Le couple originaire: un couple de lâches.
Par Philalèthe le lundi 2 juin 2008, 15:41 - Digressions - Lien permanent
Alors qu'en 1943 dans L'être et le néant le mot "lâche" n'a pas retenu l'attention de Sartre, en revanche, deux ans plus tard, dans une conférence qu'il reniera (L'existentialisme est un humanisme), il élève ledit mot au rang de concept:
" (ceux) qui se cacheront par l'esprit de sérieux ou par des excuses déterministes, leur liberté totale, je les appellerai lâches" (Folio p.70)
Dans le même texte, Abraham est la figure de l'homme qui a conscience de sa liberté même par rapport à un ordre transcendant:
" Est-ce que c'est bien un ange ou est-ce que je suis bien Abraham ? Qu'est-ce qui me le prouve ?" (p.34-35)
Sartre aurait pu choisir aussi Adam et Eve comme exemples de mauvaise foi:
" "Tu as donc mangé de l'arbre dont je t'avais défendu de manger !" L'homme répondit: "C'est la femme que tu as mise auprès de moi qui m'a donné de l'arbre, et j'ai mangé !" Yahvé Dieu dit à la femme: "Qu'as-tu fait là ?" et la femme répondit: " C'est le serpent qui m'a séduit, et j'ai mangé"." (Genèse 3-11/13).
Puis Dieu maudit le serpent qui, bien que sachant parler, n'est pas interrogé et n'a donc pas l'occasion de prouver ou sa mauvaise foi ou son authenticité.
Commentaires
L'exemple du serpent de l'Ancien Testament prouve l'hypocrisie du dieu créateur, qui flanque au couple originel un arbre dont les fruits sont interdits.
L'arbre, c'est l'arbre de la connaissance ; le serpent, c'est le serpent de la subversion et la femme y trouve le rôle que dieu lui a dévolu : tentatrice, maléfique, lascive, etc.
En quoi Dieu était-il donc hypocrite ? Il a joué franc jeu en formulant et l'interdit et l'effet de la transgression: la mort. Ce qui restait dans l'ombre, c'était si l'effet de la transgression serait dû à une punition ou à un empoisonnement (selon l'interprétation spinoziste, qui, en somme, naturalise l'événement)
Karpov prend l'a priori d'un "dieu créateur" et tout puissant au pied de la lettre : il y a dans toute l'oeuvre de ce dieu-là une perversité fondamentale, à susciter une créature "à son image" pour pouvoir ensuite mieux la tourmenter, l'asservir, la corrompre.
Si l'on fait un pas en arrière et que l'on observe la scène première de l'Ancien Testament, on y voit l'interdit religieux éminemment POLITIQUE : ne pas croquer la pomme sinon, se reconnaître honteusement nu, s'habiller et se mettre à l'esclavage du travail pour l'éternité.