Comment être heureux sachant qu'on va mourir ?
Par Philalèthe le dimanche 16 janvier 2005, 19:36 - Épicurisme - Lien permanent
Comment vivre heureux si on est inquiet à l’idée qu’on va mourir ? Epicure dans
la lettre qu’il écrit au jeune Ménécée pense pouvoir dissiper la peur en
assurant que nous ne vivrons pas notre mort car elle n’est pas du tout un objet
d’expérience ni pour l'homme vivant ni pour le mort. Le mort, c’est l’homme
totalement détruit, un ensemble désorganisé d’atomes qui du fait de son
désordre ne rend plus possible l’esprit et ses expériences. Nous pouvons certes
objecter à Epicure que nous serons témoin de la mort des autres. Mais ce n’est
pas cette mort-là indirecte et seule réelle qui est censée gâcher la vie, mais
la mienne, celle que j’attends à tort comme un événement et qui n’est que le
nom qui désigne le passage instantané de la sensibilité à l’insensibilité. Exit
ma mort, reste pourtant la pensée de la vie menacée par elle à chaque instant.
Comment ne pas identifier la vie mortelle à une vie malheureuse ? La souffrance
ne vient-elle pas de l’impossibilité de satisfaire notre désir d’immortalité ?
Platon dans le Banquet a fait de ce désir une tendance essentielle de l’homme
qu’il satisfait en faisant des enfants de chair ou, s’il le peut, des œuvres
qui lui survivront. Epicure, lui, pense que ce désir est un de ces désirs qui
disparaît quand les opinions fausses ont été dissipées. En effet, pour qui a
compris que le bonheur n’est que la disparition de la douleur physique et de la
souffrance, la paix de l'esprit et du corps est accessible hic et nunc. L’état
heureux n’est pas au sommet d’une longue paroi dont l’escalade n’est jamais
finie ; il est à la portée de quiconque satisfait simplement tous ses désirs
naturels. Mourir à 40 ans plutôt qu’ à 80 ans c’est certes avoir une vie plus
courte mais le bonheur ne prend pas de temps, on l’atteint dès qu’on ne souffre
plus et donc l’homme bienheureux qui meurt ne perd rien d’autre que la
possibilité de la réjouissance qui déjà le comble et l'a comblé Vient à
l’esprit alors l’objection de la douleur. Non la douleur mentale qui ne va
guère avec la prétention à la sagesse mais celle des muscles, des entrailles,
des os. Même si l’aspirant à la sagesse maximalise par son régime simple ses
chances de conserver la santé, il n’est pas à l’abri d’une maladie ou d’un
accident. Peut-on alors rester heureux ? Si la mort n’est pas à craindre, la
douleur, elle, ne l’est-elle pas bel et bien ?