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  <title>Les philosophes antiques à notre secours</title>
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  <language>fr</language>
  <pubDate>Thu, 02 Jul 2009 07:28:35 +0200</pubDate>
  <copyright></copyright>
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  <item>
    <title>L'entreprise d'écriture est fermée en juillet et août.</title>
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    <pubDate>Wed, 01 Jul 2009 20:44:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Métablog</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Croît l'été et l'écriture décroît. A septembre donc !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Marc-Aurèle: l'empereur-araignée ou d'une condamnation de la chasse, modèle de la guerre.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2009/06/10/Marc-Aurele</link>
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    <pubDate>Thu, 11 Jun 2009 18:07:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Stoïcisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Marc-Aurèle a écrit dans ses &lt;strong&gt;Pensées&lt;/strong&gt;(X 10):&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Une araignée est très fière de chasser la mouche, d'autres le sont de
chasser le lièvre, ou la sardine au filet, ou le sanglier, ou bien l'ours, ou
le Sarmate. Ceux-là ne sont-ils pas des brigands, à bien examiner leurs pensées
?&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la traduction d'Emile Bréhier, revue par Pierre Aubenque (in
&lt;strong&gt;Les Stoïciens&lt;/strong&gt; La Pléiade p.1225). Pierre Hadot préfère:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Une araignée a pris une mouche; elle est toute fière. Un autre a pris un
lièvre, un autre, une sardine, dans son filet, un autre, des sangliers, un
autre, des ours, un autre, des Sarmates. Ne voilà-t-il pas des brigands, si tu
examines leurs principes d'action ?&amp;quot; (&lt;strong&gt;Introduction aux Pensées de
Marc-Aurèle&lt;/strong&gt; p.412)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hadot en fait deux commentaires, je passe sur le premier qui vise la forme
(&amp;quot;Fronton lui avait (...) appris à introduire des images et des comparaisons
dans ses sentences et ses discours, et il avait retenu la leçon&amp;quot;), en revanche
le deuxième est proprement philosophique:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Il s'agit donc de dénoncer les fausses valeurs, de voir les choses dans
leur réalité nue et &amp;quot;physique&amp;quot;. Les mets recherchés ne sont que du cadavre; la
pourpre, du poil de brebis; l'union des sexes, un frottement de ventre (VI, 13,
1); la guerre que fait Marc Aurèle, une chasse analogue à celle de la mouche
par l'araignée.&amp;quot; (p.269)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis gêné par l'ambiguïté du texte: qu'est-ce qui assure que dans
l'ensemble des brigands il y a aussi l'araignée ? Il semble en revanche
exclu que seule la chasse à l'homme soit anathémisée. Le brigandage ne
consisterait pas à transformer l'homme en bête mais à chasser un être vivant. A
dire vrai il est tentant d'inclure l'araignée dans les brigands à cause de la
fierté qu'elle a en commun avec les autres chasseurs (du moins si l'on suit la
traduction de Bréhier...)&lt;br /&gt;
Peut-on dire aussi comme le fait Hadot que le passage fait voir la guerre dans
sa réalité nue et physique ? Ce serait vrai si le texte se limitait à
naturaliser la conduite de l'empereur-guerrier mais il ne se contente pas de
cela: il jette le doute sur sa valeur morale. La réflexion ne réduit donc pas
quelque chose d'imaginairement bien à quelque chose de neutre, mais bien plutôt
l'identifie à quelque chose de réellement mal.&lt;br /&gt;
Paul Veyne ici me paraît plus exact quand il écrit:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Marc-Aurèle se demandait s'il n'était pas par là infidèle aux dogmes
stoïciens et si faire la guerre aux Sarmates n'était pas du brigandage: comme
Sénèque à propos des gladiateurs, il déplorait platoniquement la folie
humaine.&amp;quot;(&lt;strong&gt;L'empire gréco-romain&lt;/strong&gt; p.574)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire la guerre ne serait donc pas comme faire l'amour, manger ou porter un
vêtement de pourpre. Le frottement de ventre, l'ingestion de cadavres animaux,
le port de poils de brebis ne sont pas en soi en contradiction avec les dogmes
stoïciens - ce qui l'est, c'est seulement leur illégitime valorisation. En
revanche &amp;quot;le sage Marc-Aurèle procédait au-delà du Danube à ce qui s'appelle
chez nous un génocide.&amp;quot; (ibid.).&lt;br /&gt;
J'aime chez Paul Veyne son goût des anachronismes et par là des rapprochements
iconoclastes et suggestifs.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Sénèque et les gladiateurs: l'opinion de Paul Veyne.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2009/06/10/Paul-Veyne-et-l-impermeabilite-stoicienne4</link>
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    <pubDate>Wed, 10 Jun 2009 16:51:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Sénèque</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Commentant la lettre VII à Lucilius, j'ai abordé la question de la &lt;a href=&quot;http://www.philalethe.net/post/2008/09/24/Seneque-33-%3A-pourquoi-condamner-les-jeux-de-cirque&quot;&gt;position
de Sénèque&lt;/a&gt; vis-à-vis de la gladiature. Or elle est analysée longuement par
Paul Veyne dans &lt;em&gt;Païens et charité chrétienne devant les gladiateurs&lt;/em&gt;
(in &lt;strong&gt;L'empire gréco-romain&lt;/strong&gt; 2005).&lt;br /&gt;
Voici quelques extraits significatifs:&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; A la différence de l'empereur (&lt;em&gt;Marc-Aurèle&lt;/em&gt;), il ne s'ennuie pas
aux spectacles de gladiateurs; au contraire, il y va pour son plaisir. Il admet
comme tout le monde cette dérogation autorisée par la coutume, bien que le
penseur en lui la condamne ou plutôt la déplore; ces combats ne sont pas
précisément une oeuvre de pitié, écrit-il, le sang humain y coule. Mais enfin
il va à l'ampithéâtre de lui-même, rien ni personne ne l'y force, il y va pour
se divertir et ne songe pas à s'en cacher. (...) Sénèque voyant la mise à mort
du gladiateur vaincu dans l'arène est comparable à un spectateur de corrida qui
trouverait cruelle la mise à mort du taureau (je le suppose ami des bêtes),
mais qui n'en aimerait pas moins voir des hommes courageux affronter des
dangers réels. (...) Sénèque ne se prend pas pour un sage et sait qu'il n'en
sera jamais un: ce n'est qu'un homme de la décadence qui travaille à
s'améliorer. Lorsqu'il va voir des combats, il suit la coutume et son plaisir,
il vit comme un membre de la société telle qu'elle est (et elle n'est pas
parfaite, étant bâtie sur la &amp;quot;folie&amp;quot; quasi universelle), de même qu'il avoue
être richissime, alors que l'or est une découverte du vice. De nos jours il
stigmatiserait la &amp;quot;société de consommation&amp;quot; en continuant à consommer.&amp;quot;
(p.569-572)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir, une métaphore judicieuse à propos du stoïcisme:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; En exerçant son âme, on était censé parvenir un jour à faire de soi-même
une espèce de scaphandrier qui traverserait le monde en un état de sécurité
intérieure et d'autarcie.&amp;quot; (p.573)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Marc-Aurèle: si un César philosophe était plus proche qu'on ne l'imagine d'un César fou ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2009/06/05/Marc-Aurele</link>
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    <pubDate>Fri, 05 Jun 2009 18:20:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Stoïcisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Dans ses &lt;strong&gt;Pensées&lt;/strong&gt;, Marc-Aurèle se donne cet
avertissement:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Prends garde de ne pas te césariser&amp;quot; (trad.Pierre Hadot).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait mal interpréter ce texte: en effet ne serait-ce pas un refus du
rôle officiel qu'il devrait jouer ? Le destin ne lui a-t-il pas donné la
fonction d'empereur, de César ?&lt;br /&gt;
Paul Veyne apporte à ce sujet un éclairage intéressant. Dans &lt;strong&gt;L'empire
gréco-romain&lt;/strong&gt; (2005), il souligne qu'à la différence des monarques de
l'Ancien Régime, les empereurs n'étaient limités par aucune règle en mesure de
guider et réfréner leurs conduites. Les &amp;quot;Césars fous&amp;quot;, comme Caligula ou Néron,
étaient donc tout autant des expressions idiosyncrasiques que des symptômes de
cette absence de &amp;quot;tradition inconsciente, dont la puissance ne se révèle que
trop, lorsque cette tradition n'existe pas ou qu'un régime dictatorial rompt
avec elle&amp;quot; (p.50).&lt;br /&gt;
La mise en garde de Marc-Aurèle ne vise donc pas à le tenir à distance d'un
rôle dangereux et immoral mais plutôt à l'empêcher de donner libre cours à ses
singularités.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Un roi n'aurait pas eu besoin de faire les efforts que faisait Marc-Aurèle
pour ne pas &amp;quot;se césariser&amp;quot;, aux termes de son journal intime.&amp;quot; (p.51)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, plus intéressant encore, Paul Veyne fait deviner que l'affichage
officiel de la philosophie stoïcienne est, comme celui des talents de chanteur
de Néron, rendu possible par cette même absence de définition conventionnelle
de la conduite de l'empereur:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Un empereur pouvait donc être tenté d'abuser de la position publique dont
bénéficiait sa personne pour en étendre le privilège à ses autres
particularités, respectables, il est vrai: ses talents artistiques ou encore
ses convictions personnelles, soit philosophiques avec Marc-Aurèle (les
apologistes chrétiens font publiquement appel à ce souverain comme à un
philosophe) ou encore Julien, soit religieuses.&amp;quot; (p.54)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le développement de la conduite stoïcienne au sommet de l'Etat serait donc
moins une victoire du philosophe sur le politique qu'une manière nouvelle de se
césariser.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Erasme et le Christ ou stoïcisme et sexualité.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2009/05/31/Erasme</link>
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    <pubDate>Sun, 31 May 2009 17:32:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Stoïcisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Dans l'&lt;strong&gt;Eloge de la folie&lt;/strong&gt; (1509) d'Érasme, je lis ce passage
étonnant:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Le Christ, dans les psaumes sacrés, dit à son Père: &amp;quot; Vous connaissez ma
folie.&amp;quot; D'ailleurs, ce n'est pas sans raison que les fous ont toujours été
chers à Dieu, et voici pourquoi. Les princes se méfient des gens trop sensés et
les ont en horreur, comme faisait, par exemple, César pour Brutus et Cassius,
alors qu'il ne redoutait rien d'Antoine, l'ivrogne. Sénèque était suspect à
Néron, Platon à Denys, les tyrans n'aimant que les esprits grossiers et peu
perspicaces. De même le Christ déteste et ne cesse de réprouver ces sages qui
se fient à leurs propres lumières.&amp;quot; (p.88 trad. Pierre de Nolhac GF 1964)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est hors de question de conclure que le Christ est identifié à un tyran.
Certes Érasme brocarde (entre autres) l'Eglise dans cet ouvrage écrit en sept
jours (!), mais ne touche ni au Christ, ni aux textes sacrés, ni à Dieu. Reste
que le lecteur ne peut pas ne pas voir le Christ comme le dernier élément d'une
série de princes commençant par César.&lt;br /&gt;
Si c'est injustifié de rabaisser le Christ au rôle des princes, le passage met
en valeur les traits humains du Christ. Dans la lettre envoyée en 1515 à Martin
Dorpius qui avait pris la défense des théologiens, Érasme, s'il tient à
manifester un respect total pour Dieu et les meilleurs membres de l'Eglise, met
en évidence que, par sa folie, le Christ n'est pas plus qu'humain:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Il n'y a pas de danger qu'on suppose là que les Apôtres ou le Christ aient
été vraiment fous, mais qu'en eux aussi il y avait je ne sais quoi de faible et
d'emprunté à nos passions, qui, devant l'éternelle et pure sagesse, peut
paraître peu sage.&amp;quot; (p.113)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant à Sénèque, si le texte cité en fait l'exemple même de l'homme &amp;quot;trop
sensé&amp;quot;, il est en tant que représentant des Stoïciens clairement critiqué par
Érasme qui lui reproche de fonder sa sagesse sur une anthropologie tout à fait
imaginaire:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Ce qui distingue le fou du sage, c'est que le premier est guidé par les
passions, le second par la raison; aussi les Stoïciens écartent-ils de celui-ci
toutes les passions, tenues pour des maladies. Il en est cependant qui servent
aux pilotes experts, pour gagner le port; bien plus aux sentiers de la vertu,
elles éperonnent, aiguillonnnent vers le bien. Sénèque va protester, doublement
stoïcien, qui défend au sage toute espèce de passion. Mais, ce faisant, il
supprime l'homme même; il fabrique un démiurge, un nouveau dieu, qui n'existe
nulle part et jamais n'existera; disons mieux, il modèle une statue de marbre,
privée d'intelligence et de tout sentiment humain.&amp;quot; (&lt;strong&gt;Éloge de la
folie&lt;/strong&gt; p.38)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Montaigne, qui, comme l'a expliqué Hugo Friedrich (1949), privilégie le
Sénèque psychologue au Sénèque donneur de leçons, est tout à fait dans cette
ligne quand il écrit:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Les secousses et esbranlements que nostre ame reçoit par les passions
corporelles, peuvent beaucoup en elle, mais encore plus les siennes propres,
ausquelles elle est si fort en prinse qu'il est à l'advanture soustenable
qu'elle n'a aucune autre alleure et mouvement que du souffle de ses vents, et
que, sans leur agitation, elle resteroit sans action, comme un navire en pleine
mer que les vents abandonnent de leur secours.&amp;quot; (&lt;strong&gt;Essais&lt;/strong&gt;, , II
XII)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&lt;strong&gt;Éloge&lt;/strong&gt;, les Stoïciens sont encore plus durement
moqués quand la Folie défend que, la relation sexuelle et donc la vie étant
impossibles sans délire, sagesse stoïcienne et paternité s'excluent:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Les Stoïciens ont la prétention de voisiner avec les Dieux. Qu'on m'en
donne un qui soit trois ou quatre fois, mettons mille fois stoïcien; peut-être,
dans le cas qui nous occupe, ne coupera-t-il pas sa barbe, emblème de sagesse
qu'il partage avec le bouc; mais il devra bien déposer sa morgue, dérider son
front, abdiquer ses inflexibles principes, et il lui arrivera de débiter
quelques bêtises et de risquer quelques folies. Oui, c'est moi, c'est bien moi
qu'il appellera à l'aide, s'il veut être père.&amp;quot; (p.22)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant la sexualité, on a gardé d'Epictète les enseignements
suivants:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Pour les choses de l'amour, tu dois, autant que possible, rester pur avant
le mariage. Mais si tu y goûtes, ne prends ta part que de ce qui est légitime.
Pourtant ne sois pas désagréable ou critique à l'égard de ceux qui s'adonnent
aux choses de l'amour et ne mets pas en avant, à droite et à gauche, le fait
que, toi, tu te n'y adonnes pas.&amp;quot; (&lt;strong&gt;Manuel&lt;/strong&gt; 33 trad. Pierre
Hadot)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; S'attarder aux choses qui concernent le corps est le signe d'un manque de
capacité naturelle pour la philosophie, par exemple faire beaucoup d'exercices
physiques, beaucoup manger, beaucoup boire, beaucoup éliminer, avoir beaucoup
de rapports sexuels. Mais d'une part, ces choses, il faut les faire comme
quelque chose d'accessoire, et d'autre part c'est vers nos dispositions
intérieures que l'attention doit se concentrer.&amp;quot; (ibid. 41)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hadot, pour éclairer la référence à l'accessoire, guide vers le passage
suivant et par là même le fait lire autrement:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Comme, au cours d'une traversée, quand le navire a jeté l'ancre dans un
port, si tu en descends pour aller chercher de l'eau fraîche, tu peux ramasser
une chose accessoire au bord du chemin, un coquillage, une petite racine, il te
faut pourtant avoir l'esprit tendu vers le bateau et te retourner constamment,
de peur que peut-être le pilote ne t'appelle, tu doives abandonner toutes ces
choses, afin que tu ne sois pas embarqué dans le navire, ficelé comme un
mouton, de la même manière, dans la vie, si, à la place d'une petite racine, ou
d'un coquillage, on te donne une femme ou un enfant, rien n'empêche. Mais si le
pilote fait retentir son appel, cours vers le navire en laissant toutes ces
choses, sans te retourner en arrière. Et si tu es vieux, ne t'éloigne pas un
moment loin du navire, de peur qu'il arrive que tu manques à l'appel.&amp;quot; (ibid.
7)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne me risquerai pas à une phénoménologie de l'amour physique à la
stoïcienne. Je note juste que l'exercice doit être délicat. En effet, vu que
dans la relation sexuelle l'attention est généralement concentrée vers, disons,
l'extérieur, le souci des dispositions intérieures et la tension vers l'appel
du pilote y paraissent difficilement logeables.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Sénèque (44): pourquoi cite-t-il Epicure, un adversaire ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2009/05/27/Seneque-44</link>
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    <pubDate>Wed, 27 May 2009 08:57:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Sénèque</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Il est à première vue étrange que Sénèque, philosophe stoïcien, termine
souvent ses lettres par des citations d'Epicure qu'il donne ainsi à méditer à
Lucilius. A la fin de la huitième lettre, il éclaire cette manière de
faire:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Potest fieri, ut me interroges, quare ab Epicuro tam multa bene dicta
referam potius quam nostrorum: quid est tamen, quare tu istas Epicuri voces
putes esse, non publicas ? Quam multi poetae dicunt, quae philosophis aut
dicta sunt aut dicenda ? Non attingam tragicos nec togatas nostras: habent
enim hae quoque aliquid severitatis et sunt inter comoedias ac tragoedias
mediae. Quantum disertissimorum versuum inter mimos iacet ! Quam multa
Publilii non excalceatis, sed coturnatis dicenda sunt !&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En voici la traduction de Noblot, revue par Veyne:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Tu me demanderas peut-être pourquoi je fais tant de belles citations
d'Epicure plutôt que de nos auteurs. Mais pourquoi toi-même regarderais-tu ces
pensées comme propriétés d'Epicure, non du public ? Combien de poètes
disent le mot que les philosophes ont dit ou devraient dire ! Je ne
toucherai pas au genre tragique non plus qu'à notre genre national de la
&amp;quot;togata&amp;quot;, qui comporte, lui aussi, du sérieux et tient par là le milieu entre
la comédie et la tragédie. Mais combien de vers d'une frappe admirable enfouis
dans la collection de nos mimes ! Que de pensées de Publilius qui
devraient avoir pour interprètes non des pitres déchaussés, mais des tragédiens
en cothurnes ! &amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sénèque semble avoir un sens très net de la hiérarchie des genres (à noter
quand même que dans le texte latin aucun mot ne signifie genre). Il met les
tragédies au-dessus des comédies et les comédiens sans cothurne (excalceatis)
au-dessous de ceux qui en portent. Il distingue aussi nettement les philosophes
des poètes. Mais il apparaît qu'une telle hiérarchie est sociale et qu'on ne
doit pas en induire une hiérarchie des contenus. Ce qu'on attend de la bouche
d'un philosophe est dit par un poète ou (à un degré plus bas) ce qui est dit
par un auteur de comédies aurait dû être dit par un tragédien. Il arrive aussi
que la même chose soit formulée par des représentants de genres différents (par
exemple les philosophes et les poètes). C'est précisément ce qui unit Epicure
aux stoïciens et permet donc que Sénèque le cite sans pour autant prêter
allégeance à une école philosophique rivale. Mais quelle est cette chose qui
est dite ça et là sans que ceux qui devraient la dire ne la disent
nécessairement alors que ceux qui pourraient ne pas la dire la disent bel et
bien ? Il s'agit simplement de la vérité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vérité n'est pas le monopole d'une école philosophique, ni même des
philosophes. Aussi n'est-ce pas dans les lieux les plus prestigieux socialement
qu'on est assuré de l'entendre. Mais pourquoi alors se convertir à la
philosophie stoïcienne si la vérité ne sort pas seulement de la bouche des
stoïciens ? On peut penser que si l'accès à des vérités fragmentaires
n'est conditionné par aucune ascèse, par aucune discipline d'école, en revanche
l'accès à la vérité totale est, lui, réservé au philosophe stoïcien. C'est
d'ailleurs seulement à partir de la possession complète de la vérité qu'il peut
repérer dans des bouches socialement moins dignes que celle du philosophe,
voire tout à fait indignes, des phrases qui déparent par leur justesse de
l'ensemble où elles se trouvent mais qui seraient tout à fait à leur place dans
une oeuvre stoïcienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui laisse supposer en chacun, qu'il soit haut ou bas dans l'échelle
sociale, une raison qui lui donne accès à des vérités intemporelles. Reste que
Sénèque s'interdit d'aller prendre (non attingam) des vérités remarquables dans
des oeuvres d'un rang social inférieur à celles des philosophes. Comme s'il y
avait une tension entre ce que la lucidité philosophique d'une part et les
usages établis d'autre part commandent de faire.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Stiegler et les limaces: un trait cynique ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2009/05/26/Stiegler-et-les-limaces%3A-un-trait-cynique</link>
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    <pubDate>Tue, 26 May 2009 17:02:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Dans &lt;strong&gt;Réenchanter le monde. La valeur esprit contre le populisme
industriel&lt;/strong&gt; (Flammarion 2006), Bernard Stiegler écrit:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Nous savons que, dans les décennies qui viennent, la Terre et ses
habitants, les êtres humains, devront &lt;em&gt;faire preuve comme jamais&lt;/em&gt; -
individuellement et collectivement - de l'intelligence du monde et du sens des
responsabilités qui, en principe, les définissent comme êtres humains plutôt
que comme limaces ubuesques.&amp;quot; (p.14)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &amp;quot;limaces ubuesques&amp;quot; sonne cynique à mes oreilles.&lt;br /&gt;
Je pense entre autres à:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; A la vue d'une femme qui passait en litière, il (Diogène) fit cette
remarque: &amp;quot;La cage ne convient pas à la bête&amp;quot;.&amp;quot; ( Diogène Laërce VI 52)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est peut-être pas un hasard. Stiegler partagerait avec les Cyniques une
certaine hauteur.&lt;br /&gt;
Perceptible dans ce jugement par exemple:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Nous, les humains du début du 21ème siècle, nous savons qu'il nous faut
devenir plus lucides, plus spirituels et plus responsables que jamais, et nous
savons en même temps que jamais l'humanité n'a été aussi aveugle, abrutie et
irresponsable.&amp;quot; (p.17)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me demande si on ne pourrait pas tout aussi bien soutenir que l'humanité
n'a jamais été aussi clairvoyante, éclairée et responsable.&lt;br /&gt;
Faiblesse de ces jugements-là ?&lt;br /&gt;
A ma connaissance, la critique cynique n'avait pas en tout cas cette dimension
planétaire et apocalyptique.&lt;br /&gt;
En plus, à la différence de celle de Stiegler, radicale mais non
révolutionnaire ( &amp;quot;il faut en effet que le capitalisme (qui n'a pas à ce jour
d'alternative crédible) oeuvre pour l'augmentation de la valeur esprit et
contre la déchéance que constitue le populisme industriel qui le &amp;quot;tire par le
bas&amp;quot; p.20), la critique cynique n'a jamais cherché à changer le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour terminer, noter que &amp;quot;limaces ubuesques&amp;quot; n'est pas complètement
métaphorique, Stiegler suggérant une possible &amp;quot;limacisation&amp;quot; - c'est moi qui
néologise - de l'homme (le populisme industriel vise &amp;quot;à faire de la conscience,
c'est-à-dire du siège de l'esprit, un simple organe réflexe: un cerveau rabattu
au rang d'ensemble de neurones, tels ceux qui contrôlent le comportement des
limaces.&amp;quot; p.10)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Platon vu par Pascal: un rapport avec un texte de Montaigne ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2009/05/19/Platon-vu-par-Pascal-Descartes-Montaigne</link>
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    <pubDate>Tue, 19 May 2009 23:02:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Platon</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;On connaît peut-être ce passage de Pascal:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; On ne s'imagine Platon et Aristote qu'avec de grandes robes de pédants.
C'étaient des gens honnêtes et comme les autres, riant avec leurs amis. Et
quand ils se sont divertis à faire leur loi et leurs politiques, ils l'ont fait
en se jouant. C'était la partie la moins philosophe et la moins sérieuse de
leur vie; la plus philosophe était de vivre simplement et tranquillement. S'ils
ont écrit de politique, c'était comme pour régler un hôpital de fous. Et s'ils
ont fait semblant d'en parler comme d'une grande chose, c'est qu'ils savaient
que les fous à qui ils parlaient pensent être rois et empereurs. Ils entrent
dans leurs principes pour modérer leur folie au moins mal qu'il se peut.&amp;quot; (472
Le Guern)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Guern rappelle que ce fragment fait partie de notes prises par Pascal à
la lecture de la Lettre-Préface des &lt;strong&gt;Principes de philosophie&lt;/strong&gt;
de Descartes. Ce dernier écrit à leur propos:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Les premiers et les principaux (philosophes) dont nous ayons les écrits
sont Platon et Aristote, entre lesquels il n'y a eu autre différence sinon que
le premier, suivant les traces de son maître Socrate, a ingénument confessé
qu'il n'avait encore rien pu trouver de certain, et s'est contenté d'écrire les
choses qui lui ont semblé être vraisemblables, imaginant à cet effet quelques
principes par lesquels il tâchait de rendre raison des autres choses: au lieu
qu'Aristote a eu moins de franchise; et bien qu'il eût été vingt ans son
disciple, et qu'il n'eût point d'autres principes que les siens, il a
entièrement changé la façon de les débiter, et les a proposés comme vrais et
assurés, quoiqu'il n'y ait aucune apparence qu'il les ait jamais estimés tels.
Or, ces deux hommes avaient beaucoup d'esprit et beaucoup de la sagesse qui
s'acquiert par les quatre moyens précédents (&lt;em&gt;Descartes les a énumérés: &amp;quot;les
notions qui sont si claires d'elles-mêmes qu'on les peut acquérir sans
méditation&amp;quot;, &amp;quot;tout ce que l'expérience des sens fait connaître&amp;quot;, &amp;quot;la
conversation des autres hommes&amp;quot;, &amp;quot;la lecture (...) (des livres) qui ont été
écrits par des personnes capables de nous donner de bonnes instructions&amp;quot;&lt;/em&gt;),
ce qui leur donnait beaucoup d'autorité.&amp;quot; (La Pléiade p.560).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est étonnant comme le lien entre les deux textes est lâche. En revanche un
passage de Montaigne tiré de l'&lt;strong&gt;Apologie de Raimond Sebond&lt;/strong&gt;
(&lt;strong&gt;Essais&lt;/strong&gt; II XII) a une certaine ressemblance avec le passage de
Pascal:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; (a 1580) Je ne me persuade pas aysement qu'Epicurus, Platon et Pythagoras
nous ayent donné pour argent contant leurs Atomes, leurs Idées et leurs
Nombres. Ils estoient trop sages pour establir leurs articles de foy de chose
si incertaine et si debatable. Mais, en cette obscurité et ignorance du monde,
chacun de ces grands personnages s'est travaillé d'apporter un telle quelle
image de lumiere, et ont promené leur ame à des inventions qui eussent au moins
une plainte et subtile apparence: (c 1595) pourveu que, toute fausse, elle se
peust maintenir contre les oppositions contraires: &amp;quot;unicuique ista pro ingenio
finguntur, non ex scientiae vi.&amp;quot; (&lt;em&gt;citation de Sénèque le Rhéteur traduite
ainsi dans l'édition Rat: &amp;quot;ces systèmes sont des fictions du génie de chaque
philosophe et non le résultat de leurs découvertes.&lt;/em&gt;&amp;quot;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage qui suit évoque encore plus nettement Pascal car la référence à
la politique y est désormais explicite:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; (...) Où il (Platon) escrit selon soy, il ne prescrit rien à certes. Quand
il faict le legislateur, il emprunte un style regentant et asseverant, et si y
mesle hardiment les plus fantastiques de ses inventions, autant utiles à
persuader à la commune que ridicules à persuader à soy-mesmes, sachant combien
nous sommes propres à recevoir toutes impressions, et, sur toutes, les plus
farouches et enormes.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Villey voit une source de ce passage dans Laërce (III 80):&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; 79 Dans ses dialogues, il concevait aussi la justice comme une loi divine,
parce que c'était une incitation plus efficace à agir selon la justice pour ne
pas être châtié, même après la mort, comme malfaiteur. 80 Voilà pourquoi il
apparaît à certains trop friand de mythes. Il a introduit ce genre de récits
dans ses oeuvres, pour retenir les hommes de commettre l'injustice, en leur
rappelant que nous ne savons rien de précis sur ce qui advient après la mort.&amp;quot;
(Ed. Goulet-Cazé p.447)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>In memoriam canium (10): Avidienus ou le manger rance.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2009/05/15/In-memoriam-canium-10%3A-Avidienus</link>
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    <pubDate>Fri, 15 May 2009 09:11:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Garcia et Villalobos (2008) ne le mentionnent même pas...&lt;br /&gt;
Néanmoins Marie-Odile Goulet-Cazé lui consacre la notice suivante dans le
&lt;strong&gt;Dictionnaire des philosophes antiques&lt;/strong&gt; (1994):&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; On croit reconnaître un cynique dans le personnage, inconnu par ailleurs,
qu'évoque Horace dans sa &lt;em&gt;Satire&lt;/em&gt; II, 2, v.55-62. Cet Avidienus, &amp;quot;à qui
s'attache le surnom bien mérité de Chien&amp;quot; mène une vie des plus sordide,
qu'Horace se plaît à décrire avec des détails concrets de la vie quotidienne:
il mange des olives vieillies de cinq ans, boit du vin tourné et cuisine avec
de l'huile rance et du vieux vinaigre...&amp;quot; (p.688)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son &lt;strong&gt;Ascèse cynique&lt;/strong&gt; (1986), Goulet-Cazé le classait
dans les cyniques dont l'existence historique est attestée.&lt;br /&gt;
Voyons d'abord les vers d'Horace (il vient de longuement dénoncer celui qui ne
recherche que les nourritures rares et chères, c'est le loup de la fin du
passage)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Avidiénus, à qui le surnom de Chien a été si bien donné, se nourrit
d'olives de cinq ans et de cornouilles sauvages. Il ne met point son vin en
perce avant qu'il soit tourné; et, un lendemain de noces, un jour natal, ou
pour toute autre fête qu'il célèbre vêtu de blanc, il laisse couler lui-même,
sur des choux, goutte à goutte, d'une corne qui en contient deux livres, une
huile dont tu ne pourrais supporter l'odeur, mais non pas avare de vinaigre
vieux. De quel régime usera donc le sage? qui imitera-t-il des deux? Ici menace
le loup, là le chien, comme on dit. &amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la traduction que Leconte de Lisle a donnée de:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;(...) Auidienus,&lt;br /&gt;
cui Canis ex uero dictum cognomen adhaeret,&lt;br /&gt;
quinquennis oleas est et siluestria corna&lt;br /&gt;
ac nisi mutatum parcit defundere uinum et&lt;br /&gt;
cuius odorem olei nequeas perferre, licebit&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ille repotia, natalis aliosue dierum&lt;br /&gt;
festos albatus celebret, cornu ipse bilibri&lt;br /&gt;
caulibus instillat, ueteris non parcus aceti.&lt;br /&gt;
quali igitur uictu sapiens utetur et horum&lt;br /&gt;
utrum imitabitur? hac urget lupus, hac canis, aiunt.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dommage que Montaigne, qui aimait et citait tant Horace, n'ait pas fait un
sort à cet obscur cynique...&lt;br /&gt;
A mes yeux, Avidienus exemplifie davantage l'avarice pathologique que le
cynisme mais d'un côté c'est normal qu'Horace à la sensiblité plutôt
épicurienne - au sens large - peigne le mode de vie d'un adversaire
philosophique sous les traits d'un défaut. Et puis y a-t-il vraiment des
conduites qui exemplifient le cynisme ? Ne serait-ce pas plutôt des
raisons ?&lt;br /&gt;
Ce qui fera l'unité d'un cynique se comportant comme un dépensier ou comme un
avare ou en suivant le juste milieu, ce sera la justification. Alors que
pourrait-on mettre dans la bouche d'Avedienus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;Olives pourries, huile rance, qu'importe ! Je ne me nourris ni pour le
plaisir ni pour vous faire envie ! Si seulement chacun d'entre vous
pouvait se contenter de ce que mangent les chiens errants !&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petite question érudite: qu'est-ce qui permet à Marie-Odile Goulet-Cazé
d'assurer qu'Avidienus n'est pas une fiction ? Si on ne dispose d'aucune
source ? Serait-ce qu' Horace a comme habitude de ne mentionner que des
personnes réelles ? Aïe, là encore, je n'en sais pas assez...&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Socrate à la mesure de Montaigne.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2009/05/14/Montaigne-et-Socrate</link>
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    <pubDate>Thu, 14 May 2009 21:42:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Socrate</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Hugo Friedrich dans son &lt;strong&gt;Montaigne&lt;/strong&gt; écrit que &amp;quot;le Socrate
qu'il (Montaigne) évoque si souvent dans les &lt;em&gt;Essais&lt;/em&gt; n'a pas une
physionomie grecque, mais des traits humains, plus exactement des traits à la
Montaigne&amp;quot; (p.56 Tel Gallimard). Ce qui implique une certaine liberté
d'interprétation par rapport aux textes ( je voudrais d'ailleurs bientôt
préciser que Montaigne ne lit pas Sénèque comme ce dernier lit ses classiques,
Epicure par exemple ).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en a une idée dans une citation que Montaigne fait de Xénophon (
&lt;strong&gt;Essais&lt;/strong&gt; Livre III chap. V):&lt;br /&gt;
Il vient de mettre en évidence le bénéfice de l'amour physique pour un homme
âgé:&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Je l'estime salubre, propre à desgourdir un esprit et un corps poisant;
et, comme médecin, l'ordonnerois à un homme de ma forme et condition, autant
volontiers qu'aucune autre recepte, pour l'esveiller et tenir en force bien
avant dans les ans, et le retarder des prises de la vieillesse. Pendant que
nous n'en sommes qu'aux fauxbourgs, que le pouls bat encores, (...) nous avons
besoing d'estre sollicitez et chatouillez par quelque agitation mordicante
comme est cette-cy. Voyez combien elle a rendu de jeunesse, de vigueur et de
gaieté au sage Anacréon&amp;quot;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors au tour de Socrate d'être mobilisé:&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Et Socrates, plus vieil que je ne suis, parlant d'un object amoureux:
&amp;quot;M'etant, dict-il, appuyé contre son épaule de la mienne et approché ma teste à
la sienne, ainsi que nous regardions ensemble dans un livre, je senty, sans
mentir, soudain une piqueure dans l'espaule comme de quelque morsure de beste,
et fus plus de cinq jours depuis qu'elle me fourmilloit, et m'escoula dans le
coeur une demangeaison continuelle.&amp;quot; Un attouchement, et fortuite, et par une
espaule, aller eschauffer et alterer une ame refroidie et esnervée par l'aage,
et la premiere de toutes les humaines en reformation ! Pourquoy non,
dea ? Socrates estoit homme; et ne voulait ny estre, ny sembler autre
chose.&amp;quot; (La Pléiade p.870)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le texte original dit tout autre chose. Le contexte est le suivant:
Critobule étale son amour pour Clinias avant que Socrate n'explique que le père
de Critobule le lui a confié pour le détourner de son amant. C'est alors que
Charmide cherche à mettre Socrate face à ses contradictions:&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Mais pourquoi donc, Socrate, demanda Charmide, nous faire un épouvantail
de la beauté à nous, tes amis, alors que je t'ai vu toi-même, par Apollon, un
jour que vous cherchiez ensemble un passage dans le même livre chez le maître
d'école, approcher ta tête de la tête de Critobule et ton épaule nue de son
épaule nue. Ah ! s'écria Socrate, voilà donc pourquoi pendant plus de cinq
jours j'ai souffert de l'épaule comme si j'avais été mordu par une bête féroce,
et pourquoi je croyais sentir comme une démangeaison au coeur. Mais à présent,
Critobule, ajouta-t-il, je te préviens en présence de tous ces témoins :
garde-toi de me toucher tant que tu n'auras pas autant de poils au menton qu'à
la tête. » C'est ainsi qu'ils mêlaient le plaisant au sérieux.&amp;quot;
(traduction de Chambry 1954).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La différence est tout de même appréciable: c'est Charmide qui accuse
Socrate d'avoir approché Critobule; quant à lui, il s'interdit visiblement de
céder à la tentation (en effet un jeune homme n'est apte à devenir l'aimé
qu'avant que la barbe ne lui pousse).&lt;br /&gt;
Montaigne certes reconnaît que le contact n'est pas intentionnel (fortuite) et
que les zones touchées ne sont pas érotiques (par une espaule) mais ces
conditions disons défavorables ne font que mieux ressortir et la violence du
désir et les limites de la transformation de soi opérée par Socrate (la
premiere de toutes les humaines en reformation !).&lt;br /&gt;
Il me semble que Montaigne renforce largement ce qui n'est qu'esquissé dans le
texte de Xénophon, une certaine ambiguïté, complaisance de la part de Socrate.
Sans le trahir franchement, il interprète Xénophon dans un sens qui rapproche
ici Socrate de n'importe quel homme et donc de Montaigne lui-même. Cette
banalisation de Socrate est encore visible au fait que Montaigne attribue la
sérénité de Socrate à &amp;quot;une ame refroidie et esnervée par l'aage&amp;quot;, ce qui
suggère moins sagesse que fatigue.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, je ne suis pas assez savant pour savoir si Montaigne a lu une
mauvaise traduction latine de Xénophon (il ne connaissait pas le grec) ou s'il
a mal lu ou mal mémorisé une bonne ! Si un lecteur avait accès à la
traduction que Castellion a donnée en 1545 du &lt;strong&gt;Banquet&lt;/strong&gt; de
Xénophon (merci Pierre Villey !), je lui saurai gré d'avance de bien vouloir
m'éclairer...&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>In memoriam canium (9): Athénodore, un cynique minimaliste ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2009/05/05/In-memoriam-canium-8%3A-Athenodore-Un-cynique-minimaliste</link>
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    <pubDate>Tue, 05 May 2009 19:54:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Une petite notice biographique consacrée par Richard Goulet à Athénodore
prête à réflexions, mais lisons-la en premier lieu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Jeune homme de l’entourage de Proclus (mort en 485), parfaitement
doué pour la philosophie, que le cynique Saloustios persuada, comme bien
d’autres (cf. fr *144) de ne pas s’adonner à la philosophie (Damascius,
&lt;em&gt;V.Isidori&lt;/em&gt;, fr. *145) » (&lt;strong&gt;Dictionnaire des philosophes
antiques&lt;/strong&gt; Tome I p.653)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour quelles raisons Athénodore est-il donc retenu comme philosophe par
Richard Goulet et son équipe de collaborateurs ? On peut en discerner
trois:&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) il appartient à l’entourage d’un philosophe reconnu&lt;br /&gt;
b) il a suivi les leçons au double sens du terme d’un autre philosophe
authentifié&lt;br /&gt;
c) il « est parfaitement doué pour la philosophie »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacune des raisons suffirait, les trois emportent la décision. Reste que si
Athénodore est donc désormais, socio-institutionnellement pour ainsi dire, un
philosophe, son identité est énigmatique.&lt;br /&gt;
D’abord est-il néo-platonicien (pour avoir été de l’entourage de
Proclus) ? Cynique (pour avoir agi d’après les conseils de
Saloustios) ? Cynico-néo-platonicien ?&lt;br /&gt;
Ensuite poussons plus loin l’interrogation. A-t-il en fin de compte une
identité philosophique ? Pour répondre à une telle interrogation, il faut
se demander si « être parfaitement doué pour la philosophie » veut
dire « avoir comme propriétés toutes les potentialités du
philosophe » ou « avoir actualisé toutes les potentialités en
question ».&lt;br /&gt;
On est tenté de pencher pour la première solution si on considère que s’adonner
à la philosophie signifie développer les potentialités philosophiques mais on
retiendra la seconde si on interprète s’adonner à la philosophie comme voulant
dire exercer les capacités actuelles du philosophe.&lt;br /&gt;
Dans le cas de la première solution, la question est de savoir si, dans
l’ensemble des potentialités philosophiques, il y en a de divers types :
potentialités cyniques, potentialités néo-platoniciennes etc. Si c’était le
cas, je pourrais soutenir qu’Athénodore était un cynique en herbe et que le
refus de s’adonner à la philosophie a actualisé une potentialité cynique (par
exemple la disposition à ne pas faire ce qu’on s’est proposé de faire) :
par ce refus même Athénodore serait un philosophe cynique achevé (se pose ici
un problème : à partir de combien d’actes cyniques est-on un philosophe
cynique ? Ici on admet qu’un seul suffit)&lt;br /&gt;
Dans le cas de la deuxième solution, Athénodore est déjà philosophe avant de
cesser de l’être. Mais en cessant de l’être d'une certaine manière
continue-t-il de l’être d'une autre manière ? Si on répond par oui, on
fait une distinction entre s’adonner à la philosophie et être philosophe (un
disciple de Wittgenstein pourrait ainsi opposer s’adonner à la philosophie au
sens de participer la vie philosophique universitaire à être philosophe au sens
de cesser de prendre au sérieux les problèmes philosophiques universitaires).
Si on répond par non, ne plus s’adonner à la philosophie veut dire mener une
vie ordinaire avec des raisons ordinaires. Néanmoins, vu que ce refus de
philosopher est une conversion philosophique, Athénodore aurait choisi pour une
raison philosophique de mener une vie ordinaire aux prises avec les questions
ordinaires.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble finalement justifié, malgré les apparences, d’inclure Athénodore
dans la liste des philosophes. Son refus de philosopher est soit
l’actualisation de ses potentialités soit la manifestation de cette
actualisation (la maturité philosophique s’exprimant paradoxalement par la
cessation de la vie philosophique conventionnelle ou par celle de la vie
philosophique tout court).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne prétends pas cependant avoir exploré toutes les interprétatons
possibles de cette brévissime mais stimulante notice biographique.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2009/05/05/In-memoriam-canium-8%3A-Athenodore-Un-cynique-minimaliste#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Le garçon de café stoïcien.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2009/04/24/Le-garcon-de-cafe-stoicien</link>
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    <pubDate>Fri, 24 Apr 2009 11:44:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Stoïcisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Les Stoïciens opèrent une réduction des choses à leurs constituants
objectifs afin de les détacher de toutes les propriétés qui font courir le
risque à celui qui les reconnaît de perdre le contrôle de lui-même.&lt;br /&gt;
Ainsi un garçon de café stoïcien devrait réduire un pourboire à une quantité de
métal.&lt;br /&gt;
En effet, vu qu’on ne peut pas passer de « ce pourboire n’est pas très
généreux » à « cette quantité de métal n’est pas très généreuse », la
mesquinerie des clients le laisserait impassible. Cependant s’il opérait une
telle réduction systématiquement, il ne pourrait pas accomplir sa fonction
sociale comme il se doit, ce à quoi s’oblige pourtant tout stoïcien. Par
exemple remercier le client généreux (ce qu’on attend de tout garçon honoré
d’un pourboire généreux) implique l’identification de ce qui est laissé par le
client comme pourboire généreux.&lt;br /&gt;
Le garçon de café stoïcien paraît donc condamné à un va-et-vient entre
réduction et identification coutumière. L’identification coutumière serait
requise chaque fois qu’elle conditionnerait l’accomplissement correct de la
tâche (ainsi dans un grand restaurant le serveur malhabile qui souillerait la
nappe de gouttes de vin ne devrait pas réduire les traces à des modifications
chimiques) ; en revanche la réduction serait impérative chaque fois
qu’elle conditionnerait le contrôle de soi. Il y a alors une tension forte
entre les deux attitudes car le contrôle de soi professionnel va dans le sens
inverse du contrôle de soi éthique, vu que la réduction dessert le premier et
sert le second.&lt;br /&gt;
On peut résoudre à première vue la contradiction en envisageant que le garçon
de café fasse comme s’il reconnaissait la valeur du pourboire, comme s’il avait
honte d’avoir taché la nappe etc. On peut cependant se demander dans quelle
mesure ne pas tenir pour vraies les croyances inhérentes à l’exercice d’une
profession n’est pas un obstacle à l’exercice en question. Entre quelqu’un qui
joue au garçon de café et un garçon de café, il n’y a pas peut-être pas
seulement la différence intérieure qu’on pourrait apprécier variablement selon
qu’on reconnaît ou non la valeur des habitus, il y a peut-être aussi différence
objective dans l’accomplissement de la fonction ( peut-on désirer faire quelque
chose sans tenir pour vraies toutes les croyances qui justifient le faire en
question ?).&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>In memoriam canium (8): Asclépiade, sacrilège malgré lui.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2009/04/22/In-memoriam-canium-8%3A-Asclepiade</link>
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    <pubDate>Wed, 22 Apr 2009 13:36:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;L'empereur romain Julien (332-363), élevé dans le christianisme et converti
au paganisme, était hostile à ses contemporains qui se présentaient comme
cyniques. En effet il les jugeait infidèles au cynisme originaire. Ainsi dans
son &lt;strong&gt;7ème discours dirigé contre Héracléios&lt;/strong&gt;, qu'il a entendu
lors d'une conférence bafouer Héraclès et Dionysos (à noter en passant la
figure inhabituelle du cynique conférencier), il fait l'éloge de Diogène qui
serait venu à Olympie pour y honorer Apollon. Autant que Cratès, Diogène est
identifié par Julien à un homme pieux qui s'en est seulement pris aux simagrées
religieuses tout en menant une vie morale vertueuse inspirée par le respect des
Dieux. Ainsi, se référant à Cratès, écrit-il:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; La sainteté de ses moeurs lui suffisait pour adresser aux dieux ses
actions de grâces et il enseignait aux autres à préférer, dans les dévotions,
non les dépenses à la sainteté mais la sainteté aux dépenses&amp;quot; (&lt;strong&gt;Les
Cyniques grecs&lt;/strong&gt; Léonce Paquet 1988 p.275)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anti-chrétien, Julien compare les pseudo-cyniques à ceux des Galiléens qui
renoncent au monde mais qui &amp;quot;n'abandonnent pas grand-chose, ramassent vraiment
beaucoup, ou plutôt ramassent tout, de tous côtés, à quoi ils ajoutent les
honneurs, les soldats d'escorte et les petits soins&amp;quot; (ibid. p.277). Autant chez
les cyniques que chez les chrétiens renonçants, il dénonce &amp;quot;le même abandon de
la patrie&amp;quot;: &amp;quot;vous rôdez en tout lieu&amp;quot; écrit-il à Héracléios. C'est alors que
Julien énumère quelques-uns de ces déracinés venus en 362 lui rendre visite à
Constantinople:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;On a vu arriver Asclépiade, puis Sérénianus, puis Chytron, puis je ne sais
quel garçon blond et tout en longueur, puis toi et d'autres - deux fois autant
- qui vous accompagnaient: quel bien, en réalité, est-il résulté de votre
venue, mes bons amis ?&amp;quot; (p.278)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Sérénianus comme de Chytron, on ne sait quasi rien. En revanche
Asclépiade mérite de retenir l'attention.&lt;br /&gt;
La première raison est qu'il ressemble à Antiochus de Cilicie. Aux yeux de Dion
Cassius comme à ceux de Julien, ils sont tous deux des cyniques dégénérés. A
dire vrai, le cas &amp;quot;Asclépiade&amp;quot; paraît encore moins défendable que celui
d'Antiochus car on ne peut lui attribuer aucune action de type cynique, même
sous forme de remake passablement ennuyeux.&lt;br /&gt;
Pourtant Asclépiade a causé un fait d'importance: l'incendie du temple
d'Apollon à Daphné; mais il ne l'a pas fait intentionnellement. C'est
l'historien romain Ammien Marcellin (330-395) dans ses &lt;strong&gt;Res
Gestae&lt;/strong&gt; qui en fait le récit:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; La même année, le 11 des calendes de novembre, le vaste temple d'Apollon,
élevé à Daphné par le violent et cruel monarque Antiochus Épiphane, et cette
statue du dieu, égale en grandeur à la figure de Jupiter Olympien, devinrent la
proie d'un incendie. (2) Ce désastre irrita singulièrement l'empereur, qui
ordonna l'enquête la plus sévère, et fit fermer l'église cathédrale d'Antioche.
Il soupçonnait les chrétiens de cet attentat, où les aurait poussés leur dépit
de voir entourer le temple d'un magnifique péristyle. (3) On attribuait
toutefois, quoique assez vaguement, ce malheur à une cause purement
accidentelle. Le philosophe Asclépiade, dont le nom est cité dans l'histoire de
Magnence, pendant un voyage qu'il fit pour voir Julien, étant allé visiter le
temple, avait déposé, disait-on, aux pieds de la colossale statue une figurine
en argent de la mère des dieux, qu'il avait, suivant l'usage, entourée de
cierges allumés, et ne s'était retiré que vers le milieu de la nuit, heure où
personne n'était là pour porter secours. Or, les flammèches des cierges avaient
gagné les parois du temple, que leur vétusté rendait au dernier degré
susceptibles de prendre feu; et tout l'édifice, malgré son élévation
prodigieuse, avait été en un instant réduit en cendres.&amp;quot; (22-13)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait est étrange car un tel incendie exemplifie radicalement l'accusation
portée par Julien contre les cyniques et en revanche la religiosité
d'Asclépiade est totalement contradictoire par rapport au texte de Julien. Si
on était psychanalyste, on serait porté à parler d'acte manqué, comme si le
désir iconoclaste du cynique se réalisait malgré sa volonté de donner des gages
à l'empereur auquel il est venu se présenter.&lt;br /&gt;
Garcia et Villalobos proposent l'interprétation suivante qu'à vrai dire je ne
trouve pas lumineuse mais elle a le mérite au moins de ne pas être
d'inspiration psychanalytique:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Ceci nous offre, pour la première fois, à notre connaissance, la curieuse
figure d'un cynique pieux et pratiquant, ce qu'il convient de voir comme un
signe des temps, bien qu'il s'agisse d'une divinité de type naturel et
cosmique, en relation probablement avec sa province d'origine. Peut-être
symbolisait-elle pour Asclépiade la conception cynique du monde et, en tant que
croyance, elle ne paraît pas être très distante de celle du soleil, le dieu à
la fois naturel et mystique de Julien et de ses ancêtres. Il semble possible de
déduire de ce genre de données, comme un fait certain à cette époque, le
commencement de l'abandon général de la religion des dieux olympiens
traditionnels en faveur des croyances locales et personnelles ou, sinon
chrétiennes.&amp;quot; (&lt;strong&gt;Los filósofos cínicos y la literatura moral
serio-burlesca&lt;/strong&gt; Vol II p.1093-1094)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces lignes embarrassées me paraissent fournir au moins trois raisons
incompatibles entre elles: a) le provincialisme - mais en quoi Apollon est-il
un dieu local ? - b) l'allégorie c) la religion personnelle.&lt;br /&gt;
Peu importe, Asclépiade a malgré lui dans le texte d'Ammien Marcellin illustré
à la merveille l'accusation portée contre sa secte dans le texte de Julien.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>A la grecque !!  de Guillaume Clayssen (2): une oeuvre et théâtrale et philosophique.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2009/04/19/A-la-grecque-2</link>
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    <pubDate>Sun, 19 Apr 2009 21:38:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Digressions</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;J'ai vu et aimé &lt;strong&gt;A la grecque !!&lt;/strong&gt;, le spectacle théâtral créé
par Guillaume Clayssen, joué d'abord au théâtre de Suresnes et au programme
désormais de la &lt;a href=&quot;http://www.maisondesmetallos.org/A-la-grecque.html&quot;&gt;Maison des
Métallos&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
En effet il n'est pas donné de monter une pièce philosophique sans tomber dans
le double écueil de la pièce didactique ou de l'oeuvre à thèse. Il n'y a en
effet de théâtralité que si les comédiens ne sont pas simplement des
porte-paroles. Mais la pièce ne peut être philosophique que si elle donne à
penser philosophiquement. Le problème se pose donc ainsi: comment faire penser
philosophiquement par le biais d'une oeuvre théâtrale en sachant qu'il ne faut
absolument pas qu'à la fin le spectateur réduise la pièce à un cours ou à une
thèse ?&lt;br /&gt;
Pour atteindre cette fin, Guillaume Clayssen a joué entre autres avec les
ténèbres et la clarté; la lumière ne se substitue jamais à l'obscurité mais se
contente de la trouer ponctuellement et même quand l'allégorie de la Caverne
est mise en scène, le Soleil éclatant n'est jamais donné à voir. La philosophie
ne tranche pas avec le mythe comme le jour avec la nuit, la lumière qui éclaire
le combat des héros homériques n'est pas plus discrète que celle qui donne à
voir le dialogue de Socrate avec le sophiste. Comme si rien d'évidemment
lumineux n'était jamais dit par quiconque. La mise en scène de Guillaume
Clayssen n'exemplifie pas les Lumières, elle est plutôt d'une époque où les
clartés, toujours douteuses peut-être, ne sont jamais définitives et ne percent
que temporairement et fragilement la nuit omniprésente.&lt;br /&gt;
Mais que donne à voir cette lumière rare? Des corps. Il va de soi en effet que
Guillaume Clayssen ne considère pas les philosophes comme des esprits mais leur
donne des corps visibles et ordinaires, autant d'ailleurs qu'aux combattants
homériques. Et ces corps de tous les jours ne sont pas hissés à des hauteurs où
ils ne pourraient paraître en fait que de bien ridicules sosies. En effet on ne
peut plus représenter Socrate en héros martyrisé et sublime de la Pensée, il ne
faut plus chercher à rivaliser avec les vagues souvenirs que laissent les
représentations grandioses. Ne pensez pas pourtant que Guillaume Clayssen a
choisi la parodie et la dérision. Ces corps ont de la tenue et quand il s'agit
par exemple de jouer les morts de Diogène le Cynique, l'équilibre est trouvé
entre le corps trop charnel et le corps excessivement stylisé. Si Diogène
vomit, le spectateur voit quelque chose qui n'est réaliste ni symbolique. Il en
va de même de la nudité des comédiens, qui n'est ni le dévoilement de leur
anatomie particulière ni l'allégorie d'une attitude philosophique. On réalise
que Guillaume Clayssen, s'il a donné leur part aux affects, n'a jamais souhaité
qu'ils explosent au point de faire disparaître les concepts.&lt;br /&gt;
N'en doutons pas: cette pièce est d'un homme qui n'oublie pas que les discours
philosophiques sont articulés par des êtres vivants et désirants mais qui est
certain aussi que les textes qu'ils profèrent vont bien au-delà de l'expression
idiosyncrasique de leurs particularités contingentes.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>In memoriam canium (7): Antiochus de Cilicie, un cynique enrégimenté.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2009/04/19/In-memorian-canium%3A-Antiochus-de-Cilicie</link>
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    <pubDate>Sun, 19 Apr 2009 16:59:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Antiochus de Cilicie (ca 215) est une énigme. Le seul texte qui le mentionne
est un passage de l'historien Dion Cassius (&lt;strong&gt;Histoire romaine&lt;/strong&gt;
77 19-1) repris au 10ème siècle par la &lt;strong&gt;Suda&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
N'ayant pas accès au texte original de Dion Cassius, je dispose de deux
traductions légèrement contradictoires concernant son engagement cynique.
D'abord celle d'Odile Goulet-Cazé qui, dans l'article du &lt;strong&gt;Dictionnaire
des philosophes antiques&lt;/strong&gt; qu'elle lui a consacré, écrit qu' &amp;quot;au début
il jouait au philosophe cynique&amp;quot;; ensuite celle (en espagnol) fournie par
l'édition récente de García et Villalobos (Madrid Akal 2008): &amp;quot;au début il
s'était proposé d'exercer la philosophie à la mode cynique&amp;quot;. Il est vrai que le
verbe grec πλάττω signifie feindre, s'en faire accroire. Il paraît donc
raisonnable de privilégier la traduction de Goulet-Cazé: on aurait donc affaire
moins à un cynique authentique qu'à un imitateur (surgit un problème à cette
occasion: quel est le critère permettant de distinguer l'un de l'autre vu que
par essence le comportement cynique est un comportement ostentatoire ? Les
Cyniques sont en effet des philosophes de l'extériorité, ils n'ont pas
d'intériorité secrète car ils ne cessent de montrer publiquement ce qu'ils sont
au fond d'eux-mêmes).&lt;br /&gt;
Cependant, quand on joue au cynique, il paraît logique d'imiter les vrais;
c'est en un sens ce que fait effectivement Antiochus. Laërce rapporte en effet
que Diogène &amp;quot;l'été se roulait sur du sable brûlant, tandis que l'hiver, il
étreignait des statues couvertes de neige, tirant ainsi profit de tout pour
s'exercer&amp;quot; (VI 23). Or Antiochus se jette dans la neige et s'y roule. Cependant
le contexte donne un sens différent à l'action: en effet Diogène s'exerçait à
rendre son corps insensible et par là même à parvenir à une maîtrise totale de
soi; Antiochus lui entraîne l'armée romaine: celle-ci, découragée par le froid
dans le cadre de la guerre contre les Parthes, retrouve de la force à être
témoin de ses excentricités, comme si marcher dans la neige n'était pas grand
chose comparé à l'immersion extrême à laquelle se livre Antiochus.&lt;br /&gt;
On est habitué à penser le cynique comme isolé dans une forme de militantisme
hostile à tout embrigadement, on le trouve ici (mais n'oublions pas qu'il
s'agit peut-être d'un faux) incorporé à une armée à laquelle d'une certaine
manière il ouvre la voie. La logique protestataire individuelle est récupérée
par l'institution militaire ! Ça semble d'autant plus défendable
qu'Antiochus reçoit en échange de sa résistance thermique de l'argent et des
honneurs, qu'il accepte et qui lui montent à la tête - je suis ici de près le
texte de Dion Cassius - au point qu'il déserte et va rejoindre l'ennemi,
c'est-à-dire les Parthes. Voulait-il donc vendre à plus offrant son
insensibilité ? En aucune manière le texte de Dion Cassius ne justifie
l'hypothèse. Reste que sa désertion n'est pas une péripétie: en effet
l'empereur romain met comme condition à la fin de la guerre la livraison par
les Parthes d'Antiochus, ce qui eut lieu.&lt;br /&gt;
Si Antiochus n'était pas suspect d'avoir été un simulacre de cynique, on
pourrait interpréter sa désertion comme une manifestion de détachement et
d'indifférence, comme si être successivement d'un camp puis de l'autre
signifiait la conscience de la vanité de tout camp. Il aurait alors trouvé son
inspiration par exemple dans le comportement de Diogène tel que Laërce le
décrit en VI 29: &amp;quot;il louait également ceux qui s'apprêtaient à vivre dans la
compagnie desprinces et qui ne s'en approchaient pas&amp;quot;. Antiochus qui se serait
apprêté à servir la cause romaine et qui s'en serait détourné...&lt;br /&gt;
Sont-ce des rêveries ? Qui sait ? La même Odile Goulet-Cazé qui en
1994 émet en traduisant Dion Cassius des réserves sur la valeur du cynisme
d'Antiochus était celle qui en 1986 dans &lt;strong&gt;L'ascèse cynique&lt;/strong&gt;
comptait Antiochus au nombre des 81 Cyniques dont l'existence historique est
attestée. Il n'était donc pas alors un simple poseur.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2009/04/19/In-memorian-canium%3A-Antiochus-de-Cilicie#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>In memoriam canium (6): Anaximène de Lampsaque.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2009/04/01/In-memoriam-canium-6%3A-Anaximene-de-Lampsaque2</link>
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    <pubDate>Wed, 01 Apr 2009 14:04:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;em&gt;A Lara R. qui m'a aidé, entre autres, pour une traduction.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ne lire que Diogène Laërce, on ne penserait pas qu'Anaximène de Lampsaque
appartienne à l'école cynique. On ne lui attribuerait en effet que trois
propriétés, précisément l'éloquence, l'obésité et la capacité à s'indigner:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Diogène s'approcha de l'orateur Anaximène qui était obèse et lui dit:
&amp;quot;Donne-nous un morceau de ton ventre, à nous les mendiants. Toi, tu te sentiras
plus léger et nous, tu nous rendras service&amp;quot;. Un jour que cet orateur
prononçait un discours, Diogène brandit un hareng saur et détourna les
auditeurs. Devant l'indignation d'Anaximène, il dit: &amp;quot;Un hareng saur d'une
obole a mis fin au discours d'Anaximène&amp;quot; (DL VI 52 éd. Goulet-Cazé)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de la deuxième anecdote, on relèvera que la description que Diogène
fait de la situation ne ridiculise Anaximène et son discours qu'au prix d'être
tout à fait incorrecte. Rectifiée (&amp;quot;Diogène brandissant un hareng saur a
détourné d'Anaximène ceux qui l'écoutaient &amp;quot;), elle réduit Diogène à un
trublion et laisse intacte la question de la valeur des paroles
prononcées...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes que livrent Martin García et Macías Villalobos dans &lt;strong&gt;Los
filósofos cínicos y la lilteratura serioburlesca&lt;/strong&gt; (Akal/Clásica 2008)
donnent à Anaximène une identité plus riche et plus intéressante.&lt;br /&gt;
Lui aussi professeur d'Alexandre le Grand, comme Aristote et Philiscos, il a
écrit une &lt;strong&gt;Rhétorique à Alexandre&lt;/strong&gt; et une &lt;strong&gt;Histoire
grecque&lt;/strong&gt;(semblable en cela à Onésicrite). Ces textes sont bien sûr
perdus mais on doit au doxographe Stobée (5ème siècle) quelques citations qui
retiennent l'attention (je les traduis de la traduction espagnole):&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Nous avons l'habitude d'appeler hasard ce qui dans la vie a été mal
calculé par les hommes, parce que si nous dirigions tout correctement avec
notre esprit, le nom de hasard n'existerait pas&amp;quot; (II, 8, 17)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Les riches n'ont pas l'habitude de s'apitoyer autant sur les malheureux
que les pauvres , car ceux-ci compatissent aux malheurs des autres parce qu'ils
craignent qu'ils ne leur arrivent.&amp;quot; (IV, 33, 21)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Les plaisirs affaiblissent les vieillards intelligents autant qu'ils
développent chez eux en sens contraire les désirs des argumentations et leur
fournit une plus grande fermeté pour dire ce qui est utile aux autres et
l'entendre d'eux. Ainsi donc on peut voir que les plaisirs qui viennent de la
nourriture, de la boisson et du sexe ne les satisfont pas tant sur le moment
qu'ils ne les affligent après. En revanche le plaisir de l'argumentation et la
connaissance les satisfont immédiatement et disposent ceux qui apprennent, à
être bien disposés pour le reste de leur vie&amp;quot; (IV 50, 91)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2009/04/01/In-memoriam-canium-6%3A-Anaximene-de-Lampsaque2#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>In memoriam canium (5): chiens cyniques, chiens bactriens, chiens de Priam.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2009/03/28/In-memoriam-canium-5%3A-chiens-cyniques-chiens-bactriens-chiens-de-Priam</link>
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    <pubDate>Sun, 29 Mar 2009 19:16:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Dans l’histoire du cynisme, il y a deux Onésicrite.&lt;br /&gt;
Du premier, citoyen d’Egine, rien à dire sinon qu’il était le père de Philiscos
et qu’au lieu de détourner ses deux fils de Diogène il s’est comme eux &lt;a href=&quot;http://www.philalethe.net/post/2008/05/02/In-memoriam-canium-2-:-Androsthene-Philiscos-et-Onesicrite-ou-comment-les-familles-au-contact-de-lacide-cynique-se-decomposent-et-se-recomposent&quot;&gt;
soumis à lui&lt;/a&gt; (Diogène Laërce VI 75).&lt;br /&gt;
Le second, Onésicrite d’Astypalée, disciple aussi de Diogène, mérite en
revanche plus d’ attention ; certes je lui ai déjà consacré un &lt;a href=&quot;http://www.philalethe.net/post/2005/03/05/171-un-etrange-cynique-onesicrite-et-les-gymnosophistes&quot;&gt;billet&lt;/a&gt;
mais il est à compléter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait commencer par remarquer qu’à la différence de Diogène il n’ a
pas éconduit Alexandre le Grand mais l’a conduit, comme Philiscos, à sa façon
cependant.&lt;br /&gt;
En effet, d’après Plutarque (&lt;strong&gt;Vie d’Alexandre&lt;/strong&gt; 66 3), il était
le pilote en chef de ceux qui dirigeaient la flotte macédonienne vers l’Inde.
Arrien (&lt;strong&gt;Indica&lt;/strong&gt; 18 9) le fait même pilote du navire
d’Alexandre. En outre il a rédigé une chronique de ce voyage en Inde, cependant
autant Arrien que Strabon l’ont jugé porté à l’exagération, voire menteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le philosophe-chien a rapporté de là-bas de bien étranges choses, que Pline
reprendra dans son &lt;strong&gt;Histoire Naturelle&lt;/strong&gt; (VII 28) comme par
exemple l’existence d’hommes à cinq coudes et à quatre paumes de la main. En
revanche pas de traces qu’il ait mentionné un usage relatif à des chiens et qui
se prête aisément, on le verra, à un usage symbolique.&lt;br /&gt;
C’est Strabon qui en fait état (je traduis le texte de l’espagnol à partir de
la version qu’en donne l’édition García-Villalobos- vol 1 p.458-)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Anciennement, pour sûr, les Sogdiens et les Bactriens ne différaient
pas beaucoup des nomades dans le mode de vie et les coutumes, bien que celles
des bactriens soient un peu plus civilisées. Mais ceux qui suivent Onésicrite
ne racontent pas ce qui est chez eux le plus singulier : en effet, ceux
qui succombent à la vieillesse ou à la maladie ils les jettent vivants à des
chiens spécialement élevés à cette fin, que dans leur langue maternelle ils
appellent croque-morts (sepultureros). Le côté extérieur de la muraille de la
capitale des Bactriens est propre mais la majeure partie de l’intérieur est
pleine d’os humains. Alexandre mit fin à cette coutume »
(&lt;strong&gt;Géographie&lt;/strong&gt; XI 11 3)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la différence des chiens de Priam qui dévorent leur maître par faute de la
guerre et du bouleversement qu’elle introduit, les chiens bactriens sont
dressés pour dévorer les humains, par cela plus proches des chiens cyniques qui
eux aussi ne faisaient qu’une bouchée de tous ceux qui, à leurs yeux, étaient
porteurs des stigmates de la mauvaise conduite.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2009/03/28/In-memoriam-canium-5%3A-chiens-cyniques-chiens-bactriens-chiens-de-Priam#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>In memoriam canium (4): Philiscos d’Egine</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2009/03/27/In-memoriam-canium-4%3A-Philiscos-dEgine</link>
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    <pubDate>Sat, 28 Mar 2009 22:35:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Ce billet est tout d’abord l’occasion de saluer la publication en espagnol
de deux volumes qui constituent une précieuse anthologie de textes antiques sur
les cyniques (&lt;strong&gt;Los filósofos cínicos y la literatura moral
serioburlesca&lt;/strong&gt; José A. Martin Garcia &amp;amp; Macías Villalobos ed. Akal
Madrid 2008). Je l’explore aujourd'hui afin de donner un peu de corps à
&lt;a href=&quot;http://www.philalethe.net/post/2008/05/02/In-memoriam-canium-2-:-Androsthene-Philiscos-et-Onesicrite-ou-comment-les-familles-au-contact-de-lacide-cynique-se-decomposent-et-se-recomposent&quot;&gt;
Philiscos d’Egine&lt;/a&gt;, que j'ai seulement évoqué en frère aîné incapable de
faire revenir son jeune frère au domicile paternel tant il était comme lui sous
le charme de Diogène.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut commencer par relier Philiscos de deux manières à la tragédie.
D’abord parce que Diogène aurait composé une tragédie ayant Philiscos pour
titre (Diogène Laërce VI 79), ensuite parce qu' il n’aurait pas été seulement
le disciple conquis de Diogène mais aussi selon Satyros l’auteur des tragédies
qu’on attribue au maître. Marie-Odile Goulet-Cazé soutient cependant que
« les tragédies étaient certainement des ouvrages de Diogène » (éd.
des &lt;strong&gt;Vies&lt;/strong&gt; p.746). C’est l’avis de García et Villalobos pour
lesquels on a attribué à Philiscos les tragédies de Diogène afin de donner une
image du maître libérée du poids des positions scandaleuses que Diogène y
aurait soutenues (ibid vol. 1 p.430). En effet,d’après Laërce VI 73, dans une
de ses tragédies, &lt;strong&gt;Thyeste&lt;/strong&gt;, Diogène aurait défendu
l’anthropophagie. Il y a donc quatre possibilités selon que le Philiscos de la
tragédie est ou non Philiscos d’Egine : ce dernier aurait écrit une
tragédie ayant ou lui-même ou un homonyme comme personnage principal ou bien
Diogène aurait consacré une tragédie à un disciple ou à un homonyme de son
disciple. Dans les quatre cas cela reste étrange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, d’après Simone Follet, Philiscos serait bel et bien l’auteur
des vers inscrits sur la statue de bronze érigée, après la mort de Diogène, en
son honneur, par ses concitoyens :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Même le bronze subit le vieillissement du temps,&lt;br /&gt;
mais ta renommée, Diogène, l’éternité ne la détruira point.&lt;br /&gt;
Car toi seul as montré aux mortels la gloire d’une vie&lt;br /&gt;
Indépendante et le sentier de l’existence le plus facile à parcourir »
(Laërce VI 78)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philiscos aurait écrit aussi des dialogues philosophiques, la
&lt;strong&gt;Souda&lt;/strong&gt; cite le titre de l’un d’entre eux
&lt;strong&gt;Codrus&lt;/strong&gt; et Garcia et Villalobos rapportent une citation de lui
faite par Stobée:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il est impossible, insensé, que ceux qui n’ont pas fait d’efforts
reçoivent ce qui revient à ceux qui ont fait des efforts » (III 29 40
ibid. p.435) - on notera la contradiction entre l'éloge de l'effort ici et la
référence à la facilité du sentier dans les vers cités plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin Garcia et Villalobos m’apprennnent – mais sans mentionner la source –
que Philiscos aurait été le professeur de grec d’Alexandre le Grand.&lt;br /&gt;
Qui imaginera un dialogue où Aristote et Philiscos devisent sur les mérites de
leur illustre élève ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, qu’il s’appelle Diogène ou Philiscos, le cynique a à coeur de
donner des leçons à Alexandre.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2009/03/27/In-memoriam-canium-4%3A-Philiscos-dEgine#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Diogène de Sinope: réussir à être quelqu'un en n'étant pourtant plus personne aux yeux des autres.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2009/03/27/Diogene</link>
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    <pubDate>Fri, 27 Mar 2009 12:38:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&amp;quot;Certains disent que Diogène mourant ordonna qu'on le jetât en terre sans
sépulture afin que n'importe quelle bête sauvage pût prendre sa part, ou qu'on
le poussât dans un trou et qu'on le recouvrît d'un peu de poussière (selon
d'autres, il demanda qu'on le jetât dans l'Illissos) afin qu'il fût utile à ses
frères.&amp;quot; écrit Laërce en VI 79.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte est allusif mais il est permis d'identifier les bêtes sauvages et
les frères aux chiens. Or, on mesure mieux à quel point Diogène s'oppose aux
valeurs grecques traditionnelles si on sait que chez Homère le pire de ce qui
peut arriver à un cadavre est précisément d'être déchiré par les chiens. Ainsi
quand Priam évoque devant Hector sa mort dans Troie assiégée, il dit:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Moi-même, le dernier, les chiens, à la porte extérieure, sanguinaires, me
déchireront, quand quelqu'un, avec le bronze aigu, m'ayant frappé de près ou de
loin, aura ôté la vie à mes membres; ces chiens que j'ai nourris dans mon
palais, portiers vivant de ma table, et qui, ayant bu mon sang, le coeur
enragé, resteront couchés devant les portes (...) Quand c'est la tête
blanchissante, le menton blanchissant, les parties d'un vieillard égorgé
qu'outragent les chiens, il n'y a rien de plus pitoyable chez les misérables
mortels&amp;quot; (&lt;strong&gt;L'Iliade&lt;/strong&gt; XXII 74-76 traduction Lasserre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes il y sans doute ici un double outrage du fait que Priam imagine être
dévoré par ses propres chiens. A ce propos, Jean-Pierre Vernant écrit:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; C'est le monde à l'envers qu'évoque Priam, toutes les valeurs sens dessus
dessous, la bestialité installée au coeur du foyer domestique, la dignité du
vieillard tournée en dérision dans la laideur et l'impudicité, la destruction
de tout ce qui dans le cadavre appartient proprement à l'homme.&amp;quot;
(&lt;strong&gt;L'individu, la mort, l'amour&lt;/strong&gt; p.1349 Oeuvres II)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant la honte est déjà totale même si les animaux anthropophages sont
sauvages. Le chant I de l'&lt;strong&gt;Iliade&lt;/strong&gt; évoque dès la première ligne
cette horreur:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Chante la colère, déesse, du fils de Pélée, Achille, colère funeste, qui
causa mille douleurs aux Achéens, précipita chez Hadès mainte forte âme de
héros, et fit de leurs corps la proie des chiens et des oiseaux
innombrables&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est contre une telle mort infâme que Priam met en garde Hector en le
suppliant de ne pas affronter Achille:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; S'il te tue, plus moyen même de te pleurer sur un lit, cher rejeton, pour
moi qui t'enfantai, ni pour ta femme, riche de cadeaux. Fort loin de nous, près
des vaisseaux argiens, les chiens rapides te dévoreront.&amp;quot; (Chant XXII)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Vernant commente ainsi:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; L'outrage porte ici l'horreur à son comble. Le corps est mis en pièces en
même temps que dévoré tout cru au lieu d'être livré au feu, qui, en le brûlant,
le restitue dans l'intégralité de sa forme à l'au-delà. Le héros dont le corps
est ainsi livré à la voracité des bêtes sauvages est exclu de la mort en même
temps que déchu de la condition humaine. Il ne franchit pas les portes de
l'Hadès, faute d'avoir eu sa &amp;quot;part du feu&amp;quot;; il n' a pas de lieu de sépulture,
pas de tertre ni de &lt;em&gt;sèma&lt;/em&gt;, pas de corps funéraire localisé, marquant,
pour le groupe social, le point de la terre où il se trouve situé, et où se
perpétuent ses rapports avec son pays, sa lignée, sa descendance, ou même
simplement les passants. Rejeté de la mort, il se trouve du même coup rayé de
l'univers des vivants, effacé de la mémoire des hommes. Davantage, le livrer
aux bêtes, c'est le dissoudre dans la confusion, le renvoyer au chaos, à une
entière inhumanité: devenu, dans le ventre des bêtes qui l'ont dévoré, chair et
sang d'animaux sauvages, il n'y a plus en lui la moindre apparence, la moindre
trace de l'humain: il n'est strictement plus personne.&amp;quot; (ibidem p.1357)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Diogène le cynique demande cette mort infâme, ce n'est pas pour ne plus
être personne mais pour illustrer à quel point il enlève toute valeur au groupe
social et à ses usages. L'entière humanité consiste désormais à ne plus
identifier ce qu'on est à ce que le regard du groupe juge qu'on est. Mais on
sait qu'il y a &lt;a href=&quot;http://www.philalethe.net/post/2005/03/03/173-lenterrement-de-diogene&quot;&gt;une autre
mort de Diogène&lt;/a&gt; plus conforme aux usages.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2009/03/27/Diogene#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Voir dans les choses autre chose que de simples choses: vice ou vertu ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2009/03/25/Voir-dans-les-choses-autre-chose-que-de-simples-choses%3A-vice-ou-vertu5</link>
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    <pubDate>Wed, 25 Mar 2009 14:24:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Stoïcisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Devenir stoïcien implique remettre les choses à leur place, les séparer de
toutes leurs connotations, les réduire à leur matérialité neutre. Par exemple,
comme l'écrit Marc-Aurèle, ne voir dans un mets précieux que le cadavre d'une
bête, dans un vin rare que des raisins écrasés. On pourrait identifier là un
appauvrissement de la perception, une renonciation paradoxale à la capacité d'
estimer finement les nuances et les contextes. Mais ce que je souhaite
souligner aujourd'hui, c'est l'extrême difficulté de l'exercice non pas en
lui-même et intemporellement mais en relation avec l'image des choses qui
accompagne ce que Jean-Pierre Vernant appelle dans &lt;strong&gt;L'individu, l'amour,
la mort&lt;/strong&gt; (1989) &amp;quot;le corps présocratique&amp;quot;.&lt;br /&gt;
Lisons par exemple ces lignes où les armures sont essentiellement autre chose
que des pièces métalliques travaillées d'une certaine manière:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Les puissances qui, pénétrant le corps, opèrent sur sa scène intérieure
pour le mouvoir et l'animer trouvent hors de lui, dans ce que l'homme porte ou
manie: vêtements, protection, parure, armes outils - des prolongements
permettant d'élargir le champ de leur action et d'en renforcer les effets.
Prenons un exemple. L'ardeur du &lt;em&gt;menos&lt;/em&gt; brûle dans la poitrine du
guerrier; elle brille dans ses yeux; parfois, dans des cas exceptionnels où
elle est portée à incandescence, comme chez Achille, elle flamboie au-dessus de
sa tête. Mais c'est elle encore qui se manifeste dans l'éclat éblouissant du
bronze dont le combattant est revêtu: montant jusqu'au ciel, la lueur des armes
qui provoque la panique dans les rangs ennemis est comme l'exhalaison du feu
intérieur dont le corps est brûlé. L'équipement guerrier, avec les armes
prestigieuses qui disent la carrière, les exploits, la valeur personnelle du
combattant, prolonge directement le corps du héros; il adhère à lui,
s'apparente à lui, s'intègre à sa figure singulière comme tout autre trait de
son armorial corporel.&amp;quot; (&lt;strong&gt;Oeuvres&lt;/strong&gt; II p.1318)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tâche de l'élève stoïcien est donc multiple: défaire la chose des corps
environnants, l'abstraire de sa fonction, en faire quasi une réduction
physicaliste. En guise d'entraînement lire Homère comme un bêtisier, comme le
catalogue de toutes les projections délirantes, de toutes les associations
confuses.&lt;br /&gt;
Reste que, stoïcisme mis à part, les descriptions homériques sont peut-être,
phénoménologiquement parlant, fort perspicaces.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2009/03/25/Voir-dans-les-choses-autre-chose-que-de-simples-choses%3A-vice-ou-vertu5#comment-form</comments>
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