Les nombres et l'histoire naturelle des hommes.
Par Philalèthe le mardi 8 décembre 2009, 20:18 - Wittgenstein - Lien permanent
Wittgenstein écrit dans les Recherches philosophiques:
" 415. Ce que nous proposons, ce sont à proprement parler des remarques sur l'histoire naturelle des hommes. Ce ne sont cependant pas des contributions singulières, mais plutôt des constatations dont personne n'a douté, et qui n'échappent à notre attention que parce que nous les avons constamment sous les yeux." (p.182 Gallimard)
Le passage qui suit de Frédéric Nef me paraît éclairer les lignes précédentes:
" Les entiers naturels ne sont certes pas coupés du monde naturel, mais il ne faut pas confondre le nombre et sa réalisation linguistique dans des bases, cinq, dix ou vingt en général, qui correspondent à des réalités anatomiques. En français hexagonal par exemple, coexistent deux bases, ce qui explique l'incohérence de l'usage : d'une part "soixante-dix" (base dix) et d'autre part "quatre-vingts" (base vingt). Même si nous ne comptons plus sur nos doigts d'enfants, nous le faisons comme des créatures qui ont dix ou vingt doigts (et orteils) et pas comme des ordinateurs, qui ne pensent que par présence ou absence, ou des dieux qui ont dix mille bras." (Traité d'ontologie pour les non-philosophes - et les philosophes - 2009 p.178)
Commentaires
J'ai présenté un peu une question similaire (pourquoi comptons-nous ainsi? pourquoi y-a-t-il une opération d'addition?) à mon fils (13 ans) et j'ai obtenu la réponse du type :
"Il s'agit d'une convention" et il ne pensait pas ainsi à ce qu'on appelle à proprement parler une convention (je me suis aperçu d'ailleurs à l'occasion de ma discussion avec lui que j'étais très mal à l'aise pour en donner un bon exemple ) mais bien à ce que Wittgenstein et visiblement Nef (que je n'ai pas lu) en appellent lorsqu'ils parlent de "naturel" ou de remarques en marge d'une histoire naturelle de l'homme.
C'est-à-dire qu'en fait nous n'avons pas réellement de définition de ce qu'est le conventionnel et le naturel. Cela me semble pour relayer cet aspect de la philosophie comme critique de la culture et de l'éducation (en réponse à un message précédent où vous rapprochiez Nietzsche et Wittgenstein) décisif, décapant, et déroutant pour toute pratique philosophique. Je parle des situations d'enseignement, d'ateliers de réflexions, de critique ce qu'on appelle des pratiques philosophiques et j'aimerais vous demander si vous rencontrer dans votre propre pratique de professeur de philosophie de tels sites de pensée?