On sait que les textes attribués à Épictète sont des leçons adressées à ses disciples et recueillies par Arrien. On sait aussi que les pensées de Marc-Aurèle étaient en revanche destinées à son usage personnel (Pierre Vesperini a même soutenu récemment qu'elle visait moins à faire de lui un philosophe stoïcien qu'un bon empereur). Or, Nietzsche a défendu qu' Épictète faisait comme s'il parlait en public alors qu'il ne parlait qu'à lui-même :

" L'oreille qui fait défaut. " On appartient à la populace tant que l'on fait toujours retomber la faute sur les autres ; on est sur le chemin de la vérité lorsque l'on n'en rend responsable que soi-même ; mais le sage ne considère personne comme coupable, ni lui-même, ni les autres." - Qui dit cela ? - Épictète, il y a dix-huit cents ans. - On l'a entendu, mais on l'a oublié. - Non, on ne l'a pas entendu et on ne l'a pas oublié : il y a des choses que l'on n'oublie pas. Mais l'oreille faisait défaut pour entendre, l'oreille d´Épictète. - Il se l'est donc dit lui-même à l'oreille ? - Parfaitement : la sagesse, c'est ce que le solitaire se chuchote à lui-même sur la place publique." (Humain, trop humain, II, 386, édition Lacoste et Le Rider, p.822)

Peut-être Nietzsche écrivant ces lignes pensait-il se chuchoter à lui-même cette description d´Epictète en faux professeur et en vrai apprenant. Ce dernier en effet ne pouvait être que sur le chemin de la vérité car on ne conçoit guère un sage s'apprenant à lui-même les règles de la sagesse.

C'est alors que le valet, qui ramène tout à lui, se dit à voix basse et un peu honteux : " Et si le cours que je fais n'était pas d'abord adressé à moi, désireux de penser droit ? " Et le valet comprend que s'il a pu parler si longtemps, c'est qu'il ne parvenait guère à se détordre ou bien ne se redressait que le temps de la parole...

Épictète a chuchoté à lui-même pour que les valets à leur tour fassent semblant de s'adresser à ceux qui attendaient leurs services.