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mercredi 31 juillet 2019

Greguería n° 102

" En el desperezo del gato está la displicencia del hombre sin destino."
" Dans les étirements du chat, il y a la nonchalance de l'homme sans destin."

Commentaires

1. Le jeudi 1 août 2019, 16:37 par gella pensac
Comme vous nous avez habitués à labourer les territoires stoïciens,
on pourrait se demander s'il y a des liens de Ramon avec le stoïcisme.
Ses greguerias sonnent plutôt sceptique, ou tragique.
2. Le vendredi 2 août 2019, 00:13 par Philalèthe
Écrire des greguerías ou, à défaut, en lire, pourrait-il être vu comme un entraînement au stoïcisme ? Dans quelques cas, c'est possible. Par exemple, voyez la 102 : un objet sacré est réduit à un ustensile de cuisine, à moins que ce ne soit la saucière qui soit élévée à la dignité d'objet rituel. Dérision, la greguería pourrait aussi bien être un divertissement cynique. La perception qu'elle encourage certes n'est pas celle de l'essence de la chose mais, à multiplier les apparences, elle pousse à ne pas prendre les choses trop au sérieux. Elle rabaisse les choses nobles et élève les riens. Aussi peut-elle aider l'apprenant stoïcien à mettre le monde à distance, à n'y adhérer qu'avec une modération ironique.
3. Le dimanche 4 août 2019, 12:27 par gerardgrig
Pour Ramón, tout était fiction, texte, citation. La littérature peut-elle et doit-elle délivrer une vérité et une réalité en dehors d'elle-même ? La maxime morale peut aussi se retourner comme un gant, dans un véritable jeu formel de salon. Ramón recherche toujours la singularité qui révèle un paradoxe, qu'il semble cultiver pour lui-même et qui a un statut de vérité a priori. En bon surréaliste, il répondra à l'injonction célèbre du directeur des Ballets Russes au poète : "Étonne -moi !".
Dans cette gregueria, Ramón reprend ses observations naturelles. Il humanise toujours l'animal. Cela semble fantaisiste et inspiré d'une forme de science "populaire". Neanmoins, dans les années 1940, l'éthologie a montré la continuité existant entre espèces animales et espèce humaine.
4. Le dimanche 4 août 2019, 17:58 par Philalèthe
Je suis plutôt porté à penser que c'est un observateur très fin autant de la société que de la nature. Si beaucoup de greguerías m'étonnent, c'est parce qu' à leur façon elles sont vraies...
Imagine-t-on par exemple un stoïcien s'étirer paresseusement comme un chat ? Il a bien trop conscience de son destin.

mardi 30 juillet 2019

Greguería n° 101

" Cuando se ve cómo vienen empujando los que hay detrás de nosotros en la vida, es cuando en el tranvía el guarda grita insistentemente : "¡ Pasen más adelante !"
" Là où on voit comment arrivent en poussant ceux qui sont derrière nous dans la vie, c'est quand dans le tramway l'employé crie avec insistance : " Allez plus devant ! "

lundi 29 juillet 2019

Greguería n° 100

" La sombra del niño es tan seria como la del hombre."
" L'ombre de l'enfant est aussi sérieuse que celle de l'homme adulte "
Lisant cette greguería, je me suis dit que les prisonniers de la caverne platonicienne ne pouvaient juger les autres qu'à partir de leurs actions et de leurs paroles.

dimanche 28 juillet 2019

Greguería n° 99

" Resulta gracioso en el avestruz el ver cómo se arrodilla al revés. Esa absurda postura le quita la gracia esbelta que tiene cuando está en pie."
" C'est amusant chez l'autruche de voir comment elle s'agenouille à l'envers. Cette posture absurde lui enlève la grâce svelte qu'elle a quand elle est debout."

Commentaires

1. Le dimanche 28 juillet 2019, 18:46 par gerardgrig
Ramón crée la surprise, en notant toujours ce que personne ne voit, ni ne dit. Dans le cas de l'autruche, il n'a pas d'explication humoristique pour la tête dans le sable. Il n'aborde pas la rapidité de la course, qui compense l'étrange incapacité à voler, ni la tueuse au coup de patte mortel, quand on empiète sur son territoire. L'autruche manque de grâce parce qu'elle ne fait pas comme tout le monde dans la nature, et Ramón ne lui concède ni le mérite de l'exception, ni celui de l'originalité. Mais ce faisant Ramón a-t-il de l'esprit, ou bien fait-il de l'esprit ?
2. Le dimanche 4 août 2019, 18:00 par Philalèthe
Avant d'avoir de l'esprit, il a le regard libre !

samedi 27 juillet 2019

Greguería n° 75

" El sillón cómodo y encretonado que sirvió para la larga enfermedad de la abuela ha quedado ya con la sombra de un perfil proyectado por una de las aletas en que reposó tanto su cabeza."
" Le confortable fauteuil en cretonne qui servait pour la longue maladie de la grand-mère a désormais gardé l'ombre du profil qui apparaissait quand si souvent elle se reposait à l'appuie-tête."

Commentaires

1. Le jeudi 27 juin 2019, 16:40 par gerardgrig
Parmi les lecteurs de Ramón, les baby-boomers seront les derniers qui comprendront le sens de certaines greguerias. Chez les parents et les grands-parents, il y a eu naguère une façon abusive et traumatisante pour les jeunes générations de vivre la vieillesse et la mort, en sombrant littéralement de toutes les façons, et en laissant partout des traces physiques d'eux, sur les meubles et jusque sur les murs. Cela a produit de grands artistes maudits, des névrosés et des psychotiques. Dans le roman, c'est le thème scandaleux du parent indigne qui a fait son apparition, comme dans "Les Frères Karamazov" de Dostoïevski. Dans un milieu clos et étouffant, Fiodor Karamazov entraîne sa famille dans sa déchéance physique et morale. D'une façon plus banale, c'était la grand-mère de Ramón qui mettait en scène sa mort avec une certaine indécence, que la société trouvait normale, et qui laissait à sa famille un sentiment de tristesse et d'horreur, matérialisé par une ombre spectrale sur un fauteuil. Autrefois, les parents et les grands-parents étaient ce qu'Ibsen appelait des Revenants.

Greguería n° 98

" Cuando quedan sólo dos fósforos en la caja, son como dos titeres que dialogan en el guiñol más pequeño del mundo."
" Quand restent seulement deux allumettes dans la boîte, elles sont comme deux marionnettes qui dialoguent dans le plus petit guignol du monde."

Commentaires

1. Le dimanche 4 août 2019, 12:37 par gerardgrig
On pense d'abord à Andersen, et à la métaphore de l'allumette comme brièveté et potentiel magique de la vie humaine. Neanmoins, Ramón vit dans l'âge réflexif de la littérature et ce n'est pas un hasard si Paul Valéry le classait dans les grands écrivains du siècle. Cette gregueria célèbre la magie de la fiction qui transfigure l'objet banal et usé, bon à jeter. Comme René Char, Ramón faisait la poésie de la poésie.
2. Le dimanche 4 août 2019, 18:03 par Philalèthe
Mais cette greguería porte sur des allumettes dans un boîte, pas sur un texte portant sur des allumettes ! La réflexion prend comme objet la réalité...
3. Le mercredi 7 août 2019, 20:32 par Philalèthe
" En cada caja de fósforos hay un convento de cerillas."
" Dans chaque boîte d'allumettes il y a tout un couvent."

vendredi 26 juillet 2019

Greguería n° 97

" Principio de primavera : un niño solo en un "tiovivo" "
" Début de printemps : un petit garçon seul dans un manège."

Commentaires

1. Le mardi 30 juillet 2019, 12:01 par gerardgrig
Ramón ne craint pas de déconstruire la mythologie du printemps. En avril-mai, tout le monde est au fond de la dépression saisonnière, qui a commencé en automne. On n'a envie de rien, sinon de faire grève et de manifester. Il faut beaucoup d'autosuggestion pour surmonter le printemps. Ramón a le pessimisme de la littérature naturaliste, pour qui chacun va de mal en pis. La réalité du printemps, c'est un malheureux garçonnet abandonné sur un manège qui ne doit même pas tourner.
2. Le dimanche 4 août 2019, 18:10 par Philalèthe
Je suis plus naïf que vous... C'est une vue mélancolique du printemps, dont je ne suis pas sûr qu'elle vise à déconstruire la célébration de cette saison. Certes il y a des touches naturalistes, mais de quoi n'y a-t-il pas de touches dans ces greguerías ?
Et puis rien ne dit que le manège ne tourne pas et que l'enfant est tristounet...

jeudi 25 juillet 2019

Greguería n° 96

" La lechuga es toda enaguas. "
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" La laitue est toute jupon."

Commentaires

1. Le jeudi 25 juillet 2019, 11:36 par gerardgrig
À la jupe banane de Joséphine Baker, qui est l'icône des Années Folles, Ramón préfère le jupon laitue. Comme toujours, il opère un léger décalage, un changement de point vue imperceptible, pour mieux faire voir le sujet réel dont il traite. Il aide à comprendre la dialectique subtile de l'art de Joséphine Baker, sur fond d'érotisme, entre vie "sauvage" et vie "civilisée", humour et glamour, ingénuité et construction savante de soi.
2. Le vendredi 26 juillet 2019, 16:26 par Philalethe
Mais le jupon en question ici n'est pas fait de laitue ! Quant à savoir si la greguería végétalise le jupon ou érotise le légume... Cela doit dépendre largement de nos inclinations imaginatives. Spontanément j'y vois plutôt une désérotisation du jupon...

mercredi 24 juillet 2019

Greguería n° 95

" La verdadera plomada es una rata muerta agarrada por el rabo."
" Le vrai fil à plomb est un rat mort tenu par la queue."

Commentaires

1. Le mercredi 24 juillet 2019, 17:32 par gerardgrig
Faut-il voir dans cette gregueria une provocation anti-maçonnique ? Ramón n'ignore pas le symbolisme du Fil à Plomb, qui signifie l'élévation, la descente en soi et l'invitation à changer le plomb en or, dans le rituel maçonnique. L'image nihiliste du rat mort tenu par la queue, comme une abolition de la virilité obscène, pour contrôler la verticale d'on ne sait trop quoi, de façon sinistre, donne un haut-le-cœur. On est dans la thématique transgressive de Georges Bataille ("Histoire de rats").
2. Le jeudi 25 juillet 2019, 17:21 par gerardgrig
On pourrait être plus modéré dans son interprétation. Ramón est un moraliste classique, qui traque la vanité humaine sous toutes ses formes, même s'il emprunte des images fortes à la modernité. Il semble dire que les plus beaux monuments, aux perpendiculaires parfaites, finiront en ruines jonchées de cadavres d'animaux nuisibles.
3. Le vendredi 26 juillet 2019, 16:21 par Philalethe
Voir comme un fil à plomb un rat mort qu'on saisit par la queue pour s'en débarrasser  pourrait être aussi une redescription embellissante en vue de faire l'action sans émotion (cf la fonction des redescriptions dégradantes dans le stoïcisme). C'est la fonction éthique des métaphores que je pointe ici.

mardi 23 juillet 2019

Greguería n° 94

" El dia de la paz absoluta será cuando se lance al comercio el encededor atómico."
" Le jour de la paix absolue arrivera quand on lancera dans le commerce le briquet atomique."

lundi 22 juillet 2019

Greguería n° 93

" La lucha por el micrófono es una lucha escondida pero feroz. Todos quieren hablar por él, cantar su aria, tocar su flauta."
" La lutte pour le microphone est une lutte cachée mais féroce. Tous veulent y parler, chanter leur air, jouer de leur flûte."

Commentaires

1. Le lundi 22 juillet 2019, 14:39 par gerardgrig
Ramón était féru de radio et de cinéma. On le voyait dans la gregueria 82. Il a écrit "Ciné-ville", une parodie chaplinesque et nostalgique d'Hollywood. Ramón a aussi écrit le livret de l'opéra "Charlot". Il aimait le personnage de l'inadapté à la modernité, qui se moque d'elle. Il en faisait une théorie, le charlotisme, dans son autobiographie.
Dans cette gregueria, il n'épargne pas les artistes, victimes de l'attrait des nouveaux médias de la modernité, qui accroissent la compétition sociale.
2. Le vendredi 26 juillet 2019, 16:30 par Philalethe
Oui, Cinelandia est la chronique de son voyage à Hollywood. Je devrais lui consacrer quelques billets.

dimanche 21 juillet 2019

Greguería n° 92

" Atalayar la nada sería asomarse a la ventana de un edificio que nunca estuvo edificado."
" Espionner le néant serait se pencher à la fenêtre d'un édifice qui n'aurait jamais été construit."

samedi 20 juillet 2019

Greguería n° 91

" El amor propio precisamente es lo que más vive de la opinión ajena."
" L'amour-propre est précisément ce qui vit le plus de l'opinion d'autrui."

vendredi 19 juillet 2019

Greguería n° 90

" La ametralladora suena a máquina de escribir de la muerte."
" La mitraillette ressemble à la machine à écrire de la mort."

Commentaires

1. Le dimanche 21 juillet 2019, 13:20 par gerardgrig
Est-ce la mitraillette ou plutôt la mitrailleuse, cette arme qui a bloqué les lignes de front dans une guerre de position décimante, en 14-18 ? Avec l'analogie de la machine à écrire de l'écrivain, Ramón semble être dans la provocation surréaliste autour de la guerre. On pense à Apollinaire et à son "Ah dieu ! que la guerre est jolie". Mais Apollinaire ira plus vite que son rival en fondation du surréalisme, pour épingler Alphonse XIII malade de la grippe espagnole, car il n'aimait que les produits nationaux. La provocation surréaliste, autour de la violence guerrière, fera long feu, quand Dali rapprochera Hitler du Maldoror de Lautréamont. Cela sonnera le glas du surréalisme historique.
2. Le vendredi 26 juillet 2019, 16:33 par Philalethe
C'était l'époque où les armes pouvaient encore être comparées à des objets domestiques ordinaires ! Cette greguería voit l'arme fantastique comme un ustensile ordinaire devenu gigantesque, du coup on pense à Swift :
" El inventor de un abrelatas para los tanques guerreros se haría rico." 
" L'inventeur d'un ouvre-boîtes pour tanks deviendrait riche."

jeudi 18 juillet 2019

Greguería n° 89

" Lo maravilloso es que miramos por los ojos como si no tuviésemos ojos."
" L'étonnant est que nous regardons à travers les yeux comme si nous n'avions pas d' yeux."

Commentaires

1. Le lundi 22 juillet 2019, 13:55 par gerardgrig
Le lampadaire était aussi lié a la thaumaturgie de Ramón. Dans les années 1920, et jusqu'au milieu des années 1930, il donnait des conférences "greguerizantes". À la fin de l'une d'elles portant sur les lampadaires, un aveugle est venu lui dire que grâce à lui, il les avait vus. Dans l'image, il y a aussi le curieux dessin du visage de Ramón, en double et en surimpression. La signature fait les yeux et le nez.
La bouche est fermée et elle est un trait tremblé. C'est l'organe de la gregueria, qui est avant tout vocale. Que représentent ces nuages, reliés par la bouche, sur les joues ? Sont-ils un maquillage pour le carnaval ? Ramón est bien l'auteur des greguerias, mais il est double, transparent, maquillé, stylisé, et en quelque sorte esthétisé.
2. Le vendredi 26 juillet 2019, 16:48 par Philalethe
Oui c'est une étrange image. Chaque chapitre de Automoribundia étant décoré d'une petite vignette, c'est ce visage que Ramón choisit de présenter au début du premier chapitre racontant sa naissance et commençant par ces mots difficilement traduisibles : Nací, o me nacieron - que no sé cómo hay que decirlo en estricta justicia. Je suis né ou ils me naquirent - je ne sais comment le dire en toute exactitude.
Ramón y explique qu'il est fait pour porter ce prénom, adapté parfaitement à son visage :
Je suis né pour m'appeler Ramón, et je pourrais même dire que j'ai le visage rond et gros de Ramón, digne de ce grand O sur lequel s'appuie le nom, et qui est exalté par son accent que seule l'imprimerie m'escamote parce que les majuscules n'y sont pas accentuées."
Certes c'est étrange qu'alors Ramón n'ait pas accentué le o dans son petit dessin...

Images ramoniennes.

Total de greguerías (Aguilar, Madrid, 1955)

Commentaires

1. Le jeudi 18 juillet 2019, 14:41 par gerardgrig
Dans ces images on voit que le cirque, le carnaval et le music-hall faisaient le décor des greguerias. C'était la Fête ! À gauche, on aperçoit peut-être le Café de Pombo.
2. Le samedi 20 juillet 2019, 12:18 par Philalethe
Oui, mais le réverbère et le double banc inoccupé délimitent aussi un espace solitaire.

mercredi 17 juillet 2019

Greguería n° 88

" Todo se especializa, y un día leeremos : "Encuadernaciones para alérgicos." "
" Tout se spécialise et un jour nous lirons : " Reliures pour allergiques. "

mardi 16 juillet 2019

Greguería n° 87

" Cada vez es mas modesto mi ideal : hoy he cortado las patas a una mesa."
" Chaque fois mon idéal est plus modeste : aujourd'hui j'ai coupé les pieds d'une table."

lundi 15 juillet 2019

Greguería n° 86

" Pensamiento consolador : el gusano también morirá."
" Pensée consolatrice : le ver mourra aussi."

dimanche 14 juillet 2019

Greguería n° 85

" El vanidoso pavo real tiene en la cola un coro de impertinentes de señora."
" Le vaniteux paon royal a sur la queue un choeur composé de faces-à-main de dame."

Commentaires

1. Le samedi 20 juillet 2019, 12:30 par gerardgrig
Les observations de la nature de Ramón ont une force comique. Il humanise la nature à outrance, en la ramenant à son monde limité et daté à lui. Dans le cas du paon, il y a une intention morale ou une critique sociale évidentes, tandis que les faces-à-main des dames évoquent les théâtres et les salons de son temps. La gregueria 51 du bourgeon qui éclot comme une rupture d'anévrisme fait penser à l'angoisse des fêtards des cafés madrilènes, quand ils anticipent leur fin. La gregueria 65 d'histoire naturelle des sauriens primitifs est un jeu de société, celui des ombres chinoises. Et il y a la gregueria spéléologique 63, et la finalité fantaisiste du stalactite. Que signifie cette vision désinvolte et trop distrayante de la science ? Est-ce du scepticisme ? Ramón montre l'ignorance humaine sans fard et il en rit.
2. Le vendredi 26 juillet 2019, 16:50 par Philalethe
Et puis désormais quand les paons me tournent le dos, je me sens encore regardé !

samedi 13 juillet 2019

Greguería n° 84

" Los locos son los que han encontrado una estratagema para no tener que pensar."
" Les fous sont ceux qui ont trouvé un stratagème pour ne plus avoir à penser."


jeudi 11 juillet 2019

Greguería n° 83

" Cuando en la guerra oímos hablar de divisiones, se nos presentan los soldados en forma de esa operación aritmética, y el cociente final depende de cómo fueron divididas las divisiones. ¡ Atroz cuando no dan sino 0000 ! "
" Quand pendant la guerre nous entendons parler de divisions, nous nous représentons les soldats par le moyen de cette opération arithmétique, et le quotient final dépend de la manière dont sont divisées les divisions. C'est atroce quand on n'a rien que 0 ! "

mercredi 10 juillet 2019

Greguería n° 82

" Proyectadas por una lámpara indiscreta, dos sombras gigantescas que ocupan el écran de varias medianerías nos regalan unos metros de pelicula gratis."
" Projetées par une lampe indiscrète, deux ombres gigantesques, qui occupent l'écran de plusieurs murs mitoyens, nous offrent quelques mètres de film gratuit."

Commentaires

1. Le vendredi 12 juillet 2019, 00:45 par gerardgrig
Ramón, que savait-il exactement des sciences de son temps ? Il y aurait à faire une épistémologie des greguerias. Ramón semble être gestaltiste en psychologie. Il y a des greguerias qui font penser à la Théorie de la Forme : la 70 et son homme-fleur, la 75 et son fauteuil hanté, le point sur un i de Musset, le château inversé en tête de mort de la 79. Dans la 82, les ombres portées, qui évoquent le cinéma en plein air, semblent illustrer la loi de familiarité de la Gestalt.
2. Le mardi 16 juillet 2019, 14:55 par Philalethe
S'agit-il d'un baiser ? Aujourd'hui, quelquefois, par le selfie, il est diffusé bien au-delà des murs mitoyens et les protagonistes se rêvent en acteurs !
3. Le samedi 20 juillet 2019, 11:52 par Philalethe
Dans son autobiographie, Automoribundia, Ramón, quand il raconte sa naissance, décrit ses premières perceptions comme étant des ombres : " (...) sombras largas y difusas, sombras vagas, como esas que en le techo de la habitación que da a la calle se reproducen, se mueven, se cruzan, se difuminan y se suceden suavemente." (" ombres longues et diffuses, ombres vagues, comme celles qui au plafond de la pièce qui donne sur la rue se reproduisent, se déplacent, se croisent, s'estompent et se succèdent doucement."). Mais à l'inverse de ce que décrit la greguería nº 82, ce sont cette fois des ombres projetées à l'intérieur.
4. Le lundi 22 juillet 2019, 14:14 par gerardgrig
Ramón était adepte de la psychanalyse "à la sauvage". Il était proche de Groddeck, qui était en marge du mouvement analytique, et duquel il appréciait la psychosomatique. En Espagne, Ortega y Gasset a commencé à parler de Freud. Dans "Le Docteur invraisemblable", Ramón utilise la psychanalyse comme matériau romanesque, comme Pierre Jean Jouve.

mardi 9 juillet 2019

Greguería n° 81

" He podido aislar el microbio de la risa. Si la risa no fuese un microbio, no nos reiríamos con ciertas obras abyectas ni en ciertos momentos en que es recomendada la seriedad... Los que cuentan chistes malos son los portadores de ese microbio."
" J'ai pu isoler le microbe du rire. Si le rire n'était pas un microbe, nous ne ririons pas avec certaines oeuvres abjectes ni à certains moments où le sérieux est recommandé... Ceux qui racontent des mauvaises blagues sont les porteurs de ce microbe. "

lundi 8 juillet 2019

Greguería n° 80

" Hay un niño en las playas que entierra en la arena un señor que lee el periódico distraído."
" À la plage il y a toujours un enfant qui enterre sous le sable un monsieur qui lit distraitement le journal."

Commentaires

1. Le lundi 15 juillet 2019, 12:37 par gerardgrig
Dans cette gregueria, Ramón évoque les vacances d'un monde disparu, celui de la Belle Époque. On dirait une illustration pour "La Mort à Venise", représentant Gustav von Aschenbach et Tadzio. L'enterrement du vieux dandy dans le sable fait penser au désir de la mort qui est le sujet de la nouvelle.
2. Le mardi 16 juillet 2019, 15:00 par Philalethe
On peut aussi voir cette greguería comme une allégorie universelle, les modalités de l'enterrement changeant. La lecture du journal est alors une des modalités du divertissement.

dimanche 7 juillet 2019

Greguería n° 79

" Los castillos son impresionantes porque, mirados al revés, son las calaveras de los siglos."
" Les châteaux sont impressionnants parce que, regardés à l'envers, ils sont des siècles les têtes de mort. "

samedi 6 juillet 2019

Greguería n° 78

“ Al pasear por la alameda hay un momento de característica mala suerte en que comienzan a no verse las siluetas de mujer que pasan, eclipsadas por los troncos de los árboles, coincidentes nuestras miradas con los eclipses.”
“En se promenant dans la peupleraie, il y a un moment vraiment malchanceux où on commence à ne plus voir les silhouettes de femmes qui passent, éclipsées par les troncs des arbres, nos regards coïncidant avec les éclipses.”

Commentaires

1. Le dimanche 7 juillet 2019, 12:27 par gerardgrig
Dans cette gregueria, qui déplore la déception comique de l'amateur de jolies femmes qui n'a jamais un point de vue idéal sur ce qu'il aimerait regarder, il y a l'intérêt de Ramón pour les sciences et les techniques de son temps. Cela donne un mélange savoureux de futilité et d'intérêt savant pour l'effet stroboscopique dont les flashs sont réglés sur la mauvaise fréquence. Le voyeurisme est l'affaire des intellectuels.
2. Le mardi 16 juillet 2019, 15:03 par Philalethe
Cette gregueria date aussi de l'époque où les images de femmes n'abondaient pas. Aujourd'hui on coupe à volonté les arbres.
3. Le mercredi 17 juillet 2019, 15:54 par gerardgrig
Ramón exploite la connotation érotique de l'éclipse. Par contre, l'éclipse de tasse de la gregueria 23 était neutre. Ramón n'était pas Pierre Loti et il ne pensait pas à la possibilité de la fille au fond du verre de saké. Dans la présente gregueria, Ramón pointe la mauvaise foi du plaignant, car dans l'illustration il distingue tout de même des formes féminines. En réalité, l'éclipse est la métaphore du strip-tease, qui cache en montrant et qui montre en cachant, et que le Paris de la Belle Époque a inventé.
4. Le jeudi 18 juillet 2019, 11:06 par gerardgrig
Aujourd'hui, dans le monde du Burlesque, l'artiste Lunart-X, qui m'a appris le cerceau de fitness pour des abdominaux sans danger et sans galère, a le pseudo de la dame censée promettre la lune, avec la science des phases de l'éclipse. Socrate aussi vantait les performances de la danseuse, mais l'effeuillage était un rituel sacré, qui célébrait les forces de la vie et avec lequel il ne fallait pas plaisanter.

mercredi 3 juillet 2019

Greguería n° 77

" Cuando se ve que el mono es igual al hombre es cuando desnuda de su cáscara a la banana."
" Le moment où l'on voit que le singe est pareil à l'homme, c'est quand il dépouille la banane de sa peau."

mardi 2 juillet 2019

Greguería n° 76

" Consejo superfilosófico : "Hágase una fotografía, y si sale, es que existe"."
" Conseil superphilosophique : " Faites une photo de vous, et si vous y apparaissez, c'est que vous existez."

Commentaires

1. Le samedi 6 juillet 2019, 13:24 par gerardgrig
Ramón anticipait-il sur la pratique du selfie des réseaux sociaux ? La photo est une réponse au problème de l'identité personnelle. Locke se l'était posé, mais il ne pensait pas à la solution de la " camera obscura", l'ancêtre de l'appareil photo. Néanmoins, Ramón semble être dans l'exagération ("superphilosophique"), ce qui n'est pas la marque d'un discours philosophique. Il cherche à nous mettre dans l'insécurité, en nous communiquant une légère angoisse passagère de la vie quotidienne. Clément Rosset fera de même quand il dira que si on lâche quelqu'un dans la nature sans papiers d'identité, il ne sait plus qui il est.

lundi 1 juillet 2019

Raison présente.

Aujourd'hui, craignant le ridicule et pleine d'incertitudes, l'imagination humaine s'arrête généralement au seuil de l'au-delà.
Du moins c'est ainsi que sont interprétées quelquefois les expériences de mort imminente.
Kant, dans les lignes qui suivent, ne les vise pas, certes ; il y met en garde contre une introspection attentive à ce que notre pensée a d'involontaire et encline à y trouver des connaissances relatives à Dieu, au surnaturel, plus vaguement à la métaphysique. Reste que ce passage peut encore servir à rendre suspectes les interprétations religieuses des expériences de mort imminente :
" Une telle entreprise (Kant se réfère à " l'histoire intérieure du cours involontaire" de nos pensées et de nos sentiments) constitue, dans le désordre mental de prétendues inspirations d'en haut et de l'influx de forces venu sans notre participation et on ne sait d'où, le droit chemin pour céder aux délires de l'illumination ou à la tyrannie de l'épouvante. En effet, sans y prendre garde, nous faisons de prétendues découvertes de ce que nous avons introduit en nous-mêmes : là en vinrent une Bourignon avec ses représentations caressantes ou un Pascal avec ses représentations chargées d'effroi et d'angoisse(...) " (Anthropologie d'un point de vue pragmatique, I, I, 4)

Commentaires

1. Le lundi 1 juillet 2019, 23:32 par gerardgrig
Kant s'est aussi intéressé à la riche histoire de la théosophie, à propos de Swedenborg, qu'à son époque on appelait l'Aristote de Suède, à cause de ses connaissances scientifiques réelles. Jean Grenier, très attiré par la spiritualité, devait lire Helena Blavatsky, théosophe moderne.
2. Le mardi 2 juillet 2019, 15:58 par Philalethe
Certes mais pour dénoncer l' idée que la théosophie apporte une connaissance : on ne peut connaître que les idées des théosophes.