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  <title>Les philosophes antiques à notre secours - Protagoras</title>
  <link>http://www.philalethe.net/</link>
  <description></description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Tue, 26 Aug 2008 14:56:11 +0200</pubDate>
  <copyright></copyright>
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  <item>
    <title>Protagoras (9): des sources de la moralité.</title>
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    <pubDate>Mon, 24 Sep 2007 15:23:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Protagoras</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Ayant déterminé la différence entre les compétences techniques et la
compétence politico-morale, Protagoras en cherche une nouvelle preuve dans les
conditions de distribution du blâme.&lt;br /&gt;
On blâme celui qui prétend disposer d’une compétence technique qu’en fait il ne
possède pas ; c’est son manque de sincérité qu’on condamne alors.&lt;br /&gt;
Un tel raisonnement laisse penser que, si un homme injuste reconnaît son
absence de justice, le blâme ne pourra concerner que son absence de justice et
non sa sincérité.&lt;br /&gt;
Pourtant Protagoras condamne comme fou l’aveu par l’injuste de son état. Ce qui
est objet de la condamnation ici est non l’injustice (il va de soi qu’elle est
condamnable) mais la reconnaissance publique de celle-ci. Mais pourquoi
donc ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tout le monde, déclarent-ils, doit se déclarer juste, qu’il le soit
ou qu’il ne le soit pas ; c’est être fou que de ne pas simuler la justice,
pour cette raison, pensent-ils, qu’il n’y a personne qui n’en participe, sans
quoi il n’appartiendrait pas à l’humanité. » (323 bc trad. Robin)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces lignes sont embarrassantes.&lt;br /&gt;
Protagoras semble recommander une attitude machiavélienne : il faut
prétendre avoir ce qu’on n’a pas quand les hommes s’accordent sur la
reconnaissance de l’universalité et de la valeur de la chose en question.&lt;br /&gt;
Or, de deux choses l’une : ou bien tous les hommes ont effectivement dans
leurs propriétés la justice et dans ce cas, l’injuste n’a pas à la simuler; ou
bien quelques hommes ne l' ont pas (ce que suggère 322 d où l’homme qui
« n’est pas capable de participer au sentiment de l’honneur et à celui du
droit » est comparé à une maladie de la cité) et dans ce cas la raison
donnée pour justifier la simulation est fausse.&lt;br /&gt;
En somme l’identité de l’homme injuste est floue: est-il un homme dénaturé ou
qui n’agit pas conformément à une de ses propriétés ?&lt;br /&gt;
L’anthropologie que nous a livrée Protagoras reste jusqu’à présent trop
indéterminée pour permettre de clarifier ce point. La suite du texte apportera
cependant une distinction éclairante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu’il en soit, Protagoras surprend encore davantage en se proposant
ensuite de défendre une thèse à première vue inverse de celle qu’il vient de
soutenir par la médiation du mythe : les qualités requises pour être un
bon citoyen s’apprennent.&lt;br /&gt;
L’argument pourrait être qualifié de « grammatical » : à la
différence des qualités comme l’aspect esthétique, la taille ou la force, dont
l’absence est objet de pitié, le défaut de qualités politico-morales est objet
de réprobation. Dans la même logique, Protagoras met en évidence la fonction
dissuasive du châtiment et ce qu’elle implique : la responsabilité
concernant les actes injustes (on notera qu’il juge que le châtiment a une
telle fin chez les hommes en général, à l’exception de ceux qui ne se
comportent pas comme des bêtes en se vengeant de manière irréfléchie : en
effet, Protagoras défend que l’anti-modèle est ici non les Barbares ou d’autres
Grecs que les Athéniens mais les animaux ; en ressort, contre tout
ethnocentrisme, l’idée que les Athéniens sont au fond des hommes comme les
autres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Protagoras ne voit pas la contradiction qu’il y a à première vue à soutenir
à la fois sur le même point, après une thèse naturaliste, une thèse
culturaliste.&lt;br /&gt;
Mais y a-t-il en fin de compte contradiction ? Rien de moins sûr.&lt;br /&gt;
En effet, pour répondre à l’objection socratique selon laquelle l’échec des
hommes justes, tels Périclès, à transmettre leurs qualités à leurs fils prouve
que la justice ne s’enseigne pas, Protagoras fait une distinction entre la
prédisposition naturelle et l’aptitude qui nécessite certes une éducation mais
est conditionnée par la prédisposition en question (il en conclut que les
enfants en question ne sont pas aussi doués par nature que leurs pères).&lt;br /&gt;
On pourrait ainsi supprimer la contradiction : d’une part le mythe met en
évidence une prédisposition naturelle et humaine à la justice ; d’autre
part l’éducation est requise pour l’actualiser par l’exercice. Hermès aurait
donc distribué bel et bien à tous les hommes des qualités politico-morales mais
1) virtuelles et 2) à des degrés différents. Que l’actualisation de ces
qualités prenne du temps et demande une éducation continue, Protagoras le met
en évidence par le tableau précis des étapes de l’éducation en question :
viennent en premier lieu « sa nourrice, sa mère, son précepteur, son père
en personne » (325 c trad. Robin), puis le grammatiste qui lui apprend à
écrire et à lire, troisièmement le maître de cithare et enfin le maître de
gymnastique (on notera que comme Socrate dans &lt;strong&gt;La République&lt;/strong&gt;,
Protagoras subordonne l’apprentissage de la poésie à la moralité – le critère
du bon poète est sa capacité par ses vers à développer la moralité du lecteur;
de même il assigne une fin éthique au développement des qualités physiques –
point que les cyniques reprendront -). Protagoras est sensible aussi au fait
que la moralité est transmise à travers les relations avec autrui mais en
dehors de tout enseignement explicite, ce qui peut expliquer selon lui
l’affirmation socratique selon laquelle il n’y a pas de maîtres ès
moralités :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Si maintenant Socrate, tu fais le difficile, c’est que la moralité
est enseignée par tout le monde, par chacun dans la mesure où il en est
capable, et que tu n’en aperçois aucun maître ! C’est comme si, par
exemple, tu cherchais quelqu’un pour nous apprendre à parler grec, tu n’en
verrais non plus aucun maître ! » (327 e – 328 a).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Là non plus, pas de contradiction entre la thèse selon laquelle la moralité
est enseignée « scolairement » et celle selon laquelle elle est
enseignée indirectement par la vie en commun. Les deux transmissions sont
complémentaires et Protagoras présente seulement son propre enseignement comme
pouvant faire avancer en moralité les jeunes hommes qui l’écouteront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long de cette description, Protagoras insiste sur la valeur de la
correction dans l’apprentissage, le châtiment légal étant d’ailleurs identifié
à une correction du même type que celle infligée par les maîtres, la mise à
mort ou le bannissement devenant les ultimes recours face à des hommes
insensibles aux corrections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reste tout de même face à une difficulté concernant le coupable
« incurable » (325 b) : n’a-t-il aucune prédisposition à la
justice ou bien à un degré si faible qu’aucun forme d’apprentissage ne peut
être efficace ? C’est toute la question de l’humanité du criminel qui est
ici en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, à bien lire le texte de Protagoras, il n’y a pas à choisir entre
la nature et la culture car celle-ci ne produit des changements en l’homme qu’à
partir de celle-là.&lt;br /&gt;
La nature, en tout cas, ne suffit pas à expliquer que les hommes soient justes.
Protagoras, se référant à une pièce comique de Phérécrate, intitulée
&lt;strong&gt;Les sauvages&lt;/strong&gt;, imagine un état de nature (« des hommes
chez lesquels il n’existe ni éducation, ni tribunaux, ni lois, ni absolument
aucune contrainte par laquelle ils soient, en tout état de cause, contraints de
se soucier de moralité » 327 d) et affirme que les plus mauvais des hommes
civilisés sont encore préférables aux hommes à l’état de nature, ce qui semble
revenir à dire que ceux que Protagoras présentait plus haut comme une maladie
de la polis ont tout de même une méchanceté affaiblie par l’éducation, même si
cette dernière ne va pas jusqu’à en faire des hommes respectueux de la
justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que rétrospectivement la distinction don naturel / capacité acquise
par l’éducation permet d’éclairer un peu le passage sur la folie de l’aveu par
l’injuste de son injustice : ce dernier doit simuler non la disposition à
être juste (il l’a bel et bien), mais le comportement juste (la raison de cette
hypocrisie est sans doute dans le risque qu’il prend à se reconnaître
publiquement comme n’ayant pas quelque chose 1) de proprement humain et 2) de
dépendant de sa responsabilité).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure, disons que si Léon Robin présentait ce discours inaugural
comme étant peut-être un pastiche du style de Protagoras, j’ai plutôt essayé de
le prendre au sérieux. En tout cas, Platon, en faisant parler Protagoras, ne
l’a pas ridiculisé. Protagoras a l’art de concilier des thèses qui avec trop de
systématisme pourraient s’exclure.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Protagoras (8): le mythe (2)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/09/16/Protagoras-8%3A-le-mythe-2</link>
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    <pubDate>Sun, 16 Sep 2007 14:38:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Protagoras</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Le mythe raconté par Protagoras marque fortement la distinction entre les
hommes et les animaux. Alors que ceux-ci sont privés de raison et ne font
chacun qu’exemplifier les propriétés de leur espèce, les hommes reçoivent pour
compenser leur déficit naturel (Epiméthée ayant distribué aux animaux toutes
les propriétés naturelles avantageuses pour leur survie) la technique du feu et
toutes les autres techniques. En somme l’animal a tandis que l’homme
fait.&lt;br /&gt;
Mais ce n’est pas seulement une différence factuelle, c’est aussi une
différence de valeur qui est pointée ici. En effet l’origine des techniques est
divine (Prométhée les a volées à Hèphaïstos et à Athêna : « l’homme a
eu sa part du lot divin » 322 a).&lt;br /&gt;
Il faut cependant introduire une nuance : si l’aptitude à la technique
caractérise l’espèce humaine, chaque individu ne reçoit pas toutes les
techniques possibles. Si certaines sont distribuées à tous, comme l’art de
parler, d’autres ne le sont qu’à un petit nombre, comme l’art de la
médecine.&lt;br /&gt;
Le mythe de cette manière reconnaît ainsi, par le fait de la distribution
inégale des techniques, l’individualité humaine alors que rien ne venait
différencier les exemplaires d’une même espèce animale.&lt;br /&gt;
On pourrait appeler « état de nature », anachroniquement certes, l’état
des hommes techniciens dans leurs relations avec les animaux et les uns avec
les autres.&lt;br /&gt;
Ces relations sont essentiellement conflictuelles, le premier conflit causant
le second.&lt;br /&gt;
Le premier conflit, interspécifique, oppose les animaux aux hommes : en
effet, malgré la technique, les hommes sont destructibles par les animaux et la
peur d'un tel anéantissement va engendrer la cité. Mais « cité » ici
ne veut rien dire de plus qu’« ensemble d’individus unis par la peur des
animaux ». Une telle cité est dans ces conditions autant un refuge (contre les
animaux) qu’un danger à cause des autres hommes, chacun ne prenant en compte
que lui-même et par ce fait nuisant aux autres. A cause de ce conflit
intraspécifique, les hommes sont alors confrontés à une alternative dont aucune
des possibilités n’est bonne : ou ils subissent les torts des autres ou,
en dehors de la cité, ils deviennent les victimes des bêtes (« se
répandant à nouveau de tous côtés, ils étaient anéantis » 322 b).&lt;br /&gt;
Il faut bien marquer cependant que le danger majeur pour l’homme n’est pas
l’autre homme mais l’animal. Il faudrait « faire la guerre aux
animaux » (322 b) mais la technique de la guerre ne peut être appliquée
que par des hommes unis par autre chose qu’une peur commune.&lt;br /&gt;
Il faut pour cela « sortir de l’état de nature » pour ainsi
dire : la cité, agrégat d’individus ne satisfaisant que leur intérêt
personnel, doit se convertir en cité politiquement administrée.&lt;br /&gt;
Cette transformation a lieu quand on ajoute aux qualités techniques des hommes
deux qualités: le sentiment du droit, du juste (dikê) et celui de l’honneur,
traduit Robin, de la honte, du respect humain, pourrait-on aussi dire (aidôs
αιδώς lat.verecundia). A la différence des qualités techniques, ces qualités
sont distribuées à tous les hommes même si certains hommes ne les partagent pas
(gr. metechein). Identifiés à une maladie du corps social, traduit Robin, une
maladie de la cité (noson poleôs), ils doivent être tués.&lt;br /&gt;
Si on met à part l’exception dénaturée que représentent de tels hommes, il est
justifié de dire que le régime démocratique est fondé sur la nature humaine.
Une certaine forme de la politique tire ainsi sa supériorité du fait qu’elle
est justifiable par des arguments anthropologiques. Les charpentiers ont donc
leur place dans les consultations politiques ! Reste que ce texte
fondateur contribue aussi à établir une image de l'animalité dont on commence
juste à se défaire: l'animal comme dépourvu d'individualité et n'illustrant,
dans une interchangeabilité parfaite, que l'identité de son espèce.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Protagoras (7): le mythe (1)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/09/15/Protagoras-7%3A-le-mythe-1</link>
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    <pubDate>Sat, 15 Sep 2007 17:36:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Protagoras</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Socrate doute que Protagoras détienne vraiment la capacité qu’il s’attribue
mais tout se passe comme s’il n’avait pas bien compris ce que Protagoras lui a
dit. En effet, alors que ce dernier se fait fort de permettre à chacun d’avoir
plus de puissance au niveau des affaires de l’Etat, Socrate lui demande s’il se
croit vraiment en mesure de « former des hommes qui soient de bons
citoyens » en leur transmettant « l’art d’administrer les
Cités » (319 a trad.Robin), ce que Protagoras assure être capable de
faire. On ne sait pas alors s’il feint de poursuivre le noble but formulé par
Socrate dans son propre intérêt ou s’il pense qu’en augmentant la puissance de
ses disciples il atteint aussi cette fin. Quant à
« l’incompréhension » de Socrate, elle tient sans doute lieu de
discrète réprobation.&lt;br /&gt;
Ce qui est clair en tout cas, c’est que Socrate en vient à réfuter par deux
arguments la prétention de Protagoras à détenir un tel savoir. D’abord il lui
oppose le fait de la démocratie : alors que toute délibération d’ordre
technique exclut la participation des ignorants, la délibération politique fait
appel à n’importe qui (« aussi bien un charpentier, aussi bien un
forgeron, un cordonnier, un négociant, un armateur, un riche ou un pauvre, un
noble ou un manant » 319 d). Ensuite il lui montre l’incapacité de
Périclés (incarnation ici de l’excellence politique) à transmettre sa valeur
autant à ses fils qu’à Clinias dont il est le tuteur.&lt;br /&gt;
Protagoras donne à nouveau à choisir à ses interlocuteurs la forme que prendra
sa réponse mais désormais le choix n’est plus entre le public et le privé mais
entre le mythique et le rationnel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Cette démonstration, faut-il que je vous la donne, en homme d’âge qui
parle à des plus jeunes, sous la forme d’une histoire ? Ou bien que je
vous l’expose rationnellement ? » (320 b)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme Platon place dans la bouche d’un personnage qui est une de ses
cibles la présentation de deux modalités d’exposition qui caractérisent l’œuvre
platonicienne elle-même: l’allégorie et l’argumentation rationnelle. En un sens
cela revient à donner à l’adversaire un trait qui l’élève. On peut cependant
nuancer en reconnaissant que la possibilité de l’allégorie est présentée avec
une condescendance paternaliste (plus haut, Protagoras disait déjà :
« il n’y en a pas un parmi vous dont je ne pourrais être le père ! »
317 c) qui n’est pas socratique.&lt;br /&gt;
Les interlocuteurs encore une fois le laissent maître du jeu et la raison
donnée à son choix (le souci du plaisant) finalement le discrédite peut-être
légèrement:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Alors, dit-il, m’est avis qu’il sera plus agréable que je vous
raconte une histoire. » (320 b).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que l’histoire que Platon lui fait dire mérite d’être lue de près.
Elle articule en effet une opposition homme / animal qui fera long feu.&lt;br /&gt;
Cette fable raconte la création par les Dieux des êtres vivants. S’ils sont
tous, hommes et animaux, faits « d’un mélange de terre, de feu et de tout
ce qui peut encore se combiner avec le feu et la terre », les propriétés qui
leur sont attribuées distinguent radicalement les bêtes des hommes.&lt;br /&gt;
Toute espèce animale se caractérise par une combinaison équilibrée de
propriétés permettant sa survie et ceci même si telle espèce est destinée à
alimenter telle autre espèce :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il y en a auxquelles il (&lt;em&gt;il s’agit d’Epiméthée&lt;/em&gt;) a accordé
que leur aliment fût la chair des autres animaux, et il leur attribua une
fécondité restreinte, tandis qu’il attribuait une abondante fécondité à celles
qui se dépeuplaient ainsi, et que, par là, il assurait une sauvegarde à leur
espèce. » (321 b)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hume a une dette par rapport à ce mythe quand il écrit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Si nous regardons le lion en tant qu’animal carnivore et vorace, nous
aurons vite fait de découvrir qu’il a énormément de besoins ; mais si nous
tournons les yeux vers sa constitution et son tempérament, son agilité, son
courage, ses armes et sa force, nous trouverons que les avantages sont
proportionnés à ses besoins. Le mouton et la vache sont privés de tous ces
avantages mais leurs appétits sont modérés et leur nourriture est facile à
prendre. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’animal est pensé comme étant par nature parfaitement adapté à son milieu
et l’homme sera caractérisé comme manquant de ces propriétés adaptatives.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Protagoras (6): la sophistique comme la substance même de l'héritage grec.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/09/14/Protagoras-6%3A-la-sophistique-comme-la-substance-meme-de-lheritage-grec</link>
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    <pubDate>Fri, 14 Sep 2007 17:26:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Protagoras</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Quand Socrate et Hippocrate abordent Protagoras, ce dernier leur demande
s’ils préfèrent avoir un entretien public ou privé avec lui. Les deux formes se
valent du point de vue des deux hommes mais Protagoras, apprenant de la bouche
de Socrate l’intention d’Hippocrate de devenir son disciple, choisit la forme
publique.&lt;br /&gt;
Même si Socrate attribue à Protagoras le désir de montrer à Hippias et à
Prodicos sa supériorité sur eux, ce n’est pourtant pas la vanité qui motive la
volonté de Protagoras de donner une forme publique à l’échange qu’il va avoir
avec Socrate, c’est la décision de sortir le métier de sophiste de la
clandestinité.&lt;br /&gt;
En effet Protagoras présente l’activité du sophiste comme une activité
subversive réprimée par « ceux des hommes qui ont, dans les Cités, pouvoir
pour agir » (317 a trad. Robin) et condamnée de ce fait même par la foule
qui « n’a point de discernement propre et ce que lui recommandent ces
puissants, c’est de cela qu’elle chante les louanges. » (ibid.).&lt;br /&gt;
Mais autant la foule que les puissants agissent mal car le sophiste est
« un éducateur d’hommes ». Certes les modalités de cette éducation ainsi
que le contenu que Protagoras lui donne peuvent justifier les actions dirigées
contre elle.&lt;br /&gt;
D’abord, le sophiste, en la personne du moins de Protagoras, discrédite
l’éducation autochtone auprès des jeunes gens les plus doués et détache ceux-ci
de tous les liens qui les rattachent à la cité, qu’il s’agisse de ceux de
l’amitié, de la parenté ou de la concitoyenneté.&lt;br /&gt;
En effet Protagoras se décrit comme « un homme, qui est un étranger, qui,
venant dans de grandes cités, y travaille à persuader aux meilleurs d’entre les
jeunes que, après avoir renoncé à la fréquentation de tous les autres gens, de
leurs proches comme de ceux qui ne leur sont pas parents, des plus âgés comme
des plus jeunes, ils doivent s’attacher à lui seul, en vue de devenir meilleurs
grâce à cette fréquentation près de lui. » (316 c)&lt;br /&gt;
Plus loin, quand Socrate lui demandera en quoi exactement Hippocrate sera rendu
meilleur par Protagoras, ce dernier répondra que son enseignement permet de
« savoir comment administrer au mieux les affaires de sa maison à lui, et,
pour ce qui est des affaires de l’Etat, savoir y avoir le plus de puissance et
par l’action, et par la parole. » (319 a).&lt;br /&gt;
Ces deux derniers textes suggèrent donc l’idée suivante : l’enseignement
de Protagoras, par son objet comme par le mode de vie qu’il implique, détourne
l’élite de l’adhésion aux valeurs traditionnelles et, par là même, du soutien
aux autorités établies.&lt;br /&gt;
Mais l’effet de cet enseignement est caractérisé doublement et plutôt
contradictoirement : d’une part, on l’a vu, Protagoras déracine
effectivement, je veux dire spatialement, ses disciples, les enlevant à leur
cité ; d’autre part il est censé, par son contenu même, les enraciner de
manière plus profitable pour eux dans leur propre cité, en augmentant leurs
puissances économique et politique.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me paraît maintenant intéressant de clarifier en quoi Protagoras et
Socrate se ressemblent et en quoi ils diffèrent radicalement. Ce qui les unit,
c’est l’effet d’appel qu’ils exercent l’un et l’autre sur la jeunesse et cela
au détriment de la socialisation traditionnelle ; comme le philosophe
socratique, le sophiste émancipe, reste que l’un le fait de l’intérieur, alors
que l’autre opère de l’extérieur. En tout cas, ils soulèvent de l’inquiétude
auprès des gardiens du statu quo.&lt;br /&gt;
Leurs procédés et leurs fins se distinguent aussi clairement : Protagoras
persuade alors que Socrate interroge ; celui-là vise au développement
politico-économique de son disciple, velui-ci à son perfectionnement moral, le
développement de l’un et de l’autre n’étant pas pensé comme possible.&lt;br /&gt;
Avec moins d’évidence, ce qui les sépare, c’est la relation qu’ils
entretiennent avec l’héritage culturel grec. Pour comprendre la manière dont
Protagoras se situe par rapport à celui-ci, il faut revenir à sa volonté
d’assumer ouvertement son métier de sophiste. Ce faisant, il s’oppose alors à
tous les sophistes du passé qui, pour déjouer l’hostilité des puissants et de
la foule, se sont faits passer pour autres qu’ils n’étaient : c’est ainsi
que Protagoras identifie entre autres les poètes Homère, Hésiode et Simonide à
des sophistes masqués. Protagoras prolongerait ainsi Homère dans ce que
celui-ci aurait eu de plus substantiel. Il s’agit certes d’une lecture d’Homère
qui le prive nettement de sa singularité mais qui lui conserve tout de même une
valeur fondamentale.&lt;br /&gt;
C’est à ce niveau que le discours socratique diffère : aucun des grands
poètes grecs ne sera pour Socrate un philosophe authentique déguisé en poètes.
Si le texte homérique continue d’apparaître sous forme de citations suggestives
dans la bouche de Socrate, la forme de sa recherche, les apories auxquelles
elle se heurte, son exigence constante de rationalité suggèrent plutôt une mise
à distance de la culture grecque traditionnelle.&lt;br /&gt;
Pour résumer, la relation de Protagoras avec la tradition semble double :
en tant que cette tradition est locale, civique, politique, elle n’est pas
estimée, mais en tant qu’elle est hellénique, elle cacherait depuis toujours ce
qui se montrerait clairement dans le discours de Protagoras.&lt;br /&gt;
Si on prend en compte que Protagoras mentionne aussi Orphée et Musée, la
« récupération » à laquelle il soumet le legs grec va bien au-delà de
l’héritage homérique puisqu’ Homère lui-même cite Orphée comme un des
initiateurs de la poésie. Mais la captation d’héritage à laquelle se livre
Protagoras ne perd-elle pas de sa crédibilité quand il s’annexe Iccos de
Tarente, athlète et entraîneur, et Hérodicos de Sélymbrie, autre maître de
gymnase que précisément Socrate dans &lt;strong&gt;La République&lt;/strong&gt; critiquera
pour avoir inventé quelque chose comme « l’acharnement
thérapeutique » (« Quand il s’attachait ainsi à suivre la marche de
sa maladie, qui était mortelle, à la fois il était incapable, je crois, de se
guérir lui-même, et, passant son existence à se soigner, il vivait sans
s’occuper d’autre chose, exténué, s’il lui arrivait de sortir en rien de son
régime ; et il parvenait à la vieillesse, en employant sa science à mourir
difficilement » (III 406 b)) ? Ce même Hérodicos apparaissant au
début du &lt;strong&gt;Phèdre&lt;/strong&gt; sous la forme plus modeste, mais aussi très
insignifiante, d’un défenseur de la marche (227 d).&lt;br /&gt;
Ce sont aussi les musiciens Agathoclès et Pythoclidès de Céos qui viennent
illustrer l’idée que les sophistes ont toujours eu besoin avant Protagoras de
« couvertures » pour professer. D’où l’identification dépréciative de
tous les savoirs et savoir-faire cités auparavant à des déguisements.&lt;br /&gt;
Si on ajoute que Protagoras oppose sa sophistique à celle des hommes qui, comme
Hippias, cultivent les sciences (« le calcul, l’astronomie, la géométrie,
la musique »), se dessine l’idée d’une hiérarchie des savoirs dominée par celui
qui permet à son propriétaire d’augmenter sa puissance. Dans &lt;strong&gt;La
République&lt;/strong&gt;, Socrate fera au contraire de ces sciences
mathématico-démonstratives autant de moyens indispensables à l’acquisition de
l’excellence intellectuelle et plus largement humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste à éclairer la raison du rejet par Protagoras des déguisements de la
sophistique ; elle est double : d’abord le masque est inefficace,
d’autre part il encourage les gens à blâmer les sophistes pour leur
hypocrisie.&lt;br /&gt;
La manière dont Protagoras se félicite de sa décision (« si bien que,
grâce à la Divinité cela va sans dire, je n’ai rien de sérieux à souffrir du
fait de reconnaître que je suis un sophiste. » 317 bc) est d’une ironie un
peu cruelle. Le lecteur de ce dialogue écrit entre 399 et 390 pouvait en effet
savoir qu’en 416, 17 ans avant la condamnation socratique, Protagoras fut jugé
à Athènes et par contumace condamné à mort, ses livres étant, semble-t-il,
brûlés.&lt;br /&gt;
La sophistique de Protagoras a beau différer de l’enquête socratique, elles
ont, l’une et l’autre, dérangé les Athéniens.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2007/09/14/Protagoras-6%3A-la-sophistique-comme-la-substance-meme-de-lheritage-grec#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Protagoras à travers le Protagoras de Platon (5): analyse d'une cour (aux deux sens du terme) (fin)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/09/08/Protagoras-a-travers-le-Protagoras-de-Platon-4%3A-analyse-dune-cour-aux-deux-sens-du-terme-fin</link>
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    <pubDate>Sat, 08 Sep 2007 12:59:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Protagoras</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Les élèves n’ont-ils pas eu la patience d’attendre que Prodicos de Céos, le
dernier des sophistes, hôtes de Callias, se lève et prenne une des deux
positions déjà présentées, debout ou assis, mobile ou immobile ?&lt;br /&gt;
Peut-être car Socrate le décrit encore au lit mais déjà entouré par des
disciples qui, eux, sont assis sur des lits. Socrate ajoute qu’il est même
« tout emmitouflé de fourrures et, cela se voyait, d’une quantité énorme
de couvertures ». Précision d’interprétation délicate : on osera seulement
rappeler que Socrate, lui, marche toujours pieds nus et on suggérera qu’il y a
en puissance dans cette absence de sandales la radicalité ascétique du cynisme
à venir.&lt;br /&gt;
Le passage que je lis continue d’éclairer d’un jour nouveau &lt;strong&gt;Le
Banquet&lt;/strong&gt; car je réalise que la plupart des participants au banquet ont
été dans leur jeunesse des disciples fervents des sophistes. Autour de
Prodicos, il y a en effet Pausanias et Agathon, son aimé.&lt;br /&gt;
Agathon est « un garçon tout jeune encore, d’un naturel accompli, si je
m’en crois, et, en tout cas, pour l’extérieur, parfaitement beau (&lt;em&gt;réserve
prudente, qui fait penser par contraste à Socrate, beau, lui, seulement
« à l’intérieur »&lt;/em&gt;). » (315 de trad. Robin). L’opposition entre
Agathon (dont le nom certes veut aussi dire en grec &amp;quot;gens de bien&amp;quot;) et Socrate
vient d’autant plus à l’esprit que le récit, qu’Aristodème fait du banquet,
commence ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il avait, me dit-il, rencontré Socrate, bien lavé, des sandales aux
pieds, chose qui chez lui n’arrivait que rarement, et il lui avait demandé où
il allait pour s’être ainsi fait beau : « Au souper, chez
Agathon ! avait-il répondu. Hier en effet, à l’occasion de sa fête de
victoire, je me suis dérobé à être près de lui, par crainte de la foule ;
mais pour aujourd’hui, je lui ai promis d’être là. Voilà pourquoi je me suis
donné quelque embellissement, afin d’être beau puisque c’est chez un beau
garçon que je vais ! » (&lt;strong&gt;Le Banquet&lt;/strong&gt; 174 a).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reconnaîtra dans le fait socratique de différer d’un jour sa visite à
celui que l’on fête la sage procrastination de qui ne participe pas aux
mouvements de foule. On se rappellera aussi que c’est en allant chez Agathon,
devenu un tragédien renommé, que Socrate prend le temps de longuement méditer,
immobile sous « le porche des voisins » (175 a) et on ne sera pas
étonné de voir Agathon, qui assiégeait autrefois Prodicos au saut du lit, ne
pas supporter le retard socratique. En effet, quand il voit Aristodème arriver
seul, il envoie immédiatement un esclave le chercher :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Allons, petit, crie Agathon, ne vas-tu pas te mettre en quête de
Socrate et nous l’amener ici ? » (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, quand un de ses serviteurs lui apprend ce qu’il en est, il proteste
clairement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Cela n’a pas le sens commun, ce que tu me chantes là, s’écria
Agathon. Ne vas-tu donc pas l’appeler encore, et ne pas le lâcher ! »
(ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristodème, respectant l’habitude socratique, s’y oppose et il devra le
faire plusieurs fois car Agathon n’arrêtera pas de vouloir le faire chercher.
Quand Socrate enfin arrivera, Agathon voudra le placer à sa droite en qualité
d’hôte d’honneur, ce qui donnera lieu à une mise au point socratique
mi-ironique, mi-sérieuse sur la nature de la sagesse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« - Ici, Socrate ! dit Agathon, installe-toi près de moi, afin
que, à ton contact, je me régale, moi aussi, de la trouvaille de sagesse qui
s’est offerte à toi sous le porche des voisins ! Car tu l’as faite, la
chose est claire, cette trouvaille, et tu l’as avec toi ! Autrement tu
n’aurais pas plus tôt quitté la place. - Quelle bonne affaire ce serait,
Agathon, dit Socrate en s’asseyant, si la sagesse était chose de telle sorte
que de celui de nous qui est plus plein elle coulât dans celui qui est plus
vide, à condition que nous soyons en contact l’un avec l’autre : comme
l’eau que contiennent les coupes coule, par le moyen du brin de laine, de celle
qui est plus pleine dans celle qui est plus vide ! Si en effet il en est
ainsi de la sagesse, je mets à très haut prix, en ce qui me concerne, l’honneur
d’être assis sur ce lit à ton côté ; car, venant de toi, beaucoup de belle
sagesse viendra, je crois, m’emplir ! La mienne en effet est une sagesse
de rien du tout, ou, bien plus, une sagesse de qualité contestable, une manière
de rêve ; tandis que la tienne est aussi brillante que riche de
progrès ; elle qu’en vérité tu fis briller avec tant d’éclat dès ta
jeunesse, et qui, avant-hier, s’est manifestée aux yeux de plus de trente mille
d’entre les Grecs ! - Quel insolent tu fais, Socrate ! dit Agathon.
Voilà un procès, concernant la sagesse, qu’un peu plus tard nous plaiderons,
toi et moi ; et c’est Dyonisos qui nous servira de juge ! Mais, à
présent, occupe-toi de souper ! » ( 175 cde)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est clair : malgré leurs protestations, aucun des deux ne croit que
l’autre est sage. Mais l’important est dans l’opposition entre deux conceptions
de la sagesse, l’une comme contenu transmissible par contact entre les deux
contenants (par le fil de la parole par exemple), l’autre comme développement
de soi-même.&lt;br /&gt;
Il va de soi que le jeune Agathon entourant Prodicos devait déjà s’imaginer
avoir ainsi l’occasion de devenir sage. Il pensait sans doute aussi que le
contact avec son amant, Pausanias, devait avoir cette fonction. D’ailleurs dans
l’éloge que Pausanias fait de l’amour dans &lt;strong&gt;Le Banquet&lt;/strong&gt;, il
oppose clairement les amants vulgaires aux amants nobles : les premiers
recherchent les très jeunes gens (garçons ou filles) pour les consommer
sexuellement, les jetant l' un après l' autre; les seconds s’attachent à un
jeune homme durablement et, à travers l’amour qu’ils lui portent toute leur
vie, l’éduquent et le perfectionnent. Dans cette dernière relation, la sagesse
comme contenu passe entre le premier contenant (l’amant actif) et le deuxième
contenant (l’aimé passif) par la médiation de l’acte d’aimer, acte qui tire
alors sa légitimité de la qualité des deux contenants et qui la perdrait si
l’un des deux contenants n’était pas de qualité ( précisément si l’amant
n’aimait que le corps de son aimé ou si l’aimé n’avait pas les qualités
naturelles rendant possible, au fil de la vie commune, le développement de sa
valeur ).&lt;br /&gt;
Agathon est donc légèrement moqué dans &lt;strong&gt;Le Banquet&lt;/strong&gt;, même si
l’occasion objective de cette beuverie en commun (symposium) est le fait qu’il
a gagné en 416 le concours de tragédies. Mais la charge est bien douce,
comparée à celle qu’ avant même les deux dialogues de Platon où il apparaît,
Aristophane lui fait subir en 411 dans les &lt;strong&gt;Thesmophories&lt;/strong&gt; où il
incarne un homme si efféminé qu’Euripide, ayant besoin d’une femme pour le
défendre auprès des femmes, fait appel à lui. A son apparition Mnésiloque,
parent d’Euripide, s’écrie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ah ça, est-ce que je suis aveugle ? Un homme ici ? je n’en
vois pas, il n’y en a pas. C’est Cocodette (&lt;em&gt;Victor Henri Debidour, le
traducteur rabelaisien d’Aristophane, trouvant pertinent de moderniser ainsi le
nom de Cyréné, courtisane notoire&lt;/em&gt;) que je vois ! » (Théâtre complet
Livre de poche classique TI 1966 p. 216).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A part Agathon et Pausanias, Socrate mentionne aussi comme appartenant à la
cour de Prodicos les deux Adimante « celui qui est le fils de Cèpis et
celui qui est le fils de Leucolophide » (315 e). Mais aucun des deux n’a
une importance significative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste à préciser ce que leur disait Prodicos. Eh bien, là encore, Socrate le
réduit à une voix mais ce n’est pas la voix à la façon d’Orphée que Socrate
attribuait à Protagoras, voix audible pour les plus proches et toujours
charmeuse en tout cas, même de loin. Au loin la voix de Prodicos, elle, est
simplement confuse:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« De quoi s’entretenaient-ils ? De dehors (&lt;em&gt;manière de dire que
la pièce où il a dormi est si remplie de monde que Socrate ne peut entrer&lt;/em&gt;
), je ne pouvais, quant à moi, m’en rendre compte, quoique j’eusse le plus
grand désir d’entendre Prodicos, lequel est en effet, selon moi, un savant
achevé et un homme divin ! Mais il avait une voix si grave qu’il en
résultait dans la pièce un bourdonnement, empêchant de distinguer les paroles
qu’il prononçait. » (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun sens n’émanant de la bouche de Prodicos ne détournera ainsi le lecteur
du sophiste central ici, Protagoras.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2007/09/08/Protagoras-a-travers-le-Protagoras-de-Platon-4%3A-analyse-dune-cour-aux-deux-sens-du-terme-fin#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Protagoras à travers le &quot;Protagoras&quot; de Platon (4): analyse d'une cour (aux deux sens du terme) (2)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/09/07/Protagoras-a-travers-le-Protagoras-de-Platon-4%3A-analyse-dune-cour-aux-deux-sens-du-terme-2</link>
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    <pubDate>Fri, 07 Sep 2007 09:57:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Protagoras</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Hippias, lui, est immobile et assis (“sur un trône » 315 c). C’est la
figure la plus scolaire de l’allégeance, les disciples étant assis eux aussi
(« sur des bancs »). La composition de son public est , semble-t-il, moins
nombreuse ; elle est à coup sûr moins mêlée que celle de Protagoras :
on y trouve en effet ou des Athéniens (certes Phèdre est originaire d’un bourg
de l’Attique) ou certains de ses compatriotes d’Elis, comme si Hippias n’avait
pas, lui, le talent de détacher de leur cité ceux qui l'écoutent. Les trois
noms propres de disciples, cités par Socrate, n’ont rien d’anodin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Eryximaque : dans le &lt;strong&gt;Phèdre&lt;/strong&gt;, dialogue postérieur
(source de la chronologie des dialogues in Monique Dixsaut
&lt;strong&gt;Platon&lt;/strong&gt; Vrin 2003), il sera identifié plus précisément :
c’est un médecin. &lt;strong&gt;Le Banquet&lt;/strong&gt;, lui aussi postérieur, lui
attribuera des idées : prononçant le troisième discours sur l’amour, il
applique à l’échelle de la réalité tout entière la distinction entre les deux
Aphrodite faite antérieurement par Pausanias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) Phèdre de Myrrhinonte : le dialogue qui porte son nom le présente
comme ayant passé toute une journée à méditer sur un discours de Lysias, le
maître de rhétorique, portant sur l’amour. C’est alors l’occasion pour Socrate
de le dépeindre comme le modèle même du disciple approbateur (ce qui se
comprend d’autant mieux que l’on suit Luc Brisson qui opine dans son édition du
&lt;strong&gt;Banquet&lt;/strong&gt; GF Flammarion p.19 que le Phèdre du
&lt;strong&gt;Phèdre&lt;/strong&gt; , comme celui du &lt;strong&gt;Protagoras&lt;/strong&gt;, doit
avoir alors 18 ans, les élèves des sophistes ayant d'après lui entre 14 et 21
ans, en somme l'âge des élèves de Terminale...) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Le discours qu’il écoutait étant de Lysias, il ne s’est pas contenté
de l’écouter une unique fois, mais à plusieurs reprises, il en a redemandé pour
lui-même la lecture et l’autre ne s’est pas fait tirer l’oreille pour lui
obéir ! Cela même, pourtant, ne lui suffisait pas ; mais à la fin,
s’étant saisi du cahier, il étudiait les passages dont il avait le plus
envie ; puis, las d’avoir fait ce travail et d’être resté assis depuis le
matin, il partait pour sa promenade, avec le discours entièrement su (…) à
moins qu’il ne fût par trop long, et sa course hors des Murs avait pour but de
se bien le mettre dans la tête. » (228 ab)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut lire ce texte comme présentant différents degrés de la dépendance
intellectuelle. Socrate compte d’ailleurs sur Phèdre pour lui réciter le
discours en question dont il se présente comme d’habitude et ironiquement, on
le sait, comme un fervent admirateur. Phèdre présente alors ce qui le distingue
pour nous d’un des résistants de &lt;strong&gt;Fahrenheit 451&lt;/strong&gt; (Ray Bradbury
1963), je veux dire, l’imperfection de sa mémorisation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Socrate, il importe surtout que tu saches que le mot à mot au moins
du discours, je ne le sais pas par cœur. Pour ce qui est toutefois de la
pensée, chacune des différences établies par l’auteur entre qui aime et qui
n’aime pas, sans exception, j’en analyserai l’essentiel, dans l’ordre, à
commencer par le premier. » (228 d)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui permet d’accorder tout de même à Phèdre un minimum de distance
critique vis-à-vis de ce qu’il a entendu, celle qui permet de distinguer
l’essentiel du secondaire. Reste que Phèdre ne juge pas sa mémoire un gardien
suffisant de la pensée de Lysias puisque, quelques lignes plus loin, Socrate
découvrira qu’il cache dans sa main gauche sous son manteau le discours en
question (dont il fera bientôt la lecture intégrale), Phèdre justifiant alors
cette dissimulation par sa volonté d’exercer sa mémoire en reconstituant devant
Socrate le contenu du discours (d’où une objection - certes discrète et
présentée dans un développement vite lu car à première vue anecdotique –
portant sur un danger possible de l’écriture, même si le texte écrit contribue
à fixer une image mémorielle du discours).&lt;br /&gt;
En parfaite continuité avec ce que le dialogue qui porte son nom dit de lui,
&lt;strong&gt;Le Banquet&lt;/strong&gt; le présente encore comme dominé par son intérêt
pour la question de l’amour. En effet c’est lui qui suggère aux convives de
prendre l’amour comme thème de discussion et c’est aussi lui qui fera le
premier discours (dont on peut dire d’ailleurs qu’il est un des plus pauvres).
A première vue son enthousiasme pour la parole de Lysias l’aura fort
médiocrement fécondé !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) Andron : ce personnage réapparaît dans un dialogue contemporain ou
légèrement ultérieur, le &lt;strong&gt;Gorgias&lt;/strong&gt;. Socrate le présente alors
comme appartenant au cercle de Calliclès, le sophiste le plus célèbre de
l’œuvre de Platon (à propos duquel on ne sait d’ailleurs pas s’il est
totalement fictif ou non). On pourrait présenter ce cercle comme un groupement
anti-philosophique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je vous ai entendus un jour délibérer sur le point de savoir jusqu’où
l’on doit s’exercer à la philosophie, le genre d’opinion qui prévalut parmi
vous ayant été, je le sais, celui-ci : qu’il ne faut point mettre son zèle
à philosopher en toute rigueur ; vous vous exhortiez au contraire les uns
les autres à prendre bien garde de ne pas, en devenant plus philosophes qu’il
ne faut, finir par vous corrompre sans vous en apercevoir. » (487 cd)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait lire dans ce programme l’inverse exact de ce que sera le groupe
d’amis philosophes dans la tradition épicurienne (qui s’exhorteront eux à
rester intégralement philosophes).&lt;br /&gt;
Richard Goulet dans l’article qu’il consacre à Andron (&lt;strong&gt;Dictionnaire des
philosophes antiques&lt;/strong&gt; I p. 199) cite un passage de Dodds destiné à
clarifier l’identité du groupe en question :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« The general picture which the evidence suggests is that of a group of
ambitious young men, drawn from the jeunesse dorée of Athens, who have acquired
just enough of the “new learning” to rid them of inconvenient moral scruples.”
(&lt;strong&gt;Platon, Gorgias&lt;/strong&gt;. A revised text with introduction and
commentary, Oxford 1959, p. 282)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que cet éclairage doit beaucoup à ce que Platon lui-même écrit
dans &lt;strong&gt;La République&lt;/strong&gt; à propos de l’enseignement de la
philosophie quand il est transmis aux jeunes gens (il dissout la force des
préjugés garde-fous sans pouvoir mettre à leur place des normes fondées).&lt;br /&gt;
Mais cette interprétation reste forcée si l’on prend sérieusement en compte
l’objet de leur relation avec Hippias – à propos duquel on notera que, lui, il
ne monologue pas - :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il était visible qu’ils étaient en train d’interroger Hippias sur la
physique et sur certains problèmes astronomiques du domaine des hautes
spéculations. Lui, assis sur son trône (&lt;em&gt;Socrate le répétant pour la
deuxième fois&lt;/em&gt;), rendait à chacun d’eux son arrêt et leur donnait des
explications détaillées sur l’objet des questions qu’on lui avait
posées. » (315 c)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La compétence d’Hippias est d’autant plus remarquable que Platon dans lun
des deux dialogues homonymes (&lt;strong&gt;Hippias mineur&lt;/strong&gt; 368b) nous a
appris qu’il est venu une fois à Olympie en ne portant sur lui (vêtements,
chaussures etc) que des produits de son propre art.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2007/09/07/Protagoras-a-travers-le-Protagoras-de-Platon-4%3A-analyse-dune-cour-aux-deux-sens-du-terme-2#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Protagoras à travers le &quot;Protagoras&quot; de Platon (3): analyse d'une cour (aux deux sens du terme) (1)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/09/02/Protagoras-a-travers-le-Protagoras-de-Platon-3</link>
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    <pubDate>Sun, 02 Sep 2007 17:04:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Protagoras</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;L'eunuque a dû ouvrir maintes fois la porte de la maison de Callias, son
maître, car il y a foule dans la cour intérieure. Précisément trois maîtres
sophistes, Protagoras, Hippias, Prodicos et leurs disciples respectifs. Tout ce
monde se regroupe en trois ensembles, à la description desquels Platon consacre
deux pages.&lt;br /&gt;
On peut y voir trois figures de l'allégeance.&lt;br /&gt;
Dans la première, le maître, en l'occurence Protagoras, va et vient sous les
arcades de la cour. C'est lui qui occupe le plus d'espace, Hippias n'ayant à sa
disposition qu'un des quatre portiques (certes c'est celui qui fait face à
l'entrée) et Prodicos étant cantonné dans une pièce, ancienne réserve
transformée dans l'urgence en chambre d'hôte.&lt;br /&gt;
Socrate prend soin de transmettre les noms de ceux qui constituent pour ainsi
dire la garde rapprochée de Protagoras, donnant pour nous à son récit des airs
de texte à clés (même si l'on sait que Platon commet en fait sans cesse des
anachronismes). En effet les personnages mentionnés ne sont pas fictifs et ils
font partie des Athéniens les plus en vue, par exemple Charmide, oncle de
Platon ou les deux fils de Périclès. Un seul homme suit Protagoras afin de
devenir comme lui, un sophiste professionnel: Antimoiros de Mendè. A ce propos,
je juge digne d'intérêt de faire connaître quelques lignes de la très courte
notice que Michel Narcy lui consacre dans le &lt;strong&gt;Dictionnaire des
philosophes antiques&lt;/strong&gt; (I p.215):&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; A part la reprise de ce passage du &lt;strong&gt;Protagoras&lt;/strong&gt; par
Thémistius (&lt;strong&gt;Orat.&lt;/strong&gt;XXIX 347d), on ne connaît pas d'autre mention
d'Antimoiros.&lt;br /&gt;
Le philosophe pragmatiste F.C.S. Schiller a utilisé cette circonstance pour lui
prêter deux dialogues imaginaires qui veulent être une présentation &amp;quot;non
platonicienne&amp;quot; de la pensée de Protagoras (&lt;strong&gt;Studies in Humanism&lt;/strong&gt;
London 1906, trad. fr. par S. Jankélévitch, &lt;strong&gt;Etudes sur
l'humanisme&lt;/strong&gt;, Paris 1909, p.383-444).&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que cette tentative de réhabilitation des sophistes précède de
très loin celles qui ont menées à bien en France à travers entre autres les
textes si différents de J.F. Lyotard ou de B. Cassin. En tout cas voilà deux
dialogues fictifs qu'il me plairait de lire ! La relation entre la
sophistique et le pragmatisme mérite d'ailleurs d'être clarifiée.&lt;br /&gt;
La présence d'un élève qui vise le statut de futur maître permet de
différencier dans l'ensemble des disciples deux groupes: ceux qui apprennent
donc ainsi une profession et ceux qui, en hommes libres parfaits, ne visent
ainsi qu'a perfectionner leur éducation. Socrate a explicité cette distinction
en conduisant Hippocrate à se ranger dans le camp de ceux qui n'attendent aucun
bénéfice matériel de l'enseignement des sophistes. Après avoir pris l'exemple
de ceux qui suivent les enseignements des médecins et des sculpteurs, Socrate
interroge Hippocrate sur le but qu'il vise en cherchant à rencontrer
Protagoras:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; &amp;quot;- Et si, en plus, on te posait cette question: mais, pour quoi devenir
toi-même (&lt;em&gt;on le sait, par endroits, la traduction de Robin est à la limite
de l'incorrection&lt;/em&gt;), vas-tu trouver Protagoras ? &amp;quot; Je le vis rougir,
car déjà le jour commençait un peu à paraître et me permettait de m'en
apercevoir: &amp;quot;Si ce cas, dit-il, est pareil aux précédents, il est clair que
c'est pour devenir sophiste ? - Mais toi, au nom des Dieux, m'écriai-je,
tu ne serais pas honteux de te présenter aux Grecs comme un sophiste ? -
Oui, par Zeus, Socrate, si toutefois il faut en dire ma pensée ! -
Supposes-tu donc plutôt Hippocrate, que telle ne sera pas ton instruction
auprès de Protagoras, mais qu'elle sera tout pareille à celle que tu as reçue
du maître de grammaire, du maître de cythare, du maître de gymnase ? Ce
n'est pas en effet en vue de l'art même qu'elles constituent, que tu as appris
chacune de ces choses et comme si tu devais être un professionnel de cet art,
ainsi en vue de ton éducation, comme il convient que le fasse celui qui n'est
pas un spécialiste et qui est un homme libre ! &amp;quot;&amp;quot; (312 ab)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons au cortège. On peut le décomposer en deux vagues, si on peut
dire: derrière ceux qui reçoivent tous un nom propre plutôt prestigieux
viennent les anonymes, caractérisés par quatre traits: d'abord, fort
compréhensiblement, ils entendent mal; ensuite c'est la voix séduisante qui les
a attirés et ne cesse de les agréger; puis ce sont des étrangers et pour finir
ils appartiennent à des cités différentes (nomades et ne s'accordant ni entre
eux ni avec celui qui au moins physiquement les unit, ils pourraient symboliser
comme une anti-polis...).&lt;br /&gt;
Reste que Socrate leur donne tout de même l'unité d'un choeur, ce qui peut se
comprendre par le fait qu'ils accompagnent l'action du personnage principal
même s'ils n'émettent aucun son.&lt;br /&gt;
Cruellement (?), Socrate relève que quelques Athéniens se mêlent tout de même à
cette majorité d'étrangers.&lt;br /&gt;
Pour terminer, il vaut d'être noté que dans son déplacement Protagoras ne fait
jamais face à quiconque, comme si sa marche était destinée à donner l'image
spatiale d'un monologue jamais interrompu:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Quant à moi, la vue de ce choeur me causa une joie extrême, par les
merveilleuses précautions qu'on y prenait pour ne jamais gêner la marche de
Protagoras en se trouvant par-devant lui, mais au contraire, dès qu'il faisait
demi-tour, et, avec lui, ceux qui l'accompagnaient, c'était par une belle
manoeuvre, bien réglée, que ces infortunés auditeurs se séparaient sur un côté
et sur l'autre, puis en exécutant leur évolution circulaire, prenaient chaque
fois, avec la plus grande élégance, leur place à l'arrière.&amp;quot; (315 b)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est plus du Platon, c'est du Molière !&lt;br /&gt;
Metteurs en scène, à vos fourneaux !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Protagoras à travers le &quot;Protagoras&quot; de Platon (2): un eunuque plus clairvoyant qu'Aristophane !</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/09/01/Protagoras-a-travers-le-Protagoras-de-Platon-2</link>
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    <pubDate>Sat, 01 Sep 2007 14:45:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Protagoras</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Socrate n'entre pas facilement dans les lieux où il va être question de la
vérité. Ainsi, dans le &lt;strong&gt;Banquet&lt;/strong&gt;, parti chez Agathon en
compagnie d'Aristodème, il marche d'abord si pensivement qu'il se laisse
distancer par son ami puis reste à méditer longuement sous le porche du voisin
pour finir par ne rejoindre les convives qu'au milieu du souper. Ici c'est le
vestibule de la maison de Callias, dans laquelle loge Protagoras, qui est le
lieu de réflexion, et d'une réflexion partagée cette fois avec Hippocrate. On
en ignore le sujet mais ce qui compte au fond, c'est le succès de Socrate à
détourner Hippocrate de son emballement en faveur du sophiste en lui faisant
suivre les règles d'une argumentation commune (il y aurait à écrire ce petit
dialogue socratique dont Platon se contente seulement de désigner
l'existence...):&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Quand nous fûmes arrivés dans le vestibule, nous nous y arrêtâmes à parler
d'une question qui, en cours de route, nous était venue à l'esprit et que nous
ne voulions pas laisser en suspens, mais liquider avant de pénétrer à
l'intérieur. Donc, nous étions arrêtés à causer dans le vestibule, jusqu'au
moment où nous fûmes d'accord l'un avec l'autre.&amp;quot; (314 c)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Après avoir pris leur temps, les deux hommes ont un contretemps occasionné
par un esclave. Pour être exact, c'est la deuxième fois qu'un esclave se met
dans les jambes des hommes libres. La veille déjà, Satyros avait fait courir
son maître Hippocrate loin d'Athènes, vers Oenoê, pour avoir voulu s'enfuir.
Désormais c'est un esclave accomplissant sa fonction qui retarde: il s'agit
d'un eunuque qui garde la maison de Callias et qui veut leur en interdire
l'entrée. Ayant entendu l'échange entre Socrate et Hippocrate et les prenant
pour des sophistes, il leur ferme la porte au nez, désireux d'épargner à son
maître plus d'embêtements. Mais Socrate le disculpe curieusement: la fausse
identification n'est pas expliquée par l'ignorance de l'esclave mais par sa
mauvaise humeur, laquelle n'a rien d'étonnant vu la quantité de sophistes
hébergés par son maître. Il eût suffi que les deux hommes aient été bel et bien
des sophistes pour que le geste de l'esclave eût une authentique dimension
philosophique ! D'ailleurs c'est en lui répétant qu'ils ne sont pas des
sophistes qu'il consent à les laisser entrer. Finalement, à son niveau, il sait
trier le bon grain de l'ivraie...&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Protagoras à travers le &quot; Protagoras &quot; de Platon (1)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/08/31/Protagoras-1</link>
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    <pubDate>Fri, 31 Aug 2007 13:25:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Protagoras</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Le &lt;strong&gt;Protagoras&lt;/strong&gt; de Platon commence de manière tout à fait
conforme à ce qu'apprend le &lt;strong&gt;Banquet&lt;/strong&gt;, soutenant en effet que le
plus beau des corps vaut moins qu'une belle connaissance.&lt;br /&gt;
Cette thèse est mise en scène plaisamment de la manière suivante: Socrate
rencontre un ami dont les premiers mots sont pour dire que c'est sans doute à
la poursuite d'Alcibiade que Socrate vient de s'affairer (sur ce point, il y a,
il est vrai, une différence notable avec le &lt;strong&gt;Banquet&lt;/strong&gt; qui
présente clairement Socrate comme le gibier, jamais capturé, d'Alcibiade et
non, comme ici, l'inverse).&lt;br /&gt;
A première vue, Socrate confirme le stéréotype de son ami (&amp;quot; De vrai, c'est
bien d'auprès de lui que j'arrive à l'instant&amp;quot; 309 b trad. Robin) mais déçoit
tout de même son attente en ajoutant: &amp;quot; malgré sa présence, je ne faisais point
attention à lui, souvent je l'oubliais !&amp;quot;. En effet, bien qu'étranger, un homme
a éclipsé le noble autochtone: il s'agit bien sûr de Protagoras que Socrate
présente alors ironiquement comme le plus savant de ses contemporains. Reste
que, si Protagoras n'a que le prestige immérité du savoir vrai, la thèse que
Socrate introduit à l'occasion est, elle, vraiment platonicienne:&lt;br /&gt;
&amp;quot; Comment, bienheureux ami, le comble du savoir n'apparaîtrait-il pas d'une
plus grande beauté !&amp;quot;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate fait alors à son ami le récit de sa rencontre avec Protagoras. Elle
est précédée de la venue dès l'aube au domicile de Socrate d'un certain
Hippocrate. Ce jeune homme symbolise par sa précipitation matinale
l'enthousiasme irrationnel que déclenche la venue à Athènes du sophiste.
Socrate manifeste déjà son indépendance par rapport au fait en refusant d'être
celui à qui on apprend la nouvelle:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; - Protagoras est ici ! s'écria-t-il en se mettant contre moi.&lt;br /&gt;
- Il y est depuis avant hier, repartis-je; ne fais-tu que l'apprendre ?&lt;br /&gt;
- De par les Dieux ! dit-il, d'hier soir ! &amp;quot; (310 ab)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond ce n'est pas sûr que Socrate ait factuellement raison, Hippocrate
affirmant un peu plus loin que c'est son frère qui tard déjà, la veille au
soir, lui a appris la nouvelle de l'arrivée du sophiste mais il illustre tout
de même bien ainsi la figure de celui &amp;quot; auquel on ne la fait pas &amp;quot;. Ne pas
s'être dérangé alors que le grand homme est censé être là depuis déjà deux
jours peut être ainsi lu comme la manifestation comportementale de la distance,
de la distinction qui caractérise le philosophe authentique dans sa relation
avec le sophiste.&lt;br /&gt;
Ce qui est confirmé par ce que Socrate répond quand Hippocrate lui propose
d'aller surprendre Protagoras quasi au saut du lit:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; N'allons pas encore là-bas, mon bon ! répliquai-je, car il est de
bien bonne heure. Levons-nous plutôt pour nous rendre dans la cour, et
employons notre temps à y circuler jusqu'à ce qu'il y fasse jour; mettons-nous
ensuite en route: Protagoras, vois- tu, passe à la maison la plus grande partie
de son temps. Sois donc sans crainte: vraisemblablement nous le surprendrons à
la maison ! &amp;quot; (311a)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On présente souvent les sophistes comme allant de ville en ville chercher
leur clientèle, ces dernières lignes ne démentent pas l'idée mais laissent
peut-être penser que dans leur nomadisme ils se fixent quand même pour un
temps, comme si la maison était la métaphore de la fixité de leur savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas le temps passé dans la cour n'est pas perdu car il permet à
Socrate de percer à jour l'absence de fondement de l'enthousiasme
hippocratique, ce que reconnaît le jeune homme, à l'instar de la plupart des
victimes des enquêtes socratiques:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; - Visiblement tu n'as aucune connaissance sur la sorte de chose que peut
bien être un sophiste !&lt;br /&gt;
- C'est probable, Socrate, dit-il après m'avoir écouté, probable d'après ce que
tu dis ! &amp;quot; (313 c)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate donne alors une définition du sophiste:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; (...) un homme qui fait commerce, en gros ou en détail, des marchandises
desquelles une âme tire sa nourriture. &amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois les marchandises identifiées à des connaissances, Socrate établit
la comparaison suivante: de même qu'un marchand de nourritures peut vendre des
produits en fait nocifs pour le corps , de même un sophiste peut vendre des
connaissances dommageables pour l'esprit. Dans les deux cas il convient de
faire appel aux hommes éclairés (précisément les médecins quant au corps et les
médecins quant à l'âme) pour savoir ce qu'il en est de la valeur des
marchandises à acheter. Mais, comme Socrate veut convaincre Hippocrate du degré
supérieur de nocivité que représente le sophiste, il ajoute:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Les aliments, les boissons, quand on en a fait l'acquisition chez le
détaillant ou chez le grossiste, il est possible de les emporter chez soi dans
des récipients autres que notre corps, et, avant de leur donner accueil en
celui-ci par le boire ou le manger, il est possible, une fois qu'on les a
déposés dans le logis, de consulter l'expert que l'on aura appelé, pour savoir
ce qu'il y a lieu, ou non, de manger ou de boire, et en quelle quantité, et en
quel temps; aussi ne court-on pas grand risque à en faire acquisition !
Or, quand il s'agit de connaissances, il n'est pas possible de les emporter
dans un récipient à part; mais forcément, une fois les honoraires versés, cette
connaissance, on s'en va avec elle dans l'âme, imbu par elle, que ce soit pour
notre dommage ou notre intérêt. !&amp;quot; (314 ab)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Platon soulève ici un problème intéressant qu'on peut formuler ainsi:
peut-on apprendre quelque chose sans y croire ? La thèse platonicienne à
ce propos semble être qu' apprendre implique croire (d'où la dangerosité de
l'enseignement du faux). L'identification de la connaissance à un aliment est
sur ce point totale: de même qu'ingérer un aliment modifie nécessairement le
corps (dans le sens de la santé ou de la maladie), apprendre une connaissance
modifie nécessairement l'esprit (dans le même sens).&lt;br /&gt;
Descartes a formulé de manière moins radicale la même thèse: si on est enfant,
alors on croit nécessairement à ce qu'on apprend. En revanche si on dispose de
la raison, apprendre n'implique pas croire: &amp;quot;j'apprends cela mais je n'y crois
pas&amp;quot; devient un énoncé sensé. A voir: ne devrais-je pas dire plutôt: &amp;quot;on veut
m'apprendre cela mais je n'y crois pas&amp;quot; ? Le processus de l'apprentissage
n'implique-t-il pas en effet nécessairement la croyance ? Comment
apprendre quoi que ce soit de qui que ce soit si on ne croit pas à ce qu'on
nous dit ?&lt;br /&gt;
Il faut peut-être distinguer une croyance provisoire d'une croyance définitive.
Il a fallu que je croie provisoirement dans la vérité du contenu transmis pour
qu'à la fin je puisse (définitivement ou non) rejeter la croyance en question.
Platon aurait alors en partie raison d'identifier essentiellement apprendre à
croire.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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