
aider à se défaire de l’ensorcellement platonicien :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Le fait que Socrate soit considéré comme un grand philosophe est une
chose qui m’a intrigué. Car lorsque Socrate pose une question sur la
signification d’un mot et que des gens lui donnent des exemples de la façon
dont le mot est utilisé, il se montre insatisfait et demande une définition
unique. Or, si quelqu’un me montre comment un mot est utilisé et quels sont ses
différents sens, c’est exactement le genre de réponse que j’attends »
(Maurice Drury &lt;strong&gt;Conversations avec Wittgenstein&lt;/strong&gt; p.110)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wittgenstein était ainsi porté à penser que le défaut philosophique majeur
était la volonté de dégager des essences et qu’à cette fin les philosophes
étaient enclins à généraliser à partir d’un sens possible seulement d’un mot,
appelant par exemple Amour un des phénomènes auquel correspond l’usage du mot
« amour ». Il encourageait à se défaire de cette illusion essentialiste en
s’habituant à prendre une vision panoramique, synoptique des usages des
mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cela, on ne doit pas conclure que ce qu’on a l’habitude de dire est
toujours vrai mais qu’on a la mauvaise habitude de penser que c’est toujours
faux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi quand captiver c’est enfermer dans une conception radicalement
dépréciative du langage ordinaire, on peut légitimement mettre en doute les
bienfaits d’une telle libération.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste à identifier par quoi est remplacée cette prétendue néfaste opinion
commune. Cependant il est difficile de déterminer l’identité intellectuelle des
profs de philo tant cela fait partie de leur conviction commune que la
transmission à l’élève de n’importe quelle philosophie vaut mieux que le
maintien des opinions qu’il a en entrant en Terminale. Alors si le professeur
est parvenu à déterminer qui de tous les philosophes est le plus vrai, il se
peut qu’il tienne à l’enseigner comme étant sinon la vérité, du moins un moyen
respectable de s’en approcher. L’élève sera d’autant plus susceptible d’adhérer
à la doctrine enseignée qu’il n’aura en général qu’un professeur de
philosophie, la Philosophie se confondant alors avec les cours de philosophie
de son professeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble donc nuisible à l’élève de faire du philosophe qu’on admire le
leit-motiv obsessionnel d’une année, même si on ne peut enseigner que grâce à
l’héritage de ses lectures et donc de ses goûts. Mais on voit le danger
inverse : l’opinion commune est balayée par une avalanche de références
hétéroclites, sans souci de l’unité. Le professeur est épicurien pour traiter
le bonheur, kantien pour la morale, heideggerien pour la technique etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est pourquoi entre l’éclectisme incohérent et le systématisme trompeur, la
voie d’un enseignement à la fois captivant et libérateur (et je ne crois pas
que l’expression soit nécessairement contradictoire) est donc bien étroite.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2006/01/24/218-menedeme-captive-par-ou-captif-de-platon#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2006/01/24/218-menedeme-captive-par-ou-captif-de-platon#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/rss2/comments/81780</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Simon, de l’Idée de chaussure aux Idées tout court.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/01/22/217-simon-de-lidee-de-chaussure-aux-idees-tout-court</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:b01ad5de5cc13f3fc4471a4d8923aa69</guid>
    <pubDate>Sun, 22 Jan 2006 21:41:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Socratiques et disciples</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Diogène Laërce n'est guère plus disert sur Simon qu'il ne l'a été sur Criton
et en plus, ce nouveau Socratique, à ma connaissance, n'apparaît nulle part
dans les dialogues de Platon. C’était un cordonnier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Quand Socrate venait dans son échoppe et discutait sur un sujet
quelconque, (il) prenait en notes tout ce dont il se souvenait. » (I,
122)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Socrate parle, le cordonnier s’arrête donc de travailler. Peu importe
le sujet, ce que dit Socrate mérite d’être gardé. Platon a beau lui avoir fait
condamner l’écriture dans le &lt;strong&gt;Phèdre&lt;/strong&gt;, Socrate, comme plus tard
Epictète avec Arrien , ne prononce pas des paroles qui s’envolent pour laisser
la place à d’autres, plus exactes mais toujours susceptibles d’être dépassées
par des formulations plus précieuses encore. Non, Simon les arrête au vol et
épingle ce qui n’aurait dû, par son passage, qu’éveiller à la pensée. J’imagine
que ce sont de ces notes-là qu’il tire ses 33 « dialogues de
cordonnerie » (II,122). Mais s’y était-il donné un rôle ou les avait-il
écrits comme Platon qui, nulle part dans les si nombreux textes qu’il a écrits,
n’a rejoint les personnages qu’il assemblait autour de Socrate ? Je
cherche dans la liste un titre qui pourrait évoquer l’artisan, je ne trouve
guère que &lt;strong&gt;Sur le travail&lt;/strong&gt;. J’imagine que ce dialogue pouvait
contenir une défense de l’artisan par opposition au peintre, sur le modèle de
celle qu’on lit au début du livre X de la &lt;strong&gt;République&lt;/strong&gt;. Si dans
cet ouvrage il est question du lit, en revanche ici et en hommage à Simon le
cordonnier, je parlerai plutôt de la chaussure. Pour dire qu’il y a non pas des
milliards de chaussures mais seulement trois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La première, qu’on appellera la Chaussure, a été créée par Dieu, que Socrate
désigne sous le nom d’ « ouvrier naturel » (597 d). C’est le Concept
de chaussure que Platon ne se représente pas comme né de l’imagination des
hommes mais comme appartenant de toute éternité au monde des Essences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxième, c’est la chaussure fabriquée d’après la Chaussure. Avec
Aristote, je dirais que pour faire la chaussure minuscule, il faut quatre
choses : du cuir, un artisan, un but ( protéger le pied par exemple ) et
ce qui nous intéresse ici une Forme, la Chaussure majuscule. Donc Simon, en un
sens, fait des chaussures mais, pour parler comme Platon, aucun homme n’a fait
la Chaussure. Ce n’est pas avec des morceaux de cuir qu’on crée une Forme mais
avec de la pensée divine. Simon n’ est lui qu’un « ouvrier
professionnel » (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisième, c’est la chaussure peinte, par Van Gogh par exemple. Mais le
plus grand peintre vaut de toute façon moins que Simon le cordonnier :
l’artiste ne sait pas faire la chaussure ou quelque autre objet, il est juste
capable d’imiter l’oeuvre de l’artisan. C’est Van Gogh qui doit vénérer le
cordonnier et pas l’inverse, comme c’est l’usage aujourd’hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, on comprend pourquoi Simon s’arrêtait de travailler, buvait et
notait les paroles de Socrate, puis, à son tour, s’est mis à écrire sur le
Beau, la Loi, l’ Etre même etc. Conscient de n'avoir une relation privilégiée
qu'avec une seule Essence, il a voulu se rapprocher de toutes les autres.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2006/01/22/217-simon-de-lidee-de-chaussure-aux-idees-tout-court#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2006/01/22/217-simon-de-lidee-de-chaussure-aux-idees-tout-court#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/rss2/comments/81779</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Criton dans les derniers moments de Socrate.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/01/21/216-criton-dans-les-derniers-moments-de-socrate</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:3a74c03fadedf100a6a7488be98da83d</guid>
    <pubDate>Sat, 21 Jan 2006 21:01:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Socratiques et disciples</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Diogène m'ayant un peu laissé sur ma faim concernant l'identité de Criton,
je vais voir ce que m' apprend Platon sur son compte. Dans l'
&lt;strong&gt;Apologie&lt;/strong&gt; , je découvre qu'il a le même âge que Socrate et
qu'il est du même dème que lui (le dème est à Athènes une circonscription
territoriale). Mais c'est dans le &lt;strong&gt;Phédon&lt;/strong&gt; que quelques lignes
valent la peine d'être relevées. Phédon, qui a assisté en direct à la mort de
Socrate, raconte à Échécrate, pressé d'en connaître le détail, que la vingtaine
de disciples et d'amis dont il fait partie (mais à laquelle n'appartient pas
Platon, malade ce jour-là) découvre en prison non seulement celui qu'elle vient
voir mais aussi son épouse Xanthippe portant leur plus jeune enfant (Socrate a
été en effet un père de famille nombreuse: il a eu trois enfants ) et assise
contre son mari:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Mais, aussitôt qu'elle nous vit, Xanthippe se mit à prononcer des
imprécations et à tenir ces sortes de propos qui sont habituels aux femmes:
&amp;quot;Ah ! Socrate, c'est maintenant la dernière fois que tes familiers te
parleront et que tu leur parleras !&amp;quot; (59 a)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encline à souligner le côté extraordinaire du moment qu'ils vivent, l'
épouse représente ici l' anti-Socrate, attaché à faire jusqu'au bout comme si
de rien n'était. On comprend la réaction du philosophe. Elle est en trop dans
la pièce car elle gâche la mise en scène:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Alors Socrate, regardant du côté de Criton: &amp;quot;Qu'on l'emmène à la maison,
Criton !&amp;quot; dit-il. Et, pendant que l'emmenaient quelques-uns des serviteurs de
Criton, elle poussait de grands cris en se frappant la tête.&amp;quot; (59 a-b)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fidèle, Criton obtempère mais j'imagine qu'il aurait pu casser l'ordre du
jour et, inspiré par l'image du dernier-né, faire jouer la corde sensible comme
dans le dialogue platonicien auquel il a donné son nom:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Ce sont tes fils que tu te presseras de laisser derrière toi (&lt;em&gt;Criton
imagine alors les conséquences du refus de Socrate de s'évader de sa
prison&lt;/em&gt;), quand il t'était possible de les élever jusqu'au bout, de faire
jusqu'au bout leur éducation; et, pour ce qui te concerne, tu ne t'inquiètes
pas de savoir quel sort ils pourront bien avoir ! Ce sort,
vraisemblablement, ce sera d'être exposés à ce genre de malheurs auquel,
d'habitude, la situation d'orphelin expose les orphelins: ou bien, en effet il
ne faut pas faire d'enfants, ou bien il faut prendre la peine de les élever et
de faire leur éducation ! Or, tu m'as l'air, toi, de prendre le parti qui
présente le moins de difficulté, alors que celui qu'il faut prendre, c'est le
parti que prendrait un homme de bien et un vaillant ! Et tu proclames
qu'une conduite méritoire est le souci de toute ta vie &amp;quot;
(&lt;strong&gt;Criton&lt;/strong&gt; 45 d)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans le &lt;strong&gt;Phédon&lt;/strong&gt;, Criton, accompagné de son fils
Critobule, n' opposera aucune contradiction et se contentera d'écouter. Il sera
encore là à la fin quand on fait venir pour une ultime visite les enfants de
Socrate et les femmes de sa famille (je souris en lisant la note écrite à cet
endroit par Léon Robin: &amp;quot; Des parentes seulement, semble-t-il. Il serait
étonnant, si Xanthippe était là, qu'elle s'abstînt des manifestations bruyantes
de 60 a.&amp;quot; Il m'avait déjà amusé quand il avait jugé bon de placer cette autre
note à propos de l' absence de Platon, retenu par une maladie: &amp;quot; Il n'y a pas
de bonnes raisons de supposer à l'absence de Platon un autre motif.&amp;quot;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est maintenant le coucher du soleil, l'entretien tarit:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Après cela, on ne se dit plus grand-chose&amp;quot; (116 b)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Serviteur des Onze (ils avaient comme fonction d'administrer la prison et
de faire exécuter les criminels) s'adresse à Socrate, fait son éloge puis, se
mettant à pleurer, quitte la pièce. Socrate dit à ses disciples tout le bien
qu'il pense du gardien-chef comme l'appelle Robin et demande à Criton de faire
apporter le poison broyé. Criton cherche à retarder l'issue en disant qu'il
croit qu'il ne fait pas encore nuit et lui propose assez incroyablement de
prendre le temps de jouir une dernière fois des plaisirs de la vie:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Il y a d'autres (&lt;em&gt;condamnés&lt;/em&gt;) qui ont bu le poison longtemps après
qu'on le leur a enjoint, et non sans avoir bien mangé et bien bu, quelques-uns
même après avoir eu commerce avec les personnes dont ils avaient d'aventure
envie. Allons ! Ne te presse pas, puis qu'il te reste encore du temps &amp;quot;
(116 e)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate avec une grande douceur ne manifeste aucune réprobation mais met
clairement les points sur les i:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Ils ont bien raison, les gens dont tu parles, de faire ce que tu dis, car
ils pensent qu'ils gagneront à le faire ! (&lt;em&gt;Nul n'est méchant
volontairement: chacun veut d'abord le bonheur mais la plupart ne sont pas
éclairés sur le moyen de l'atteindre&lt;/em&gt;) Quant à moi, c'est aussi avec raison
que je ne le ferai pas, car je ne crois pas que j'y gagne, en buvant un peu
plus tard le poison, sinon de me prêter à rire de moi-même, en m'engluant ainsi
dans la vie et en l'économisant alors qu'il n'en reste presque plus ! &amp;quot;
(116e-117a)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Criton commande alors à un serviteur non d'emmener la femme mais d'apporter
le poison. Socrate ayant bu impassiblement la coupe, Criton s'effondre en
larmes et doit quitter la pièce. Peu à peu le corps de Socrate devient
insensible, la froideur partie des pieds a atteint le bas-ventre, elle va
bientôt gagner le coeur, alors Socrate adresse à Criton et à tous les autres
ses dernières paroles:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; - Criton, à Asclépios, nous sommes redevables d'un coq ! Vous autres,
acquittez ma dette ! n'y manquez pas ! - Mais oui ! dit Criton,
ce sera fait ! Vois cependant si tu n'as rien de plus à dire.&amp;quot; (118 a)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vain, aucune parole, supplémentaire et moins prosaïque, ne sortira de sa
bouche et Criton lui fermera les yeux.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2006/01/21/216-criton-dans-les-derniers-moments-de-socrate#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2006/01/21/216-criton-dans-les-derniers-moments-de-socrate#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/rss2/comments/81778</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Criton, un petit tour et puis s’en va.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/01/20/124-criton-un-petit-tour-et-puis-sen-va</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:59753b5b023ab8e0bebb86bfff39d16d</guid>
    <pubDate>Fri, 20 Jan 2006 23:45:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Socratiques et disciples</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Dans le dialogue de Platon qui porte son nom, Criton ne manque pas
d’arguments pour persuader Socrate de fuir de la prison en achetant le silence
du gardien. On n’entendrait presque que lui dans les premières pages, même s’il
se réduit finalement vite, c'est le coup classique avec Socrate, au rôle de
muet approbateur de la leçon de morale que lui fait son maître. Il est aussi
très présent chez Diogène Laërce mais, d'une autre manière, comme un fidèle
dévoué et soucieux avant tout de l'intendance :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« C’est lui surtout qui portait à Socrate une très grande affection
(&lt;em&gt;ce début est ambigu : dois-je comprendre que, parmi tous les
disciples, il se détache par son extrême attachement ou que Socrate ne lui
rendait pas l’affection que Criton lui portait ?&lt;/em&gt;) et il s’occupait
tellement de lui que jamais Socrate ne manquait de quoi que ce soit dont il
pouvait avoir besoin » (II, 121)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je retrouve cette image d’un Socrate soigné aux petits oignons par ses
proches, qu’Aristippe avait déjà évoquée (« il avait pour assurer son
approvisionnement les premiers des Athéniens », avait-il rétorqué à qui lui
reprochait de faire payer ses élèves). Socrate d’autant plus détaché des biens
que ses amis étaient attachés à lui ! Et Criton dans ce cadre apparaît
comme le premier des fournisseurs ! Mais il a su produire aussi des
enfants qui, je n'en doute pas, auront relayé le père dans l'assistance au
Philosophe en danger. C'est congénital le socratisme chez les Criton !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Et les enfants de Criton : Critobule, Hermogène, Epigène et
Ctésippe, furent les auditeurs de Socrate. » (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le papa n’assure pas seulement l’intendance, il joue aussi à Platon et
écrit comme lui des dialogues, 17, tous perdus comme c'est l'usage, et assez
minces pour tenir dans un seul volume. Les érudits rectifient : ils
n’auraient en fait rien écrit. Peu importe. Je n'ai jamais pris Diogène Laërce
pour un archiviste ! Malheureusement les titres, bien qu'imaginaires, ne
font ni méditer ni rêver. C’est du classique, du solide, du traditionnel, pour
tout dire : &lt;strong&gt;Sur le beau&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Sur la sagesse&lt;/strong&gt;,
&lt;strong&gt;Sur le divin&lt;/strong&gt; etc. Rien à rajouter. Exit Criton, au premier
plan chez Platon, figurant éphémère chez Diogène Laërce.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2006/01/20/124-criton-un-petit-tour-et-puis-sen-va#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2006/01/20/124-criton-un-petit-tour-et-puis-sen-va#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/rss2/comments/81686</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Phérécyde ou comment mettre des parasites au service d'une conquête militaire.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/01/20/65-pherecyde-ou-comment-mettre-des-parasites-au-service-d-une-conquete-militaire</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:0d9b3a24a30446a4d07756b5b9e2feb6</guid>
    <pubDate>Fri, 20 Jan 2006 19:28:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Socratiques et disciples</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Courir le risque de la mort pour son pays, c’est ordinaire. Phérécyde, lui,
innove : il offre sa mort. Ce n’est pas en effet avec les forces de son
corps vivant qu’il va aider Ephèse à remporter la victoire sur Magnésie, mais
avec l’immobilité inerte de son cadavre. Jugez plutôt :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« (...) il demanda à un passant d’où il était. Comme l’autre répondit
« d’Ephèse », il lui dit : « Traîne-moi donc par les jambes
(&lt;em&gt;ce mode de locomotion funéraire me paraît bien rude&lt;/em&gt;) et dépose-moi
sur le territoire des Magnésiens, puis annonce à tes concitoyens de m’ensevelir
sur place après la victoire. (Dis-leur que c’est là) ce qu’a prescrit
Phérécyde. L’autre transmit ce message. Quant aux Ephésiens, le lendemain,
ayant lancé une attaque, ils l’emportent sur les Magnésiens, ensevelissent sur
place Phérécyde qui était mort et lui rendent des hommages somptueux» (I
117-118)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas pourquoi Phérécyde, originaire de l’île de Syros, est attaché
à Ephése et pourquoi les Ephésiens se battent pour récupérer son corps :
ce corps glorieux avant la victoire et non après, comme pour le banal martyr.
Les Ephésiens ont donc atteint leur but (vaincre les Magnésiens) en étant
contraints par l’ultime décision de Phérécyde à en viser un autre (accomplir un
rite mortuaire). Le sage se fait instrument de la victoire. Mais là encore il
semble agir sur ordre, si l’on en croit l’épigramme que Diogène Laërce écrit en
son honneur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il ordonna qu’on le mît chez les Magnésiens pour donner victoire aux
valeureux citoyens d’Ephèse. Car il y avait un oracle, que lui seul
connaissait, Qui prescrivait ce geste. » (121)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Diogène a raison, Phérécyde, le mort conquérant, n’est pas un astucieux
stratège mais juste un bon Grec qui se conforme, par prudence, à un oracle.
Mais de quoi était-il mort ? D’une invasion de poux, dit-on, ou d’une
phtiriasis, pour le dire en termes plus choisis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« L’illustre Phérécyde qu’enfanta un jour Syros a perdu, rapporte-t-on,
son ancien aspect quand il fut (dévoré) par les poux » écrit encore
Diogène.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il dût être sévèrement ravagé pour avoir inventé la communication par le
doigt, si on peut dire. Pythagore, dont il est traditionnel de dire qu’il était
le disciple de Phérécyde, étant venu prendre de ses nouvelles, « il fit
passer son doigt par le trou de la porte (&lt;em&gt;dans une lettre à Thalès, il
précise qu’il s’agit du trou de la serrure&lt;/em&gt;) et dit : « Ma peau
le montre clairement » (118) J’imagine un cynique atteint d’une telle
pathologie pédiculaire ; il aurait paradé, fier d’être laid, sur les
places publiques, faisant gaillardement du petit animal une preuve de la
fragilité du corps, jouissant de la méprise de ceux qui se seraient détournés
de lui parce qu’ils l’auraient confondu avec sa peau. Mais enfin, défiguré et
pudique, Phérécyde a su tout de même d’une certaine manière faire belle figure
sur le champ de bataille.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2006/01/20/65-pherecyde-ou-comment-mettre-des-parasites-au-service-d-une-conquete-militaire#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2006/01/20/65-pherecyde-ou-comment-mettre-des-parasites-au-service-d-une-conquete-militaire#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/rss2/comments/81627</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Stilpon: les chiens font des chats.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/01/18/5-stilpon-les-chiens-font-des-chats</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:de507dd1c7ea16994bdd32f58b620c6b</guid>
    <pubDate>Wed, 18 Jan 2006 08:15:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Socratiques et disciples</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;em&gt;A Sylvia W., pour le grand service qu'elle m'a rendu...&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stilpon a deux femmes, l’une légitime et l’autre courtisane, cependant,
malgré le proverbe (« Qui a deux femmes perd son âme, qui a deux maisons
perd sa raison ») il n’a pas déchu, sans quoi on ne comprendrait pas l’anecdote
suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il eut une fille aux moeurs dissolues (&lt;em&gt;sans doute née de la femme
légitime, destinée socialement à la reproduction, elle ressemble pourtant à la
maîtresse, destinée, elle, entre autres, à la conversation&lt;/em&gt;) qu’épousa un
de ses familiers, Simmias de Syracuse (&lt;em&gt;un disciple qui n’aurait pris du
maître que la fille ?&lt;/em&gt;). Celle-ci ne vivant pas de façon convenable
(&lt;em&gt;avant ou après le mariage ?&lt;/em&gt;), quelqu’un dit à Stilpon qu’elle le
déshonorait. Mais lui répliqua : « Pas davantage que moi je ne
l’honore » » (II,114)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l’inverse de sa fille à qui il attribue, en accord avec le voisinage, une
conduite déshonorante, Stilpon s’attribue une conduite honorable. Mais ni le
mérite ni le démérite ne sont contagieux. On n’a à répondre que de soi :
la consanguinité n’implique pas la responsabilité des fautes. On est loin du
péché originel. Inversement la fille ne tire aucun prix de la valeur du père.
Les prouesses philosophiques paternelles ne la rachètent pas en effet. La
famille est ici un ensemble de personnes à juger au cas par cas. Stilpon au
fond ignore l’honneur de la famille. Une famille honorable, l'expression n'est
sensée que si chaque partie est honorable ; inversement, il n’y a de
famille déshonorante que là où ,sans reste, les membres, chacun à leur manière
ou tous pareillement, se déshonorent. Un seul donc ne peut ni affaiblir ni
élever la valeur d’une totalité qui ne sera jamais rien de plus que la somme
des parties. Ainsi chacun peut espérer faire exception sans jamais porter
d’avance le fardeau de l’opprobre. La valeur ne s’hérite pas, elle se mérite.
Donc malgré ses deux femmes et sa fille sans retenue, Stilpon ne s’est pas
laissé aller. Ce qui déjà bien connu de Cicéron qui, dans son ouvrage consacré
au destin, le prend, à l’instar de Socrate, comme exemple de maîtrise de
soi:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Stilpon, ce philosophe mégarique, était, à ce que l'on nous rapporte,
un homme fort ingénieux, et jouissait, de son temps, d'une assez belle
renommée. Nous pouvons voir, dans les propres écrits de ses amis, qu'il
éprouvait une vive inclination pour le vin et les femmes; et ce n'est pas pour
le décrier qu'ils en parlent, mais plutôt pour le louer; car ils ajoutent qu'il
avait tellement dompté et subjugué cette nature vicieuse par la force de la
discipline, que jamais homme au monde ne le surprit dans l'ivresse ou agité de
mauvaises passions » (&lt;strong&gt;De Fato&lt;/strong&gt; V 10 trad. de Nisard)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diogène Laërce le dit d’une autre manière :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Hermippe dit que Stilpon mourut âgé, après avoir bu du vin afin de
mourir plus vite » (II, 120)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le philosophe s’oblige à boire du vin, c’est la preuve qu’il n’est pas
poussé à le faire. On assiste ici non à la manifestation d’une dépendance mais
à l’accomplissement d’un devoir. Il faut en finir, empoisonnons-nous. Quel
contresens de croire que Stilpon prend, avant de mourir, ses derniers moments
de bon temps ! Pour le dire clairement, Diogène Laërce écrit, comme
d’habitude, quelques vers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Stilpon de Mégare, tu le connais certainement (&lt;em&gt;c’est inhabituel
chez lui de s’adresser au lecteur&lt;/em&gt;), a été terrassé par la vieillesse, puis
par la maladie, attelage infernal. Mais il trouva dans le vin un cocher bien
meilleur Que ce couple funeste. Car, après avoir bu, il prit les
devants. » (II, 120)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Changer de cocher », nouvelle périphrase pour dire « se suicider
», c’est-à-dire choisir activement le processus qu’on subira. Stilpon a gardé
le vin, l’arme qui aurait pu le faire très tôt disparaître, sinon en tant
qu’homme du moins en tant que philosophe, pour la fin, non comme délice mais
comme supplice. C'est vrai que, s'il s' était attelé à une maîtresse dans le
seul but de hâter sa mort, la démonstration que constitue sa vie aurait été
plus convaincante...&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2006/01/18/5-stilpon-les-chiens-font-des-chats#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2006/01/18/5-stilpon-les-chiens-font-des-chats#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/rss2/comments/81566</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Stilpon, un homme, un vrai.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/01/16/6-stilpon-un-homme-un-vrai</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:4918b9c3c5bfe501c098e2bbbee423a3</guid>
    <pubDate>Mon, 16 Jan 2006 08:55:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Socratiques et disciples</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;On se rappelle de Diogène circulant en plein jour sur l’agora noire de
monde, une torche à la main et répétant : « Je cherche un Homme »,
octroyant du même coup à tous les passants le statut peu enviable de
pré-humains. S’il a connu l’anecdote, Stilpon a dû s’imaginer (naïvement alors)
que Diogène, s’il l’avait rencontré, aurait ipso facto cessé sa quête :
« On raconte qu’à Athènes il exerçait une telle attirance sur les gens
qu’on accourait des échoppes pour le voir. Et comme quelqu’un lui disait :
« Stilpon, ils t’admirent comme une bête curieuse », il répliqua :
« Pas du tout, mais comme un homme véritable. » » (II, 119) Je pense
à ce texte de Marx tiré de la Critique de la philosophie du droit de
Hegel : « La religion n’est que le soleil illusoire qui se meut
autour de l’homme, tant qu’il ne se meut pas autour de lui-même » Stilpon
éblouit, tel un soleil, tous ces hommes à qui il ne tient qu’à eux de se donner
la valeur, qu’ils attribuent à l’homme exceptionnel, sur le passage duquel ils
s’agrègent. Mais le philosophe antique ne brille que sur le fond de cette
majorité terne.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2006/01/16/6-stilpon-un-homme-un-vrai#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2006/01/16/6-stilpon-un-homme-un-vrai#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/rss2/comments/81568</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Quatre petits matchs entre Stilpon le Mégarique et Cratès le Cynique.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/01/15/7-quatre-petits-matchs-entre-stilpon-le-megarique-et-crates-le-cynique</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:6648694f1624318f6fd3ae9e37d1dfdb</guid>
    <pubDate>Sun, 15 Jan 2006 09:00:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Socratiques et disciples</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;em&gt;A Arlette M., fidèle lectrice de 7h du matin&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stilpon était simple, sans affectation et bien disposé envers les gens
ordinaires », écrit Diogène Laërce (II, 117). Dois-je en conclure qu’il était
retors, affecté et mal disposé envers les gens extraordinaires ? C’est la
question que je me pose à lire les quatre anecdotes qui le mettent en scène
face à Cratès. 1) « Un jour que Cratès le Cynique, au lieu de répondre à
la question qu’il lui posait, avait lâché une pétarade, Stilpon lui dit :
« Je savais bien que tu dirais tout sauf ce qu’il faut » » (ibid.)
Certes quand un cynique lâche des gaz, c’est moins un indice de flatulences
intestinales qu’une marque de provocation. Il arrive en effet au cynique non de
péter en parlant (que c’est banal) mais de parler par pets. On se souvient même
(cf. note du 06/03/05) que Cratès avait pratiqué la pédagogie du pet avec son
beau-frère, Métroclès de Maronée, mort de honte d’ « avoir lâché un pet au
beau milieu d’un exercice oratoire » (VI, 94). Stilpon est donc à la
hauteur de Cratès quand il identifie le bruit déplacé à un hors sujet mais le
surpasse, en constatant par là même, son incapacité à répondre à la question. A
malin, malin et demi : il semble que c’est le grand principe qui régit les
rencontres philosophiques dans ces histoires rapportées par Diogène. Cratès n’a
d’ailleurs pas plus de chances quand c’est lui qui pose la question, comme on
va le voir ! 2) « Un jour que Cratès lui tendait une figue sèche tout
en lui posant une question, Stilpon prit la figue et la mangea. Cratès dit
alors : « Par Héraclès, j’ai perdu la figue ». « Pas seulement
la figue, dit Stilpon, mais aussi la question dont la figue était le
gage. » (II, 118). On se demandera quelle peut bien être la question.
Marie-Odile Goulet-Cazé suggère que c’est n’importe quelle question, assez
difficile, il faut ajouter, pour qu’on mérite une figue si on en trouve la
réponse. La figue une fois mangée, plus besoin pour Stilpon de prendre en
compte la question. « Perdre la question », en fait bien étrange
expression, voudrait alors dire « poser une question qu’autrui cesse de
reconnaître comme étant une question à poser ». J’imagine : Stilpon fait
comprendre ainsi à Cratès que les questions qu’il pose ne sont pas
intéressantes en elles-mêmes. Si un rien (une figue !) est à la clé, on les
prend au sérieux, mais sans ce rien, elles ne valent vraiment rien !
Philippe Muller dans son ouvrage sur Les Mégariques fait l’hypothèse que la
question était : « Ce que je tiens dans ma main, est-ce une
figue ? » et qu’on peut interpréter ainsi sa consommation par
Stilpon : « La réplique du Mégarique, qui mange la figue,
signifierait alors l’irréalité de la chose sensible particulière par opposition
à l’idée » (p.166) Il faudrait alors imaginer que Cratès, hostile comme
tous les cyniques à l’existence des Idées intelligibles, a demandé :
« Est-ce la Figue que je tiens dans ma main ? ». Stilpon, faisant
disparaître une figue particulière, mettrait alors en relief que demeure la
Figue en tant que concept général. Mais quand, quelques lignes plus tard,
Diogène Laërce écrit « comme il était très habile en éristique (l’art de
se battre avec des arguments), il rejetait même les Idées (bien sûr
platoniciennes) », on ne comprend plus. De manière surprenante, les lignes qui
suivent immédiatement semblent démentir ce que Diogène vient de soutenir, je
veux dire l’anti-platonisme de Stilpon, mais en revanche rendent très crédible
l’hypothèse de Muller : « Il allait jusqu’à dire que quand on dit
« homme », on ne dit personne (au sens où aucun homme particulier n’est
l’Homme, le Concept, l’Idée d’Homme), car on ne dit ni cet homme-ci ni cet
homme-là. Par conséquent, ce n’est pas non plus celui-ci (vu ainsi, l’Homme est
un concept qu’on pense et ne peut jamais être une personne qu’on rencontre). Ou
encore : « le légume » n’est pas ce légume qu’on me montre, car
le légume existait il y a plus de dix mille ans. Ce n’est donc pas ce légume-ci
(on se rend compte que l’argument pourrait être répété à l’infini en prenant
comme point de départ à chaque fois un nouveau nom commun) » (II, 119) 3)
« Une autre fois, en hiver, Stilpon vit Cratès qui avait mis le feu à son
vêtement. « Cratès, dit-il, tu me sembles avoir besoin d’un manteau neuf (
imatiou kainou), ce qui signifiait (d’un manteau et de jugeote « imatiou
kai nou) » (II, 118) Sachant que le Cynique ne possédait qu’un manteau,
une besace et un bâton, on peut supposer que Cratès avait approché par mégarde
son habit d’un feu. La vacherie stilponienne est donc justifiée. Mais,
entreprise à hauts risques ! , je vais ici donner toutes ses chances au
Cynique : en fait, s’il brûle son manteau en hiver, c’est pour montrer
qu’on peut se passer même de l’indispensable. Ainsi Stilpon n’aurait rien
compris à ce triomphe grelottant... Certes, si j’avais raison, on ne
comprendrait pas pourquoi « offensé, Cratès le parodia en ces vers :
En vérité j’ai vu Stilpon en proie à de méchantes souffrances A Mégare, où se
trouve, dit-on, le gîte de Typhôn (jeu de mots sur tuphos : l’orgueil et
Tuphoéos : le monstre). C’est là qu’il disputait, avec de nombreux
disciples autour de lui. Ils passaient leur temps à courir après la vertu (jeu
de mots : tên d arétên et Nikarétên, Nicarète étant la courtisane avec
laquelle Stilpon vivait) en changeant les lettres » (II118) Ou l’art de
dénoncer par des jeux de mots l’art du jeu de mots ! 4) « On raconte
qu’au beau milieu d’un entretien avec Cratès, il courut acheter du poisson. A
Cratès qui essayait de le retenir et qui disait : « Tu laisses tomber
la discussion ? », Stilpon : « Moi, pas du tout ; la
discussion, je la garde, mais c’est toi que je laisse tomber ; car, si la
discussion, elle, peut attendre, le poisson, lui, va être vendu » » (II,
119) Le Cynique est battu sur son propre terrain. A grossier, grossier et demi.
Mais, en même temps, Stilpon, donnant à un poisson la préférence sur une
discussion, aurait pu entendre Cratès lui répliquer : « Tu places
donc un animal mort plus haut que la vérité ! »&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2006/01/15/7-quatre-petits-matchs-entre-stilpon-le-megarique-et-crates-le-cynique#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2006/01/15/7-quatre-petits-matchs-entre-stilpon-le-megarique-et-crates-le-cynique#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/rss2/comments/81569</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Stilpon ou l'art de la dénonciation détournée.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/01/13/8-stilpon-ou-l-art-de-la-denonciation-detournee</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:f5f4862bbe832d5a54d7fd31b7b74206</guid>
    <pubDate>Fri, 13 Jan 2006 12:21:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Socratiques et disciples</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Stilpon, autre Mégarique et satané piégeur, m’a déjà intéressé en tant que
maître de Zénon de Kition, fondateur du stoïcisme (cf. note du 30/03/05) mais
j’avais alors laissé de côté quelques anecdotes qui pourtant valent la peine
d’être commentées. On sait peut-être que Phidias était considéré dans
l’Antiquité comme le plus grand des sculpteurs. Rien de son oeuvre n’a été
conservé mais, grâce aux récits de Pausanias qui a eu la chance de les voir, on
sait qu’il a réalisé de colossales sculptures représentant Athéna. Stilpon
était-il face à celle qu’il fit pour le Parthénon, haute sans son socle de
11,50 m, charpente en bois imputrescible recouverte de plaques d’or et
d’ivoire, quand il demanda : « Est-ce qu’Athéna, la fille de Zeus,
est un dieu ? » Comme on lui répondait « oui », il reprit :
« Mais celle-ci n’est pas de Zeus, elle est de Phidias ». L’autre en
convenant, il dit : « Donc ce n’est pas un dieu » (II, 116)
Aristote aurait ri et répliqué : « Cher Stilpon, ô Mégarique si
ingénieux, ne savez-vous pas que toute chose a quatre causes et que vous
confondez dans votre raisonnement cause formelle et cause efficiente ?
Phidias est effectivement celui qui a fait la sculpture mais la forme qu’il lui
a donnée représente Athéna, fille de Zeus ! » Mais ce n’était pas à
Aristote que Stilpon s’adressait, juste à un citoyen grec ordinaire qui perçoit
dans l’affirmation non un sophisme mais, à plus juste titre sans doute, un
sacrilège : « Cela lui valut d’être convoqué devant l’Aéropage où,
loin de nier ce qu’il avait dit, il soutint avoir correctement raisonné. Athéna
en effet n’est pas un dieu, mais une déesse ; ce sont les mâles qui sont
des dieux. » (ibid.) Je ne vois rien d’autre qu’une piètre reculade dans
cette argutie qui respire la mauvaise foi, comme si, sous la menace, Stilpon le
malin faisait l’imbécile. En tout cas, les membres de l’Aéropage ne s’y
trompèrent pas, qui « lui intimèrent l’ordre de quitter la cité
sur-le-champ. » (ibid.) L’anecdote que Diogène rapporte à la suite met en
relief que si, à propos de l’Athéna de Phidias, Stilpon faisait semblant de
confondre la statue et son modèle, c’était peut-être afin de dénoncer la
prosternation devant les idoles : « En tout cas Cratès (le cynique,
frère d’un des maîtres de Stilpon, Pasiclès de Thèbes) lui ayant demandé si les
dieux se réjouissaient des génuflexions et des prières (lui sait à quoi s'en
tenir), on dit que Stilpon fit cette réponse : « Ne m’interroge pas
là-dessus en pleine rue, insensé que tu es, mais seul à seul » (II, 117)
Théodore l’Athée, le Cyrénaïque (cf. notes des 12-14-15-16/12/05), qui semble
avoir malgré son surnom moins visé les dieux que les crédulités humaines, n’a
pas perdu l’occasion que, face à Athéna, Stilpon lui offrait de rajouter une
touche d’impiété en transformant la déesse en mortelle et en dénonçant
peut-être ainsi indirectement l’anthropomorphisme des croyances religieuses
ordinaires : « Il lui dit en se moquant : « D’où Stilpon
savait-il cela ? Aurait-il retroussé son vêtement et regardé son
« jardinet » ? » (ibid.) On se rappelle que Théodore s’y
connaissait en la matière car c’est lui qui, coincé dialectiquement par
Hipparchia la cynique, lui avait rappelé sa féminité en lui enlevant son
manteau (cf. note du 09/03/05). Avec Stilpon, peut-être se vengeait-il du sale
tour que ce dernier lui avait joué et qui lui avait valu, à lui l’Athée,
l’ironique surnom de Dieu (cf. note du 09-12-05). Mais j’imagine pourtant que
Stilpon avait su reconnaître en Théodore un complice déguisé. Diogène Laërce,
une fois l’anecdote rapportée, pas coutumier pourtant des jugements
comparatifs, sort très inhabituellement de sa neutralité et distribue les
compliments : « Ce Théodore était plein d’audace, mais Stilpon, lui,
était plein d’esprit » (II, 116) Je ne sais trop s’il vaut mieux avoir de
l’audace que de l’esprit. Pour une fois qu'il hiérarchise les philosophes dont
il raconte la vie et la doctrine, Diogène ne s'est guère mouillé.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2006/01/13/8-stilpon-ou-l-art-de-la-denonciation-detournee#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2006/01/13/8-stilpon-ou-l-art-de-la-denonciation-detournee#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/rss2/comments/81571</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Diogène Laërce, un valet de chambre ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/01/11/9-diogene-laerce-un-valet-de-chambre</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:0517190def35fd9ed2fde68b3a138969</guid>
    <pubDate>Wed, 11 Jan 2006 12:28:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Socratiques et disciples</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;J’aime lire avec soin Diogène Laërce mais je sais qu’il ne faut pas avoir
foi en lui. Prenons par exemple le portrait qu’il fait de Diodore d’Iasos,
surnommé Cronos comme son maître Apollonios Cronos, lui même auditeur
d’Eubulide de Milet. Certes il reconnaît qu´ « il était un dialecticien,
qui passe, selon certains, pour être le premier à avoir découvert l’argument
voilé et l’argument cornu » (II, 111). Mais, mis à part que le lecteur a
appris, quelques lignes avant, que c’est à Eubulide que l’on doit l’invention
de ces arguments, Diogène Laërce a fait précéder ce passage d’un épigramme de
Callimaque de Cyrène :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Mômos lui-même écrivait sur les murs : « Cronos est
sage »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce Mômos est un dieu qui s’est fait chasser de l’Olympe tant il passait son
temps à railler ses divins confrères. C’est un moqueur qui ne respecte rien et
qui écrit ainsi des graffitis ironiques sur les murs de Iasos (car quand on
sait qu’Aphrodite est la seule déesse qui ne tombe pas sous les critiques de
Mômos, on ne peut tout de même pas faire l’hypothèse qu’il faut prendre au
premier degré un énoncé concernant un simple mortel). Il sait en effet percer à
jour et mettre à nu les failles, même s’il reprochait à Héphaistos, alias
Vulcain, d’avoir fait l’homme sans laisser une ouverture dans la poitrine, ce
qui aurait permis d’y voir directement ses secrètes pensées, comme le rapporte
Lucien de Samosate:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« On dit que Minerve, Neptune et Vulcain, disputèrent un jour d'adresse
et d'industrie. Neptune forme un taureau, Minerve invente l'art de construire
les maisons, et Vulcain donne naissance à l'homme. Ils vont ensuite trouver
Momus, qu'ils avaient choisi pour juge. Momus considère l'oeuvre de chacun. Ce
qu'il trouve à redire dans les autres oeuvres, nous n'avons pas besoin de le
rapporter ici. Quant à l'homme, il blâme Vulcain, qui l'avait bâti, de n'avoir
pas placé une petite fenêtre sur sa poitrine, afin qu'en l'ouvrant, tout le
monde pût connaître ses désirs et ses pensées, s'il mentait ou s'il disait la
vérité. » (Hermotime ou les Sectes trad. de Talbot 1912).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, aux dires de Diogène, Diodore n’est pas seulement l’objet de la
dérision de la Dérision faite homme , il est aussi moqué par l’homme à la cour
duquel il vit, Ptolémée Sôter, ex-général d’Alexandre et maître de l’Egypte.
Sans doute sous les regards mêmes du souverain, Stilpon, autre mégarique, le
met au défi de résoudre les embûches dialectiques dont tous ces disciples
d’Euclide paraissent avoir été friands. Diodore restant muet, Ptolémée le lui
reproche et l’humilie même en l’appelant par son surnom ambigu, Cronos, qui
désigne à l’origine le Titan, père de Zeus, célèbre amphibologiquement pour sa
subtilité et pour sa folie radoteuse. Si l’on ajoute que Krónos se prononce
comme Chrónos (le Temps), on mesure alors les multiples sens de l’inscription
murale (« Le Subtil est sage », ce qui est presque une tautologie ;
« Le Radoteur est sage », ce qui est une contradiction ironique ;
« Le Temps est sage », ce qui met hors jeu Diodore). En tout cas quand
Diodore entend Krónos dans la bouche de Ptolémée, il ne doute pas que c’est une
condamnation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il quitta alors le banquet, et, après avoir écrit un traité sur le
problème posé, de découragement il se suicida » (II, 112)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fin qui n’a rien de glorieux, quel que soit le sens donné au
suicide : doit-on penser que le traité échoue à régler les problèmes posés
par Stilpon ou que Diodore est désespéré à l’idée qu’un homme comme lui, en
mesure d’écrire un traité si argumenté, soit rabaissé publiquement à cause de
sa seule incapacité à solutionner immédiatement ce qui mérite tout un ouvrage
pour être éclairé ? Ce qui est certain, c’est que Diodore n’a rien de
stoïcien ! Autant un cynique qu’un disciple de Zénon rirait de cet
amour-propre mal placé ! Et voilà le bouquet, le clou enfoncé par Diogène
le suiveur, qui, encouragé par la triade Callimaque, Mômos et Ptolémée
(illustre poète, dieu et roi ont de quoi certes persuader quand ils se liguent
contre une victime) participe à la curée avec une grande cruauté :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Diodore Cronos, lequel parmi les dieux à un funeste découragement t’a
contraint, pour que de toi-même tu te sois précipité dans le Tartare, parce que
tu n’avais pas résolu les énigmatiques paroles de Stilpon ? Tu t’es bien
révélé « Cronos », sans le R et sans le C (soit onos, ce qui signifie
l’âne en grec comme le précise précieusement Marie-Odile Goulet-Cazé) »
(ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c’est tout ce qu’en dit Diogène Laërce. Et pourtant je lis dans une autre
note de la même traductrice :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Diodore était un philosophe éminent « le seul philosophe de
Mégare sur lequel nous ayons conservé un ensemble de textes relativement
cohérent et substantiel » (Muller, Les Mégariques, p.51)&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de me rappeler Hegel : s’il n’y a pas de grand homme pour son valet
de chambre, ce n’est pas la faute du grand homme mais celle du valet de
chambre...&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2006/01/11/9-diogene-laerce-un-valet-de-chambre#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2006/01/11/9-diogene-laerce-un-valet-de-chambre#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/rss2/comments/81572</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Hommage à un disciple peu chanceux d’ Eubulide de Milet.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/01/10/10-hommage-a-un-disciple-peu-chanceux-d-eubulide-de-milet</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:8261ead63c34749f80d20707d7b225c8</guid>
    <pubDate>Tue, 10 Jan 2006 12:32:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Socratiques et disciples</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Vous étiez un philosophe connu pour vos talents dialectiques au point qu’on
vous surnommait le Réfutateur, vous avez eu un maître qui a laissé à la
postérité des arguments bien embarrassants et vous, vous êtes connu pour vos
livres dirigés contre d’autres philosophes eux-mêmes réputés. Alors que vous
aviez déjà des disciples et que vous enseigniez dans votre ville natale, vous
décidiez de changer de résidence et choisissiez une ville fort prestigieuse et
connue de tous pour les jeux qui s’y déroulaient tous les quatre ans. Vos
disciples s’étonnèrent et vous demandèrent pourquoi vous ne restiez pas où vous
étiez. Vous avez répondu que vous ambitionniez de fonder une école qui
porterait le beau nom de la ville que vous aviez élue. J’imagine que c’est
alors de bien mauvais gré qu’ils vous ont suivi, car prétextant que les frais
d’installation étaient trop coûteux et qu’en plus, du point de vue de la santé,
le nouveau lieu n’avait rien d’idéal, ils vous ont laissé tomber et vous êtes
resté là tout seul, avec pour unique compagnon un serviteur. Bien sûr, comme il
se doit, vu que vous êtes un philosophe antique, tout ce que vous avez écrit a
été perdu. On ne sait donc pas grand chose de ce que vous pensiez, vous ne
portez guère plus que l’étiquette de l’école à laquelle on vous associe. Vous
avez dû avoir des ennemis et vous en aviez d’ailleurs bien besoin pour montrer
votre talent à leur clouer le bec mais je doute qu' ils vous en aient vraiment
voulu. Je sais en effet que l’un d’entre eux qui vous raillait durement n’a pas
hésité à vous rendre service en accompagnant votre épouse lors d’un voyage sur
des routes peu sûres où elle craignait d’être attaquée. Si au moins vous aviez
eu une de ces morts glorieuses qui sauve une vie de la médiocrité mais non,
c’est sans doute une mauvaise infection qui a mis fin à vos jours. Vous l’aviez
contractée en nageant dans un fleuve et en vous piquant avec un roseau. Même le
plus ingénieux des interprètes ne pourrait rien faire de cette mort-là qui
semble condenser toute la contingence et l’absence de sens de nos morts à nous,
les obscurs aussi peu illustres au niveau de leur vie que de leur doctrine...
Cher Alexinos d’Elis, je vous dis adieu et vous envoie illico sur Internet
d’où, peut-être, on vous extraira un jour ou l’autre pour vous faire revivre un
peu.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2006/01/10/10-hommage-a-un-disciple-peu-chanceux-d-eubulide-de-milet#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2006/01/10/10-hommage-a-un-disciple-peu-chanceux-d-eubulide-de-milet#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/rss2/comments/81573</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Eubulide de Milet ou gare aux Mégariques !</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2006/01/09/11-eubulide-de-milet-ou-gare-aux-megariques</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:7d980d0fba1232b36286a6b67f505811</guid>
    <pubDate>Mon, 09 Jan 2006 12:36:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Socratiques et disciples</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Ils portent des noms étranges, on les appelle en effet le Menteur, le Caché,
l’ Electre, le Voilé, le Sorite, le Cornu et le Chauve. Non, ce ne sont pas des
philosophes antiques mais des arguments destinés à confondre le rival. Leurs
inventeurs sont les Mégariques, disciples d’Euclide le Socratique (à ne pas
confondre avec le géomètre !) et précisément Eubulide de Milet. Soit le
Menteur : « je mens », dit-il. Est-ce vrai ? De le supposer on
conclut que l’énoncé est faux car il va de soi que si le menteur dit la vérité,
alors il ne ment pas. Puis-je m’en tenir à dire que l’énoncé est faux ?
Mais alors le menteur dit la vérité. D’où le vertige du passage incessant du
vrai au faux et du faux au vrai. En pratique, le contexte éclaire et rend sensé
l’usage d’un jugement qui, en effet dans l’absolu, n’est ni vrai ni faux. Le
Caché, l’Electre et le Voilé sont trois versions du même raisonnement :
« Connaissez-vous votre père ? –Oui. – Connaissez-vous cette personne
voilée ? –Non –Cette personne voilée est votre père. Donc, vous le
connaissez et ne le connaissez pas en même temps. » Enfantin : il
suffit de remplacer le deuxième « connaître » par
« reconnaître » pour dissiper la contradiction. Du coup Electre, qui
se tient à côté de son frère Oreste sans pourtant le reconnaître, ne sera plus
embarrassée par le mégarique donneur de leçons. Voici maintenant le Sorite ou
le Tas, tel que le présente le Dictionnaire des sciences philosophiques (Franck
1843) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Un grain de blé fait-il un tas ? – Non – Et deux grains de
blé ? – Pas davantage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On insiste en ajoutant chaque fois un seul grain de blé ; et
l’adversaire est forcé de convenir, ou que cent mille grains ne font pas un tas
ou qu’un tas de blé est déterminé par un grain » (p.495 de la deuxième
édition) Le Chauve pose lui aussi le problème de la limite mais en sens
inverse : à quel moment devient chauve celui à qui on enlève les cheveux
un à un ? Je réalise subitement que cette expérience de pensée pourrait se
transmuer en supplice... On se rend compte que le Chauve et le Sorite, à la
différence des trois précédents, sont à prendre au sérieux. Les concepts de
« chauve » et de « tas », prédicats vagues, ne sont pas toujours
d’application facile mais les cas délicats ne sont-ils pas l’exception ?
Et d’autre part, pour toutes ces situations limites où le mot ne convient pas
vraiment, il y a toutes les périphrases qui, associées au contexte et éclairées
par lui, enlèvent toute ambiguïté à ce qu’on dit. Du « chauve
potentiel » au « légèrement chauve » en passant par le « à
peine chauve » ! Reste le Cornu : on a tout ce qu’on n’a pas perdu,
or vous n’avez pas perdu de cornes, donc vous avez des cornes. Ce Cornu, lui,
même s’il est déclinable à l’infini, n’est pas vraiment intimidant. On ne peut
perdre que ce qu’on a : associé à un objet qu’on ne possède pas, le verbe
n’a pas de sens. L’argument n’a donc pas de portée car il contient une phrase
absurde. Je ne sais pas vraiment ce que Diogène Laërce pensait des
raisonnements eubulidiens car il se contente de les présenter par leur nom
comme une série de personnes qu’on connaîtrait seulement par leurs
surnoms :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Le Menteur, le Caché, l’Electre, le Voilé, le Sorite, le Cornu et le
Chauve »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne compose sur leur auteur aucune épigramme mais cite tout de même un
passage assez ravageur d’un poète comique dont il ne précise pas
l’identité :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Eubulide le disputeur qui interrogeait sur des raisonnements cornus
(cornus peut-il valoir pour biscornus ?) Et qui, par ses arguments faux et
prétentieux confondait les orateurs, S’en est allé emportant le bavardage
rempli de « r » mal prononcés de Démosthène » (II, 108)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A dire vrai, on ne sait trop si Eubulide a eu Démosthène comme
disciple ; il semble en revanche avoir polémiqué contre Aristote. A ce
propos, le mystérieux D.H. qui vers 1840 signe l’article consacré dans le
&lt;strong&gt;Dictionnaire des sciences philosophiques&lt;/strong&gt; à Eubulide de Milet,
prend clairement parti en une seule phrase bien sentie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Sa vie entière n’a guère été qu’une lutte contre Aristote, lutte à
peu près stérile, dans laquelle une logique captieuse essayait de prévaloir
contre le bon sens (dois-je en conclure que D.H. était péripatéticien
?) »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dernières lignes assènent le coup final :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ce second successeur d’Euclide n’est déjà plus pour les anciens
eux-mêmes qu’un disputeur infatigable, qu’un sophiste de profession. Quand il
s’agit d’un pareil homme, un argument qui permet d’embarrasser un adversaire
porte en soi son explication »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Larousse lui en traite d’une manière qui suggère qu’il n’est
peut-être pas tout à fait prétentieux de penser qu’on progresse aussi en
philosophie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ces arguments, si subtils aux yeux des Grecs, feraient aujourd’hui
hausser les épaules au dernier de nos élèves de logique » (&lt;strong&gt;Grand
dictionnaire universel du 19e&lt;/strong&gt; Vol. 7 p.1097)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si je pense aux réactions probables des élèves de Terminale en 2006, je
ne me sens pas aussi fondé que Larousse à croire dans le progrès...&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2006/01/09/11-eubulide-de-milet-ou-gare-aux-megariques#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2006/01/09/11-eubulide-de-milet-ou-gare-aux-megariques#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/rss2/comments/81574</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Phédon : on ne juge pas un homme sur son corps.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/12/17/12-phedon-on-ne-juge-pas-un-homme-sur-son-corps</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:2ae8a0e52b8eab78b384f595a6c40000</guid>
    <pubDate>Sat, 17 Dec 2005 12:41:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Socratiques et disciples</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;On connaît Phédon par le dialogue homonyme de Platon. Quant à ce qu’en dit
Diogène Laërce, c’est plutôt maigre. Pourtant il est le fondateur de l’école
éliaque, du nom de la ville d’Elis, où il est né. Issu d’une famille noble, il
est fait prisonnier à l’occasion de la prise de sa cité dans le cadre d’une
guerre dont la détermination prête à discussion chez les érudits. Esclave, il
est prostitué, ce qui ne l’empêche pas dans ses moments libres d’aller écouter
Socrate et discuter avec lui. Il semble que Robert Genaille, ne concevant
peut-être pas du tout la possibilité d’une double vie où l’on use tantôt de son
corps tantôt de son esprit, traduise erronément :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« (Phédon fut) forcé de vivre dans un lieu de débauche, mais, ayant
fermé sa porte et quitté sa maison, il fréquenta Socrate. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie-Odile Goulet-Cazé rend, elle, avec exactitude le partage de sa vie en
deux temps :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« (Phédon) fut contraint à rester dans une maison close. Mais quand il
en fermait la porte, il participait aux entretiens avec Socrate. » (II,
105)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que Platon ait donné le nom de Phédon comme titre d’un dialogue où il
identifie le corps à une prison de l’âme me paraît, à la lumière de l’anecdote,
bien trouvé . A l’image de l’âme qui n’est pas recluse dans le corps, Phédon
sort du bordel et médite. Et comme l’âme est un jour définitivement libérée par
la mort, Phédon est lui aussi finalement libéré de l’esclavage et donc de la
prostitution :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« (Socrate) invita Alcibiade ou Criton à le racheter. De ce moment il
put philosopher en homme libre »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que son premier statut ait encouragé l’argument ad hominem, il n’y a là
rien d’étonnant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Hiéronymos, dans son ouvrage Sur la suspension du jugement, s’attaqua
à lui en le traitant d’esclave.»&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant précisé la façon dont Phédon est devenu philosophe, Diogène Laërce
énumère les différents dialogues qu’on lui attribue en discutant de leur
authenticité. Je m’arrêterai à l’un des deux dont il est certain qu’ils sont
bien de la main de Phédon : il s’agit du &lt;strong&gt;Zopyre&lt;/strong&gt;. Celui
qui donne le nom au dialogue est un physiognomoniste. Je rappelle que la
physiognomonie, illustrée au 18e par Lavater et tant appréciée de Balzac, est
cette fausse science qui pense pouvoir identifier les traits invisibles de
l’esprit à partir de ceux visibles du visage. Comme l’ouvrage de Phédon est
perdu, je ne peux pas connaître directement ce qu’il pensait d’un tel savoir.
Cependant, indirectement, deux témoignages de Cicéron, l’un extrait du
&lt;strong&gt;De Fato&lt;/strong&gt; (sur le destin), l’autre des
&lt;strong&gt;Tusculanes&lt;/strong&gt;, éclairent sur le contenu possible du dialogue
perdu. Dans l’ouvrage que Cicéron consacre à la dénonciation du fatalisme
stoïcien, il rapporte l’analyse que Zopyre aurait faite de l’âme de Socrate à
partir de son corps :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ne savons-nous pas le jugement que porta un jour de Socrate le
physionomiste Zopyre, qui faisait profession de connaître le tempérament et le
caractère des hommes à la seule inspection du corps, des yeux, du visage, du
front? Il déclara que Socrate était un sot et un niais, parce qu'il n'avait pas
la gorge concave, parce que tous ses organes étaient fermés et bouchés; il
ajouta même que Socrate était adonné aux femmes; ce qui, nous dit-on, fit rire
Alcibiade aux éclats. Les dispositions vicieuses peuvent être produites par des
causes naturelles; mais les détruire et les déraciner complètement, à ce point
que l'âme où elles régnaient d'abord en soit à jamais affranchie, ce n'est pas
là le fait de la nature, mais l'oeuvre de la volonté, de l'énergie, d'une
constante discipline.» (5, trad. de Nisard)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens du rire d’Alcibiade est éclairé par le passage suivant des
&lt;strong&gt;Tusculanes&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Zopyre, qui se donnait pour un habile physionomiste, ayant examiné
(Socrate) devant une nombreuse compagnie, fit le dénombrement des vices qu'il
découvrait en lui : et chacun se prit à rire, car on ne voyait rien de
tout cela dans Socrate. Il sauva l'honneur de Zopyre, en déclarant que
véritablement il était porté à tous ces vices, mais qu'il s'en était guéri avec
le secours de la raison. » (IV, 37 trad. de Nisard)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet les disciples ne sont pas dupes et n’ont pas encore le soupçon des
futurs psychologues des profondeurs. Certes ils ne remettent pas en question la
pertinence du diagnostic mais ils séparent radicalement ce qui, dans l’esprit,
est de l’ordre du naturel et ce qui en lui est de l’ordre du volontaire. On ne
naît pas philosophe, on le devient. Si les disciples, et donc parmi eux Phédon,
entourent Socrate jusqu’aux derniers moments, c’est à cause de sa discipline.
Virtuellement niais, sot et coureur, il s’est mis, grâce à elle, au-delà de
toute opprobre. Apparemment condamné par la nature à s’attacher bêtement aux
femmes, il s’est détaché par la volonté de son corps et, par là même, de tous
les corps, masculins autant que féminins. C’est sans doute ce que Phédon,
revenu à Elis, enseigna, entre autres, à ses propres élèves.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2005/12/17/12-phedon-on-ne-juge-pas-un-homme-sur-son-corps#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2005/12/17/12-phedon-on-ne-juge-pas-un-homme-sur-son-corps#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/rss2/comments/81575</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Eschine: devenait-on muet à l'admirer ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/11/13/31-eschine-devenait-on-muet-a-l-admirer</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:4b34889e43fcb524f41678b4261a5df9</guid>
    <pubDate>Sun, 13 Nov 2005 23:06:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Socratiques et disciples</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Au fur et à mesure où je poursuis ma lecture, l'identité d'Eschine devient
de plus en plus incertaine. Que penser en effet de son talent philosophique si
Aristippe, pourtant son ami, le dénonce brutalement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Même Aristippe mettait en doute l'authenticité de ses dialogues. En tout
cas on raconte qu'un jour où Eschine faisait une lecture publique à Mégare,
Aristippe se moqua de lui en disant: &amp;quot;Où as-tu pris cela, voleur ?&amp;quot; (II, 63,
trad. de Odile Goulet-Cazé)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Même si le stoïcien Panétius &amp;quot;estime que (de tous les dialogues socratiques)
sont vrais ceux de Platon, Xénophon, Antisthène,Eschine&amp;quot; (II, 64), ce dernier
n'aurait-il donc rien écrit ? Etait-il même un philosophe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Eschine était aussi assez bien entraîné dans les exerccies rhétoriques,
comme le montre sa défense du père du stratège Phéax et de Dion. C'est surtout
Gorgias de Léontini qu'il imite; Lysias composa contre lui un discours qu'il
intitula &lt;strong&gt;Sur les manoeuvres du sycophante&lt;/strong&gt;. On voit bien qu'
Eschine était aussi un homme doué pour la parole.&amp;quot; (II, 63)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eschine serait-il au cours de sa vie passé dans le camp adverse, celui des
Sophistes et de Gorgias, le plus grand d'entre eux ? Mais qu'est-ce qui
m'assure qu' il partageait cette conception en réalité spécifiquement
platonicienne des Sophistes, rhéteurs subtils mais penseurs insuffisants ?
J'ai sans doute tort de penser que la frontière établie par Platon entre la
recherche du vrai et le souci du beau discours existait en dehors des dialogues
platoniciens comme une évidence partagée par tous. Eschine a pu donc être
sincèrement socratique et prendre aussi Gorgias comme modèle. S'il en était
ainsi, les attaques auxquelles le soumet le logographe Lysias n'impliqueraient
pas qu'il n'ait pas aussi et en même temps suivi les règles du jeu
philosophique. Quoi qu'il en soit, si la grandeur d' une oeuvre se mesure au
nombre des disciples qu' elle attire, Eschine a alors échoué:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; On ne cite qu'un seul disciple d' Eschine, à savoir Aristote surnommé Le
Mythe.&amp;quot; (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien sûr il s'agit d'un homonyme du célèbre précepteur d' Alexandre le
Grand; rien d'étonnant, sauf le surnom, si inhabituel que W.M. Calder dans un
article au titre amusant &amp;quot;Was Aristotle a myth ?&amp;quot; propose de remplacer
l'énigmatique muthos par nuthos (muet). Mais à ce prix l' échec d' Eschine est
encore plus patent: il n'aurait finalement réussi à transmettre ses trésors
d'éloquence qu' à un muet !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2005/11/13/31-eschine-devenait-on-muet-a-l-admirer#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2005/11/13/31-eschine-devenait-on-muet-a-l-admirer#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/rss2/comments/81593</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Eschine: que doit faire un Socratique pour remédier à la pauvreté ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/11/12/32-eschine-que-doit-faire-un-socratique-pour-remedier-a-la-pauvrete</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:b465038eed50e383f21e2137360b2250</guid>
    <pubDate>Sat, 12 Nov 2005 23:09:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Socratiques et disciples</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Les Socratiques sont attirés par la Sicile, précisément par Syracuse et ses
tyrans, Denys l'Ancien d'abord puis Denys le Jeune. On sait que Platon y est
allé trois fois dans le même esprit: convertir le tyran à la philosophie;
triple échec mais enfin l'intention était noble. Est-ce alors pour avoir
comparé son but à celui d' Eschine que Platon &amp;quot;lui prodigua son mépris&amp;quot; (II,
61, trad. Marie-Odile Goulet-Cazé) ? En effet c'est &amp;quot;à cause de sa
pauvreté&amp;quot; qu' Eschine, soutenu par Aristippe, vient chercher fortune à la cour
de Denys le Jeune. Comme le tyran prétend goûter la philosophie, Eschine lui
offre certains de ses dialogues et ainsi entre peut-être en rivalité avec
Platon. Mais il ne semble pas qu' Eschine ait ambitionné d'être le conseiller
du Prince; une fois reçu des cadeaux en échange de ses dons, il rentre à
Athènes. Il est peut-être méprisable, Eschine, mais enfin, plus prudent que
Platon, il a évité les échecs calamiteux. Cependant, s'il revient sain et sauf
à bon port, il reste pauvre. D' où une deuxième idée: &amp;quot;sophisteuein&amp;quot;,
c'est-à-dire s'établir comme sophiste. C'est difficile pour nous de comprendre
la décision de ce disciple de Socrate, tant l'école nous a habitués à opposer
au bon Socrate, désintéressé, rationnel et convaincant, les méchants sophistes,
cupides et persuasifs par leur seul talent d'orateur.Quoi qu'il en soit,
Eschine renonce au projet car Platon et Aristippe tiennent la place et ne lui
laissent ainsi pas l'espérance de devenir renommé donc riche, comme s'il n' y
avait pas de place pour l' éloquence habile quand la philosophie occupe le
terrain. Eschine devient donc professeur particulier, si l'on me permet de
transposer un peu librement le texte de Diogène (&amp;quot;il donna des leçons
payantes&amp;quot;). Il faut bien vivre et, à défaut de partager avec les sophistes la
célébrité, comme eux mais plus modestement, il demande de l'argent en échange
de son savoir. Enfin il se fait logographe et &amp;quot;écrivit des discours judiciaires
en faveur des victimes d'injustice&amp;quot; (II, 62) Timon, le sceptique railleur (cf
notes des 01 et 02-05-05), ne tape-t-il pas en plein dans le mille quand il
écrit ce vers dans les &lt;strong&gt;Silles&lt;/strong&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;(...) le vigoureux Eschine qui se laisse persuader d' écrire.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecrire, n'est-ce pas bel et bien une faiblesse quand se manifeste en soi &amp;quot;la
vigueur socratique&amp;quot; (II, 60) ? Qu'on se rappelle en outre que de Lysias,
ayant composé pour le procès de Socrate un discours judiciaire, le maître
condamné décline l'offre en comparant le plaidoyer juridique à des parures
certes belles mais qui ne lui vont pas, à lui Socrate ? Mais c'est
finalement Diogène Laërce qui, sans le savoir sans doute, porte le coup
final:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Comme Eschine était opprimé par la pauvreté, Socrate, à ce qu'on raconte,
lui dit de se faire à lui-même un emprunt en diminuant sa nourriture&amp;quot; (II,
62)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formule est jolie; prendre sur soi au lieu de faire payer autrui. Mais
cruelle leçon, comme si les oeuvres du disciple, à l' aune du maître, ne
valaient pas plus que de vulgaires travaux alimentaires !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2005/11/12/32-eschine-que-doit-faire-un-socratique-pour-remedier-a-la-pauvrete#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2005/11/12/32-eschine-que-doit-faire-un-socratique-pour-remedier-a-la-pauvrete#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/rss2/comments/81594</wfw:commentRss>
      </item>
    
</channel>
</rss>