La traduction des oeuvres de Borges en Pléiade (un échange entre Pierre Assouline et moi-même).
Par Philalèthe le mercredi 21 avril 2010, 19:39 - Borges - Lien permanent
Pierre Assouline a publié un
billet sur la sortie d'une nouvelle édition de Borges en Pléiade, rappelant
à l'occasion le conflit opposant sa veuve, Maria Kodama à son ami et
traducteur, Jean-Pierre Bernès, responsable de l'édition des oeuvres de
l'écrivain dans la collection en question.
J'ai souhaité alors écrire un bref post indiquant à quel point je tenais en
piètre estime la traduction en question. Le voici :
"Je ne suis pas en mesure de prendre position concernant la querelle Bernès / Kadama. En revanche je témoigne du fait que ces deux premiers volumes étaient bourrés de fautes grossières comme si la traduction avait été faite dans la hâte et la négligence. On pouvait sans exagérer utiliser un mot comme imposture pour qualifier la différence entre ce qu’aurait dû être une édition de qualité et cette traduction où des mots étaient oubliés, des phrases mal segmentées etc (car je ne déplore pas ici des choix contestables de traduction mais des erreurs grossières qu’on reprocherait à un élève de collège, comme par exemple traduire trois quand l’espagnol dit cinq !). Cependant je ne suis pas en mesure d’assurer que l’intégralité de la traduction était de cet acabit mais plusieurs passages d’ oeuvres distinctes étaient ainsi pitoyablement rendus. Dans ces conditions, si ces deux premiers volumes deviennent mythiques, ça ne sera pas à cause de leur irremplaçable valeur. Je suis d’ailleurs curieux de voir si les corrections de cette nouvelle édition ont suffi à mettre la traduction au niveau de l’image de la Pléiade."
À quoi Pierre Assouline répond sèchement :
" Philatethe, Etant donné l’arrogante sévérité de votre commentaire, vous vous devez de pousser plus avant l’inventaire précis des nombreuses fautes grossières de traduction que vous reprochez non seulement à Jean-Pierre Bernès, qui n’est pas le dernier des traducteurs d’espagnol, et mais aussi à Jean Canavaggio, itou, qui en a manifestement beaucoup laissé passer selon vous. Nous attendons avec intérêt. Sinon vous vous ridiculisez. "
Ce qui m'amène dans un premier temps à rétorquer :
" D’accord, dès que j’ai un peu de temps, je vous donne quelques
échantillons ; mais il n’y a vraiment rien d’arrogant ! Si j’étais
arrogant, je n’aurais pas écrit deux fois “je ne suis pas en mesure”…
En tout cas votre réaction assez violente et personnelle met en évidence que
vous croyez dans la valeur de la traduction sur la foi de Bernès (ça s’appelle
l’argument d’autorité) car si vous aviez pris le temps de lire par endroits au
moins le texte original comparé à la traduction française, vous auriez été
comme tout le monde effaré. J’ajoute d’ailleurs que ce message n’est en rien
une prise de position concernant les histoires de Kadama et de Bernès."
Quelques heures plus tard, j'avance des justifications à mes yeux accablantes :
" J’ouvre le premier récit de l’Aleph “L’immortel” (p.563) de la Pléiade 1.
Il y aurait deux remarques à faire sur les choix de traduction de cette
première page, mais passons à la p. 564.
Le texte espagnol : « la secreta Ciudad de los Immortales », la
traduction Bernès : « la secrète cité des Immortels ». Oh, rien de
grave, une petite négligence.
Quelques lignes plus loin :
« Interrogados por el verdugo, algunos prisioneros mauritanos confirmaron
la relación del viajero”
Trad. Bernès : “ Interrogés par le bourreau, plusieurs prisonniers nous
confirmèrent la relation du voyageur » Les hispanophones remarquent que le
traducteur a oublié de traduire mauritanos (mauritaniens), Oh, un petit
détail…Oui, deux négligences sur une seule page.
La page 565 va me rassurer sans doute :
« Insoportablemente soñé con un exiguo y nitido laberinto : en el
centro había un cántaro ; mis manos casi lo tocaban, mis ojos lo veían,
pero tan intrincadas y perplejas eran las curvas que yo sabiá que iba a morir
antes de alcanzarlo”
Bernès : “ Insupportablement, je rêvais d’un labyrinthe net et exigu avec,
au centre, une amphore que mes yeux voyaient, mais les détours étaient si
compliqués et si déroutants que je savais que je mourrais avant de l’atteindre.
»
Non je n’ai pas mal recopié la traduction, « mis manos casi lo
tocaban » (mes mains le touchaient presque) a été juste oublié…
Je ne vais pas faire tout un dossier qui serait lassant. Juste donner un autre
exemple.
J’ouvre l’Histoire de l’éternité (p.369 du Pléiade). Les premières pages
parlent de Platon, de Plotin aussi. Ainsi au début du paragraphe 6, on lit dans
le texte espagnol :
« Paso a considerar esa eternitad, de la que derivaron las subsiguientes.
Es verdad que Platón etc”
Bernès s’est encore trompé et a remplacé Platon par Plotin :
« Je considère à présent cette éternité d’où ont dérivé les suivantes. En
fait, ce n’est pas Plotin etc ». Certes Platon, Plotin, ça se ressemble…
Quant au remplacement de tres cientos par cinq cent sur lequel un lecteur
ironise, c’est dans la première page de l’Histoire de l’infamie :
« los tres mil trescientos millones gastados en pensiones militares », ce
qui est rendu par « les trois milliards et cinq cents millions dépensés en
pensions militaires » (p.303).
Oh ! Le traducteur a une excuse, Borgès vient d’évoquer les « cinq
cent mille morts de la guerre de Sécession ».
Dois-je continuer, Monsieur Assouline, pour vous convaincre que cette
traduction, indigne de la Pléiade par son manque de rigueur, ses oublis
grossiers, son infidélité fréquente à la lettre même du texte devait être
urgemment revue ?"
Pierre Assouline me répond alors en ces termes :
" Vérification faite à travers les exemples que vous donnez, les choses sont légèrement plus compliquées que vous ne l’imaginiez. Et que je ne les ai présentées. Jean-Pierre Bernès, éditeur de cette Pléiade Borges en est le responsable, c’est entendu. Mais il n’a traduit que les textes inédits de Borges. Pour le reste, selon une vieille habitude de la collection, le maître d’oeuvre a été tenu de reprendre des traductions historiques de Gallimard. Mais il les a toutes révisées, non seulement avec l’accord mais surtout avec la complicité de Borges. Il lui a relu à voix haute l’intégralité de son oeuvre. Borges ne voulait pas offusquer la mémoire de Roger Caillois, notamment. Ils ont corrigé ensemble. Ce qui signifie parfois que l’auteur ne souhaitait pas que l’on retouche des omissions ou des licences prises par le traducteur. Il disait: “Pour moi, l’écriture n’est qu’une constante réécriture”. Il disait aussi :” C’est le lecteur qui aura la version définitive”. C’est lui qui demandait à Bernès d’ôter ou de maintenir des fautes manifestes, qui l’amusaient souvent. Bernès et Canavaggio ont retouché les fautes de frappe ainsi que de menues choses dans les inédits traduits par Bernès, mais ont respecté la volonté du patron pour le reste, c’est à dire les traductions historiques qu’il avait lui-même contrôlées une première fois en leur temps et une seconde fois pour l’établissement de la Pléiade. Vos reproches se trompent donc de cible : c’est à Borges que vous devez les adresser, si toutefois… Pour votre gouverne, la traduction de “L’immortel” est de Roger Caillois. Celle de “Histoire de l’éternité” dont vous pointez également les défauts est de Roger Caillois et Laure Guille (toutes choses qui sont précisées dans le texte…)."
À première vue, l'échange se termine par mon ultime post :
" Je mettais en relief que la traduction était mauvaise ; vous me traitiez de présomptueux ; j’apportais des preuves et vous me répondez que les choses sont plus compliquées que je ne l’imagine car la traduction en question a été approuvée par Borges. Soit. Mais notez bien cela : une mauvaise traduction ratifiée par l’auteur n’en devient pas pour cela une bonne traduction (la langue originale de l’auteur étant l’espagnol, il ne s’agit pas d’une ultime réécriture mais d’une dernière mauvaise traduction, le texte de référence restant celui écrit en langue espagnole - car je ne pense pas que vous irez jusqu’à soutenir que pour comprendre le vrai sens du texte espagnol il faut lire la traduction si défectueuse de La Pléiade …-) Je maintiens en plus qu’il y a tromperie sur la marchandise. En effet si je prends l’Histoire universelle de l’infamie, je lis, comme vous l’écrivez, ” traduction par Roger Caillois et Laure Guille, revue par Jean Pierre Bernès “. Or, l’usage veut que la référence a une révision garantisse la qualité d’une traduction qui, sans cette révision, pourrait être jugée datée ; or, s’il est vrai que l’auteur a maintenu délibérément une traduction dont il reconnaissait lui-même les fautes, les éditeurs de La Pléiade auraient dû l’écrire noir sur blanc au lieu de faire passer pour bonne aux yeux du public une traduction connue pour son insuffisance par les happy few ! Quand ensuite vous me reprochez d’avoir une position simpliste (”les choses sont plus compliquées que vous ne le dites”), je n’accepte pas le reproche car c’est sensé de reprocher à quelqu’un d’avoir une position simpliste quand il était en mesure par plus d’attention de découvrir les finesses ; or, vous communiquez quelque chose qui était de l’ordre du secret et qu’on ne peut pas lire dans le seul passage suivant : ” Nous avons accompli ce travail dans un double souci de fidélité, envers Borges et à l’égard de ses premiers traducteurs” (p. LXXXIV). Mais éclairé par vous, je traduis : la traduction est quelquefois infidèle au texte original mais Bernès a été fidèle à Borges, fidèle lui à la mémoire de Caillois et plus généralement des traducteurs infidèles à ses textes mais amis. Il fallait le communiquer explicitement : à défaut de le faire, les lecteurs sont en un sens pris pour des idiots…"
Commentaires
Merci pour cet article. Je m'interrogeais sur les différences entre les deux versions. Maintenant je sais qu'il y a un intérêt à se procurer la réédition.
Si la deuxième édition reprend, comme le suggère Assouline, les traductions consacrées et défectueuses, chères néanmoins à Borges, elle reconduit le scandale de la première édition !
Vous avez parfaitement raison de souligner la faiblesse de la traduction française.
La version que présente M. Assouline des propos qu'auraient tenus M. Borges sur la traduction de ses textes me semble peu vraisemblable.
ab
Je ne suis pas en mesure de juger de ce que Pierre Assouline rapporte concernant l'indifférence de Borges par rapport à une "bonne traduction". Ce que je défends en revanche, c'est l'inadéquation de la traduction dans le cadre d'une collection - la Pléiade - ayant quand même quelques ambitions éditoriales !
Sans être un grand spécialiste de Borges, je trouve que les arguments de Pierre Assouline ne sont pas totalement ineptes. Que l'auteur de Pierre Ménard soit amusé par les erreurs de traduction commises sur son oeuvre ne me semble pas a priori absurde. Après, oui, peut-être peut on parler "tromperie" mais même là, je n'en suis pas sûr. Borges ne cesse de "duper" son lecteur dans ses nouvelles, tout en sachant qu'il est catégoriquement impossible de "duper" un lecteur, celui-ci étant au fond le seul véritable auteur de l'oeuvre qu'il lit. Alors en lisant Borges dans la pleiade, vous ne lisez pas "Borges", certes. Je ne pense pas que vous lisiez plus "Borges-mal-traduit-par-la-Pleîade", ni même "Borges-volontairmeent mal-traduit-par-la-pleiade-avec-la-complicité-goguenarde-d'un-certain-bernès". Au mieux, et à supposer que vous ne soyez pas trop dédoublé et interféré par votre propre inconscient, avez vous une petite chance de lire "Philalèthe-lit-brillamment-la-maladroite-traduction-de-Borges-dans-la-Pleiade-et-est-assez-scrupuleux-pour-présenter-en-détail-les-défauts-les-plus-flagrants-de-cette-traduction". Il faudrait certainement pouvoir substantiver ces longues chaîne de mots à tirets, mais je n'ai pas la poésie.
Ceci dit, je ne comprends absolument pas la violence dont fait preuve à votre égard Pierre Assouline dans sa première réponse à votre remarque. Avez-vous un contentieux ?
Je réponds à votre curiosité : aucun contentieux ne précédait la première réponse que m'a faite Pierre Assouline, pour qui je suis en fait un total inconnu.
Je ne voudrais pas en rajouter garatuitement et le sang en aucun cas ne devrait atteindre la rivière, mais contrairement à ce que l´on pourrait penser lors d´une première approche, quand on connaît Borges le createur de l´illustré françois Pierre Ménard qui lui même recrée Cervantes en le réecrivant, ne l´oublions pas, exactement de la même façon mot pour mot, virgule à virgule, philosophie par philosophie que l´unibraquiste fécond et généreux; l´exactitude est importante en Borges. Et elle est non importante également puisque si le sentier motesque pris eût été autre et le texte différent, cela ne changerait en rien l´etoffe du récit, son essentialité, sa force dont l´intensité serait identiquement percue par le lecteur. Mais lorsqu´une écriture est dense, hétéroclite, à la manière du labyrinthe ou du monument qu´elle essaie de décrire; une traduction la plus exacte possible, la plus fidélement nue est souhaitable.
Je suis en cela du côté de Maria Kodama parce que Borges n´a pas pu, je veux le croire, se tromper tant d´années avec elle, qu´elle a vu de première main lui dicter une partie de ses écrits d´aveugle voyant que nous lisons traduits ou en original maintenant. Si la traduction fût infidèle ou trop libre, des inexactitudes se glisseraient dans un texte qui deviendrait (encore plus) difficile à lire. Il faut donc, quoique nous pensions que la traduction est une interprétation pouvant même parfois améliorer un original, être le plus fidèle que l´on peut à ce que l´on traduit sans en rajouter/enjoliver quand cela est possible et sans en trop couper/améliorer.
Voici un poème de Borges.
A un gato
No son más silenciosos los espejos
ni más furtiva el alba aventurera;
eres, bajo la luna, esa pantera
que nos es dado divisar de lejos.
Por obra indescifrable de un decreto
divino, te buscamos vanamente;
más remoto que el Ganges y el poniente,
tuya es la soledad, tuyo el secreto.
Tu lomo condesciende a la morosa
caricia de mi mano. Has admitido,
desde esa eternidad que ya es olvido,
el amor de la mano recelosa.
En otro tiempo estás. Eres el dueño
de un ámbito cerrado como un sueño.
Voici une traduction en françois dont je ne connais pas l´auteur que nous allons analyser un peu:
Non moins furtif que l'aube aventurière,
Non moins silencieux que le miroir,
Tu passes et je pense apercevoir
Sous la lune équivoque une panthère.
Par quelque obscur et souverain décret
Nous te cherchons. Nous voulons, fauve étrange
Plus lointain qu'un couchant ou que le Gange,
Forcer ta solitude et ton secret.
Ton dos veut bien prolonger ma caresse;
Il est écrit dans ton éternité
Que s'accordent à ta frileuse paresse
Ma main et son amour inquiété,
Ton temps échappe à la mesure humaine.
Clos comme un rêve est ton domaine.
Et voici une traduction que je viens de faire:
Pas plus silencieux sont les miroirs
ni plus furtive l´aube aventurière;
tu es, sous la lune, cette panthère
que nous pouvons parfois apercevoir.
Objet indéchiffrable d´un décret
divin, nous te cherchons vainement;
plus lointain que le Ganges et le couchant,
oeuvre de solitude et de secret.
Ton dos condescendant et qui s´attarde
à la caresse de ma main. Tu admets,
de cette éternité qui est rejet
l´amour de la main blafarde.
Tu as un autre temps.Tu es la sève
d´un cadre fermé comme un rêve.
J´ai fait cette traduction plus dénudée parce que l´autre enjolivait trop le texte original. Des mots, que l´original n´utilise pas y sont en effet ajoutés . Ainsi (lune) "équivoque"; "obscur et souverain" (décret); "fauve étrange"; "frileuse paresse" . Cela fait à mon avis beaucoup trop d´enjolivement.Le traducteur devrait ajouter son nom à celui de Borges et reconnaître que c´est un poème écrit à 4 mains. Ce n´est plus un original de Borges. De plus à la troisième strophe il y a dans l´original deux fois le mot "main". Connaisant le soin que Borges prenait à choisir les mots-pas-maux, trouver des répetitions de mots chez lui ne peut être dû au hasard. Il faut donc conserver le mot "main" deux fois dans la traduction.
Pour ma part j´ai pris également quelques licences poètiques mais qui sont , je le crois, plus admissibles et plus fidèles:
"divisar de lejos"---> "parfois apercevoir"
"Por obra"--->"Objet"
"tuya es la soledad"--->"oeuvre de solitude"
"que ya es olvido"-->"qui est rejet" pour des raisons de rime, mais l´oubli c´est ausi du rejet.
"recelosa"--->"blafarde" pour des raisons de rime, mais la crainte rend blafard.
Finalement j´ai changé la rime "dueño/sueño" par "sève/rêve" et c´est là où j´ai le plus hésité, mais je pense que ce n´est point une trahison.
J´ai cherché sur Internet d´autres traductions et je ne trouve point d´autres que celle que je critique dont je ne connais l´auteur, car elle embellit- et donc artificialise- trop, car elle inexacte.
Ainsi donc, je n´ai point vraiment cherché cependant, il n´ya pas que sur la Pléiade que l´ on trouve des traductions inexactes de Borges. Je n´ose d´ailleurs chercher de peur de me trouver devant un carnage littéraire d´embellissements ¿poétiques? en tous genres. J´espère que ce n´est pas le cas mais je n´en sais rien puisque je suis español et je lis Borges-dont je n´ai pas tout lu (en fait j´ai très peu lu de lui et d´autres auteurs, je suis un très mauvais lecteur)- et dont je ne suis pas et ne veux pas être un expert, dans notre langue commune, pas en françois.
Correction du dernier paragraphe:
Ainsi donc, je n´ai point lu les versions en françois de Borges cependant, il n´y a pas que sur la Pléiade que l´ on trouve des traductions inexactes de lui. Je n´ose d´ailleurs chercher de peur de me trouver devant un carnage littéraire d´embellissements ¿poétiques? en tous genres. J´espère que ce n´est pas le cas mais je n´en sais rien puisque je suis español et je lis Borges -dont je n´ai pas tout lu (en fait j´ai très peu lu de lui et d´autres auteurs, je suis un très mauvais lecteur) et dont je ne suis pas et ne veux pas être un expert- dans notre langue commune, pas en françois.
Merci, Sopadeajo, pour vos commentaires qui apportent tant d'eau à mon moulin car sachez que la traduction française de "A un gato" que vous citez est précisément celle de l'édition de la Pléiade ! C'est dans le volume II p.295 et c'est donc mal traduit par Jean-Pierre Bernès et Nestor Ibarra. Continuez, je vous en prie, de nous apporter d'autres preuves de mauvaises traductions pour que nous puissions faire savoir à ceux qui achètent si chères ces traductions de Borges qu'elles sont tout simplement à revoir.
Encore une fois, merci infiniment.
Merci à vous aussi, Philalète, la question est en fait d´une importance plus que littéraire, presque éthique. La forme mène au fond.
C´était donc une traduction de Jean-Pierre Bernès et de Nestor Ibarra ? Travaillent-ils en duo ?
Ou bien une traduction de Nestor Ibarra approuvée par Bernès?
Malheureusement je n´ai aucune édition de la Pléiade en mon pouvoir, et ce n´est que sur l´Internet que je trouve les poèmes en français de Borges. En fait la traduction dont nous parlons est la seule en français de Borges que j´ai lu.
Et c´est le seul poème de Borges que j´ai traduit (j´espère que pas trop mal, j´ai des doutes).
Je lis Borges en espagnol. Mais il faudrait réviser d´autres poèmes s´ils étaient comme celui-ci ,j ´éspère que non, parce que cela est littérairement (et poétiquement) plutôt irrespectueux; envers un Borges qui n´aimait certainement pas l´artifice gratuit, en littérature; commme ce Brassens, d´ailleurs, qui essayait, selon ses propres mots, de ne pas en faire, pas d´en faire, de la littérature ,de l´artifice, des feux follets inutiles et souvent prétentieux. J´aime Borges précisément parce qu´il fuit l´artificiel à travèrs du court, de l´accourcissement des maux.
À ma connaissance, c'est une traduction de Nestor Ibarra revue par Jean-Pierre Bernès. Mais si vous avez lu ce que j'ai écrit à Pierre Assouline, vous avez compris que pour comprendre le sens de " traduction revue", il faut revoir le sens ordinaire de "traduction revue". Quant à la question : "est-ce le seul poème mal traduit ?", je ne penche pas pour une réponse optimiste. Si j'ai le temps, je vous envoie un autre poème en espagnol avec sa traduction revue. Si vous voulez, vous révisez vraiment et on allonge ici même le dossier accablant.
Et aussi, dire ceci: Il ne s´agit pas d´envoyer quiconque au bûcher, de condanner quiconque, mais de littérer bien.
Je n´avais pas vu votre commentaire, d´accord.
Assouline a écrit:
"Jean-Pierre Bernès, éditeur de cette Pléiade Borges en est le responsable, c’est entendu. Mais il n’a traduit que les textes inédits de Borges. Pour le reste, selon une vieille habitude de la collection, le maître d’oeuvre a été tenu de reprendre des traductions historiques de Gallimard. Mais il les a toutes révisées, non seulement avec l’accord mais surtout avec la complicité de Borges. Il lui a relu à voix haute l’intégralité de son oeuvre."
N´oublions pas en effet que Borges était aveugle et qu´on devait lui lire les textes et qu´il dictait ce qu´il ne pouvait écrire.
Mais je me souviens d´un enregistrement d´une entrevue de la television espagnole (qui existe sur Internet) où Borges disait qu´il ne se souvenait pas de la plupart de ce qu´il avait écrit. Ce qui est par ailleurs tout à fait normal. Mais on doit considérer que puisqu´il était aveugle, et ne pouvait pas comparer ligne par ligne ce qu´on lui lisait en françois avec son original, il ne pouvait en aucune façon savoir si la traduction était bonne ou mauvaise. Tout au plus pouvait-il juger que la musicalité et le rythme étaient suffisants, ce qui, justement, n´est pas suffisant. Si l´on ajoute, de plus, qu´il est connu que la position de Borges sur la traduction, était d´une grande flexibilité, puisqu´il pensait que le traducteur réecrivait presque indépendamment le texte qu´il traduisait, on peut comprendre qu´il n´a pu vraiment savoir si la traduction en français était bonne ou bien clochait.
Et penser que Borges a probablement été traduit dans 30 langues différentes, sans savoir quel gâchis (ou au contraire quelle merveille) ils ont bien pu faire...
Un texte sur la traduction , de Borges, pour un canard, je crois, plein de typos.
http://clubdetraductoresliterariosd...
" Las traducciones al francés que han hecho Ibarra y Roger Caillois son muy buenas "
Que Borges ait jugé ces traductions bonnes ne veut pas dire qu'elles sont bonnes, sauf à tomber dans un relativisme total. Quand je lis un auteur dans une traduction, je veux que le français me donne l'idée la plus exacte possible du texte d'origine. Il y a d'autres exemples de traductions prétendument revues par l'auteur et pourtant largement améliorables, je pense à celles de Freud par Luis Lopez Ballesteros.
Mais Borges évite toujours contrarier (systématiquement) qui que ce soit. La preuve en est que j´ai pu trouver des textes sur Google (cette même nuit) où l´on affirmait que, comme dans les traductions des 1000 et 1 nuits, les traducteurs en françois de Jorge Luis traduisaient non pas pour l´auteur, mais contre le traducteur précédent. Ainsi j´ai bien pu lire il y a à peine quelques heures, que Ibarra, que je ne connaissais pas avant votre commentaire de 20:22, traduisait contre Caillois. Cependant; Jorge Luis affirme que les deux sont bons, alors que leur style (d´après les dires) est opposé.
"Quand je lis un auteur dans une traduction, je veux que le français me donne l'idée la plus exacte possible du texte d'origine"
C´est aussi ce que je pense qu´il faut faire et c´est pourquoi j´ai traduit contre Ibarra l´enjoliveur. Mais sa traduction est bien plus musicale et rythmée que la mienne qui se veut d´être plus fidèle aux origines, à la lettre.
Borges commente le poème du chat, que je ne connaissais pas moi même (ou que j´avais oublié/rejeté et que je n´aime pas outre mesure; mais j´aime les chats) et que j´avais trouvé dans le blog d´une poètesse; qui aurait pu s´appeler Beppo (le chat) où il parle de la main "recelosa" qui craint de caresser.Borges n´aurait pu être un grand guerrier, comme son grand père, s´il craignait la docilité des chats...
http://www.youtube.com/watch?v=rfe6...
(minute 2:00)
Borges, dans la video précédente, apporte un solide argument en notre faveur, en faveur d´une traduction plus fidèle, plus conforme à l´original. Il y commente que le choix du mot "condesciende" est très bien; je pense pareil; mais Bernès ou Ibarra ou les deux ne pensaient pas de même puisqu´ils avaient eliminé ce mot de la traduction en français.
Sopadeajo, je suis désolé que notre échange se termine si abruptement mais vos injures (je viens de les éliminer) que je ne comprends pas et qui ne sont pas du tout justifiées sont inadmissibles : j'ai donc le regret de vous dire que vous êtes désormais indésirable sur ce blog.
Ne sont pas plus silencieux les miroirs
ni plus furtive l’aube aventurière ;
tu es, sous la lune, cette panthère
qui de loin seulement s’offre à nos regards
Par l’œuvre indéchiffrable d’un décret divin
nous te cherchons en vain ;
plus éloigné que le Gange et le couchant,
tienne est la solitude, et à toi le secret
Ton échine s’abandonne à la molle caresse
de ma main, tu as accepté,
depuis cette éternité en oubli déjà muée,
l’amour de cette main frileuse
Tu existes dans un autre temps. Tu es le maître
d’un territoire aussi impénétrable que le rêve
Merci beaucoup pour cette traduction qui s'efforce à beaucoup de fidélité et de simplicité. Mais ne pourrait-on pas la rendre encore plus sobre en traduisant le vers 4 "que nos es dado divisar de lejos" par "qui nous est donnée à voir de loin" ? Le "s'offre" suggère une action de la panthère alors que la vue sur la panthère paraît plus quelque chose de l'ordre du don.
Concernant le vers 8 (tuya es la soledad, tuyo el secreto) est-ce si lourd de garder la répétition et d'écrire : "tienne est la solitude, tien est le secret" ? Je serai aussi plus sobre au niveau du vers 11 ("desde la eternidad que ya es olvido") : depuis l'éternité qui déjà est oubli. Pourquoi ne pas traduire aussi le vers suivant : "el amor de la mano recelosa" par : l'amour de la main frileuse. Pour les deux derniers vers ("en otro tiempo estas. Eres el dueño / de un ámbito cerrado como un sueño") : tu es dans un autre temps. Tu es le maître d'un territoire fermé comme un rêve"
Mon idée est la suivante : pourquoi rajouter des licences poétiques si le texte de Borges est si sobre et si simple ? Doit-on être plus royaliste que le roi dans les traductions ?
Il faut le répéter : la traduction de ce poème dans l'édition de la Pléiade (T II p.295 - je me réfère à la première édition) est la création d'un autre poème et non un effort pour rendre le poème de Borges en français.
Pasaba por aquí y no he podido resistir la tentación...
D´accord qu´on pourrait parfaitement ne pas ajouter de licences poétiques, puisque c´est vrai que le texte de Borges est fort simple (comme toute sa poésie par ailleurs) sauf si l´on veut maintenir le même système de rime que l´original, et dans ce cas il faut changer des trucs.
Si vous ne m´en voulez point trop, Philalèthe, dites moi si vous aimez mon blog:
http://lit-et-raire.blogspot.com
Ah, sopadeajo, vous ne savez pas ce que vous voulez !
Je vous signale la parution de la traduction de 99 sonnets de Borges, sous le titre La proximité de la mer, par Jacques Ancet, chez Gallimard. Dans la préface l'auteur explique l'esprit qui anime sa traduction. Le poème le chat figure page 104.
Merci beaucoup !
Voici une autre traduction de Borges en français que j´ai voulu fidèle même si des mots, pour la rime, sont transformés.
Un aveugle (Jorge Luis Borges)
Je ne sais quel visage me considère
quand je regarde le visage de la glace;
je ne sais quel ancien guette en son palace
de silencieuse et fatiguée colère.
Lent dans mon ombre, de la main j´explore
mes invisible traits. Une déchirure
m´atteint. J´ai entrevu ta chevelure
qui est de cendre ou est encore d´or.
Je répète que j´ai perdu seulement
la surface vaine des choses.
Le réconfort est de Milton et il est vaillant,
mais je pense aux lettres et aux roses.
Je pense que si je pouvais voir ma figure
je saurais qui je suis en ce soir d´enluminure.
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Un Ciego (Jorge Luis Borges)
No sé cuál es la cara que me mira
cuando miro la cara del espejo;
no sé qué anciano acecha en su reflejo
con silenciosa y ya cansada ira.
Lento en mi sombra, con la mano exploro
mis invisibles rasgos. Un destello
me alcanza. He vislumbrado tu cabello
que es de ceniza o es aún de oro.
Repito que he perdido solamente
la vana superficie de las cosas.
El consuelo es de Milton y es valiente,
Pero pienso en las letras y en las rosas.
Pienso que si pudiera ver mi cara
sabría quién soy en esta tarde rara.
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Merci ! C'est intéressant, bien fidèle à la sobriété du texte d'origine. Mais c'est osé de traduire pour la rime reflejo par palace...
Si d´aventure quelqu´un qui passait par ici, ou le maître des lieus pouvait me donner un lien vers d´autres traductions de ce poème, ce serait sympa, pour comparer. Je n´ai pas trouvé ce poème en français sur Google dans une recherche un peu rapide cependant.
http://lit-et-raire.blogspot.com/
Oui, c´et vrai que c´est osé: "reflejo"= "reflet" par "palace"; "destello"="éclat" par "déchirure"; "que me mira"= "qui me regarde" par "me considère". Et pour finir "rara"="étrange" par "enluminire", alors que j´aurais pu faire "visage" avec "étrange".
Mais mon souci majeur a cependant certainement été la fidelité à l´essence du poème que je crois avoir su respecter.
Je ne sais quelle figure me regarde
Quand je regarde la figure du miroir ;
Certain vieillard m'y guette, et je crois entrevoir
Son ire sourde et lasse et vaguement hagarde.
Lent dans ma lente nuit, j'explore de mes doigts
Mes invisibles traits. Soudain vient me surprendre
Un éclair, tes cheveux. Seraient-ils déjà cendre
Ou gardent-ils leur or, leur gloire d'autrefois ?
Je me redis que je n'ai rien perdu des choses
Que leur vaine surface. Ainsi se consolait
Milton ; c'est un courage où je cherche un bienfait.
Je pense aux lettres cependant, je pense aux roses.
Et mon visage, là... Si je pouvais le voir,
Je saurais qui je suis en cet étrange soir.
Trad de Nestor Ibarra et Jean Pierre Bernès (la Pléiade)
Encore une belle infidèle, donc !
Merci pour la traduction de Ibarra qui est excessivement ornementée et donc contraire à l´esprit même de l´écriture courte et concise et peu fleurie borgésienne, que cela soit en prose ou en poésie.
Mais je ne prends aucune position pour
l´instant dans la guerre kodama Bergès qui me paraît être une guerre d´un tout autre niveau que littéraire, sans en savoir plus ni les avoir rencontré.
Kodama Bernès
Dans mon texte 8 du 20 février 2011 à 19:32, je maintiens mon opinion que la traduction, qu´elle soit de Ibarra ou de Caillois ou de quelqu´un d´autre, est trop fleurie. Mais en relisant ce que Pierre Assouline vous répondait, il se peut que Bernès n´en ait aucune responsabilité !!...
En effet, puisque c´est Borges lui même,
d´après Assouline, qui en se faisant relire à haute voix les textes en français, a donné le oui (le "visto bueno") aux traductions de la Pléiade, il n´y a rien à reprocher à Bernès ni même à Caillois ni à Ibarra. Personnellement je me fâcherais si dans la traduction d´un de mes poèmes on enjolive et rajoute à la manière que nous avons vue. Mais si Borges lui même
s´en amusait, parce qu´il pensait qu´un e traduction était une réinterpretation nouvelle du poème-alors que moi je crois qu´une traduction doit être une fidélité optimisée qui conserve l´esprit de l´original en ne changeant que l´indispensable; comment peut-on en accuser Bergès qui a tout simplement obéit aux souhaits (et à l´amusement peut être) de Borges ?
Bernès au lieu de Bergès, sorry, no freudian slip
Après avoir écouté la lecture d´un de ses poèmes Borges s´exclame: "Ce sont de bons vers même si c´est moi qui les ai écrits"
Certes il se peut que l'avis de Borges ait été respecté mais, comme les lecteurs ne s'attendent pas aujourd'hui à de belles infidèles, l'édition de la Pléiade aurait dû préciser que l'acheteur des deux volumes n'y lira pas des traductions fidèles des textes.
Et en effet Borges, nous l´avons déjà vu, par ailleurs, pense que les traductions de Caillois et de Ibarra sont de très bonnes traductions
http://clubdetraductoresliterariosd... :
"Las traducciones al francés que han hecho Ibarra y Roger Caillois son muy buenas"
alors que je pense le contraire, qu´elles enjolivent et dénaturalisent le style austère, presque monacal et monotone de la poésie de Borges, ou les mots ont du poids, pèsent, que l´on ne peut donc substituer pas des dances lègères et fleuries (d´autres) mots, sans en altérer la musicalité et le rythme (musical) interne. C´est par ailleurs chez Borges, pareil en prose, dans ses "cuentos" où l´on se doit, à mon avis, de respecter l´arrythmie, si notable (cette arrythmie littéraire) de Borges.
Bien sûr, si l´on ne parle que d´un point de vue technique, le talent de Caillois et/ou de Ibarra est notable, mais ils en rajoutent trop et donc altèrent trop. Mais je répète que Bernès peut n´y être pour rien.
Une solution Salomonique, mais juste, serait la suivante; je viens d´y penser: on réalise une autre édition de la Pléiade avec pas une seule traduction (celle de Caillois et/ou Ibarra), mais avec deux traductions pour chaque poème, la deuxième plus austère ; le lecteur pouvant choisir tout à fait librement de n´en lire qu´une au choix ou d´en lire les deux. C´est très intéressant de lire deux traductions parfois divergentes. Parlez en à Gallimard, Philalèthe, où à Bernès et dites leur que je suis disponible comme traducteur, même si en fait je suis un "¿traducteur?" néophyte espagnol, qui de plus a presque oublié le français après beaucoup de temps hors de l´Hexagone.
Je ne crois pas que Borges (ni Kodama) n´aimeraient pas cette idée: Il n´y a pas qu´une traduction, comme il y aurait pu n´y avoir pas qu´un seul original. Ce poème sur la mort que vous avez écrit ainsi un jour de pluie dans une grande ville, comment l´auriez vu structuré un jour de beau soleil à la campagne ?
Mais non Philalèthe , vous n´avez pas à dire quoi que ce soit à Gallimard. Mais les traductions doublées, c´est une bonne idée..
À vous de jouer ! Mais plus modestement et plus réalistement, si l'oeuvre est libre de droits, traduisez-la sur votre propre blog.
Je suis tout à fait modeste.J´ai dit que je suis un néophyte en traduction et en littérature.Je n´ai même pas fait lettres mais sciences. Je ne pense nullement que je sois meilleur que Ibarra ou que Caillois; seulement que je traduirais d´une autre façon plus conforme à Borges. Traduire sur mon propre blog, vous dites; un travail énorme qui pourrait être refusé ?... Et je n´y connais rien en droits d´auteurs et tous ces machins là.
Guy Debord, qui parlait assez bien l´espagnol, je crois; sur les mauvaises traductions en espagnol de "La société du spectacle". On peut remarquer que Debord exige une grande fidelité au texte original, ce qui n´est pas étonnant quand ont dit des choses. Ce qui est plus étonnant c´est que Borges ne l´ait pas toujours vu, quand il s´agissait de traduire ses poésies, comme s´il assumait implicitement que la poesíe dit moins que la philosophie, alors que l´on devrait considérer que la poesíe dit au moins autant que les discours philosophiques; que ce n´est point une catégorie du discours plus inexacte.
http://www.sindominio.net/ash/esptr...
Préface à la quatrième édition italienne
de « La Société du Spectacle » (Guy Debord)
http://debordiana.chez.com/francais...
Hoy es 7 de julio día de San Fermín. ¡Viva San Fermín!
(Excusez moi, Philalethe, je n´ai pu l´éviter)
http://www.sanfermin.com/index.php/...
En fait je n´aime pas trop qu´on fasse souffrir les tauros, mais bon..