Digressions estivales (1) : regard de philosophe, regard de Tartare ?
Par Philalèthe le lundi 9 juillet 2007, 23:36 - Digressions - Lien permanent
Chamfort écrit dans les Maximes et pensées (1795):
"Un philosophe regarde ce qu'on appelle un état dans le monde, comme les Tartares regardent les villes, c'est-à-dire comme une prison. C'est un cercle où les idées se resserrent, se concentrent, en ôtant à l'âme et à l'esprit leur étendue et leur développement. Un homme qui a un grand état dans le monde a une prison plus grande et plus ornée. Celui qui n'a qu'un petit état est dans un cachot. L'homme sans état est le seul homme libre, pourvu qu' il soit dans l'aisance, ou du moins qu'il n'ait aucun besoin des hommes." (268)
Chamfort parle de la fonction sociale un peu comme Platon parlait du corps
dans le Phédon, plaçant chacun devant une alternative
radicale: il faut choisir entre philosopher et avoir un corps, entre
philosopher et avoir un état. La fonction sociale et le corps seraient ainsi
des obstacles à la connaissance de la vérité.
Reste que si dans le Phédon l'ascétisme ne peut pas faire
mieux que diminuer la négativité du corps, ici il y a comme un analogue de la
mort du corps: c'est l'absence d'état. J'entends par là une vie en société sans
métier, sans tâche, sans responsabilité, sans travail. On comprend alors que
l'argent conditionne une telle existence: il permet de ne pas se mettre au
service des autres ou d'une quelconque besogne particulière; il ne semble pas
cependant qu'il faille aller jusqu'à comprendre "n'avoir aucun besoin des
hommes" comme signifiant "se passer de domestiques ou de serviteurs".
Il y a pourtant deux manières de rendre compatibles la philosophie et la
possession d'un état:
- la stoïcienne: agir philosophiquement revient à accomplir dans les limites du
raisonnable les devoirs relatifs à notre état particulier. Il n'y a donc pas de
contradiction entre le cosmopolitisme et la déontologie toujours spécifique à
l'état auquel je suis destiné. Ce qui suppose qu'il y a toujours une manière
raisonnable d'accomplir n'importe quelle fonction sociale, tant que celle-ci ne
prescrit pas par nature des actions contraires à la raison (on ne peut tout de
même pas être stoïcien et gardien de camp à Auschwitz).
- la kantienne (cf Réponse à la question: qu'est-ce que les
Lumières): tant qu'on demeure dans le cercle des idées spécifiques à
l'état, on fait un usage privé de la raison, c'est-à-dire qu'on raisonne dans
le cadre des nécessités inhérentes à la fonction sociale qu'on occupe; mais par
l'usage public de la raison, on juge des limites qu'implique, du point de vue
de la raison cette fois libérée, l'exercice de la fonction qui nous
caractérise. Différence avec la solution stoïcienne: l'usage public de la
raison précède ou suit son usage privé; dit autrement, l'hétéronomie est une
dimension essentielle de la vie sociale, ce qui la justifie c'est la
possibilité qu'accorde le Droit de la juger à la lumière de la raison
autonome.
Commentaires
Chamfort n'étant ni stoicien ni Kantien... Comment comprendre ce regard de tartare ? Les études sur Chamfort sont rares. permettez moi de coller un texte de Sarah Kane sur la réactualisation des philosophes antiques qu'à réalisé Chamfort :
« Chamfort prend la peau pelée du chien : « Si Diogène vivait de nos jours, il faudrait que sa lanterne fût une lanterne sourde. » Chamfort est une maladie de peau. La lecture de ses aphorismes laisse sous les ongles un goût de sang mêlé au pus. Chamfort, le prodigieux, l’insoumis… Bâtard non avorté d’un curée. Issu du jus de la populace. Le collet blanc des jeunes abbés lui ceinturait déjà le cou quand il noya les espoirs d’une vie d’ecclésiastique en déclarant : « Je ne serais jamais prêtre ; j’aime trop le repos, la philosophie, les femmes, l’honneur, la vraie gloire ; et trop peu les querelles, l’hypocrisie, les honneurs et l’argent. » Au malheur de perdre ses moyens d’existence, il n’hésitait pas à rompre avec ses mécènes pour défendre son indépendance et sa liberté . Au caractère blennorragique, il souffre de la peau… Le toucher des hommes le cuit. C’est pourquoi il choisit les vociférations d’une pensée instantanée, blasphématoire et calomnieuse. Les cris aphoristiques fouettent les débiles au travail. Un mot gouailleur étouffe les camisoles des pouvoirs. Une maxime impie convertit un troupeau de roseau en orgue. Ses écrits moraux auraient été perdus sans la bienveillance forcenée d’un ami . En effet, il préférait ses défauts à ses amis et à la question : « pourquoi ne donnez-vous plus rien au public ? » Il répondait :
- C’est que le public me parait avoir le comble du mauvais goût et la rage du dénigrement.
- C’est que le public en use avec les gens de lettres comme les racoleurs du pont Saint-Michel avec ceux qu’ils enrôlent, enivrés le premier jour, dix écus et des coups de bâton le reste de leur vie.
- C’est qu’on me presse de travailler, par la même raison que quand on se met à la fenêtre, on souhaite de voir passer, dans les rues, des singes ou des meneurs d’ours.
- C’est que je ne voudrais pas faire comme les gens de lettres, qui ressemblent à des ânes, ruant et se battant devant un râtelier vide.
- C’est que j’ai peur de mourir sans avoir vécu.
Même son suicide raté appelle une vie héroïque. Son courage se moque encore des vies merdiques et pourrissant sous le joug. Lorsqu’il est menacé d’être emprisonné à cause de sa verve désenchantée ; il raille sans vergogne la fraternité des bouchers révolutionnaires ; il s’écrie : « c’est que j’ai peur de mourir sans être libre ! » Les gendarmes lui ordonnent de faire ses paquets. Il s’isole dans son cabinet. Il enfonce un revolver dans le mou de sa tempe . L’arme lui brûle seulement les tympans… Surpris d’être sourd mais encore vivant, il se plante le cœur et dans un dernier boitement, il se coupe le sang des poignets. Les coulures de sang passent sous la porte. La fluidité du boudin alerte les secours… A peine émergé de son suicide , Chamfort dicte une déclaration : « Moi, Sébastien Roch Nicolas Chamfort, déclare avoir voulu mourir en homme libre, plutôt que d’être reconduit en esclave dans une maison d’arrêt. Jamais on ne me fera rentrer vivant dans une prison. » Et en s’adressant aux gens venu l’arrêter, il se vante d’une mort imminente : « Je sens que la balle est restée dans ma tête, j’échapperai au cachot car personne ne pourra aller la chercher. »
Chamfort rassemble ses destructions et ses gales épigrammatiques dans quelques feuillets cyniques.
« La meilleure philosophie relativement au monde est d’allier à son égard le sarcasme de la gaieté avec l’indulgence. »
« La vie contemplative est souvent misérable. Il faut agir davantage. Penser moins, et ne pas se regarder vivre. »
« Les passions font vivre l’homme, la sagesse le fait seulement durer. »
« Plus on juge, moins on aime. »
« Si on pouvait mettre ensemble les plaisirs, les sentiments ou les idées de la vie entière, et les réunir dans l’espace de vingt-quatre heures, on le ferait ; on vous ferait avaler cette pilule ; et on vous dirait : allez-vous en. »
« Le caractère naturel du français est composées qualités du singe et du chien couchant. Drôle et gambadant comme le singe, et dans le fond très malfaisant comme lui ; il est comme le chien de chasse, né bas, caressant, léchant son maître qui le frappe, se laissant mettre à la chaîne, puis bondissant de joie quand on le délie pour aller à la chasse. »
« Les grands vendent toujours leur société à la vanité des petits. »
Parmi le bon millier de fragments abominables se dégage un personnage. Une simple initiale, M., traverse les labyrinthes taraxiques de l’œuvre. M. est mis en scène pour briser les idoles en terre-cuite, jeter le fanatisme du curée, piauler à l’injustice et chier les mœurs corrompues ou aliénantes. Est-ce que derrière cette initiale ne se cacherait pas le pessimisme enchanté de Chamfort lui-même
« M. qui voyait la source de la dégradation de l’espèce humaine dans l’établissement de la secte nazaréenne et dans la féodalité, disait que pour valoir quelque chose, il fallait se défranciser et se débaptiser, et redevenir Grec par l’âme. »
« Je vous prie de croire, disait M. à un homme très riche, que je n’ai pas besoin de ce qui me manque. »
« Je demandais à M. pourquoi il avait refusé plusieurs places ; il me répondit : je ne veux rien de ce qui met un rôle à la place d’un homme. »
« M. me disait : « j’ai renoncé à l’amitié de deux hommes : l’un, parce qu’il ne m’a jamais parlé de lui ; l’autre parce qu’il ne m’a jamais parlé de moi. »
« Le bonheur disait M. n’est pas chose aisée. Il est très difficile de le trouver en nous et impossible de le trouver ailleurs. »
« Je hais si fort le despotisme, disait M. que je ne puis souffrir le mot ordonnance du médecin. »
« M. qu’on voulait faire parler sur différents abus publics ou particuliers, répondit froidement : Tous les jours j’accrois la liste des choses dont je ne parle plus. Le plus philosophe est celui dont la liste est la plus longue. »
« Je sais me suffire, disait M., et dans l’occasion je saurai me passer de moi. »
« Une mère, après un trait d’entêtement de son fils, disait que les enfants étaient très égoïstes. Oui, dit M. en attendant qu’ils soient polis. »
« On faisait la guerre à M. sur son goût pour la solitude ; il répondit : c’est que je suis plus accoutumé à mes défauts qu’à ceux d’autrui. »
« Quand j’ai une tentation, disait M., savez-vous ce que j’en fais ? – Non. Je la garde. »
Au fond Platon en qualifiant Diogène de « Socrates mainomenos » prononça un jugement lumineux. Le cynique est un ironiste devenu fou. Le rieur de salon se moque mais il prend soin de ne jamais s’engager pour ne pas devenir lui-même une proie. Par contre les aphorismes à l’eau forte du cynique ne confessent que les pathologies de leur auteur : recherche effrénée de lui-même et volonté de superposer son éthique avec sa vie. Ainsi il est le premier exposé à ses attaques. Mais ses aboiements, sa bouche ouverte comme une cicatrice, son verbe impertinent entraînent avec lui toute la flétrissure humaine. L’anecdote n°1056 éclaire l’origine de cette ironie tragique :
« M. jouit excessivement des ridicules qu’il peut saisir et apercevoir dans le monde. Il parait même charmé lorsqu’il voit quelque injustice absurde ; des places données à contresens, des contradictions ridicules dans la conduite de ceux qui gouvernent, des scandales de toute espèce que la société offre souvent. D’abord j’ai cru qu’il était méchant ; mais, en le fréquentant davantage, j’ai démêlé à quel principe appartient cette étrange manière de voir. C’est un sentiment honnête, une indignation vertueuse qui l’a rendu longtemps malheureux, et à laquelle il a substitué une habitude de plaisanterie, qui voudrait n’être que gaie, mais qui, devenant quelque fois amère et sarcastique, dénonce la source dont elle part. »
Pourtant à lire les souvenirs de ses contemporains, ce cynisme virulent ne fut pas compris. Mme Vigée-Lebrun se rappelle que « sa conversation était fort spirituelle, mais acre, pleine de fiel (…) son cynisme et sa saleté déplaisaient souverainement. » Chateaubriand, dans ses mémoires d’outre-tombe jette encore un peu de terre : « le plus bileux des gens de lettre était Chamfort (…) il prenait le cynisme de son langage pour les mœurs de la cour. » Le comte d’Allonville : « Chamfort, être réellement méchant et presque cynique, qui mendiait les faveurs par des sarcasmes, comme Jean-Jacques Rousseau de l’estime par des injures, et devenu l’ennemi de ses bienfaiteurs et la victime de ses complices… Nous l’avons vu prendre la brusquerie pour la franchise, le cynisme pour la galanterie, la haine de toute supériorité pour une noble indépendance, punir les bienfaits par la haine, les égards par le mépris… » Mais leurs insultes, suspectes, le portent au lieu de l’écraser. Un homme aussi maltraité ne peut qu’attirer ma sympathie pour les emmerdeurs. La méchanceté dénoncée par les jaugeurs d’homme n’est souvent que ce qui leur résiste. S’il est scandaleux voire immorale c’est qu’il a une idée trop haute de la morale. S’il est broie les hommes c’est qu’il rumine des rêves capricieux d’homme sain. Paradoxalement, le creveur d’illusions pousse sur des rêves naïfs. Ainsi il se trouve en perpétuel déséquilibre, il sape sans cesse ses appuis idéalistes et romantiques. Sitôt incendiés, son cœur innocent les secrète ailleurs. En effet, derrière cette façade contestataire se cache l’aveu d’une clairvoyance en mal d’illusion, d’une lucidité qui se meurt d’être trop lucide, d’une recherche effréné d’un optimisme inavoué et vain, d’une fuite vers les contrées réconfortantes mais mensongères. Derrière ce réalisme forcené se taupe l’âme d’un rêveur idéaliste, l’ombre d’un idéalisme inavouable à la recherche de ses illusions interdites et de son idéal à jamais perdu… »
Notes :
n°123, p. 50, Maximes et pensées, caractères et anecdotes, Chamfort, Folio. Egalement la n°277 : « Un homme d’esprit est perdu s’il ne joint pas à l’esprit l’énergie de caractère. Quand on a la lanterne de Diogène, il faut avoir son bâton. »
L’ébullition de la révolution sommeille encore. Son mécène, Vaudreuil, lui demande de prendre partie contre les partisans du peuple. Chamfort, profondément révolutionnaire, se dégage de sa protection en lui écrivant : « se prépare un procès entre 24 millions d’hommes contre moins de cent mille privilégiés. » (Lettre à Vaudreuil du 13 décembre 1788 qui mériterait d’être citée en entier.) Chamfort ne se tord pas c’est pourquoi il ne supporta aucune protection (Il rompit avec Van Eyck et remercia gentiment Chabanon et le prince de Condé)
Il s’agit de Ginguené qui réalisa la première édition des papiers du mort. (« Je préfère garder mes défauts que mes amis » n°1215). Nietzsche brosse le Chamfort et explique l’origine de sa misanthropie dans le §95 du Gai savoir, Folio. (en note p. 353, on lit : « Chamfort dont le recueil de maximes et de mots a sur tous les livres du monde sans doute l’avantage de posséder à l’extrême une force de poisson-torpille : la capacité de faire tressaillir.» Lire aussi §35, Humain trop humain, I, Folio. Et dans le tome II, p. 270, §214
Maximes et pensées, Caractères et anecdotes, Chamfort, Folio, p. 17
Relent d’estomac lorsqu’il entend parler des sanguinaires Marat et Robespierre. « Ils parlent de la fraternité comme celle d’Etéocle et de Polynice. » raille-t-il. « La fraternité ou la mort ? Sois mon frère ou je te tue. »
Le récit de Ginguené dessine plutôt la mort d’un toons : « Sous prétexte de faire ses préparatifs, il se retire dans son cabinet, au bout de la galerie où était sa bibliothèque ; il s’y enferme, charge un pistolet, veut le tirer sur son front, se fracasse le haut du nez et s’enfonce l’œil droit. Etonné de vivre, et résolu de mourir, il saisit un rasoir, essaie de se couper la gorge, y revient plusieurs fois et se met en lambeaux toutes les chairs ; l’impuissance de sa main ne change rien aux résolutions de son âme ; il se porte plusieurs coup vers le cœur, et, commençant à défaillir, il tâche par un dernier effort de se couper les deux jarrets et de s’ouvrir toutes les veines. Enfin vaincu par la douleur, il pousse un cri et se jette sur un siège où il reste sans vie. Le sang coulait à flots sous la porte. Sa gouvernante entend ce cri ; elle appelle, on vient, elle frappe à coups redoublés. On enfonce la porte ; le spectacle qui s’offre aux gens interdit toute question. Chacun s’empresse à étancher le sang avec des mouchoirs, des linges, des bandages. On transporte le mourant sur son lit. (…) Chamfort reprend l’esprit et la parole : voilà ce que c’est d’être maladroit, on ne réussit à rien, pas même à se tuer (…) je me suis souvenu de Sénèque et en l’honneur de Sénèque, j’ai voulu m’ouvrir les veines ; mais il était riche, il avait tout à souhait, un bain chaud ; moi je suis un pauvre diable, je n’avais rien de tout cela… »
Chateaubriand commente : «Chamfort voulut se tuer pour échapper aux crimes ; il se manqua, la mort se rit de ceux qui l’appellent et qui la confondent avec le néant. »
n°341
n°118
n°140
n°259
n°474
n°1195
n°807
n°963
n°1006
n°672
n°1095
n°1111
n°988
n°1167 voir aussi n°1239
n°978
n°1098
n°1262 (lire la n°972)
Ainsi que la n°339
Rapporté par Julien Teppe, Chamfort, sa vie, son œuvre, sa pensée, Clairac, 1950 (p.62, 63 et 64)
Cependant, il existe aussi des lectures admiratives. Friedrich Schlegel n’a pas connu Chamfort mais il fut l’un des premiers à saisir l’éclair des pensées détachées du moraliste français. L’influence du verbe de Chamfort le mit sur la recherche d’explosion d’esprit comprimé et lui apporta alors le surnom : der chamfortierende. Dans ses Fragments, (José corti) Schlegel écrit : « Chamfort était ce que Rousseau eût bien voulu paraître : un vrai cynique, dans le sens où les Anciens l’entendent, plus philosophe que toute une légion d’arides pontifes de faculté. Même si à l’origine il fréquenta la noblesse, il vécut cependant libre, et c’est aussi libre et digne qu’il mourut, méprisant la gloriole qui échoit à un grand écrivain. Son œuvre posthume la plus précieuses, ce sont ses apophtegmes et ses remarques sur la sagesse pratique. Un livre plein de pure saillie (witz), de sentiment profond, de délicate sensibilité, de raison mûre, de virilité ferme, de traces intéressantes de la passion la plus… » p. 121 « Chamfort (…) cet homme génial ressentait l’infinie valeur de la saillie (witz) ; en tant que maxime, la pensée voulant que le sage doive toujours être en état d’épigramme, est belle et véritablement cynique. » p. 109 « Le premier mouvement de la moralité est l’opposition au droit positif et à l’honnêteté conventionnelle, ainsi qu’une excitabilité sans frontière du cœur. (…) La populace considère comme criminels ou comme exemples d’immoralités, ceux qui appartiennent aux exceptions les plus rares, élevé à l’impétuosité et à l’esprit de négligence. Qui ne songe ici à Chamfort ? » p. 210