Le garçon de café stoïcien.
Par Philalèthe le vendredi 24 avril 2009, 11:44 - Stoïcisme - Lien permanent
Les Stoïciens opèrent une réduction des choses à leurs constituants
objectifs afin de les détacher de toutes les propriétés qui font courir le
risque à celui qui les reconnaît de perdre le contrôle de lui-même.
Ainsi un garçon de café stoïcien devrait réduire un pourboire à une quantité de
métal.
En effet, vu qu’on ne peut pas passer de « ce pourboire n’est pas très
généreux » à « cette quantité de métal n’est pas très généreuse », la
mesquinerie des clients le laisserait impassible. Cependant s’il opérait une
telle réduction systématiquement, il ne pourrait pas accomplir sa fonction
sociale comme il se doit, ce à quoi s’oblige pourtant tout stoïcien. Par
exemple remercier le client généreux (ce qu’on attend de tout garçon honoré
d’un pourboire généreux) implique l’identification de ce qui est laissé par le
client comme pourboire généreux.
Le garçon de café stoïcien paraît donc condamné à un va-et-vient entre
réduction et identification coutumière. L’identification coutumière serait
requise chaque fois qu’elle conditionnerait l’accomplissement correct de la
tâche (ainsi dans un grand restaurant le serveur malhabile qui souillerait la
nappe de gouttes de vin ne devrait pas réduire les traces à des modifications
chimiques) ; en revanche la réduction serait impérative chaque fois
qu’elle conditionnerait le contrôle de soi. Il y a alors une tension forte
entre les deux attitudes car le contrôle de soi professionnel va dans le sens
inverse du contrôle de soi éthique, vu que la réduction dessert le premier et
sert le second.
On peut résoudre à première vue la contradiction en envisageant que le garçon
de café fasse comme s’il reconnaissait la valeur du pourboire, comme s’il avait
honte d’avoir taché la nappe etc. On peut cependant se demander dans quelle
mesure ne pas tenir pour vraies les croyances inhérentes à l’exercice d’une
profession n’est pas un obstacle à l’exercice en question. Entre quelqu’un qui
joue au garçon de café et un garçon de café, il n’y a pas peut-être pas
seulement la différence intérieure qu’on pourrait apprécier variablement selon
qu’on reconnaît ou non la valeur des habitus, il y a peut-être aussi différence
objective dans l’accomplissement de la fonction ( peut-on désirer faire quelque
chose sans tenir pour vraies toutes les croyances qui justifient le faire en
question ?).