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vendredi 31 mai 2019

Greguería n° 54

" Aquel director de Zoológico hizo barnizar a todos los animales y le salió el primer día de la creación."
" Un directeur de zoo fit vernir tous les animaux : ce fut alors le premier jour de la création."

Commentaires

1. Le samedi 1 juin 2019, 11:55 par gerardgrig
Il est assez facile de faire un commencement de monde, en déménageant un zoo, par exemple. Cela pourrait inciter à douter des textes religieux, et poser le problème du conflit de la raison et de la foi. Il y a des explications rationnelles des textes religieux. Celle du Buisson ardent est parfaitement scientifique. Dans le cas de la Genèse, l'explication rationnelle reste toujours théologique. Le moyen s'y échapper est l'ironie voltairienne.
2. Le samedi 1 juin 2019, 15:10 par Philalethe
Quand j'ai lu cette greguería, j'ai immédiatement pensé au musée créationniste américain ! https://arkencounter.com/

jeudi 30 mai 2019

Greguería n° 53

" Los ojos negros nos permitirán penetrar en ellos, pero los azules nos tendrán siempre a la puerta."
" Les yeux noirs nous permettront toujours de pénétrer en eux, mais les yeux bleus nous laisseront toujours sur le seuil."

mercredi 29 mai 2019

Greguería n° 52

" El ciervo es el hijo del rayo y del árbol."
" Le cerf est le fils de la foudre et de l'arbre."

mardi 28 mai 2019

Greguería n° 51

" El capullo comienza como un corazón, y acaba estallando como un aneurisma. "
" Le bourgeon commence comme un coeur et finit en éclatant comme un anévrisme. "

Commentaires

1. Le mercredi 29 mai 2019, 18:17 par gerardgrig
Cette gregueria est assez flaubertienne. À la poésie bucolique, elle mêle une angoisse sur sa fin, de rentier instruit des choses de la médecine. On pense à Bouvard et à Pécuchet. Mais Ramón évoque un accident généralement associé à des parties nobles du corps. Il n'évoque pas les infections purulentes de parties plus prosaïques.

lundi 27 mai 2019

Greguería n° 50


" La B es el ama de cría del alfabeto."
" Le B est la nourrice de l'alphabet."

Commentaires

1. Le samedi 1 juin 2019, 17:25 par gerardgrig
Ramón était un peu kabbaliste et numérologue. Il s'intéressait à la magie et à la superstition de la culture méditerranéenne. Il y a un côté para-normal, métapsychique, dans les greguerias, parce qu'elles nous font entrer dans d'autres dimensions. Ici Ramón livre une bribe d'abécédaire Le B représente les deux seins de la nourrice. Il me semble que le Beith de la Kabbale va dans ce sens, avec la nourrice en moins.
2. Le lundi 3 juin 2019, 16:47 par gerardgrig
Ramón aurait pu être soupçonné de marranisme par l'Inquisition, comme Cervantes et Thérèse d'Avila. L'Inquisition était encore active à l'époque de Goya. Il y a un tableau de lui, "Autodafé de l'Inquisition".
3. Le lundi 10 juin 2019, 11:24 par Philalethe
Il voit les majuscules comme des hiéroglyphes.

dimanche 26 mai 2019

Greguería n° 49


" El Cid se hacía un nudo en la barba para acordarse de los que tenía que desafiar."
" Le Cid se faisait un noeud à la barbe pour se rappeler de ceux qu'il devait défier."

vendredi 24 mai 2019

Greguería n° 47

" Lo mas terrible del atropello es que el grito lo da el freno mientras enmudece la victima."
" Le plus terrible quand quelqu'un se fait renverser, c'est que le cri est celui du frein, au moment même où la victime est rendue muette."

Commentaires

1. Le samedi 25 mai 2019, 09:45 par pang lescale
Gregueria N° 48
" la imitacion es un arte culinario"
2. Le mardi 28 mai 2019, 16:32 par gerardgrig
Il y a peut-être une influence du cinéma dans cette gregueria. On dirait un montage qui joue sur le décalage entre l'image et le son. Il y a aussi comme un souvenir de la pataphysique du piéton écraseur. C'est le piéton qui tombe, mais c'est le véhicule qui souffre et qui crie.
3. Le jeudi 30 mai 2019, 16:34 par Philalethe
à Pang Lescale
Je fais la cuisine que je peux... J'espère que vous imitiez l'original agacé...

jeudi 23 mai 2019

Greguería n° 46

" Galgos son tuberculosos que corren."
" Les lévriers sont des tuberculeux qui courent."

mercredi 22 mai 2019

Greguería n° 45

" Cuando con la pluma se hace un enredijo de líneas sale una masa encefálica. "
" Quand avec la plume on fait un enchevêtrement de lignes, apparaît une masse encéphalique."

Commentaires

1. Le mercredi 22 mai 2019, 17:00 par gerardgrig
C'est par son œuvre de peintre que l'histologiste et neuroscientifique Santiago Ramón y Cajal découvrit les neurones, avec axones et dendrites, et les synapses. À l'origine, il peignait des coupes de cervelles de mouton, auxquelles il trouvait un grand intérêt artistique. D'un point de vue épistémique, on peut parler de sérendipité. Néanmoins, dans sa gregueria, Ramón évoque plutôt une forme de dessin automatique, comme il y a une écriture automatique. Pourtant, le fait que la main dessine spontanément ce qui ressemble à un cerveau pourrait intéresser les neurosciences.

mardi 21 mai 2019

Comment traduire greguería ?

Dans sa présentation des '' Échantillons '' (1923), où, avec Mathilde Pomès, Valéry Larbaud publie des extraits d' oeuvres de Ramón, l' écrivain français expose longuement la difficulté rencontrée au moment de traduire le mot désignant la forme littéraire, poétique rendue célèbre par Gómez de la Serna, c'est-à-dire la greguería :
" " L'objet et le son qu'il rend en nous " ; c'est ainsi que je traduis une de ses expressions familières : " El objeto y su greguería ". Et cela m'amène à parler de la difficulté que présente la traduction de ce mot " greguería " qui revient si souvent dans les livres de R. Gómez de la Serna, qui sert de titre à un des plus importants, et par lequel il désigne ce genre d'épigrammes sans pointe, de haï-kaïs en prose, cette forme qu'il a faite sienne. Il avait d'abord songé à d'autres mots, dont la traduction est facile en français ; dans ses premiers livres, nous trouvons des " Moments ", des " Regards ", des " Ressemblances ". Mais il ne fut satisfait que lorsqu'il eût rencontré ce terme plus précis de " greguería ". " Cris confus, clameurs dont on ne saisit pas l'articulation " dit le dictionnaire de Salva. " Brouhaha ", dit celui de Darbas et Igon. " Criaillerie ", dit celui de Bustamante. Les dictionnaires espagnols disent : " Rumeur confuse et soudaine ", et donnent en exemple : " la greguería des enfants qui sortent de l' école ", " la greguería des perroquets dans une forêt tropicale " etc. Le mot français " rumeur " tel que le définit Littré (" bruit qui s'élève tout à coup ") en serait une version assez convenable, mais il a d'autres sens, propres et figurés, qui obscurcissent celui-là. Nous avons songé à " ramage », " jacasserie ", " piaillerie ", et dans une note à quelques morceaux traduits par Mme B. Moreno, M. Latour-Maubergeon et moi (les premiers traduits en France) et publiés dans la revue " Hispania ", M. Ventura Garcia Calderón proposait le mot " algarade ". Il y eut à ce propos un article dans un journal de Madrid, dont la conclusion était qu' aucun des mots français proposés n´ était l'équivalent exact de " greguería ". Nous avons maintenu, faute de mieux, le premier choisi, " criaillerie ", qui a l'avantage d'avoir le même nombre de syllabes et une certaine ressemblance de son avec " gregueria ". Mais c'est une " criaillerie " dont il faut exclure toute idée de mécontentement ou d'aigreur ; une criaillerie intérieure, psychique, la haute et brève rumeur que fait en nous la sensation provoquée par l'objet, une criaillerie dont « Je suis odeur de rose » est en quelque sorte l'archétype philosophique." (Grasset, 1923, pp. 16-17)
Dans son édition critique et bilingue des greguerías (Classiques Garnier, janvier 2019), Laurie-Anne Laget a choisi brouhahas comme titre, ce que je ne trouve à vrai dire pas plus heureux que criaillerie. En effet la greguería, qui sait si souvent bien faire voir ce dont elle parle, est trop lucide et éclairante pour être associée aux confusions de la criaillerie et du brouhaha.

Commentaires

1. Le vendredi 14 juin 2019, 16:37 par gnales pecal
pourquoi pas "instantanés" , qui ne rend pas le cri, mais assez bien l'aspect de vision soudaine de chaque gregueria ?
2. Le vendredi 14 juin 2019, 19:02 par Philalethe
Instantané rend l' effet de la greguería sur le lecteur : comme elle est le plus souvent très brève, l'instant que prend sa compréhension change immédiatement la manière de voir ce sur quoi elle porte, mais aussi ce changement peut ne durer qu'un instant ou se répéter par instants.
Oui, bien sûr, on perd la référence au cri et à l'incompréhensible.
En tout cas, si l'on croit le prologue au Total de greguerías, c'est en un instant que Ramón a trouvé le mot en piochant dans le dictionnaire. Ce que le hasard lui a donné, Ramón dit l'avoir gardé " por lo eufónica et por los secretos que  tiene en su sexo." ( " pour son coté euphonique et pour les secrets qu'elle conserve dans son sexe " )

Greguería n° 44

"El que nos pide que le demos "un golpe de teléfono" es un masoquista."
" Celui qui nous demande qu' on lui donne " un coup de fil " est un masochiste."

Commentaires

1. Le jeudi 23 mai 2019, 17:19 par gerardgrig
Dans cette gregueria, Ramón prend des risques en faisant un calembour scabreux, au moyen d'un jeu de mots sur la polysémie du "coup de fil". Il est scabreux, parce qu'il vise une perversion. Il peut ne pas faire rire tout le monde en toutes circonstances, car il nécessite une forte complicité du public tolérant pour l'humour au second degré. Par son incongruité et sa forme de cruauté gratuite, il peut faire passer son auteur pour un olibrius, s'il n'est pas dans le contexte d'une fin de banquet. À moins que Ramón ne cherche à provoquer pour une bonne raison l'ire des cliniciens, qui trouvent stupides toutes les blagues sur les perversions, parce qu'elles en donnent une image complètement fausse. La "Présentation de Sacher-Masoch" de Deleuze est éclairante à cet égard.

lundi 20 mai 2019

Greguería n° 43


" Entre las cosas que quedan en las papelerias están las manos doradas para coger en su pinza los papeles que deban estar unidos y a la vista. Esas manos doradas nos han emocionado siempre, porque tienen algo de manos de difuntas fuera de sus féretros, bellas manos de mujeres candidas."
" Parmi les choses qu'on trouve dans les papeteries, il y a les mains dorées, faites pour prendre dans leur pince les papiers qui doivent être ensemble et visibles. Ces mains dorées nous ont toujours émus, parce qu' elles ont quelque chose des mains de défuntes hors de leur cercueil, belles mains de femmes candides."

Commentaires

1. Le mardi 21 mai 2019, 10:38 par gerardgrig
Ramón était l'homme qui avait l'art de se gâcher son présent, ce qui était tout le contraire de la sagesse antique. La belle main de femme, qui est candide parce qu'elle ignore qu'elle va mourir, main qui orne la pince à papier, lui fait penser à la main d'un gisant. Son désespoir n'est pas total, car de la belle dame il restera quelque chose d'artistique. Malraux disait que l'art est un anti-destin, mais en l'occurrence, avec le produit manufacturé de la pince, il s'agit plutôt de design que d'art.
On peut se demander pourquoi Ramón cherche aussi à nous gâcher notre présent, en faisant d'une pierre deux coups. Il ne se donne même pas l'excuse de nous inquiéter dans une intention socratique. Si l'on cherche à épingler les greguerias "cioraniennes", comme la n° 38, on en trouvera beaucoup. Que cherche à faire Ramón, quand il nous fait entrevoir des abîmes, l'espace d'un instant ? Quand il s'amuse à nous retirer le tapis sous les pieds ? S'il arrête de voir les vivants déjà morts, ou de les voir se voyant déjà morts, comme l'homme au sommet de la célébrité de la n°13, il s'amuse à prendre au sens propre les expressions figurées, dans le registre de l'humour noir, comme dans la gregueria n°26 où un type se noie pour noyer ses peines, en prenant l'expression au sérieux. Dans la vie quotidienne, il cherche les angles morts, les taches aveugles, comme l'éclipse de tasse n°23, qui ouvre une fenêtre cocasse sur le néant, pour nous avertir que bientôt on ne verra plus rien. Ou bien la pelle des châteaux de sable de l'enfant, qui appelle irrésistiblement la pelle du fossoyeur, pour former deux parenthèses symboliques qui abrègent une vie entière d'homme. Il y a aussi le registre inépuisable des vanités. Au n°21, la seule mort des grands hommes surpasse toute leur œuvre en richesse de significations. Néanmoins, avec la main du gisant de la femme, main glorieuse d'un corps mort que l'art ressuscite, Ramón semble donner aux vanités une signification religieuse imperceptible.
2. Le jeudi 23 mai 2019, 20:34 par Philalèthe
Merci de ces efforts d'interprétation, mais je dois ajouter que je sélectionne les greguerías et que je dois en laisser beaucoup, beaucoup pour cueillir celles qui me "reviennent". Je crois à dire vrai que mon choix n'est pas vraiment représentatif de la légèreté, voire de la frivolité de Ramón. Je le rends sans doute un peu trop sérieux, un peu trop philosophe...
3. Le vendredi 24 mai 2019, 15:58 par gerardgrig
On dit que seuls les Cyniques n'ont pas de philosophie.
4. Le vendredi 24 mai 2019, 16:17 par Philalèthe
On se trompe alors car ils ont bel et bien une philosophie !
5. Le vendredi 24 mai 2019, 19:16 par gerardgrig
Il faudrait peut-être d'abord lire tous vos billets sur le cynisme, mais on peut estimer qu'un art de vivre cynique est une philosophie très limitée. Néanmoins, il faut reconnaître que sur le plan socio-économique et sur le plan juridico-politique, Diogène avait une doctrine cohérente et d'une actualité surprenante. Pour se prémunir des dangers de la croissance de la cité, source de violence intérieure et extérieure, que Xénophon et Platon avaient déjà vus, il proposait une pratique de la mendicité cynique, préférant l'idéal de la simplicité à celui de la vie coûteuse. Plus surprenant encore, Diogène faisait une critique politique du système bancaire, si l'on en croit Diogène Laërce au livre VI de "Vies et doctrines des philosophes illustres", ainsi qu'un recueil de "Lettres cyniques". Diogène le Cynique contestait l'expression de la valeur des choses par le prix que la monnaie leur donne. Dans l'affaire, ce sont les valeurs de la société qui s'imposent, lesquelles consistent à acquérir et à accumuler sans limites. Diogène y voyait l'esclavage du désir, toujours insatisfait et cause de la violence. En réalité, l'évaluation du prix des choses, telle que la conçoit la société, nécessite l'institution de la banque, qui fixe des conventions, mais cette évaluation passe pour naturelle. Comment se fait-il que le superflu, sur un plan vital immédiat, coûte plus cher que le nécessaire ? Pour casser le système bancaire, Diogène a fabriqué de la fausse monnaie, à la banque gérée par sa famille. Il considérait que le véritable pouvoir est celui de la finance, ce qui est tout à fait dans l'air de notre temps ! L'objectif de Diogène était alors d'assurer son autosuffisance individuelle par la frugalité, en renonçant à la vie coûteuse. D'ailleurs, ce qui est le plus dispendieux, c'est la somme des efforts pour acquérir la richesse. Diogène ne séparait pas non plus absolument le nécessaire du superflu. Dans tous les cas, c'est la dépendance aux objets qu'il faut éviter. C'est pourquoi Diogène préférait le vin des autres ! On peut être aussi bien l'esclave de l'argent que celui de son ventre. Le secret de Diogène était de jouir de ce qui se présentait naturellement, sans excès ni retour à la vie sauvage, et en s'adaptant aux circonstances, pour atteindre le bonheur. Entre le besoin et sa satisfaction, il choisissait toujours le plus court chemin à faire, en prenant ce qui était proche de lui. Sur la question du travail, Diogène ne le rejetait que quand il visait l'accumulation de richesses, ce qui engendre une servitude. Néanmoins, la mendicité était le meilleur moyen de renoncer au désir de richesse. En outre, elle était bénéfique pour la santé du corps. Sur le plan éthique, elle était la condition de l'autonomie du sage qui se suffit à lui-même. Diogène concevait même la mendicité comme une forme d'échange intéressante, avec une sorte de monnaie "dématérialisée" : il n'acceptait un don que de ceux qu'il avait instruits de sa philosophie. Diogène allait plus loin, grâce à la notion de bien commun : en mendiant, il ne prenait rien à personne. Sur le plan politique, au risque de l'anachronisme on dirait que Diogène était anarchiste, dans la mesure où un autre modèle économique ne nécessiterait pas le choix d'un souverain, mais donnerait la parole et le pouvoir de la citoyenneté à ceux que leur pauvreté exclut.
6. Le samedi 25 mai 2019, 11:52 par pang lescale
je souscris totalement à ce commentaire de Ramon.
il indique une unité profonde de l'Espagne. Nous nous mouvons dans un univers de mains, mortes ou vivantes.
Songez juste que quand on rencontre un anglais, il ne va pas vous serrer la main,ni quand on lui dit au revoir.
le baiser, le becco, le beccotis, ne remplaceront pas la grâce de la main.
Julien Sorel aurait il baisé l'oreille de Madame de Rênal ?
7. Le lundi 27 mai 2019, 17:02 par gerardgrig
Ramón avait peut-être quelque chose du philosophe cynique. Certes, il avait une élégance vestimentaire, mais Diogène l'aurait tolérée, car elle semblait tout au plus confortable. Le trésor de citations de Ramón, et toutes ses observations exprimées par des aphorismes, étaient des oboles qu'il prenait à tout le monde, dans l'idée d'un bien commun. Pour satisfaire un besoin ou une pulsion, il allait au plus simple, au plus proche et au plus économique. S'il n'avait qu'une poupée en celluloïd habillée avec raffinement à qui parler et dédicacer ses livres, il s'en contentait. Valéry Larbaud disait que la gregueria était "spontanée, inarticulée, irrépressible, plus physiologique peut-être qu'intellectuelle, ineffablement intime.".
8. Le mercredi 29 mai 2019, 16:32 par gerardgrig
Il y a aussi un fétichisme un peu morbide de la main de femme. Ramón a écrit un ouvrage célèbre sur les seins. Il avait un coté décadent de la fin du XIXème avec lequel il jouait, mais un peu comme Pierre Louÿs, qui a laissé une collection impressionnante de fétiches féminins, et avec qui il partageait une fascination pour le "Pantin" de Goya. Dans le tango argentin, que Ramón pratiquait, il y a même, comme dans la littérature masochienne, une mise en scène de la violence entre les sexes et de la vulnérabilité de l'homme.

dimanche 19 mai 2019

Greguería n° 42


" El 4 tiene la nariz griega."
" Le 4 a le nez grec. "

Commentaires

1. Le dimanche 19 mai 2019, 16:25 par gerardgrig
Hegel voyait dans l'art grec l'essence du classicisme. Il était même une étape de la réalisation de l'Esprit Absolu. C'est pourquoi, dans la statuaire, le nez grec vertical était l'antithèse du museau horizontal de l'animalité. Il était donc normal que Ramón lui trouve une expression mathématique, représentée par le chiffre arabe du 4. Cette gregueria est illustrée, ce qui donne l'avantage de revoir le trait (fusain, encre de Chine ?) de Ramón. Hormis cet intérêt contemplatif, l'illustration est peut-être superflue. Dans le cas de l'éclipse de tasse, il faut reconnaître qu'elle est nécessaire à la compréhension.
2. Le lundi 20 mai 2019, 12:43 par Philalethe
Alors l'illustration de la greguería 43 est encore plus superflue ! Et moi qui l'alourdis par-dessus le marché d'une photographie...
3. Le lundi 20 mai 2019, 16:59 par gerardgrig
Merci de m'aider à mieux comprendre Ramón ! En réalité, la peinture et le dessin sont indissociables des greguerias. Dessin et peinture font naître les greguerias, ou bien sont leur aboutissement.

samedi 18 mai 2019

Greguería n° 41

Greguería nº 41

" Profanación : cuando ellas imitan al Cristo de Velázquez con un mechón sobre la cara. "
" Profanation : quand avec une mèche sur le visage elles imitent le Christ de Velázquez. "
Ajouts du 22-07-2019 :
" El Cristo de ojos cerrados nos mira por su herida del costado con pestañas de sangre."
" Le Christ aux yeux fermés nous regarde par sa blessure du côté, aux cils de sang."
" Al quedarse en el sillón de la peluquería con un mechón sobre la frente, unos se creen Napoleón y otros el Cristo de Velázquez."
" En se retrouvant dans le fauteuil du salon de coiffure avec une mèche sur le front, certains se prennent pour Napoléon et d'autres pour le Christ de Velázquez."

Commentaires

1. Le samedi 18 mai 2019, 13:49 par gerardgrig
Ramón fait ressortir l'érotisme trouble dont est capable la peinture religieuse. Et ne parlons pas de la sculpture. D'ailleurs, une mystique espagnole comme Thérèse d'Avila a suscité beaucoup de commentaires à cet égard. Comme la danseuse orientale, elle montrait que l'extase amoureuse préparait l'extase religieuse.
2. Le lundi 20 mai 2019, 12:38 par Philalethe
Moi, dans le visage du Christ, je ne vois (mal)heureusement plus que le 4 ...
3. Le lundi 20 mai 2019, 22:22 par gerardgrig
Il est vrai que le martyre de Saint Sébastien était beaucoup plus suggestif, dès la Renaissance.

vendredi 17 mai 2019

Greguería n° 40

" ?Las mujeres de Picasso están mejor con sombrero o sin sombrero? "
" Les femmes de Picasso sont mieux avec ou sans chapeau ? "

Commentaires

1. Le lundi 20 mai 2019, 20:57 par gerardgrig
Avec Picasso, et les femmes de Picasso, on aborde un vaste sujet. Actuellement, la mode est à la déconstruction du mythe Picasso, même si l'on sauve les périodes bleue et rose qui ont précédé le cubisme. Le livre de Ramón sur Picasso et le cubisme est introuvable. Ramón était sûrement moins naïf que le public de son époque sur le sujet. Dans cette gregueria, il pose une question bizarre, hors-cadre, impertinente. On dirait qu'il ne se faisait pas un mythe de Picasso, même s'il savait l'apprécier. Il lui préférait sans doute Dali ! En tout cas, il pensait peut-être que "Guernica" ne valait pas le "Tres de mayo" de Goya.
2. Le mardi 21 mai 2019, 05:54 par Philalethe
Je dispose de ce livre mais je n'ai pas encore eu le temps de le lire !
3. Le mercredi 29 mai 2019, 16:58 par gerardgrig
Le rapport d'imitation de Ramón à Picasso ou Dali est intéressant, d'un point de vue financier et marchand. Dans les cafés madrilènes et argentins, Ramón devait monnayer ses greguerias illustrées et signées, comme Picasso faisait avec ses dessins sur des bouts de nappes, dans une forme d'économie alternative. Néanmoins, Ramón ne fut jamais un homme d'affaires, comme Picasso et Dali, qui ont bénéficié de bulles spéculatives qui durent encore, et de l'aide d'institutions culturelles. Ramón se ruina partout, à force de tout donner de lui. À la fin de sa vie, Dali a laissé le souvenir d'un artiste qui poussait un chariot la nuit dans les caves du Ritz, chargé de rames de papier recouvertes de sa signature dupliquée à l'infini, et destinées à être commercialisées.

jeudi 16 mai 2019

Greguería n° 39, platonicienne.

" Los árboles sólo saben que existen gracias a su sombra."
" Les arbres savent qu'ils existent seulement grâce à leur ombre."

Commentaires

1. Le vendredi 17 mai 2019, 10:24 par gerardgrig
La biologie végétale nous révèle des secrets sidérants sur les plantes. Ce que dit cette gregueria a peut-être été vérifié. Il y a une forme de science populaire, née au contact quotidien de la nature pour survivre, qui intéresse les poètes, et qui inspire parfois les savants.
2. Le lundi 20 mai 2019, 12:48 par Philalethe
C'est dans l'air du temps... Après l'humanisation des animaux, vient celle des végétaux… Le panpsychisme, lui, humanise même l'inanimé.

mercredi 15 mai 2019

Greguería n° 38, cioranienne.


" Lo más terrible de nuestro libro de direcciones es que sacarán de él las señas de nuestros amigos para enviarles nuestra propia esquela de defunción."
" Le plus terrible de notre carnet d'adresses, c'est qu'on en tirera les coordonnées de nos amis pour leur envoyer le faire-part de notre propre décès."

mardi 14 mai 2019

Greguería n° 37

" El aparato más sabio del mundo es el de la cascada de agua para el retrete, con cuya cadena en la mano todos somos Moisés milagrosos."
" Le mécanisme le plus sage au monde est celui de la chasse d'eau des toilettes : la poignée en main, nous sommes tous des Moïse, faiseurs de miracles."

Commentaires

1. Le mercredi 15 mai 2019, 08:05 par gerardgrig
En termes heideggeriens, on dira que le geste de tirer la chasse sauve le Dasein, en réintégrant la religion dans le monde de la technique.
2. Le jeudi 16 mai 2019, 17:32 par Philalèthe
D'après Aristote, Héraclite a encouragé des visiteurs à le rejoindre dans sa cuisine en leur disant : " Ici aussi il y a des dieux." Mais certains savants ont jugé bon de traduire  ἰπνὀς par latrine, Aristophane l'employant dans ce sens. Donc le divin n'attend peut-être pas la chasse pour se manifester.

lundi 13 mai 2019

Greguería n° 36

" Libro : hojaldre de ideas."
" Livre : feuilleté d' idées."
Minceur grave du livre électronique de n'être plus qu'idées sans feuilleté.

Commentaires

1. Le mardi 14 mai 2019, 16:19 par gerardgrig
Il est inhabituel de prendre le livre pour une métaphore de la pâtisserie : une pâte feuilletée. Mais on évite de penser à la poussière, quand on dévore des livres. Le feuilleté, c'est aussi l'atlas avec ses cartes, pour la topologie de l'ouvert et du recouvrement. En géométrie différentielle, on parle également du feuilletage, mais de celui des variétés en sous-variétés, et il s'agit plutôt de recourber les pages du livre pour les corner. En outre, une œuvre elle-même peut être un espace topologique de revêtement de lieux portés par des plans différents, comme la "Recherche du temps perdu" de Proust. Voir le surprenant "La Mathesis de Marcel Proust" de Jean-Claude Dumoncel, qui développe l'étude du rapport entre Proust et Grothendieck, étude qui avait été initiée par Antoine Compagnon et le mathématicien Alain Connes. Soit dit en passant, Alain Connes est passé à la littérature, comme Cédric Villani. On n'ira pas jusqu'à dire que les matheux se barbent, et qu'ils finissent tous par faire de la littérature, de la philosophie ou de la politique. Si l'on reste dans la gastronomie, il y a un livre à lire d'urgence, mais ce serait plutôt un pavé au roquefort : "Les Vices du savoir".
2. Le mercredi 15 mai 2019, 21:47 par gerardgrig
J'ai trouvé "Les vices du savoir" au Quartier Latin. Je crois qu' il s'agit d'un feuilleté. Le livre est une véritable somme. Et quelle audace ! Il fallait oser l'éthique seconde de la croyance, avec les tableaux des vertus et des vices intellectuels, après l'éthique première évidentialiste. L'éthique seconde corrige aussi les excès de rationalité. Entretemps, le chapitre sur l'agir épistémique, et le chapitre épineux sur la croyance religieuse passée à la moulinette évidentialiste, nous redonnent un peu de courage dans le fatalisme ambiant. Après un entracte salutaire derrière le poêle de Bavière de Descartes, on aborde enfin la dialectique transcendantale, tant attendue, des paradigmes des vices du savoir, avec la triade curiosité-futilité-bêtise. La toute fin, qui aborde les vices politiques, dont l'injustice épistémique qui touche l'Université alignée sur la loi de l'entreprise et du marché, est très forte.
3. Le jeudi 16 mai 2019, 17:43 par Philalethe
Je vais bientôt le recevoir…
L'auteur me l'avait décrit comme "un manuel de survie intellectuelle".
Mais ce manuel-là, avec tant de feuillets, peut-on l'avoir en main, comme un poignard pour nous protéger des vices épistémiques, eux qui nous assaillent comme des nuées permanentes de moustiques ?
4. Le jeudi 16 mai 2019, 23:13 par gerardgrig
L'évidentialisme, qui donne un noyau épistémique à l'éthique, n'est pas un pessimisme. Il repose sur l'autonomie du sujet et il s'oppose au pragmatisme des croyances. Certes, on paie le prix de ses croyances, quelles qu'elles soient, mais on en est toujours responsable, dans la mesure où l'on doit y regarder à deux fois, comme on dit familièrement, avant de croire. C'est pourquoi l'agir épistémique est un néo-kantisme assumé. Dans les paradigmes des vices du savoir, l'évidentialisme convient à une forme supérieure de la bêtise, comme la sottise. Quand on descend jusqu'à la bêtise des légumes et des fruits, pour être cohérent on parie sur le panpsychisme.

dimanche 12 mai 2019

Greguería n° 35

" Nos pasamos la vida haciendo una miniatura del cosmos, y al final se nos cae y se nos rompe."
" Nous passons notre vie à faire une miniature du cosmos, et à la fin elle nous échappe et se casse."

samedi 11 mai 2019

Greguería n° 34


calavera bailarina,1939. Huile sur toile .Collection Merz .
" "¡Qué hermosos ojos negros!" es el piropo que está reclamando la calavera. "
" " Quels beaux yeux noirs ! ", c'est le compliment que réclame la tête de mort."

Commentaires

1. Le dimanche 12 mai 2019, 14:53 par gerardgrig
Le rapprochement de la gregueria avec les images doubles de Dali, auquel Ramón consacra un livre, était inévitable. Cette combinaison d'images s'associe idéalement avec la putréfaction et la scatologie comme fond des choses, ce qui est aussi une forme de dédoublement. On ne peut pas voir les deux images en même temps, et il y a un battement entre elles, propice à l'inversion et à l'égalisation des conditions : la tête de mort semble appeler le même compliment, pour ses yeux noirs, que la ballerine, dans une danse macabre. On pense aussi au "Viva la muerte !" qui serait au fond de l'âme espagnole, si elle existe. On a surtout le souvenir que ce cri fut récupéré par les fascistes espagnols, mais il traduit un sentiment tragique de la vie, un "amor fati". Quant aux images doubles de Dali associées à la mort, elle semblent avoir eu une influence capitale sur lui. La psychanalyse s'en mêle et donne un rôle symbolique à la Mère. Dali avait un frère mort avant lui, qui s'appelait aussi Salvador. Comme Mark Twain avec son jumeau mort, il n'a jamais su s'il était lui ou son frère.

vendredi 10 mai 2019

Greguería n° 33

" Las teclas negras son el luto que guarda el piano por los pianistas muertos."
" Les touches noires, c'est le deuil des pianistes morts, que porte le piano."

jeudi 9 mai 2019

Greguería n° 32

C'est une greguería tardive, écrite entre 1952 et 1955, publiée dans le Diario póstumo (Barcelona, Plaza y Janés, 1972) :
" La vida es asi : "¿Se ha acomodado bien ? Pues entonces ¡fuera!" "
" La vie est comme ça : " Vous vous êtes mis à l'aise ? Bon, alors dehors ! "

mercredi 8 mai 2019

Greguería n° 31

" La pelicula comienza : la vanidad humana se oculta un rato en el túnel de la sala."
" Le film commence : la vanité humaine se cache un moment dans le tunnel de la salle."

mardi 7 mai 2019

Ombre réelle ou ombre imaginaire ? Sur la gallina ciega de Goya.

San Francisco y el moribundo est un tableau de Goya peint en 1787, on peut le voir dans la cathédrale de Valencia.
Jean Starobinski dans Goya et 1789 m'apprend que cette oeuvre " est la première apparition de monstres et de personnages hallucinés dans l'oeuvre de Goya." (La beauté du monde, Quarto, 2016, p.1035). Dans cet article publié en 1984 dans La Revista de Occidente, il est attentif à trouver des signes avant-coureurs de la période noire dans l'oeuvre lumineuse de Goya. L'oeuvre qu'il choisit principalement comme exemple est La gallina ciega (Le jeu de collin-maillard), peinte en 1788.
Voici le commentaire de Starobinski :
" Dans La gallina ciega, au rythme si séduisant, nous découvrons la transposition ludique d'un supplice, et il semble que la femme agenouillée qui s'incline en arrière pour ne pas être touchée, fuie sa propre identité. Un autre supplice simulé est celui qu'endure le pantin : pendant que les jeunes filles souriantes - de charmantes sorcières -
forment une guirlande de leurs bras, le pantin oblique, projeté vers le haut, offre l'aspect du désespoir. Les torsions, la maladresse, la douloureuse inertie du pantin, nous révèlent l'étrange vie de la matière, son aspect comique et son pouvoir d'épouvante. Par l'animation qui s'empare de toute la créature rendue à sa fatalité d'objet, la scène frivole implique une secrète frayeur. " (p. 1036)
Est-ce moi, l' aveugle ? Pas moyen de voir dans cette oeuvre, qui devait servir de carton de tapisserie, l' " ombre ", l' " élément inquiétant dissimulé ", l' " impalpable atmosphère " qui deviendra " un peuple de monstres "... Je ne comprends vraiment pas pourquoi Starobinski évoque " les ténèbres métaphysiques de La Gallina Ciega ".
Ne dois-je pas sur ce point plutôt me rapporter à ce que Ramón Gomez de la Serna écrit à propos des cartons de tapisserie dans son Goya (1928) :
" Un tapiz es una primavera que se perpetúa engarzada a una bandera." (" Une tapisserie est un printemps qui se perpétue, inséré dans un drapeau.") ?
Ce qu'écrit Ramón sur La gallina ciega me paraît, bien que léger, plus fidèle à l'oeuvre que les lignes exagérément inquiétantes de Starobinski :
" Goya representa el juego de la gallina ciega en un meandro circular frente al Guadarrama en uno de sus espirituales valles, todos sus personajes en movimiento de corro alrededor del que se ha quedado en el centro tocando y eligiendo con una cuchara de palo al que ha de adivinar quién es y que entonces no podía agarrar con la mano por pudicia, no fuese a ser una dama, porque asi era difícil adivinar quién era el cogido o la cogida y el juego era mas juego de azar. " (Goya in Obras selectas, Carrogio, Barcelona, 1970, p. 612)
" Goya représente le jeu de colin-maillard, au bord d'un méandre circulaire du Guadarrama, dans une de ses spirituelles vallées, tous les personnages en ronde autour de celui qui, resté au centre, touche et choisit avec une cuillère en bois quelqu'un dont il doit deviner l'identité et qu'il ne pouvait alors pas saisir par la main par pudeur, au cas où ça aurait été une dame, aussi c'était difficile de deviner qui était le prisonnier ou la prisonnière et le jeu était plutôt un jeu de hasard."

Commentaires

1. Le mercredi 8 mai 2019, 21:46 par gerardgrig
Starobinski semble être dans le vrai pour "Le Pantin", qui a inspiré "La Femme et le Pantin" a Pierre Louÿs, à une époque où les Décadents français lisaient Sacher-Masoch sous le manteau. Pour le colin-maillard, jeu mondain égrillard où l'on se touche par hasard pour provoquer des rencontres entre adultes, mais qui est teinté de cruauté chez les enfants, l'interprétation de Starobinski est assez étrange. Elle est trop culturelle, car elle se réfère à la fin terrible du guerrier Colin-Maillard au combat, aveuglé par un archer et sadisé par ses ennemis, qui a donné son nom au jeu. Ou au jeu de la poule aveugle (gallina ciega), jeu à base de cruauté sur les animaux, comme la corrida. Starobinski, sage psychocritique resté fidèle à Charles Mauron, avait aussi publié les "Anagrammes" de Saussure. Il profitait de Goya pour rendre surtout hommage au signifiant.
2. Le jeudi 9 mai 2019, 03:19 par Philalethe
Starobinski nous a-t-il offert un symptôme de cécité culturelle ( aveuglement causé par un excès de culture ) ?
Comme vous le dites généreusement  : " rendre hommage au signifiant " ! 
On peut presque en tirer cette question : une interprétation poétique peut-elle être vraie ?

lundi 6 mai 2019

Greguería n° 30, dadaïste.

" En resumidas cuentas, el Pensador de Rodin será el hombre que más tiempo ha estado sentado en el retrete."
" Tout compte fait, le Penseur de Rodin sera l'homme qui a été le plus longtemps assis sur les toilettes."

Commentaires

1. Le mercredi 8 mai 2019, 18:46 par gerardgrig
On admire l'insoutenable légèreté et la désinvolture de Ramón, dans la tradition du baroque espagnol. On pense aussi à la satire des philosophes dans l'Antiquité : Socrate assis dans une corbeille suspendue chez Aristophane, Thalès chutant dans un puits. Il était louable de ramener, avec le simple bon sens, les philosophes à la réalité. En langue vulgaire, on dit qu'ils ne se sentent plus pisser. Ramón ramène le penseur de Rodin à la posture de l'homme aux toilettes. Il y a peut-être une allusion à Duchamp. Mais Ramón va plus loin, en se payant le luxe d'être apolitique, et de passer objectivement pour un homme de droite, pour le plaisir scandaleux d'un bon mot. Il ne pouvait pas ignorer que le Penseur de Rodin avait été une affaire politique, et bien française. Le Penseur avait été installé devant le Panthéon, comme symbole de la démocratie. C'est un homme du peuple qui va changer la société par la puissance de sa pensée. La République était encore fragile, et l'intelligentsia allait se donner Charles Maurras comme penseur politique, si bien que le Penseur a vite été dégagé. Néanmoins, la plaisanterie de Ramón a le mérite de sortir le Penseur du cadre étroit de la politique française, et de rappeler que l'Art est universel. Il est vrai qu'en matière de politique, Ramón a cherché un modus vivendi avec le franquisme comme Dali, autre apolitique. Mais les apolitiques de l'époque avaient le mérite de ne pas choisir entre la peste et le choléra.
2. Le samedi 11 mai 2019, 14:31 par Arnaud
Game of trônes ?
Encore une occasion de recaser l'une des plus célèbres citations de Montaigne:
"Et au plus eslevé throne du monde, si ne sommes assis que sus nostre cul." Essais, III, XIII.
3. Le dimanche 12 mai 2019, 12:42 par gerardgrig
Certes, mais Ramón a toujours l'art de nous dérouter. Il semble reprendre les critiques des monarchistes français adressé au Penseur de Rodin trônant devant le Panthéon : il est lourd, laid, gros, prolétaire, il fait caca. Or Ramón loue le Penseur pour son record absolu de longévité sur le trou des toilettes. Il lui adresse un compliment vache, ce qui est une forme subtile de valorisation, dans une vision carnavalesque du monde, où la seule règle du jeu est d'être le meilleur dans son genre.

dimanche 5 mai 2019

Pourquoi il est difficile d'être stoïcien.

“ Dans la culture moderne, l’ordre social et institutionnel n’est plus, comme dans l’ Antiquité ou au Moyen-Âge, le fait d’ une volonté divine ou l’oeuvre de l’esprit ; dans leurs actions quotidiennes, les sujets modernes ne se vivent plus comme faisant partie d’un ordre cohérent de l’existence (“ the great chain of being “) avec lequel ils entretiendraient une relation responsive intérieure et à partir duquel ils pourraient se définir. Les conditions collectives dans lesquelles ils agissent leur semblent le résultat, en partie contingent, de processus de construction et de négociation historiques et, en particulier, d’innombrables conflits de valeurs et d’intérêts. Dans la mesure où ces conditions limitent les marges d’action et de liberté des individus, elles sont perçues par eux comme une chose extérieure, prédonnée, imposée, comme faisant partie d’un monde “ aliéné “qui leur fait face. À travers notre pratique quotidienne, nous faisons l’expérience de cette forme de relation à l’égard de la sphère publique chaque fois que nous sommes aux prises avec les administrations ou les autorités, du fisc à Pôle emploi en passant par la préfecture de police ou les administrations scolaires ; mais elle se manifeste aussi partout où “ Bruxelles “ est rendu comptable des réglementations de la vie quotidienne. “ ( Hartmut Rosa, Résonance, une sociologie de la relation au monde, La Découverte, 2018)
Les Stoïciens ont souvent été confrontés à des tyrans bien plus terribles que les nôtres, mais par chance ils pouvaient les englober dans le Logos. Vu que la Raison a déserté le terrain, le stoïcisme d’aujourd’hui se réduit à n’être qu’une pratique psychologique à des fins eudémonistes. Ou alors, contre vents et marées, on redore le blason du monde en le rendant rationnel, ce qui est sans doute plus facile à faire pour les agnostiques et les anciens croyants que pour les athées.

Greguería n° 29, ornithologie négative.

" El ruiseñor... No, del ruiseñor no se puede ni se debe decir nada. "
" Le rossignol... Non, du rossignol, on ne peut et on ne doit rien dire."

samedi 4 mai 2019

Greguería n° 28

" Lee y piensa, que para no pensar tienes siglos."
" Lis et pense ! Pour ne pas penser, tu as des siècles."

jeudi 2 mai 2019

Greguería n° 27

" Lo que más le duele al náufrago, indudablemente, es no poder contar cómo pasó "aquello", cómo se ahogó."
" Ce qui fait le plus souffrir le naufragé, indubitablement, c'est de ne pas pouvoir raconter comment s'est passé "ça", comment il s'est noyé."
À la différence des autres greguerías, toutes tirées de l'édition qu'en a donnée Rodolfo Cardona (Cathedra, 1980), cette dernière vient des Greguerías selectas publiées en 1919 par la Casa Editorial Calleja.

mercredi 1 mai 2019

Greguería n° 26

"Tomó tan en serio eso de "ahogar las penas" que se tiró al río."
" Il prit tant au sérieux cette idée de " noyer ses peines " qu'il s'est jeté dans la rivière."