Xénophane: comme Descartes dans son poèle ?
Par Philalèthe le vendredi 4 mai 2007, 23:09 - Xénophane - Lien permanent
Athénée de Naucratis (première moitié du 3ème siècle après J.C.) dans le Banquet des Sophistes a rapporté quelques vers étonnants de Xénophane :
« Oui, c’est au coin du feu qu’il faut en deviser,
Tout au cœur de l’hiver, allongé sur un lit,
Passablement douillet, après un bon dîner,
En buvant du vin doux, et tout en grignotant
Des pois chiches grillés. C’est alors qu’on peut dire :
« Qui es-tu ? D’où viens-tu ? Dis-moi quel est ton âge ?
Et quel âge avais-tu quand le Mède arriva ? »
Il y a ici deux énigmes : d’abord quel est le sujet de la
conversation ? Ensuite pourquoi faut-il de telles conditions à cette
conversation-là ? Précisons.
Celui qui parle semble faire connaissance d’un étranger mais est-ce le début
d’une amitié ? Ou les premières étapes d’une enquête ? Quelle
histoire commence exactement ? J’ai en tout cas la certitude que ce ne
sont pas des questions philosophiques.
Mais surtout pourquoi faut-il tant de tranquillité et de confort pour poser ces
questions si banales, si ordinaires ? Est-ce un paysan qui, éloigné de ses
champs par l’hiver, prend enfin le temps de bavarder ?
Il me semble en tout cas que ce texte n’a pas de portée philosophique et que ce
serait le surinterpréter outrageusement que de vouloir en faire d’une manière
ou une autre le véhicule de quelque thèse.
Quelle n’est donc ma surprise à la lecture de la note que Jean-Paul Dumont lui consacre !
« Le thème général, celui de l’interrogation métaphysique qui suppose loisir et confort, apparaît ici pour la première fois et sera repris par Aristote, notamment au premier livre de l’Ethique à Eudème. »
A la rigueur, l’interprétation pourrait se défendre s’il n’y avait que les deux premières questions et encore… Mais les deux autres ne laissent pas de place au doute : c’est une interrogation historique et pas du tout métaphysique qui débute.
Et si on devait tenir compte du titre de l’œuvre dont ce passage est tiré,
les Parodies ? Mais n’est-ce pas encore plus forcé d’y
voir la parodie d’une interrogation métaphysique ?
A moins qu’il ne s’agisse d’attirer l’attention sur le ridicule de la
disproportion entre l’abondance du décor et la maigreur du discours ?