Portrait de sage en homme.
Par Philalèthe le dimanche 22 mai 2005, 21:50 - Sages - Lien permanent
De Thalès à Solon, je passe par une lettre, celle que le premier sage adresse à son ami pour l’encourager à venir chercher un refuge chez lui à Milet :
« Si tu quittes les Athéniens, il me semble qu’il serait pour toi des plus approprié d’établir ta demeure à Milet, parmi les colons de chez vous. Car ici il n’y a pour toi aucun danger. Si tu es irrité par le fait que nous aussi les Milésiens sommes sous le joug d’un tyran (Thrasybule) – tu détestes en effet tous les dictateurs - (littéralement « asymnètes » précise Goulet et Larousse dans le premier volume de son Grand dictionnaire du 19ème -1866- explique que le mot désigne le magistrat suprême d’une colonie) tu pourrais au moins te réjouir de vivre avec nous tes compagnons. Mais Bias (un autre sage) aussi t’a écrit de venir à Priène (c'est une autre ville de Ionie). Si la ville de Priène te convient davantage, alors va y habiter et c’est nous qui irons habiter auprès de toi. » (I, 44)
Richard Goulet m’apprend que cette lettre, comme toutes les autres lettres de sages citées par Diogène, est un faux. Pourtant le faussaire s’y est bien pris : il a employé chaque fois des formes dialectales typiques de la cité dont le sage est originaire ; ainsi cette lettre était donc écrite en milésien (en termes plus techniques, les ionismes abondent). Finalement c’était si bien fait que Diogène Laërce se serait laissé prendre. Peu importe : cette lettre, presque banale, qui en somme propose l’asile politique à Solon, donne à Thalès une figure humaine qui le fait sortir de la légende. Ce n’est plus le pantin sublime et ridicule qui, attiré par les astres, tombe aux rires des servantes ; c’est un ami qui propose à un autre ami un abri; certes il se trouve que ces deux amis sont pour nous des sages mais la lettre n’a rien de sage ; elle est simple et affectueuse. J’y découvre qu’avant Epicure un cercle d’amis protège d’un pouvoir politique dangereux. J’aime aussi la générosité de Thalès qui, s’il ne donne pas cette fois le trépied à un autre sage, propose de venir le rejoindre chez l’autre ami. On ne doit pas venir l’entourer, il est capable d’aller entourer un ami. A la différence de Thalès mort dans son tombeau excentré, le sage vivant n’attire pas seulement mais est aussi attiré.
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