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  <title>Les philosophes antiques à notre secours - Zénon d' Élée</title>
  <link>http://www.philalethe.net/</link>
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  <language>fr</language>
  <pubDate>Fri, 09 May 2008 11:28:09 +0200</pubDate>
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    <title>Zénon d' Élée et Pascal</title>
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    <pubDate>Fri, 25 May 2007 15:05:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Zénon d' Élée</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Dans la &lt;strong&gt;Vie de Périclès&lt;/strong&gt;, Plutarque rapporte:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« A ceux qui tenaient la gravité de Périclès pour présomption et
arrogance, Zénon conseillait d’afficher la même présomption, parce que cette
manière de mimer l’honnêteté et la vertu apporte peu à peu et subrepticement
une disposition et une accoutumance à l’honnêteté. » (V 3)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pascal dans les &lt;strong&gt;Pensées&lt;/strong&gt; s’adresse ainsi à celui qui,
convaincu par le pari, se demande comment parvenir à croire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Apprenez de ceux, etc., qui ont été liés comme vous et qui parient
maintenant tout leur bien. Ce sont gens qui savent ce chemin que vous voudriez
suivre et guéris d’un mal dont vous voulez guérir ; suivez la manière par
où ils ont commencé. C’est en faisant tout comme s’ils croyaient, en prenant de
l’eau bénite, en faisant dire des messes, etc. Naturellement cela vous fera
croire et vous abêtira. » (397 édition Le Guern).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N’est-ce pas un héritage d’Aristote ? Les vertus s’acquièrent en
pratiquant les actions convenables : ce n’est pas parce qu’on est vertueux
qu’on commence à agir comme il faut ; c’est parce qu’on s’est accoutumé à
agir comme il faut qu’on est vertueux. Dans les deux textes, une même manière
de rendre compte de l'intériorité par l'extériorité.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Zénon d'Elée ou l'art de faire sous la torture semblant d'être torturé.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/05/24/Zenon-dElee-ou-lart-de-faire-sous-la-torture-semblant-detre-torture</link>
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    <pubDate>Thu, 24 May 2007 20:47:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Zénon d' Élée</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Est-ce à la même source (Héraclide Lembos) que Diodore de Sicile avait lu le
récit de la mort de Zénon ? Dans la narration qu’il en fait, il est en
tout cas plus explicite que Laërce :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Comme sa patrie subissait le rude joug du tyran Néarque, il organisa
un complot contre lui. Découvert et interrogé sous la torture par Néarque qui
voulait connaître ses complices.: « Puissé-je être, dit-il, aussi maître
de mon corps que de ma langue. » Et comme le tyran accentuait encore ses
tortures, Zénon lui opposa une résistance farouche. Ensuite, dans l’espoir de
s’en délivrer et de tirer vengeance de Néarque, il imagina une ruse. &lt;ins&gt;Au
moment où la douleur des tortures se faisait plus intense, il feignit de rendre
l’âme et hurla comme sous l’effet de la douleur&lt;/ins&gt; : « Arrête, je
vais te dire toute la vérité. » Comme on relâchait ses liens, il demanda à
Néarque de s’approcher pour être seul à entendre, car mieux valait conserver
secrètes la plupart des révélations qu’il allait faire. Le tyran s’approcha
avec empressement et plaça son oreille contre la bouche de Zénon. Celui-ci la
mordit et y planta ses dents. Les gardes accoururent et mirent à mal le
malheureux torturé qui s’acharnait davantage encore sur sa proie. A la fin,
impuissants à vaincre la fermeté du héros, ils le transpercèrent pour qu’il
desserrât les dents. Ainsi vint-il, grâce à ce stratagème, à bout de ses
douleurs, et tira-t-il du tyran la seule vengeance possible. »
(&lt;strong&gt;Bibliothèque historique&lt;/strong&gt;, X. XVIII, 2. &lt;strong&gt;Les
Présocratiques&lt;/strong&gt; La Pléiade p.278)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zénon a décidé de faire au sens propre le contraire de caresser l’oreille du
tyran.&lt;br /&gt;
Mais c’est le passage souligné qui retient mon attention. Je connaissais
plusieurs possibilités humaines relativement à l’extrême douleur :
l’exprimer en hurlant, la simuler, voire s’efforcer de la contenir. Or, Zénon
en invente une nouvelle : faire sembler de hurler tout en la ressentant.
Ressentir devient ainsi quelque chose de tout intérieur, complétement dissocié
de son expression (la torture produirait d’intenses douleurs qui ne
pousseraient pas à hurler, d’où mon doute : n’est-ce pas contenu dans la
grammaire même du concept d’extrême douleur de produire des cris, au point que
j’aurais du mal à comprendre un énoncé du genre : « Il a atrocement
mal mais ne le montre pas du tout » ?). Ainsi, en hurlant , Zénon ne se
laisse pas aller à un penchant spontané, il fait seulement la comédie de
l’extrême douleur tout en ayant une extrême douleur. Il est dans la situation
de quelqu’un qui simule ce que normalement il serait porté à exprimer, comme si
un homme au plus profond du chagrin s’obligeait à verser des larmes de
crocodile…&lt;br /&gt;
Même au plus fort de la torture, Zénon continue à neutraliser les causes
mentales au profit des raisons d’agir.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Zénon d’Elée : martyr.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2007/05/23/Zenon-dElee-%3A-martyr</link>
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    <pubDate>Wed, 23 May 2007 22:06:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Zénon d' Élée</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Une bouche philosophique ne sert pas qu’à proférer de nobles vérités. Voyez
plutôt celle de Zénon d’Elée :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ayant projeté de renverser le tyran Néarque – d’aucuns disent
Diomédon – il fut arrêté, selon ce que dit Héraclide dans son abrégé de
Satyros ; c’est alors que, interrogé sur ses complices et à propos des
armes qu’il avait transportées à Lipara, il dénonça tous les amis du tyran,
avec l’intention de l’isoler complètement. » (IX 26)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Machiavélien avant la lettre, Zénon met le mensonge au service des
meilleures causes (« Ce fut un homme d’une grande noblesse, en philosophie
comme en politique » ibidem). Le Florentin disait qu’un prince doit agir
en homme et en bête. Zénon certes a déjà joué au renard mais il va bientôt
descendre d’un degré dans l’imitation de l’animalité :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ensuite, il lui dit qu’à propos de certains d’entre eux, il pouvait
lui dire certaines choses à l’oreille ; alors il la lui mordit, et ne
relâcha pas sa prise avant d’être percé de coups, frappé du même sort
qu’Aristogiton le tyrannicide. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mordre : les cyniques n’oseront le faire que métaphoriquement. Zénon,
c’est au pied de la lettre qu’il prend l’expression ! Ajoutons que ce
n’est pas morsure éphémère, simple entaille destinée à réveiller la raison
endormie sous les conformismes. Non, c’est morsure jusqu’à ce que mort
s’ensuive, celle du tyrannicide certes mais peu importe, la morsure est d’une
durée telle qu’elle vaut tous les assassinats. Oreille de tyran, oreille à
détruire pour n’avoir entendu que flatteries et délations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A moins que ce ne soit un autre organe que la bouche philosophique, devenue
prédatrice, n’ait visé :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Démétrios, dans ses &lt;strong&gt;Homonymes&lt;/strong&gt; dit cependant que
c’est le nez qu’il lui trancha avec les dents. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains, faute de pouvoir viser l’original, mutilent ses statues, Zénon,
lui, défigure directement la tête tyrannique.&lt;br /&gt;
Mais il est possible que la bouche en soit restée à sa fonction
énonciatrice :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Antisthène, dans ses &lt;strong&gt;Successions&lt;/strong&gt;, dit qu’après avoir
dénoncé les amis du tyran, il s’entendit demander par celui-ci s’il en restait
quelque autre ; il répondit : « Oui, toi le fléau de la
cité ! » A ceux qui étaient là, il dit : « j’admire votre
lâcheté si c’est par peur de ce que je subis en ce moment que vous restez les
esclaves du tyran » »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Double morsure celle-ci, plus classique si on peut dire, infligée au maître
et à ses disciples dans un mouvement qui pourrait être stoïcien ou
cynique.&lt;br /&gt;
Et tel Anaxarque, Zénon devance le supplice, privant le tyran de la joie de le
détruire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Pour finir, il se coupa la langue avec ses dents et la lui cracha au
visage. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela vaut toutes les asphyxies volontaires. Parvenir, victime de soi, à être
le bourreau de son bourreau ! Et la protestation éthique a finalement un
effet politique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ses concitoyens, enflammés par son exemple, se mirent aussitôt à
lapider le tyran. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et du corps de Zénon, qu’est-il advenu ? Deux versions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« La plupart des auteurs sont à peu près d’accord sur le récit de cette
fin de Zénon ; mais Hermippe dit qu’il fut jeté dans un mortier et
déchiqueté. » (27)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux états du corps : corps arme et corps broyé. Résistance
philosophique exultante puis quasi poudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diogène aurait eu une bonne occasion d’ironiser comme il aime si souvent le
faire, sur le thème du déchiqueteur déchiqueté ou à malin malin et demi. Mais
non, c’est, fait rare, un franc hommage qu’il rend à Zénon dans ses
vers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tu as eu la volonté, Zénon, la noble volonté de tuer le tyran&lt;br /&gt;
Et de délivrer Elée de son esclavage.&lt;br /&gt;
Mais tu as été vaincu, puisque le tyran t’a pris et t’a déchiqueté&lt;br /&gt;
Dans un mortier. Mais que dis-je ? C’était ton corps, ce n’est pas toi.
»&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Zénon d’Elée : quand l’émotion devient intentionnelle.</title>
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    <pubDate>Tue, 22 May 2007 22:45:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Zénon d' Élée</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Il arrive qu’un philosophe antique se comporte en homme ordinaire; selon
Diogène Laërce, cela fut le cas de Zénon d’Elée:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« On dit qu’il se mit en colère un jour qu’on l’injuriait. » (IX
29)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme on attendait autre chose d’un philosophe, on lui fit reproche de
sa colère, à quoi il répondit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Si je dissimule mes réactions quand on m’injurie, je ne ressentirai
rien quand on me félicitera. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La réponse, elle, n’est pas ordinaire. On s’attend à quelque chose
comme : « cette injure était si blessante ». L’injure blessante,
c’est ce qu’on pourrait appeler, suivant Elisabeth Anscombe, une cause
mentale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Une cause mentale est ce que quelqu’un décrirait si on lui posait la
question : qu’est-ce qui a produit cette action, cette pensée ou ce
sentiment en vous ? Qu’avez-vous vu, entendu, senti, quelles idées vous
sont venues à l’esprit et vous ont conduit à cela ? »
(&lt;strong&gt;L’intention&lt;/strong&gt; 11 p.56)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques lignes plus haut, elle précisait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Une « cause mentale », bien sûr, n’est pas nécessairement un
événement mental, c’est-à-dire une pensée, un sentiment ou une image ; une
telle cause peut n’être qu’un coup frappé à la porte. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l’originalité de Zénon est d’invoquer une raison et non une cause
mentale ; se mettre en colère devient une action intentionnelle :
c’est en vue des félicitations à venir qu’il se met en colère. Précisément
c’est pour en jouir. Mais qu’est-ce qui produira ce plaisir ? N’est-ce pas
cette fois une cause mentale, en l’espèce, la félicitation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Pourquoi souris-tu donc Zénon ? Parce qu’on me félicite ! »
Ce n’est plus désormais une action intentionnelle : Zénon a donc eu comme
raison d’agir la fin suivante: laisser une cause mentale produire l' effet
complet qu’elle produit habituellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce philosophe s' est donc maîtrisé assez pour faire de sa colère un acte
intentionnel ; sa fin pourtant n’est pas le perfectionnement de la
maîtrise, bien plutôt une expérience hédoniste.&lt;br /&gt;
Etrange figure: ni maître, ni esclave. Mieux: un maître qui se fait esclave. Ne
pas se soumettre à autrui quand on a tout à y perdre ( le lanceur d'injures ne
met pas Zénon en colère, c'est Zénon qui &lt;ins&gt;se&lt;/ins&gt; met en colère) pour s’y
soumettre quand on a tout à y gagner ( Zénon ne prend pas du plaisir à écouter
les félicitations, ces dernières lui en donnent).&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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