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  <title>Les philosophes antiques à notre secours - Scepticisme</title>
  <link>http://www.philalethe.net/</link>
  <description></description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Sun, 07 Sep 2008 15:42:01 +0200</pubDate>
  <copyright></copyright>
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    <title>Un sceptique court-il le risque d'être mordu par un chien ?</title>
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    <pubDate>Sat, 28 Jun 2008 14:32:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Scepticisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&amp;quot; A quelqu'un qui nous dirait: &amp;quot;Il y a un chien enragé derrière toi !&amp;quot;
allons-nous répondre: &amp;quot;Qu'est-ce qui m'assure qu' à ta représentation de chien
enragé correspond quelque chose ?&amp;quot; Si c'est notre réponse, elle montre que nous
ne prenons pas l'avertissement au sérieux&amp;quot;. (&lt;strong&gt;Le réalisme
esthétique&lt;/strong&gt; Roger Pouivet 2006 p.53)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Pyrrhon était conséquent (avec ses principes) jusque par sa vie, ne se
détournant de rien, ne se gardant de rien, affrontant toutes choses, voitures,
à l'occasion, précipices, chiens, et toutes choses de ce genre, ne s'en
remettant en rien à ses sensations&amp;quot;. (&lt;strong&gt;Vies et doctrines des philosophes
illustres&lt;/strong&gt; IX 62 Diogène Laërce Pochothèque p.1100)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Un jour qu'un chien s'était précipité sur lui et l'avait effrayé, il
répondit à quelqu'un qui l'en blâmait qu'il était difficile de dépouiller
l'homme de fond en comble&amp;quot;. (ibid. 67 p.1104)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le blâme en question peut autant avoir été adressé du point de vue de
l'adversaire (cf Pouivet) que du point de vue sceptique (&amp;quot;en rien nous ne
déterminons&amp;quot; ibid. 74).&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Retour en arrière: Pyrrhon / Wittgenstein</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2008/02/05/Retour-en-arriere%3A-Pyrrhon-/-Wittgenstein</link>
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    <pubDate>Tue, 05 Feb 2008 14:42:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Scepticisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Dans &lt;strong&gt;De la certitude&lt;/strong&gt; (7) , Wittgenstein écrit:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Ma vie montre que je sais ou suis certain qu'il y a là une chaise, ou une
porte et ainsi de suite - Je dis à un ami, par ex., &amp;quot;Prends cette chaise&amp;quot;,
&amp;quot;Ferme la porte&amp;quot;, etc&amp;quot; (Gallimard trad. de Danièle Moyal-Sharrock).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diogène Laërce rapporte ceci à propos de Pyrrhon:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Il était conséquent (avec ces principes) jusque par sa vie, ne se
détournant de rien, ne se gardant de rien, affrontant toutes choses, voitures,
à l'occasion, précipices, chiens, et toutes choses (de ce genre), ne se
remettant en rien à ses sensations.&amp;quot; (&lt;strong&gt;Vies et doctrines des philosophes
illustres&lt;/strong&gt; Livre IX 62 p.1100 Ed. Marie-Odile Goulet-Cazé)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble donc que Pyrrhon avait devancé l'objection. Mais la phrase qui
suit permet de reprendre la critique adressée par Wittgenstein au scepticisme
philosophique:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Il se tirait cependant d'affaire, à ce que dit Antigone de Caryste, grâce à
ses familiers qui l'accompagnaient&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le fait même de s'en remettre à ses proches, il montrait qu'il savait
qu'il y avait ici un danger, là un autre. Plus exactement, il savait qu'eux
savaient.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Des ambiguïtés sur Timon aux ambiguïtés de Timon.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/05/02/126-des-ambiguites-sur-timon-aux-ambiguites-de-timon</link>
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    <pubDate>Mon, 02 May 2005 00:17:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Scepticisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Larousse en 1876 dans son &lt;strong&gt;Grand Dictionnaire&lt;/strong&gt; le désigne
sous le nom de Timon le Sillographe. C’est en effet le poème des
&lt;strong&gt;Silles&lt;/strong&gt; qui le rend célèbre aux yeux de Larousse, aux nôtres et
à ceux de Diogène Laërce qui, tout au long des &lt;strong&gt;Vies&lt;/strong&gt;, ne perd
pas une occasion de le citer. Ce sceptique théoriquement dubitatif ne semble
pourtant guère avoir hésité au moment de juger les philosophes auxquels ils
consacrent ses vers. Au nombre de ses ennemis on compte entre autres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a)Platon : « un beau parleur à la langue mielleuse » (III, 7
trad. de Luc Brisson)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b)Antisthène : « un bavard qui produit n’importe quoi » (VI,
18 trad. de Marie-Odile Goulet-Cazé)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c)Zénon : « je vis aussi une vieille Phénicienne avide désirant
tout acquérir Dans son sombre orgueil ; mais son panier débordait, parce
qu’il était petit ; Elle avait l’intelligence plus courte qu’un skindapsos
(Richard Goulet explique que le mot est dépourvu de signification : je
comprends donc que du point de vue de l’intelligence Zénon a moins que rien
!) » (VII, 15)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d)les disciples de Zénon : « Pendant ce temps il ramassait une
nuée de pauvres gueux Qui étaient de tous les citoyens les mortels les plus
démunis et les plus insignifiants » (VII, 16)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;e)Epicure : « Ce porc, le dernier des physiciens, et le plus
chien, venu de Samos En petit maître d’école, le plus mal dressé des
animaux » (X, 3 trad. de Jean-François Balaudé) Il fait bien sûr l’éloge
de Pyrrhon (cf la note du 29-04-05) mais aussi de Thalès, d’ Anaxagore, de
Démocrite et d’autres. Mais vu que les louanges sont autant ennuyeuses à lire
qu’à reproduire…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n’ai pas su où placer Socrate car comme Timon aimait les jeux de mots et
précisément l’amphibologie, il lui consacre des vers fielleux et mielleux à la
fois. Certes, vues les attaques qu’il réserve systématiquement aux socratiques,
on n’est pas étonné de lire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ensorceleur des Grecs, qu’il rendit maître en arguties » (II,
19)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant Michel Narcy explique que le verbe apophaino (rendit) peut se
traduire aussi bien par « faire voir », « déclarer »,
« démontrer » d’où une autre version:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ensorceleur des Grecs en qui il dénonça des maîtres en
arguties »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de même avec le vers suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Nez de moqueur au profil de rhéteur, incapable d’une ironie
attique. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu’on peut lire aussi bien:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Moqueur se moquant des rhéteurs, ironiste quelque peu
attique »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Timon a finalement inventé par endroits la langue authentiquement
sceptique : Socrate n’étant pas plus ceci que cela, le vers donne donc à
entendre la thèse et son contraire. C’est bien sûr une langue qu’on ne peut
écrire que par moments et précisément quand ce qu’on a dit avant est si clair
que l’ambiguïté est alors lumineusement significative…&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Mais qui est donc Timon de Phlionthe ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/05/01/127-mais-qui-est-donc-timon-de-phlionthe</link>
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    <pubDate>Sun, 01 May 2005 00:21:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Scepticisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;« L’on dit qu’Aratos lui demanda comment l’on pouvait se procurer un
texte sûr des poèmes d’Homère, et qu’il répondit : « En lisant les
vieilles copies, et non pas les copies d’aujourd’hui qui ont été
corrigées. » (IX, 113)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait appliquer à la connaissance de tous ces philosophes antiques et
précisément de lui-même ce que Timon dit à propos d’Homère. Voici deux énigmes
le concernant que la philologie savante et contemporaine a résolues en sa
faveur, si on peut parler ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;-première énigme : de quoi, de qui était-il l’ami ? Certes de la
sagesse, dira-t-on conventionnellement et étymologiquement. Mais
encore ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Antigone dit qu’il était aussi l’ami des poètes » (IX, 110)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi de moins étonnant ! Mais Jacques Brunschwig admet qu’il a fait un
choix qui ne va pas de soi, vu les précautions qu’il prend pour le
justifier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Avec les encouragements de M.P., (&lt;em&gt;on ne reçoit des encouragements
que quand on prend un risque, non ?&lt;/em&gt;), et compte tenu du contexte, nous
corrigeons le texte des manuscrits, philopotes (« amateur de boisson ») en
philopoietés (« ami des poètes »). La réputation rabelaisienne de Timon a
pu favoriser une mélecture d’abréviation (&lt;em&gt;il ne faut donc pas que les
traducteurs aient systématiquement remplacé potes par poietes pour que ladite
réputation puisse être objectivement mentionnée&lt;/em&gt;) » (note 4,
p.1140)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rendons tout de même justice à Brunschwig car, sans l’ajout du ie, on lirait
le texte suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Antigone dit qu’il était l’ami du vin et que, lorsque les philosophes
(&lt;em&gt;c’est cette fois Richard Goulet qui suggère à notre traducteur mais sans
succès cette fois à première vue de « compléter le texte de façon que le
sens soit « les écrits philosophiques »&lt;/em&gt;) lui laissaient quelque
loisir, il composait des poèmes : de fait, il a écrit des poèmes
tragiques, des drames satiriques (&lt;em&gt;trente pièces comiques et soixante pièces
tragiques&lt;/em&gt;), des &lt;strong&gt;Silles&lt;/strong&gt; et des
&lt;strong&gt;Images&lt;/strong&gt;. » (ibidem)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sacrilège, j’imagine Timon délaisser quelque banquet bien arrosé et
philosophiquement fréquenté pour se livrer à l’écriture de la poésie. Pourquoi
pas finalement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;-deuxième énigme : était-il un pornographe ? La question se pose à
propos du titre &lt;strong&gt;Images&lt;/strong&gt; donné à une œuvre désignée dans le
manuscrit par le mot kinaídous, qui désigne des poèmes pornographiques. Or le
traducteur, s’appuyant sur l’érudition du même Michel Patillon, transforme
kinaídous en indalmous, retrouvant alors un titre fameux et déjà plusieurs fois
cité dans les &lt;strong&gt;Vies&lt;/strong&gt;. Ouf !. La justification a cette fois un
petit goût de réchauffé, sauf le respect que je dois à cet excellent helléniste
qu’est Jacques Brunschwig :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« La déformation pourrait provenir d’une dittographie de kai abrégé et
de mélectures d’onciales (M.P). De plus, le caractère gaillard et sarcastique
de Timon pourrait expliquer qu’on lui ait facilement attribué des penchants
pour le vin et pour les obscénités » (note 7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ça ne m’aurait pas gêné que Timon le sceptique soit porté sur les
gauloiseries : elles ne sont pas davantage condamnables que
non-condamnables, n’est-ce pas ?&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Les étranges disciples de Pyrrhon.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/04/30/128-les-etranges-disciples-de-pyrrhon</link>
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    <pubDate>Sat, 30 Apr 2005 00:26:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Scepticisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;1)Euryloque : de ce « disciple illustre », Diogène Laërce ne
rapporte qu’une anecdote :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« On dit en effet qu’un jour il se mit dans une telle colère que,
brandissant la broche avec le rôti, il poursuivit le cuisinier jusque sur la
grand-place. » (IX, 68)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D’Euryloque il reste donc cette « défaillance » qui m’évoque
immédiatement la fureur du capitaine Haddock ! Manque seulement le
chapelet de jurons. C’est rare de lire dans les &lt;strong&gt;Vies&lt;/strong&gt; la
description des échecs et des impuissances, car souvent le philosophe qui se
montre apparemment en dessous de tout est au dessus de tous ! Mais il
semble ici que c’est bel et bien l’idéale indifférence qui a du mal à
s’installer dans l’apprenti sage. L’autre anecdote le concernant est
d’interprétation moins facile :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Une autre fois, à Elis, harcelé par les questions de ses
interlocuteurs, il jeta son manteau à bas et traversa l’Alphée à la nage. Il
était donc extrêmement hostile aux sophistes. » (IX, 69)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’imagine qu’il ne s’agit pas ici d’une regrettable émotion mais d’une
démonstration. C’est alors refuser de répondre (et non pas ne pas pouvoir).
Euryloque, à ce moment-là, ne veut pas endosser le rôle du sophiste qui a
réponse à tout et s’en enorgueillit. Il décide alors de mettre une rivière
entre lui et ces encombrants interlocuteurs qui se sont trompés de philosophe.
A moins que, comme le suggère Jacques Brunschwig, ce ne soit aussi un coup de
folie! On n’aurait donc de ce célèbre disciple que la double illustration de
son incapacité à vivre comme son maître. Pourquoi pas ? Cela rehausse la
supériorité de Pyrrhon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Philon d’Athènes : sur lui, rien que quelques mots:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il parlait le plus souvent avec lui-même » (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Brunschwig écrit à ce propos que ce disciple « exagère les
extravagances de son maître ». Si parler seul revient à mettre en doute
pratiquement l’incertitude concernant autrui, ce serait en revanche seulement
le fait de parler presque tout le temps de cette manière qu’on pourrait
qualifier d’extravagant, comme si Philon ne savait pas imiter son maître avec
mesure, respectant partiellement la lettre de sa conduite sans en comprendre
l’esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2)Hécatée d’Abdère : à part son nom, rien cette fois, sauf cette note
de Brunschwig, éclairée par d’autres sources :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Erudit connu pour ses recherches historiques et critiques, peut-être
destinées à faire ressortir la diversité des croyances humaines et la vanité
des prétentions des philosophes »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense à Montaigne, à l’&lt;ins&gt;Apologie de Raymon Sebon&lt;/ins&gt;
(&lt;strong&gt;Essais&lt;/strong&gt; Livre II, chapitre XII) et à ce passage, entre mille
du même acabit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il n’est point de combat si violent entre les philosophes, et si
âpre, que celui qui se dresse sur la question du souverain bien de l’homme
duquel, par le calcul de Varron, naquirent 288 sectes. » (p.561 éd. de la
Pléiade)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes l’histoire encourage une certaine forme de scepticisme mais en aucune
manière à mes yeux le pyrrhonisme qui détruit la possibilité même du récit
historique en ne permettant pas de faire la distinction entre « raconter
l’histoire » et « raconter des histoires » !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3)Nausiphane de Téos : pas grand-chose sur lui sinon qu’il a été le
maître d’Epicure et qu’il rapporte que son disciple «émerveillé par le style de
vie de Pyrrhon lui demandait continuellement des informations à son
sujet » (IX, 64). Bien sûr cela paraît en contradiction avec les jugements
que plus loin Diogène attribue à Epicure à propos du même Pyrrhon : il le
qualifiait d’ « ignorant et sans éducation » (X, 8). Brunschwig
aplanit ainsi la difficulté :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ce jugement, apparemment très péjoratif, pourrait ne pas l’être dans
la bouche d’Epicure, qui était, comme les Pyrrhoniens, un ennemi déclaré de
l’éducation traditionnelle et des connaissances superflues »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes mais ces jugements négatifs sont présentés tout de même dans un
contexte où sans aucune ambiguïté Epicure disqualifie tous les rivaux. C’est
ainsi qu’il règle son compte à Aristote : « un dilapideur qui, une
fois dévoré son patrimoine, est devenu soldat et marchand de drogues »
(ibid.) Aussi je fais l’hypothèse suivante : si Epicure admire
l’indifférence de Pyrrhon, c’est en tant que conduite, sans l’associer aux
raisons du scepticisme qui sont bien sûr irrecevables pour le dogmatique qu’il
était. Le dernier disciple est Timon, mais celui-ci mérite une note à lui tout
seul.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Pyrrhon ou la négation du dialogue.</title>
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    <pubDate>Fri, 29 Apr 2005 00:29:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Scepticisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Platon dans le &lt;strong&gt;Banquet&lt;/strong&gt; présente un Socrate absorbé par la
méditation et capable de rester longtemps immobile à la recherche du vrai.
Pyrrhon, lui, parle à voix haute en étant tout seul :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« On le surprit un jour se parlant à lui-même ; comme on lui en
demandait la raison, il répondit qu’il s’exerçait à se rendre utile. »
(IX, 64)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n’est pas très étrange jusqu’à présent ; on peut penser que Pyrrhon
répète en somme et fourbit les arguments anti-dogmatiques qu’il servira à ses
disciples. Ce qui est plus étonnant déjà, c’est qu’en réponse à des questions
il entre dans un monologue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Dans les enquêtes (dialectiques), il n’était sous-estimé par
personne, parce qu’il parlait en discours continu même en réponse à des
questions. » (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’imagine que si cette manière de répondre lui vaut la reconnaissance de
tous, c’est qu’elle met en valeur la fécondité de sa pensée. En fait c’est bien
plutôt l’indifférence à la présence d’autrui qui est ici mise en
scène :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il restait toujours dans le même état – au point que, si quelqu’un le
quittait au beau milieu d’un discours, il achevait ce discours pour lui-même –
alors qu’il était agité et (…) dans sa jeunesse. » (IX, 63)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diels semble combler la lacune avec beaucoup d’à-propos en écrivant :
« sensible aux applaudissements de la foule et ambitieux de gloire ».
Cependant ce choix rend-il complètement justice à la pensée pyrrhonienne ?
Certes il va de soi que dans l’indifférence des valeurs la reconnaissance n’est
pas digne d’être recherchée. Mais c’est plus radicalement l’existence même
d’autrui qui est rendue douteuse : il n’est pas davantage présent
qu’absent. Pourquoi donc cesser de parler quand il part puisque parti il n’est
pas davantage parti que non-parti ? Je fais donc l’hypothèse qu’il y a là
comme une mise en scène solipsiste, si l’on accepte le paradoxe de cette
expression impossible, qui évoque un arrangement fait pour autrui alors qu’on
doute de son existence… Diogène Laërce cite un passage d’un médecin sceptique,
Théodose, dont le raisonnement me convainc que si le dialogue avec autrui est
ainsi spectaculairement mis en question, c’est qu’ un échange d’idées suppose
la possibilité d’identifier la pensée d’autrui, or cette possibilité même est
rendue douteuse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Théodose, dans ses &lt;strong&gt;Résumés sceptiques&lt;/strong&gt;, dit qu’il ne
faut pas appeler pyrrhonienne la philosophie sceptique. Si en effet le
mouvement de la pensée chez autrui est impossible à saisir, nous ne connaîtrons
pas la disposition d’esprit de Pyrrhon ; et ne la connaissant pas, nous ne
saurions pas non plus nous appeler pyrrhoniens. » (IX, 70)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne commettrai donc pas l’erreur de m’appeler pyrrhonien sans quoi, aux
dires radicaux et conséquents de Théodose, ces notes sur Pyrrhon se réduiraient
à des mots vidés de sens par la contradiction ! Ce que je veux juste
relever, c’est que ce doute que Théodose applique à Pyrrhon, j’imagine que
Pyrrhon l’a appliqué à tous les autres qu’il rencontrait. Bien sûr, pas au
point de se taire car il fallait bien qu’il leur communique la vérité sur
l’inanité de leur esprit. Paradoxalement, c’est cette attitude qui lui donne
accès aux honneurs. La pensée sceptique atteint sans le vouloir ce que la folie
ordinaire poursuit désespérément : non seulement la paix de l’esprit mais
la reconnaissance de la cité. D’abord, « son indifférence aux affaires lui
attira beaucoup d’émules. » (IX, 64) Aussi célèbre qu’un sophiste pour
avoir renoncé à la prétention au savoir ! Et Diogène Laërce cite avec
à-propos ce passage des &lt;strong&gt;Silles&lt;/strong&gt; de Timon :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« O vieillard, ô Pyrrhon, comment et d’où as-tu trouvé le moyen de te
dépouiller De la servitude des opinions et de la vanité d’esprit des
sophistes ? Comment et d’où as-tu dénoué les liens de toute tromperie et
de toute persuasion ? Tu ne t’es pas soucié de chercher à savoir quels
sont les vents Qui dominent la Grèce, d’où vient chaque chose, et vers quoi
elle va. »(IX, 65)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est aussi sa cité, Elis, qui l’honore:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Pyrrhon fut tenu en tel honneur par sa patrie qu’on le nomma au poste
d’archiprêtre, et que l’on vota, en considération de lui, une exemption
d’impôts pour tous les philosophes. » (IX, 64)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin Athènes lui aurait décerné la citoyenneté. Et tout cela me fait penser
que du point de vue de n’importe quelle politique les citoyens sceptiques sont
du pain bénit…&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Pyrrhon, le sage en cochon.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/04/28/130-pyrrhon-le-sage-en-cochon</link>
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    <pubDate>Thu, 28 Apr 2005 00:32:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Scepticisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Je ne veux pas abandonner trop vite la référence au cochon, car il n’est pas
simplement une bête sale qu’on lave dans l’indifférence, il est aussi une des
incarnations animales du sage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Alors que les hommes d’équipage faisaient grise mine à cause d’une
tempête, lui-même, gardant toute sa sérénité, leur remonta le moral en leur
montrant sur le bateau un petit cochon qui mangeait, et en leur disant que le
sage devait se maintenir dans un état semblable d’imperturbabilité. » (IX,
68 trad. Marie-Odile Goulet-Cazé))&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me demande comment Pyrrhon pouvait rester pyrrhonien en remontant le
moral aux marins affolés car il me semble que pour le faire, il ne faut pas
dire que la situation n’est ni ceci ni cela mais il faut à coup sûr affirmer
qu’elle n’a par exemple rien de désespérant, ce qui n’est pas tout à fait
suspendre son jugement ! Et pourtant, si le sage sceptique a l’ataraxie du
cochon, c’est bel et bien parce qu’il n’a pas à avoir peur de la tempête qui
n’est ni un bien ni un mal mais est strictement inqualifiable, en vérité. Mais
Pyrrhon a d’autres manières de se référer aux bêtes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il comparait les hommes aux guêpes, aux mouches, aux oiseaux. »
(IX, 67)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut interpréter variablement ce passage. En identifiant ces animaux à de
petits, voire à de minuscules vivants, on met en relief que l’homme est un être
sans importance, fragile et éphémère. Il me semble que la suite du texte
favorise cette lecture :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il citait aussi ces vers (de l’&lt;strong&gt;Iliade&lt;/strong&gt;) : Va,
mon ami, meurs toi aussi : pourquoi gémir ainsi ? Patrocle aussi est
mort, qui valait bien mieux que toi, Et tous les passages qui tendent à montrer
l’insécurité, les vains soucis, en même temps que le côté puéril des
hommes. » (ibidem)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est le Pyrrhon qui devait plaire à Emile Cioran, toujours désireux de
magnifier la petitesse humaine. Cependant on peut aussi identifier ces insectes
et ces volatiles à des animaux, sans plus. Ce qui revient à dire que le monde
de l’homme n’est qu’à la mesure d’une espèce animale parmi tant d’autres. Adieu
le Monde En Soi , bienvenue au monde-pour-homo sapiens !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« (Parmi les animaux) les uns ont telle constitution, les autres telle
autre ; c’est pourquoi ils diffèrent aussi par leur sensibilité : par
exemple les faucons ont une vue très perçante, les chiens un odorat très
développé. Il est donc vraisemblable qu’aux animaux qui ont des yeux différents
surviennent aussi des impressions visuelles différentes. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le réel ne se décrit jamais dans l’absolu mais toujours en relation avec un
certain type de corps. Qu’on ne parte donc plus à la recherche du Bien et du
Mal !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Les feuilles de l’olivier sont comestibles pour la chèvre, elles sont
amères pour l’homme ; la ciguë est une nourriture pour la caille, elle est
mortelle pour l’homme (&lt;em&gt;comment ici ne pas penser à Socrate, condamné à
boire une fatale infusion de ciguë ?&lt;/em&gt;) ; le fumier est comestible pour
le porc, non pour le cheval. » (IX, 80)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est sur la mouche que je terminerai aujourd’hui, elle me servira de trait
d’union entre Pyrrhon, Diogène Laërce et Nietzsche. Voici donc la mouche très
pyrrhonienne encore dans cette page sceptique qui ouvre &lt;strong&gt;Vérité et
mensonge au sens extra-moral&lt;/strong&gt; (1873) de Friedrich Nietzsche :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Au détour de quelque coin de l’univers inondé des feux d’innombrables
systèmes solaires, il y eut un jour une planète sur laquelle des animaux
intelligents inventèrent la connaissance. Ce fut la minute la plus orgueilleuse
et la plus mensongère de l’ « histoire universelle », mais ce ne fut
cependant qu’une minute. Après quelques soupirs de la nature, la planète se
congela et les animaux intelligents n’eurent plus qu’à mourir. Telle est la
fable qu’on pourrait inventer, sans parvenir à mettre suffisamment en lumière
l’aspect lamentable, flou et fugitif, l’aspect vain et arbitraire de cette
exception que constitue l’intellect humain au sein de la nature. Des éternités
ont passé d’où il était absent ; et s’il disparaît à nouveau, il ne se
sera rien passé. Car il n’y a pas pour cet intellect de mission qui dépasserait
le cadre d’une vie humaine. Il est au contraire bien humain, et seul son
possesseur et son créateur le traite avec autant de passion que s’il était
l’axe autour duquel tournait le monde. Si nous pouvions comprendre la mouche,
nous nous apercevrions qu’elle évolue dans l’air animée de cette même passion
et qu’elle sent avec elle voler le centre du monde. » (&lt;strong&gt;Ecrits
posthumes&lt;/strong&gt; 1870-1873, traduit par Michel Haar et Marc B. de Launay,
Gallimard 1975)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etre pyrrhonien : préférer le cochon serein à la mouche
narcissique.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Pyrrhon en homme de ménage.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/04/27/131-pyrrhon-en-homme-de-menage</link>
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    <pubDate>Wed, 27 Apr 2005 00:35:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Scepticisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;« Il disait, en effet, que rien n’est beau ni laid, juste ni
injuste ; et que de même pour tous les attributs de ce type, aucun
n’existe en vérité, mais que c’est par coutume et par habitude que les hommes
font tout ce qu’ils font ; en effet, selon lui, chaque chose n’est pas
davantage ceci que cela. » (IX, 1100)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est classique de mettre en évidence la faiblesse logique du scepticisme en
montrant qu’il se fonde contradictoirement sur la vérité. Si « chaque
chose n’est pas davantage ceci que cela », on ne peut pas soutenir que le beau
et le laid par exemple sont des valeurs davantage produites par la coutume et
l’habitude que conformes à la réalité des choses. Mais les sceptiques l’ont su,
d’où cette inhabituelle analogie entre les arguments qu’ils utilisent et les
purgatifs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Notre assertion aussi, après avoir aboli les autres, s’élimine
d’elle-même par retournement, à l’égal des purgatifs, qui, après avoir fait
s’évacuer les matières, s’évacuent eux-mêmes par le bas et sont
éliminés. » (IX, 76)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant ce n’est pas l’incohérence du scepticisme systématique que je veux
aujourd’hui mettre en relief mais la réhabilitation de la vie ordinaire à
laquelle il conduit. A dire vrai, la vie ordinaire n’est en aucune façon
meilleure que la vie exceptionnelle, puisque un tel jugement supposerait un
critère absolu que le scepticisme même juge inaccessible. Le sceptique la suit
à la manière dont on suit machinalement le chemin tracé devant soi : les
usages quotidiens ne sont ni bons ni mauvais, ils commandent une pratique dont
on n’a ni les raisons de se défaire ni les raisons d’en faire l’éloge. Accuser
les sceptiques de conformisme serait ne pas comprendre leur indifférence par
rapport à toutes les valeurs et toutes les vérités. Si les coutumes habituelles
sont respectées, c’est seulement dans la mesure où elles permettent de faire
l’économie d’une question sans réponse absolument vraie: que faire ? Il
n’y a rien à faire et donc pourquoi ne pas faire le ménage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il vivait en tout bien tout honneur avec sa sœur (&lt;em&gt;ce n’est pas
parce qu’il ne désire pas sa sœur mais parce qu’il n’est pas stoïcien -cf la
note du 21-04 pour pondérer cette remarque un peu provocatrice -&lt;/em&gt;), qui
était sage-femme (&lt;em&gt;autre point commun avec Socrate dont la mère était
sage-femme&lt;/em&gt;) à ce que dit Eratosthène dans son livre &lt;strong&gt;Sur la
richesse et la pauvreté&lt;/strong&gt; ; c’est en ce temps qu’il portait
lui-même au marché, pour les y vendre, des volailles, si cela se trouvait, et
des petits cochons, et faisait le ménage à la maison, en toute indifférence. On
dit aussi qu’il lava lui-même un porcelet, par indifférence»&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hors contexte, un tel comportement pourrait valoir comme une illustration de
la condamnation de la richesse et des honneurs. Mais Pyrrhon, qui était pauvre
au début de sa vie (IX, 62) et dont Diogène Laërce ne dit nulle part qu’il
s’est un jour enrichi, vit comme un pauvre vit d’ordinaire, sans esclaves et en
mettant la main à la pâte. Un sceptique riche pourrait tout aussi bien se faire
servir par une armée de serviteurs. Le sceptique s’en tient aux apparences, non
pas parce qu’il est pris à leurs pièges ( pour penser cela, il faudrait avoir à
sa disposition une réalité digne de ce nom), mais parce qu’au fond il n’y a
rien à trouver derrière les apparences On m’accusera, à juste titre peut-être,
de surinterpréter mais je ne peux pas ne pas relever qu’à l’origine Pyrrhon
était un peintre. Or, le peintre, dans la pensée platonicienne, est celui qui
éloigne de l’essence des choses car il s’en tient aux apparences des réalités
sensibles. Pyrrhon, lui, avant même d’être pyrrhonien, a pris le parti des
apparences.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Pyrrhon, disciple peu secourable mais maître secouru.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/04/26/132-pyrrhon-disciple-peu-secourable-mais-maitre-secouru</link>
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    <pubDate>Tue, 26 Apr 2005 00:39:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Scepticisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;« Un jour qu’Anaxarque était tombé dans un marécage, il continua son
chemin, sans lui prêter main-forte ; mais alors que certains lui en
faisaient reproche, Anaxarque lui-même fit l’éloge de son indifférence et de
son absence d’attachement. » (IX, 63)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est bien sûr exclu d’interpréter cette anecdote comme illustration de
l’égoïsme car ces vies sont remarquables et l’égoïsme est très ordinaire. Sans
rien savoir de la doctrine sceptique, si l’on ose cette expression paradoxale,
on pourrait voir dans le geste de Pyrrhon la forme extrême de la réussite du
maître. Ce dernier aurait tant appris à son disciple l’indépendance qu’il en
paierait le prix sous une forme finalement plutôt magistrale. Anaxarque, qui
n’était pas sceptique, pouvait l’entendre ainsi. Mais il ne s’agit pas
seulement de cela car Pyrrhon est sur la voie d’une indifférence bien plus
fondamentale puisqu’elle le conduira à ne pas pouvoir distinguer le vrai du
faux, le réel de l’apparent, la science de l’opinion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il était conséquent avec ces principes jusque par sa vie, ne se
détournant de rien, ne se gardant de rien, affrontant toutes choses, voitures,
à l’occasion, précipices, chiens, et toutes choses de ce genre, ne s’en
remettant en rien à ses sensations. Il se tirait cependant d’affaire, à ce que
dit Antigone de Caryste, grâce à ses familiers qui l’accompagnaient. »
(IX, 62)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’imagine cet homme volontairement aveugle et sourd, guidé par les
disciples, soucieux de préserver sa vie aussi longtemps que possible pour qu’il
continuât de délivrer sa muette leçon sur les sens. Ils ont réussi dans leur
tâche puisqu « il vécut jusque vers quatre-vingt dix ans » (ibid.).
Lequel d’entre eux s’est-il aperçu que le succès de leur conduite, à ses
disciples aveuglés, était un démenti constant de la leçon du maître ? Mais
le cours de philosophie appliquée laissait place par moments à une réaction
naturelle du maître :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Un jour qu’un chien s’était précipité sur lui et l’avait effrayé, il
répondit à quelqu’un qui l’en blâmait qu’il était difficile de dépouiller
l’homme de fond en comble ; il fallait affronter les vicissitudes d’abord
par les actes, dans toute la mesure du possible, et à défaut, par la
parole. » (IX, 66)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chien ici n’est pas le chien cynique, c’est juste un chien, un vrai
chien, dont on a peur et qui mord. Il n’est pas « endoctriné » si on
peut dire et vient de l’extérieur de la doctrine à l’assaut du philosophe qui
réagit en homme mais tout de même garde assez d’esprit pour tirer la leçon de
sa peur : le scepticisme n’est pas donné, c’est une dure conquête, jamais
gagnée. Le chien cynique jouait le jeu du philosophe : même quand il lui
était hostile, il donnait encore au philosophe l’occasion de sa battre comme un
chien (cf la note du 2-03-05). Dépouiller l’homme ne veut pas dire ici lui
enlever sa parure sociale d’usages arbitraires et de désirs superflus, mais se
défaire du philosophe, du dogmatique en lui. En effet pour Pyrrhon il y a un
point commun entre l’homme apeuré et le philosophe. Certes ce dernier se vante
de dépasser les pensées communes mais ce qu’il partage avec l’homme de la rue,
c’est la conviction que le chien est bel et bien réel. Certes un platonicien
n’appellera pas réelle la même chose que Monsieur tout le monde ou qu’un
épicurien, mais ce qui les unit tous, c’est que, facilement ou au prix
d’efforts, ils pensent être en mesure d’appliquer correctement la distinction
entre la réalité et l’apparence. Mais il y a dépouillement et
dépouillement : le premier degré est donc verbal, il s’agit de se retenir
de proférer des vérités. Le sceptique ne professe pas et, si on ne dispose
d’aucun texte de Pyrrhon, ce n’est pas que, comme trop souvent, tout est perdu
mais parce qu’il n’a rien écrit. C’est un point commun avec Socrate mais le
sens d’une telle abstention est bien distinct dans les deux cas : si le
maître de Platon n’a rien écrit, c’est au nom de la valeur du dialogue et de la
pensée en progrès. Si Pyrrhon lui s’est aussi retenu d’écrire, c’est au nom de
l’impossibilité (elle-même insoutenable) de dire le vrai. Professeur de
scepticisme, c’est une contradiction dans les termes. Ce serait enseigner
dogmatiquement l’inanité de tous les dogmes. Et pourtant, en marchant dans ses
ténèbres imaginaires, Pyrrhon ne professe-t-il pas à sa manière ? Mais le
scepticisme théorique ne suffit pas ; c’est la pratique sceptique qui est
le comble de l’accomplissement. Elle mène paradoxalement le philosophe droit à
l’échec, à la souffrance et à la mort, du moins quand il fait cours sous cette
forme dangereuse et au cas improbable où la bande attentive des disciples épris
ne volerait pas à son secours. Il arrivait en effet à Pyrrhon de vivre comme
tout le monde :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Enésidème dit que s’il philosophait selon la formule théorique de la
suspension du jugement, il ne manquait cependant pas de prévoyance dans ses
actions au jour le jour. » (IX, 62)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait croire que Pyrrhon, fatigué, lâche du lest. Non, c’est une autre
manière de dire le cours.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Pyrrhon, disciple d’Anaxarque (2)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2005/04/25/133-pyrrhon-disciple-danaxarque-2</link>
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    <pubDate>Mon, 25 Apr 2005 00:42:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Scepticisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;C’est curieux que la seule autre anecdote que Diogène rapporte à propos
d’Anaxarque se réfère aussi à une blessure. Mais cette fois ce n’est plus
Nicocréon qui l’inflige à Anaxarque, c’est Alexandre qui, pour une cause
indéterminée, perd son sang :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« En tout cas, il remit à sa place Alexandre, qui pensait être un
dieu : voyant du sang qui lui coulait d’une blessure, il le montra de la
main en lui disant : « Voici bien du sang, et non pas &amp;quot;Cet ichôr qui
coule dans les veines des dieux bienheureux &amp;quot; (IX, 60)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Brunschwig rappelle que cette citation de l’&lt;strong&gt;Iliade&lt;/strong&gt;
évoque le fluide immortel qui coule dans le corps des dieux. Anaxarque semble
penser qu’Alexandre n’est rien de plus qu’un corps alors que lui-même dans le
défi qu’il lance à Nicocréon paraît surplomber son corps de très haut.
Cependant il n’y a pas de contradiction : s’il démystifie le pouvoir et
lui rappelle son humanité, ce n’est pas pour nier la possibilité d’une certaine
surhumanité mais pour mettre en évidence que cette surhumanité-là n’est pas à
chercher du côté du succès politique mais de la prouesse éthique, de l’héroïsme
moral. Que la grenouille se ridiculise à se prendre pour le bœuf ne veut pas
dire que toutes les manières d’être grenouille se valent ! C’est
l’ambiguïté d’une certaine référence au divin : celui qui se prend pour un
dieu n’est qu’un pauvre homme, à qui il faut montrer sa misère ; en
revanche celui qui prend au sérieux l’idée qu’il est un homme tend vers la
divinité. Diogène ajoute que « Plutarque dit que c’est Alexandre lui-même
qui dit cela à ses amis. » (ibid.). Si c’est vrai, j’imagine que c’est
parce que « notre Anaxarque fut le compagnon d’Alexandre. » (IX, 58)
Alexandre aurait été rendu lucide sur sa nature par la fréquentation d’un
philosophe. A ce propos, c’est étrange d’apprendre que Nicocréon, qui est
décrit dans la vie d'Anaxarque comme une brute sadique, fréquentait pourtant
les philosophes si l’on en croit ce que rapporte Diogène à propos de Ménédème
d’Erétrie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Sa franchise en fait faillit lui faire courir des dangers à Chypre
alors qu’il était avec son ami Asclépiade chez Nicocréon (&lt;em&gt;une note savante
m’apprend qu’il a régné de 331 à 310&lt;/em&gt;). Le roi célébrait en effet une fête
mensuelle à laquelle il les avait conviés comme il avait convié les autres
philosophes ; Ménédème dit alors que si c’était une bonne chose de réunir
de tels hommes, il fallait que la fête eût lieu chaque jour ; mais que si
ce n’était pas le cas, dans la circonstance présente aussi c’était superflu
(&lt;em&gt;il semble qu’ici Ménédème défende à sa manière la thèse platonicienne du
philosophe-roi&lt;/em&gt;). A quoi le tyran répondit en disant que c’était ce jour-là
qu’il avait du loisir pour écouter les philosophes ; Ménédème insista en
s’obstinant de plus belle, démontrant au beau milieu du sacrifice (&lt;em&gt;voici
chez ce philosophe mégarique un trait fort cynique : considérer que
l’accomplissement d’un sacrifice ne suspend pas l’exercice du raisonnement
juste&lt;/em&gt; ) qu’il fallait écouter les philosophes en toute circonstance, au
point que si un joueur de flûte ne les avait pas fait partir, c’en était fini
d’eux (&lt;em&gt;merci à cet anonyme musicien d’avoir empêché le « meunier de
malheur » de broyer aussi Ménédème&lt;/em&gt;) Aussi, comme ils étaient aux
prises avec la tempête sur le bateau qui les ramenait, Asclépiade dit, à ce
qu’on raconte, que si l’art du joueur de flûte les avait sauvés, la franchise
de Ménédème les avait perdus. » (II, 129-130 traduction de Marie-Odile
Goulet-Cazé)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les dieux ne prennent pas le parti du philosophe et donnent raison à
cette brute de Nicocréon qui, s’il n’aime pas s’exercer dialectiquement avec
les philosophes, accomplit néanmoins impeccablement les rites… Ce Nicocréon qui
n’apparaît que deux fois dans les Vies y est bizarrement toujours lié à la
tempête : quand elle ne lui rend pas le service de lui apporter sur ses
côtes un Anaxarque dont il veut se venger, elle malmène en signe des dieux et à
sa place le raisonneur sacrilège. On peut lire aussi la remarque d’Asclépiade
comme un avertissement fort classique : si on échappe aux pouvoirs
humains, en revanche pas moyen de se mettre à l’abri des puissances
divines.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Pyrrhon, disciple d’Anaxarque (1)</title>
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    <pubDate>Sun, 24 Apr 2005 00:44:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Scepticisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;C’est à Pyrrhon que je vais désormais m’intéresser mais sans me détourner de
cette source bien- aimée que sont les &lt;strong&gt;Vies et doctrines des philosophes
illustres&lt;/strong&gt; que Diogène Laërce a écrite au début du 3ème siècle et qui
est publiée à la Pochothèque dans une édition magnifique par son exactitude et
sa précision. Après les épicuriens, les cyniques et les stoïciens, c’est le
temps de quelques chroniques consacrées au scepticisme. Cependant, avant de me
concentrer sur les faits et gestes du fondateur du scepticisme, je dois
quelques lignes à la vie exemplaire d’un de ses deux maîtres : Anaxarque
(de l’autre, Bryson , fils ou disciple de Stilpon, on ne sait rien). Sa pensée
nous est inconnue, même si, comme le dit Jacques Brunschwig (qui est le
traducteur des textes que je vais commenter librement), « il représente un
chaînon intéressant entre la tradition démocritéenne et Pyrrhon »
(p.1038). Comme le même Brunschwig en fait l’hypothèse, c’est sans doute par sa
tenue morale qu’il s’est fait du jeune Pyrrhon un disciple. Voyez
plutôt :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Notre Anaxarque, donc, fut le compagnon d’Alexandre ; il était
dans sa pleine maturité pendant la cent-dixième Olympiade. Il se fit un ennemi
de Nicocréon, tyran de Chypre. Un jour, dit-on au cours d’un banquet, Alexandre
lui ayant demandé ce qu’il pensait du dîner, il répondit : « Tout est
somptueux, ô roi ; à ceci près qu’il aurait fallu y servir la tête d’un
certain satrape » ; ce qui était une pique contre Nicocréon. Ce dernier
lui en garda une rancune durable : après la mort du roi, Anaxarque ayant
été, au cours d’un voyage en mer, jeté contre son gré à Chypre, Nicocréon
s’empara de sa personne, le fit jeter dans un mortier et meurtrir avec des
pilons de fer. Mais lui, sans se soucier de la torture, prononça le mot
célèbre : « Broie le sac d’Anaxarque ; mais Anaxarque, tu ne le
broies pas. » Nicocréon ayant alors ordonné qu’on lui coupât la langue, on
raconte qu’il se la coupa avec ses dents et la lui cracha au visage. »
(IX, 58-59)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cracher sa langue au visage d’un tyran, c’est aussi ce qu’a fait Zénon
d’Elée (IX, 27), en devançant le supplice qui attend celui qui n’a pas su tenir
sa langue. L’un et l’autre, sans être stoïcien, illustrent hyperboliquement ce
détachement par rapport au corps, idéal antique qui dépasse largement le
stoïcisme. Cela ne revient pas nécessairement à penser constamment son corps
comme n’étant rien de plus qu’un sac ; cette pensée qui vide le corps de
la personne se présente comme une arme dans le contexte d’une attaque où le
corps est pris pour la personne (quoi de plus naturel d’ailleurs ?). Alors le
philosophe se retire de son corps, au point que se défaire de sa propre langue
n’est pas se priver de manière surhumaine de la possibilité de parler mais
juste donner à celui qui le veut un morceau de cadavre. Cette fin sanglante
inspire à Diogène Laërce le poème suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Broyez donc, Nicocréon, et broyez encore plus fort : ce n’est
qu’un sac. Broyez toujours : Anaxarque est depuis longtemps chez Zeus. Et
toi, Perséphone te déchirera un moment avec ses pointes de fer, En te disant
ces mots : « Puisses-tu crever, meunier de malheur ! »
(ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je relève ce bonheur d’expression « meunier de malheur » : on
pourrait qualifier ainsi tous les tortionnaires si l’on parvenait à penser
qu’ils ne détruisent que des sacs de peaux et d’os. Mais pour nous ce sont des
personnes qui souffrent et ces textes ne nous offrent que de belles et
illusoires fins, de ces fins qui n’en sont pas car celui qui finit a jusqu’au
bout le dernier mot même s’il y perd …la langue.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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