Sénèque (34) : la lecture relativiste de Paul Veyne.
Par Philalèthe le lundi 13 octobre 2008, 06:56 - Sénèque - Lien permanent
Paul Veyne ajoute une note à la description que Sénèque donne du spectacle sanglant de midi. La voici :
« Du sadisme d’un spectacle, il ne faut pas conclure au sadisme des spectateurs : le léger sadisme de tout être humain est conforté ou ne l’est pas, selon qu’un spectacle est tenu pour normal ou ne l’est pas dans la civilisation considérée ; entre l’atrocité et l’inconscience innocente, la barrière est historique et fragile. Elle ne vient pas d’une nature humaine, altruiste ou sadique, mais d’un conformisme. » (p.613)
On repère vite la cible de Paul Veyne : la nature humaine. Il fait en
effet partie des historiens portés à la traquer. Mais je doute de vraiment
comprendre le propos.
D’abord il est miné par une contradiction : en effet comment à la fois
nier l’existence d’une nature humaine sadique et relever « le léger
sadisme de tout être humain » ? Mais passons.
Ce que Veyne veut mettre à la place du sadisme, c’est le conformisme. Mais on
se demande comment il est possible d’expliquer ce conformisme universel sans se
référer à une nature elle-même universelle qui y dispose ou au moins ne s'y
oppose pas. Je ne saisis pas non plus ce qui autorise Veyne à qualifier le
spectacle de sadique si son relativisme historiciste lui interdit d’appliquer
ce même adjectif aux spectateurs. En effet si l’atrocité doit être décrite
comme inconscience innocente quand elle est institutionnalisée, pourquoi ne pas
caractériser aussi le spectacle en question d’innocemment inconscient ?
Quant à cette inconscience, désigne-t-elle quelque chose de consistant si les
atrocités dont elle n’a pas conscience ne sont atrocités que du seul fait
qu'elles ne sont pas instituées ?
Il est sans doute permis de lire ces lignes comme une illustration de la
dimension auto-réfutante du relativisme historiciste.