Flash-back: Thalès et Solon ou que la sagesse revient à faire la part à sa vulnérabilité.
Par Philalèthe le samedi 6 octobre 2007, 17:49 - Sages - Lien permanent
Thalès n’a pas eu de descendance. A en croire Diogène Laërce, cela aurait été « par amour des enfants » (I 26). Mais Plutarque rapporte dans la Vie de Solon une anecdote qui prête à une autre interprétation :
« Quant à Thalès, Solon lui rendit visite à Milet. Il s’étonna de voir
qu’il ne s’était pas soucié de se marier et d’avoir des enfants. Sur le moment,
Thalès ne répondit rien; il laissa passer quelques jours, puis il amena devant
Solon un étranger, qui prétendait arriver à l’instant d’Athènes. Solon lui
demanda s’il y avait du nouveau là-bas. L’autre, à qui Thalès avait fait la
leçon, répondit : « Rien, sauf, par Zeus ! les funérailles d’un
jeune homme, dont toute la cité suivait le cortège. C’était, disait-on, le fils
d’un homme éminent, qui surpasse en vertu tous ses concitoyens. Or le père
était absent, en voyage, disait-on, depuis longtemps déjà… - Le
malheureux ! s’écria Solon. Comment l’appelaient-ils ? – J’ai entendu
le nom, dit l’homme, mais je ne m’en souviens pas. Je sais seulement qu’on
parlait beaucoup de sa sagesse et de sa justice. »
A chacune de ces réponses, Solon sentait augmenter ses craintes. Pour finir,
bouleversé, il suggéra le nom à l’étranger : « Le mort n’était-il pas
fils de Solon ? » La réponse de l’autre fut affirmative. Alors Solon se
frappa la tête, se mit à faire et à dire tout ce qu’inspire une violente
émotion. Mais Thalès, lui prenant la main, lui dit en riant :
« Voilà, Solon, ce qui m’empêche de me marier et d’avoir des enfants,
c’est ce qui te bouleverse, même toi, le plus ferme des hommes. Allons,
rassure-toi, ce qu’on vient de te dire n’est pas vrai ! » (Vies
parallèles trad. Anne-Marie Ozanam p.203 Quarto)
Deux sages mais tous deux sensibles donc fragiles, d’une fragilité
essentielle. Ce qui distingue Thalès de Solon c’est que le premier délibérément
se met à l’abri de ce dont il sait qu’il sera accablé.
Cette idée du perfectionnement de soi, bien qu’illustrée par des hommes censés
être au-delà des philosophes, nous touche plus que l’insensibilité des
philosophes stoïciens, dont les larmes, si elles ne sont pas preuves de l’échec
à se hisser à la hauteur de la vie philosophique, ne sont que les
manifestations extérieures d’un comportement de deuil socialement exigé.
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