Un point commun entre la Terre et l'amour-propre.
Par Philalèthe le jeudi 23 février 2012, 19:11 - Fontenelle - Lien permanent
" Il me semble, reprit la marquise, qu'il est ridicule d'être sur quelque
chose qui tourne et de se tourmenter tant ; mais le malheur est qu'on
n'est pas assuré qu'on tourne ; car enfin, à ne vous rien céler, toutes
les précautions que vous prenez pour empêcher qu'on ne s'aperçoive du mouvement
de la terre, me sont suspectes. Est-ce possible qu'il ne laissera pas quelque
petite marque sensible à laquelle on le reconnaisse ?
Les mouvements les plus naturels, répondis-je, les plus ordinaires, sont ceux
qui se font le moins sentir ; cela est vrai jusque dans la morale. Le
mouvement de l'amour-propre nous est si naturel, que le plus souvent nous ne le
sentons pas, et que nous croyons agir par d'autres principes. Ah ! vous
moralisez, dit-elle, quand il est question de physique, cela s'appelle bâiller.
Retirons-nous ; aussi bien en voilà assez pour la première fois. Demain
nous reviendrons ici, vous avec vos systèmes, et moi avec mon ignorance."
(Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes habités,
Premier soir, 1686).
Bien plus tard en 1748 dans l' Enquête sur l'entendement humain, David Hume écrira :
" Pendant longtemps les astronomes s'étaient contentés d'établir, d'après les phénomènes qu'ils observaient, les mouvements véritables, l'ordre et la grandeur des corps célestes, jusqu'au jour où l'on vit enfin surgir un philosophe qui semble avoir déterminé en outre, par le plus heureux raisonnement, les lois et les forces qui gouvernent et dirigent la révolution des planètes. Les mêmes progrès ont été réalisés dans d'autres branches de la science de la nature. Pourquoi désespérer d'obtenir un égal succès dans nos recherches sur les pouvoirs de l'esprit et leurs lois, si elles sont poursuivies avec une compétence et une prudence égales ?" (Première section, trad. Tanesse et David, revue par Didier Deleule)