Quine et les Cyniques: que mettre à la place des usages ?
Par Philalèthe le mardi 10 juin 2008, 19:09 - Cynisme - Lien permanent
Sous les conventions ou au-dessus d'elles, les Cyniques trouvaient la
nature, leur norme revenant à remplacer le conventionnel par le naturel. En
somme ils étaient fondationnalistes.
Quine, lui, ne trouve qu'un vide, au fond embarrassant, et donc
l'arbitraire:
" Que peut-on inventer pour célébrer un mariage de manière non conventionnelle ? Ou, si l'on fait l'impasse là-dessus, en quels termes désigner ou présenter la personne qui cohabite avec vous ? Comment se montrer aimable sans se rabattre sur les amabilités de convention ? Décider, encore décider. Se libérer des entraves d'une époque désuète, c'est se remettre au pied du mur à chaque tournant, faute de code, précédent, modèle ou même claire image de soi." Quiddités article liberté 1987 p. 128 (Ed. du Seuil)
Commentaires
Si j'ai bien compris, selon Quine, dans ce passage, la liberté est de suivre la convention ?
Contre-pied au Cynisme, où celui-ci prétend que la liberté est une falsification de la valeur des coutumes (et donc pas forcément une opposition nature/coutume)
Oui, vous comprenez bien Quine:
" La contrainte est reposante dans une multitude de détails. La contrainte de l'uniforme épargne au marin la peinde choisir ses vêtements de tous les jours. "Libre de toute contrainte" sonne à l'oreille comme un pléonasme, mais, en fait, la contrainte est bien une liberté de second ordre: elle libère du poids des décisions" (Quiddités p.128).
Kant traduisait "être libéré du poids des décisions" par " être asservi à un tuteur" (du moins si on a l'âge de prendre des décisions). Cf. entre autres, Qu'est-ce que les Lumières ?
Quant aux Cyniques, vous avez raison de présenter certaines conduites (par exemple, traîner en laisse un poisson mort) non comme des conduites naturelles mais comme des manifestations de dérision par rapport aux usages. Cependant celui qui s'y livre attend un développement d'une vertu fondée sur la nature (ici indifférence par rapport à la foule).