Abus ordinaire, abus cynique, respect stoïcien.
Par Philalèthe le mercredi 15 octobre 2008, 07:50 - Cynisme - Lien permanent
Dans L’empire rhétorique (1977), Chaïm Perelman écrit:
« Je me souviens encore, après plus de trente ans, de l’effet pénible produit par un orateur qui, chargé de prononcer devant la foule, l’éloge funèbre d’un ami défunt, avait abusé de la parole pour attaquer une partie de l’assistance. Il y a également abus, dans le choix de l’instituteur, à qui l’on a confié l’éducation des enfants conformément aux valeurs de la communauté, et qui en profite pour propager les idées et les valeurs qui suscitent le scandale. » (p.24)
On pourrait éclairer ce texte à la lumière du concept kantien d'usage privé
de la raison. L’usage privé en question est réglé selon les normes internes de
l’institution à laquelle on participe (ici l’enterrement et l’école). Or,
Perelman dénonce le non-respect de cet usage, précisément l’irruption du
jugement personnel dans une pratique normalement conforme aux règles d'un jeu
institutionnel donné.
Cette irruption, je la vois comme une des marques du cynique antique. Certes le
Chien la systématise et c’est cette systématicité qui permet de distinguer le
cynique de l’ami accusateur ou de l’instituteur prosélyte. On pourrait ainsi
distinguer une transgression philosophique de l’usage privé de la raison d’une
transgression passionnelle et accidentelle d’un tel usage. J’opposerai à cette
transgression philosophique cynique la conformité philosophique stoïcienne.
L’instituteur comme l’ami stoïciens auraient à cœur de jouer selon les règles
en vigueur dans les circonstances où ils se trouvent.
Reste un point commun au cynique et au stoïcien : qu’il transgresse ou se
conforme, c’est, à la différence des deux personnages de Perelman, pour des
raisons tout à fait impersonnelles.
Commentaires
J'abuse en posant sous votre billet, un commentaire qui ne commente pas. L'éducation des enfants est décrite dans les lettres apocryphes de cyniques illustres. Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer l'éducation cynique n'en profite pas pour propager "des idées qui font scandalent"
Rapide message qui signe un retour au "virtuel" ! J'ai des mois de lecture à rattraper.
Avez-vous remarqué : agregation de lettres 2008 : Timon d'Athènes (Shakespaere) et le bourru de Ménandre... Ménandre à qui l'on doit le DL VI 83
Bienvenue dans le virtuel donc !
En effet vous vous faisiez rare et j'ai regretté entre autres de ne plus trouver le site sur lequel vous aviez collecté tant de textes sur les cyniques. N'envisagez-vous pas de le reconstruire ?
"Cette irruption, je la vois comme une des marques du cynique antique"
Votre billet déclenche un malaise. Je ne peux pas être d'accord. En effet, je n'imagine pas le cynique antique "abuser" d'une position. Je soutiendrai sans argumenter pour l'instant que cette irruption est anti-kunique (anti-cynique antique)
(Oui, il sera reconstruit. Je crois que mon fournisseur a dû supprimer mon compte et donc le site)
Ce que je veux dire: les cyniques ont souvent refusé de jouer selon les règles du jeu. Ça ne veut pas dire qu'il y a nécessairement abus de position au sens où on profite d'un pouvoir pour faire quelque chose qui n'est pas attribué légalement à ce pouvoir. Ça veut dire qu'on déçoit d'une manière ou d'une autre l'attente conventionnelle. Ça peut se faire sans détenir de pouvoir ou en utilisant le pouvoir à contre-emploi. Aussi ça me paraît possiblement cynique de détourner un éloge en attaque, de refuser de transmettre les valeurs imaginaires de la communauté et à la place de les dénoncer. En revanche je ne vois pas cela possiblement stoïcien ou épicurien. C'est absolument sûr que ce n'est pas épicurien à cause de la justification du conformisme. Certes ce sont des propos à la hache mais je crois que je peux justifier tout cela par des textes, cependant maintenant je n'ai pas le temps; j'essaierai de le prendre bientôt.