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  <title>Les philosophes antiques à notre secours</title>
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  <language>fr</language>
  <pubDate>Fri, 24 May 2013 11:31:18 +0200</pubDate>
  <copyright></copyright>
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    <title>L'Europe comme lit de Procuste.</title>
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    <pubDate>Thu, 23 May 2013 22:19:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Isaiah Berlin</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Isaiah Berlin a écrit &lt;strong&gt;L'unité européenne et ses
vicissitudes&lt;/strong&gt;, discours lu le 29 novembre 1959 au troisième congrès de
la Fondation européenne de la culture à Vienne. En voici un extrait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Il y a (...) quelques découvertes fondamentales que nous devons à
l'humanisme romantique - ce même farouche esprit allemand - et que nous
n'oublierons pas facilement. Primo : le créateur des valeurs est l'homme
lui-même ; il ne peut donc être massacré au nom de quelque chose qui lui
serait supérieur, puisqu'il n'existe rien de tel ; c'est ce que Kant
entendait lorsqu'il parlait de l'homme comme fin en soi, et non comme moyen
d'une fin. Secundo : les institutions sont faites non seulement
&lt;em&gt;par&lt;/em&gt;, mais aussi &lt;em&gt;pour&lt;/em&gt; les hommes ; lorsqu'elles ne le
servent plus, elles doivent céder la place. Tertio : les hommes ne doivent
pas être massacrés, ni au nom d'idées abstraites, si élevées soient-elles - le
progrès, la liberté, l'humanité -, ni au nom d'institutions, car rien de tout
cela ne possède de valeur absolue, dans la mesure où toute valeur leur a été
conférée par des hommes, qui seuls peuvent rendre les choses précieuses ou
sacrées ; ainsi, toute tentative de leur résister ou de les changer n'est
jamais un crime contre des commandements divins. Quarto - et ceci découle du
reste - : le pire de tous les péchés est d'avilir ou d'humilier les êtres
humain pour le bien de quelque schéma &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Procuste&quot;&gt;procustéen&lt;/a&gt; dans lequel on veut les
faire entrer contre leur gré, un schéma auréolé d'une autorité objective qui
ignore les aspirations humaines.&amp;quot; (&lt;strong&gt;Le bois tordu de l'humanité.
Romantisme, nationalisme et totalitarisme&lt;/strong&gt;, Albin Michel, p.
197-198)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Les enfants des psychanalystes sont-ils désormais parfaits ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2013/05/23/Les-enfants-des-psychanalystes-sont-ils-d%C3%A9sormais-parfaits3</link>
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    <pubDate>Thu, 23 May 2013 17:39:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Freud</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;La Princesse Marie Bonaparte publie en 1930 &lt;strong&gt;De la prophylaxie
infantile des névroses&lt;/strong&gt;. La Société Psychanalytique de Paris se réunit
pour discuter de l'ouvrage. Son président, &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Laforgue&quot;&gt;René Laforgue&lt;/a&gt;, prend la
parole :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Il souligne que Mme &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Marie_Bonaparte&quot;&gt;Marie Bonaparte&lt;/a&gt; a insisté
sur le fait qu'à l'heure actuelle, même les enfants des psychanalystes ne sont
pas encore parfaits. C'est qu'en effet on ne peut pas encore à l'heure actuelle
donner de façon &lt;em&gt;précise&lt;/em&gt; une &lt;em&gt;formule satisfaisante&lt;/em&gt; d'éducation
des enfants, qui utiliserait toutes les données psychanalytiques. Il y a
quantité de questions qui restent à résoudre, et sur lesquelles les différents
psychanalystes peuvent avoir chacun son avis personnel. Il y a un certain
nombre de divergences sur lesquelles il est impossible de se mettre d'accord.&amp;quot;
(&lt;strong&gt;Revue Française de Psychanalyse&lt;/strong&gt;, 1930, tome IV, part. 1, pp.
180-181).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout se passe comme si la psychanalyse alors, dans la bouche de certains du
moins, avait succombé aussi au mythe de l'homme nouveau.&lt;br /&gt;
Ces lignes suggèrent que l'histoire de la psychanalyse est (tout comme
l'histoire de la philosophie ?) une longue révision à la baisse des prétentions
initiales.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Le renard, le piétiste et le stoïcien : ce qu'ils auraient en commun.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2013/05/14/Le-renard%2C-le-pi%C3%A9tiste-et-le-sto%C3%AFcien-%3A-ce-qu-ils-auraient-en-commun.</link>
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    <pubDate>Tue, 14 May 2013 15:12:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Stoïcisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Dans &lt;strong&gt;La pensée de Kant comme source paradoxale du
nationalisme&lt;/strong&gt; (1972), Isaiah Berlin explique ce qu'est le
piétisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Le piétisme, ancêtre du méthodisme, s'était développé dans les pays
germaniques au XVIIème et XVIIIème siècles, époque d'humiliation et
d'impuissance où les Allemands vivaient éparpillés, gouvernés par quelques
centaines de petits princes, pour la plupart peu compétents et peu
respectables. Les plus sensibles de leurs sujets avaient eu la même réaction
que les stoïciens au moment de la conquête des cités grecques par
Alexandre : ils s'étaient repliés dans leur vie intérieure. Le tyran
menace de me prendre mes biens : je vais donc m'exercer à n'y être plus
attaché. Le tyran veut me prendre ma maison, ma famille, ma liberté :
alors je vais apprendre à m'en passer. Comment pourrait-il m'atteindre
encore ? Je suis le seul maître de mon âme ; mon for intérieur est
hors d'atteinte. Le reste ne compte pas. En restreignant la part vulnérable, je
me libère de la nature et de l'homme comme ses premiers chrétiens qui, dans
leur thébaïde ou leurs monastères isolés, fuyaient les persécutions et les
tentations, le diable et la chair. Cette fuite s'apparente, à l'évidence, à la
fable des raisins trop verts : ce que je ne puis atteindre, je le déclare
sans valeur. Puisque je ne peux obtenir ce que je veux, je ne voudrai que le
possible. L'impuissance politique est une liberté pour l'esprit, la défaite
matérielle se transforme en victoire morale. Comme les conséquences de mes
actes m'échappent, je me contente de ce qui est en mon pouvoir - les mots.&amp;quot;
(&lt;strong&gt;Le sens des réalités&lt;/strong&gt;, éditions des Syrtes, p. 304)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans parler du piétisme, c'est un rude coup pour le stoïcisme, réduit à être
l'effet d'un mécanisme psychologique. Dans &lt;strong&gt;Explaining social
behaviour&lt;/strong&gt; (2007), Jon Elster semble aller dans la même direction (en
remplaçant le piétisme par le bouddhisme):&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; The ideal of extinguishing the emotions that one finds in many ancient
philosophies, notably Stoicism and Buddhism, emerged in societies where the
environment may have offered more occasions for emotions with negative valence.
Writing during the wars of religion that were devastating France, Montaigne may
have been in the same situation.&amp;quot; (p.152)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À première vue est reprise ici une analyse présente déjà chez la
Rochefoucauld et Nietzsche. La conduite ainsi disséquée est désignée par Elster
sous le nom de &amp;quot;sur-adaptation au possible&amp;quot; (&lt;strong&gt;L'irrationalité&lt;/strong&gt;,
t.2, p.107) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; C'est par ce trait, me semble-t-il, que l'on peut distinguer les
préférences adaptatives de la simple et tranquille résignation au fait qu'il
existe des biens désirables hors de notre portée, avec en même temps un effort
délibéré de nourrir un goût pour d'autres biens. Lorsque le fait de
&lt;em&gt;renoncer&lt;/em&gt; à l'objet désiré conduit à le &lt;em&gt;dénigrer&lt;/em&gt;, nous sommes
bien en présence de ce que l'on peut appeler l'auto-empoisonnement de
l'esprit.&amp;quot; (ibidem)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement par une note, Elster tient bien, lui, à distinguer le renard, qui
s'empoisonne l'esprit, du stoïcien, lucide résigné :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Selon le stoïcisme, nous devons &amp;quot;regarder comme équivalent à ne vouloir
pas le fait de ne pouvoir plus&amp;quot; (Sénèque, &lt;em&gt;Entretiens - Lettres à
Lucilius&lt;/em&gt;, op.cit., XXVI, 3), attitude sereine et transparente qui diffère
entièrement de l'adaptation ou sur-adaptation inconsciente dont il est question
ici.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aimable pour les Stoïciens mais ils ne sont ni des résignés ni des
sur-adaptés pour la raison suivante : s'ils ne recherchent pas certains
biens, c'est qu'ils pensent savoir qu'ils n'ont pas de valeur et que les
posséder ou non ne change rien à la valeur d'un homme. Que la genèse
psychologique des jugements de valeur soit cruelle (Berlin) ou bienveillante
(Elster), elle se trompe de cible : l'éthique stoïcienne prétend se fonder
sur une connaissance des valeurs. Pour les affaiblir, il faut soutenir que
cette connaissance est fausse.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2013/05/14/Le-renard%2C-le-pi%C3%A9tiste-et-le-sto%C3%AFcien-%3A-ce-qu-ils-auraient-en-commun.#comment-form</comments>
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  <item>
    <title>Après avoir fait du Freud, peut-on espérer refaire du La Bruyère ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2013/05/13/Apr%C3%A8s-avoir-fait-du-Freud%2C-peut-on-esp%C3%A9rer-refaire-du-La-Bruy%C3%A8re</link>
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    <pubDate>Mon, 13 May 2013 12:44:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>La Bruyère</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Louis-Ferdinand Céline :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; De nos jours, faire le &amp;quot;La Bruyère&amp;quot; c'est pas commode. Tout l'inconscient
se débine devant vous dès qu'on s'approche&amp;quot; (&lt;strong&gt;Voyage au bout de la
nuit&lt;/strong&gt; La Pléiade, p.397)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2013/05/13/Apr%C3%A8s-avoir-fait-du-Freud%2C-peut-on-esp%C3%A9rer-refaire-du-La-Bruy%C3%A8re#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Le rêve du professeur de philosophie ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2013/05/08/Le-r%C3%AAve-du-professeur-de-philosophie</link>
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    <pubDate>Wed, 08 May 2013 15:30:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Montesquieu</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Pensée 775 de Montesquieu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Descartes a enseigné à ceux qui sont venus après lui, à découvrir ses
erreurs mêmes.&lt;br /&gt;
Je le compare à Timoléon qui disait : &amp;quot;Je suis ravi que, par mon moyen,
vous ayez obtenu la liberté de vous opposer à mes désirs.&amp;quot;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Deux variations dualistes.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2013/05/07/Deux-variations-dualistes.2</link>
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    <pubDate>Tue, 07 May 2013 15:47:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Platon</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Socrate dans le &lt;strong&gt;Phédon&lt;/strong&gt; de Platon :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; L'âme raisonne le plus parfaitement quand ne viennent la perturber ni
audition, ni vision, ni douleur, ni plaisir aucun ; quand au contraire
elle se concentre le plus possible en elle-même et envoie poliment promener le
corps ; quand, rompant autant qu'elle en est capable avec toute
association comme tout contact avec lui, elle aspire à ce qui est.&amp;quot; (65c, éd.
Brisson)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bardamu dans le &lt;strong&gt;Voyage au bout de la nuit&lt;/strong&gt; de
Céline :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Je me méfiais quand même parce que les miteux ça délire facilement. Il y a
un moment de la misère où l'esprit n'est plus déjà tout le temps avec le corps.
Il s'y trouve vraiment trop mal. C'est déjà presque une âme qui vous parle.
C'est pas responsable une âme.&amp;quot; (La Pléiade, p. 224)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Fondations sans palais et palais sans fondations.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2013/05/05/Fondations-sans-palais-et-palais-sans-fondations.3</link>
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    <pubDate>Sun, 05 May 2013 23:01:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Descartes</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Je ne l'avais pas encore remarqué ! Descartes a très exactement écrit
dans la première partie du &lt;strong&gt;Discours de la méthode&lt;/strong&gt; que les
Stoïciens ont ce qui fait défaut aux mathématiciens et
réciproquement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Je me plaisais surtout aux mathématiques, à cause de la certitude et de
l'évidence de leurs raisons ; mais je ne remarquais point encore leur vrai
usage, et pensant qu'elles ne servaient qu'aux arts mécaniques , je m'étonnais
de ce que, leurs fondements étant si fermes et si solides. on n'avait rien bâti
dessus de plus relevé. Comme, &lt;strong&gt;au contraire&lt;/strong&gt; (&lt;em&gt;c'est moi qui
souligne&lt;/em&gt;), je comparais les écrits des anciens païens qui traitent des
moeurs, à des palais fort superbes et fort magnifiques, qui n'étaient bâtis que
sur du sable et de la boue. Ils élèvent fort haut les vertus, et les font
paraître estimables par-dessus toutes les choses qui sont au monde ; mais
ils n'enseignent pas assez à les connaître, et souvent ce qu'ils appellent d'un
si beau nom, n'est qu'une insensibilité ou un orgueil, ou un désespoir, ou un
parricide.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Descartes n'annonce pas ici La Rochefoucauld qui va s'ingénier à identifier
les vices sous les vertus car lui ne nie pas ici la réalité des vertus ;
Descartes reproche au stoïcisme de ne pas avoir eu au moins une psychologie ou
une anthropologie morales à la hauteur de son éthique, d'où l' incapacité
stoïcienne à distinguer la vraie vertu de ce qui lui ressemble (ainsi le
Stoïcien appelle-t-il vertu ce qu'il aurait reconnu comme de l'insensibilité,
s'il était parti de la connaissance de l'homme avant d'établir son éthique).
Certes il pense que l'éthique est en accord avec la connaissance vraie de la
nature mais aux yeux de Descartes sa connaissance n'est que sable et
boue.&lt;br /&gt;
Les mathématiciens, eux, ont des connaissances basiques vraies mais elles ne
servent qu'aux applications pratiques. Certes Descartes ne s'est pas proposé de
tirer une éthique des mathématiques mais, en donnant aux maths la fonction d'un
savoir que doit prendre comme modèle la connaissance des objets autres que
mathématiques, comme Dieu par exemple, il établit d'une certaine façon une
relation entre les mathématiques et les vertus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;ins&gt;Ajout du 08/05/13&lt;/ins&gt; : Quelques lignes de l'
&lt;strong&gt;Êpitre&lt;/strong&gt; adressée, en ouverture des &lt;strong&gt;Méditations
métaphysiques&lt;/strong&gt;, aux Doyen et Docteurs de la Faculté de Théologie de
Paris permettent de bien identifier de quels fondements manque l'éloge stoïcien
des vertus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; J'ai toujours estimé que ces deux questions de Dieu et de l'âme étaient
les principales de celles qui doivent plutôt être démontrées par les raisons de
la philosophie que de la théologie : car bien qu'il nous suffise à nous
autres qui sommes fidèles de croire par la foi qu'il y a un Dieu, et que l'âme
humaine ne meurt point avec le corps, certainement il ne semble pas possible de
pouvoir jamais persuader aux infidèles aucune religion, ni quasi même aucune
vertu morale, si premièrement on ne leur prouve ces deux choses par raison
naturelle.&amp;quot;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Le divertissement : Pascal et Céline.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2013/05/04/Le-divertissement-%3A-Pascal-et-C%C3%A9line.</link>
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    <pubDate>Sat, 04 May 2013 20:11:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Céline</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;La version originale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Quand j'ai pensé de plus près et qu'après avoir trouvé la cause de tous
nos malheurs, j'ai voulu en découvrir les raisons, j'ai trouvé qu'il y en a une
bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible
et mortelle, et si misérable que rien ne peut nous consoler lorsque nous y
pensons de près (...) De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la
guerre, les grands emplois, sont si recherchés (...) De là vient que les hommes
aiment tant le bruit et la remuement. De là vient que la prison est un supplice
si horrible, de là vient que le plaisir de la solitude est une chose
incompréhensible.&amp;quot; (&lt;strong&gt;Pensées&lt;/strong&gt;, fragment 125, éd. Le Guern)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une version libre, célinienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Toujours j'avais redouté d'être à peu près vide, de n'avoir en somme
aucune sérieuse raison pour exister. À présent j'étais devant les faits bien
assuré de mon néant individuel. Dans ce milieu trop différent de celui où
j'avais de mesquines habitudes, je m'étais à l'instant comme dissous. Je me
sentais bien près de ne plus exister, tout simplement. Ainsi, je le découvrais,
dès qu'on avait cessé de me parler des choses familières, plus rien ne
m'empêchait de sombrer dans une sorte d'irrésistible ennui, dans une manière de
doucereuse, d'effroyable catastrophe d'âme. Une dégoûtation.&lt;br /&gt;
À la veille d'y laisser mon dernier dollar dans cette aventure, je m'ennuyais
encore. Et cela si profondément que je me refusais même d'examiner les
expédients les plus urgents, Nous sommes, par nature, si futiles, que seules
les distractions peuvent nous empêcher vraiment de mourir. Je m'accrochais pour
mon compte au cinéma avec une ferveur désespérée.&amp;quot; (&lt;strong&gt;Voyage au bout de
la nuit&lt;/strong&gt;, 1932)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Céline avait lu Pascal, qu'il cite à plusieurs reprises en 1916 dans les
lettres envoyées d' Afrique à Simone Saintu.&lt;br /&gt;
Dans l'article qu'il consacre à &lt;strong&gt;Mort à Crédit&lt;/strong&gt; dans &lt;strong&gt;Le
Quotidien&lt;/strong&gt; du 19 mai 1936, &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Fortunat_Strowski&quot;&gt;Fortunat Strowkski&lt;/a&gt;,
professeur à la Sorbonne, écrit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; C'est la condition humaine. Cela s'impose à nous. Ce que Pascal disait du
haut de sa pensée, M. Céline le gueule au niveau des lieux bas.&amp;quot; ( Céline,
&lt;strong&gt;Romans&lt;/strong&gt;, 1, La Pléiade, p.1410)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Céline a depuis bien longtemps conquis la Sorbonne...&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2013/05/04/Le-divertissement-%3A-Pascal-et-C%C3%A9line.#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Les professeurs de philosophie : mieux que rien.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2013/05/03/Les-professeurs-de-philosophie-%3A-mieux-que-rien.3</link>
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    <pubDate>Fri, 03 May 2013 17:05:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Descartes</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;On sait que dans le &lt;strong&gt;Discours de la méthode&lt;/strong&gt;, Descartes est
sévère avec la philosophie qui &amp;quot;donne moyen de parler vraisemblablement de
toutes choses et de se faire admirer des moins savants&amp;quot;.&lt;br /&gt;
À mes yeux, le jugement reste vrai : il faut sans doute faire le deuil en
philosophie de la détention de la vérité, tout en se donnant comme règle
absolue de la rechercher : la philosophie est définitivement un champ de
bataille et c'est seulement à l'intérieur d'un camp, à l'étroit, qu'on peut
croire réel l'accord des esprits sur les problèmes philosophiques.&lt;br /&gt;
La question naît alors de savoir si les fonctionnaires de l'État sont justifiés
à enseigner les opinions philosophiques, l'art de les confronter et de s'en
forger une.&lt;br /&gt;
Descartes dans la deuxième des &lt;strong&gt;Règles pour la direction de
l'esprit&lt;/strong&gt; apporte une justification possible, qui peut garder sa
valeur, même si la sortie en dehors du vraisemblable, qu'il a imaginée, n'a pas
réussi à émanciper la philosophie du douteux. Le philosophe vient de
disqualifier les &amp;quot;opinions probables&amp;quot; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Ce n'est pas une raison cependant pour que nous condamnions la manière
dont on a eu l'idée de philosopher jusqu'à présent et les machines de guerre
des syllogisme probables de la scolastique : cela exerce et excite par une
certaine émulation les jeunes esprits, qu'il est préférable de former par des
opinions de ce genre, si incertaines qu'elles paraissent étant discutées entre
savants, plutôt que de les abandonner complètement à eux-mêmes. Peut-être se
précipiteraient-ils en effet à des abîmes, s'ils restaient sans guide ;
mais tant qu'ils s'attacheront à suivre les traces de leurs précepteurs, sans
doute pourront-ils parfois s'éloigner de la vérité, du moins ils seront
certains de prendre un chemin plus sûr en ce sens qu'il aura déjà été éprouvé
par de plus prudents. Nous-mêmes nous nous réjouissons de ce qu'autrefois, nous
aussi, nous avons été formés de la sorte dans les écoles.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les machines de guerre syllogistique n'occupent qu'une place
réduite dans les leçons de philosophie des classes terminales mais cet
enseignement , à défaut d'être l'étape intermédiaire entre les abîmes des
jeunes raisons mal dégrossies et la découverte des connaissances certaines,
reste justifié par une certaine prudence épistémique : celle-ci veille à
donner la conscience de la pluralité des chemins qui, certes peu sûrs, restent
néanmoins des voies menant quelque part. Une telle conscience devrait alors
pouvoir rendre vigilant vis-à-vis de tous ceux qui, en dehors de la philosophie
et de son usage modeste, proposent à qui en rêve la découverte du Chemin, pire
la connaissance immédiate de la Destination.&lt;br /&gt;
On notera pour finir que ces lignes de Descartes jettent la méfiance sur ce
qu'on pourrait appeler un &amp;quot;spontanéisme rationaliste&amp;quot;, que d'aucuns pourraient
tirer d'une lecture rapide et héroïsante du philosophe.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2013/05/03/Les-professeurs-de-philosophie-%3A-mieux-que-rien.3#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Philosophie et fausse-monnaie : vrai et faux philosophe ou n'est pas nouveau philosophe qui veut !</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2013/05/02/Philosophie-et-fausse-monnaie-%3A-vrai-philosophe-et-faux-philosophe.</link>
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    <pubDate>Thu, 02 May 2013 18:23:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Descartes</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;J'ai déjà commenté le fait que &lt;a href=&quot;http://www.philalethe.net/post/2005/02/25/179-diogene-le-faux-monnayeur&quot;&gt;Diogène le cynique ait
fabriqué dans sa jeunesse de la fausse monnaie&lt;/a&gt; et j'ai discuté &lt;a href=&quot;http://www.philalethe.net/post/2011/05/20/La-fausse-monnaie-dans-le-cynisme.2&quot;&gt;le sens de cette
falsification&lt;/a&gt;. Mais le point important ici est que le philosophe en
question inaugure par une telle transgression une vie pleinement philosophique.
Voici maintenant l'histoire d'un homme qui termine par le faux-monnayage une
vie pseudo-philosophique : il s'agit donc de faire connaissance avec, pour
ainsi dire, le double honteux et ridicule de Diogène et, plus généralement, de
tous ceux qui n'ont pas respecté les opinions ordinaires pour avoir eu en vue
des meilleures.&lt;br /&gt;
Cet homme s'appelle Monsieur de Chandoux. Précisons : je ne prétends pas
me rapprocher de l'homme réel qu'il fut, juste extraire de la &lt;strong&gt;Vie de
Descartes&lt;/strong&gt;(1691), dont il est un des personnages mineurs, une figure
qu'il me plaît d'opposer à la figure cynique. Lisons ce qu'en écrit
Baillet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Chandoux était un homme d'esprit, qui faisait profession de la médecine,
et qui exerçait particulièrement la chimie. Il était l'un de ces génies libres,
qui parurent en assez grand nombre du temps du cardinal de Richelieu, et qui
entreprirent de secouer le joug de la scolastique. Il n'avait pas moins
d'éloignement pour la philosophie d' Aristote ou des péripatéticiens qu'un
Bacon, un Mersenne, un Gassendi, un Hobbes. Les autres pouvaient avoir plus de
capacité, plus de force, et plus d'étendue d'esprit ; mais il n'avait pas
moins de courage et de résolution qu'eux pour se frayer un chemin nouveau, et
se passer de guide dans la recherche des principes d'une philosophie nouvelle.
Il avait prévenu l'esprit de plusieurs personnes de considération en sa
faveur ; et le talent qu'il avait de s'expliquer avec beaucoup de
hardiesse et beaucoup de grâce lui avait procuré un très grand accès auprès des
grands, qu'il avait coutume d'éblouir par l'apparence pompeuse de ses
raisonnements.&amp;quot; (éd. des Malassis, p. 211)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comparons avec les premières lignes consacrées à Diogène le cynique par le
compilateur Diogène Laërce :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Diogène, fils du banquier Hicésios, de Sinope.&lt;br /&gt;
Selon Dioclès, c'est parce que son père qui tenait la banque publique avait
falsifié la monnaie que Diogène s'exila. Mais Eubulide , dans son ouvrage
&lt;strong&gt;Sur Diogène&lt;/strong&gt;, dit que c'est Diogène lui-même qui commit le
méfait et qu'il erra en exil en compagnie de son père.&amp;quot; (&lt;strong&gt;Vies et
doctrines des philosophes illustres&lt;/strong&gt;, VI, 20)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur de Chandoux, tel Descartes, a des ambitions fondationnalistes et il
les expose publiquement bien avant lui :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Il y avait longtemps qu'il entretenait les curieux de l'espérance d'une
nouvelle philosophie, dont il vantait les principes, comme s'ils eussent été
posés sur des fondements inébranlables.&amp;quot; (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, en 1628, à une conférence où Monsieur de Chandoux doit dévoiler la
nouvelle philosophie, que Descartes est invité avec d'autres &amp;quot;personnes
savantes et curieuses&amp;quot; chez le nonce à Paris :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Le sieur de Chandoux parla dans l'assemblée comme un homme parfaitement
préparé. Il fit un grand discours pour réfuter la manière d'enseigner la
philosophie qui est ordinaire dans l'École. Il proposa même un système assez
suivi de la philosophie qu'il prétendait établir, et qu'il voulait faire passer
pour nouvelle.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assemblée est subjuguée et applaudit, à l'exception de Descartes, muet. Le
cardinal de Bérulle aimerait bien qu'il justifie son attitude. Descartes
préfère ne pas parler mais tous les autres appuyant la demande du cardinal, il
doit s'exécuter. Et c'est, dans les formes certes, une exécution :
Descartes reconnaît à l'orateur éloquence et liberté d'esprit par rapport à la
secte aristotélicienne mais dit tout net que ce que Chandoux a formulé n'est
pas plus que du vraisemblable et que donc la vérité prétendue est loin d'être
au rendez-vous. Suivent des travaux pratiques assez étonnants, comme si
Descartes rejouait (mais de façon moins sceptique toutefois) le rôle de Socrate
auprès d'un auditoire conquis par un impressionnant sophiste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Il ajouta que lorsqu'on a affaire à des gens assez faciles pour vouloir
bien se contenter du vraisemblable, comme venait de faire l'illustre compagnie
devant laquelle il avait honneur de parler, il n'était pas difficile de débiter
le faux pour le vrai , et de faire réciproquement passer le vrai pour le faux à
la faveur de l'apparent. Pour en faire l'épreuve sur le champ, il demanda à
l'assemblée que quelqu'un de la compagnie voulût prendre la peine de lui
proposer telle vérité qu'il lui plairait, et qui fût du nombre de celles qui
paraissaient les plus incontestables. On le fit, et avec douze arguments tous
plus vraisemblables l'un que l'autre, il vint à bout de prouver à la compagnie
qu'elle était fausse. Il se fit ensuite proposer une fausseté de celles que
l'on a coutume de prendre pour les plus évidentes, et par le moyen d'une
douzaine d'autres arguments vraisemblables il porta ses auditeurs à la
reconnaître pour une vérité plausible.&amp;quot; (ibid,, p.213)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble néanmoins que Descartes ait clairement voulu ne pas humilier
Monsieur de Chandoux mais seulement faire comprendre que son argumentation
n'était pas à la hauteur de son très louable projet de mettre fin aux
interminables prolongements scolaires de l'héritage aristotélicien :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Il convenait que ce que le sieur de Chandoux avait avancé était beaucoup
plus vraisemblable que ce qui se débite suivant la méthode de la scolastique,
mais qu'à son avis ce qu'il avait proposé ne valait pas mieux dans le fond.&amp;quot;
(ibid., p.215)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, si Aristote n'est pas encore remplacé, le sieur de Chandoux, lui,
l'est bel et bien, par Descartes, déclaré nouvel héros par l'assemblée des trop
naïfs, désormais un peu éclairés. Enfin s'il n'y avait que ça ... Mais 60 pages
plus loin, le lecteur d' Adrien Baillet découvre la chute, c'est 3 ans plus
tard :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; L'ostentation avec laquelle nous avons vu qu'il produisait ses nouveautés
ne se termina qu'à des fumées ; et l'événement de sa fortune ne servit pas
peu pour justifier le jugement que Descartes avait fait de sa philosophie.
Chandoux depuis la fameuse journée où il avait discouru avec tant d'éclat
devant le cardinal de Bérulle, le nonce de Baigné, et plusieurs savants,
s'était jeté dans les exercices de la chimie, mais d'une chimie qui par
l'altération et la falsification des métaux tendait à mettre le désordre dans
le commerce de la vie. La France était alors remplie de gens qui avaient voulu
profiter des troubles du royaume, pour ruiner la police des lois qui
regardaient la fabrique et l'usage des monnaies ; et l'impunité y avait
introduit une licence qui allait à la ruine de l'État (...) Chandoux y fut
accusé et convaincu d'avoir fait de la fausse monnaie avec plusieurs autres et
il fut condamné à être pendu en Grève.&amp;quot; (p. 277)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui veut réhabiliter mon anti-Diogène ou du moins le juger de plus près,
peut faire l'acquisition d'&lt;a href=&quot;http://www.editionsarche.com/PBSCCatalog.asp?ItmID=11663523&quot;&gt;un de ses
ouvrages&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2013/05/02/Philosophie-et-fausse-monnaie-%3A-vrai-philosophe-et-faux-philosophe.#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Popper et Russell, Descartes et les Rose-Croix.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2013/04/30/Popper%2C-Descartes-et-les-Rose-Croix.</link>
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    <pubDate>Tue, 30 Apr 2013 19:35:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Descartes</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;On sait que Popper a distingué dans les propositions empiriques celles qui
courent le risque d'être réfutées par les faits et celles qui sont immunisées
contre ce risque. Si je raconte par exemple que &amp;quot;tous les hommes sont
méchants&amp;quot;, l'existence d'un seul homme bon rend fausse la phrase en question.
Mais si j'ajoute que &amp;quot;certains sont assez dissimulateurs pour jouer aux bons&amp;quot;,
j'aurai à première vue toujours raison: le monde sera toujours au rendez-vous
de mes prédictions à ce sujet. On a appelé infalsifiables ces propositions
qu'on ne peut pas rendre fausses (to falsify en anglais).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, je trouve dans la biographie de Descartes par Adrien Baillet (1691) un
exemple savoureux de déclarations infalsifiables.&lt;br /&gt;
Revenant de ses voyages dans le Nord de l'Europe, Descartes arrive en Paris en
1623. La venue supposée des Rose-Croix (ils ont leur QG en Allemagne) dans la
capitale est annoncée par une &amp;quot;campagne médiatique&amp;quot; moqueuse qui multiplie les
annonces infalsifiables :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Il (Descartes) en avait reçu la première nouvelle par une affiche qu'il en
avait lu aux coins des rues et aux édifices publics, dès son arrivée. L'affiche
était de l'imagination de quelque bouffon, et elle était conçue en ces
termes : &lt;em&gt;Nous députés du collège principal des frères de la Rose-Croix
faisons séjour visible et invisible en cette ville... Nous montrons et
enseignons sans livres ni marques à parler toutes sortes de langues des pays où
nous habitons.&lt;/em&gt; Sur la foi de cette affiche, plusieurs personnes sérieuses
eurent la facilité de croire qu'il était venu une troupe de ces invisibles
s'établir à Paris. On publiait que les trente-six députés que le chef de leur
société avait envoyés par toute l'Europe, il en était venu six en France ;
qu' après avoir donné avis de leur arrivée par l'affiche que nous venons de
rapporter, ils s'étaient logés au Marais du Temple ; qu'ils avaient
ensuite afficher un second placard portant ces termes : &lt;em&gt;S'il prend
envie à quelqu'un de venir nous voir par curiosité seulement, il ne
communiquera jamais avec nous. Mais si la volonté le porte réellement et de
fait à s'inscrire sur le registre de notre confraternité, nous qui jugeons des
pensées lui feront voir la vérité de nos promesses. Tellement que nous ne
mettons point le lieu de notre demeure, puisque les pensées jointes à la
volonté réelle de celui qui lira cet avis seront capables de nous faire
connaître à lui, et lui à nous.&lt;/em&gt;&amp;quot; (Éditions des Malassis, 2012, p.162)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pense à la théière de Russell :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Si je suggérais qu'entre la Terre et Mars se trouve une théière de
porcelaine en orbite elliptique autour du Soleil, personne ne serait capable de
prouver le contraire pour peu que j'aie pris la précaution de préciser que la
théière est trop petite pour être détectée par nos plus puissants télescopes.
Mais si j'affirmais que, comme ma proposition ne peut être réfutée, il n'est
pas tolérable pour la raison humaine d'en douter, on me considérerait comme un
illuminé.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Illuminé&amp;quot; : j'interromps la citation, le temps de reprendre une phrase
de Baillet consacrée encore aux Rose-Croix :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Ayant eu le malheur de s'être fait connaître à Paris dans le même temps
que les &lt;em&gt;alumbrados&lt;/em&gt;, ou les illuminés d' Espagne, leur réputation
échoua dès l'entrée.&amp;quot; (ibid. p.161)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Russell de nouveau :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Cependant, si l'existence de cette théière était décrite dans des livres
anciens, enseignée comme une vérité sacrée tous les dimanches et inculquée aux
enfants à l'école, alors toute hésitation à croire en son existence deviendrait
un signe d'excentricité et vaudrait au sceptique les soins d'un psychiatre à
une époque éclairée, ou de l'Inquisiteur en des temps plus anciens.&amp;quot; (&lt;strong&gt;Y
a-t-il un Dieu ?&lt;/strong&gt; 1952).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons pour terminer le principe de Clifford :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; C'est un tort, toujours, partout et pour quiconque de croire quoi que ce
soit sur la base d'une évidence insuffisante.&amp;quot; (&lt;strong&gt;L'éthique de la
croyance&lt;/strong&gt;, 1901)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe renvoie au néant les théières invisibles et leurs avatars mais
le sceptique se demandera si le principe de Clifford est suffisamment prouvé
pour qu'on le tienne pour vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant Descartes, ajoutons que, pour démentir la rumeur selon laquelle
il faisait partie des Rose-Croix, il lui a suffi de se faire voir dans les rues
de la capitale !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Érasistrate, l'anti-transhumaniste !</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2013/04/28/Circulation</link>
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    <pubDate>Sun, 28 Apr 2013 15:56:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Fontenelle</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Le médecin grec Érasistrate n'apparaît que deux fois dans les
&lt;strong&gt;Essais&lt;/strong&gt; de Montaigne ; c'est toujours dans le cadre d'un
catalogue d'inspiration sceptique, où il exemplifie une position
possible : d'abord, dans l'&lt;strong&gt;Apologie de Raimond Sebond&lt;/strong&gt;,
sur la place de l'âme dans le corps (lui, la juge &amp;quot;joignant la membrane de
l'épicrane&amp;quot;), ensuite au chapitre XXXVII du livre II à propos du débat médical
sur &amp;quot;la cause originelle des maladies&amp;quot; (il la trouve dans le &amp;quot;sang des
artères&amp;quot;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, Fontenelle lui donne un rôle plus substantiel en l'opposant à
Hervé. Hervé, c'est Harvey francisé, l'interlocuteur du Grec dans le cinquième
dialogue des &lt;strong&gt;Dialogues des morts anciens avec des morts
modernes&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
L'Anglais est fier de la médecine moderne car elle connaît le corps humain,
donc est en mesure de le soigner. Mais je doute que Fontenelle reprenne ici à
son compte cette confiance simple dans le progrès. Les paroles les plus
intéressantes sont en tout cas dans la bouche de son adversaire. Ce dernier
distingue la connaissance du corps de celle du coeur. Fontenelle paraît lui
faire soutenir implicitement une sorte de dualisme: mieux connaître les
&amp;quot;conduits&amp;quot; et les &amp;quot;réservoirs&amp;quot; n'aiderait pas à mieux guérir quand c'est le
coeur qui est touché. Mais à dire vrai, je crois qu'il s'agit ici de l'organe
et pas d'une métaphore de l'âme.&lt;br /&gt;
David a peint la scène de la fameuse guérison attribuée à
Érisistrate :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/73/David-Antiochus_et_Stratonice.jpg/307px-David-Antiochus_et_Stratonice.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes Fontenelle n'a pu voir ce tableau, réalisé presque 20 ans après sa
mort, mais il est tout de même la mise en image de l'anecdote dont Érasistrate
donne la version suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; J'aurais bien voulu donner à tous ces Modernes, et à vous tout le premier,
le Prince Antiochus à guérir de sa fièvre quarte. Vous savez comme je m'y pris,
et comme je découvris par son pouls qui s'émut plus qu'à l'ordinaire en la
présence de Stratonice, qu'il était amoureux de cette belle reine, et que tout
son mal venait de la violence qu'il se faisait pour cacher sa passion.
Cependant je fis une cure aussi difficile et aussi considérable que celle-là,
sans savoir que le sang circulât ; et je crois qu'avec tout le secours que
cette connaissance eût pu vous donner, vous eussiez été fort embarrassé en ma
place.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas cependant faire d' Erasitrate un adversaire des Modernes,
comme le prouvent les premiers mots adressés à Harvey :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Vous m'apprenez des choses merveilleuses. Quoi, le sang circule dans le
corps, les veines le portent des extrémités au coeur, et il sort du coeur pour
entrer dans les artères, qui le reportent vers les extrémités.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait le médecin grec distingue dans les connaissances les utiles des
agréables. Les utiles, vite connues, ont un impact pratique (ainsi en va-t-il
sans doute à ses yeux de la connaissance du coeur par le pouls) ; les
agréables mettent du temps à voir le jour mais elles restent sans effet
pratique, d'où une comparaison entre la connaissance du ciel et celle du
corps :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Pour ce qui est de l'utilité, je crois que découvrir un nouveau conduit
dans le corps de l'homme, ou une nouvelle étoile dans le Ciel, est bien la même
chose.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus précisément, sa thèse est que les progrès de la médecine n'empêcheront
pas de mourir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;On aura beau pénétrer de plus en plus dans les secrets du corps humain, on
ne prendra point la nature pour dupe ; on mourra comme à l'ordinaire.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, certains, qu'on désigne du nom de transhumanistes, ne sont pas
loin de voir la mort comme aussi contingente qu'une maladie contagieuse :
sciences et techniques bien développées pourraient l'éradiquer. Érasistrate est
donc leur adversaire.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Le silence culpabilisateur.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2013/04/19/Le-silence-culpabilisateur.2</link>
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    <pubDate>Fri, 19 Apr 2013 18:01:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Kant</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Dans les &lt;strong&gt;Fondements de la métaphysique des moeurs&lt;/strong&gt; de Kant,
on lit ces lignes sur la conscience morale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;“Tout homme a une conscience et se trouve observé, menacé, de manière
générale tenu en respect (respect lié à la crainte) par un juge intérieur et
cette puissance qui veille en lui sur les lois n’est pas quelque chose de forgé
(arbitrairement) par lui-même, mais elle est inhérente à son être. Elle le suit
comme son ombre quand il pense lui échapper. Il peut sans doute par des
plaisirs et des distractions s’étourdir ou s’endormir mais il ne saurait éviter
parfois de revenir à soi ou de se réveiller, dès lors qu’il en perçoit la voix
terrible. Il est bien possible à l’homme de tomber dans la plus extrême
bassesse morale où il ne se soucie plus de cette voix, mais il ne peut jamais
éviter de l’entendre. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est à la dernière phrase que j’ai particulièrement pensé en lisant un
passage du livre de Jacques Julliard, &lt;strong&gt;Le choix de Pascal&lt;/strong&gt;
(2008). L’auteur y raconte que, lors de son service militaire en Algérie,
pendant la guerre d'indépendance, il a refusé de torturer et que ceux qui ne
faisaient pas le même choix venaient se justifier devant lui :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ils sont venus me tenir des discours du type : « Vous
savez, nous ne sommes pas ceux que vous pensez. Je suis un militant de l’Action
catholique dans le nord de la France et si j’ai accepté de tenir ce rôle, j’ai
des raisons. J’ai vu des horreurs, des camarades mourir au combat, mutilés,
tout ce qu’on peut imaginer. » Je les écoutais sans jamais répondre. Ils
étaient totalement déstabilisés. Je crois que c’est parce que je n’en parlais
pas (…) Le fait d’exprimer tacitement sa désapprobation à l’égard de ces actes
comportait une espèce d’argumentaire très fort parce que mes interlocuteurs se
le représentaient spontanément à eux-mêmes. Que voulaient-ils ? Que je
prenne cet argumentaire à mon compte. Si je ne parle pas, ils sont face à leur
propre objection, face à leur propre abjection ! Ce qu’ils voulaient,
c’était quelqu’un sur qui se débarrasser de leurs propres opinions. Dans ces
cas-là, il ne faut pas accepter ce rôle (…) C’est la meilleure illustration du
mécanisme de la parole silencieuse, celle par laquelle vous contraignez
l’interlocuteur à s’appliquer lui-même les objections que vous avez dans
l’esprit, parce qu’il est obligé de les prendre à son compte. L’interlocuteur
se fait à lui-même le discours qu’il attendait de vous. Rejeter les objections
sur l’autre est un moyen de s’en débarrasser » (p.188-189)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pense pas que le texte de Julliard soit d’inspiration kantienne car
l’auteur ne dit rien sur la source des opinions, de l’argumentaire qui condamne
les tortionnaires, mais il donne l’idée de quelque chose comme une suite du
texte kantien :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il veut quelquefois l’entendre dans la bouche d’un autre pour essayer
d’en faire quelque chose d’étranger à lui. Aussi dans cette situation est-ce du
devoir de chacun de se taire obstinément pour mieux laisser l’homme bas
moralement se confronter douloureusement à la voix terrible en lui qui le
condamne. »&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Le Vorarbeiter, l'archer et le grand.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2013/04/17/Le-Vorarbeiter%2C-l-archer-et-le-grand.2</link>
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    <pubDate>Wed, 17 Apr 2013 22:09:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Digressions</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;“ Il y avait encore, brassard jaune et habit rayé toujours impeccablement
repassé, le kapo allemand que, par chance, je ne voyais pas beaucoup, puis
commencèrent à apparaître dans nos rangs, à mon grand étonnement, quelques
brassards noirs avec une modeste inscription : &lt;em&gt;Vorabeiter&lt;/em&gt;.
J’étais justement là quand un homme de notre bloc que jusqu’alors je n’avais
guère remarqué et qui, si je me souviens bien, n’était pas particulièrement
estimé ou connu des autres, malgré sa force et sa robustesse, fit sa première
apparition avec son tout nouveau brassard sur la manche, au repas du soir. Et
là, je dus admettre que ce n’était plus un inconnu : ses amis et
connaissances pouvaient à peine l’approcher, de partout fusaient des paroles
d’allégresse, de félicitations, de vœux pour sa promotion, des mains se
tendaient vers lui et il en serrait quelques-unes, d’autres non, et je voyais
que, dans ce cas-là, les hommes s’éloignaient rapidement. Et enfin arriva le
plus solennel – du moins à mes yeux – où, au milieu de l’attention générale et
d’un silence respectueux, je dirais presque pieux, avec une grande dignité,
sans nullement se dépêcher, sans rien hâter, sous le feu croisé des regards
admiratifs ou envieux, il alla chercher sa deuxième portion, à laquelle il
avait droit au titre de son rang, puisée de surcroît au fond de la marmite, et
que le &lt;em&gt;Stubendienst&lt;/em&gt; lui servit maintenant avec le privilège dont
bénéficiaient ses égaux » (Imre Kertész, &lt;strong&gt;Être sans
destin&lt;/strong&gt;, 1975)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« C’est ainsi que le tyran asservit les sujets les uns par les autres.
Il est gardé par ceux dont il devrait se garder, s’ils valaient quelque chose.
Mais on l’a fort bien dit : pour fendre le bois, on se fait des coins du
bois même ; tels sont ses archers, ses gardes, ses hallebardiers. Non que
ceux-ci n’en souffrent souvent eux-mêmes ; mais ces misérables abandonnés
de Dieu et des hommes se contentent d’endurer le mal et d’en faire, non à celui
qui leur en fait, mais bien à ceux qui, comme eux, l’endurent et n’y peuvent
mais. » (Étienne de La Boétie, &lt;strong&gt;Discours sur la servitude
volontaire&lt;/strong&gt;, 1546-1548)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Le magistrat ne saurait usurper un pouvoir illégitime sans se faire des
créatures auxquelles il est forcé d'en céder quelque partie. D'ailleurs, les
citoyens ne se laissent opprimer qu'autant qu'entraînés par une aveugle
ambition et regardant plus au-dessous qu'au dessus d'eux, la domination leur
devient plus chère que l'indépendance, et qu'ils consentent à porter des fers
pour en pouvoir donner à leur tour. Il est très difficile de réduire à
l'obéissance celui qui ne cherche point à commander, et le politique le plus
adroit ne viendrait pas à bout d'assujettir des hommes qui ne voudraient
qu'être libres ; mais l'inégalité s'étend sans peine parmi des âmes
ambitieuses et lâches, toujours prêtes à courir les risques de la fortune, et à
dominer ou servir presque indifféremment selon qu'elle leur devient favorable
ou contraire. C'est ainsi qu'il dut venir où les yeux du peuple furent fascinés
à tel point, que ses conducteurs n'avaient qu'à dire au plus petit des hommes,
sois grand toi et toute ta race, aussitôt il paraissait grand à tout le monde,
ainsi qu'à ses propres yeux, et ses descendants s'élevaient encore à mesure
qu'ils s'éloignaient de lui ; plus la cause était reculée et incertaine,
plus l'effet augmentait ; plus on pouvait compter de fainéants dans une
famille, et plus elle devenait illustre.&amp;quot; (Jean-Jacques Rousseau,
&lt;strong&gt;Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les
hommes&lt;/strong&gt;, 1754)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>L'imagination et le visage : ne pas pouvoir s'en décrocher / ne pas pouvoir s'y accrocher.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2013/04/16/Le-visage-et-l-imagination.</link>
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    <pubDate>Tue, 16 Apr 2013 16:29:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Pascal</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Dans la pensée 41 (éd. Le Guern), Pascal fait de la perception du visage
d'autrui la cause d'une fâcheuse distraction :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Ne diriez-vous pas que ce magistrat dont la vieillesse vénérable impose le
respect à tout un peuple se gouverne par une raison pure et sublime, et qu'il
juge des choses dans leur nature sans s'arrêter à ces vaines circonstances qui
ne blessent que l'imagination des faibles ? Voyez-le entrer dans un sermon
où il apporte un zèle tout dévot, renforçant la solidité de sa raison par
l'ardeur de sa charité ; le voilà prêt à l'ouïr avec un respect
exemplaire. Que le prédicateur vienne à paraître, si la nature lui a donné une
voix enrouée et un tour de visage bizarre, que son barbier l'ait mal rasé, si
le hasard l'a encore barbouillé de surcroît, quelques grandes vérités qu'il
annonce, je parie la perte de la gravité de notre sénateur.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On note ici deux effets de l'imagination : d'abord elle fait croire,
sur la base du statut et de l'apparence, à la totale rationalité du
magistrat ; ensuite elle détourne ce dernier de l'écoute attentive du
prédicateur. On pourrait imaginer une suite : voyant l'inattention du
magistrat, le prédicateur croirait dans la médiocrité de sa parole et en
perdrait l'aptitude à la délivrer selon les formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour être franc, j'ai pensé bien plus vaguement à ce texte quand j'ai lu un
passage d' &lt;strong&gt;Être sans destin&lt;/strong&gt;(1975) de Imre Kertész où
l'imagination a l'effet inverse, d'empêcher de voir, tel qu'il est, le visage
des autres. Le narrateur, Juif hongrois, arrive au camp de Buchenwald, où il a
été déporté : alors que la gendarmerie hongroise a encadré les déportés
pour les enfermer dans les wagons, ce sont les soldats allemands qui désormais
surveillent et accompagnent la marche des prisonniers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Je ne pouvais qu'admirer la rapidité, la précision régulière avec
lesquelles tout se déroulait. Quelques cris brefs :: &amp;quot;&lt;em&gt;Alle raus !&lt;/em&gt;&amp;quot; -
&amp;quot;&lt;em&gt;Los&lt;/em&gt; !&amp;quot; - &amp;quot;&lt;em&gt;Fünferreihen&lt;/em&gt; !&amp;quot; - &amp;quot;&lt;em&gt;Bewegt euch&lt;/em&gt; !&amp;quot; -
quelques détonations, quelques claquements, un ou deux mouvements de bottes,
quelques coups de crosse, de rares gémissements - et déjà notre colonne se
formait, s'ébranlait, comme tirée par une corde, et au bout du quai un soldat
s'y joignait de chaque côté en effectuant toujours le même demi-tour, toutes
les cinq rangées de cinq, remarquai-je - c'est-à-dire qu'il y en avait deux
pour vingt-cinq hommes en habit rayé -, à environ un mètre de distance et, sans
détourner un seul instant le regard, ils marquaient la direction et le rythme
simplement avec leurs pas, maintenaient en vie cette colonnne qui bougeait et
ondulait sans cesse, qui ressemblait un peu à la chenille qu'enfant je faisais
entrer dans une boîte d'allumettes à l'aide de morceaux de papier et
d'aiguillons ; tout cela m'étourdissait quelque peu et me fascinait
totalement, d'une certaine manière. Je souris même, car je m'étais rappelé
brusquement l'escorte indolente, pour ainsi dire pudique, du fameux jour où
nous étions allés à la gendarmerie. Mais même tous les excès des gendarmes,
reconnus-je, n'étaient qu'une sorte de fanfaronnade criarde comparée à cette
compétence professionnelle silencieuse dont tous les éléments s'articulaient
parfaitement. Et j'avais beau voir, par exemple, leur visage, leurs yeux ou la
couleur de leurs cheveux, l'un ou l'autre trait particulier voire défaut, un
bouton sur leur peau, j'étais totalement incapable de m'accrocher à quelque
chose, j'étais à deux doigts de douter, effectivement, si ceux qui marchaient à
côté de nous étaient en dépit de tous nos semblables, si, en définitive, ils
étaient de la même substance que nous, au fond. Mais il me vint à l'esprit que
ma façon de voir pouvait être erronée, puisque c'est moi qui n'étais pas de la
même substance, naturellement.&amp;quot; (éd.Babel, p.166-167)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les visages ici ont beau être humains, trop humains, l'impeccabilité du rite
militaire détourne le narrateur non de la perception de la médiocrité des
visages mais de celle des porteurs de visages. Qui sait ? si la propagande
antisémite avait eu toute son efficace, ces spécialistes auraient été imaginés
comme des surhommes, mais, son effet n'étant que moyen, c'est le narrateur qui
juge être un sous-homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pascal a aussi établi une relation entre les soldats et l'imagination mais
elle diffère de celle présentée dans le texte de Kertész :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; (...) Nos rois n'ont pas recherché ces déguisements. Ils ne se sont pas
masqués d'habits extraordinaires pour paraître tels. Mais ils se sont
accompagnés de gardes, de balourds. Ces trognes armées qui n'ont de mains et de
force que pour eux, les trompettes et les tambours qui marchent au-devant et
ces légions qui les environnent font trembler les plus fermes. Ils n'ont pas
l'habit, seulement ils ont la force. Il faudrait avoir une raison bien épurée
pour regarder comme un autre homme le Grand Seigneur environné dans son superbe
sérail de quarante mille janissaires.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soldats pascaliens exhibent la force, qui, faisant peur, motive
l'imagination à attribuer une surnature aux rois. En revanche la soldatesque
nazie n'a pas ici la force, mais, pardonnez, la forme. C'est la structure en
mouvement qui donne l'illusion de la supériorité ; le narrateur comprend
cette dernière dans le sens le moins excessif mais le plus humiliant pour
lui-même.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Le Phédon de Platon, lu par Darwin.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2013/04/06/Le-Ph%C3%A9don-de-Platon%2C-lu-par-Darwin.</link>
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    <pubDate>Sat, 06 Apr 2013 17:09:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Platon</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Dans &lt;strong&gt;The philosophy of human evolution&lt;/strong&gt; (2012), Michael Ruse
cite un passage des carnets de Darwin, le voici :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Plato says in Phaedo that our &amp;quot;necessary ideas&amp;quot; arise from the
preexistence of the soul, are not derivable from experience- read monkeys for
preexistence -&amp;quot; (M 128, September 4, 1838, Barrett et al. 1987, 551)&amp;quot; (p.
137).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on peut traduire ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Platon dit dans le Phédon que nos &amp;quot;idées nécessaires&amp;quot; proviennent de la
préexistence de l'âme, ne sont pas dérivables de l'expérience - à la place de
préexistence, lisez singes.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin semble réaliser ici à sa façon le projet de Nietzsche et bien avant
lui ! Renverser le platonisme.&lt;br /&gt;
Mais Nietzsche a porté des jugements sévères sur Darwin : &amp;quot;nos
généalogistes du singe&amp;quot; écrit-il dans &lt;strong&gt;David Strauss, le confesseur et
l'écrivain&lt;/strong&gt; (7). Il l'inclut avec Mill et Spencer parmi &amp;quot;les
philosophes anglais estimables, mais médiocres&amp;quot; (&lt;strong&gt;Par-delà le bien et le
mal&lt;/strong&gt;, 253, éd. Le Rider). Ce que Nietzsche refuse dans le darwinisme
est le &amp;quot;déterminisme de nuance passive, avec le sentiment écrasant d'une
inéluctable hérédité&amp;quot;, selon les termes de Ernst Bertram (&lt;strong&gt;Nietzsche,
essai de mythologie&lt;/strong&gt;, 1932, trad. Pitrou, éditions du Félin, 1990,
p..88 ). Aux yeux de Nietzsche, Darwin a réduit à tort la vie à l'instinct de
conservation (cf par exemple ce passage du &lt;strong&gt;Gai Savoir&lt;/strong&gt; : &amp;quot;
la lutte pour la vie n'est qu'une exception, une restriction momentanée de la
volonté de vivre ; la grande et la petite lutte tournent partout autour de
la prépondérance, de la croissance, du développement et de la puissance,
conformément à la volonté de puissance qui est précisément volonté de vie.&amp;quot; V,
349). Gilles Deleuze est très clair sur ce point : &amp;quot; Nietzsche critique
Darwin, parce que celui-ci interprète l'évolution, et même le hasard dans
l'évolution, d'une manière toute réactive. Il admire Lamarck, parce que Lamarck
a pressenti l'existence d'une &lt;em&gt;force plastique&lt;/em&gt; vraiment active,
première par rapport aux adaptations : une force de métamorphose.&amp;quot;
(&lt;strong&gt;Nietzsche et la philosophie&lt;/strong&gt;, p.48).&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2013/04/06/Le-Ph%C3%A9don-de-Platon%2C-lu-par-Darwin.#comment-form</comments>
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  <item>
    <title>L'hostilité du nazisme au grammairisme.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2013/04/04/L-hostilit%C3%A9-du-nazisme-au-grammairisme.3</link>
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    <pubDate>Thu, 04 Apr 2013 15:57:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Philosophie antique</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Le 25-12-2008, Jean Bollack éclaire sur le rapport des nazis avec
l'Antiquité (en note, il reconnaît ouvertement sa dette par rapport au livre de
Johann Chapoutot, &lt;strong&gt;Le National-socialisme et l'Antiquité&lt;/strong&gt;,
Paris, 2008) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Les instructions données en vue d'une réforme de l'enseignement secondaire
dans l'Allemagne nazie étaient, dans les langues anciennes, principalement
dirigées contre la grammaire et, de ce fait, contre la lecture (voir, entre
autres, le programme des &lt;em&gt;Neue Jahrbücher für Antike und Deutsche
Bildung&lt;/em&gt;, sous la direction de l'historien Helmut Berve) : &amp;quot; le temps
de l'art pour l'art, philologique et grammatical, est terminé &amp;quot; au profit des
valeurs et des oeuvres qui les célèbrent. Le &amp;quot;&lt;em&gt;Grammatizismus&lt;/em&gt;&amp;quot;
(&amp;quot;grammairisme&amp;quot;), décrié en 1934 par deux professeurs engagés dans le
&amp;quot;mouvement&amp;quot; (L. Mader et W. Breywisch), est rapproché des positions de
l'helléniste Werner Jaeger, une figure alors éminente, professeur à Berlin,
puis à Harvard, dénonçant , lui aussi, le &amp;quot;pur formalisme grammatical&amp;quot;. La
grammaire est proscrite parce qu'elle conduit à l'analyse d'une prise de
position individuelle. Les grands auteurs, remodelés et amputés, Horace en
latin, Platon en grec, célèbrent la guerre et le commandement, ils légitiment
tous deux la primauté des valeurs collectives de l'État germanique. Les &amp;quot;idées&amp;quot;
de toute provenance peuvent plus facilement être retraduites et adaptées que
les textes, qui résistent et risquent de soutenir les consciences
individuelles.&amp;quot; (X 2462, &lt;strong&gt;Au jour le jour&lt;/strong&gt;, p. 621-622, PUF,
2013)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette remarque n'éclaire pas seulement un point d'histoire ; elle vaut
aussi contre toute vulgate (d'ailleurs Jean Bollack se percevait à coup sûr
comme un lecteur - des textes grecs antiques - résistant non contre le nazisme
mais contre une interprétation dominante qui le marginalisait ). Elle vaut donc
aussi contre les remodelages et amputations que risquent de véhiculer, en le
sachant ou non, ceux des professeurs qui pratiquent l'enseignement de masse de
la philosophie, je veux dire l'enseignement en Terminale avec des programmes,
des horaires et des conditions qui rendent souvent bien difficile la lecture
attentive des textes. Ajoutons que pour la plupart des élèves de Terminale la
langue des philosophes est devenue une langue trop complexe et trop soignée
pour ne pas être une langue morte ignorée dont ils attendent de leur professeur
une traduction, et on aura une idée de la tâche herculéenne qu'affrontent
celles et ceux qui veulent permettre à leurs élèves une prise éclairée de
position individuelle sur les textes philosophiques. En plus la diffusion,
elle-même massive, de livres ludiques de philosophie light ne joue pas en
faveur d'un travail philosophique sérieux dans les classes.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2013/04/04/L-hostilit%C3%A9-du-nazisme-au-grammairisme.3#comment-form</comments>
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  <item>
    <title>Les morts préférables (4 et fin) : la belle mort comme effet essentiellement secondaire.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2013/03/23/Les-morts-pr%C3%A9f%C3%A9rables-%284-et-fin%29-%3A-la-belle-mort-comme-effet-essentiellement-secondaire.6</link>
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    <pubDate>Sat, 23 Mar 2013 14:29:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Fontenelle</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Dans le quatrième dialogue des morts anciens avec les modernes, c’est la
moderne Marguerite d’ Autriche qui incarne la mort raisonnable, ni
« guindée » (Caton), ni « badine » (Hadrien).&lt;br /&gt;
Mais d’abord en quoi consiste mourir badinement du point de vue du badin
lui-même ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) C’est être plus philosophe que celui qui meurt guindé. Hadrien procède
donc à une ambitieuse révision à la hausse de sa propre mort, puisqu’à la
différence de Caton, il n’était pas connu jusque-là pour avoir su mourir.&lt;br /&gt;
2) Ce n’est pas se suicider mais mourir dans son lit tout simplement.&lt;br /&gt;
3) Ce n’est pas lire l’œuvre d’un autre mais faire la sienne en usant de son
dernier souffle pour versifier sur sa mort.&lt;br /&gt;
4) C’est s’adresser, entre amour, paternalisme et compassion, à sa propre
âme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Ma petite Âme, ma mignonne,&lt;br /&gt;
Tu t’en vas donc, ma fille, et Dieu sache où tu vas ?&lt;br /&gt;
Tu pars seulette et tremblotante, Hélas !&lt;br /&gt;
Que deviendra ton humeur folichonne ?&lt;br /&gt;
Que deviendront tant de jolis ébats ?&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://b.imdoc.fr/1/voyages/italie-rome-antique/photo/0061527006/81371196f/italie-rome-antique-chateau-epitaphe-hadrien-img.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hadrien parle à ce propos de « railler nonchalamment » la
mort ; ne pas monter sur ses grands chevaux : c’est la douceur
résignée de l’acceptation, cela revient à ne pas donner à la mort plus
d'importance que celle d’occasionner une séparation, un départ. On est loin du
&lt;strong&gt;Phédon&lt;/strong&gt; : l’âme n’est pas débarrassée du corps ; sans
lui, elle est amoindrie et diminuée (que peut donc une âme sans un corps ?).
Dualisme certes mais dépendance de l’âme par rapport au corps (d’où la fonction
de la résurrection : rendre l’âme pleinement âme en lui permettant de
retrouver son corps).&lt;br /&gt;
5) C’est s’exposer à ne pas être connu par la postérité (les morts historiques
sont des morts à la Caton).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marguerite d’Autriche se saisit au vol de ce dernier argument et, postulant
peut-être que le degré de beauté est proportionnel au degré d’obscurité, en
infère que sa mort, encore moins connue que celle de l’empereur romain, est
plus belle. À première vue, on ne comprend pas bien en quoi sa mort vaut
plus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« J’étais fille d’un Empereur. Je fus fiancée à un fils de Roi, et ce
Prince, après la mort de son père, me renvoya chez le mien, malgré la promesse
solennelle qu’il avait faite de m’épouser. Ensuite on me fiança encore au fils
d’un autre Roi ; et comme j’allais par mer trouver cet époux, mon vaisseau
fut battu d’une furieuse tempête, qui mit ma vie en un danger très évident. Ce
fut alors que je me composai moi-même cette épitaphe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ci gist Margot, la Gentil Damoiselle,&lt;br /&gt;
Qu’a deux maris, et encore est pucelle.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux morts, une capacité identique à se voir de l’extérieur, le
même recours au vers. En quoi donc la jeune mariée jamais honorée est-elle plus
raisonnable que les deux hommes ?&lt;br /&gt;
1) Elle dit ne pas voir eu peur de sa mort à l’occasion du naufrage (en fait
l’accident craint n’a pas eu lieu ).&lt;br /&gt;
2) Elle voit dans la badinerie une autre manifestation du même effort de
surmonter la peur de la mort alors qu’elle-même n’a pas cherché à faire la
philosophe.&lt;br /&gt;
3) Ses vers sont l’expression naturelle de son regret de mourir vierge alors
que ceux de Hadrien ne seraient qu’ « un galimatias composé de petits
termes folâtres »&lt;br /&gt;
4) Surtout, du fait de ne pas avoir la prétention des philosophes à mettre en
pratique au moment de mourir ce qu’ils pensent théoriquement de la mort, il lui
était permis de trembler dans ses derniers instants et pourtant, sans porter un
masque (souriant ou grave), elle n’a pas défailli de peur. Le philosophe perd
gros à ne pas pouvoir jouer le jeu prévu, le non-philosophe ne perd rien à
réagir comme tout le monde et, selon Marguerite, devrait gagner beaucoup à ne
pas perdre de fait son sang-froid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut tirer de l’argumentation mise par Fontenelle dans la bouche de
Marguerite d’ Autriche que la belle mort est à ses yeux un effet
essentiellement secondaire. Qui veut mourir bellement ne meurt pas bellement
mais selon les règles de la comédie et du faux-semblant.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2013/03/23/Les-morts-pr%C3%A9f%C3%A9rables-%284-et-fin%29-%3A-la-belle-mort-comme-effet-essentiellement-secondaire.6#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Les morts préférables (3) : Hadrien, les médecins et les grammairiens.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2013/03/22/Les-morts-pr%C3%A9f%C3%A9rables-%283%29-%3A-Hadrien%2C-les-m%C3%A9decins-et-les-grammairiens.2</link>
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    <pubDate>Fri, 22 Mar 2013 18:40:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Montaigne</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Que dit Montaigne à propos de l’empereur romain Hadrien, celui qui sert à
Fontenelle dans les &lt;strong&gt;Nouveaux dialogues des morts&lt;/strong&gt; à ironiser
sur Caton ?&lt;br /&gt;
Pas grand-chose à vrai dire : quatre fois quelques lignes qui, en plus,
sans vraiment se contredire, ne se complètent pas non plus. Avant de prendre en
compte l’Hadrien fontenellisé, voyons-les de plus près.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Première occurrence, livre II, chapitre XIII (&lt;ins&gt;De juger de la mort
d’autrui&lt;/ins&gt;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« L’ Empereur Adrianus feit que son medecin merquat et circonscript en
son tetin justement l’endroit mortel où celuy eut à viser, à qui il donna la
charge de le tuer ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est le médecin au service, le suicide assisté, l’économie maximale de la
douleur dans le cadre de l’efficacité la plus grande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxième occurrence, Livre II, chapitre XXI (&lt;ins&gt;Contre la
fainéantise&lt;/ins&gt;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« L’Empereur Vespasien, estant malade de la maladie dequoy il mourut,
ne laissoit pas de vouloir entendre l’estat de l’empire, et dans son lict mesme
despeschoit sans cesse plusieurs affaires de consequence. Et son medecin l’en
tençant comme de chose nuisible à sa santé : Il faut, disoit-il, qu’un
Empereur meure debout. Voylà un beau mot, à mon gré, et digne d’un grand
prince. Adrian, l’Empereur, s’en servit depuis à ce même propos »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est le médecin rejeté, l’assistance refusée, le primat de la fonction
politique sur la santé (Pompidou, Mitterrand, Jean-Paul II etc.).&lt;br /&gt;
Le médecin personnel du premier président socialiste de la cinquième
république, Claude Gubler, interprète le fait en pascalien désabusé :
diverti par les soucis de l’État, on remet à plus tard le face-à-face avec sa
mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisième occurrence : Livre II, chapitre XXXVII (&lt;ins&gt;De la
ressemblance des enfants aux pères&lt;/ins&gt;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Adrian l’Empereur crioit sans cesse, en mourant, que la presse des
medecins l’avoit tué »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est le thérapeute tueur avec Hadrien en victime criarde : plus de
contenance, aucune pose, les plaintes à la place ; aucune prise pour la
statufication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernière occurrence, Livre III, chapitre VII (&lt;ins&gt;De l’incommodité de la
grandeur&lt;/ins&gt;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Adrian l’ Empereur debattant avec le philosophe Favorinus de
l’interpretation de quelque mot, Favorinus lui en quicta bien tost la victoire.
Ses amis se plaignans à luy : Vous vous moquez, fit-il ; voudriez
vous qu’il ne fut pas plus sçavant que moy, luy qui commande à trente
legions ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est l’empereur tyrannique. Pascal : « la tyrannie est de vouloir
avoir par une voie ce qu’on ne peut avoir que par une autre. On rend différents
devoirs aux différents mérites, devoir d’amour à l’agrément, devoir de crainte
à la force, devoir de créance à la science » (fragment 54, éd. Le Guern).
« Je suis fort, donc on doit me croire ». « il n’est pas fort, donc
je ne le croirai pas » : discours faux et tyranniques. Kant rappelle le
principe dans &lt;strong&gt;Qu’est-ce que les Lumières ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Un monarque porte lui-même atteinte à sa majesté (…) en croyant
devoir contrôler par son gouvernement les écrits par lesquels ses sujets
cherchent à clarifier leurs pensées, que pour cela il fasse valoir la
supériorité de ses propres vues, s’exposant alors au reproche &lt;em&gt;Caesar non
supra grammaticos&lt;/em&gt; (César n’est pas supérieur aux grammairiens) »
(trad. Jean-Michel Muglioni).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fontenelle, lui, fait d’Hadrien un portrait moins éclaté. À la différence de
Caton, metteur en scène laborieux de sa mort, l’empereur romain sera le
spectateur badin de la sienne.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2013/03/22/Les-morts-pr%C3%A9f%C3%A9rables-%283%29-%3A-Hadrien%2C-les-m%C3%A9decins-et-les-grammairiens.2#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Les morts préférables (2) : les multiples reflets de Caton réfléchi par Montaigne.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2013/03/19/Caton-r%C3%A9fl%C3%A9chi-par-Montaigne-%3A-plusieurs-descriptions-de-sa-mort.</link>
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    <pubDate>Tue, 19 Mar 2013 19:56:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Montaigne</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Au gladiateur désespéré ( &lt;a href=&quot;http://www.philalethe.net/post/2013/03/05/Les-morts-pr%C3%A9f%C3%A9rables-%3A-%281%29-le-suicide-de-Caton-%C3%A9valu%C3%A9-par-S%C3%A9n%C3%A8que-et-Fontenelle.&quot;&gt;
dont le suicide, au moyen certes abject, égale pourtant en valeur aux yeux de
Sénèque celui de Caton&lt;/a&gt; ), Montaigne se réfère aussi, mais à une fin
différente de celle de Sénèque, avec un oeil d’ethnologue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ils (&lt;em&gt;les anciens)&lt;/em&gt; se torchoyent le cul (il faut laisser aux
femmes cette vaine superstition des parolles) avec une esponge : voylà
pourquoy SPONGIA est un mot obscoene en Latin ; et estoit cette esponge
attachée au bout d’un baston, comme tesmoigne l’histoire de celuy qu’on menoit
pour estre presenté aux bestes devant le peuple, qui demanda congé d’aller à
ses affaires ; et,n’ayant autre moyen de se tuer, il se fourra ce baston
et esponge dans le gosier et s’en estouffa. » ( &lt;strong&gt;Essais&lt;/strong&gt;,
Livre I, XLIX)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Néanmoins, dans un autre passage, Montaigne suit Sénèque en reconnaissant
que les gens humbles incarnent quelquefois au mieux, sans le savoir certes, les
valeurs morales stoïciennes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« A quoi faire nous allons gendarmant par ces efforts de la
science ? Regardons à terre les pauvres gens que nous y voyons espandus,
la teste penchante apres leur besongne, qui ne sçavent ny Aristote ny Caton, ny
exemple, ny precepte : de ceux là tire nature tous les jours des effects
de constance et de patience, plus purs et plus roides que ne sont ceux que nous
estudions si curieusement en l’escole. Combien en vois je ordinairement, qui
mescognoissent la pauvreté ? combien qui désirent la mort, ou qui la
passent sans alarme et sans affliction ? » (III, XII)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes ces hommes ne se donnent pas la mort, « ils ne s’allitent que
pour mourir » : reste qu’ils ne sont ni nourris de raisonnements
philosophiques (Aristote) ni exaltés par des exemples mémorables (Caton).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que Montaigne pensait-il donc de Caton d’Utique et de son
suicide ? Si, aux enfers fontenelliens, Montaigne avait écouté Hadrien
faire descendre Caton de son piédestal, qu’en aurait-il pensé ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je voy la pluspart des esprits de mon temps faire les ingenieux à
obscurcir la gloire des belles et genereuses actions anciennes, leur donnant
quelque interpretation vile, et leur controuvant des occasions et des causes
vaines. » (I, XXXVII)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est un refus net de sa part d’expliquer les belles actions autrement que
par les raisons des agents eux-mêmes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Comme Plutarque dict que, de son temps, aucuns attribuoient la cause
de la mort du jeune Caton à la crainte qu’il avait eu de Caesar : dequoy
il se picque avecques raison ; et peut on juger par là combien il se fut
encore plus offencé de ceux qui l’ont attribuée à l’ambition. Sottes
gens ! Il eut bien faict une belle action, genereuse et juste, plus tost
aveq ignominie, que pour la gloire. Ce personnage là fut veritablement un
patron que nature choisit pour montrer jusques où l’humaine vertu et fermeté
pouvoit atteindre. » (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Même si Montaigne ne place pas Caton parmi les trois hommes les plus
excellents (II, XXXVI), il a ressenti « le desplaisir de n’estre ni Ange
ni Caton » (III, II).&lt;br /&gt;
Ceci dit il y a pluralité de Caton dans les Essais !&lt;br /&gt;
Commençons au plus loin du personnage statufié : Caton l’ordinaire.&lt;br /&gt;
1) Dans ses relations avec les femmes et de deux manières.&lt;br /&gt;
Première manière (active) : « Ce grand Caton se trouva aussi bien que
nous desgouté de sa femme tant qu’elle fut sienne, et la desira quand elle fut
à un autre » (II, XV).&lt;br /&gt;
Seconde manière (passive) : « Lucullus, Caesar, Pompeius, Antonius,
Caton et d’autres braves hommes furent cocus, et le sceurent sans en exciter
tumulte » (III, V). On notera tout de même que si son sort est banal, la
façon d’y réagir met déjà discrètement en relief un être peu commun.&lt;br /&gt;
2) par la fragilité du corps : c’est ici qu’entre en scène le chien
enragé. On se souvient que cette bête représentait pour Spinoza le mal à
éliminer sans hésitation, bien qu'irresponsable de sa nocivité. Ici, dans le
texte montanien, l’animal, par l’efficacité de sa morsure, met en relief la
faiblesse de la philosophie : on sait trop bien le peu que peut le corps
enragé d’un philosophe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« On luy (&lt;em&gt;l’âme&lt;/em&gt;) voyoit estonner et renverser toutes ses
facultez par la seule morsure d’un chien malade, et n’y avoir nulle si grande
fermeté de discours, nulle suffisance, nulle vertu, nulle resolution
philosophique, nulle contention de ses forces, qui la peut exempter de la
subjection de ces accidens ; la salive d’un chetif mastin, versée sur la
main de Socrates, secouër toute sa sagesse et toutes ses grandes et si réglées
imaginations, les aneantir de maniere qu’il ne restat aucune trace de sa
connoissance premiere (…) et ce venin ne trouver non plus de resistance en
cette ame qu’en celle d’un enfant de quatre ans ; venin capable de faire
devenir toute la philosophie, si elle estoit incarnée, furieuse et
insensée ; si que Caton , qui tordoit le col à la mort mesme et à la
fortune, ne peut souffrir la veuë d’un miroir, ou de l’eau, accablé
d’épouvantement et d’effroy, quand il seroit tombé, par la contagion d’un chien
enragé, en la maladie que les medecins nomment Hydrophobie. » (II,XII)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caton, l’incarnation de la philosophie, et Socrate, identiquement
vulnérables, parce que corporels, bien que philosophes extraordinaires.&lt;br /&gt;
Venons-en désormais à Caton l’extraordinaire ou à Caton le tendu. Il est
convenu d’opposer au moment de mourir la tension catonienne à la nonchalance
socratique. Dans la dernière mention qu’il en fait dans les
&lt;strong&gt;Essais&lt;/strong&gt;, Montaigne souligne « cette inimitable contention
à la vertu qui nous estonne en l’un et l’autre Caton, cett’humeur severe
jusques à l’importunité » (III, XIII). Dans le chapitre précédent
celui-ci, Montaigne oppose explicitement Caton à Socrate, dont il préfère le
naturel (il aurait aussi préféré mourir comme Socrate &amp;quot; j'eusse plustôt beu le
breuvage de Socrates que de me fraper comme Caton&amp;quot; (III, IX) ) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« En Caton, on void bien à clair que c’est une alleure tendüe bien
loing au dessus des communes : aux braves exploits de sa vie, et en sa
mort, on le sent toujours monté sur ses grands chevaux ( &lt;em&gt;n’est-ce pas
précisément ce Caton monté sur ses grands chevaux que Hadrien, personnage de
Fontenelle, tourne en dérision ?&lt;/em&gt; ). Cettuy-cy (&lt;em&gt;Socrate&lt;/em&gt;) ralle à
terre, et d’un pas mol et ordinaire traicte les plus utiles discours ; et
se conduict et à la mort et aux plus espineuses traverses qui se puissent
presenter au trein de la vie humaine. ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, contrastant avec ce Caton-là, il y a aussi Caton le paisible.
Montaigne le portraiture ainsi à deux reprises mais toujours dans le même
contexte, lisant, avant de se donner la mort.&lt;br /&gt;
La première description reste assez vague mais souligne déjà que la lecture
illustre le calme de Caton, qui, sous cet aspect, ressemble désormais au
Socrate que Montaigne lui opposait auparavant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« L’extreme degré de traicter courageusement la mort, et le plus
naturel, c’est la voir non seulement sans estonnement, mais sans soin,
continuant libre le train de la vie jusques dans elle. Comme Caton qui
s’amusait à dormir et estudier, en ayant une, violente et sanglante, presente
en sa teste et en son cœur, et la tenant en sa main » (II, XXI)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxième description, dans la continuité de la première, élimine
explicitement une interprétation malveillante de l’épisode. Caton a continué,
peu de temps avant de mourir, de lire le livre qu’il avait avant entrepris de
lire ; autrement dit, le choix de ce livre n’est pas destiné à renforcer
un courage défaillant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tel estude fut celuy du jeune Caton sentant sa fin prochaine, qui se
rencontra au discours de Platon, de l’eternité de l’ame. Non, comme il faut
croire, qu’il ne fut de long temps garny de toute sorte de munition pour un tel
deslogement ; d’asseurance, de volonté ferme et d'instruction il en avait
plus que Platon n'en a en ses escrits : sa science et son courage
estoient, pour ce regard, au dessus de la philosophie. Il print cette
occupation, non pour le service de sa mort, mais, comme celuy qui n'interrompit
pas seulement son sommeil en l'importance d'une telle deliberation, il continua
aussi, sans chois et sans changement, ses estudes avec les autres actions
accoustumées de sa vie.&lt;br /&gt;
La nuict qu'il vint d'estre refusé de la Preture, il la passa à jouer ;
celle en laquelle il devoit mourir, il la passa à lire : la perte ou de la
vie ou de l'office, tout luy fut un.&amp;quot; (II XXVIII)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste un Caton inattendu, nous l'appellerons Caton le réjoui, qui jubile
d'être capable de mourir en stoïcien :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Tesmoing le jeune Caton. Quand je le voy mourir et se deschirer les
entrailles, je ne me puis contenter de croire simplement qu'il eust lors son
ame exempte de trouble et d'effroy, je ne puis croire qu'il se maintint
seulement en cette démarche que les regles de la secte Stoique luy ordonnoient,
rassise, sans émotion et impassible ; il y avoit, ce me semble, en la
vertu de cet homme trop de gaillardise et de verdeur pour s'en arrester là. Je
croy sans doubte qu'il sentit du plaisir et de la volupté en une si noble
action, et qu'il s'y agrea plus qu'en autre de celles de sa vie (...) Il me
semble lire en cette action je ne sçay quelle esjouissance de son ame, et une
émotion de plaisir extraordinaire et d'une volupté virile, lors qu'elle
consideroit la noblesse et hauteur de son entreprise (...) non pas esguisée par
quelque esperance de gloire comme les jugemens populaires et effeminez d'aucuns
hommes ont jugé, car cette consideration est trop basse pour toucher un coeur
si genereux, si hautain et si roide ; mais pour la beauté de la chose même
en soy : laquelle il voyoit bien plus à clair et en sa perfection, lui qui
en manioit les ressorts, que nous ne pouvons faire.&amp;quot; (II, XI)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle satisfaction peut être analysée de deux façons : soit elle
est l'effet non voulu de l'action volontaire de mise à mort de soi-même ;
soit elle est voulue pour elle-même, la préparation du suicide n'étant alors
qu'un instrument. Or, manifestement, Montaigne choisit la deuxième
possibilité :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; J'entre en doubte s'il eust voulu que l'occasion d'un si bel exploit luy
fust ostée. Et, si la bonté qui luy faisait embrasser les commoditez publiques
plus que les siennes, ne me tenoit en bride, je tomberois aisément en cette
opinion, qu'il sçavoit bon gré à la fortune d'avoir mis sa vertu à une si belle
espreuve, et d'avoir favorisé ce brigand (&lt;em&gt;César&lt;/em&gt;) à fouler aux pieds
l'ancienne liberté de sa patrie.&amp;quot; (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait largement injustifié de présenter ces lignes comme démystifiant le
personnage de Caton ; tout se passe plutôt comme si Montaigne en fin
psychologue savait voir comment se respectent de fait les normes éthiques les
plus élevées du stoïcisme.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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