Un philosophe est invité au mariage d’un roi. Que doit-il faire ?

Réponse platonicienne (inspirée de la Lettre VII de Platon) : y aller pour faire une tentative d’approche dans l’espérance d’amadouer le potentat et de le moraliser en le convertissant à la sagesse. Si le monarque est incurable, refuser l'offre en y mettant les formes.

Le cynique peut défendre autant le refus que l’acceptation. En tout cas, s’il refuse par mépris des démonstrations de puissance, il s’attachera à le faire savoir pour envoyer à sa place la rumeur de son rejet tonitruant. S’il accepte, c’est en vue d’un coup d’éclat sur place, par exemple : participer au banquet en ne mangeant que quelques figues qu’il aura pris soin d’emporter avec lui et attendre l’interrogation étonnée du maître des lieux aux seules fins de lancer une réplique humiliante. En somme, ne pas y être en y étant ou y être sans y être. Absence pesante, présence absente.

Le stoïcien s’y rend à une seule condition : que l'acceptation soit impliquée par son statut social. Cependant, même dans ce cas, il pourrait tout de même ne pas répondre présent si l’infamie de l’hôte était notoire.

L’épicurien n’a aucune raison d’y aller ; la perspective de diversifier son régime alimentaire ne compense pas le déplaisir pris à quitter le cercle de ses amis.

Le sceptique n’a pas plus de raisons d’y aller que de ne pas y aller, mais, devant se décider, il suivra l’usage. Ce philosophe qui fait tant confiance au pouvoir dissolvant de la raison individuelle a bien besoin des règles collectives pour s’orienter dans la vie, incapable qu’il est de déterminer ce qui en réalité a du prix.

Et Speusippe, qu’a-t-il fait, invité qu’il fut à se rendre en Macédoine au mariage de Cassandre, roi ?

Rien de démonstratif : se laissant dominer par les plaisirs, il court au festin. Pour mesurer sa petitesse, on se souviendra de Diogène face à Alexandre le Grand venu spécialement lui rendre hommage : « Ote-toi de mon soleil ! » lui jeta-t-il.

Dois-je interpréter ce trait comme expression de la calomnie (d’autant plus que les impeccables historiens nous apprennent que ledit mariage eut lieu longtemps après la mort de Speusippe) ou bien dois-je y voir l' irréductible humanité du philosophe ?