Jules Romains met dans la bouche du député Guirau la remarque suivante :

" Disons que les idées ont une valeur en soi. Homais est très inférieur à Lacordaire. Mais il est un tout petit peu supérieur à l'imbécile de même catégorie qui a les idées de Lacordaire." (Les hommes de bonne volonté, Les superbes, Bouquins Laffont, 1988, p. 776)

D'abord il y a des types d'imbécile mais en plus, tous les imbéciles d'une même catégorie ne se valent pas : une hiérarchie les distingue en fonction de la valeur intrinsèque de leurs idées. Il semble que Guirau envisage ici la valeur de vérité des idées : un imbécile aux idées vraies vaudra donc plus qu'un imbécile aux idées fausses. Mais on peut classer les idées aussi en fonction de leur moralité, utilité, beauté etc. On notera tout de même que la valeur de l'idée ne donne qu'une petite valeur ajoutée à l'imbécile. La classification se compliquera-t-elle quand on hiérarchisera les valeurs ? Si la vérité a plus de valeur que l'utilité, l'imbécile aux idées vraies a-t-il plus de valeur que celui aux idées utiles ? Deviendra-t-elle encore plus subtile si la valeur comporte des degrés ? L'imbécile porteur d'une vérité de degré n a-t-il moins de valeur que celui porteur d'une vérité de degré n+1?

Si nous faisons partie de l'ensemble des non-imbéciles, nous avons désormais du pain sur la planche. Si nous faisons partie de l'ensemble des imbéciles, instruit par le personnage de Jules Romains, à défaut d'avoir gagné la capacité de diagnostiquer intelligemment notre propre imbécilité, nous avons acquis une petite valeur supplémentaire au royaume des imbéciles.