Les philosophes antiques sont-ils loin de nous ? Il faut trouver la juste distance: si nous les voyons de trop loin , ils ne seront que des témoins d'une époque dépassée; si nous les voyons de trop près, nous penserons à tort qu'ils ont eu nos problèmes et que finalement ils sont comme nous. Entre l'historicisme et l'anachronisme, une voie du milieu donc. Mais qu'attendre d'eux ? Des manières de voir et de faire qui nous aident à mieux voir et à mieux faire. Cela ne veut pas dire qu'on verra plus juste ou qu'on agira mieux mais que, dans certains cas, après les avoir lus, on ne se posera plus le problème de savoir comment voir ou comment faire. Par qui commencer ? Par les plus souriants, les Epicuriens et d'abord Epicure. Nous verrons qu'ils ne sont guère épicuristes mais il nous suffira de comprendre en quoi ils sont épicuriens. Pour compenser cette première facilité, nous choisirons de les voir à l'oeuvre face à ce qui n'est guère souriant: la mort.
... et des textes
Les philosophes antiques à notre secours ? A dire vrai, nous sommes trop éclairés par les philosophes modernes pour pouvoir être encore sauvés par les philosophes antiques. Reste le plaisir nostalgique de reconstituer leurs doctrines et d'imaginer leurs vies à la hauteur de leurs pensées. Diogène Laërce est à ce titre un bon guide: il nous a laissé des centaines d'anecdotes et de bribes de systèmes. Depuis janvier 2005, j'ai donc tâché de tisser avec tout cela des textes qui, à défaut de ressusciter des existences vraiment vécues, ont peut-être donné à quelques-uns, ça et là, des idées de vie.
Ayant en Juin 2007 terminé ma glose laërtienne, désormais je m'attelle à la lecture ruminante de Sénèque, précisément de ses Lettres à Lucilius. Encore une fois, par delà les siècles, m'inscrivant modestement dans la longue tradition des commentaires de son oeuvre magnifique, je lis Sénèque comme un proche dont je saurais à quel point il m'est aussi étranger...Reste qu'écrivant pour mon plaisir et n'ayant pas ici la responsabilité d'un cours, je ne m'interdis aucune digression ! Et elles prolifèrent tant qu'on se demandera à bon droit où est donc passé Sénèque. Confiance ! Il reviendra ... et repartira ...