Devoir de vacances !
Par Philalèthe le jeudi 29 juillet 2010, 15:29 - Digressions - Lien permanent
Le chapitre II du livre second du Rouge et le Noir de Stendhal, intitulé Entrée dans le monde, est introduit en exergue par une étrange citation de Kant :
" Souvenir ridicule et touchant : le premier salon où à dix-huit ans l'on a paru seul et sans appui ! Le regard d'une femme suffisait pour m'intriguer. Plus je voulais plaire, plus je devenais gauche. Je me faisais de tout les idées les plus fausses ; ou je me livrais sans motifs, ou je voyais dans un homme un ennemi parce qu'il m'avait regardé d'un air grave. Mais alors, au milieu des affreux malheurs de ma timidité, qu'un beau jour était beau."
Question : ce texte est-il apocryphe ?
Commentaires
Il s’agit probablement d’une attribution fantaisiste par Stendhal d’une de ces idées à Kant. Vous êtes peut-être le premier à s’interroger, et à bon droit, quant à l’exactitude de la citation.
Goethe a lu le Rouge et le Noir, paru en 1830-1. Il ne fait aucun commentaire sur la citation attribuée à Kant. Il n’y avait dans la première édition que deux épigraphes : au début du roman et au chapitre XI.
http://www.zeno.org/Literatur/M/Ste...
Voici quelques éléments à l’appui de la conclusion.
Édition Champion, 1923
Source :
Volume 1 : http://www.archive.org/details/lero...
Volume 2 : http://www.archive.org/details/lero...
Introduction
Ces stendhaliens passionnés retrouveront avec joie, dans cette réimpression, l'étrange demi-commentaire que le romancier avait fait à son propre récit en changeant, presque de page en page, les titres de chapitres. Encore un de ses traits distinctifs que cette excentricité qui le poussait à multiplier ses pseudonymes, à imaginer sans cesse des alibis ! Ce sont comme les petits tics de ce personnage, si compliqué, qui disait de lui-même au début de ses Mémoires : « Qu'ai-je donc été? Je ne le sais pas. A quel ami, quelque éclairé qu'il soit, puis-je le demander ?... »
Paul Bourget 1923
1. Note autographe sur un exemplaire interfolié d'Armance (Coll. Bucci). Cette note et la précédente m'ont été communiquées par M. R. Lebègue. — On voit l'importance qu'attribue Stendhal au choix des épigraphes. A défaut de textes authentiques répondant à ce qu'il désire, il n'hésite pas à les écrire lui-même, quitte à les attribuer à des écrivains qu'il juge dignes de son hommage et dont le nom inattendu piquera la curiosité du lecteur. Autant que je l'ai pu, j'ai cherché pour ces épigraphes des références exactes et ce n'est pas toujours un travail facile.
Page 52
Traduction anglaise 1925 par C. K. Scott-Moncrieff
Source : http://ebooks.adelaide.edu.au/s/ste...
Premier livre
Chapter 30
AMBITION
There is only one true nobility left; namely, the title of Duke; Marquis is absurd, at the word Duke one turns one’s head.
The Edinburgh Review
[Trans. footnote: I have translated this motto, which is quoted in French by Stendhall, but have not been able to find the original passage in the Edinburgh Review. C. K. S. M.]
Chapter 1
COUNTRY PLEASURES
O rus, quando ego te aspiciam!
VIRGIL†
† HORACE in earlier edition]
Chapter 16
ONE O’CLOCK IN THE MORNING
The garden was extremely large, laid out with perfect taste just a few years previously. But the trees were over a century old. The place had something rustic about it.
MASSINGER†
† I have left this motto untranslated, as the attribution to Massinger seems to be entirely fantastic. C. K. S. M.]
Chapter 39
INTRIGUE
Castres, 1676.— He that endeavoured to kill his sister in our house, had before killed a man, and it had cost his father five hundred ecus to get him off; by their secret distribution, gaining the favour of the counsellors.
LOCKE, Travels in France†
† I am indebted to the patience and ingenuity of Mr. Vyvyan Holland, who has traced the original text of this motto in The Life of John Locke, with extracts from his Correspondence, Journals and Commonplace Books by Lord King (new edition, 1830) C. K. S. M.]
AB
Merci beaucoup ! C'est une piste très intéressante.
Marie Parmentier écrit dans Stendhal stratège: pour une poétique de la lecture, que "les citations que contiennent les épigraphes stendhaliennes sont très rarement exactes" et prend justement comme exemple cette référence à Kant.
http://bit.ly/ceZoTa
Elle renvoie notamment à deux articles sur le statut des épigraphes chez Stendhal :
- J.J. Hamm, "Le Rouge et le Noir d'un lecteur d'épigraphes"
http://cat.inist.fr/?aModele=affich...
-M. Abrioux, " Intertitres et épigraphes chez Stendhal"
http://cat.inist.fr/?aModele=affich...
Merci Cédric d'avoir confirmé si précisément la piste ouverte par AB.