Echec de la réduction stoïcienne des choses à ce qu'elles sont ?
Par Philalèthe le samedi 24 novembre 2007, 18:10 - Stoïcisme - Lien permanent
" Imaginer ses dix mètres d'intestin ? Imaginer son squelette ? Imaginer les aliments qui circulaient dans l'oesophage, qui entraient dans son estomac ? Et puis le reste, y compris le côlon ? Imaginer ses poumons, mous, rougeâtres, bas morceaux de boucherie ? Rien à faire. Elle était sa belle, sa pure, sa sainte." (Belle du seigneur Albert Cohen Folio p.1077-1078)
Commentaires
curieux d'évoquer le stoïcisme, même son refus, à ce sujet!C'est l'explosion de toutes les négations! Ici, pas de sublimation, ni de cristallisation à la Stendhal;pas d'érotisme de chirurgien, ni d'érotisme à la Bataille! Un amour blindé, résolument cru...et à la fois digéré et dévorant! Amour fondamentalement total, engendrant l'impossibilité même de l'amour!
J'évoquais le stoïcisme en tant qu'il vise à apprendre à remettre les choses à leur place pour se défaire de leur envoûtement. Précisément Ariane vient d'avouer à Solal qu'elle a eu avant de le connaître une affaire avec un chef d'orchestre et la jalousie le torture; pour tenter de s'en défaire, il essaye de se la réprésenter sous un jour horrible mais rien à faire.
C'est vrai qu'il n'y a pas cristallisation (en ce sens Solal partage avec Swann la lucidité relativement à la valeur de l'aimée) mais il y a certainement sublimation ( Solal reconnaît et regrette que l'amour sublime se développe toujours sur fond de "viande" - ce terme revient souvent- désirée). En revanche il n'y a pas d'érotisme de chirurgien (mais qu'est-ce que c'est exactement au fait ?), juste l'idée que voir Ariane comme un chirurgien n'enlève rien à l'amour et donc à la jalousie pour elle.
Je vous remercie de votre réponse;un petit éclaicissement sur "l'érotisme de chirurgien": bien des chirurgiens avouent trouver un plaisir tactile extrême à toucher, manier les organes du corps humain:la peau en est si fine, le toucher si soyeux que ce contact provoque des sensations d'ordre érotique.
Pour ce qui concerne la sublimation, permettez moi une petite remarque:je distinguerais Solal de Swann: sublimation chez Swann, bien sûr! Mais chez Solal, plutôt "incarnation" (stricto sensu!) de cet amour qui lui donne une dimension divine (mais non idéale),qui le rend invivable!
La connaissance de l'érotisme de chirurgien, vous la tirez de sources orales ou livresques (lesquelles dans ce cas ?) ?
En somme ces chirurgiens feraient mentir Spinoza qui dit quelque part qu'une main n'est belle qu'à une certaine distance.
Le chirurgien érotisant serait donc quelqu'un qui voit l'intérieur du corps sous l'aspect de l'extérieur ( voir un foie comme une fesse !) C'est au fond exactement l'inverse de l'exercice stoïcien (voir un sein comme une glande mammaire...).