<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="http://www.philalethe.net/feed/rss2/xslt" ?><rss version="2.0"
  xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
  xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
  xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
  xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom">
<channel>
  <title>Les philosophes antiques à notre secours</title>
  <link>http://www.philalethe.net/</link>
  <atom:link href="http://www.philalethe.net/feed/rss2" rel="self" type="application/rss+xml"/>
  <description></description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Fri, 03 Sep 2010 11:14:43 +0200</pubDate>
  <copyright></copyright>
  <docs>http://blogs.law.harvard.edu/tech/rss</docs>
  <generator>Dotclear</generator>
  
    
  <item>
    <title>Freud, rationaliste ou chauvin épistémique ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/09/02/Dieu%2C-Freud-et-Alston.</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:0b53a027056fa2f327a58ec8fb709468</guid>
    <pubDate>Thu, 02 Sep 2010 16:01:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Digressions</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Voici un texte archi-connu écrit par Freud dans &lt;strong&gt;L'avenir d'une
illusion&lt;/strong&gt; en 1927 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Les doctrines religieuses sont soustraites aux exigences de la
raison ; elles sont au-dessus de la raison. Il faut sentir intérieurement
leur vérité ; point n'est nécessaire de la comprendre. Seulement ce credo
n'est intéressant qu'à titre de confession individuelle ; en tant que
décret, il ne lie personne. Puis-je être contraint de croire à toutes les
absurdités ? Et si tel n'est pas le cas, pourquoi justement à
celle-ci ? Il n'est pas d'instance au-dessus de la raison. Si la vérité
des doctrines religieuses dépend d'un événement intérieur qui témoigne de cette
vérité, que faire de tous les hommes à qui ce rare événement n'arrive
pas ? On peut réclamer de tous les hommes qu'ils se servent du don qu'ils
possèdent, de la raison, mais on ne peut établir pour tous une obligation
fondée sur un facteur qui n'existe que chez un très petit nombre d'entre eux.
En quoi cela peut-il importer aux autres que vous ayez, au cours d'une extase
qui s'est emparée de tout votre être, acquis l'inébranlable conviction de de la
vérité réelle des doctrines religieuses ? &amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici maintenant un texte moins connu du philosophe &lt;a href=&quot;http://philosophy.syr.edu/FacAlston.htm&quot;&gt;William P. Alston&lt;/a&gt; tiré d'un
article &amp;quot;Perceiving God&amp;quot; (Percevoir Dieu) publié en 1986 dans &lt;em&gt;The journal
of philosophy&lt;/em&gt; et traduit par Roger Pouivet dans &lt;strong&gt;Philosophie de la
religion. Approches contemporaines&lt;/strong&gt; Vrin 2010 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Pourquoi devrions-nous supposer qu'un accès cognitif dont jouit seulement
une partie de la population est moins probablement fiable qu'un autre,
universellement distribué sur toute la population ? Pourquoi devrions-nous
supposer qu'une source comportant des croyances moins détaillées et moins
facilement intelligibles est plus suspecte qu'une autre plus détaillée ? A
priori, il semble tout aussi vraisemblable que certains aspects de la réalité
ne soient accessibles qu'aux personnes qui satisfont certaines conditions, des
conditions qui ne sont pas satisfaites par tous les êtres humains, et que
cependant d'autres aspects soient également accessibles à tous. A priori, il
semble aussi vraisemblable que certains aspects de la réalité ne puissent être
appréhendés par des êtres humains que de façon fragmentaire et opaque, et que
d'autres puissent l'être de façon presque complète et claire. Pourquoi l'une
des prétentions cognitives devrait-elle être considérée avec plus de suspicion
que l'autre ? J'accorde que la distribution hasardeuse de ER (expérience
religieuse) appelle une explication, tout comme les caractéristiques peu
satisfaisantes épistémiquement de ce qu'elle nous apprend. Mais la distribution
universelle et la richesse cognitive de PS (perception sensible) appelle
également une explication. Dans les deux cas, des explications sont
disponibles, puisque, dans un cas comme dans l'autre, ce qui vient des
pratiques est utilisé comme explication. Pour ER, la distribution limitée peut
être expliquée par le fait que de nombreuses personnes ne sont pas préparées à
réunir les conditions morales et existentielles que Dieu a établies pour qu'on
prenne conscience de Lui. Et les caractéristique cognitivement insatisfaisantes
de ce qui vient de ces croyances s'explique par le fait que que Dieu excède nos
pouvoirs cognitifs.&amp;quot; (pp. 367-368)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À la lumière de ce texte, Freud peut être accusé de &amp;quot; &lt;em&gt;chauvinisme
épistémique&lt;/em&gt; - quand on juge de formes de vie étrangères selon leur
conformité à une situation familière - une manière de procéder qu'il convient
de déplorer aussi bien dans la sphère épistémique que dans la sphère
politique.&amp;quot; (ibid. p.372)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2010/09/02/Dieu%2C-Freud-et-Alston.#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2010/09/02/Dieu%2C-Freud-et-Alston.#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/atom/comments/543433</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Devoir de vacances !</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/07/29/Devoir-de-vacances-%212</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:78df1235f3c9d0d4df3ec0b9c13e234b</guid>
    <pubDate>Thu, 29 Jul 2010 15:29:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Digressions</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Le chapitre II du livre second du &lt;strong&gt;Rouge et le Noir&lt;/strong&gt; de
Stendhal, intitulé &lt;em&gt;Entrée dans le monde&lt;/em&gt;, est introduit en exergue par
une étrange citation de Kant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Souvenir ridicule et touchant : le premier salon où à dix-huit ans
l'on a paru seul et sans appui ! Le regard d'une femme suffisait pour
m'intriguer. Plus je voulais plaire, plus je devenais gauche. Je me faisais de
tout les idées les plus fausses ; ou je me livrais sans motifs, ou je
voyais dans un homme un ennemi parce qu'il m'avait regardé d'un air grave. Mais
alors, au milieu des affreux malheurs de ma timidité, qu'un beau jour était
beau.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question : ce texte est-il apocryphe ?&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2010/07/29/Devoir-de-vacances-%212#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2010/07/29/Devoir-de-vacances-%212#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/atom/comments/535925</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Marc  Aurèle, Victor Klemperer et la gloire.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/07/11/Marc-Aur%C3%A8le%2C-Victor-Klemperer-et-la-gloire.2</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:4e5c07eaa00bbfca6521f584193c783e</guid>
    <pubDate>Sun, 11 Jul 2010 13:03:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Philosophie antique</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Marc Aurèle écrit dans les &lt;strong&gt;Pensées&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; La gloriole occupe-t-elle ton esprit ? Détourne les yeux sur la
rapidité avec laquelle tout s'oublie, l'abîme de l'éternité infinie dans les
deux sens, la vanité de l'écho que l'on peut avoir, comment ceux qui ont l'air
d'applaudir changent vite d'avis et n'ont aucun discernement, et l'étroitesse
de l'espace dans lequel la renommée se limite. Toute la terre n'est qu'un
point, et sur ce point un tout petit coin est habité. Et là combien d'hommes et
quels hommes chanteront tes louanges ? (IV III 7-8 traduction Pierre
Hadot)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Victor_Klemperer&quot;&gt;Victor Klemperer&lt;/a&gt;
écrit dans son &lt;strong&gt;Journal&lt;/strong&gt; à la date du 24 Février 1934 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Être vieux aujourd'hui est pire qu'autrefois. Le ciel a disparu - mais la
foi en la gloire aussi. Pour elle, le monde est devenu trop grand. La gloire a
existé aussi longtemps que l'on disait encore &lt;em&gt;l'univers&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;en
français dans le texte&lt;/em&gt;) pour parler du petit bout d'Europe, aussi
longtemps que l'on ne tenait pas compte des mondes étrangers, des milliers et
des milliers d'années du passé et de l'avenir de la terre.&amp;quot; ( &lt;strong&gt;Mes
soldats de papier Journal 1933-1941&lt;/strong&gt; Seuil 2000 p.100 ) - cf en note le
texte original -.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De loin, les deux textes se ressemblent mais, vus de plus près, ils
diffèrent largement.&lt;br /&gt;
D'abord, Marc Aurèle argumente à des fins éthiques car il s'agit (pour lui et
pour n'importe quel homme) de se détacher du souci de la renommée. Quant à
Victor Klemperer, en témoin de l'histoire, il constate : la gloire n'est
plus une valeur.&lt;br /&gt;
Ensuite, si les deux prennent en compte l'espace physique et opposent un espace
local à un espace global, Klemperer prend la Terre comme espace global alors
qu' elle est précisément pour Marc Aurèle l'espace local, l'espace global étant
alors l'univers. C'est donc de la physique qu'il attend l'élévation éthique
(Pierre Hadot a bien mis en évidence ce point dans &lt;ins&gt;La physique comme
exercice spirituel ou pessimisme et optimisme chez Marc Aurèle&lt;/ins&gt; (in
&lt;strong&gt;Exercices spirituels et philosophie antique&lt;/strong&gt; 1993). C'est
l'histoire et la géographie physique auxquelles renvoie Klemperer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le problème posé par ces deux textes est le suivant : dans quelle
mesure les connaissances dont nous disposons aujourd'hui rendent-elles
désuètes, dépassées les éthiques dont les philosophies antiques sont
porteuses ? Plus précisément, en se centrant sur la question de la
gloire : si c'est un fait que le passage du temps a relativisé la valeur
de Dieu, a-t-elle aussi relativisé la valeur de la gloire ? Cette dernière
est-elle devenue une idole archaïque ? Alors faudrait-il lire les mises en
garde des moralistes anciens comme des documents qui n'ont plus de prise sur
les nouvelles valeurs ou sur les valeurs modifiées ?&lt;br /&gt;
Mais Victor Klemperer a-t-il raison de comprendre la religion de la gloire sur
le modèle des religions ? Si on peut sans doute mettre en avant que
l'amour de Dieu n'est pas une raison qui éclaire souvent les actions de nos
contemporains, en va-t-il de même de l'amour de la gloire ? Ne
résiste-t-il pas aux changements de culture et de civilisations ?
Serait-il donc alors un invariant anthropologique ?&lt;br /&gt;
La question de la nature humaine est en effet inévitablement posée dès que l'on
s'interroge sur la valeur des morales antiques. La réponse devra sans doute
être cherchée entre deux extrêmes : &amp;quot;elles n'ont pas pris une ride&amp;quot; et &amp;quot;
elles n'ont qu'une valeur historique&amp;quot;. Mais la référence à la valeur de la
gloire met bien en relief la difficulté à déterminer ce juste milieu.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&amp;quot; Altsein ist heute schlimmer als in frühern Zeiten. Der Himmel ist fort -
aber der Glaube an den Ruhm auch. Für ihn ist die Welt zu gross geworden. Ruhm
gab es, solange man noch von dem bissschen Europa l&lt;em&gt;'univers&lt;/em&gt; sagte,
solange man nicht mit fremden Welten, nicht mit Aberjahrtausenden einer
Vergengenheit und einer Zukunft der Erde rechnete.&amp;quot;
(&lt;strong&gt;Tagebücher&lt;/strong&gt; 1933-1934 p. 92)&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2010/07/11/Marc-Aur%C3%A8le%2C-Victor-Klemperer-et-la-gloire.2#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2010/07/11/Marc-Aur%C3%A8le%2C-Victor-Klemperer-et-la-gloire.2#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/atom/comments/532631</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Bourdieu, Thalès et la servante ou d'une certaine ignorance double du sage.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/07/09/Bourdieu%2C-Thal%C3%A8s-et-la-servante-ou-d-une-certaine-ignorance-double-du-sage.</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:cf5767aa98da21fc1475378dfff17922</guid>
    <pubDate>Fri, 09 Jul 2010 16:31:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Sages</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;J'ai consacré déjà plusieurs billets au couple formé par Thalès et sa
servante, le premier d'entre eux se trouvant &lt;a href=&quot;http://www.philalethe.net/post/2005/05/09/118-du-dernier-des-philosophes-au-premier-des-sages&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;.
Pour rafraîchir la mémoire, voici le récit qu'en fait Platon dans le
&lt;strong&gt;Théétète&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Thalès (...) occupé à mesurer le cours des astres (...) et regardant en
l'air, était tombé dans un puits, une servante thrace fit cette plaisanterie,
parfaitement dans la note et bien tournée : que dans son ardeur à savoir
ce qu'il y a dans le ciel, il ignorait ce qu'il avait devant lui, même à ses
pieds. Et la même plaisanterie continue d'être bonne, pour tous ceux qui
passent leur vie dans la quête du savoir.&amp;quot; (174 a-b trad. Brisson 2008)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, déjà chez Platon, le personnage représente un type
d'homme, à savoir le type philosophique. Pierre Bourdieu, lui aussi, l'a
transformé en nom commun en l'identifiant à la disposition scolastique, qui
&amp;quot;incite à entrer dans le monde ludique de la conjecture théorique et de
l'expérimentation mentale, à poser des problèmes pour le plaisir de les
résoudre, et non parce qu' ils se posent, sous la pression de l'urgence, ou à
traiter le langage non comme un instrument, mais comme un objet de
contemplation, de délectation, de recherche formelle ou d'analyse&amp;quot; (p.24).
Voici le passage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; La disposition &amp;quot;libre&amp;quot; et &amp;quot;pure&amp;quot; que favorise la &lt;em&gt;skholè&lt;/em&gt; implique
l'ignorance (active ou passive) non seulement de ce qui se passe dans le monde
de la pratique (et que met en lumière l'anecdote de Thalès et de la servante
Thrace), et, plus précisément, dans l'ordre de la &lt;em&gt;polis&lt;/em&gt; et de la
politique, mais aussi de ce que c'est que d'exister, tout simplement, dans le
monde. Elle implique aussi et surtout l'ignorance, plus ou moins triomphante,
de cette ignorance et des conditions économiques et sociales qui la rendent
possible.&amp;quot; ( &lt;strong&gt;Méditations pascaliennes&lt;/strong&gt; p.26-27)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dira que l'opposition théorie / pratique illustrée par une opposition
homme / femme ou philosophe / servante a quelque chose du cliché. Peut-être
mais c'est à contrebalancer avec le fait qu'ici la femme est du côté de la
polis et des affaires de la cité. La servante a beau travailler au foyer, elle
symbolise l'intérêt pour le monde extérieur des affaires généralement aux
hommes.&lt;br /&gt;
Certes cette référence à Thalès est vraiment tout à fait secondaire ; je
note d'ailleurs avec amusement que le nom du sage ne se trouve pas dans l'index
nominum de l'ouvrage de Pierre Bourdieu. S'il s'y était trouvé, la servante
sans nom en aurait été de toute façon absente et fort injustement. Sauf à me
tromper, aucun des index des oeuvres de Bourdieu ne mentionne le philosophe au
regard levé vers le ciel !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2010/07/09/Bourdieu%2C-Thal%C3%A8s-et-la-servante-ou-d-une-certaine-ignorance-double-du-sage.#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2010/07/09/Bourdieu%2C-Thal%C3%A8s-et-la-servante-ou-d-une-certaine-ignorance-double-du-sage.#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/atom/comments/532417</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Bourdieu, lecteur approximatif d' Austin, ou contribution minuscule à la lecture des &quot; Méditations pascaliennes &quot;.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/07/08/Bourdieu%2C-lecteur-approximatif-d-Austin%2C-ou-contribution-minuscule-%C3%A0-la-lecture-des-%22-M%C3%A9ditations-pascaliennes-%22.</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:00b29f2d757f33dc670beb444e739d37</guid>
    <pubDate>Thu, 08 Jul 2010 18:19:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Digressions</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Au début des &lt;strong&gt;Méditations pascaliennes&lt;/strong&gt; (1997), dans le
premier chapitre, Pierre Bourdieu fait la &amp;quot;critique de la raison
scolastique&amp;quot; : il entend par cette expression la critique des &amp;quot;présupposés
qui sont constitutifs de la &lt;em&gt;doxa&lt;/em&gt; génériquement associée à la
&lt;em&gt;skholè&lt;/em&gt;, au loisir, qui est la condition de l'existence de tous les
champs savants.&amp;quot; (p.22). Or, il pense trouver cet usage du mot scolastique dans
un passage de &lt;strong&gt;Sense et Sensibilia&lt;/strong&gt; du philosophe &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Langshaw_Austin&quot;&gt;Austin&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Austin parle en passant, dans &lt;em&gt;Sense et Sensibilia&lt;/em&gt;, de &amp;quot;vision
scolastique&amp;quot; (&lt;em&gt;scholastic view&lt;/em&gt;), indiquant, à titre d'exemple, le fait
de recenser et d'examiner tous les sens possibles d'un mot, en dehors de toute
référence au contexte immédiat, au lieu d'appréhender ou d'utiliser simplement
le sens de ce mot qui est directement compatible avec la situation.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bourdieu critique ici une absence de sensibilité au contexte. Or, ce qu'
Austin dénonce dans le passage en question, c'est certes une absence de
sensibilité au contexte mais prenant une toute autre forme. Les mots sont
utilisés immédiatement dans leur sens philosophique au lieu d'être examinés
dans la pluralité de leurs usages contextuels :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; My general opinion about this doctrine ( Austin vise la thèse
suivante : &amp;quot; we never directly perceive or sense, material objects (or
material things), but only sense-data&amp;quot; ) is that it is a typically
&lt;em&gt;scholastic&lt;/em&gt; view, attributable, first, to an obsession with a few
particular words, the uses of which are over-simplified, not really understood
or carefully studied or correctly described ; and second, to an obsession
with a few (and nearly always the same) half-studied &amp;quot;facts&amp;quot;. (I say
&amp;quot;scholastic&amp;quot;, but I might just as well have said &amp;quot;philosophical&amp;quot; ;
over-simplification, schematization, and constant obsessive repetition of the
same small range of jejune &amp;quot;examples&amp;quot; are not only not peculiar to this case,
but far too common to be dismissed as an occasional weakness of philosophers.)&amp;quot;
(Oxford University Press p.3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un sens, Austin dans ces lignes accuse les philosophes de ne pas examiner
tous les sens possibles d'un mot, certes non pas hors contexte, mais dans tous
les contextes possibles - ce que Wittgenstein désignait sous le nom de &lt;em&gt;die
Übersicht&lt;/em&gt; ( qu'on traduit quelquefois par vue synoptique). Or, adopter une
telle vue synoptique suppose un détachement par rapport aux urgences et à
l'action qui est précisément un des traits de la disposition scolastique
identifiée par Bourdieu. Austin reproche aux philosophes de ne pas adopter la
disposition scolastique (au sens de Bourdieu) qui leur permettrait d'éviter
d'être limité par leur vision scolastique (au sens donné par lui à cette
expression).&lt;br /&gt;
Bourdieu a donc vraiment tort d'écrire dans la page suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Faute de dégager toutes les implications de son intuition de la &amp;quot;vision
scolastique&amp;quot;, Austin n'a pas su voir dans la &lt;em&gt;skholè&lt;/em&gt; et le &amp;quot;jeu de
langage&amp;quot; scolastique le principe de nombre des erreurs typiques de la pensée
philosophique qu'il s'efforçait, après Wittgenstein, et avec d'autres
&amp;quot;philosophes du langage ordinaire&amp;quot; d'analyser et d'exorciser.&amp;quot; (p. 25)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu en effet qu' Austin écrit noir sur blanc que la cause des erreurs
philosophiques sur la question de la perception est une vue scolastique. De
cette vue, une disposition scolastique, apte à embrasser panoramiquement tous
les usages contextualisés, débarrasserait la philosophie.&lt;br /&gt;
Certes Austin n'a pas fait explicitement une genèse sociale de la vue
scolastique, il l'identifie cependant à quelque chose comme une des routines du
métier de philosophe. Pierre Bourdieu a-t-il donc raison d'écrire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Austin omet de poser la question des conditions sociales de possibilité de
ce point de vue très particulier sur le monde.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait Austin a clairement conscience que les philosophes dont il parle ne
réalisent pas qu'ils sont limités par leurs usages philosophiques dans le
traitement des problèmes philosophiques.&lt;br /&gt;
À coup sûr , Austin comme Bourdieu ont la même fin : augmenter la
rationalité de la recherche philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;09/07/10 : Je note que dans leur &lt;strong&gt;Dictionnaire Bourdieu&lt;/strong&gt;
(2010), Stéphane Chevallier et Christiane Chauviré (éminente wittgensteinienne)
reprennent dans l'article &lt;em&gt;Skholè&lt;/em&gt; l'erreur relevée ici. Il ne faut pas
faire tant confiance aux maîtres !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2010/07/08/Bourdieu%2C-lecteur-approximatif-d-Austin%2C-ou-contribution-minuscule-%C3%A0-la-lecture-des-%22-M%C3%A9ditations-pascaliennes-%22.#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2010/07/08/Bourdieu%2C-lecteur-approximatif-d-Austin%2C-ou-contribution-minuscule-%C3%A0-la-lecture-des-%22-M%C3%A9ditations-pascaliennes-%22.#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/atom/comments/532215</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Une variante de l'allégorie de la Caverne ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/07/05/Une-variante-de-l-all%C3%A9gorie-de-la-Caverne</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:ba2ad1c7f330d1b2f822fe0772152ee1</guid>
    <pubDate>Mon, 05 Jul 2010 15:53:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Digressions</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Dans son &lt;strong&gt;Journal&lt;/strong&gt;, à la date du 25 Juillet 1889, Jules
Renard note son projet d' &amp;quot;écrire une série de pensées, de notes, de réflexions
à l'usage de Pierre&amp;quot;, son très jeune fils. Voici après les passages consacrés à
l' amour, la littérature, la musique, la peinture, la famille, la morale, la
politique, l'ultime centré sur la philosophie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; La philosophie : fais de la philosophie. Quelle expression ! Ce
n'est pas moi qui l'ai inventée. Sois mesuré, toutefois. Un amateur a risqué
plusieurs ascensions en ballon. Il a vu un monde inconnu sous une perspective
nouvelle. Il a ressenti une grande joie, éprouvé une grande émotion. Le ballon
redescend. Il saute de la nacelle et s'en va, laissant derrière lui le ballon
un peu dégonflé. Il ne se fait pas aréonaute.&amp;quot; (p.25 Gallimard 1935)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2010/07/05/Une-variante-de-l-all%C3%A9gorie-de-la-Caverne#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2010/07/05/Une-variante-de-l-all%C3%A9gorie-de-la-Caverne#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/atom/comments/531557</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>&quot;J'ai l'intention de faire x mais je ne le fais pas&quot; ou le cynisme est-il universalisable ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/07/04/%22J-ai-l-intention-de-faire-x-mais-je-ne-le-fais-pas%22-ou-le-cynisme-est-il-universalisable3</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:aa81c1421c654fdab43767930292da50</guid>
    <pubDate>Sun, 04 Jul 2010 19:03:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Cynisme</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Diogène Laërce écrit à propos de Diogène le cynique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Il louait les gens qui, sur le point de se marier, ne se mariaient
point ; qui, sur le point de faire une traversée, ne la faisaient
point ; qui, sur le point de s'occuper de politique, ne s'en occupaient
point et d'élever des enfants n'en élevaient point ; il louait également
ceux qui s'apprêtaient à vivre dans la compagnie des princes et qui n'en
approchaient point &amp;quot; (VI 29)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre ici &amp;quot;sur le point de (faire ceci ou cela) &amp;quot; ?&lt;br /&gt;
Une première possibilité serait de l'identifier à &amp;quot;à l'âge où les hommes
ordinaires font ceci ou cela&amp;quot; ou, plus généralement et pour prendre en compte
la référence à la traversée, &amp;quot;dans des circonstances - temporelles, spatiales
etc - où les hommes ordinaires font ceci ou cela &amp;quot;. Vu ainsi, le comportement
cynique est subversif mais cohérent : banalement, il s'oppose aux usages
reçus.&lt;br /&gt;
Mais, s'appuyant sur la référence aux préparatifs ayant pour fin la vie dans la
compagnie des princes, on peut comprendre que l'homme dont Diogène fait ici
l'éloge manifeste des intentions de faire et ne les réalise pas. La conduite
perd de sa cohérence (c'est illogique de s'apprêter à faire quelque chose qu'on
ne va finalement pas faire) mais gagne largement en subversion puisqu'elle
ruine l'idée même d'intention (une intention, comme une volonté, est identifiée
par sa réalisation ; sans cette dernière, c'est une intention imaginaire).
C'est dans le cadre de cette interprétation que je juge suggestif ce texte de
D.Z. Phillips :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Samuel Beckett severs the connections betweeen &amp;quot;willing&amp;quot; and &amp;quot;acting&amp;quot; in
his plays to mark a breakdown in communication, or an erosion of moral
expectations. In &lt;em&gt;Waiting for Godot&lt;/em&gt;, one character says, &amp;quot; Let's go&amp;quot;.
Another replies, &amp;quot;Yes, let's&amp;quot;. Neither moves. If we attempted to generalize
this situation with respect to human behaviour, we would not have a series of
perfectibly intelligible willings, which just happen not to be followed by
subsequent actions of the right kind. The notion of willing itself would be
breaking down. Beckett is able to make is point only by contrast with standard
cases. If a person were constantly saying that he was going, but
remained ; that he was going to punish someone, but rewarded him ;
that he was bitterly opposed to a legislative measure, but did everything
possible to support it ; and so on, we would not say that his willings are
intelligible, whereas his behaviour was not. Lying and hypocrisy apart, we
would not be able to understand the person at all. We would not know what to
make of him. If we want to call this a severance of willing from acting, it is
important to note that the person is no longer saying anything. He is babbling,
not speaking. (&lt;strong&gt;The problem of evil and the problem of God&lt;/strong&gt;
Fortpress 2004 p.29)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une conclusion : on ne peut être cynique qu'à deux conditions, la
première, bien connue, est que les autres ne le soient pas, la deuxième, moins
évidente, est qu'on le soit pas toujours (l'inaccomplissement de l'intention
n'est sensée que si le cynique a une conduite intelligible pour les autres et
donc caractérisée par l'accomplissement ordinaire des intentions, ce qui
permettra entre autres de comprendre le sens de l'intention manifestée dans
cette absence de lien entre l'intention et sa réalisation). Cela encourage la
comparaison du cynisme à un style : ainsi un style littéraire n'est
intelligible que sur la base de série discrète d'écarts par rapport au langage
ordinaire (ce qui implique la conservation de ce langage même).&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2010/07/04/%22J-ai-l-intention-de-faire-x-mais-je-ne-le-fais-pas%22-ou-le-cynisme-est-il-universalisable3#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2010/07/04/%22J-ai-l-intention-de-faire-x-mais-je-ne-le-fais-pas%22-ou-le-cynisme-est-il-universalisable3#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/atom/comments/531365</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>L'aveuglement philosophique.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/07/04/L-aveuglement-philosophique.</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:20c7d23163504791db5b058aa1d4464f</guid>
    <pubDate>Sun, 04 Jul 2010 11:01:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Platon</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;On peut lire comme une variante de l'allégorie de la caverne l'anecdote
suivante, rapportée par D.Z. Phillipps :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; One philosopher who went blind in old age denied that what had happened to
him was a bad thing when others sympathised with him. He said that he had
suffered from a lack of concentration, not giving himself sufficiently to the
task at hand in his work. Now, in his blindness, he found he was able to do
so.&amp;quot; (&lt;strong&gt;Introducing philosophy. The challenge of scepticism&lt;/strong&gt; .
Blackwell 1996 p.102-103)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne surtout pas en conclure que D.Z. Phillips est néo-platonicien !&lt;br /&gt;
Discutant l'éthique des vertus, il cherche dans le passage en question à mettre
en évidence qu'il est difficile de défendre que l'intégrité corporelle est un
bien humain absolu.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2010/07/04/L-aveuglement-philosophique.#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2010/07/04/L-aveuglement-philosophique.#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/atom/comments/531294</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>D.Z. Phillips : une conception contemplative de la philosophie dans la tradition de Wittgenstein ou peut-il y avoir un progrès en philosophie (de la religion ) ? ou de l’essentialisme qui unit la psychanalyse à une certaine philosophie.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/07/03/D.Z.-Phillips-%3A-une-conception-contemplative-de-la-philosophie-dans-la-tradition-de-Wittgenstein-ou-peut-il-y-avoir-un-progr%C3%A8s-en-philosophie-%28de-la-religion-%29-ou-de-l%E2%80%99essentialisme-qui-unit-la-psychanalyse-%C3%A0-une-certaine-philosophie.</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:0312d0a3cfa282246e8149184d05eeaf</guid>
    <pubDate>Sat, 03 Jul 2010 19:00:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Wittgenstein</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Comme &lt;a href=&quot;http://www.philalethe.net/post/2010/03/10/L-h%C3%A9ritage-de-Wittgenstein-%3A-quelle-forme-doit-prendre-la-modestie-en-philosophie2&quot;&gt;
Christiane Chauviré&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.philalethe.net/post/2010/01/11/Dissoudre-ou-construire&quot;&gt;Sandra Laugier&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://en.wikipedia.org/wiki/Dewi_Zephaniah_Phillips&quot;&gt;D.Z. Phillips&lt;/a&gt; trouve
que Wittgenstein n’a pas dans la philosophie analytique la place qu’il mérite.
Il en fait le constat au début de &lt;strong&gt;The problem of evil and the problem
of God&lt;/strong&gt; (Fortress 2005). D’abord il fait parler l’adversaire, ici
Marilyn McCord Adams dans &lt;strong&gt;Horrendous evils and the goodness of
God&lt;/strong&gt; (1999) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;“ Recall that according to this methodology, philosophers who want to find
our truths about mind and body, morals, and so on, should not go about
inventing philosophical theories, but should set out to analyze the concepts of
mind, body, and moral goodness, and so on, implicit in our ordinary use of
language… Many, perhaps most, analytic philosophers have abandoned the ideals
of ordinary language philosophy (and rightly so, in my judgment) and resumed
the traditional activity of theory construction.” (p.XVIII)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, c’est précisément contre la philosophie comme construction de théories
que D.Z. Phillips va prendre position :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;“ It is odd to hear analytic philosophers say that they have abandoned
philosophical movements which made the analysis of concepts central in
philosophy. Nevertheless, if one wants to understand the relation of analytic
philosophy of religion to Wittgenstein ‘s work, or to ordinary language
philosophy, “abandonment” is the right word. It marks a contrast with
“philosophical engagement”. There has been precious little philosophical
engagement on the part of analytic philosophers of religion.&lt;br /&gt;
The twentieth-century revolution in philosophy left mainstream Anglo-American
philosophy of religion untouched. By their own admission, the problems of most
contemporary philosophers are still rooted in the empiricism and naturalism to
be found in Locke, Hume and Reid. They write, for the most part, as though
Wittgenstein had never existed. As a result, there has been little engagement
with his work from the direction of analytic philosophy of religion. There is
little sign of the situation changing. To speak of the “abandonment” of the
ideals of ordinary language philosophy is even too strong, since there was
hardly an appreciation of anything to be abandoned. “Ignored” would be a more
accurate designation. In many ways this is a pity, since, as I have tried to
show in my own work, engagement between these movements would raise issues of
central importance in philosophy.&lt;br /&gt;
It is worth asking whether the reluctance to abandon theory-construction in
philosophy is often an obstacle to the will, rather than an obstacle to the
intellect. The latter obstacle resides in the intellectual difficulty of the
point being made to one, whereas, an obstacle of the will is a refusal to give
up a certain way of thinking. Does the distinction apply to the
theory-construction ?” (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D.Z. Phillips cite alors de nouveau Adams :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Once theorizing begins, however, the hope of universal agreement in
value theory is shattered, the wide-ranging extensional overlaps
notwithstanding. Witness, for example, the divide in secular ethics between
“consequentialists” who assert that lying can sometimes be justified if it
optimizes the consequences, and “deontologists”, who contend that lying is
always wrong, no matter what !” (p. XIX)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite il reprend :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;“ We seem to have arrived at an odd situation. Having said that theories are
essential to exploring how we should react to evil, we are now told that
resorting to them shatters any hope of such agreement ! It never occurs to
Adams to ask whether the trouble lies in the conception of an all-embracing
theory, which is said to determine the essence of the “moral”. We see rival
general theories in ethics stretch themselves out of all recognition in
attempting to accommodate obvious counter-examples to the theory. Gradually,
Aristotle begins to look like Kant and Kant begins to look like Aristotle.
There is nothing intellectually difficult in the observation that all moral
convictions, actions and situations cannot be reduced to a common form. It
hardly constitutes an obstacle of the intellect. What the observation confronts
is an obstacle of the will, the groundless conviction that there &lt;em&gt;must&lt;/em&gt;
be a common form to morality behind the variety.&lt;br /&gt;
Think of Freud ‘s theory of dreams. Freud asserted that all dreams are not
simply products of wish-fulfilments, but are products of sexual
wish-fulfilments. The suggestion that all dreams do not have a sexual origin,
hardly constitutes an obstacle of the intellect, yet, Freud will not
contemplate that possibility. If he could have been convinced of it, his
reaction would have been , “Well, in that case, what are &lt;em&gt;all&lt;/em&gt;
dreams ? “ Freud would not have given up the “all”, the conviction that
dreams &lt;em&gt;must&lt;/em&gt; have an essence. That is an obstacle of the will.&lt;br /&gt;
What is the effect on Adams of the theoretical failure in ethics to agree on a
definition of a moral act ? Instead of being rescued from essentialism,
the failure to attain theoretical agreement becomes, for her, a licence for
each theorist to retreat, without justification, behind the unexamined
assumptions of his or her theory.” (p.XX)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’idée d’appeler cette conception de la philosophie contemplative – que l’on
doit à D.Z. Phillips lui-même – se comprend désormais : contempler
s’oppose à découvrir. Le philosophe contemplerait à la différence du
scientifique. Bien sûr il faut dénouer le lien platonicien entre contemplation
et transcendance. C’est plutôt quelque chose comme une contemplation au sein de
l’immanence. Ici le texte suivant de Wittgenstein, canonique, est bien sûr
central :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« La philosophie se contente de placer toute chose devant nous, sans
rien expliquer ni déduire . – Comme tout est là, offert à la vue, il n’y a rien
à expliquer. Car ce qui est en quelque façon caché ne nous intéresse pas.&lt;br /&gt;
On pourrait aussi appeler « philosophie » ce qui est possible avant
toute nouvelle découverte et invention » (&lt;strong&gt;Recherches
philosophiques&lt;/strong&gt; 126 trad. Dastur)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2010/07/03/D.Z.-Phillips-%3A-une-conception-contemplative-de-la-philosophie-dans-la-tradition-de-Wittgenstein-ou-peut-il-y-avoir-un-progr%C3%A8s-en-philosophie-%28de-la-religion-%29-ou-de-l%E2%80%99essentialisme-qui-unit-la-psychanalyse-%C3%A0-une-certaine-philosophie.#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2010/07/03/D.Z.-Phillips-%3A-une-conception-contemplative-de-la-philosophie-dans-la-tradition-de-Wittgenstein-ou-peut-il-y-avoir-un-progr%C3%A8s-en-philosophie-%28de-la-religion-%29-ou-de-l%E2%80%99essentialisme-qui-unit-la-psychanalyse-%C3%A0-une-certaine-philosophie.#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/atom/comments/531232</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Montaigne : qu'est-ce qu'une conduite adéquate ? ( suite et fin)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/06/30/Montaigne-%3A-qu-est-ce-qu-une-conduite-ad%C3%A9quate-%28fin%29</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:585ce88bc73f298ca53334a4ea7f5b83</guid>
    <pubDate>Wed, 30 Jun 2010 15:40:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Montaigne</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Les exemples que Montaigne donne de conduite inadéquate dans ces dernières
lignes du chapitre IV du livre I des &lt;strong&gt;Essais&lt;/strong&gt; renvoient à des
personnages historiques, dans l’ordre : Xerxès, Cyrus, Caligula, « un
Roy de nos voisins », César Auguste. Ça serait cependant une erreur d’en
conclure que Montaigne isole ainsi une propriété qui serait spécifique aux
grands. En effet, dès 1572, cette énumération de conduites, dont certaines
apparaissent , on le verra, moins humaines que délirantes, est ouverte par
l’exemple du joueur déçu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Qui n’a veu macher et engloutir les cartes, se gorger d’une bale de
dets, pour avoir où se venger de la perte de son argent ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lecteur contemporain est étonné autant par cette ingestion que par l’idée
montanienne qu’elle est ordinaire et donc observable par quiconque. Quant à
l’exemple qui ferme la liste (rajouté par l'auteur au manuscrit de 1588), en
renvoyant à tout un peuple, les Thraces, il souligne clairement que la conduite
inadéquate non seulement ne caractérise pas certains individus exceptionnels,
mais, plus, n’est pas propre à l’individu, puisque des comportements collectifs
peuvent être totalement inadéquats, comme Montaigne l’avait déjà fait
comprendre à travers la mention de la forme de deuil de l’armée
romaine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« À l’exemple des Thraces qui, quand il tonne ou esclaire, se mettent à
tirer contre le ciel d’une vengeance titanienne, pour renger Dieu à raison, à
coups de flesche. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pareils en cela à qui humanise ses animaux de compagnie, les Thraces ont,
eux aussi, une croyance fausse. Elles portent sur le divin et Montaigne
requiert encore Plutarque pour transmettre, par l’intermédiaire d’un
« ancien poète » une thèse somme toute épicurienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Point ne faut courroucer aux affaires.&lt;br /&gt;
Il ne leur chaut de toutes nos cholères. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conduite des Thraces a beau être partagée, le nombre de ceux qui
l’exemplifient n’en diminue pas aux yeux de Montaigne la gravité ; mieux,
c’est la pire des conduites inadéquates car, après l’avoir mentionnée, il
conclut son essai par des lignes clairement dénonciatrices où désormais il ne
s’agit plus de comprendre mais de réprouver :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Mais nous ne dirons jamais assez d’injures au desreglement de nostre
esprit. » (à noter que Bernard Sève dans son &lt;strong&gt;Montaigne. Des règles
pour l’esprit&lt;/strong&gt; -2007 – s’appuie à deux reprises sur ce passage pour
justifier sa thèse que Montaigne a condamné l’esprit au nom de la raison)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre le joueur qui détruit en l’ingérant les instruments de sa perte et le
peuple sacrilège des Thraces, Montaigne présente cinq exemples à première vue
assez hétérogènes.&lt;br /&gt;
Dans un premier groupe, on peut inclure Xerxès et Cyrus. Leur particularité
vient de ce qu’ils traitent les éléments naturels comme s’il s’agissait de
personnes (mais une telle caractérisation a une pertinence faible dans un monde
où la distinction entre le naturel et l’humain – l’intentionnel du moins - n’a
pas l’évidence que nous lui conférons aujourd’hui):&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Xerxes foita la mer de l’Helespont, l’enforgea et lui fit dire mille
villanies, et escrivit un cartel de deffi au mont Athos : et Cyrus amusa
toute une armée plusieurs jours pour se venger de la rivière de Gyndus pour la
peur qu’il avait eu en la passant »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sources de Montaigne ici se trouvent chez Hérodote et chez Sénèque
(reprenant dans le &lt;strong&gt;De ira&lt;/strong&gt; Hérodote). Il est intéressant de s’y
rapporter car dans les deux cas il y est question, à des niveaux différents
certes, de technique.&lt;br /&gt;
En premier, le texte d’Hérodote (traduction Larcher 1842) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ceux que le roi avait chargés de ces ponts les commencèrent du côté
d'Abydos, et les continuèrent jusqu'à cette côte, les Phéniciens en attachant
des vaisseaux avec des cordages de lin, et les Égyptiens en se servant pour le
même effet de cordages d'écorce de byblos. Or, depuis Abydos jusqu'à la côte
opposée, il y a un trajet de sept stades. Ces ponts achevés, il s'éleva une
affreuse tempête qui rompit les cordages et brisa les vaisseaux. À cette
nouvelle, Xerxès, indigné, fit donner, dans sa colère, trois cents coups de
fouet à l'Hellespont, et y fit jeter une paire de ceps. J'ai ouï dire qu'il
avait aussi envoyé avec les exécuteurs de cet ordre des gens pour en marquer
les eaux d'un fer ardent. Mais il est certain qu'il commanda qu'en les frappant
à coups de fouet, on leur tint ce discours barbare et insensé : « Eau
amère et salée, ton maître te punit ainsi parce que lu l'as offensé sans qu'il
t'en ait donné sujet. Le roi Xerxès te passera de force ou de gré. C'est avec
raison que personne ne t'offre des sacrifices, puisque tu es un fleuve trompeur
et salé. » Il fit ainsi châtier la mer, et l'on coupa par son ordre la
tête à ceux qui avaient présidé à la construction des ponts. »
(&lt;strong&gt;Histoires&lt;/strong&gt; III 34-35)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À l’origine donc de la colère du roi, un échec technique et une conduite
sacrilège doublée d’une autre dont la rationalité instrumentale, bien que
brutale, n’est pas, elle, douteuse. On notera aussi que la condamnation
formulée par Montaigne ne fait que répéter celle d’Hérodote.&lt;br /&gt;
Voici maintenant le texte de Sénèque (trad, Charpentier 1860) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;“Cambyse déploya sa colère contre une nation inconnue, innocente, et qui
toutefois pouvait sentir ses coups; mais Cyrus s'emporta contre un fleuve.
Comme il allait assiéger Babylone, et qu'il courait à la guerre, où l'occasion
est toujours décisive, il tenta de passer le Gynde, alors fortement débordé,
entreprise à peine sûre quand le fleuve a souffert les chaleurs de l'été, et
que ses eaux sont le plus basses. Un des chevaux blancs, qui d'ordinaire
traînaient le char du prince , fut emporté par le courant, ce qui indigna
vivement Cyrus. Il jura de réduire ce fleuve, assez hardi pour entraîner les
coursiers du grand roi, au point que des femmes mêmes pussent le traverser et
s'y promener à pied. Il transporta là tout son appareil de guerre, et persista
dans son oeuvre, jusqu'à ce que, partagé en cent quatre-vingts canaux, divisés
eux-mêmes en trois cent soixante ruisseaux, 1e fleuve, à force de saignées,
laissât son lit entièrement à sec. De là une perte de temps, irréparable dans
les grandes entreprises, l'ardeur du soldat consumée en un travail stérile;
enfin l'occasion de surprendre Babylone manquée, pour faire, contre un fleuve,
une guerre qu'on avait déclarée à l'ennemi. » (&lt;strong&gt;De la
colère&lt;/strong&gt; III 21)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si c’est encore un échec qui justifie la colère, en revanche ce que
Montaigne présente comme une vengeance passablement irrationnelle et peu
compréhensible est dans le texte d’origine décrit comme une œuvre technique
démesurée, bien sûr, mais rationnellement menée et surtout couronnée de succès.
Certes Sénèque reconnaît que si l’assèchement est intelligemment réalisé, il
n’était pas raisonnable en temps de guerre de mener à bien une telle
entreprise. Reste que la conduite de Cyrus a une intelligibilité qu’elle n’est
pas loin de perdre complètement dans la version elliptique donnée par
Montaigne. À la différence de Xerxès qui met en évidence dans sa manière de
traiter le fleuve des croyances fausses, Cyrus ne se trompe pas identiquement.
Il maîtrise bel et bien l’élément sur lequel il décharge sa passion et la
différence entre sa conduite et celle de Xerxès est peut-être celle qui sépare
une conduite technique d’une conduite magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caligula, lui, introduit dans le texte la destruction alors qu’il était
jusqu’à présent question de construction (réussie ou non) : « Et
Caligula ruina une tres belle maison, pour le plaisir que sa mere y avait
eu. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d’usage de noter ici une faute d’impression. Montaigne aurait voulu
écrire &amp;quot;desplaisir&amp;quot;. La raison donnée est excellente car Sénèque a en effet
écrit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Caligula détruisit à Herculanum une très belle villa, parce que sa
mère y avait été détenue autrefois » (éd. Veyne)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or Jean de Pernon dans sa traduction en français moderne des
&lt;strong&gt;Essais&lt;/strong&gt; fait à ce propos une remarque judicieuse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« L’exemplaire de 1588 ayant appartenu à Montaigne porte clairement
« plaisir » et cinq mots seulement plus loin, il a barré
« receu » pour écrire au-dessus « eu ». Se fondait-il sur une
autre source ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais est-ce insensé d’interpréter ce passage comme une antiphrase
ironique ? Quoi qu’il en soit, on peut se demander si Caligula est aussi
aveuglé que Xerxès. Détruire un lieu pour le mal qu’on y a fait est-ce se
tromper d’objet ? Sénèque ne semble pas en avoir jugé ainsi car l’action
convertit de fait - à dessein ? - la maison en mémorial :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il lui fit par ce moyen une destinée fameuse ; car lorsqu’elle
était debout, on passait devant en barque sans la remarquer, maintenant on
demande la cause de sa destruction. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la première édition (1572), c’est donc César Auguste qui illustre au
plus haut point ce que Montaigne voit dans ces dernières lignes moins comme une
réalité typiquement humaine que comme un objet de scandale et
d’indignation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Augustus Cesar, ayant esté battu de la tampeste sur mer, se print à
deffier le Dieu Neptunus, et en la pompe des jeux Circenses fit oster son image
du reng où elle estoit parmy les autres dieux, pour se venger de lui. En quoy
il est encore moins excusable que les precedents, et moins qu’il ne fut depuis,
lors qu’ayant perdu une bataille sous Quintilius Varus en Allemaigne, il alloit
de colere et de desespoir, choquant sa teste contre la muraille, en
s’écriant : Varus, rens moy mes soldats. Car ceux là surpassent toute
folie, d’autant que l’impieté y est joincte, qui s’en adressent à Dieu mesmes,
ou à la fortune, comme si elle avoit des oreilles subjectes à nostre
batterie. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N’y a-t-il pas deux degrés de la folie, l’un relativement inexcusable,
l’autre absolument inexcusable, la différence entre les deux étant la présence
de croyances sacrilèges ? A noter que Montaigne ici identifie la conduite
d’un païen insultant un dieu imaginaire à celle d’un chrétien impie. Or, on
pourrait penser que la conduite de César Auguste n’est pas sacrilège pour la
raison que celui auquel sa conduite est destinée n’existe pas. Mais à travers
le paganisme erroné Montaigne identifie déjà « le dérèglement de
l’esprit » et la condamne donc moins à cause du mal qu’il crée qu’à cause
de la faiblesse qu’il révèle.&lt;br /&gt;
Mais de quelle faiblesse s’agit-il donc exactement ? Montaigne semble
identifier deux manifestations distinctes de cette insuffisance humaine :
la première mérite seule en toute rigueur le nom d’impiété et revient à accuser
Dieu, par rapport auquel par définition, pourrait-on dire, aucune accusation
n’est justifiée ; la deuxième revient à attribuer des intentions à ce qui
en est dépourvu, la fortune. On notera d’ailleurs que ces lignes ont
paradoxalement elles-mêmes quelque chose d’impie ; en effet si l’on entend
« ou » au sens exclusif, alors Dieu partage son pouvoir avec quelque
chose d’autre, la fortune, et ainsi son omnipotence est niée ; le
sacrilège est encore bien pire si on interprète « ou » comme inclusif
car alors c’est la réalité même de Dieu et son ordre providentiel qui sont mis
en doute. Jean de Pernon par une note encore précieuse nous apprend que
« la censure pontificale avait demandé à Montaigne de retirer précisément
le mot « fortune » des Essais », ce qu’il n’a, comme on le voit, pas
fait. Il est clair en tout cas que par ces lignes, Montaigne nie toute relation
entre la guerre (la batterie, que Jean de Pernon traduit inexplicablement par
plaintes) et Dieu, semblant donc condamner autant les malédictions adressées au
divin que les actions de grâce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dans un ajout manuscrit à l’édition de 1588, Montaigne met en relief
que la démesure des puissants n’est pas propre à l’époque antique mais a une
dimension largement transhistorique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Le peuple disoit en ma jeunesse qu’un Roy de noz voysins, ayant receu
de Dieu une bastonade, jura de s’en venger : ordonnant que de dix ans on
ne le priast, ny parlast de luy, ny autant qu’il estoit en son auctorite, qu’on
ne creust en luy. Par où on vouloit peindre non tant la sottise que la gloire
naturelle à la nation de quoy estoit le compte. Ce sont vices toujours
conjoincts, mais telles actions tiennent, à la vérité, un peu plus encore
d’outrecuidance que de bestise. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dernière anecdote est la seule à faire explicitement référence à une
conduite inadéquate dans le cadre du christianisme. La fortune a laissé
clairement la place à un Dieu providentiel et la démesure de la conduite
humaine est aggravée par la longue portée des décisions prises. Mais on peut
lire plus dans ces lignes que la condamnation d’un comportement
personnel : ce qu’on peut désigner tout à fait anachroniquement comme une
forme de nationalisme y est relié essentiellement au manque d’intelligence.
Plus largement même, toute glorification de l’homme y est associée à une faute
intellectuelle. C’est aussi le pouvoir des puissants sur le peuple, sa dureté
tout autant que son irréalité, qui sont ici mis en relief. À relever aussi
qu’une relation essentielle y est du même coup établie entre l’impiété d’un
côté et la faiblesse de jugement de l’autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’espère avoir montré la richesse, mais aussi la complexité ambiguë de cet
essai (entre autres on y aura noté que Montaigne oscille entre compréhension et
indignation), qui comme tous les premiers chapitres des
&lt;strong&gt;Essais&lt;/strong&gt;, sont, il me semble, tenus souvent pour secondaires par
les commentateurs.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2010/06/30/Montaigne-%3A-qu-est-ce-qu-une-conduite-ad%C3%A9quate-%28fin%29#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2010/06/30/Montaigne-%3A-qu-est-ce-qu-une-conduite-ad%C3%A9quate-%28fin%29#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/atom/comments/530595</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Montaigne : qu'est-ce qu'une conduite adéquate ? (2)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/06/19/Montaigne-%3A-qu-est-ce-qu-une-conduite-ad%C3%A9quate-%282%292</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:e27d5999b2930ff5c4976889a94d6f33</guid>
    <pubDate>Sat, 19 Jun 2010 19:01:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Montaigne</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Subitement dans l’essai une femme anonyme fait son apparition, que Montaigne
tutoie comme s’il avait écrit ces lignes pour elle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ce ne sont pas ces tresses blondes que tu deschires, ny la blancheur
de cette poictrine, que, despite, tu bas si cruellement, qui ont perdu d’un
malheureux plomb ce frère bien aimé : prens t’en ailleurs. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À la différence du gentilhomme qui injuriait la charcuterie au lieu de se
sermonner, cette jeune femme ne pourrait pas ajuster sa conduite : rien
n’indique en effet que le meurtrier de son frère est à la portée de sa
vengeance. Mais doit-on penser qu’elle décharge sa passion sur un objet
faux ? Son cas est radicalement différent de celui de ceux qui à défaut
d’humains mettent tout leur amour dans des animaux de compagnie car on peut
leur attribuer la croyance que leurs animaux sont dignes de leur amour ;
en revanche pas besoin de penser que la sœur se juge responsable de la mort de
son frère pour expliquer les coups qu’elle se porte. Certes l’objet est faux au
sens où elle ne mérite pas cette violence qu’elle se destine mais il n’est pas
faux au sens où il serait pris par erreur pour l’objet qui devrait recevoir les
coups. Elle ne se trompe pas, disons plutôt qu’elle exprime sa colère et sa
souffrance comme elle peut, faute de mieux. Aussi Montaigne a-t-il eu raison
d’introduire l’exemple de cette jeune femme en écrivant les lignes qui
suivent ? :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Quelles causes n’inventons nous des malheurs qui nous
adviennent ? A quoy ne nous prenons nous à tort ou à droit, pour avoir où
nous escrimer ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste qu’on ne peut pas ne pas rapprocher cet exemple de celui qui le
précède, les « bestes » emportées à « se venger à belles dents
sur soy mesmes du mal qu’elles sentent ». Pourtant il ne faut pas faire erreur
sur cette ressemblance qui unit les animaux à la jeune femme : comme la
suite le confirme, elle ne vise pas à la rabaisser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, dans l’édition de 1595, s’ajoute à ce texte (de 1572) le passage
suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Livius, parlant de l’armée romaine en Espaigne apres la perte des
deux freres, ses grands capitaines : « Flere omnes repente et
offensare capita. » (« Tous de pleurer aussitôt et de se frapper la
tête » ) C’est un usage commun. Et le philosophe Bion, de ce Roy qui de
dueil s’arrachait les poils, fut il pas plaisant : Cetuy-ci pense-t-il que
la pelade soulage le dueil ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D’une sœur, Montaigne passe donc à une armée tout entière. Il ne s’agissait
visiblement pas d’un comportement isolé ou propre à une personne faible. Les
guerriers se conduisent comme les jeunes femmes et les uns et les autres
partagent avec les animaux certaines manières de faire, sans qu’il soit pour
autant pertinent de dire que les humains sont par là même animalisés ou les
animaux humanisés.&lt;br /&gt;
On notera aussi que cette conduite cesse d’apparaître uniquement sous le jour
d’une caractéristique psychologique universelle pour devenir une coutume,
Montaigne donnant alors discrètement à penser que les usages et les expressions
naturelles ne s’opposent pas les uns aux autres mais que plutôt peut devenir
rituel dans une société ce qui correspond à un penchant naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant à la plaisanterie du philosophe Bion, comment l’interpréter ? Il
n’est certes pas difficile de la comprendre dans son sens cynique de
dénonciation des mœurs ordinaires, dont la contingence est dépréciée au profit
d’une vertu supérieure et universelle. Ce qui est plus délicat, c’est de juger
de la place qu’elle occupe dans ce passage de Montaigne. Ce dernier a jusqu'à
présent expliqué la nécessité si clairement naturelle de ce penchant
psychologique que la moquerie de Bion – qui consiste à attribuer au roi en
question une croyance que bien évidemment il n’a pas – devrait être vue par
Montaigne comme en fait une forme d’aveuglement concernant la réalité de la
nature humaine. Il est ainsi permis de penser que Montaigne se moque de la
moquerie du cynique et peut-être adopte ici l’attitude compréhensive et lucide
de Spinoza, qui écrivait au début de la troisième partie de
l’&lt;strong&gt;Ethique&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« La plupart de ceux qui ont parlé des sentiments et des conduites
humaines paraissent traiter, non de choses naturelles qui suivent les lois
ordinaires de la Nature, mais de choses qui seraient hors Nature » (La
Pléiade p.411)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que les exemples qui viendront bientôt pourraient cependant par leur
excès légitimer quelque peu la perspective cynique.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2010/06/19/Montaigne-%3A-qu-est-ce-qu-une-conduite-ad%C3%A9quate-%282%292#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2010/06/19/Montaigne-%3A-qu-est-ce-qu-une-conduite-ad%C3%A9quate-%282%292#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/atom/comments/528219</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Montaigne : qu'est-ce qu'une conduite adéquate ? (1)</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/05/27/Montaigne-%3A-qu-est-ce-qu-une-conduite-ad%C3%A9quate-%281%29</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:1e55de5fc71c299b25768214f37ba3bd</guid>
    <pubDate>Thu, 27 May 2010 22:08:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Montaigne</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Le quatrième essai du livre I a pour titre : “Comme l’ame descharge ses
passions sur des objects faux, quand les vrais lui défaillent ».&lt;br /&gt;
Or, le premier exemple que donne Montaigne pour illustrer cette thèse
psychologique est curieux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Un gentil-homme des nostres merveilleusement subject à la goutte,
estant pressé par les medecins de laisser du tout l’usage des viandes salées,
avoit accoustumé de respondre fort plaisamment, que sur les efforts et
tourments du mal, il vouloit avoir à qui s’en prendre, et que s’escriant et
maudissant tantost le cervelat, tantost la langue de bœuf et le jambon, il s’en
sentait d’autant allegé. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi cet homme se trompe-t-il ? Pareil à un fumeur maudissant les
cigarettes pour les maux qu’elles lui causent, il se tromperait seulement quant
à la cause première, qui est lui-même désirant manger de la charcuterie. Mais
se trompe-t-il ? En un certain sens de l'expression, oui car il sait que
ce qui entretient la goutte est sa mauvaise habitude. Il s’agit donc moins
d’une erreur que de mauvaise foi et ce cas paraît plus illustrer l’&lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Acrasie&quot;&gt;acrasie&lt;/a&gt; que l’aveuglement sur lequel
l’essai est centré.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant les autres illustrations. Sont-elles du même type que la
première ?&lt;br /&gt;
Le cas suivant ne semble pas plus confirmer la thèse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Mais en bon escient, comme le bras estant haussé pour frapper, il
nous deult, si le coup ne rencontre, et qu’il aille au vent. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes on saisit bien l’opposition avec la situation antérieure. L’homme qui
ne parvient pas à porter son coup, à la différence du précédent, souffre et
n’est pas soulagé. Mais la satisfaction serait née alors du succès – l’objet
visé est atteint – et non, comme avant, de la substitution de la cause seconde
à la cause première. Le premier homme tirait sa satisfaction de ne pas viser la
vraie cible ; le second éprouve de l’insatisfaction à ne pas pouvoir
atteindre la vraie cible. D’où désormais trois cas : l’objet est atteint
mais, ayant un rôle causal secondaire, il n’a pas la fonction de cause première
que le sujet lui attribue (satisfaction ); l’objet est atteint et a la fonction
de cause première que le sujet lui attribue (c'est le coup qui porte, d'où la
satisfaction) ; aucun objet n’est atteint bien qu’un objet particulier
soit visé (insatisfaction).&lt;br /&gt;
Le troisième exemple est relatif à la perception, précisément à la
vue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« aussi que pour rendre une veuë plaisante, il ne faut pas qu’elle soit
perduë et escartée dans le vague de l’air, ains qu’elle aye bute pour la
soustenir à raisonnable distance. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une perception visuelle plaisante serait donc une perception qui trouve un
objet identifiable, à la différence d’une perception qui ne trouve rien à voir
ou rien à voir de clairement identifiable. Désormais l’objet n’a plus de rôle
causal et on se trouve alors face à un nouveau cas : aucun objet n’est
atteint mais aucun objet particulier n’était recherché (insatisfaction).&lt;br /&gt;
Dans l’édition de 1588, Montaigne rajoute à l’appui de son texte primitif une
citation de &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Lucain&quot;&gt;Lucain&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ventus ut amittit vires, nisi robore densae Occurant silvae spatio
diffusus inani »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’édition Villey donne la traduction suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« De même que le vent, si d’épaisses forêts ne lui opposent pas de
résistance, perd ses forces et se dissipe dans l’espace vide… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite du texte laisse penser qu’autant la référence au bras qu’à la vue
ont été quelque peu métaphoriques et qu’ayant en revanche clairement poussé la
métaphore jusqu’à mentionner le vent, Montaigne revient à la question
psychologique en écrivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« De mesme il semble que l’ame esbranlé et esmeüe se perde en
soy-mesme, si on lui donne prinse : et faut toujours lui fournir d’objet
ou elle s’abutte et agisse. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup on relit à la lumière de ces dernières lignes le premier
exemple : en quel sens peut-on dire qu’à ne pas s’en prendre aux viandes
l’amateur frénétique de charcuteries se serait perdu en lui-même ? Il
semble bien plutôt que c’est en lui-même que sa colère aurait trouvé l’objet
adéquat ! Mais c’est à un panorama vide que Montaigne semble pourtant le
comparer (il est bon de citer ici une phrase assez éclairante de Starobinski
mais qui n'est pas pourtant pas écrite en relation avec ce passage : &amp;quot;
L'homme perd pied dans l'espace mobile et indéfini qu'il devient pour lui-même&amp;quot;
&lt;strong&gt;Montaigne en mouvement&lt;/strong&gt; p. 273)&lt;br /&gt;
La suite du texte fera frémir de plaisir tout amateur non de salaisons mais de
psychanalyse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Plutarque dit à propos de ceux qui s’affectionnent aux guenons et
petits chiens, que la partie amoureuse qui est en nous, à faute de prise
légitime, plustost que de demeurer en vain, s’en forge ainsi une faulce et
frivole. Et nous voyons que l’ame en ses passions se pipe plustost elle mesme,
se dressant un faux subject et fantastique, voire contre sa propre creance, que
de n’agir contre quelque chose. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À mes yeux voici les premières lignes qui éclairent vraiment le titre.
L’objet visé n’est pas disponible et les désirs sont satisfaits grâce à un
autre de substitution. Le schéma n’est pas platonicien : dans &lt;strong&gt;Le
Banquet&lt;/strong&gt;, le corps est beau à un degré faible mais réel et l’accès à
l’essence du Beau passe nécessairement par des degrés. Ici les animaux de
compagnie ne valent en rien l’amour qu’on leur donne (c’est d’ailleurs à
remarquer que sur ce point Montaigne ne défend pas le continuisme animal /
homme qu’il soutient ailleurs). Les hommes analysés ici se mentent à eux-mêmes,
sous une forme moins manifeste cependant que dans la première situation que
Montaigne présentait. Mais que Montaigne se réfère au fait d’ « agir
contre quelque chose » met en relief que ce détour par l’amour a comme
fonction d’éclairer la colère étudiée en premier lieu. Reste que la différence
est importante entre l’esquive de l’objet adéquat (le gourmant ne s’accuse pas)
et son absence.&lt;br /&gt;
En 1588 Montaigne ajoute à ces lignes une référence aux animaux qui passent
alors du statut d’objets au statut de sujets et rétablit dans une certaine
mesure la continuité animal / homme non respectée plus haut :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ainsin emporte les bestes leur rage à s’attaquer à la pierre et au
fer, qui les a blessées, et à se venger à belles dents sur soy mesmes du mal
qu’elles sentent,&lt;br /&gt;
Pannonis haud aliter post ictum saevior ursa&lt;br /&gt;
Cum jaculum parva Lybis amentavit habena,&lt;br /&gt;
Se rotat in vulnus, telùmque irata receptum&lt;br /&gt;
Impetit, et secum fugientem circuit hastam. »&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre passage de Lucain traduit ainsi dans l’édition Villey :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ainsi l’ourse de Pannonie devient plus féroce après avoir été
atteinte quand le Lybien lui décoche le javelot retenu par une mince courroie.
Elle se roule sur sa plaie, et, furieuse, elle cherche à mordre le dard dont
elle est percée, et poursuit le fer qui tourne avec elle. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On notera que l’animal ici a une réaction inverse à celle de l’homme
dépendant. Il s’en prend à soi alors que la cause première est extérieure, à
l’inverse de l’homme qui s’en prenait à l’extérieur alors que la cause première
était en lui. Reste que dans un premier temps, comme l’homme et tel le taureau
de combat absorbé par le leurre, il prend pour cause première ce qui n’est que
cause seconde (ici l’arme).&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2010/05/27/Montaigne-%3A-qu-est-ce-qu-une-conduite-ad%C3%A9quate-%281%29#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2010/05/27/Montaigne-%3A-qu-est-ce-qu-une-conduite-ad%C3%A9quate-%281%29#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/atom/comments/520207</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Montaigne : comment traiter le cadavre que l'on sera ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/05/11/Montaigne-%3A-comment-traiter-le-cadavre-que-l-on-sera6</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:e711f9e282aafff7d04abc8c86d8a8d7</guid>
    <pubDate>Tue, 11 May 2010 22:39:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Montaigne</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Il y a un net contraste chez Montaigne entre sa pudeur qu’il présente comme
anormale et le désintérêt qu’il manifeste à l’égard de ce qui arrivera à son
corps, une fois mort. Par cette indifférence, il a conscience de se ranger
désormais du côté de la philosophie.&lt;br /&gt;
Certains, en revanche, vont tellement « béant apres les choses
futures » - c’est la première ligne de ce chapitre III du livre I – qu’ils
règlent le sort de leur futur cadavre comme si ce qui leur sera fait alors
pouvait encore les concerner.&lt;br /&gt;
Cette attitude est partagée autant par des personnages historiques illustres –
j’ai déjà commenté la référence à l’empereur Maximilien – que par des proches
de Montaigne lui-même.&lt;br /&gt;
Les deux exemples que donne Montaigne sont à première vue radicalement
opposés ; dans le premier cas, un de ses parents par alliance a usé ces
dernières heures de vie à faire venir à la cérémonie de son enterrement tous
les puissants qu’il connaissait (« Je n’ay guiere veu de vanité si
perseverante »). Dans le deuxième cas, un de ses familiers prévoit pour la même
occasion seulement « un serviteur et une lanterne ». Or, Montaigne
condamne également la dépense et l’économie pour, toutes deux, reposer sur
l’illusion que ce qu’on est en mesure d’imaginer touchant notre corps mort
concerne encore la personne que nous sommes.&lt;br /&gt;
L’ idée selon laquelle la deuxième conduite serait préférable à la première,
comme la « temperance et frugalité » sont préférables à la
« vanité », est rejetée avec l’argument suivant : que la tempérance
n’a de valeur que quand elle coûte à celui qui l’observe.&lt;br /&gt;
On pourrait cependant croire qu’à la différence du premier le deuxième n’a
qu’un défaut, précisément d' anticiper bien au-delà de la durée de laquelle il
est justifié de se soucier. Mais Montaigne ne pense pas qu’une fausse
tempérance vale plus qu’une vraie vanité. L’erreur serait de prendre une
pseudo-vertu pour une vertu tout court.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelle est la position de Montaigne concernant les funérailles ?
On peut dans cet essai en distinguer deux. D’abord le philosophe s’exprime du
point de vue de la législation optimale concernant l’affaire ; ensuite il
explique ce qu’ il conçoit concernant sa propre mort (on découvrira alors à
nouveau deux positions, l’une, disons, supérieure, l’autre inférieure).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant la question juridique, Montaigne écrit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« S’il estoit besoin d’en ordonner, je seroy d’advis qu’en celle-là,
comme en toutes actions de la vie, chascun en rapportast la regle à la forme de
sa fortune. Et le philosophe Lycon prescrit sagement à ses amis de mettre son
corps où ils adviseront pour le mieux, et quant aux funerailles de les faire ny
superflues ny mechaniques »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette addition de l’édition de 1595 va plutôt dans deux directions :
l’une indique la conformité à l’usage de la vie du défunt ; l’autre, moins
relativiste, semble présenter la norme du juste milieu. Mais y a-t-il
contradiction entre les deux directions ? Pas nécessairement : il
suffirait d’accorder à Lycon une fortune moyenne justifiant ainsi en accord
avec l’ « ordonnance » montanienne une cérémonie « médiocre
».&lt;br /&gt;
Cependant, même si Montaigne reconnaît la sagesse de la décision de Lycon, il
prend par rapport à elle une certaine distance au moment de formuler ce qu’il
juge bon dans son cas :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je lairrai purement la coutume ordonner de cette cerimonie ; et
m’en remettray à la discretion des premiers à qui je tomberai en
charge. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exit autant la référence à la conformité à la fortune que la mention du
juste milieu. Prend la place un précepte sceptique : suivre la coutume. On
notera aussi que les amis ne sont plus requis ; ils sont remplacés par
ceux qui prennent la responsabilité des funérailles. Désormais Montaigne peut
sans hésitation s’identifier à Socrate :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Pourtant Socrates à Crito qui sur l’heure de sa fin luy demande
comment il veut être enterré : Comme vous voudrez, respond-il »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n’est pas seulement à la pensée de Platon que Montaigne a conscience de
se conformer mais aussi à celles de Cicéron et de Saint-Augustin, qu’ils citent
pour appuyer son propre jugement. La philosophie ancienne comme le
christianisme (la citation de Saint-Augustin est introduite par :
« Et est sainctement dict à un sainct ») fondent le jugement d’un
philosophe qui sur ce plan est désormais loin de la pathologie et du
ridicule.&lt;br /&gt;
Il n’est pas sûr d’ailleurs que les deux citations se soutiennent. En effet
Cicéron écrit : « &lt;em&gt;Totus hic locus est contemnendus in nobis, non
negligendus in nostris&lt;/em&gt; » (&lt;strong&gt;Tusculanes&lt;/strong&gt; I XLV), ce
qu’on peut traduire par : « Tout ce sujet doit être méprisé en ce qui
nous concerne mais n’est pas à négliger en ce qui concerne les nôtres. ». Quant
à Saint Augustin, il écrit : « &lt;em&gt;Curatio funeris, conditio
sepulturae, pompa exequiarum magis sunt vivorum solatia quam subsidia
mortuorum&lt;/em&gt; » (&lt;strong&gt;Cité de Dieu&lt;/strong&gt; I XII), traduisible
ainsi : « Le soin des funérailles, la mise en place de la sépulture,
la pompe des obsèques sont plus un soulagement pour les vivants qu’une soutien
pour les morts ». Il semble donc que la première citation identifie le souci
des funérailles d’autrui à un devoir alors que la seconde y voit d’abord un
bénéfice psychologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste à présenter ce que j’ai appelé plus haut la position inférieure
concernant la question de la mort personnelle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Si j’avois à m’en empescher plus avant, je trouverois plus galand
d’imiter ceux qui entreprennent vivans et respirans jouyr de l’ordre et honneur
de leur sepulture, et qui se plaisent de voir en marbre leur morte contenance.
Heureux qui sçachent resjouyr et gratifier leur sens par l’insensibilité, et
vivre de leur mort. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces lignes sont assez ambiguës.&lt;br /&gt;
Il semblerait en effet impératif de ne pas confondre cette conduite avec celle
que Montaigne dénonçait chez son parent. Faire son tombeau de son vivant et de
soi une statue en marbre ne devrait pas avoir pour fin de jouir d’avance de la
grandeur à venir de sa future tombe. Il ne s’agirait alors de rien de plus ici
que d’une vanitas destinée à faire entrer dans sa vie, sous une forme
matérielle et résistante, la conscience lucide de sa propre finitude. Mais
l’interprétation n’est-elle pas trop sévère ? Doit-on d’ailleurs parler de
conscience ?&lt;br /&gt;
Montaigne écrit en effet dans une sorte d’oxymore : « gratifier leur
sens par l’insensibilité et vivre de leur mort ». Non seulement savoir qu’on
mourra mais se voir pour ainsi dire mort et pétrifié non seulement sans en
souffrir mais bien plus en en tirant du plaisir. Il n’est pas question de
lucidité grave et sombre mais d’affirmation joyeuse de son éphéméréité. La
référence au « galand » et à la jouissance de « l’ordre et
honneur » de sa sépulture renforce la dimension peut-être plus hédoniste
qu’éthique de ces lignes.&lt;br /&gt;
Montaigne ne s’imagine pas alors vivant alors qu’il serait mort ; il prend
présentement plaisir à la perception de sa mort, sans porter son regard au-delà
des limites de son expérience. N’oublions pas cependant qu' une telle conduite
est pensée comme un embarras, une gêne. Le meilleur revient donc à adopter la
conduite indifférente analysée plus haut&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2010/05/11/Montaigne-%3A-comment-traiter-le-cadavre-que-l-on-sera6#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2010/05/11/Montaigne-%3A-comment-traiter-le-cadavre-que-l-on-sera6#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/atom/comments/516098</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Sénèque (48) : lettre 9 (4) ou de l'alliance inattendue du philtre et de l'amitié.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/05/08/S%C3%A9n%C3%A8que-%2848%29-%3A-lettre-9-%284%29-ou-de-l-alliance-inattendue-du-philtre-et-de-l-amiti%C3%A9.2</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:b18580012ab267ab6a3798618516867f</guid>
    <pubDate>Sat, 08 May 2010 11:22:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Sénèque</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&amp;quot; &lt;em&gt;Quaeris, quomodo amicum cito facturus sit ? Dicam, si illud mihi
tecum convenerit, ut statim tibi solvam quod debeo, et quantum ad hanc
epistulam, paria faciamus. Hecaton ait : &amp;quot; Ego tibi monstrabo amatorium
sine medicamento, sine herba, sine ullius veneficae carmine : si vis
amari, ama.&amp;quot; Habet autem non tantum usus amicitiae veteris et certae magnam
voluptatem, sed etiam initium et comparatio novae.&lt;/em&gt;&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je traduis ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Tu demandes : comment se fera-t-il vite un ami ? Je le dirai si
on convient que je te paye ce que je te dois et que pour cette lettre nous
réglions nos comptes. Hécaton dit : &amp;quot; Je t'indiquerai un philtre amoureux
sans drogue, sans herbe, sans enchantement de magicienne : si tu veux être
aimé, aime &amp;quot;. Non seulement la pratique d'une amitié ancienne et sûre apporte
un grand plaisir, mais aussi le début et la préparation d'une nouvelle.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hécaton, philosophe stoïcien du 1er siècle av. JC, est une des sources
principales de Sénèque quand il écrit le &lt;strong&gt;De Benefeciis&lt;/strong&gt;
(&lt;strong&gt;Des bienfaits&lt;/strong&gt;). Mais de son œuvre rien ne reste, sauf
quelques citations rapportées par d’autres auteurs, dont précisément Sénèque. À
dire vrai, il mentionne bien peu cet auteur dans l’ensemble des &lt;strong&gt;Lettres
à Lucilius&lt;/strong&gt; puisque la citation ci-dessus est la dernière de trois. On
ne sait pas de quelle œuvre d’Hécaton cette phrase est extraite (on peut faire
l’hypothèse qu’on la trouvait dans &lt;strong&gt;Sur les devoirs&lt;/strong&gt;, l’ouvrage
que Sénèque a travaillé pour écrire le &lt;strong&gt;De benefeciis&lt;/strong&gt;).&lt;br /&gt;
Érudition – rapportée ! – mise à part, je relève l’étrange association
entre le philtre amoureux (c’est la traduction littérale d’ &lt;em&gt;amatorium&lt;/em&gt;
) et l’amitié (&lt;em&gt;amicitia&lt;/em&gt; et non &lt;em&gt;amor&lt;/em&gt; ), ce qui mêle une
relation (la passion amoureuse) que le stoïcisme disqualifie à une relation
qui, on l’a vu, sans être jugée une condition du bonheur, a cependant assez de
valeur pour être préférée à l’absence de l’amitié (il suffit de relire la
lettre 6 pour prendre la juste mesure de la valeur de cette amitié : on
meurt avec elle, on meurt pour elle, dit textuellement Sénèque – &lt;em&gt;cum qua
homines moriuntur, pro qua moriuntur&lt;/em&gt; - ; ce point est à garder à
l’esprit quand on lit Sénèque écrivant dans la lettre 9 que le sage peut vivre
sans ami ).&lt;br /&gt;
Mais on peut éclairer cette référence au vocabulaire de la passion par l’idée
que le philtre amoureux est identifié ici ni aux raisons de son emploi
(l’intention de rendre autrui amoureux de soi) ni à ses effets (il rend
amoureux) mais strictement à son efficacité.&lt;br /&gt;
On notera que la leçon de ce texte est assez distincte de celle que véhiculait
la lettre III. En effet Sénèque soulignait d’abord que l’amitié naissait du
fait de faire confiance (&lt;em&gt;credere&lt;/em&gt;). Puis il prenait même comme cibles
ceux qui aiment (&lt;em&gt;amare&lt;/em&gt;) avant de juger (&lt;em&gt;judicare&lt;/em&gt;), au lieu de
juger avant d’aimer. Très nettement, la vraie amitié devait alors avoir son
origine dans un processus cognitif qui en venait à causer un attachement (que
Sénèque rendait autant par &lt;em&gt;credere&lt;/em&gt; que par &lt;em&gt;amare&lt;/em&gt; et
&lt;em&gt;committere&lt;/em&gt; –confier -). En revanche ici Hécaton trouve la première
cause de l’amitié dans le sentiment.&lt;br /&gt;
Je relève aussi une certaine tension entre d'une part la référence au philtre
dont l’efficace rapide est intrinsèque et d'autre part la mention de la
préparation (&lt;em&gt;comparatio&lt;/em&gt; qui évoque un processus d’aménagement, par
exemple Cicéron parle de &lt;em&gt;novi belli comparatio&lt;/em&gt;, de la préparation
d’une nouvelle guerre). On va bientôt découvrir que la comparaison du sage avec
le peintre – et non plus seulement avec le sculpteur – renforce cette idée d’un
processus préparatoire lent et actif, distinct nettement d’un amour qui
relèverait davantage de la causalité magique du philtre.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2010/05/08/S%C3%A9n%C3%A8que-%2848%29-%3A-lettre-9-%284%29-ou-de-l-alliance-inattendue-du-philtre-et-de-l-amiti%C3%A9.2#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2010/05/08/S%C3%A9n%C3%A8que-%2848%29-%3A-lettre-9-%284%29-ou-de-l-alliance-inattendue-du-philtre-et-de-l-amiti%C3%A9.2#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/atom/comments/515068</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Sénèque (47) : lettre 9 (3) ou l'art de faire sien l'étranger.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/05/03/S%C3%A9n%C3%A8que-%2847%29-%3A-lettre-9-%283%29</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:4d20ec74427d5c9ab0674e34c8d2ad01</guid>
    <pubDate>Wed, 05 May 2010 20:27:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Sénèque</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;em&gt;Ita sapiens se contentus est, non ut velit esse sine amico, sed ut
possit. Et hoc quod dico &amp;quot;possit&amp;quot; tale est : amissum aequo animo fert.
Sine amico quidem numquam erit : in sua potestate habet, quam cito
reparet. Quomodo si perdiderit Phidias statuam, protinus alteram faciet, sic
hic faciendarum amicitiarum artifex substituet alium in locum amissi&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je traduis par :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Le sage se contente tant de lui-même que, s'il ne veut pas être sans ami,
du moins il le peut. Et ce que je veux dire par &amp;quot;il le peut&amp;quot;, c'est qu'il
supporte sa disparition avec calme. Sans ami en réalité il ne le sera
jamais : c'est en son pouvoir d'en trouver vite un autre. De même que si
Phidias perd une statue, il en refera immédiatement une autre, de même ce
maître en l'art de lier des amitiés mettra un autre à la place du disparu.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ami n'est donc pas quelque chose de rare puisque le sage s'en fait à
volonté. Sénèque ne dit pas que la deuxième statue sera en tout point identique
à la première mais néanmoins ce sera tout autant une statue.&lt;br /&gt;
Ainsi le deuxième ami n'est pas le double du premier mais partage avec le
premier la même propriété d' &amp;quot;être l' ami du sage &amp;quot; .&lt;br /&gt;
Cette audacieuse et troublante comparaison confère au sage une indépendance au
sein même de la relation de dépendance qui le lie avec son ami. Tel le
sculpteur avec sa sculpture, le sage crée l'ami, coexiste avec lui et, si
besoin est, le recrée.&lt;br /&gt;
Commentant la lettre 3, j'ai &lt;a href=&quot;http://www.philalethe.net/post/2008/02/25/Seneque-11-%3A-contrairement-a-toute-logique-etre-avec-son-ami-cest-etre-avec-soi-meme&quot;&gt;
déjà&lt;/a&gt; eu l'occasion de mettre en évidence la complexité de l'altérité de
l'ami qui peut aller jusqu'à être identifié à un double de soi, être avec son
ami revenant alors à être avec soi. Or, on peut dire aussi cela de
Phidias : avec sa statue, il est finalement seul avec lui-même.&lt;br /&gt;
La même lettre 3 soulignait en plus que l'ami est notre oeuvre au sens où on le
rend fidèle en le croyant fidèle. Reste que l'opposition artiste / artefact
contribue ici non seulement à faire de l'ami une création mais en plus à
l'identifier à quelque chose de moindre, ce que ne suggérait pas la lettre
3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Sénèque se réfère-t-il à d'autres reprises dans son oeuvre
philosophique à Phidias ?&lt;br /&gt;
En fait le sculpteur grec n'est pas une référence ordinaire de Sénèque, qui ne
le mentionne que deux autres fois, d'abord dans un tout autre contexte dans un
passage du &lt;strong&gt;De beneficiis&lt;/strong&gt; (II XXXIII 2) et ensuite dans la
lettre 85 à Lucilius dont voici les termes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Phidias ne s'entendait pas seulement à tailler dans l'ivoire ses
statues ; il faisait des statues de bronze. Tu lui aurais donné du marbre
ou une matière encore plus commune, il en eût tiré tout le meilleur parti
possible. Ainsi le sage déploiera sa vertu, s'il le peut au milieu de
l'opulence ; sinon, dans la pauvreté ; dans sa patrie, s'il le le
peut, sinon en exil ; général ou à défaut simple soldat, entier de ses
membres ou perclus. Quel que soit le sort qui lui sera fait, il en tirera une
oeuvre mémorable.&amp;quot; (éd. Veyne p.866-867)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas ici de remplacer une statue par une autre, mais de
multiplier les statues quel que soit le matériau. Reste que dans les deux
textes le sculpteur est le modèle du sage.&lt;br /&gt;
Dans le premier cas, c'est la capacité à refaire une statue qui est mise en
relief ; dans le deuxième, c'est celle de faire une statue à partir de
n'importe quelle matière.&lt;br /&gt;
La matière n'est pas non plus identique dans les deux passages : dans la
lettre 9, c'est la matière humaine à laquelle le sage sait donner une forme
amicale ; dans la lettre 85, la matière est le sort (&lt;em&gt;fortuna&lt;/em&gt;). En
plus la statue-ami se perd alors que la mise en forme sage des événements
certes se répète mais reste mémorable (&lt;em&gt;memorabile&lt;/em&gt;).&lt;br /&gt;
Ces deux textes défendent néanmoins une thèse commune : que la sage est à
l'abri d'une dissolution, d'une décomposition de soi, que causerait une
extériorité, humaine ou non, mais destructrice en tout cas.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2010/05/03/S%C3%A9n%C3%A8que-%2847%29-%3A-lettre-9-%283%29#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2010/05/03/S%C3%A9n%C3%A8que-%2847%29-%3A-lettre-9-%283%29#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/atom/comments/513540</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Montaigne : une pudeur de pucelle.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/05/01/Montaigne-%3A-une-pudeur-de-pucelle.6</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:4f5e8a86201004bbfd9980c567ccbf93</guid>
    <pubDate>Sat, 01 May 2010 14:32:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Montaigne</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Je souhaite aujourd’hui me centrer sur un passage de l’essai III du livre
I :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Moy, qui ay la bouche si effrontée, suis pourtant par complexion
touché de cette honte. Si ce n’est à une grande suasion de la necessité ou de
la volupté, je ne communique guiere aux yeux de personne les membres et actions
que nostre coutume ordonne estre couvertes. J’y souffre plus de contrainte, que
je n’estime bien seant à un homme, et surtout, à un homme de ma
profession. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est une addition de 1588 à un essai (« Nos affections s’emportent au
dela de nous ») dans lequel Montaigne ne disait strictement rien de lui. À la
différence de l’addition de l’essai précédent sur son impuissance
occasionnelle, celle-ci n’est pas supprimée des éditions postérieures.&lt;br /&gt;
Plus, ce texte ouvre une série de remarques personnelles que Montaigne fait par
rapport au cadavre qu’il sera. Mais d’abord que penser du texte cité ?&lt;br /&gt;
Jean Starobinski lui consacre dans &lt;strong&gt;Montaigne en mouvement&lt;/strong&gt; des
lignes éclairantes (p.171). Après avoir mentionné « l’impudeur
&lt;em&gt;écrite&lt;/em&gt; » de Montaigne, il ajoute :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Qu’il s’agisse là de stratégie littéraire, et non d’un comportement
vécu, il suffit, pour le confirmer, de rappeler (avec Albert Thibaudet) cette
déclaration qui met un singulier écart entre « l’homme du livre et l’homme
de la réalité » (…) C’est là reconnaître, dans l’ordre du &lt;em&gt;faire&lt;/em&gt;,
la légitime autorité de la « coustume » sur nos vies ; mais dans
l’ordre du &lt;em&gt;dire&lt;/em&gt;, cette autorité est levée : le livre est l’espace
d’une autre liberté. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A première vue Montaigne présente sa conduite comme conforme à la coutume et
donc normale. Reste que le contexte dans lequel ce passage se situe laisse
penser à une certaine anormalité et même à un mouvement de dénonciation d’une
de ses faiblesses par l’auteur. En effet Montaigne ajoute les lignes qu'on
vient de lire immédiatement après un passage où il vient de rapporter un cas de
pudeur non conforme à la coutume – du moins à celle des grands - et quasi
pathologique, comme on le verra :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« L’Empereur Maximilian, bisayeul du Roy Philippes, qui est à present,
estoit prince doué de tout plein de grandes qualitez, et entre autres d’une
beauté de corps singulière. Mais parmy ces humeurs, il avait cette-cy bien
contraire à celle des princes, qui pour despecher les plus importantes
affaires, font leur throsne de leur chaire percée : c’est qu’il n’eut
jamais valet de chambre si privé, à qui il permit de le voir en sa garderobbe.
Il se desroboit pour tomber de l’eau, aussi religieux qu’une pucelle à ne
descouvrir ny à medecin ni à qui que ce fut les parties qu’on a accoustumé de
tenir cachées. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivent alors les lignes cette fois personnelles déjà citées. Dans le
mouvement de la lecture, n’est-on pas alors enclin à identifier la pudeur de
Montaigne à celle d’une pucelle, autrement dit, vu son âge et son sexe, à un
sentiment déplacé et excessif qui pousse à dépasser largement ce que la coutume
oblige à faire ? En effet, si la coutume commande de cacher certains
membres et certaines actions, elle ne justifie pas de les cacher à tout le
monde, ce à quoi est pourtant enclin Montaigne, les seules exceptions se
faisant contre son gré (« une grande suasion de la necessité ou de la
volupté »).&lt;br /&gt;
Loin d’être en mesure de justifier une telle « honte » qu’il rapporte
à sa « complexion » - comme il expliquait la conduite du monarque par
ses &amp;quot;humeurs&amp;quot; -, il s’en déclare victime et la juge contraire à ce qui lui
conviendrait. C’est du moins ainsi que j’interprète « j’y souffre plus de
contrainte, que je n’estime bien séant à un homme, et sur tout, à un homme de
ma profession ». Peut-on alors, en reprenant l’opposition de Starobinski,
soutenir l’idée que Montaigne relève que son faire n’est pas en accord avec son
dire et, &lt;strong&gt;loin d’approuver ce désaccord que la coutume exigerait, au
contraire en regrette la paradoxale réalité&lt;/strong&gt; ?&lt;br /&gt;
Néanmoins il a clairement conscience que cette anormalité ne dépasse pas les
limites que l’Empereur lui a franchies, ce qui l'a fait sombrer sinon dans la
folie, du moins dans le ridicule. En effet immédiatement après le passage
concernant Montaigne en personne, viennent ces lignes, antérieures, de la
première édition :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Mais, luy, en vint à telle superstition qu’il ordonna par paroles
expresses de son testament qu’on luy attachast des calessons quand il seroit
mort. Il devoit ajouter par codicille, que celui qui les lui monteroit aurait
les yeux bandez. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On prendra au sérieux la référence disqualifiante à la superstition qui
permet de distinguer l’attitude de cet empereur de celle décrite dans l’ajout
bien postérieur qui prolonge le passage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« L’ordonnance que Cyrus faict à ses enfans, que ny eux ny autre ne
voie et ne touche son corps apres que l’ame en sera separée, je l’attribue a
quelque sienne devotion. Car et son historien et luy entre leurs grandes
qualitez ont semé par tout le cours de leur vie un singulier soin et reverence
à la religion. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour résumer, si Montaigne s’identifie partiellement ici à un grand, c’est
par un trait de sa personnalité qu'il déprécie et il a à cœur de souligner
qu’une interprétation généreuse de sa conduite -celle qu'il est juste de
développer concernant Cyrus - ne conviendrait pas à son cas. Néanmoins son
travers, il le sait, demeure modéré et, comme nous le verrons, ce souci du
corps vivant et nu qu’il doit mettre à l’abri des regards ne se prolonge pas en
souci relatif au cadavre qu’il sera.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2010/05/01/Montaigne-%3A-une-pudeur-de-pucelle.6#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2010/05/01/Montaigne-%3A-une-pudeur-de-pucelle.6#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/atom/comments/513061</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Montaigne : les limites de l'art.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/04/29/Montaigne-%3A-les-limites-de-l-art.3</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:29fe1f3eb40c117bcfb207c883f93949</guid>
    <pubDate>Fri, 30 Apr 2010 19:16:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Montaigne</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Après avoir présenté un cas de douleur trop intense pour être exprimée,
Montaigne dans l’essai II du livre I traite la question de sa représentation
par un artiste. Sans être directe, sa thèse est qu’elle n’est pas représentable
artistiquement.&lt;br /&gt;
C’est d’abord la question de la représentation picturale qui est
évoquée :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« A l’aventure reviendrait à ce propos l’invention de cet ancien
peintre, lequel, ayant à representer au sacrifice de Iphigenia le dueil des
assistants, selon les degrez de l’interest que chacun apportoit à la mort de
cette belle fille innocente, ayant espuisé les derniers efforts de son art,
quand se vint au père de la fille, il le peignit le visage couvert, comme si
nulle contenance ne pouvait représenter ce degré de dueil. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que Montaigne suggère moins ici une limite personnelle et
accidentelle du peintre, en l’occurrence le grec Timante, qu’une limite
essentielle de la peinture, et plus généralement des arts plastiques.&lt;br /&gt;
Le texte de Cicéron (&lt;strong&gt;De Oratore&lt;/strong&gt;) qui est, d’après Villey, une
des sources possibles de ce passage, est assez clair : « &lt;em&gt;summum
illum luctum penicillo non posset imitari&lt;/em&gt; » qui peut se traduire
par : « ce deuil extrême ne peut pas être imité avec le pinceau ».
Quintilien dans les &lt;strong&gt;Institutions oratoires&lt;/strong&gt; (XII 13) défend à
première vue cette même position dans le cadre cette fois du discours et il
l’illustre curieusement par l’exemple de la peinture de Timante :
« &lt;em&gt;Non in oratione operienda sunt quaedam, sive ostendi non debent sive
exprimi pro dignitate non possunt ?&lt;/em&gt; » qu’on peut traduire
ainsi : « Ne faut-il pas dans le discours cacher ces choses qui ne
doivent pas être montrées ou qui ne peuvent pas être représentées en raison de
la dignité ? » La suite du texte de Quintilien va se rapporter de nouveau
à la dignité : « &lt;em&gt;consumptis adfectibus non reperiens quo digne
modo patris vultum posset exprimere, velavit eius caput et suo cuique animo
dedit aestimandum.&lt;/em&gt; », ce qui donne : « ayant épuisé tous les
sentiments, ne trouvant pas de quelle manière il pouvait représenter dignement
le visage du père, il lui voila la tête et laissa chacun apprécier en son âme
et conscience ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces lignes paraissent répondre à une question venant à l’esprit et
concernant l’impossibilité de représenter plastiquement l’extrême
chagrin : pourquoi ne pas représenter picturalement les comportements que
les mots de Montaigne décrivent précisément, Psammenite, « les yeux fichez
en terre » ou Raïsciac qui se tient « sans espandre ny vois ny
pleurs, debout sur ses pieds, ses yeux immobiles, le regardant fixement »
?&lt;br /&gt;
Je lis dans ce passage de Quintilien l’idée qu’une telle représentation est
techniquement possible mais inapte à rendre convenablement, comme il faut
(&lt;em&gt;digne&lt;/em&gt;) la douleur en question. Mais pourquoi donc ? Peut-être
parce que l’interprétation juste du masque suppose la connaissance de ce qui
vient après, je veux dire, l’explosion de douleur de Psammenite à la vue d’un
de ses proches conduit au supplice, la mort foudroyante de Raïsciac. Dois-je
supposer que le cinéma en revanche serait à la hauteur de la situation, non
parce qu’il serait plastiquement plus fidèle que la peinture (ou la
photographie, le dessin, la sculpture etc.) mais parce qu’il donnerait à voir
les images à venir, qui mettent en perspective ce qui, isolé, pourrait être
pris pour indifférence, fatigue, torpeur, que sais-je ?&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Il est intéressant de mettre en rapport ce texte de Montaigne avec un
article de Voltaire tiré du &lt;strong&gt;Dictionnaire Philosophique&lt;/strong&gt; et
consacré au mérite des Anciens et des Modernes :&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;« Si le peintre Timante venait aujourd’hui présenter à côté des
tableaux du Palais-Royal son tableau du sacrifice d’Iphigénie, peint de quatre
couleurs; s’il nous disait: « Des gens d’esprit m’ont assuré en Grèce que
c’est un artifice admirable d’avoir voilé le visage d’Agamemnon, dans la
crainte que sa douleur n’égalât pas celle de Clytemnestre, et que les larmes du
père ne déshonorassent la majesté du monarque; » il se trouverait des
connaisseurs qui lui répondraient: « C’est un trait d’esprit, et non pas
un trait de peintre; un voile sur la tête de votre principal personnage fait un
effet affreux dans un tableau: vous avez manqué votre art. Voyez le
chef-d’oeuvre de Rubens, qui a su exprimer sur le visage de Marie de Médicis la
douleur de l’enfantement, l’abattement, la joie, le sourire, et la tendresse,
non avec quatre couleurs, mais avec toutes les teintes de la nature. Si vous
vouliez qu’Agamemnon cachât un peu son visage, il fallait qu’il en cachât une
partie avec ses mains posées sur son front et sur ses yeux, et non pas avec un
voile que les hommes n’ont jamais porté, et qui est aussi désagréable à la vue,
aussi peu pittoresque qu’il est opposé au costume: vous deviez alors laisser
voir des pleurs qui coulent, et que le héros veut cacher; vous deviez exprimer
dans ses muscles les convulsions d’une douleur qu’il veut surmonter; vous
deviez peindre dans cette attitude la majesté et le désespoir. Vous êtes Grec,
et Rubens est Belge; mais le Belge l’emporte. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voltaire y défend clairement la position que la peinture n’est pas limitée
essentiellement dans la représentation de l’humain. À noter qu’il donne à
Agamemnon une identité différente de celle que le contexte permet de lui
attribuer dans l’essai de Montaigne. Ce n’est plus un homme accablé, mais un
stoïcien imparfait et un monarque honteux non de sacrifier sa fille mais d'en
pleurer - c'est une autre piste pour interpréter la référence à la
&lt;em&gt;dignitas&lt;/em&gt; dans le texte de Quintilien -&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2010/04/29/Montaigne-%3A-les-limites-de-l-art.3#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2010/04/29/Montaigne-%3A-les-limites-de-l-art.3#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/atom/comments/512605</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Montaigne : analyse de défaillances.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/04/28/Montaigne-%3A-analyse-de-d%C3%A9faillances.5</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:34b497779a5a496b76987883dc9b3669</guid>
    <pubDate>Thu, 29 Apr 2010 17:09:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Montaigne</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Les divers cas présentés par Montaigne dans le deuxième essai du Livre I ont
comme fin d’illustrer « l’imbécilité humaine » (entendez par là la
faiblesse humaine).&lt;br /&gt;
C’est le dernier cas qui retiendra davantage mon attention.&lt;br /&gt;
Mais d’abord je voudrais relever les différentes manifestations de faiblesse
que ces cas (au nombre de 9) présentent.&lt;br /&gt;
On se rappellera que tous les cas ont une cause identique : l’excès
d’émotion, que celle-ci soit produite par un deuil, un attachement amoureux,
une excellente surprise ou, dans le dernier cas qui m’intéressera
particulièrement, une situation honteuse.&lt;br /&gt;
Trois cas représentent l’extrême douleur : il s’agit de Psammenite,
antique roi d’Égypte, du duc Charles de Guise, un de ses contemporains, et d’un
certain « Raïsciac, capitaine Allemand » dont Montaigne a lu
l’histoire dans les &lt;strong&gt;Historiae sui temporis ab anno 1494 ad annum
1547&lt;/strong&gt; de Paolo Giovo.&lt;br /&gt;
Commençons par le premier et le dernier qui se ressemblent par leur mutisme
montré dans une situation qui normalement devrait les bouleverser :&lt;br /&gt;
Psammenite, vaincu par Cambyse, « se tint coy sans mot dire, les yeux
fichez en terre » en voyant d'abord sa fille transformée en servante puis
son fils conduit à la mort.&lt;br /&gt;
Raïsciac, reconnaissant tardivement son fils dans le cadavre d’un chevalier
dont tous avaient loué le courage, « se tint sans espandre ni voys ny
pleurs, debout sur ses pieds, ses yeux immobiles, le regardant fixement
».&lt;br /&gt;
Cependant la fin des deux histoires diffère radicalement car si Raïsciac en
tombe raide mort, Psammenite manifeste son chagrin bientôt après en voyant mené
aussi à la mort un de ses familiers.&lt;br /&gt;
Attention ! On ne doit pas interpréter l’immobilité de Raïsciac comme une
preuve de la maîtrise qu’il avait de lui, vu que tout l’essai est destiné à
souligner la faiblesse humaine. Les lignes qui précèdent la présentation du cas
Raïsciac soulignent que si la douleur ne se manifeste pas, ce n’est pas parce
qu’elle est réprimée mais parce qu’elle est inexprimable par une
conduite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« De vray, l’effort d’un desplaisir, pour estre extreme, doit estonner
toute l’ame, et lui empescher la liberté de ses actions : comme il nous
advient à la chaude alarme d’une bien mauvaise nouvelle, de nous sentir saisis,
transis, et comme perclus de tous mouvements, de façon que l’ame se relaschant
apres aux larmes et aux plaintes, semble se desprendre, se demesler et se
mettre plus au large, et à son aise. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout autant Psammenite est une victime. Certes il ne va pas en mourir et va
d’ailleurs exprimer toute sa douleur, peu après, à l’occasion de la mort d’un
de ses familiers. Mais c’est clairement impropre de voir en lui un homme qui se
contrôle. En effet il est dominé par une passion inexprimable :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Cambises s’enquerant à Psammenitus, pourquoy ne s’estant esmeu au
malheur de son fils et de sa fille, il portoit si impatiemment celuy d’un de
ses amis : C’est, respondit-il, que ce seul dernier desplaisir se peut
signifier par larmes, les deux premiers surpassans de bien loin tout moyen de
se pouvoir exprimer. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisième cas permet de comprendre que toute douleur inexprimée n’est pas
inexprimable. C’est aussi l’occasion de découvrir une autre forme de la
faiblesse humaine. Il s’agit donc du duc Charles de Guise qui, apprenant la
mort de son frère aîné, puis peu après celle d’un frère plus jeune, soutient
« ces deux charges d’une constance exemplaire » mais s’effondre
quelques jours après quand c’est au tour d’ « un de ses gens » de
décéder. On peut désormais qualifier cette dernière manifestation de mutisme
par répression. Certes les mauvaises langues avaient dit que les précédents
décès de ses deux frères ne l’avaient pas touché (on aurait eu alors, si
c'était vrai, quelque chose d'ordinaire, le mutisme par indifférence) mais
Montaigne donne une autre explication, qui met alors en évidence, sous une
forme certes limitée, la maîtrise de soi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Mais à la vérité ce fut, qu’estant d’ailleurs plein et comblé de
tristesse, la moindre sur-charge brisa les barrieres de la patience. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Constance exemplaire », « patience », pas de doute : on
n’est plus dans le registre de l’affectivité pathologique mais dans celui de la
rationalité, une raison bien sûr assez faible pour succomber à une addition de
douleur mais aussi assez puissante pour maintenir la retenue en-deça d’un
certain seuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant l’amour, Montaigne ne personnalise pas sa leçon (sauf à garder en
mémoire l'addition supprimée) ; en revanche il ne manque pas d’exemples
pour illustrer la faiblesse de l’homme face à la bonne surprise. C’est alors le
plaisir, « l’aise », dit Montaigne, qui tue, et les cas
défilent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« la femme Romaine, qui mourut surprise d’aise de voir son fils revenu
de la route de Cannes, Sophocles et Denis le Tyran, qui trespasserent d’aise,
et Talva qui mourut en Corsegue, lisant les nouvelles des honneurs que le Senat
de Rome luy avait decernez. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour clore la liste des morts de plaisir, Montaigne met en relief la fin,
entre nous bien peu chrétienne, d’un pontife :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Nous tenons en nostre siècle que le Pape Leon dixiesme, ayant esté
adverty de la prinse de Milan, qu’il avoit extremement souhaitée, entra en tel
excez de joye, que la fievre l’en print et en mourut. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de doute, comme la Mort dans une danse macabre, la Défaillance unit tous
les êtres humains, sexes, fonctions, pays et temps confondus. Reste que
terminer l'énumération par un pape n’a pas été jugé suffisant par
Montaigne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Et pour un plus notable tesmoignage de l’imbécillité humaine, il a
été remarqué par les anciens que Diodorus le Dialecticien mourut sur le champ,
espris d’une extreme passion de honte, pour en son eschole et en public ne se
pouvoir desvelopper d’un argument qu’on luy avoit faict. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai déjà commenté &lt;a href=&quot;http://www.philalethe.net/post/2006/01/11/9-diogene-laerce-un-valet-de-chambre&quot;&gt;ici&lt;/a&gt; cette mort de
Diodore, rapporté par Diogène Laërce. Pierre Villey nous apprend que Montaigne
reprend ici la version qu’en donne Pline l’Ancien dans ses &lt;strong&gt;Histoires
naturelles&lt;/strong&gt;. Cet auteur rapporte en effet plusieurs cas de mort subite
(&lt;em&gt;mors repentina&lt;/em&gt;) qu’il qualifie d’ailleurs de « &lt;em&gt;summa vitae
felicitas&lt;/em&gt; », « le plus grand bonheur de la vie » :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« &lt;em&gt;Pudore Diodorus sapientiae dialecticae professor, lusoria
quaestione non protinus ab interrogatione Stilponis dissoluta&lt;/em&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je traduis : « Diodore, professeur de science dialectique, est
mort de honte à cause d’un problème posé par Stilpon et qu’il ne pouvait pas
résoudre immédiatement »&lt;br /&gt;
On notera que la version qu’en donne Laërce ne convenait pas à Montaigne
puisque le compilateur fait mourir Diodore de suicide après avoir écrit un
texte apportant une solution au dit problème.&lt;br /&gt;
Cette mention de Diodore est dans les &lt;strong&gt;Essais&lt;/strong&gt; la première
référence irrévérencieuse à la philosophie.&lt;br /&gt;
Mais est-elle vraiment irrévérencieuse ? En tout cas, ce n’est pas Stilpon
et son insensiblité légendaire que Montaigne choisit de mettre en avant, mais
bien plutôt une victime philosophe de la philosophie. C’est vrai que Montaigne
mettra quand même en vedette Stilpon à quatre reprises dans les
&lt;strong&gt;Essais&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2010/04/28/Montaigne-%3A-analyse-de-d%C3%A9faillances.5#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2010/04/28/Montaigne-%3A-analyse-de-d%C3%A9faillances.5#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/atom/comments/512346</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Montaigne, stoïcien à un détail près ?</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/04/27/Montaigne</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:aaf9102162f4832d4828823a04cf733a</guid>
    <pubDate>Wed, 28 Apr 2010 16:47:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Montaigne</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Jean Starobinski n'a pas consacré un mot au deuxième essai du livre I
intitulé &lt;strong&gt;De la tristesse&lt;/strong&gt;. Pourtant ce texte se prête sur un
point au moins à une herméneutique du soupçon de type psychanalytique. Il est
centré sur les formes paroxystiques de tristesse et plus généralement sur les
effets des émotions intenses.&lt;br /&gt;
À la différence de l'essai I où Montaigne reconnaissait être sensible à la
pitié et marquait ainsi nettement l'inadéquation de sa conduite aux règles du
stoïcisme, il consacre un premier paragraphe à mettre en évidence qu'en
revanche sur la question de la tristesse il est, pratiquement comme
théoriquement, en accord avec l'éthique stoïcienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Je suis des plus exempts de cette passion, et ne l'ayme ni ne l'estime,
quoy que le monde ayt prins, comme à prix faict, de l'honorer de faveur
particuliere. Ils en habillent la sagesse, la vertu, la conscience : sot
et monstrueux ornement. Les Italiens ont plus sortablement baptisé de son nom
la malignité. Car c'est une qualité tousjours couarde et basse, les Stoïciens
en défendent le sentiment à leurs sages.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux dernières phrases de l'essai, Montaigne affirme désormais son
insensibilité de manière plus générale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Je suis peu en prise de ces violentes passions. J'ay l'apprehension
naturellement dure; et l'encrouste et espessis tous les jours par
discours.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ne sera dit de l'identité de ces discours mais rien non plus n'interdit
de penser qu'ils appartiennent à la littérature stoïcienne. Reste que la
conformité de la conduite de Montaigne à l'éthique stoïcienne n'est pas
complète car il dit être &amp;quot;peu&amp;quot; victime de la violence des émotions. Pourtant
rien dans le texte de l'édition de 1595, dite édition de Bordeaux, reprise
précisément par Pierre Villey, ne permet d'identifier les limites de
l'&amp;quot;apathie&amp;quot; de Montaigne.&lt;br /&gt;
Cependant le mystère est partiellement levé grâce à une courte addition de
1588, supprimée donc en 1595. Elle était insérée dans le développement consacré
aux émotions amoureuses. Montaigne commençait par y traiter de quelque chose
comme l' &amp;quot;aphasie&amp;quot; amoureuse, la passion étant si intense que les mots font
défaut pour la dire. Puis il évoquait ce qu'on pourrait désigner du nom
d'&amp;quot;impuissance par excès&amp;quot; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Et de là s'engendre par fois la défaillance fortuite, qui surprent les
amoureux si hors de saison, et cette glace qui les saisit par la force d'une
ardeur extrême, au giron mesme de la joüyssance.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est après cette phrase que venait l'addition en question, brève mais
lumineuse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Accident qui ne m'est pas incogneu &amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut méditer sur les raisons possibles qui ont justifié la disparition de
l'addition dans les éditions ultérieures. La pudeur n'est pas à exclure,
Montaigne ayant écrit dans l'&lt;strong&gt;Avis au lecteur&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Que si j'eusse esté entre ces nations qu'on dict vivre encore sous la
douce liberté des premières loix de nature, je t'asseure que je m'y fusse
tres-volontiers peint tout entier, et tout nud.&amp;quot;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2010/04/27/Montaigne#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2010/04/27/Montaigne#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/atom/comments/512028</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Montaigne, homme ordinaire.</title>
    <link>http://www.philalethe.net/post/2010/04/24/Montaigne</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:f29ad8d907ad52fdbd2b5588fd5068ab</guid>
    <pubDate>Tue, 27 Apr 2010 16:09:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Philalèthe</dc:creator>
        <category>Montaigne</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Montaigne a toujours placé en tête de ses &lt;strong&gt;Essais&lt;/strong&gt; un texte
intitulé &lt;strong&gt;Par divers moyens on arrive à pareille fin&lt;/strong&gt;. Pierre
Villey l'interprète comme un signe de l'attachement de Montaigne à la thèse de
l'inconstance humaine. En effet, dans ce premier essai, l'auteur, s'appuyant
exclusivement sur des situations militaires, relève que la clémence du
vainqueur peut être autant causée par les supplications du vaincu que par son
inflexible résistance.&lt;br /&gt;
Gardant de Villey l'idée que ce premier essai, par sa place exceptionnelle,
contient des idées que Montaigne a particulièrement à coeur de transmettre, je
veux relever ce qu'il y dit de lui. Certes Montaigne a commencé d'écrire ce
texte à une époque (vers 1572) où il n'avait pas comme but de se décrire, ce
qui explique que les quelques lignes que je vais commenter n'apparaissent pas
avant l'édition de 1588.&lt;br /&gt;
Le texte en jeu est fort court :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; L'un et l'autre de ces deux moyens m'emporterait aysement. Car j'ai une
merveilleuse lascheté vers la misericorde et la mansuetude. Tant y a qu' à mon
advis, je serois pour me rendre plus naturellement à la compassion, qu'à
l'estimation : si est la pitié passion vitieuse aux Stoïques : ils
veulent qu'on secoure les affligez, mais non pas qu'on flechisse et compatisse
avec eux.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Montaigne vient de dépeindre trois guerriers, Edouard, prince de Galles,
Scanderberch, prince de l' Épire et l'Empereur Conrad III, qui ont eu comme
point commun de devenir clément face à la résistance de l'adversaire (Montaigne
a pris soin d'exclure que leurs conduites pourraient tout aussi bien
s'expliquer par la peur).&lt;br /&gt;
Dans un premier temps, Montaigne identifie en lui une constance et une
inconstance.&lt;br /&gt;
Une constance : il est porté à la clémence (ne pas commettre ici l'erreur
de donner à &amp;quot;lascheté&amp;quot; son sens moderne, le mot signifiant alors propension,
penchant).&lt;br /&gt;
Une inconstance : la clémence est causée en lui autant par la compassion
que par l'admiration. Cependant Montaigne dit ensuite clairement qu'il est plus
incité à la clémence par la pitié que par &amp;quot;l'estimation&amp;quot;, l'estime du courage,
de la valeur d'autrui. Ce qui revient à ne pas correspondre aux normes des
Stoïciens ( qui, comme il a lu dans le &lt;strong&gt;De clementia&lt;/strong&gt; de
Sénèque, identifie la compassion à une passion incompatible avec la sagesse
).&lt;br /&gt;
On dira qu'il n'exclut pas d' être identique dans certaines situations aux
personnages historiques qu'il a mentionnés. Certes mais le plus souvent, il est
inclus dans l'ensemble le plus ordinaire, celui des hommes attendris par la
plainte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; La plus commune façon d'amollir les coeurs de ceux qu' on a offensez, lors
qu'ayant la vengeance en main, ils nous tiennent à leur merci, c'est de les
esmouvoir par submission à commiseration et à pitié.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le paragraphe qui suit ce cours auto-portrait, il explicite clairement
les caractéristiques de l'ensemble dans lequel il se place implicitement et qui
le sépare généralement des âmes plus &amp;quot;généreuses&amp;quot; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Il se peut dire, que de rompre son coeur à la commiseration, c'est
l'effect de la facilité, débonnaireté, et mollesse, d'où il advient que les
natures plus foibles, comme celles des femmes, des enfans, et du vulgaire y
sont plus subjettes ; mais ayant eu à desdaing les larmes et les prières,
de se rendre à la seule reverence de la sainte image de la vertu, que c'est
l'effect d'une ame forte et imployable, ayant en affection et en honneur une
vigueur masle et obstinée.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, en prenant l'exemple du peuple thébain, il va souligner qu'on
trouve aussi quelquefois dans le vulgaire un comportement du même type que
celui qu'il attribue à une certaine élite guerrière :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Toutesfois és ames moins genereuses, l'estonnement et l'admiration peuvent
faire naistre un pareil effect. Tesmoin le peuple Thebain : lequel ayant
mis en outre le temps qui leur avoit esté prescrit et preordonné, absolut à
toutes peines Pelopidas, qui plioit sous le faix de telles objections, et
n'employoit à se garantir que requestes et supplications ; et, au
contraire, Epaminondas, qui vint à raconter magnifiquement les choses par luy
faites, et à les reprocher au peuple, d'une façon fière et arrogante, il n'eut
pas le coeur de prendre seulement les balotes en main ; et se departit
l'assemblée, louant grandement la hautesse du courage de ce personnage.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi inconstant que lui, Montaigne est donc à l'image du peuple
thébain.&lt;br /&gt;
Mais, en mettant en relief ce à quoi il est toujours porté (la clémence) et ce
pourquoi il y est généralement porté (la compassion), Montaigne souligne autant
sa constance - celle de son tempérament- que son inconstance.&lt;br /&gt;
D'ailleurs l'ensemble de l'essai fait ressortir le plus souvent dans chaque
personne examinée le poids du naturel ; ainsi l'absence d'uniformité des
hommes (&amp;quot; c'est un subject merveilleusement vain, divers, et ondoyant, que
l'homme. Il est malaisé d'y fonder jugement constant et uniforme &amp;quot;) est
justifiée plus par des différences inter-humaines qu'intra-humaines (à
l'exception de Montaigne lui-même, du peuple thébain et d'Alexandre le Grand,
&amp;quot;le plus hardy des hommes et si gratieux aux vaincus&amp;quot; qui pourtant, contre
toute attente, s'acharne à Gaza sur Betis, son ennemi vaincu (les dernières
lignes de l'essai sont d'ailleurs consacrées à une tentative - infructueuse -
d'interprétation du cas Alexandre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'étant présenté comme un de plus dans l'ensemble des gens banals, Montaigne
a donc commencé d'accomplir ici son programme, tel qu'il le donne à lire dans
l'&lt;strong&gt;Avis au lecteur&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot; Je veux qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans
contention et artifice : car c'est moy que je peins. Mes defauts s'y
liront au vif, et ma forme naïfve, autant que la reverence publique me l'a
permis.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes maints lecteurs ont dû être surpris, après une telle mise au point,
de lire un premier essai dans lequel Montaigne ne parle pour ainsi dire pas de
lui. Mais on peut interpréter cette entrée en scène discrète dans son propre
livre comme une manière de montrer manifestement, tout en la disant
discrètement, son peu d'importance.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Sur cet essai, on lira les pages que lui consacre Hugo Friedrich dans son
&lt;strong&gt;Montaigne&lt;/strong&gt; (1949) (p. 158 à 160, p.163 Tel Gallimard). Jean
Starobinski dans son très bel ouvrage &lt;strong&gt;Montaigne en mouvement&lt;/strong&gt;
(1982) ne s'y rapporte que dans quelques lignes (p.15 Bilbliothèque des idées
NRF Gallimard) et on peut s'interroger sur l'exactitude de son interprétation
quand il écrit qu' &amp;quot; à examiner l'histoire humaine, Montaigne constate que les
effets de la sincérité et de la feinte sont imprévisibles.&amp;quot; ; en effet
Montaigne n'y oppose jamais sincérité à feinte mais imploration à
résistance.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.philalethe.net/post/2010/04/24/Montaigne#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.philalethe.net/post/2010/04/24/Montaigne#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.philalethe.net/feed/atom/comments/511249</wfw:commentRss>
      </item>
    
</channel>
</rss>