Je lis dans la Recherche de la Vérité de Malebranche cet avertissement:

" On ne considère pas qu'Aristote, Platon, Epicure étaient hommes comme nous; et de plus, qu'au temps où nous sommes, le monde est plus âgé de deux mille ans, qu'il a plus d'expérience, qu'il doit être plus éclairé; et que c'est la vieillesse du monde, et l'expérience qui font découvrir la vérité." Livre II Chap.III

Moi, Philalèthe, amoureux de la vérité, ai-je bien raison d'aller la chercher chez les Anciens et non chez les Modernes ? Certes je me rappelle de Lucrèce commençant ainsi le de Natura rerum:

" Au temps où, spectacle honteux, la vie humaine traînait à terre les chaînes d'une religion qui, des régions du ciel, montrait sa tête aux mortels et les effrayait de son horrible aspect, le premier, un homme de la Grèce, un mortel, osa lever contre le monstre ses regards, le premier il engagea la lutte. Ni les fables divines, ni le ciel avec ses grondements ne purent le réduire; son courage ardent n'en fut que plus animé du désir de briser les verrous de la porte étroitement fermée de la nature. Mais la force de son intelligence l'a entraîné bien au-delà des murs enflammés du monde. il a parcouru par la pensée l'espace immense du grand Tout, et de là, il nous rapporte vainqueur la connaissance de ce qui peut ou ne peut pas naître, de la puissance départie à chaque être et de ses bornes inflexibles. Ainsi la superstition est à son tour terrassée, foulée aux pieds, et cette victoire nous élève jusqu'aux cieux."

C'est bien sûr d'Epicure le Grec dont parle Lucrèce dans son poème écrit en latin. Alors, entre l'homme d'autrefois, qui appartient à la jeunesse du monde, et ce héros dont on vient de lire le portrait, qui choisir ? Je vais faire la chose suivante: le lire comme si sa vérité était divine, le juger comme si elle n'était qu'humaine.