Dans Les sources du moi (1989), Charles Taylor a raison d'écrire :

" Chez les stoïciens, l'hégémonie de la raison était celle d'une certaine vision du monde selon laquelle tout ce qui arrive procède de la providence divine. Voyant cet ordre du monde, le sage est en mesure d'accepter et de se réjouir de tous les évènements qui surviennent dans cet ordre, et il se guérit ainsi de la fausse opinion que ces évènements importent en tant que satisfactions ou frustrations de ces besoins ou désirs individuels." ( Le Seuil, p.198)

Dans ces conditions, peut-on greffer le stoïcisme sur l'athéisme ?
Plus modestement, est-ce même cohérent de défendre l'éthique stoïcienne dans le cadre d'une conception strictement scientifique de l'univers et donc, au moins, agnostique sur la question de l'existence de la providence ?
J'en doute. En effet soit on réduit le stoïcisme à des recettes psychologiques dépourvues de leur justification métaphysique (et on peut alors faire, entre autres, des initiations au stoïcisme en vue par exemple de réduire les cas de burn-out chez les cadres...), soit on prend ce système au sérieux mais qui peut le faire aujourd'hui sinon un esprit, pour dire vite, religieux ?
Le croyant alors n'avance-t-il pas masqué, sous les traits du stoïcien contemporain ?
Certes le catholique fidèle aux dogmes de l' Eglise ne peut pas reprendre à son compte l'ontologie stoïcienne (ne serait-ce que parce qu'elle est matérialiste...). Pas plus ne peut le faire le juif ou le musulman. Mais il y a une religiosité qui flotte à la dérive des dogmes institutionnels. N'est-ce pas elle qui peut faire revivre le stoïcisme en s'ancrant alors dans des textes présentés désormais comme philosophiques et rationnels ?
Le stoïcisme 2015 ne serait-il quelquefois que l' avatar engageant d'une bien vieille croyance ?