Un sceptique court-il le risque d'être mordu par un chien ?
Par Philalèthe le samedi 28 juin 2008, 14:32 - Scepticisme - Lien permanent
" A quelqu'un qui nous dirait: "Il y a un chien enragé derrière toi !" allons-nous répondre: "Qu'est-ce qui m'assure qu' à ta représentation de chien enragé correspond quelque chose ?" Si c'est notre réponse, elle montre que nous ne prenons pas l'avertissement au sérieux". (Le réalisme esthétique Roger Pouivet 2006 p.53)
" Pyrrhon était conséquent (avec ses principes) jusque par sa vie, ne se détournant de rien, ne se gardant de rien, affrontant toutes choses, voitures, à l'occasion, précipices, chiens, et toutes choses de ce genre, ne s'en remettant en rien à ses sensations". (Vies et doctrines des philosophes illustres IX 62 Diogène Laërce Pochothèque p.1100)
" Un jour qu'un chien s'était précipité sur lui et l'avait effrayé, il répondit à quelqu'un qui l'en blâmait qu'il était difficile de dépouiller l'homme de fond en comble". (ibid. 67 p.1104)
Le blâme en question peut autant avoir été adressé du point de vue de l'adversaire (cf Pouivet) que du point de vue sceptique ("en rien nous ne déterminons" ibid. 74).
Commentaires
Je ne comprends pas bien. Existe-t-il une représentation qui corresponde à quelque chose sinon à elle-même ?
Ma représentation d'un chien enragé égale l'image d'un bull dog baveux, charriant des morsures et un virus. Pour être compris, il faut à mon sens que cette représentation soit partagée. Ainsi quelqu'un dit : il y a un chien enragé derrière toi, je ne cherche pas à comprendre quelle est sa représentation, je l'a idéjà comprise car j'ai la mienne...
par contre, il y a un toupaye derrière toi, provoque la recherche de nouvelles représentations.
Pyrrhon dans la première anecdote parvient à être représentationnaliste, dans la seconde il y échoue. Je reprends à Pouivet sa définition du représentationnalisme: "le monde pour-nous n'est rien d'autre que nos représentations mentales". Il me semble que quand vous écrivez "existe-t-il une représentation qui corresponde à quelque chose sinon à elle-même ?", vous êtes aussi représentationnaliste, au sens où vous ne semblez pas penser que le chien enragé réel est perçu par vous; vous ne semblez pas non plus penser qu'il y a une représentation du chien réel. La différence entre cette dernière version (représentation du chien réel) et la précédente (perception du chien réel) est celle qui sépare un réalisme indirect d'un réalisme direct. En termes réalistes, si quelqu'un me dit: "il y a un chien enragé derrière vous", généralement je pense qu'il y a un chien enragé derrière moi. Si je ne le pense pas, ce n'est pas que je réduis le chien à une image de chien, c'est que je crois que celui qui parle est un farceur par exemple ou prend un chien Sony pour un chien réel etc. Si on emploie un mot inconnu, je ne fais pas une recherche dans mes représentations, je me retourne ou si j'en suis incapable j'interroge mon interlocuteur.
Dans le contexte de DL et de sa source (Antigone de Caryste) le blâme en question vient clairement d'un adversaire dogmatique qui reproche à Pyrrhon de ne pas pouvoir vivre en cohérence avec ses principes (c'est-à-dire sans croyance). La question de cohérence théorique et pratique que pose la philosophie analytique au scepticisme est déjà posée par les adversaires du pyrrhonisme que sont les stoiciens et les épicuriens.
A mon avis la question - même si elle est intéressante en soi - passe un peu à côté de la position de Pyrrhon qui cherche à se présenter comme une ascèse, un travail sur soi qui irait jusqu'à se déprendre de ses propres croyances, peurs, souffrances...