mercredi 20 mai 2015

Dans Vérité et véracité (2002), Bernard Williams réfléchit aux transformations qu'une population subit au contact des croyances d'une autre. Il défend que ce changement peut être interprété comme " un processus intellectuel d'apprentissage et pas seulement comme le triomphe sociétal d'un style de vie ou d'une organisation sur une autre." Suit alors sans surprise une dénonciation de l'explication relativiste ordinaire d'un tel changement (la population se mettrait à parler comme la population qui l'influence, rien de plus) : " Un relativisme trivial intervient souvent à cet instant, pour dire que ce qu'ils disent est vrai " pour eux " et que ce que nous disons est vrai "pour nous". Si cela veut dire quelque chose, cela constitue une forme d'interprétation, une forme qui, en particulier, comprend leurs affirmations, et les nôtres de telle façon qu'elles n'impliquent pas des explications qui se contrediraient mutuellement (...) Ce style de relativisme se présente souvent, non sans complaisance, comme une garantie de l'égalité des hommes, un refus d'imposer nos conceptions aux autres, mais, en fait, si tant est qu'il fasse quelque chose, il se contente d'imposer une de nos conceptions plutôt qu'une autre. Il déclare forfait avant que le vrai travail de compréhension des ressemblances et des différences entre les hommes soit même entamé." (Gallimard, 2006, p 72-73) Or il existe aussi une conception relativiste de la philosophie : selon elle, par exemple Platon n'aurait pas plus, ou moins, raison que Nietzsche ; chaque philosophie formant une totalité auto-suffisante à juger selon ses propres critères internes de vérité et de cohérence, on pourrait seulement affirmer que c'est dans le cadre de la pensée de Platon, Nietzsche, etc. que p est vrai ou non ou que plusieurs propositions sont logiquement compatibles ou non. Reste que le texte cité, à quelques aménagements près, garde a`mes yeux toute sa force contre cette forme noble de relativisme ou peut-être plus exactement, cette forme vulgaire de relativisme appliquée à un objet noble. Le vrai travail de compréhension commencerait alors quand on chercherait à déterminer dans quelle mesure les philosophes se ressemblent ou diffèrent dans leur connaissance de la réalité. Certes cela donnerait une histoire de la philosophie que certains jugeraient honteuse, étayant leur condamnation sur l'argument suivant : " il n'existe pas de définition neutre philosophiquement de la réalité et pas plus de connaissance neutre de la réalité " et donc concluant que c'est un philosophe embusqué qui nécessairement se cacherait derrière le prétendu historien non-relativiste. En fait ce que je viens d'écrire revient finalement à reconnaître une platitude : que le philosophe relativiste ne peut pas accepter une histoire non relativiste de la philosophie. Bien sûr mais rien à craindre de son verdict : il ne peut pas vouloir faire partager universellement les raisons de son refus sans se mettre en contradiction avec lui-même, histoire bien connue, mais, à première vue, pas encore définitivement assimilée. " Mais assimiler quelque chose définitivement en philosophie, voilà une manière de parler bien scientiste ! " entends-je vociférer. Commentaires 1. Le jeudi 21 mai 2015, 10:45 par dual informel Bonjour, c'est, si je ne m'abuse, exactement le même problème qui se pose à la lecture de Philosophie de l'histoire de la philosophie de Martial Guéroult (ouvrage inachevé paru 3 ans après sa mort, Aubier-Montaigne, 1979). Par exemple, ce passage :« Ils [les systèmes philosophiques] valent, comme ils le prétendent, d’une façon exclusive et absolue, ils sont des vérités totales et non partielles, mais chacun dans sa sphère. Or cette absoluité à l’intérieur d’une sphère propre n’est possible que parce qu’il ne s’agit pas pour chacun d’eux de refléter une réalité qui lui est extérieure, mais de constituer chacun une réalité qui lui est propre et intérieure. » Autrement dit, il n'y a pas de réalité extérieure à laquelle puisse être confronté et jaugé un système philosophique quelconque : le réel étant toujours déjà une image que la pensée s'en forge, l'idée d'une adéquation entre le discours et son objet disparaît d'elle-même. Pour un système philosophique, "avoir une vérité" risque bien de se réduire à "avoir du sens", deux choses fort distinctes, comme chacun l'admettra. Cette discussion, menée par Bouveresse dans le détail, peut être prolongée ici : http://books.openedition.org/cdf/17... 2. Le jeudi 21 mai 2015, 12:48 par Philalèthe Oui, bien sûr ! Merci d'expliciter ce que j'avais effectivement en vue. La citation de Guéroult tombe à point.

Dans Vérité et véracité (2002), Bernard Williams réfléchit aux transformations qu'une population subit au contact des croyances d'une autre. Il défend que ce changement peut être interprété comme " un processus intellectuel d'apprentissage et pas seulement comme le triomphe sociétal d'un style de vie ou d'une organisation sur une autre." Suit alors sans surprise une dénonciation de l'explication relativiste ordinaire d'un tel changement (la population se mettrait à parler comme la population qui l'influence, rien de plus) :
" Un relativisme trivial intervient souvent à cet instant, pour dire que ce qu'ils disent est vrai " pour eux " et que ce que nous disons est vrai "pour nous". Si cela veut dire quelque chose, cela constitue une forme d'interprétation, une forme qui, en particulier, comprend leurs affirmations, et les nôtres de telle façon qu'elles n'impliquent pas des explications qui se contrediraient mutuellement (...) Ce style de relativisme se présente souvent, non sans complaisance, comme une garantie de l'égalité des hommes, un refus d'imposer nos conceptions aux autres, mais, en fait, si tant est qu'il fasse quelque chose, il se contente d'imposer une de nos conceptions plutôt qu'une autre. Il déclare forfait avant que le vrai travail de compréhension des ressemblances et des différences entre les hommes soit même entamé." (Gallimard, 2006, p 72-73)
Or il existe aussi une conception relativiste de la philosophie : selon elle, par exemple Platon n'aurait pas plus, ou moins, raison que Nietzsche ; chaque philosophie formant une totalité auto-suffisante à juger selon ses propres critères internes de vérité et de cohérence, on pourrait seulement affirmer que c'est dans le cadre de la pensée de Platon, Nietzsche, etc. que p est vrai ou non ou que plusieurs propositions sont logiquement compatibles ou non.
Reste que le texte cité, à quelques aménagements près, garde a`mes yeux toute sa force contre cette forme noble de relativisme ou peut-être plus exactement, cette forme vulgaire de relativisme appliquée à un objet noble. Le vrai travail de compréhension commencerait alors quand on chercherait à déterminer dans quelle mesure les philosophes se ressemblent ou diffèrent dans leur connaissance de la réalité.
Certes cela donnerait une histoire de la philosophie que certains jugeraient honteuse, étayant leur condamnation sur l'argument suivant : " il n'existe pas de définition neutre philosophiquement de la réalité et pas plus de connaissance neutre de la réalité " et donc concluant que c'est un philosophe embusqué qui nécessairement se cacherait derrière le prétendu historien non-relativiste.
En fait ce que je viens d'écrire revient finalement à reconnaître une platitude : que le philosophe relativiste ne peut pas accepter une histoire non relativiste de la philosophie. Bien sûr mais rien à craindre de son verdict : il ne peut pas vouloir faire partager universellement les raisons de son refus sans se mettre en contradiction avec lui-même, histoire bien connue, mais, à première vue, pas encore définitivement assimilée.
" Mais assimiler quelque chose définitivement en philosophie, voilà une manière de parler bien scientiste ! " entends-je vociférer.

Commentaires

1. Le jeudi 21 mai 2015, 10:45 par dual informel
Bonjour,
c'est, si je ne m'abuse, exactement le même problème qui se pose à la lecture de Philosophie de l'histoire de la philosophie de Martial Guéroult (ouvrage inachevé paru 3 ans après sa mort, Aubier-Montaigne, 1979). Par exemple, ce passage :« Ils [les systèmes philosophiques] valent, comme ils le prétendent, d’une façon exclusive et absolue, ils sont des vérités totales et non partielles, mais chacun dans sa sphère. Or cette absoluité à l’intérieur d’une sphère propre n’est possible que parce qu’il ne s’agit pas pour chacun d’eux de refléter une réalité qui lui est extérieure, mais de constituer chacun une réalité qui lui est propre et intérieure. » Autrement dit, il n'y a pas de réalité extérieure à laquelle puisse être confronté et jaugé un système philosophique quelconque : le réel étant toujours déjà une image que la pensée s'en forge, l'idée d'une adéquation entre le discours et son objet disparaît d'elle-même. Pour un système philosophique, "avoir une vérité" risque bien de se réduire à "avoir du sens", deux choses fort distinctes, comme chacun l'admettra. Cette discussion, menée par Bouveresse dans le détail, peut être prolongée ici : http://books.openedition.org/cdf/17...
2. Le jeudi 21 mai 2015, 12:48 par Philalèthe
Oui, bien sûr ! Merci d'expliciter ce que j'avais effectivement en vue. La citation de Guéroult tombe à point.

dimanche 17 mai 2015

Au fait !

" Leur langue ne leur sert plus qu'à se tenir au fait." (Karl Kraus, Les cent derniers jours de l'humanité, Acte I, scène 29)

jeudi 14 mai 2015

Épicure jugé par un psychanalyste.

Dans En marge des nuits (2010), Jean-Bertrand Pontalis, qui a alors 86 ans, intitule son cinquième chapitre
Désaccord avec Épicure. Je ne crois pas qu'un épicurien serait troublé par cette critique, mais, quand l'épicurien cessera d'argumenter, impeccablement conforme à l'École, je crains pour lui, s'il n'est plus jeune, qu'en homme ordinaire, sans l'avouer peut-être, il ne reconnaisse la part de vérité des lignes suivantes :
" "L'homme et la mort ne se rencontrent jamais car, quand il vit, elle n'est pas là et, quand elle survient, c'est lui qui n'est plus." Mon ami Jean P. me citait souvent ce propos d'Épicure alors que, j'en avais mille preuves, il ne cessait, guettant l'annonce des morts de ses congénères, de penser à sa propre mort et redoutait d'être  quand elle viendrait le saisir.
Fausse évidence d'Épicure. D'abord parce que, tout au long de la vie et depuis l'enfance, chacun a pu rencontrer la mort de ses proches, qui anticipe la sienne. Ensuite parce que la mort est en nous sous différents masques : affaiblissement ou extinction de tout désir, temps morts, pans entiers de notre existence qui s'effacent, perception angoissante du temps qui passe et alors l'éphémère cesse d'être l'instant de bonheur qu'il lui arrive d'être, il inscrit la fin dans le commencement. Enfin, si je ne puis me représenter mort - contradiction dans les termes -, je peux craindre la maladie incurable, je peux être saisi d'effroi devant la perspective d'une agonie, ce combat perdu d'avance. je n'oublierai jamais celle de N.: ses halètements précipités, sa recherche désespérée du souffle, ce regard vide qui ne voyait plus rien ni personne.
Jean P. avait-il lu La mort d'Ivan Illitch ? Le Doulou de Daudet ? Et Épicure, l'apôtre du plaisir, a-t-il pris plaisir à mourir ? A-t-il connu la douleur d'aimer ?
Notre existence : entre la vie et la mort. Ou, mieux - est-ce ce que voulait dire Lacan ? -, "entre deux morts", le néant d'avant, le néant d'après.
Notre naissance : un accident, un minuscule accident, une intempestive apparition dans l'infini défilé des morts.
Il existe un travail interne de la mort comme il existe un travail, interne, lui aussi des rêves. ils sont antinomiques. Car le rêve est mémoire, résurrection, par bribes, du passé, il nie l'effacement, l'irréversibilité du temps, conjure l'oubli des morts. La mort en nous, elle, effectue un travail de sape, insidieusement destructeur, comme un cancer longtemps silencieux. Elle morcelle, fragmente, délie ce qui, tant bien que mal, formait un ensemble."

Commentaires

1. Le jeudi 25 juin 2015, 12:36 par Maël Goarzin
Cette critique du rapport d’Epicure à la mort est intéressante en ce qu’elle met en évidence deux positions totalement différentes, qui s’éclairent d’autant plus lorsque l’on y confronte la position stoïcienne.
Pour Epicure, dont l’objectif est la tranquillité de l’âme, l’ataraxie ou l’absence de troubles, propose à travers son quadruple remède (tetrapharmakon) de considérer la mort d’un point de vue physique, pour ce qu’elle est, c’est-à-dire cessation de toute sensation, afin de ne plus craindre la mort. Il répond à une crainte en essayant de la supprimer. On voit toute la contradiction avec la démarche psychanalytique, qui, au contraire, fait tous les efforts possibles pour éviter de refouler ce type de craintes. On voit bien dans ce passage, fort intéressant, de Jean-Bertrand Pontalis, qu’il y a une nette volonté de prendre en charge le caractère destructeur et angoissant de la mort.
La position épicurienne et le travail de réflexion sur la sensation et la mort comme privation de sensation pourrait de prime abord ressembler à la réflexion stoïcienne concernant la mort: il faut accepter la mort (la nôtre comme celle des autres) comme quelque chose d’indifférent, qui ne dépend pas de nous, et qui n’est donc ni un bien ni un mal moral. C’est une façon, comme pour Epicure, de mettre la mort à distance pour évacuer la crainte de la mort qui trouble la sérénité de l’âme.
Et pourtant, le stoïcisme ne se contente pas de ce rapport à la mort. La méditation de la mort, qui permet à celui qui pratique cet exercice d’accepter le destin, ou la Providence divine, n’a pas pour but d’évacuer la mort, mais de l’accepter comme un fait, et d’y consentir, peu importe quand et où elle survient.
On a donc trois attitudes très différentes face à la mort, et si ce texte met bien en évidence l’opposition entre épicurisme et psychanalyse, la lecture des textes stoïciens (Epictète et Marc Aurèle par exemple) révèle une troisième attitude possible, qui prend à la fois en compte la crainte de la mort (comme la psychanalyse), mais ne tente pas de l'évacuer (comme l'épicurisme), mais de l'accepter pleinement.
2. Le vendredi 26 juin 2015, 22:00 par Philalethe
Merci beaucoup pour cette intéressante typologie des attitudes possibles face à la mort.
Elle me permet aussi de réaliser qu'un stoïcien n'est pas troublé par la critique de Pontalis mais je crains que, quand le stoïcien cessera d'argumenter, impeccablement conforme à l'École, il ne reconnaisse la vérité des lignes du psychanalyste !
Plaisanterie à part, la croyance selon laquelle la mort n'est pas un mal mais un indifférent est-elle plus et au mieux qu'une croyance tenue pour vraie, voire vraie ? Est-il psychologiquement possible de parvenir à se confronter à la mort dans l'apathie par la médiation de la philosophie et de ses exercices ? Autrement dit, peut-on agir conformément à la croyance en jeu, vraie ou tenue pour vraie ?
Il y a au moins un doute, nourri par exemple par le récit de Montaigne, expliquant que son effort continuel pour devenir indifférent face à sa mort s'avère sans efficacité à l'occasion d'un accident dangereux dont il est victime (une chute de cheval,je crois) ; ce qui le conduit à ne plus méditer sur la mort à venir, jugeant vain un tel effort.
On peut néanmoins éclairer cette situation de manière un peu plus généreuse par la maxime de La Rochefoucauld selon laquelle la philosophie peut quelque chose contre les maux passés et à venir mais rien contre les maux présents. Ce qui reviendrait dans ce cas à reconnaître que le stoïcien pourrait supporter mieux qu'un autre la mort passée des gens auxquels il tenait ou la mort quand elle n'est que lointaine. Mais il échouerait alors face à la situation par rapport à laquelle précisément la croyance dans l'indífférence est jugée indispensable, l'expérience de la mort proche, la sienne ou celle d'autrui.
3. Le samedi 27 juin 2015, 15:11 par Philalèthe
Vous apprécierez peut-être ces lignes de Jean- Bertrand Pontalis tirées de Elles (2007) :
" Il y a quelque temps, j'assistai à une représentation de Phèdre à la Comédie-Française. Un vers de Racine m'est resté en mémoire : " Est-ce un si grand malheur que de cesser de vivre ?".
Ces mots-là, j'aimerais les prononcer à mon tour le jour où... Ce serait ma manière de décevoir la mort, d'amoindrir sa victoire, son triomphe : tu te crois la plus forte, tu crois que tu m'infliges une défaite qui me rend fou de douleur, tu te réjouis d'avance de plonger dans le chagrin ceux que j'aime et qui m'aimaient, et, moi, je te déclare : tu te trompes, tu n'es rien, et, même si je n'y crois qu'à demi et, à dire vrai, pas du tout, je te murmure ces mots, et tu les entends, je le sais : "Est-ce un si grand malheur que de cesser de vivre ?".
Mais tant qu'on vit, ne veut-on pas lui résister ? 
En revanche, résistance ou pas, est-on jamais un seul instant,  quand il s'agit de notre mort, face à son triomphe ? N'est-ce pas aussi le sens de la leçon épicurienne : personne n'est jamais en face de sa mort. 
Vouloir regarder la mort sans baisser les yeux est vain. 
La mort, contrairement à la leçon de  la maxime de La Rochefoucauld, n'est pas le soleil.

mercredi 13 mai 2015

Est-on libre de croire ce qu'on veut ? Une démonstration logique des limites de la logique !

L'Écrivain lui explique qu'en un sens tout ce que nous lisons est en partie inventé.
Même les infos ?
Même les infos.
Même sur Internet ?
Surtout sur Internet.
Et les photos et les vidéos ? Les photos ne mentent pas, man.
Tout ment.
Si tout est mensonge, alors y a rien de vrai.
Tu as tout compris, Kid. À peu près. Ça veut dire qu'on ne peut jamais vraiment connaître la vérité de quoi que ce soit.
Où est-ce que tu as appris ça ? À la fac ?
Ouais. À Brown.
C'est quoi, ça, Brown ?
L'université où je suis allé.
(...)
Le Kid ouvre sa deuxième cannette de bière et dit à l'Écrivain : Si, comme t'as dit, tout est mensonge et qu'il n'y a rien de vrai, alors, que l'histoire du Professeur soit des conneries ou pas n'a aucune importance. C'est bien ce que tu dis ?
Ce que tu crois a de l'importance, par contre. C'est tout ce qu'on a pour agir. Et puisque tu es ce que tu fais, tes actions te définissent. Si tu crois que rien n'est vrai simplement parce que tu ne peux pas prouver logiquement que quelque chose est vrai, tu ne feras rien. Tu ne seras rien. Tu finiras par passer ta vie dans un fauteuil à bascule à regarder l'horizon en attendant une réponse qui ne viendra jamais. Autant être mort. C'est un vieux problème philosophique.
Alors, j'ai un vieux problème philosophique, dit le Kid.
(...)
Tu essayes de penser cette affaire logiquement, mais tu manques trop de rigueur. Et puis, même si tu étais rigoureux, ça ne te servirait pas. Laisse-moi te montrer les limites de la logique. D'abord oublie le bien et le mal. Oublie-les totalement. Et oublie même l'argent. L´Écrivain demande alors au Kid de tout retirer de l'équation, sauf des considérations de logique pure.
Quelle équation ?
Soit l'histoire du Professeur est vraie, X, soit elle est fausse, Y.
Ouah, de quoi tu causes, là ?
Elles ne peuvent pas être vraies toutes les deux, d'accord ? X et Y. Donc, il faut que l'une des deux soit fausse.
Ouais, j'veux bien.
Ce qui signifie que soit X, soit Y est vrai pour P.
C'est quoi ce truc de P ?
Le Professeur.
D'accord. Le Professeur, c'est P.
Bien. Ton problème, si tu t'en remets à la logique, c'est que tu ne peux pas affirmer que X est vrai pour P, ni que Y est vrai pour P. Tout ce que tu peux affirmer, c'est que soit X, soit Y est vrai pour P.
Hé, mec, c'est par là qu'on a commencé. C'est bien le putain de problème.
C'est un problème uniquement si tu t'en remets à la logique. C'est ça, que je veux te montrer. Ce qu'il te faut faire, Kid, c'est laisser tomber la logique, admettre ses limites, arrêter de rien croire et te mettre à croire ! C'est le seul moyen, qui te donnera la liberté d'agir. Sinon, tu seras coincé, pétrifié dans ton incrédulité. Pratiquement mort.
(...)
Ce qu'il sait, pourtant, c'est que si rien n'est vrai, alors rien n'est réel. La logique le lui dit. Et si rien n'est réel, alors rien n'a d'importance. Ce qui signifie qu'on est libre de croire ce qu'on veut." (Russell Banks, Lointain souvenir de la peau, Actes Sud, 2012, p. 503 à 521 passim)

Commentaires

1. Le dimanche 17 mai 2015, 14:35 par dual informel
Ce qui est limité, c'est l'exploitation relativiste des limites de la logique. On joue (l'auteur ou les contraintes de l'intrigue, qui le sait ?) avec l'ambiguïté du mot "vérité"...
Roman remarquable, par ailleurs.
2. Le dimanche 17 mai 2015, 14:47 par Philalethe
Oui, ça va de soi, j'ai hésité à mettre logique entre guillemets mais j'ai finalement jugé que le point d'exclamation final était assez ironique.

mardi 12 mai 2015

Juste croire ou chercher du lourd ?

" Il demande à l'écrivain : Alors, tu crois vraiment à l'histoire du Professeur, c'est ça ?
Absolument.
Mais comment tu sais qu'elle est vraie ? Au lieu de simplement croire qu'elle est vraie ?
Tu veux savoir si j'ai des preuves ? Du genre preuves scientifiques ? Non, bien sûr, je n'en ai pas. Pratiquement rien, dans le comportement humain, ne peut être connu de cette manière. Même notre comportement à nous. Il faut juste choisir ce qu'on croit et agir en conséquence.
Ouais, bon, moi, il faut que je sache si cette histoire est vraie ou pas. Parce que s'il s'agit juste de croire, je peux aller d'un côté comme de l'autre. Et si je vais d'un côté, mon "comportement humain" sera pas le même que si je vais de l'autre et vice versa. Quel que soit le côté où je vais, j'aurai peur que ce ne soit pas le bon côté, et mon comportement humain sera pas bon non plus. On est pas dans un roman ou dans un film, tu comprends, où des conneries de ce genre n'ont aucune importance puisqu' à la fin on sait ce qui s'est réellement passé.
L'Écrivain se met à rire et secoue la tête. Tu vas chercher du lourd, là, Kid. Mais à ta place, je ne m'en ferais pas pour ça. Qu'il se soit suicidé ou que quelqu'un d'autre, connu ou inconnu, l'ait tué, le Professeur est mort et bien mort, Tu as livré son DVD à sa veuve et je suppose que tu as reçu ton paiement qui, d'après ce que je sais par Cat, consiste en une bonne provision de billet de cent dollars. C'est bien ça ?
Ouais, c'est ça.
Donc, que tu croies l'histoire du Professeur ou pas, ta vie demain se déroulera à peu près de la même façon qu'hier. Tu peux vivre là-bas sur ton house-boat comme Huckleberry Finn sur son radeau jusqu'à ce que tu tombes sur quelque chose de mieux. Tout ça, mon p'tit gars, me paraît assez sympa. Je ne vois pas comment ton "comportement humain" sera affecté dans un sens ou dans l'autre par le fait que tu n'as pas de preuve scientifique de la véracité de l'histoire du Professeur. Tout ce qu'il te faut, Kid, c'est croire ! Juste croire !
Non, fait le Kid. Bien sûr, c'est facile à dire, pour toi. T'es un écrivain. Mais pour des gens comme moi, croire des choses, c'est pas si facile. Chaque fois que j'ai cru quelqu'un ou quelque chose, ma vie a été complètement foutue en l'air.
Désolé, Kid. Désolé, désolé. (Russell Banks, Lointain souvenir de la peau, Acte Sud, 2011, p.501-502)

lundi 11 mai 2015

Contre une école ouverte sur le monde ! À bas les images, vivent les concepts ! La Forme, au lieu du Forum !

Dès 2002 dans Truth and thruthfullness, Bernard Williams nous a mis en garde :
" (...) L'Internet paraît devoir créer pour la première fois ce que Marshall McLuhan prophétisait comme conséquence de la télévision, un village planétaire, quelque chose qui a les désavantages et de la mondialisation et du village. Sans doute offre-t-il quelques sources d'information fiables à ceux qui en ont besoin et qui savent ce qu'ils cherchent, mais en même temps il nourrit ce qui fait l'occupation principale des villages : le cancan. Il construit une prolifération de forums consacrés à un échange libre et déstructuré de messages pleins de propos, de fantaisies, et de supputations qui sont amusants, superstitieux, scandaleux ou malintentionnés. Les chances que beaucoup de ces messages soient vrais sont faibles et la probabilité que le système lui-même aide quelqu'un à repérer ceux qui seraient vrais est encore plus faible. À cet égard, la technologie postmoderne nous a ramenés dialectiquement, mutadis mutandis, à une vision du monde prémoderne et les chances qu'on a d'acquérir des vérités par ces moyens sont, sauf pour ceux qui ont déjà un savoir qui puisse les guider, analogues à celles qu'on avait au Moyen Age. Dans le même temps, le caractère mondial de ces conversations fait que la situation est pire que dans un village où au moins on pouvait rencontrer, et peut-être se trouver obligé d'écouter, des personnes qui avaient des croyances et des obsessions différentes. Comme certains esprits critiques préoccupés par l'avenir de la discussion démocratique l'ont fait remarquer, l'Internet donne une plus grande facilité à des bataillons d'extrémistes auparavant isolés de se trouver et de parler uniquement entre eux." (Vérité et véracité, essai de généalogie, NRF Essais, 2006, p.256-257)
Ainsi, dans Athènes mondialisée, Socrate n'aurait-il aucune chance de se faire entendre des passants. Un quidam se laisserait-il aborder qu'il se détournerait au plus tôt de cet empêcheur de penser vite. Avec tant d'informations mises avec succès sous sa main, pourquoi donc prêter l'oreille à des tentatives et, en plus, si théoriques ?
Tant que la lenteur ne sera pas reconnue, au moins à l'égal de la vitesse - mais dans des circonstances distinctes - comme une qualité épistémique (ce qui est au fond tout à fait classique et cartésien), on peut craindre qu'on n'appelle culture l'aptitude à trouver le plus rapidement possible ce qui prétend être des informations relatives à ce qu'on cherche.
Mais elles se profilent déjà les écoles faisant pratiquer aux élèves gavés de faits ("ils savent plus de choses que nous au même âge") un régime amaigrissant à base de lectures de vrais livres, de prises de notes stylo à la main et de réflexions solitaires. Tels les disciples de Pythagore condamnés pour un temps au silence, les élèves de ces institutions heureusement si "loin de la vie" seront conduits à se détourner un temps (un temps seulement, rassurez-vous) des bruits chaotiques de la planète, je n'ose pas dire pour contempler les Formes, les Figures ou les Nombres mais au moins pour prendre le temps d'acquérir les concepts permettant entre autres de mettre à leur place les images, aussi sensationnelles qu'elles puissent être.
Quant au projet de régler l'Internet, Bernard Williams en a vu aussi le danger :
" Aucune démocratie libérale ne peut se permettre de trop décourager la parole expressive, brouillonne, voire intolérante, ni d'exercer un contrôle tatillon sur qui la publie et comment et elle ne peut pas forcer les gens à penser aux affaires publiques et politiques. Dans le même temps, les droits fondamentaux de la société libérale et les libertés démocratiques elles-mêmes dépendent du développement de la protection des méthodes qui servent à découvrir et à transmettre la vérité, et cela demande que le débat public prenne peu ou prou la forme d'une version approchée d'un marché idéal. Résoudre la quadrature de ce cercle doit être le but primordial de la créativité institutionnelle dans les États libéraux." (ibid, p.260)
Certes, pour entendre ces lignes, il faut penser que la vérité existe (mais très souvent, loin, très loin de soi), qu'elle se découvre et pas n'importe comment (entre autres il ne suffit pas de s'éloigner physiquement de chez soi ! Ah ! les vertus imaginaires du voyage...)
Mais ne dit-on pas trop souvent à nos marmots que chacun a sa vérité et qu'elle est déjà là en lui, les laissant imaginer à tort que la culture narcissique de ce qu'on appelle leur identité est précisément le chemin vers la vérité, la Leur bien sûr.

Commentaires

1. Le dimanche 17 mai 2015, 12:42 par pelgec nasal
merci de nous rappeler ces références
très utiles.

lundi 27 avril 2015

Pour comprendre ce qu'on a vécu, lire ce qu'on n'a pas écrit !

" La presse la meilleure partage incontestablement avec la presse de caniveau quelque chose d'essentiel qui ne peut être dissimulé qu'au prix d'une forme d'hypocrisie tout à fait typique, à savoir l'espèce de "cynisme objectif" qui résulte du système de contraintes qui régit le marché dans lequel les journaux se livrent à une concurrence impitoyable pour la production et la vente d'une marchandise d'une certaine sorte, tout en restant convaincus, au moins pour ce qui concerne la presse de qualité, qui se refuse encore à ajouter au cynisme objectif le cynisme subjectif, de remplir une mission noble, désintéressée et essentielle.'' (Jacques Bouveresse, Karl Kraus, un auteur d'avenir, Europe, nº 1021, mai 2014)
Même les journaux censés être les meilleurs aiment mettre en ligne moult vidéos filmées "au coeur de l'événement" (regardez-en par exemple quelques-unes relatives au tremblement de terre au Népal).
La caméra est malmenée, les paroles, des interjections passionnelles,les images, de mauvaise qualité, je résume, la connaissance transmise est quasi-nulle.
On ferait donc mieux d'éduquer les lecteurs en rappelant ces lignes de Stendhal dans La Chartreuse de Parme, ; elles concernent Fabrice del Dongo qui a été au coeur de la bataille de Waterloo, événement historique s'il en fut et pourtant :
" Fabrice devint comme un autre homme, tant il fit de réflexions profondes sur les choses qui venaient de lui arriver. Il n'était resté enfant que sur un point : ce qu' il avait vu, était-ce une bataille ? et en second lieu, cette bataille était-elle Waterloo ? Pour la première fois de sa vie il trouva du plaisir à lire ; il espérait toujours trouver dans les journaux, ou dans les récits de la bataille, quelque description qui lui permettrait de reconnaître les lieux qu'il avait parcourus à la suite du maréchal Ney, et plus tard avec l'autre général."
On peut donc faire des réflexions profondes à propos de choses dont on ne sait rien ! En plus desdites réflexions, le vidéaste Fabrice del Dongo, filmant mal ce à quoi il ne comprenait rien, nous aurait, pour notre plaisir de voyeur au regard court, fait "vivre en direct l'événement", je veux dire, il nous aurait fait partager sa confusion et son ignorance.
Mais le personnage stendhalien est intelligent : loin de s'éclairer en multipliant les témoignages bruts des autres participants, il lit les textes qui s'efforcent, on l'espère pour lui, d'en donner un récit objectif.
Certes les images aujourd'hui pourraient comme pour Fabrice conduire à lire, mais c'est peu probable, car de notre temps ce sont les images qu'on lit, prétendues plus vivantes pour accéder à la réalité.
Primo Lévi a pourtant bien expliqué dans Naufragés et rescapés- Quarante ans après Auschwitz (1987) que la plupart des déportés étaient condamnés à ne pas pouvoir comprendre ce qu'ils vivaient. Certes, pour entendre son enseignement, il faut accepter que faire un compte-rendu même sincère de ce qu'on ressent ne revient pas à connaître objectivement la situation dans laquelle on a ce ressenti. En effet. la richesse de la connaissance est souvent, et malheureusement pour les amoureux inconditionnels du vécu, inversement proportionnelle à l'intensité du ressenti.
Aussi Pierre Bourdieu ne se satisfaisait-il de jouir de ses qualia, par définition propres à lui : il devait pour mieux se connaître faire sa socio-analyse, ce qui revient bien sûr à très largement sortir de soi.
Mais, prisonniers d'une caverne envahie d'images toutes plus "exceptionnelles" les unes que les autres, on préfère passer de l'une à l'autre, s'imaginant ainsi être au centre du réel...
" Dans une époque comme la nôtre, il est évidemment indispensable de rechercher l'excellence en tout, y compris quand il s'agit de procurer au visiteur le genre d' "impressions inoubliables" sur lesquelles doit pouvoir compter celui qui est prêt à se rendre sur les lieux mêmes de l'horreur." (Jacques Bouveresse, Le "Carnaval tragique " (1914-1918))

jeudi 23 avril 2015

Philosophie de l'esprit (décembre 1776)

" Bien avant encore que l'on ait pu expliquer les phénomènes communs du monde physique, on en appelait aux fantômes, qui faisaient office d'explications. Maintenant que l'on connaît mieux les relations des phénomènes entre eux, on explique l'un par l'autre ; malgré cela il nous reste néanmoins deux fantômes : Dieu et notre âme. L'âme est encore aujourd'hui ce revenant qui hante cette fragile enveloppe qu'est notre corps. Mais cela convient-il seulement à notre raison limitée ? Ce qui ne peut, d'après nous, avoir sa cause dans un objet connu,doit-il donc survenir par des voies secrètes ? Ce n'est pas seulement un raisonnement spécieux, mais aussi insipide. Je suis intimement convaincu que nous ne savons déjà rien de ce qui nous est accessible, et combien reste-t-il de choses que les fibres de nos cerveaux ne peuvent se représenter ? Ce que la philosophie et, à la la fois, la psychologie peuvent nous apporter de plus excellent est la modestie et la circonspection. Qu'est donc cette matière sur laquelle réfléchit le psychologue ? Peut-être une chose qui n'existe pas dans la nature ; il tue la matière, et déclare ensuite qu'elle est morte."

Commentaires

1. Le jeudi 23 avril 2015, 11:10 par Dual informel
Magnifique et salutaire Lichtenberg !
2. Le lundi 4 mai 2015, 18:31 par Raul
Les modestes sont, en tout cas, certains psychologues (et pas tous) ou certains philosophes (et pas tous) mais il mais semble prétentieux attribuer un tel adjective a toute une discipline.
3. Le lundi 4 mai 2015, 20:36 par Philalethe
Lichtenberg écrit seulement que la modestie est une des potentialités excellentes de la psychologie et de la philosophie, ce qui n'exclut pas que l'arrogance ne soit aussi une des potentialités, mais détestables cette fois, de ces deux disciplines ! Ce qui est aussi compatible avec l'idée que les pires potentialités soient malheureusement les plus couramment développées.

mercredi 22 avril 2015

Dualisme.

" Corps et âme : un cheval attelé à côté d'un boeuf ".
Non ! Un cheval attelé à côté d'un concept de boeuf !

Commentaires

1. Le jeudi 23 avril 2015, 10:38 par Dual informel
On dit à un homme que l'âme était un point, ce à quoi il a répondu : " Pourquoi pas un point-virgule, ainsi elle aurait une queue ".
2. Le jeudi 23 avril 2015, 11:41 par Philalethe
Salut !
J'ajoute que dans mon billet seule la phrase entre guillemets est de Lichtenberg, comme est de lui tout le texte que vous citez.
3. Le jeudi 23 avril 2015, 14:28 par Dual informel
Tout à fait, mais le concept de bœuf ne ralentit pas le cheval autant que le bœuf réel...
Par ailleurs, profitons de l'occasion pour recommander chaudement la lecture du livre, à la fois érudit et malicieux, de Pierre Senges, Fragments de Lichtenberg (Verticales, 2008)
4. Le jeudi 23 avril 2015, 14:49 par Philalèthe
C'est vrai qu'en gagnant l'immatérialité de l'âme par le recours au concept (de boeuf) on perd en même temps l'interaction et le poids du corps pour l'âme, bien représenté, lui, par le bovin.
Merci en tout cas pour le conseil de lecture.
5. Le vendredi 24 avril 2015, 13:38 par Dual informel
Ce qui est curieux, c'est que l'auteur du Miroir de l'âme (titre donné, chez Corti, aux aphorismes du professeur de physique expérimentale de Göttingen) parle d'un "attelage" sans se préoccuper du cocher, ce qui est une façon de se démarquer de Platon (Phèdre 253c-254c) et d'exprimer un sérieux doute sur le pouvoir de cette partie de l'âme à réfréner le désir et à dominer le corps. Déjà que la conduite de l'attelage platonicien est difficile à cause du cheval "à l'encolure épaisse, à la nuque courte et à la face camarde", que penser de celle de l'attelage lichtenbergien ? En l'occurrence, le bœuf représenterait le poids de l'âme pour le corps plutôt que l'inverse !
6. Le samedi 25 avril 2015, 13:40 par Dual informel
Outrage inacceptable à la grammaire : "pouvoir de..." et non "pouvoir à...". Désolé!
7. Le lundi 4 mai 2015, 20:42 par Philalethe
Bonne correction en effet : c'est le boeuf qui représente l'âme.
Peut-on aller plus loin dans l'interprétation ? Le corps a-t-il des propriétés qui ressemblent à celles du cheval ? Et l'âme a-t-elle du bovin en elle ?
À y réfléchir, l'association est en ce sens plutôt contre-intuitive : on se plairait par exemple à penser que le corps ne peut rejoindre l'âme où elle va...

mardi 21 avril 2015

À bon entendeur...

" Crois-tu donc, pauvre sot, parce que tu as découvert quelques défauts, ici et là. dans les oeuvres d'un homme, que tu vaux plus que lui ? Tu n'es point seul, non, mais plutôt cent contre un ; que peux-tu donc faire contre tant d'orgueil juvénile ? ô si tu savais combien l'homme qui connaît le monde voit profondément dans ton âme par de tels propos ! "