Ne pas confondre un patient anosognosique avec un philosophe stoïcien !
Par Philalèthe le dimanche 13 avril 2008, 19:07 - Rapprochements incongrus - Lien permanent
A François, pour m'avoir offert ce livre de Damasio !
Je lis dans L'erreur de Descartes de Damasio (1994):
" Lorsqu'on les informe qu'ils ont subi une grave attaque cérébrale, qu'ils sont menacés de façon imminente par une nouvelle hémorragie cérébrale ou bien qu'ils souffrent d'un cancer généralisé qui a maintenant gagné le cerveau - en bref lorsqu'on leur apprend que leur vie ne sera plus jamais comme avant - ils reçoivent la nouvelle avec sérénité, faisant preuve quelquefois d'humour noir, mais ne montrent jamais angoisse ni tristesse, chagrin ni colère, désespoir ni panique." (p.98 Odile Jacob 2001)
Leur calme n'a pas de raisons, il est juste causé par une lésion déterminée
de l'hémisphère droit.
Différence: le stoïcien sait que ça ne va pas du tout et mobilise tout l'ordre
des raisons pour ne pas en pâtir. L'anosognosique, lui, est incapable de
prendre conscience de ses déficits.
Un stoïcien anosognosique risquerait bien sûr de largement surestimer le
pouvoir de la philosophie !
Commentaires
Je crois que Damasio insiste sur le fait que la lésion touche une aire somato-sensorielle. En l'absence d'émotion, les malades ne peuvent pas se projeter. Si le corps ne répond pas au stress de la représentation mentale, celle-ci s'amenuise. (C'est avec cette hypothèse que l'on explique pourquoi les gens qui souffrent de paralysie totale (sauf les yeux, syndrôme du lock in) se montrent serein.
Ce rapprochement inattendu pousse à se demander comment le stoicien utilise ses émotions ?
J'imagine que votre "comment ?" ne renvoie pas à l'ordre des raisons mais à celui des causes. Autrement dit, à quoi ressemble un cerveau de stoïcien au moment où son possesseur est apathique philosophiquement ?
Hypothèse: ça ne ressemble pas du tout à un cerveau d'apathique pathologique.
J'ai l'idée aussi que si la sagesse revient à ne pas céder aux premières émotions mais à suffisamment se maîtriser pour correspondre aux normes spécifiques, un cerveau de sceptique ressemble à un cerveau d'épicurien ou de stoïcien quand les uns et les autres du moins font l'effort de ne pas succomber à un dérèglement.