On attribue le même dit à Héraclite et à Démocrite:

« Les porcs tirent plus grande volupté de la boue que de l’eau pure, et se vautrent dans la fange. »

Clément d’Alexandrie, chrétien, qui le rapporte dans le Protreptique, interprète la boue comme une métaphore éthique :

« Ceux qui se roulent dans les flots de la volupté comme des vers de terre dans les mares et les bourbiers, et se nourrissent de jouissances vaines et vides de sens, ceux-là sont des hommes comparables à des porcs. » (92, 4 Les présocratiques La Pléiade p. 881)

Sextus Empiricus en donne lui une lecture sceptique : la boue est l’eau pure du porc. En germe il y a là toute l’éthologie :

« Les porcs trouvent plus agréable de se laver dans la fange la plus puante que dans une eau claire et pure. » (Esquisses pyrrhoniennes I 14 Points Essais p.85)

Quant au Pseudo-Théophraste, il interpréte sémiotiquement : la boue est indice.

« On considère généralement comme un signe d’orage de voir les porcs se quereller et patauger dans la fange. » (Des signes météorologiques 49 Les Présocratiques p.881)

Dans le même esprit, Plutarque propose de traiter les états du corps comme on fait déjà de la boue et des cochons :

« Car il n’y aurait point de propos de prendre soigneusement garde au criailler de corbeaux, ou au caqueter des poules, et au fouiller des pourceaux remuant des ordures et de vieux haillons, comme dit Démocrite, pour en tirer pronostics et vents de pluie, et que nous ne sussions point observer ni prévoir à certains signes une tempête prochaine à sourdre et à naìtre dedans notre propre corps. » (Préceptes de santé 14 129 A p.881)

Mais la boue n’est pas qu’un être dont l’essence est de faire penser à autre chose qu’elle-même ! Elle est aussi et d’abord à l’origine de tous les êtres, à en croire l’astrologue latin Censorinus :

« En fait Démocrite d’Abdère estimait qu’au commencement les hommes furent créés avec de l’eau et de la boue. » (Du jour de la naissance IV 9 p.821)