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  <title>Les philosophes antiques à notre secours</title>
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  <language>fr</language>
  <pubDate>Tue, 09 Mar 2010 19:09:00 +0100</pubDate>
  <copyright></copyright>
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    <title>La connaissance de soi comme éclair.</title>
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    <pubDate>Tue, 09 Mar 2010 20:12:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Digressions</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&amp;quot; J'ai cru me connaître dans un temps, mais à force de m'analyser je ne sais
plus du tout ce que je suis ; aussi j'ai perdu la sotte prétention de
vouloir se diriger à tâtons dans cette chambre obscure du coeur qu'éclaire de
temps à autre un éclair fugitif qui découvre tout, il est vrai, mais en
revanche vous aveugle pour longtemps. On se dit : j'ai vu ceci, cela,
oh ! je reconnaîtrai bien ma route, et l'on se met en marche, et l'on se
heurte à tous les coins, on se déchire à tous les angles.&amp;quot; Lettre de Gustave
Flaubert à sa soeur Caroline du 10 Juillet 1845
(&lt;strong&gt;Correspondance&lt;/strong&gt; Tome I La Pléiade p 246)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Wittgenstein et Descartes (2)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/03/09/Wittgenstein-et-Descartes-%282%29</link>
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    <pubDate>Tue, 09 Mar 2010 12:31:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Wittgenstein</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Il est difficile de ne pas mettre en rapport les deux dernières remarques de
&lt;strong&gt;De la certitude&lt;/strong&gt; de Wittgenstein avec un certain passage de la
première &lt;strong&gt;Méditation métaphysique&lt;/strong&gt; de Descartes.&lt;br /&gt;
Voici d’abord le texte cartésien :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Mais encore que les sens nous trompent quelquefois touchant les
choses peu sensibles et fort éloignées, il s’en rencontre peut-être beaucoup
d’autres desquelles on ne peut pas raisonnablement douter, quoique nous les
connaissions par leur moyen : par exemple, que je sois ici, assis auprès
du feu, vêtu d’une robe de chambre, ayant ce papier entre les mains, et autres
choses de cette nature (…)&lt;br /&gt;
Toutefois j’ai à considérer que je suis homme, et par conséquent que j’ai
coutume de dormir, et de me représenter en mes songes les mêmes choses, ou
quelquefois de moins vraisemblables, que ces insensés, lorsqu’ils veillent.
Combien de fois m’est-il arrivé de songer, la nuit, que j’étais en ce lieu, que
j’étais habillé, que j’étais auprès du feu, quoique je fusse tout nu dedans mon
lit ? (…) Et m’arrêtant sur cette pensée, je vois si manifestement qu’il
n’y a point d’indices concluants, ni de marques assez certaines par où l’on
puisse distinguer nettement la veille d’avec le sommeil, que j’en suis tout
étonné ; et mon étonnement est tel, qu’il est presque capable de me
persuader que je dors. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant les dernières remarques de Wittgenstein (datant de deux jours
avant sa mort) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« 675. Si quelqu’un croit qu’il est venu en avion de l’Amérique en
Angleterre dans les derniers jours, il ne peut, selon moi, &lt;em&gt;se tromper&lt;/em&gt;.
Il en va de même quand quelqu’un dit qu’il est à présent assis à une table en
train d’écrire.&lt;br /&gt;
676. « Mais même s’il est vrai que dans ces cas je ne peux pas me tromper
– n’est-il pas possible que je sois sous l’effet d’une drogue ? » Si je le
suis et si la drogue m’a ôté toute conscience, alors en ce moment je ne parle
ni ne pense vraiment. Je ne peux pas sérieusement supposer que je suis
actuellement en train de rêver. Celui qui, dans son rêve, dit : « Je
rêve », même s’il le dit à haute voix, a aussi peu raison que si, dans son
rêve, il disait : « Il pleut » alors qu’il pleut vraiment. Même
si son rêve avait bel et bien un rapport avec le bruit de la pluie. »
(trad. Danièle Moyal-Sharrock p.186-187)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes Descartes ne dit pas « je rêve » mais seulement « il
est possible que je rêve ». Ceci dit, il attend cependant du lecteur que ce
dernier lui accorde qu’il puisse avoir raison. Or, c’est sur ce point que porte
l’argumentation de Wittgenstein. Avoir raison n’est pas identifiable à dire
quelque chose de vrai. En effet, selon lui, bien que le rêveur paraisse dire la
vérité, précisément qu’il rêve, et en plus bien qu'il le fasse par une
proposition qui serait physiquement identique à celle que formulerait quelqu’un
en train de prendre conscience qu’il rêvasse – « je rêve », dit à haute
voix, est audible par quiconque se trouve à côté -, il n’a pas raison, ce qui
ne revient pas à dire qu’il a tort. Pourquoi ? Parce qu' « avoir
raison » et « avoir tort » ne peuvent se dire que de personnes
en mesure de juger, en possession donc de leurs moyens intellectuels, dans le
cadre d'un contexte précisément déterminé. Or, par hypothèse, la drogue ou le
sommeil enlève la capacité de raisonner d'une personne qui est en plus dans un
contexte où on n'attend pas d'elle des jugements, vrais, faux ou douteux.
Répondant à la voix sceptique qui met en question qu’il ait raison d’affirmer
qu’il en train d’écrire, Wittgenstein n’exclut pas absolument la possibilité
d’être victime d’une hallucination produite par une drogue. Il veut juste faire
reconnaître que si l’hypothèse est vraie, disparaît la possibilité de
considérer ce qui nous vient l’esprit comme jugeable à bon droit en termes de
vrai ou de faux. Si le discours du philosophe veut être pris au sérieux, il
doit admettre et faire admettre qu’il est en mesure de juger (mentalement
certes, mais aussi contextuellement) et donc d’avoir raison ou d’avoir
tort.&lt;br /&gt;
Ne peut-on pas considérer alors que Wittgenstein n’établit pas la distinction
radicale que Descartes fixait entre l’hypothèse de la folie et celle du
sommeil ? Rappelons d’abord le texte cartésien sur les fous qui prend
place après les premières lignes que j’ai citées et la référence aux
insensés :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Et comment est-ce que je pourrais nier que ces mains et ce corps-ci
soient à moi ? si ce n’est peut-être que je me compare à ces insensés, de
qui le cerveau est tellement troublé et offusqué par les noires vapeurs de la
bile, qu’ils assurent constamment qu’ils sont des rois, lorsqu’ils sont très
pauvres ; qu’ils sont vêtus d’or et de pourpre, lorsqu’ils sont tout
nus ; ou s’imaginent être des cruches, ou avoir un corps de verre. Mais
quoi ? ce sont des fous, et je ne serais pas moins extravagant, si je me
réglais sur leurs exemples. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que ce passage a opposé Derrida à Foucault au niveau de son
interprétation. Mais on peut cependant, sans entrer dans les raisons de l’un et
de l’autre, reconnaître que Descartes ne met pas la folie sur le même plan que
le sommeil, précisément en ce que la folie élimine la possibilité du
raisonnement rationnel, alors que le rêve (et la conscience du rêve) n’empêche
pas pour lui la pensée rationnelle de poursuivre sa recherche du vrai. Or, sur
ce point, Wittgenstein identifie, sinon explicitement du moins implicitement,
par le biais de la drogue hallucinatoire, le rêve à la folie.&lt;br /&gt;
Avoir raison ne consiste donc pas seulement à dire une proposition vraie, mais
à dire une proposition vraie alors qu’on dispose mentalement de la possibilité
d’avoir tort et qu'on est socialement, contextuellement parlant, en situation
de juger.&lt;br /&gt;
La vérité et la fausseté ne sont pas des propriétés intrinsèques des
propositions mais elles sont attribuables ou non aux propositions dans le cadre
d’un jeu de langage déterminé et d’une forme de vie. Des multiples jeux de
langage que présente le paragraphe 23 des &lt;strong&gt;Recherches
philosophiques&lt;/strong&gt;, on peut par exemple, pour le cas qui nous intéresse,
sélectionner « décrire un objet en fonction de ce qu’on voit (…) faire des
conjectures au sujet d’un événement (…) établir une hypothèse et l’examiner ».
Or, prenons seulement le premier : décrire un objet en fonction de ce
qu’on voit présuppose qu’on voit (pas qu’on croie voir), qu’on décrit bien ou
mal un objet (pas qu’on prend conscience d’une hallucination) etc.&lt;br /&gt;
De manière plus générale, on peut mettre en évidence que ces dernières
remarques wittgensteiniennes rappellent à leur manière que l’investigation
poussée en philosophie n’est pertinente que si on ne met pas en doute ce qui
conditionne toute investigation poussée, qu’on est réveillé, que nos sens
fonctionnent, que nous sommes en mesure de juger etc.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Martha Nussbaum et sa lecture du livre IV du &quot;Natura rerum&quot; de Lucrèce.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/02/24/Martha-Nussbaum-et-sa-lecture-du-livre-IV-du-%22Natura-rerum%22-de-Lucr%C3%A8ce.</link>
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    <pubDate>Wed, 24 Feb 2010 12:11:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Martha Nussbaum</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;À qui s'intéresse à l'analyse de l'amour présentée par Lucrèce dans le livre
IV du &lt;strong&gt;Natura rerum&lt;/strong&gt; et à laquelle j'avais consacré une série de
billets (on trouve &lt;a href=&quot;http://www.philalethe.net/post/2005/01/23/209-de-l-expression-tomber-amoureux&quot;&gt;ici&lt;/a&gt; le premier
d'entre eux), je recommande la fine lecture qu'en donne Martha Nussbaum dans le
cinquième chapitre de &lt;strong&gt;The therapy of desire&lt;/strong&gt;(1994). Il a pour
titre &lt;ins&gt;Beyond obsession and disgust : Lucretius on the therapy of
love&lt;/ins&gt;(p.140 à p.191).&lt;br /&gt;
Elle met discrètement en évidence que l'argumentation de Lucrèce est sur
certains points (le mariage, le rapport sexuel, les enfants) plutôt en accord
avec une éthique d'inspiration aristotélicienne et donc en rupture avec
Épicure, en tant que ce dernier place le Souverain Bien dans l'ataraxie
individuelle. Le passage qui suit est assez représentatif de sa
position :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Its concerns for the social perspective leads it to take up a position on
marriage and on sexual intercourse that is decidedly more positive than
Epicurus's, just as Book V is, for similar reasons, more positive on children.
These &amp;quot;distractions&amp;quot; are now held to be very valuable; indeed they may even be
given intrinsic worth here, as expressions of our political nature.
Furthermore, this new attachment to marriage and the family leads Lucretius to
defend as valuable a way of life that does not seem to be the best suited for
individual &lt;em&gt;ataraxia&lt;/em&gt;, since it includes many risks and possibilities
for loss and grief.&amp;quot; (p.187)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle reproche cependant à Lucrèce de donner de la relation de couple une
image encore marquée par une obsession d'autosuffisance et de contrôle. Elle
identifie en plus une telle obsession à ce qui s'exprimait dans ce que j'ai
appelé &lt;a href=&quot;http://www.philalethe.net/post/2005/01/25/207-la-bataille-de-lamour-1&quot;&gt;&amp;quot;la bataille de
l'amour&amp;quot;&lt;/a&gt; et que Lucrèce a minutieusement décrit en clinicien entre les vers
1076 et 1121 du Livre IV. :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; The people he criticizes are doomed, in love, by their obsession with
completeness and control. But cured Epicureans still cling to these goals. They
may not insist on controlling and immobilizing their erotic partners. But this
is not because they have actually learned to be humanly incomplete and needy
without resentment; it is, I think, because they have become internally godlike
in the Epicurean way, with no deep needs from the world or from one another.
What neither the sick patient nor the cured pupil have found, it seems, is a
way in which being simply human can be source of erotic joy.&amp;quot; (p190-191)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces lignes mettent en évidence que l'idéal épicurien d'être un dieu parmi
les hommes est de l'ordre de l'hubris aux yeux de Martha Nussbaum. La sagesse
qui se profile à travers son ouvrage reste lucide sur la dépendance essentielle
par rapport à la société et à autrui qui caractérise l'être humain. D'où l'idée
reprise à Aristote que la vie réussie de la personne est conditionnée
essentiellement par une certaine qualité de ce qui l'entoure - ce qui ne
revient pas bien sûr à faire d'elle un produit de son milieu ! &amp;quot;Autre
chose est en effet - dit Platon - ce qui est cause réellement, autre chose ce
sans quoi la cause ne serait pas cause.&amp;quot; &lt;strong&gt;Phédon&lt;/strong&gt; 99b -&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2010/02/24/Martha-Nussbaum-et-sa-lecture-du-livre-IV-du-%22Natura-rerum%22-de-Lucr%C3%A8ce.#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>L'épicurisme est-il castrateur ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/02/19/L-%C3%A9picurisme-est-il-castrateur2</link>
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    <pubDate>Fri, 19 Feb 2010 16:47:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Épicurisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Diog%C3%A8ne_La%C3%ABrce&quot;&gt;Diogène
Laërce&lt;/a&gt; rapporte l'anecdote suivante concernant &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Arc%C3%A9silas_de_Pitane&quot;&gt;Arcésilas&lt;/a&gt;:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;À qui lui demandait pourquoi on passait des autres écoles à celle d'Épicure
et jamais de celle d'Épicure à une autre, il répondit : &amp;quot;Quand on est un
homme, on peut devenir eunuque, mais lorsqu'on est eunuque, on ne peut devenir
un homme.&amp;quot; (IV 43 éd. Goulet-Cazé p.522)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait interpréter le trait platement comme simple expression de la
rivalité entre le platonisme et l'épicurisme. Or, &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Martha_Craven_Nussbaum&quot;&gt;Martha Nussbaum&lt;/a&gt; prend
le passage au sérieux. En effet, à travers la référence aux &amp;quot;autres écoles&amp;quot;,
elle a surtout en vue la pratique aristotélicienne de la philosophie, dont elle
ne se cache pas d'être une adepte. Or, dans le cadre de l'aristotélisme,
l'argumentation éthique a une valeur pratique non seulement par sa conclusion
mais aussi par sa pratique et par le respect des valeurs épistémiques qui la
rendent possible :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Aristotle has argued that the practical benefit of ethical argument is
inseparable from the dialectical scrutiny of opposing positions, from mutual
critical activity, and from the essential philosophical virtues of consistency,
clarity and perspicuous ordering.&amp;quot; (&lt;strong&gt;The therapy of desire&lt;/strong&gt;
p.138)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques lignes, plus loin, elle engage à ne pas oublier &amp;quot;the practical
value of &lt;em&gt;good philosophy&lt;/em&gt; - in really getting to the most powerful and
justifiable pictures of human excellence, human functioning, human social
justice.&amp;quot;&lt;br /&gt;
C'est par rapport à cette pratique aristotélicienne que Martha Nussbaum
présente la pratique épicurienne comme centrée sur la transmission à un
disciple, identifié à un malade, de thèses-médicaments, à apprendre par coeur,
pour les intérioriser, en vue de combattre les maux dont souffrent les hommes
remplis d'idées fausses.&lt;br /&gt;
Centrée sur la guérison, vue selon les critères aristotéliciens, une telle
pratique qui ne prend pas au sérieux les pensées de l'élève - du moins tant
qu'il ne reproduit pas les thèses de l'École - est jugée sectaire, unilatérale,
dogmatique. C'est donc dans une telle perspective que Martha Nussbaum lit le
texte de Diogène Laërce cité plus haut :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; It is always possible, and in fact all to easy, to turn &lt;em&gt;from&lt;/em&gt; calm
critical discourse to some form of therapeutic procedure, as Epicurus himself
turned from his Platonist teacher Nausiphanes to his own way. But once immersed
in therapy it is much more difficult to return to the values of Aristotelician
critical discourse. The passivity of the Epicurean pupil, her habits of trust
and veneration, may become habitual and spoil her for active critical task.&amp;quot;
(ibid. p.139)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pourtant pas conclure de cette analyse que Martha Nussbaum
discrédite l'héritage épicurien puisqu'elle ne lui attribue rien moins que la
découverte de l'inconscient. Ce qui est à première vue tellement surprenant que
cela mérite un autre billet.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>L'épicurisme, la neurologie et la psychanalyse ou le médicament au lieu du raisonnement ou de la cure ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/02/17/L-%C3%A9picurisme%2C-la-neurologie-et-la-psychanalyse.</link>
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    <pubDate>Thu, 18 Feb 2010 19:43:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Épicurisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Si un Épicurien a à sa disposition un médicament capable, en modifiant
sélectivement sa mémoire, de supprimer les idées fausses qui le tourmentent,
pourra-t-il légitimement le prendre ? Martha Nussbaum répond
affirmativement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Suppose we had a special drug that could make Nikidion (&lt;em&gt;c'est le nom
que Martha Nussbaum a donné à la disciple imaginaire qu'elle se plaît à mettre
à l'épreuve des divers traitements philosophiques&lt;/em&gt;) instantly forget all
her false beliefs, while retaining the true beliefs : we have no reason to
think Epicurus would not have used it, provided that it did not impede the
other instrumental functions of practical reason, such as the discovery of
means to food and shelter. Therapy must go its arduous and difficult course
through its rational powers. But the arguments that work through these powers
have no intrinsic human value. We are never safe from bodily ills : so we
need arguments around to counter them continually by going over Epicurean
arguments. But arguments are with us as handmaids only : useful, even
necessary, but not valuable in themselves.&amp;quot; (&lt;strong&gt;The therapy of
desire&lt;/strong&gt; 1994 p.128)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La note de bas de page mérite aussi d'être citée :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Similar issues seem to be at stake in some contemporary debates about the
relative merits of psychoanalytic and chemical treatment for psychological
problems : for one must ask, among other things, whether the
psychoanalytic process of sel-scrutiny has an intrinsic worth, indpendendant of
the worth of the &amp;quot;cured&amp;quot; state to which it leads.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À travers cette prise de position, Martha Nussbaum défend la thèse que pour
Épicure l'usage du raisonnement pratique est purement instrumental et n'est
justifié que par l'eudaimonia qu'il cause. Jugé à cette aune, le médicament
serait un moyen plus facile d'atteindre le même but.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Wittgenstein et Descartes (1)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/02/17/Wittgenstein-et-Descartes-%281%29</link>
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    <pubDate>Wed, 17 Feb 2010 11:45:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Wittgenstein</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Dans &lt;strong&gt;De la certitude&lt;/strong&gt;, le dernier texte de Wittgenstein,
élaboré dans les dix-huit derniers mois de sa vie, on lit cette remarque qui
porte le numéro 160 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; L'enfant apprend en croyant l'adulte. Le doute vient &lt;em&gt;après&lt;/em&gt; la
croyance&amp;quot; (&amp;quot;das Kind lernt, indem es dem Erwachsenen glaubt. Der Zweifel kommt
&lt;em&gt;nach&lt;/em&gt; dem Glauben&amp;quot;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Descartes et Wittgenstein sont d'accord sur un point (comment ne pas l'être
d'ailleurs ?) : les adultes transmettent aux enfants ce qu'ils savent par
la confiance que ces derniers leur font.&lt;br /&gt;
Ils diffèrent sur la valeur de la confiance et de la transmission :
Descartes l'a disqualifiée en l'analysant comme crédulité produisant la
perpétuation irrationnelle des préjugés collectifs, d'où un enfant mal éclairé
car confiant et instruit. Les textes ne manquent pas, par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; L'homme est entré ignorant dans le monde et la connaissance de son premier
âge n'étant appuyée que sur la faiblesse des sens et sur l'autorité des
précepteurs, il est presque impossible que son imagination ne se trouve remplie
d'une infinité de fausses pensées, avant que cette raison en puisse
entreprendre la conduite.&amp;quot; (&lt;strong&gt;La recherche de la vérité par la lumière
naturelle&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À propos des sens, Wittgenstein n'a jamais repris l'idée qu'il faut s'en
méfier. Il suffit d'avoir appris que dans certains cas il faut être attentif à
ne pas confondre ce qu'on perçoit avec ce qui est réel. En revanche on n'a pas
besoin qu'on dise à l'enfant qu'il se fie à sens, ça va de soi, il n'en a même
pas conscience (pareil à chacun de nous quand nous ne faisons pas de la
philosophie):&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Lorsqu'on enseigne à quelqu'un à calculer, lui enseigne-t-on également
qu'il peut se fier à un calcul de son maître ? Mais ces explications
doivent bien avoir une fin quelque part. Lui enseigne-t-on aussi qu'il peut se
fier à ses sens - puisque, d'un autre côté, on lui dit bien dans nombre de cas
que dans tel et tel cas spécial on &lt;em&gt;ne peut&lt;/em&gt; s'y fier ?&lt;br /&gt;
Règle et exception.&amp;quot; (ibidem 34)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est précisément l'erreur de Descartes, d'avoir cru prudent de prendre
l'exception pour la règle alors qu'il est raisonnable de juger l'exception pour
ce qu'elle est, l'exception !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Supposons que quelqu'un demande : &amp;quot; Sommes-nous vraiment en droit de
nous fier au témoignage de notre mémoire (ou de nos sens) comme nous le faisons
?&amp;quot;&amp;quot; (ibid.201)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce n'est pas un professeur de philosophie introduisant au scepticisme ou
au doute cartésien, on jugera bizarre cette personne (la question est :
poser des questions bizarres de ce type est-il, tout contexte mis à part, un
gain de lucidité ?) ?&amp;quot; (ibid. 201)&lt;br /&gt;
Dans ces conditions, on comprend que le doute qui vient après les croyances
n'est pas comme dans la philosophie de Descartes une mise en question de ces
croyances ; il est rendu possible par ces mêmes croyances (par exemple on
ne va pas douter en hiver de l'existence de l'étang et encore moins de celle du
monde extérieur qui l'englobe mais de la solidité de la couche de glace qui le
recouvre, précisément parce qu'on dispose sur la glace de la croyance vraie que
si elle est trop mince, elle rompt etc.).&lt;br /&gt;
Logiquement on ne peut pas douter de tout car cela supposerait qu'on doute
entre autres du sens qu'on donne au mot &amp;quot;doute&amp;quot; et au mot &amp;quot;tout&amp;quot;. En fait,
Wittgenstein l'a bien fait comprendre, le doute radical vient aussi
&lt;em&gt;après&lt;/em&gt; la croyance (ici la croyance dans la signification des mots).
Descartes avait donc définitivement tort de penser qu'il avait détruit la
maison de son savoir jusqu'aux fondations mêmes. C'est tout simplement
impossible.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>De deux immobilités (Socrate / Platon)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/02/07/De-deux-immobilit%C3%A9s.</link>
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    <pubDate>Sun, 07 Feb 2010 18:17:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Socrate</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;La première est la plus connue, elle caractérise Socrate se rendant avec
Aristodème au souper offert par Agathon (source : &lt;strong&gt;Le
Banquet&lt;/strong&gt; de Platon). Ce n'est pas une immobilité subite, un
ralentissement l'annonce:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Chemin faisant, Socrate, l'esprit en quelque sorte concentré en lui-même,
avançait en se laissant distancer.&amp;quot; (174 d éd. Brisson)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est liée essentiellement sinon à la solitude, du moins à
l'isolement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Comme je l'attendais, il me recommanda de continuer à avancer.&amp;quot;
(ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle casse les règles du jeu social et gêne, par là même, qui a l'intention
de continuer le jeu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Agathon : Mais, Socrate, comment se fait-il que tu ne nous l'amènes
pas ?&lt;br /&gt;
Aristodème : Je me retourne (...) et je constate qu'effectivement Socrate
ne m'a pas suivi. J'expliquai donc que c'était bien avec Socrate que j'étais
venu, et que c'était lui qui m'avait invité à venir souper.&amp;quot; (174 e)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle dure, Socrate devenant une statue pensante et asociale ; Agathon,
qui a envoyé un esclave le chercher, entend de la bouche de ce
dernier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Votre Socrate s'est retiré sous le porche de la maison des voisins, et il
s'y tient debout ; j'ai beau l'appeler, il ne veut pas venir.&amp;quot; (175 a)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hôte ne lui trouve aucune bonne raison et est disposé à utiliser la
contrainte pour faire respecter les règles transgressées :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Quel comportement étrange, s'écria Agathon. Va lui dire de venir, et ne le
lâche pas d'une semelle.&amp;quot; (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristodème, le disciple, &amp;quot;un des fanatiques de l'entourage&amp;quot; comme dit Léon
Robin (La Pléiade note 4 p.1349), explique sans pour autant justifier (il donne
à cette immobilité une cause, l'habitude, mais pas de sens) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; N'en faites rien (...), laissez-le plutôt. C'est une habitude qu'il a.
Parfois il se met à l'écart n'importe où, et il reste là debout. Il viendra
tout à l'heure, je pense. Ne le dérangez pas, laissez-le en paix.&amp;quot; (175 b)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc une immobilité régulière, du coup prévisible mais néanmoins
énigmatique.&lt;br /&gt;
Elle reste difficile à supporter pour les partenaires de jeu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Aristodème : Là-dessus (...) nous nous mettons à souper, mais Socrate
n'arrivait pas. Aussi Agathon demanda-t-il à maintes reprises qu'on allât le
chercher. , mais je m'interposai. &amp;quot; (175 c)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longue, quand elle prend fin, elle n'est pourtant pas justifiée par
l'intéressé mais c'est l'hôte qui en donne désormais une interprétation
généreuse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Aristodème : Enfin, Socrate arriva sans s'être attardé aussi
longtemps qu'à l'ordinaire ; en fait, les convives en étaient à peu près
au milieu de leur souper.&lt;br /&gt;
Agathon : (...) Viens, ici, Socrate, t'installer près de moi, pour que à
ton contact, je profite moi aussi du savoir qui t'est venu alors que tu te
trouvais dans le vestibule. Car il est évident que tu l'as trouvé et que tu le
tiens, ce savoir ; en effet, tu ne serais pas venu avant.&amp;quot; (175 d)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate n' infirmera ni ne confirmera ce dire, précisant seulement que le
savoir ne se transmet pas par contact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons à la seconde immobilité, celle du plus connu des disciples de
Socrate, Platon. Je l'aborde à travers la référence qu'y fait Sénèque dans le
&lt;strong&gt;De ira&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Platon, irrité contre son esclave, ne put se donner du temps, mais il lui
ordonna d'enlever tout de suite sa tunique et de tendre les épaules aux coups,
afin de frapper de sa propre main ; comprenant qu'il était irrité, il
garda sa main en l'air comme il l'avait et resta dans l'attitude d'un homme qui
va frapper ; un ami qui survint justement lui demanda ce qu'il
faisait : &amp;quot; Je punis, répondit-il, un homme en colère&amp;quot;. Comme figé sur
place, il conservait le geste, déshonorant pour un sage, de l'homme qui va
sévir, et déjà il avait oublié l'esclave, ayant trouvé mieux à châtier.&amp;quot; (III
XII 5 ed.Veyne p.162).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La différence entre les deux immobilités est nette : certes les deux
exemplifient la maîtrise de l'esprit sur le corps. Mais le corps socratique est
un, dominé totalement par l'esprit qui le met au repos, alors que le corps
platonicien est deux ; en effet il se divise en corps emporté par la
passion et corps dominé par la raison ; la division ne passe pas au sein
du corps mais entre deux états d'un processus : le mouvement colérique
dynamique et ce même mouvement statique, statufié. C'est une immobilisation
spectaculaire, soudaine et offerte au public, comme indice et de l'absence
première de maîtrise et de la maîtrise, seconde, de cette même absence de
maîtrise. Loin d'être une position méditative, elle est moindre mal et effet
d'une capture : Platon se prend lui-même en flagrant délit et tel un agent
de l'ordre moral, immobilise le malfaisant et l'expose à la réprobation
publique.&lt;br /&gt;
Cependant, pareille en cela à la première, celle de Socrate, l'immobilité
décrite par Sénèque court-circuite la vie ordinaire et les échanges
quotidiens : comme son maître qui ne se rend pas où on l'attend, Platon ne
fait pas ce qu'on attend d'un maître : châtier son esclave si besoin est.
C'est le maître d'esclaves maîtrisé par le philosophe maître de soi.&lt;br /&gt;
Sa finalité est ne pas se répéter car les immobilisations successives, à la
différence des immobilités régulières, illustreraient l' échec constant et
visible de la raison.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Un jugement de Pierre Hadot sur Michel Foucault.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/01/27/Un-jugement-de-Pierre-Hadot-sur-Michel-Foucault.2</link>
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    <pubDate>Wed, 27 Jan 2010 12:57:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Pierre Hadot</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Afin de mettre en perspective la position de Martha Nussbaum, voici tiré des
entretiens avec Arnold Davidson et Jeannie Carlier un passage éclairant le
jugement que Hadot portait sur Foucault :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; A.D. : &lt;em&gt;Pouvez-vous résumer vos divergences philosophiques avec
Foucault, et notamment votre critique de ses idées de culture de soi, sur
l'esthétique de l'existence ?&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire tout d'abord que nos méthodes étaient très différentes.
Foucault était sans doute, en même temps que philosophe, un historien des faits
sociaux et des idées, mais il n'avait pas pratiqué la philologie, c'est-à-dire
tous les problèmes liés à la tradition des textes anciens, le déchiffrement des
manuscrits, le problème des éditions critiques, le choix des variantes
textuelles. En éditant et traduisant Marius Victorinus, Ambroise de Milan, les
fragments du commentaire du &lt;em&gt;Parménide&lt;/em&gt;, Marx-Aurèle, certains traités
de Plotin, j'ai acquis une certaine expérience qui me permettait d'aborder les
textes anciens dans une tout autre perspective que lui. Notamment, je me suis
toujours attaché à l'étude attentive du mouvement de la pensée de l'auteur et
la recherche de ses intentions. Il n'attachait pas beaucoup d'importance à
l'exactitude des traductions, utilisant souvent de vieilles traductions peu
sûres.&lt;br /&gt;
Ma première divergence se trouve dans la notion de plaisir. Pour Foucault,
l'éthique du monde gréco-romain est une éthique du plaisir que l'on prend en
soi-même. Cela pourrait être vrai pour les épicuriens, dont Foucault parle
finalement assez peu. Mais les stoïciens auraient rejeté cette idée d'une
éthique du plaisir. Ils distinguaient soigneusement le plaisir et la joie, et
la joie, pour eux - la joie, et non pas le plaisir -, se trouvait non pas dans
le moi tout court, mais dans la meilleure partie du moi. Sénèque ne trouve pas
sa joie dans Sénèque, mais dans Sénèque identifié à la Raison universelle. On
s'élève d'un niveau du moi à un autre , transcendant. Par ailleurs, dans sa
description de ce qu'il appelle les pratiques de soi, Foucault ne met pas
suffisamment en valeur la prise de conscience de l'appartenance au Tout
cosmique, et la prise de conscience de l'appartenance à la communauté humaine,
prises de conscience qui correspondent aussi à un dépassement de soi. Enfin, je
ne pense pas que le modèle éthique adapté à l'homme moderne puisse être un
esthétique de l'existence. Je crains que cela ne soit finalement qu'une
nouvelle forme du dandysme.&amp;quot; (&lt;strong&gt;La philosophie comme manière de
vivre&lt;/strong&gt; p.214-215 2001)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique centrale, la question de la compétence philologique laissée de
côté, touche juste. Post-kantien et nietzschéen, Foucault ne pouvait pas
prendre au sérieux le grandiose et bien fragile cadre métaphysique qui fonde
l'éthique stoïcienne (le problème intéressant est précisément de savoir que
garder alors du stoïcisme et comment le justifier). Pierre Hadot est donc en
mesure de reprocher à Michel Foucault son refus de toute transcendance et de
toute métaphysique ayant une portée cosmologique, sa méfiance vis-à-vis d'un
concept aussi chargé métaphysiquement que celui d'humanité et donc une forme de
nominalisme porté à prendre en compte les hommes concrets plutôt que l'Homme (à
ce niveau l'héritage marxiste est aussi manifeste). On peut alors appeler
dandysme une doctrine de la mise en forme de soi qui n'est pas en mesure de
s'adosser sur une métaphysique, au sens classique de ce terme (et non au sens
rajeuni que lui donnent certains philosophes analytiques).&lt;br /&gt;
Comme Martha Nussbaum, Pierre Hadot, à la différence de Foucault, ne
décontextualise pas les éthiques antiques de leur arrière-plan métaphysique. À
coup sûr, c'est le stoïcisme qui avec son finalisme providentiel semble le plus
difficile à mettre en harmonie avec nos connaissances. L'épicurisme, rejetant
le finalisme, dépeignant un univers sans raison et explicable exclusivement par
des causes atomiques, sensible avec Lucrèce à l'évolution, paraît moins lourd à
défendre dans la perspective d'un rationalisme post-Lumières. Ceci dit, c'est à
condition de ne pas prendre non plus au sérieux l'affirmation épicurienne de
l'existence des Dieux.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Michel Foucault jugé par Martha Nussbaum</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/01/22/Michel-Foucault-jug%C3%A9-par-Martha-Nussbaum2</link>
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    <pubDate>Fri, 22 Jan 2010 23:30:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Martha Nussbaum</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Dans l'introduction de &lt;strong&gt;Therapy of desire&lt;/strong&gt;(1994), Martha
Nussbaum présente ainsi la critique qu'elle fait de l'approche que Foucault a
eue des philosophies hellénistiques:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; There is one reclaiming of Hellenistic texts within philosophy -perhaps
the most widely known to the general public- that seems to me, though exciting,
also deeply problematic. This is Michel Foucault's appeal to the Hellenistic
thinkers, in the third volume of his &lt;em&gt;History of Sexuality&lt;/em&gt;, and in
lectures given toward the end of his life, as sources for the idea that
philosophy is a set of &lt;em&gt;techniques du soi&lt;/em&gt;, practices for the formation
of a certain sort of self. Certainly Foucault has brought out something very
fundamental about these philosophers when he stresses the extent to which they
are not just teaching lessons, but also engaging in complex practices of
self-shaping. But this the philosophers have in common with religious and
magical/superstitious movements of various types in their culture. Many people
purveyed a &lt;em&gt;biou techne&lt;/em&gt;, an &amp;quot;art of life.&amp;quot; What is distinctive about
the contribution of the philosophers is that they assert that
&lt;em&gt;philosophy&lt;/em&gt;, and not anything else, is the art we require, an art that
deals in valid and sound arguments, an art that is commited to the truth. These
philosophers claim that the pursuit of logical validity, intellectual
coherence, and truth delivers freedom from the tyranny of custom and
convention, creating a community of beings who can take charge of their own
life story and their own thought. (Skepticism is in some ways an exception, as
we shall see; but even Skeptics rely heavily on reason and argument, in a way
other popular &amp;quot;arts&amp;quot; do not.) It is questionable whether Foucault can even
admit the possibility of such a community of freedom, given his view that
knowledge and argument are themselves tools of power. In any case, his work on
this period, challenging though it is, fails to confront the fundamental
commitment to reason that divides philosophical &lt;em&gt;techniques du soi&lt;/em&gt; from
other such techniques. Perhaps that commitment is an illusion. I believe that
it is not. And I am sure that Foucault has not shown that it is. In any case,
this book will take that commitment as its focus, and try to ask why it should
have been thought that the philosophical use of reason is the technique by
which we can be truly thinking and truly flourishing.&amp;quot; (p.5-6)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut lire ce texte comme une défense, dans la tradition des Lumières, de
la raison comme moyen d'émancipation réelle. En dehors de tout relativisme et
de toute herméneutique du soupçon, Martha Nussbaum prend position en faveur de
la valeur non seulement gnoséologique mais aussi éthique de la cohérence et du
respect de la vérité. Elle tient ainsi à établir une frontière nette entre
l'usage de la raison à des fins libératrices et l'usage de techniques
irrationnelles, par exemple, religieuses. Il va de soi que le camp visé par
Martha Nussbaum pourra juger avec condescendance ce plaidoyer en faveur de la
raison qu'il taxera alors de naïf et illusoire. Mais aura-t-il
raison ?&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Martha Nussbaum et la conception de la philosophie comme thérapeutique.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/01/21/Martha-Nussbaum-et-la-conception-de-la-philosophie-comme-th%C3%A9rapeutique.</link>
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    <pubDate>Thu, 21 Jan 2010 22:36:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Martha Nussbaum</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Le livre de Martha Nussbaum &lt;strong&gt;The therapy of desire. Theory and
practice in hellenistic ethics&lt;/strong&gt; (1994) vient d'être réédité avec une
nouvelle introduction. J'y trouve un passage qui clarifie le sens qu'elle donne
à l'expression &amp;quot;philosophie thérapeutique&amp;quot;. Je le transcris ici avec la volonté
non seulement d'accéder, de faire accéder à la pensée de Martha Nussbaum mais
aussi à celles - que je ne suppose pas d'emblée être tout à fait identiques sur
ce point à celle de Nussbaum - de Pierre Hadot et de Michel Foucault - qui
elles-mêmes bien sûr se distinguent entre elles ! - :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; The point of saying that philosophy should be therapeutic is not to say
that philosophy ought to subordinate its own characteristic commitments to some
other norms (e.g., flourishing, calm); it is, rather, to say that you can get
the good things you are searching for (flourishing, calm) only through a
lifelong commitment to the pursuit of argument. Other figures in the culture -
soothsayers, magicians, astrologers, politicians - all claim to provide what
people want , without asking them to think critically and argue. The
philosophers say : no, only in the life devoted to reason will you really
get what you want (Here, as I say in &lt;strong&gt;Therapy&lt;/strong&gt;, I locate a major
deficiency of Michel Foucault's otherwise illuminating writing on
self-fashioning in the Hellinistic period. Self-fashioning can take many forms;
the form it takes in the philosophers is a lifelong dedication to argument and
analysis.)&lt;br /&gt;
So if teachers of philosophy avoid Hellenistic texts because they think of them
as texts that persuade primarily through nonargumentative means, they are
incorrect; they have misunderstood what Hellenistic therapy is about.
Nonetheless, there are genuine difficulties involved in teaching these texts to
students who are used to more familiar argumentative strategies. Therapeutic
arguments have their own rhetoric and their own literary style. They cannot be
decoded by someone who simply ignores those aspects of the argument, as much
teaching of philosophy is apt to do. Only if one reads these arguments with
sensitivity to their therapeutic purpose will on be able, after quite a lot of
work, to see how good, as arguments, they really are.&amp;quot; (p.XI)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1995, un an après la publication de &lt;strong&gt;The therapy of
desire&lt;/strong&gt; , Pierre Hadot, qui me mentionne pas le livre de Nussbaum dans
sa bibiographie, écrivait des lignes qui paraissent aller dans la même
direction, par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Il ne faudrait pas non plus opposer mode de vie et discours, comme s'ils
correspondaient respectivement à la pratique et à la théorie. Le discours peut
avoir un aspect pratique, dans la mesure où il tend à produire un effet sur
l'auditeur ou le lecteur (...) Il s'agit de montrer que le discours
philosophique fait partie du mode de vie (...) Le discours du maître de
philosophie pouvait d'ailleurs prendre lui-même la forme d'un exercice
spirituel, dans la mesure où ce discours était présenté sous une forme telle
que le disciple, en tant qu'auditeur, lecteur ou interlocuteur, pouvait
progresser spirituellement et se transformer intérieurement.&amp;quot;
(&lt;strong&gt;Qu'est-ce que la philosophie antique ?&lt;/strong&gt; p.20-21-22)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je note chez Martha Nussbaum est l'insistance sur la durée et la
difficulté de l'effort requis pour la compréhension des arguments (&amp;quot;life-long
commitment&amp;quot; &amp;quot;after quite a lot of work&amp;quot;) ainsi que sur la sensibilité requise
pour un tel effort intellectuel.&lt;br /&gt;
À première vue, ce qui distingue cette pensée de celle de Foucault est son
engagement réaliste au sens philosophique du terme : les bonnes choses que
les hommes recherchent (l'épanouissement, le calme) existent réellement et ne
sont pas simplement des objets de croyance ; non seulement elles existent
mais peuvent être aussi atteintes. Je fais l'hypothèse que Foucault aurait jugé
une telle ontologie trop simple et naïve. Il n'aurait sans doute pas distingué
les bonnes choses du discours et du training qui les visent. Ces points sont
très largement à préciser.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2010/01/21/Martha-Nussbaum-et-la-conception-de-la-philosophie-comme-th%C3%A9rapeutique.#comment-form</comments>
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  <item>
    <title>Philosophie et neurologie: Epicure et la SLA.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/01/18/Philosophie-et-neurologie.</link>
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    <pubDate>Mon, 18 Jan 2010 18:00:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Épicurisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Je veux rappeler en premier lieu le rôle que la philosophie épicurienne
donne à la mémoire. Deux textes canoniques sont ici éclairants. D'abord la
lettre adressée par Épicure à Idoménée et rapportée par Diogène Laërce (X
22):&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Je vous écris cette lettre alors que je passe et achève en même temps le
bienheureux jour de ma vie ; les douleurs que provoquent la rétention
d'urine et la dysenterie se sont succédé sans que s'atténue l'intensité extrême
qui est la leur ; mais à tout cela la joie qu'éprouve mon âme a résisté,
au souvenir de nos conversations passées.&amp;quot; (ed. Goulet-Cazé p.1252)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sentence vaticane 17 , elle, ne présente pas le souvenir comme un remède
à la souffrance physique mais comme la condition nécessaire et suffisante du
bonheur de l'homme âgé :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Ce n'est pas le jeune qui est bienheureux, mais le vieux qui a bien
vécu : car le jeune, plein de vigueur, erre, l'esprit égaré par le
sort ; tandis que le vieux, dans la vieillesse comme dans un port, a ancré
ceux des biens qu'il avait auparavant espérés dans l'incertitude, les ayant mis
à l'abri par le moyen de la gratitude&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcel Conche, auteur de la traduction, commente ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Le vieillard n'est pas seulement heureux, comme le jeune, au moyen de la
philosophie, peut l'être, mais &amp;quot;bienheureux&amp;quot;, grâce à la mémoire qui lui permet
de puiser dans ses souvenirs heureux comme dans une réserve de bonheur. Le
plaisir joui, et de plus recueilli, médité, approprié par la gratitude, est
principe d'une suite illimitée de plaisirs. Car revivre en pensée, avec
reconnaissance, le plaisir joui, est un nouveau plaisir ; et par le
plaisir je me suis créé du plaisir pour toute la vie.&amp;quot; (&lt;strong&gt;Épicure Lettres
et Maximes&lt;/strong&gt; 1987)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut cependant se demander si la sentence 17 justifie un tel commentaire.
Au fond rien en elle ne semble exiger une référence à la mémoire. On pourrait
aussi bien comprendre que le vieillard possède les biens que jeune il craignait
de ne pas avoir et que la gratitude qu'il ressent à leur égard - gratitude
causée par le plaisir fourni par ces biens - est la raison pour laquelle il ne
risque pas de les abandonner. Ainsi on peut se demander si on a raison de lire
la sentence 17 à la lumière de la &lt;strong&gt;Lettre à Idoménée.&lt;/strong&gt; Reste
certes cette lettre qui me suffit pour mon propos d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je souhaite en effet mettre en rapport ces textes canoniques, qui donnent
comme un mode d'emploi de la mémoire, avec l'usage que Tony Judt dit faire de
ses propres souvenirs. En effet, dans l'édition du Monde du 17 Janvier,
l'historien anglais communique aux lecteurs l'expérience qu'il a de la terrible
maladie neurologique dont il souffre, la sclérose latérale amyotrophique ou
maladie de Charcot. Privé de la possibilité de tout contrôle de son propre
corps, l'auteur décrit ainsi l'usage qu'il est parvenu à faire de ses
souvenirs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Imaginez un instant que vous soyez obligé de rester allongé absolument
immobile sur le dos pendant sept heures d'affilée et de trouver le moyen de
rendre ce calvaire supportable non seulement pour une nuit, mais pour le
restant de votre existence. La solution que j'ai trouvée consiste à faire
défiler mentalement ma vie, mes pensées, mes fantasmes, mes souvenirs, mes faux
souvenirs et autres, jusqu'à ce que je tombe par hasard sur des événements, des
gens ou des récits dont je peux me servir pour détourner mon esprit du corps
dans lequel il est enfermé. Ces exercices mentaux doivent être assez
intéressants pour captiver mon attention et me faire oublier une démangeaison
insupportable à l'intérieur d'une oreille ou au bas des reins. Mais ils doivent
être également assez ennuyeux et prévisibles pour servir de prélude et
d'incitation efficace au sommeil. Il m'a fallu un certain temps pour découvrir
que cette méthode constituait une alternative possible à l'insomnie et à
l'inconfort physique, et aussi qu'elle n'était pas infaillible.&lt;br /&gt;
Mais de temps à autre, quand j'y pense, je suis stupéfait par la relative
facilité avec laquelle je surmonte ce qui était autrefois une épreuve nocturne
presque insupportable. Je me réveille exactement dans la même position, la même
disposition d'esprit et le même état de désespoir en sursis que la veille.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre la théorie épicurienne et la pratique réelle de Tony Judt, on relèvera
les différences suivantes : d'abord la valeur du recours que le malade
fait à sa mémoire n'est pas conditionnée par la sagesse de la vie antérieure,
ce qui est plutôt une bonne nouvelle, vu que nombreux sont ceux qui pensent que
l'idéal de vie épicurien a un côté, disons, livresque ou, plus clairement dit,
est irréalisable psychologiquement ; ensuite le souvenir n'a pas une
fonction différente du faux souvenir ou du fantasme, ce qui là aussi ouvre les
horizons de ceux qui, donnant une valeur prioritaire au réellement vécu,
pourraient se désespérer de la pauvreté du leur ; ajoutons que la
recherche de l'élément utile n'obéit à aucune méthode difficile car il suffit
d'inventorier ce dont on dispose mentalement jusqu'au moment où on est absorbé
par le contenu au point de ne prêter attention qu'à lui (ce qui est remarquable
ici, c'est que Tony Judt décrit l'exploration de son esprit comme une
découverte jamais déçue et non comme une routine répétitive et passablement
obsessionnelle : on peut supposer que joue sur ce point un rôle majeur
l'excellente qualité de sa mémoire). Enfin la finalité de l'exercice pratiqué
par le malade est bien distincte de celle visée par le philosophe puisqu'il
s'agit dans son malheureux cas de fuir dans le sommeil alors que la pratique
épicurienne est une conscience pleine et plaisante d'une béatitude stable et
gagnée pour toujours.&lt;br /&gt;
Néanmoins le point commun à l'expérience réelle et à la théorie épicurienne
saute aux yeux : quelque chose d'insupportable est évacué de la
conscience. Certes l'insupportable a des degrés et il va de soi que cette
méthode a donc des limites qui peuvent d'ailleurs tout à fait varier selon les
individus et les circonstances. Reste que cette pratique volontaire de la
mémorisation systématique parvient à donner l'impression de pouvoir échapper à
l'infortune physique de laquelle on est victime. Je dis infortune physique car
l'infortune morale doit placer dans un état psychique qui rend inapte à un tel
inventaire des ressources mémorielles.&lt;br /&gt;
Les dernières lignes du texte cité mettent cependant en évidence les limites de
l'exercice : il détourne momentanément de la conscience du malheur mais
est impropre à changer l'état d'esprit du malade. Ce serait sans doute demander
beaucoup trop à un exercice spirituel que de compter sur lui pour opérer un tel
changement. On passerait alors de la réalité psychologique au mythe (sans qu'on
sache d'ailleurs tracer la frontière avec certitude, ce qui n'est pas pour
rien, je crois, dans l'attrait continuel que représentent les sagesses pour nos
vies plus ou moins réussies).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Dissoudre ou construire ? ou Wittgenstein trop subversif pour être reconnu à sa juste valeur ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/01/11/Dissoudre-ou-construire</link>
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    <pubDate>Mon, 11 Jan 2010 15:35:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Wittgenstein</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Une familiarité minimale avec ce qui se produit aujourd'hui sous le nom de
philosophie analytique met en évidence une opposition nette entre plusieurs
manières de philosopher analytiquement. Un des intérêts du dernier ouvrage de
Sandra Laugier (&lt;strong&gt;Wittgenstein. Les sens de l'usage.&lt;/strong&gt; Vrin 2009)
est de faire un tableau du champ de bataille. Est-il trop schématique ?
Fait-il la place trop belle à Wittgenstein ? En tout cas, il a le mérite
d'être clair. D'un côté Wittgenstein et la tradition qu'il a ouverte et qui en
retour l'éclaire (au premier rang Stanley Cavell), de l'autre côté la
philosophie analytique dominante (Laugier ne mentionne ici aucun nom
contemporain ni d'auteur, ni d'oeuvre mais établit une filiation entre la
philosophie analytique mainstream et Russell).&lt;br /&gt;
Sur ce champ de bataille, Sandra Laugier défend la cause de Wittgenstein: on
est en effet en droit de lire cet ouvrage comme une entreprise de
réhabilitation de Wittgenstein à l'intérieur même de la philosophie analytique.
Pour faire bref, Wittgenstein n'aurait pas la place fondamentale auquel il a
droit, Dès la deuxième phrase de l'introduction, on comprend que ce livre peut
aussi être vu comme une arme dirigée contre ce que Laugier juge être la
philosophie analytique dominante:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Philosophe phare de la philosophie analytique, il ne cadre pas vraiment
avec elle, qu'on la considère dans le cours de son histoire ou dans ce qu'elle
est aujourd'hui devenue.&amp;quot; (Wittgenstein. &lt;strong&gt;Les sens de l'usage&lt;/strong&gt;
p.9)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Délaissant en fait le cours de l'histoire, Laugier préfère se centrer sur ce
qu'est la philosophie analytique mainstream: cette dernière prend la science
comme modèle et, suivant Russell, pense que la philosophie doit, comme la
science, se rapprocher par étapes de la vérité. Plus précisément, Laugier
identifie la philosophie analytique qu'elle veut réfuter à un &amp;quot;scientisme
naturaliste&amp;quot; et explique la position marginale de Wittgenstein dans le champ
analytique par une mise à l'écart délibérée visant à neutraliser
l'anti-scientisme de Wittgenstein. Sans qu'elle la mentionne, c'est quand même
l'idée de complot qui vient à l'esprit du lecteur. Pour témoin, un des passages
les plus significatifs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; La pensée de Wittgenstein est d'emblée &lt;em&gt;critique&lt;/em&gt;, et une critique
de la science comme de la philosophie, par une mise en évidence de différences
essentielles entre science et philosophie. Différences qui chez Wittgenstein ne
sont pas normatives, mais descriptives, et jamais associées à une
survalorisation de l'une ou de l'autre. C'est plutôt quand la philosophie veut
ressembler à la science, et y cherche la réponse à ses questions, qu'elle tombe
dans la mythologie ou dans la métaphysique. La pensée de Wittgenstein est à
contre-courant de la philosophie telle qu'elle s'est développée depuis quelques
décennies dans le champ &amp;quot;analytique&amp;quot;, dans l'exacte mesure où la philosophie
prétend s'y modeler sur la science. D'où les résistances fréquentes à
Wittgenstein dans la philosophie analytique même, et l'absence quasi complète
de Wittgenstein dans la philosophie des sciences actuelle, assez curieuse si
l'on se rappelle le caractère central de la référence au
&lt;strong&gt;Tractatus&lt;/strong&gt; dans la première moitié du XXème siècle, mais
compréhensible si l'on garde à l'esprit que la pensée de Wittgenstein est d'une
subversion redoutable, non contre la science elle-même, mais contre le
scientisme, dont il a très clairement démonté les motivations, critiqué
l'idéologie et moqué les conséquences. (Il n'est pas surprenant que la
philosophie analytique dans sa version dominante, veuille ignorer ou minorer
l'importance de ses critiques et donc le maintenir dans une forme de
marginalisation).&amp;quot; (p.74-75)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sandra Laugier reproche ainsi à la philosophie analytique dominante de
continuer à faire ce qu'a toujours fait sans succès jusqu'à présent la
philosophie en général : produire des théories vraies. À ses yeux,
Wittgenstein ne construit pas un énième système philosophique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Ce qu'on laisse de côté dans beaucoup de discussions sur Wittgenstein,
sans doute parce que cela rappellerait à une exigence qu'elle a oubliée depuis
un moment, c'est que ce qui l'intéresse, c'est d'abord la philosophie. Ce qui
n'est pas du tout la même chose que les théories ou les thèses en philosophie.
&amp;quot;Le philosophe, écrit Wittgenstein, n'est pas citoyen d'une communauté de
pensée. C'est ce qui fait de lui un philosophe&amp;quot; (Z, 455). Un des points les
plus difficilement perceptibles, ou acceptables aujourd'hui, de la pensée de
Wittgenstein est son refus de donner la moindre importance aux opinions et
doctrines philosophiques, ou d'en soutenir aucune. Une des preuves les
remarquables du fait qu'il n'est pas un philosophe du langage est la façon,
rapportée par Wisdom, de conclure les discussions philosophiques par &amp;quot;Dites ce
que vous voulez !&amp;quot;. Tant que vous voyez ce qu'il en est.&amp;quot; (p.108-109)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi voir ce qu'il en est aurait deux sens : quand c'est dans la
bouche d'un scientifique, c'est formuler des hypothèses testables , quand c'est
dans la bouche d'un philosophe, c'est, selon Laugier, suivant Wittgenstein et
Cavell, prêter attention aux détails de la réalité que transporte notre langage
ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me demande alors comment distinguer le langage ordinaire dont on attend
visiblement tant de ce que la philosophie a désigné sous le nom de doxa. À
première vue, ce sont désormais les constructions philosophiques qui joueraient
le rôle négatif de la doxa, consistant à cacher la réalité. Mais le langage
ordinaire n'a-t-il pas incorporé une partie des concepts philosophiques ?
Où trouver ce langage ? Ce qu'on trouve ne porte-t-il pas toujours les
marques de cultures, d'histoires, d'ethnies ? Est-ce traductible dans une
autre langue ? Je me souviens avoir fait une telle remarque en lisant les
subtiles analyses qu' Austin fait des articulations de la réalité véhiculées
par la langue anglaise.&lt;br /&gt;
En somme comment définir le langage ordinaire sans constituer un nouveau mythe,
précisément celui du langage ordinaire ?&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Philosophie antique et Wittgenstein.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/01/11/Philosophie-antique-et-Wittgenstein</link>
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    <pubDate>Mon, 11 Jan 2010 05:06:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Wittgenstein</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Il est arrivé qu'on me demande s'il y a un lien entre mon intérêt pour la
philosophie antique et celui que je porte à Wittgenstein. Or, je trouve dans le
dernier livre de Sandra Laugier &lt;strong&gt;Wittgenstein. Les sens de
l'usage&lt;/strong&gt; (Vrin 2009) un passage assez bien adapté à cette question:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; P. Hadot a mis en évidence dès les années 1960 un lien entre la
philosophie antique comme pratique et exercice spirituel et la visée
thérapeutique de Wittgenstein. Le &lt;strong&gt;Tractatus&lt;/strong&gt; est bien un
exercice où l'on atteint la transformation de soi par un effort de lucidité et
un travail sur soi et ses perceptions.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Je me suis rendu compte que j'avais essayé de proposer une attitude
philosophique qui soit indépendante, d'abord, de toute philosophie particulière
et, ensuite, de toute religion. Quelque chose qui se justifie par soi-même&lt;/em&gt;
(&lt;strong&gt;Qu'est-ce que l'éthique ?&lt;/strong&gt; Entretien avec P.Hadot, Cités, nº
5,2001)&lt;br /&gt;
En articulant l'approche de Wittgenstein à une conception de la philosophie
comme éthique du langage et perfectionnement de soi, Hadot a légitimé une
ouverture ultérieure des interprétations de Wittgenstein. Les limites du
langage sont les limites de mon monde, et de ma vie : reconnaître ma forme
de vie dans le langage, c'est reconnaître ma finitude. L'exercice spirituel
consisterait à comprendre ma situation dans le langage et est un apprentissage
de la mort, comme de la vie, dont les limites sont celles de mon monde.&lt;br /&gt;
Cette éthique wittgensteinienne définit alors une forme non religieuse
d'exercice spirituel : il n'y a pas d'en-dehors du langage, et comprendre
l'auteur du livre (TLP, 6.54) c'est comprendre que le livre est dénué de sens.
Cette insistance finale et inattendue sur l'auteur dans un ouvrage aussi
impersonnel (&amp;quot;celui qui &lt;em&gt;me&lt;/em&gt; comprend&amp;quot;) montre bien le statut du
&lt;strong&gt;Tractatus&lt;/strong&gt;, qui est de transformer le lecteur. En ce sens, la
lecture de Wittgenstein sera aussi, comme le dit Hadot dans sa préface aux
&lt;strong&gt;Exercices spirituels&lt;/strong&gt; à propos du &lt;strong&gt;Tractatus&lt;/strong&gt;,
une forme d'exercice de compréhension de soi. Il est important de noter qu'un
tel exercice de compréhension prend toute sa valeur s'il est spécifiquement
compréhension d'autrui.&amp;quot; (p.67-68)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapprochement entre la dimension thérapeutique et des philosophies
antiques et des réflexions de Wittgenstein ne doit pas cependant éclipser une
différence essentielle : scepticisme à part, les philosophies antiques
bâtissent leur éthique (dont la fonction thérapeutique est explicite par
exemple dans l'épicurisme) sur une base métaphysique alors que Wittgenstein (du
moins dans l'interprétation que donne Laugier du &lt;strong&gt;Tractatus&lt;/strong&gt;)
nie et la valeur et la nécessité de toute métaphysique (concernant le stoïcisme
j'ai développé ce point &lt;a href=&quot;http://www.philalethe.net/post/2009/11/04/Dans-quelle-mesure-peut-on-attribuer-%C3%A0-Wittgenstein-une-%C3%A9thique-d-inspiration-sto%C3%AFcienne7&quot;&gt;
ici&lt;/a&gt;).&lt;br /&gt;
D'ailleurs, sauf à me tromper, Hadot n'a jamais réduit les philosophies
antiques à des éthiques, il a juste assuré qu'elles étaient irréductibles à des
théories et que leur finalité pratique est essentielle à la compréhension des
éventuelles contradictions théoriques qu'elles renferment&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Le rêve matérialiste d'un communiste.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2009/12/17/Le-r%C3%AAve-mat%C3%A9rialiste-d-un-communiste.5</link>
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    <pubDate>Thu, 17 Dec 2009 18:42:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Koestler</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&amp;quot; Que se passait-il dans le cerveau du Nº1 ? Il (&lt;em&gt;il s'agit de
Roubachof, le personnage principal&lt;/em&gt;) se représentait une coupe de ce
cerveau, soigneusement peinte en gris à l'aquarelle sur une feuille de papier
fixée avec des punaises sur une planche à dessin. Les circonvolutions de la
matière grise s'enflaient comme des entrailles, s'enroulaient les unes sur les
autres comme des serpents musculeux, s'estompaient comme la spirale des
&lt;em&gt;nébuleuses&lt;/em&gt; sur des cartes astronomiques...Que se passait-il dans les
renflements de ces grises circonvolutions ? On savait tout des lointaines
&lt;em&gt;nébuleuses&lt;/em&gt;, mais sur elles on ne savait rien. Telle était sans doute
la raison pour laquelle l'Histoire était un oracle plutôt qu'une science. Plus
tard, peut-être, beaucoup plus tard, on l'enseignerait au moyen de tables
statistiques auxquelles s'ajouteraient de pareilles coupes anatomiques. Le
professeur dessinerait au tableau une formule algébrique représentant les
conditions de vie des masses d'un pays donné à une époque donnée :
&amp;quot;Citoyens, voici les facteurs objectifs qui ont conditionné ce processus
historique.&amp;quot; Et, montrant de sa règle un paysage brumeux et grisâtre entre le
second et le troisième lobe du cerveau du Nº1 : &amp;quot;Et maintenant, voici
l'image subjective de ces facteurs. C'est elle qui pendant le second quart du
XXe siècle a conduit au triomphe du principe totalitaire.&amp;quot; Tant qu'on n'en
serait pas là, la politique ne serait jamais qu'un dilettantisme sanglant, que
pure superstition et magie noire...&amp;quot; (Arthur Koestler &lt;strong&gt;Le zéro et
l'infini&lt;/strong&gt; 1945 trad. Jérôme Jenatton)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un rêve réductionniste : l'histoire est réduite à la psychologie
qui est réduite à la neurologie, plus exactement à une sorte de neuro-économie
(pas au sens où on l'entend aujourd'hui - étude des conditionnements
neurologiques de l'économie - mais au sens d'étude des conditionnements
économiques de la neurologie).&lt;br /&gt;
Le matérialisme expliquera alors les méfaits du communisme réel.&lt;br /&gt;
Marx distinguait l'histoire de la préhistoire (&amp;quot;La préhistoire de l'homme
s'achève&amp;quot; &lt;strong&gt;Contribution à la critique de l'économie politique&lt;/strong&gt;
1859)&lt;br /&gt;
La même opposition est reprise ici mais contre certains de ceux qui ont
prétendu l'incarner politiquement.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2009/12/17/Le-r%C3%AAve-mat%C3%A9rialiste-d-un-communiste.5#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Traquons la frime !</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2009/12/15/Traquons-la-frime-%215</link>
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    <pubDate>Tue, 15 Dec 2009 18:01:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Métablog</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Quand je cite la traduction française d'un texte latin, il m'arrive de
mettre entre parenthèses l'expression latine. C'est en général parce que la
traduction en français prête à discussion. Sûr alors de l'utilité du procédé,
j'ai bonne conscience. Reste qu'une note de Frédéric Nef à propos d'un texte de
Derrida tiré de &lt;strong&gt;Glas&lt;/strong&gt; me fait baisser les yeux. La
voici :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; L'usage entre parenthèses d'un terme allemand qui est l'exact équivalent
du terme français (&lt;em&gt;dans le cas du texte derridien, c' était Gefühl, qu'il
est usuel de traduire par sentiment&lt;/em&gt;) a une fonction purement rhétorique.
C'est un reste (ou plus qu'un reste) de Heidegger : l'allemand est avec le
grec la langue de la philosophie et il faut parsemer les textes de termes
allemands, pour signifier : &amp;quot;c'est de la vraie philosophie&amp;quot;. C'est un
usage particulier du principe d'autorité, l'autorité venant ici non d'un
auteur, ou d'un commentateur, ou d'un Livre, mais d'une langue tout entière, à
laquelle on prête la vertu de philosopher naturellement.&amp;quot; (&lt;strong&gt;Qu'est-ce
que la métaphysique ?&lt;/strong&gt; 2004 p.925)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes yeux se relèvent un peu, à réaliser que le latin n'a pas la dignité
philosophique du grec ou de l'allemand. Reste que Nef, souvent amusamment
iconoclaste, rappelle que la philosophie doit se délester, sinon de toute
rhétorique, du moins des tics rhétoriques, sujets aux modes mais immuablement
nocifs du point de la valeur de la pensée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Précision : ce modeste billet à usage personnel, si on peut dire, n'est
en rien une indirecte visant Heidegger !&lt;br /&gt;
Pas plus qu'il ne cautionne la thèse que toutes les langues sont identiquement
capables de servir la réflexion philosophique.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2009/12/15/Traquons-la-frime-%215#comment-form</comments>
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    <title>Freud, spinoziste.</title>
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    <pubDate>Mon, 14 Dec 2009 15:49:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Freud</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;em&gt;A F., qui connaît déjà bien les fins de vie.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arthur Koestler a rendu visite à Freud à Londres pendant l'automne 1938.
Rendant compte de cet entretien, il rapporte le passage suivant:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; J'avais prononcé je ne sais quel lieu commun sur les nazis. Freud
regardait d'un air lointain la fenêtre et les arbres, et avec un peu
d'hésitation dit :&lt;br /&gt;
- Vous savez, ils n'ont fait que déclencher la force d'agression refoulée dans
notre civilisation. Un phénomène de ce genre devait se produire, tôt ou tard.
Je ne sais pas si, de mon point de vue, je peux les blâmer.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Koestler ajoute :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Il employa probablement des mots tout différents, mais il ne pouvait y
avoir méprise sur le sens. Il n'avait fait que donner une expression normale à
la neutralité éthique inhérente au système freudien - et à toute science
strictement déterministe. Pas même &amp;quot;tout comprendre, c'est tout pardonner&amp;quot; -
car le pardon implique un jugement éthique, mais simplement : &amp;quot;Tout
comprendre, c'est tout comprendre.&amp;quot;&amp;quot; (&lt;strong&gt;Hiéroglyphes&lt;/strong&gt; 1955
p.495)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien sûr on pense à :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Je veux revenir à ceux qui préfèrent maudire les Affects et actions des
hommes, ou en rire, plutôt que de les comprendre (intelligere). Ceux-là, sans
aucun doute, trouveront étonnant que j'entreprenne de traiter les vices et
inepties des hommes à la façon géométrique, et que je veuille démontrer de
façon certaine (certa ratione demonstrare) ce qu'ils ne cessent de proclamer
contraire à la raison (rationi repugnare), vain, absurde et horrible.&amp;quot; (Spinoza
&lt;strong&gt;Éthique&lt;/strong&gt; III Préface trad. Bernard Pautrat)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette attitude est à mettre en perspective avec la suivante, relative à
son cancer et rapportée aussi par Koestler:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Je demandai à Freud s'il voyait à Londres beaucoup d'amis et de confrères.
Il dit que &amp;quot;les docteurs&amp;quot; ne lui permettaient pas de voir beaucoup de monde, à
cause de &amp;quot;cette chose sur ma lèvre&amp;quot;. Il continua en disant qu'on le traitait
aux rayons X et au radium. Puis le regard absent et lointain reparut dans ses
yeux. il reprit : &amp;quot;Les docteurs disent qu'ils peuvent guérir cela. Mais
sait-on s'il faut les croire ?&amp;quot;&lt;br /&gt;
Freud savait que la &amp;quot;chose&amp;quot; sur sa lèvre était un cancer. Mais le mot ne fut
jamais mentionné par lui ni dans ses discours ni sans ses lettres à des amis;
et personne ne le prononça jamais en sa présence. Il savait qu'il n'y avait pas
d'espoir et que &amp;quot;les docteurs&amp;quot; le savaient. L'homme qui, plus qu'aucun autre
mortel, connaissait les tours de la tromperie de soi-même, avait choisi
d'entrer dans la nuit un voile transparent sur les yeux.&amp;quot; (ibid. p.496)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce pesant de rapporter encore deux autres fins, bien différentes malgré
un commun silence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roger Vailland (1965):&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; &amp;quot;J'ai eu (&lt;em&gt;c'est Claude Roy qui parle&lt;/em&gt;) une seule et franche
conversation sur le sujet de la &amp;quot;vérité&amp;quot; avec Élisabeth (&lt;em&gt;la compagne de
Vailland&lt;/em&gt;). Je lui ai dit : &amp;quot;Tout ce qu'était, voulait et disait Roger
avant de tomber malade penche vers le choix de dire la vérité. C'est à lui
(d'une certaine manière) et à toi (en définitive) qu'incombe la responsabilité
de choisir l'illusion ou la vérité. Je t'approuverai dans l'un ou l'autre cas,
mais il faut tout bien peser.&amp;quot; Nous décidâmes que je consulterais le docteur
Mario Bianchi. Celui-ci me dit : &amp;quot;Même si un malade, avant ou après être
tombé malade, a professé et professe la volonté de &lt;em&gt;savoir&lt;/em&gt;, il ne faut
pas se fier à ce qu'il &lt;em&gt;dit&lt;/em&gt;, mais à ce qu'il &lt;em&gt;veut&lt;/em&gt;
inconsciemment. Si Roger a accepté en quelques instants une explication
&amp;quot;illusoire&amp;quot; de sa maladie, si le professeur Jean Bernard a décidé en quelques
instants de lui donner cette version, c'est que tout en Roger, malgré ses
dires, malgré sa volonté de &amp;quot;vivre et mourir en fauve de la Renaissance&amp;quot;,
montrait le refus de dévisager la réalité. Il faut donc respecter son choix
vital. Il a besoin pour vivre sa mort de ne pas la nommer. Aidons-le dans cette
voie.&amp;quot; Et jamais plus je n'ai parlé du problème avec Élisabeth, encore moins
présenté d'éternelles suppliques.&amp;quot;&lt;br /&gt;
Jamais Claude Roy n'oublia cette rencontre avec Roger Vailland au célèbre
&lt;em&gt;Bar Vert&lt;/em&gt; de la rue Jacob, une heure avant que son ami rencontrât le
professeur Jean Bernard. - Si c'est un cancer, lui dit-il, je choisirai ma
mort. Sortant de chez l'illustre cancérologue, Vailland téléphona aussitôt à
son vieux copain : - J'ai une veine inouïe... C'est bien un virus.&amp;quot;
(&lt;strong&gt;Roger Vailland ou un libertin au regard froid&lt;/strong&gt; Yves Courrière
1991 p.939)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Foucault (1984):&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Il n'avait pas peur de la mort, il le disait à ses amis lorsque la
conversation en revenait au suicide (en bon samouraï, il portait les deux
sabres dont le plus court sert à se donner la mort), et les faits ont prouvé
qu'il ne se vantait pas. Les tout derniers mois de sa vie, il travaillait à
écrire et récrire ses deux livres sur l'amour antique, à liquider cette dette
envers lui-même. Il me faisait quelquefois vérifier une de ses traductions et
il se plaignait d'une toux tenace et d'une légère fièvre incessante ; par
courtoisie, il me faisait demander des conseils à ma femme qui est médecin et
qui n'en pouvait mais. &amp;quot;Tes médecins vont sûrement croire que tu as le sida&amp;quot;,
lui dis-je par plaisanterie (les taquineries mutuelles sur la différence de nos
goûts amoureux étaient un des rituels de l'amitié).&amp;quot;C'est précisément ce qu'ils
pensent, me répondit-il en souriant, et je l'ai bien compris aux questions
qu'ils m'ont posées.&amp;quot; Mon lecteur aura peine à croire qu'en ce mois de février
1984 une fièvre et une toux ne donnaient de soupçons à personne ; le sida
était encore un fléau si lointain et ignoré qu'il en devenait légendaire et
peut-être imaginaire (&lt;em&gt;à cet endroit, on lit la note suivante&lt;/em&gt;: &amp;quot;aucun
de ses familiers ne s'est douté de quelque chose ; nous n'avons su qu'au
lendemain de sa mort. Au témoignage de Daniel Defert, lui-même avait noté dans
son calepin : &amp;quot;Je sais que j'ai le sida, mais, avec mon hystérie, je
l'oublie.&amp;quot;) &amp;quot;Au fait, lui demandais-je par simple curiosité, ça existe
réellement, le sida, ou c'est une légende moralisatrice ?&amp;quot; -&amp;quot;Eh bien, écoute,
me répondit-il après une seconde de réflexion, j'ai étudié la question, j'ai lu
pas mal de choses là-dessus : oui, ça existe, ce n'est pas une légende.
Les médecins américains ont étudié cela de près.&amp;quot; Et il me donna des détails
techniques en deux ou trois phrases. &amp;quot;Après tout, me dis-je, il est historien
de la médecine.&amp;quot; Des entrefilets d'origine américaine sur le &amp;quot;cancer des
homosexuels&amp;quot; paraissaient alors dans les journaux, où la réalité de ce fléau
était mise en doute.&lt;br /&gt;
Rétrospectivement, son sang-froid lors de ma sotte question me coupe le
souffle ; lui-même à dû prévoir qu'il en serait ainsi un jour, méditer la
réponse qu'il m'avait faite et compter sur ma mémoire.&amp;quot; (&lt;strong&gt;Foucault, sa
pensée, sa personne&lt;/strong&gt; Paul Veyne 2008 p.210-211)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces trois illustres personnages, y a-t-il un candidat au titre
d&lt;em&gt;'exemplum&lt;/em&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Veyne, qui reprend dans ce livre un article paru dans le numéro spécial
de &lt;strong&gt;Critique&lt;/strong&gt;, août-septembre 1986, n'avait pas hésité alors à
ajouter immédiatement après le passage que je viens de citer:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Donner de vivants &lt;em&gt;exempla&lt;/em&gt; était une autre tradition de la
philosophie antique.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 ans après, il n'a pas jugé bon de reprendre la phrase. Visiblement il
préfère la figure du samouraï (le titre du dernier chapitre est en effet
&amp;quot;Portrait d'un samouraï&amp;quot;). À cause de la référence à l'hystérie ?&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Wittgenstein, Nef / Nietzsche</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2009/12/09/Wittgenstein%2C-Nef-/-Nietzsche2</link>
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    <pubDate>Wed, 09 Dec 2009 15:04:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Wittgenstein</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Wittgenstein écrit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; 126. La philosophie se contente de placer toute chose devant nous, sans
rien expliquer ni déduire - Comme tout est là, offert à la vue, il n'y a rien à
expliquer. Car ce qui est en quelque façon caché ne nous intéresse pas.&lt;br /&gt;
On pourrait aussi appeler &amp;quot;philosophie&amp;quot; ce qui est possible &lt;em&gt;avant&lt;/em&gt;
toute nouvelle découverte et invention.&amp;quot; (&lt;strong&gt;Recherches
philosophiques&lt;/strong&gt; p.88 Gallimard)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas l'intention d'identifier Frédéric Nef à un philosophe
wittgenstein (&amp;quot;je suis un platoniste particulariste et possibiliste&amp;quot; dit-il de
lui dans son dernier livre p.206). Cependant, encore une fois, je trouve dans
cette oeuvre un passage qui fait écho aux lignes de Wittgenstein:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Il n'y a rien de mystérieux dans les tropes; sans doute parce qu'il n'y a
rien de mystérieux dans le monde et qu'en tout cas rien n'est caché; il n'y a
pas de cachette pour un sens profond, pas de placard à double fond pour le
Grand Secret. Dieu est subtil, mais il n'est pas retors - il s'est retiré de la
table de jeu, mais il n'a pas pipé les dés. La difficulté n'est pas dans un
prétendu secret de l'essence des choses, mais dans son caractère manifeste et
dans la nature même du manifeste (cf Mark Johnston, &lt;em&gt;The Manifest&lt;/em&gt;).&amp;quot; (
&lt;strong&gt;Traité d'ontologie&lt;/strong&gt; p.224 2009)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire que l'affaire du philosophe n'est pas de dévoiler le caché ne revient
pas à dire que c'est une entreprise facile ni à dire qu'il n'y a pas de choses
cachées à faire apparaître (mais c'est le travail de la science).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comparera avec:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; &lt;em&gt;Pour cela, attention !&lt;/em&gt; - Il n'y a rien que nous aimions autant
faire connaître aux autres que le sceau du secret - sans oublier ce qu'il y a
dessous.&amp;quot; (Nietzsche &lt;strong&gt;Le gai savoir&lt;/strong&gt; III 197)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Les nombres et l'histoire naturelle des hommes.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2009/12/08/Les-nombres-et-l-histoire-naturelle-des-hommes.2</link>
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    <pubDate>Tue, 08 Dec 2009 20:18:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Wittgenstein</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Wittgenstein écrit dans les &lt;strong&gt;Recherches philosophiques&lt;/strong&gt;:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; 415. Ce que nous proposons, ce sont à proprement parler des remarques sur
l'histoire naturelle des hommes. Ce ne sont cependant pas des contributions
singulières, mais plutôt des constatations dont personne n'a douté, et qui
n'échappent à notre attention que parce que nous les avons constamment sous les
yeux.&amp;quot; (p.182 Gallimard)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage qui suit de Frédéric Nef me paraît éclairer les lignes
précédentes:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Les entiers naturels ne sont certes pas coupés du monde naturel, mais il
ne faut pas confondre le nombre et sa réalisation linguistique dans des bases,
cinq, dix ou vingt en général, qui correspondent à des réalités anatomiques. En
français hexagonal par exemple, coexistent deux bases, ce qui explique
l'incohérence de l'usage : d'une part &amp;quot;soixante-dix&amp;quot; (base dix) et d'autre
part &amp;quot;quatre-vingts&amp;quot; (base vingt). Même si nous ne comptons plus sur nos doigts
d'enfants, nous le faisons comme des créatures qui ont dix ou vingt doigts (et
orteils) et pas comme des ordinateurs, qui ne pensent que par présence ou
absence, ou des dieux qui ont dix mille bras.&amp;quot; (&lt;strong&gt;Traité d'ontologie pour
les non-philosophes - et les philosophes -&lt;/strong&gt; 2009 p.178)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2009/12/08/Les-nombres-et-l-histoire-naturelle-des-hommes.2#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Arthur Koestler a-t-il lu Jean-Paul Sartre ? ou Arthur Koestler en lâche (au sens sartrien)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2009/12/06/Arthur-Koestler-a-t-il-lu-Jean-Paul-Sartre-ou-Arthur-Koester-en-l%C3%A2che-%28au-sens-sartrien%292</link>
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    <pubDate>Sun, 06 Dec 2009 18:47:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Koestler</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&amp;quot; Ainsi, au nom de cette volonté de liberté, impliquée par la liberté
elle-même, je puis former des jugements sur ceux qui visent à se cacher la
totale gratuité de leur existence, et sa totale liberté. Les uns qui se
cacheront, par l'esprit de sérieux ou par des excuses déterministes, leur
liberté totale, je les appellerai lâches.&amp;quot; (&lt;strong&gt;L'existentialisme est un
humanisme&lt;/strong&gt; Sartre 1945)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Ce jour-là, la querelle devint particulièrement aigre (&lt;em&gt;il s'agit de sa
relation avec une amie&lt;/em&gt;). Le déterminisme était déjà une position perdue
dans mon univers croulant. la physique moderne avait, quelques années
auparavant (&lt;em&gt;la scène se passe en 1935-1936&lt;/em&gt;), abandonné le concept d'un
univers exactement déterminé et réglé par la loi de causalité. Mais abandonner
le déterminisme, au sens qu'il avait eu pour la science classique, ne
signifiait pas nécessairement que l'on dût accepter le postulat du libre
arbitre. Il y avait d'autres solutions, telles que le remplacement des lois de
causalité par les lois de probabilité, et l'interprétation de ces dernières de
façon étroitement rationaliste. Car, admettre le concept du libre arbitre,
c'était accepter l'ultime responsabilité de toutes nos actions passées et
présentes, conscientes ou non. C'était accepter un fardeau insupportable de
culpabilité et de honte - sans la consolation d'une science éthiquement neutre
qui permît de se considérer soi-même comme un mécanisme chimique sans liberté
ni responsabilité, obéissant aveuglement aux poussées du milieu interne et
externe. Je n'étais pas prêt à assumer les charges de la liberté.&amp;quot; (
&lt;strong&gt;Hiéroglyphes&lt;/strong&gt; p.355-56 1955)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Évidemment, cette pensée peut paraître dure à quelqu'un qui n'a pas réussi
sa vie.&amp;quot; (Sartre ibid.)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2009/12/06/Arthur-Koestler-a-t-il-lu-Jean-Paul-Sartre-ou-Arthur-Koester-en-l%C3%A2che-%28au-sens-sartrien%292#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Deux manières de juger les anomalies: Quine et Reichenbach (vu par Koestler) ou y a-t-il des phénomènes absolument inexplicables dans le cadre du matérialisme ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2009/12/06/Deux-mani%C3%A8res-de-juger-les-anomalies%3A-Quine-et-Reichenbach-%28vu-par-Koestler%29-ou-y-a-t-il-des-ph%C3%A9nom%C3%A8nes-absolument-inexplicables-dans-le-cadre-du-mat%C3%A9rialisme2</link>
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    <pubDate>Sun, 06 Dec 2009 18:00:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Digressions</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&amp;quot; &amp;quot;Une difficulté est une lumière, écrivait Paul Valéry. Une difficulté
insurmontable est un soleil.&amp;quot; Tout phénomène occulte avéré - un cas établi de
télépathie, téléportation ou voyance, une soucoupe volante - ravirait l'esprit
scientifique. On verrait des meutes de chercheurs se ruer tout joyeux vers leur
planche à dessin ou leur accélérateur linéaire. Les mécanismes du phénomène
occulte en question mériteraient d'être étudiés, ce serait le début d'une
révolution fondamentale en physique.&amp;quot; (W.V. Quine in &lt;strong&gt;Quiddités&lt;/strong&gt;
p.16 1987 Seuil)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; En 1952, je rencontrai à Princeton un vieil ami, Hans Reichenbach, mort
depuis, logicien mathématique de premier ordre et professeur de philosophie à
l'université de Californie. Je ne l'avais pas vu depuis vingt ans. Fort âgé
(&lt;em&gt;en réalité Reichenbach n'avait que 61 ans&lt;/em&gt;) et devenu assez sourd, il
se servait, au lieu d'un appareil moderne, d'une vieille trompe acoustique. Il
me demanda à quoi je m'intéressais à présent, et je lui parlai des travaux de
Rhine sur les perceptions extra-sensorielles. Il traita tout cela de sornettes.
Je lui dis que je n'étais pas de cet avis et lui fis remarquer que les
évaluations statistiques des phénomènes semblaient prouver des résultats réels
(autrement dit: ils semblaient confirmer l'existence de la télépathie et autres
phénomènes du même genre ). Reichenbach sourit et demanda : &amp;quot; Qui a
contrôlé ces statistiques ? - R.A. Fisher &amp;quot; répondis-je. (Fisher est un
des plus grands spécialistes contemporains du calcul des probabilités.)
Reichenbach ajusta son appareil : &amp;quot; Qui, dites-vous ? &amp;quot; Je hurlai
dans la trompe : &amp;quot; Fisher ! Fisher en personne ! &amp;quot; Reichenbach
changea de visage. Il pâlit, laissa tomber sa trompe et dit : &amp;quot; Si c'est
vrai, c'est terrible, terrible. Dans ce cas, il faudra effacer tout et
recommencer au commencement.&amp;quot; En d'autres termes : si la perception
extra-sensorielle existe, tout l'édifice de la philosophie matérialiste
s'écroule. Et, pour un philosophe matérialiste de profession, cela représente
l'écroulement de l'oeuvre de sa vie.&amp;quot; ( Arthur Koestler
&lt;strong&gt;Hiéroglyphes&lt;/strong&gt; p.354 1955)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2009/12/06/Deux-mani%C3%A8res-de-juger-les-anomalies%3A-Quine-et-Reichenbach-%28vu-par-Koestler%29-ou-y-a-t-il-des-ph%C3%A9nom%C3%A8nes-absolument-inexplicables-dans-le-cadre-du-mat%C3%A9rialisme2#comment-form</comments>
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