Les philosophes antiques à notre secours

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lundi 18 novembre 2019

Greguería nº 209

" Hay una manera de poner la mano sobre el volante del automóvil como si se descansase del dominio del mundo y se tuviera la displicencia de haber alcanzado su término, su saciedad."

" Il y a une manière de mettre la main sur le volant de la voiture qui fait croire qu'on se repose d' avoir conquis le monde et qu'on prend avec indifférence le fait d'avoir atteint son but, d' être assouvi."

dimanche 17 novembre 2019

Greguería nº 208

" Soy un conocedor de los etcéteras y sé cuando no hay nada detrás de alguno."

" Je suis un connaisseur des et cetera et je sais quand derrière certains il n'y a rien."

samedi 16 novembre 2019

Le spiritualiste déçu, peut-être sur le chemin du matérialisme.

" La plupart des marmots veulent surtout voir l'âme, les uns au bout de quelque temps d'exercice, les autres tout de suite. C'est la plus ou moins rapide invasion de ce désir qui fait la plus ou moins grande longévité du joujou. Je ne me sens pas le courage de blâmer cette manie enfantine : c'est une première tendance métaphysique. Quand ce désir s'est fiché dans la moelle cérébrale de l'enfant, il remplit ses doigts et ses ongles d'une agilité et d'une force singulières, L'enfant tourne, retourne son joujou, il le gratte, il le secoue, le cogne contre les murs, le jette par terre. De temps en temps, il lui fait recommencer ses mouvements mécaniques, quelquefois en sens inverse. La vie merveilleuse s'arrête. L'enfant, comme le peuple qui assiège les Tuileries, fait un suprême effort ; enfin il l'entrouvre, il est le plus fort. Mais où est l'âme ? C'est ici que commencent l'hébétement et la tristesse." (Baudelaire, Morale du joujou, 1853, Oeuvres complètes, Gallimard, La Pléiade, 1975, p. 587)

Greguería nº 207

" Enterramos al perro, pero el ladrido quedó en otro perro que ladraba a lo lejos."

" Nous enterrâmes le chien, mais son aboiement resta dans un autre chien qui aboyait au loin."

vendredi 15 novembre 2019

Une rime bien déraisonnable ?

Relisant Le vampire de Baudelaire, je m'aperçois d'une étrange anomalie :

" (...)
— Infâme à qui je suis lié
Comme le forçat à la chaîne.

Comme au jeu le joueur têtu,
Comme à la bouteille l’ivrogne,
Comme aux vermines la charogne,
— Maudite, maudite sois-tu !"

En toute logique, le poète aurait dû écrire " comme à la charogne les vermines ". Mais les contraintes de la rime l'ont emporté sur les exigences de la raison ! D'ailleurs ce n'est qu'à la rime que pense Antoine Adam dans sa belle édition des Fleurs du mal :

" On notera la disposition des rimes, embrassées dans ce quatrain,alors qu'elles étaient croisées dans les deux premières strophes." (Classiques Garnier, 1959, p. 314). Rien non plus dans l'édition de la Pléiade.

En tout cas, de cette irrégularité naît l'image rare d'un cadavre addict aux vers, telle une bouteille à la recherche désespérée de qui la boira.

Greguería nº 206

" La felicidad consiste en ser un desgraciado que se cree feliz."

" Le bonheur consiste à être un malheureux qui se croit heureux."

jeudi 14 novembre 2019

De différentes manières de voir la chose qu'il y a en dessous.

À F..., pour ses efforts de résistance !

Il y a peu je réfléchissais sur un certain type de tante, celle qui éclaire sa nièce relativement aux choses de l'amour en vue de lui permettre de ne plus être dominée mais dominante. La tante en question ouvre les yeux de sa parente sur la matérialité des choses, comme le stoïcien le fait mais pas dans le même but. C'est en effet la liberté de l'esprit que le philosophe du Portique vise.
La tante que je présente aujourd'hui est un autre type de tante démystificatrice : vieille fille, elle cherche par la révision à la baisse de l'acte sexuel à ouvrir les yeux pour dégoûter sa nièce. La description n'est plus alors neutre moralement, elle disqualifie ce qu'elle pense être surqualifié.
Cette tante, c'est Jules Romains qui la présente dans le troisième tome des Hommes de bonne volonté : Les amours enfantines (1932) :

" (...) Toi, est-ce que tu as jamais eu l'occasion de voir ça de près ?
- Quoi, ma tante ?
- Eh bien ! Les façons des animaux entre eux, des chiens spécialement, les mâles avec les femelles, et tout ce qui s'ensuit. Pourquoi rougis-tu comme une sotte ? Est-ce que tu t'imagines qu'une fille de la campagne ne connaît pas ces affaires-là dans le détail, et rougit quand on en parle devant elle ; et qu'elle en est moins bonne chrétienne, ou moins honnête pour ça ? Au contraire, je prétends, au contraire.
- Elle sembla méditer, puis reprit :
- Le vrai péché, c'est d'idéaliser tout ça. Alors... l'imagination s'excite. Et on se figure que parce qu'on emploie de grands mots, la chose qu'il y a en dessous change de nature. Peuh ! il vaudrait bien mieux avouer franchement que chez les chiens ou chez nous c'est tout à fait pareil. Rien ne m'horripile plus que les tirades sur l'amour." Elle faisait vibrer ironiquement l'l et l'm. " Aujourd'hui, tout de même, on n'ose plus raconter aux filles de ton âge (Jeanne de Saint-Papoul a 19 ans) que le mariage, ça consiste à se bécoter dans un wagon, et à chercher un appartement. Je n'ai pas craint avec toi de mettre quelquefois les points sur les i. Mais je ne suis pourtant pas bien sûre que, toutes jeunes filles modernes que vous vous croyiez, vous vous rendiez compte de ce que c'est au fond, hé oui ! cette fameuse affaire autour de laquelle on tourne tout le temps, pour soi-disant vous en réserver la surprise."
(...) Mademoiselle Bernardine se pencha vers Jeanne, prit l'air de quelqu'un qui va confier le suprême secret ; puis, à mi-voix, en surveillant les portes :
- Hé bien ! tu sais déjà, n'est-ce pas, que l'homme et la femme font quelque chose ensemble ? Ou plutôt que c'est l'homme qui fait quelque chose à la femme . Tu sais de quels organes il s'agit, n'est-ce pas ? Donc il ne t'est pas bien difficile de deviner exactement la vraie nature de l'acte... Ce que l'homme fait à la femme, tu me comprends..." elle parla presque à l'oreille, " ce qu'il fait dans la femme, c'est une ordure. (Les hommes de bonne volonté, Flammarion, volume I, 1954, pp. 383-384)

Bernardine de Saint-Papoul n'est pas plus stoïcienne que la tante imaginée par Maupassant dans la nouvelle à laquelle je faisais plus haut référence. Mais, alors que cette dernière visait par son éclairage matérialiste et nouveau du baiser, à en donner la maîtrise à sa nièce, la tante créée par Jules Romains ne prétend que transmettre à la femme dominée une conscience lucide de la domination.

Greguería nº 205

" Hay cosas con tapadera y cosas sin tapadera : el amor tiene tapadera y el azucarero también:"

" Il y a des choses avec couvercle et des choses sans couvercle : l'amour a un couvercle et le sucrier aussi."

mercredi 13 novembre 2019

Greguería nº 204

" El que fracasa en la vida es como una estación en la que ya no paran los trenes."

" Celui qui échoue dans la vie est comme une gare où ne s'arrêtent plus les trains."

mardi 12 novembre 2019

Greguería nº 203

" Si rebuscamos mucho en nuestro cerebro encontraremos un rincón con auténticos dibujos rupestres."

" Si nous fouillons beaucoup dans notre cerveau, nous trouverons un coin avec d'authentiques peintures rupestres."

lundi 11 novembre 2019

Greguería nº 202

" Dos maneras greguerísticas de decir eso : " Los alicates bailan flamenco " o "Bailaba como unos alicates."

" Deux manières gregueristiques de dire la même chose : " Les pinces dansent le flamenco " ou " Il dansait comme une pince."

dimanche 10 novembre 2019

Greguería nº 201

" Casi todos los letreros luminosos están neurasténicos."

" Presque toutes les enseignes lumineuses sont neurasthéniques."

samedi 9 novembre 2019

Greguería nº 200

" En las carnicerías cuelgan esos animales a los que se les ha vaciado hasta de la conciencia."

" Dans les boucheries sont accrochés ces animaux à qui on a tout enlevé, même la conscience."

vendredi 8 novembre 2019

Main courante.

Comme on parle en ce moment du film d'animation réalisé par Jérémy Capin et intitulé J'ai perdu mon corps, histoire d'une main seule sans son propriétaire, je pense à ce court récit de Ramón Gómez de la Serna, paru en 1935 dans Los muertos y las muertas y otras fantasmagorias (Editorial Cruz y Raya). En voici sans doute la première traduction en français :

" Le docteur Alejo est mort assassiné. Indubitablement, il est mort étranglé.
Personne n'était entré dans la maison, indubitablement personne, et bien que le docteur eût dormi avec le balcon ouvert, par hygiène, son appartement était tellement en hauteur qu'on ne pouvait pas supposer que l'assassin fût entré par là.
La Police ne trouvait pas la piste de ce crime et elle allait abandonner l'affaire, quand l'épouse et la bonne du mort arrivèrent épouvantées au commissariat. Sautant du haut d'une armoire était tombée sur la table, les avait " regardées ", les avait " vues " et après avait fui dans la chambre une main solitaire et vive comme une araignée. Là dans la pièce, elles l'avaient enfermée à clé.
Terrorisée, la Police était arrivée, avec le juge. C'était leur devoir. Ça leur coûta des efforts de partir à la chasse de la main mais ils le firent et tous l'attrapèrent seulement par un doigt, parce qu' elle était vigoureuse, comme si en elle résidait toute la force d'un homme fort.
Que faire d'elle ? Quelle lumière allait-elle verser sur l' événement ? Comment la juger ? De qui était-elle la main ?
Après un long moment, le juge eut l'idée de lui donner la plume pour qu'elle fît sa déclaration par écrit. Alors la main écrivit : " Je suis la main de Ramiro Ruiz, vilement assassiné par le docteur à l'hôpital et détruit avec acharnement dans la salle de dissection. Je lui ai rendu justice."

Pour les hispanisants, je joins le texte en espagnol :

" El doctor Alejo murió asesinado. Indudablemente murió estrangulado.
Nadie había entrado en la casa, indudablemente nadie, y aunque el doctor dormía con el balcón abierto, por higiene, era tan alto su piso que no era de suponer que por allí hubiese entrado el asesino.
La Policía no encontraba la pista de aquel crimen, y ya iba a abandonar el asunto, cuando la esposa y la criada del muerto acudieron despavoridas a la Jefatura. Saltando de lo alto de un armario había caído sobre la mesa, las había " mirado ", las había " visto ", y después había huido por la habitación, una mano solitaria y viva como una araña. Allí la habían dejado encerrada con llave en el cuarto.
Llena de terror, acudió la Policía y el juez. Era su deber. Trabajo les costó cazar la mano, pero la cazaron y todos le agarraron un dedo, porque era vigorosa como si en ella radicase junta toda la fuerza de un hombre fuerte.
¿Qué hacer con ella? ¿Qué luz iba a arrojar sobre el suceso? ¿Cómo sentenciarla? ¿De quién era aquella mano?
Después de una larga pausa, al juez se le ocurrió darle la pluma para que declarase por escrito. La mano entonces escribió: «Soy la mano de Ramiro Ruiz, asesinado vilmente por el doctor en el hospital y destrozado con ensañamiento en la sala de disección. He hecho justicia».

Greguería nº 199

" Freud : teoría del ojal que se escapó en busca de un botón lejano."

" Freud : théorie de la boutonnière s'échappant pour chercher au loin un bouton."

jeudi 7 novembre 2019

Greguería nº 198

" Dejó a su criado su última caja de cigarros para que recordase que su señor se había hecho humo."

" Il laissa à son domestique sa dernière boîte de cigares, pour lui rappeler que son maître s'était transformé en fumée."

mercredi 6 novembre 2019

Greguería nº 197

" Es tan atractivo el sol que suben a verle los rios : por eso tenemos la lluvia:"

" Le soleil est si attirant que les rivières montent pour le voir : pour cette raison nous avons la pluie."

mardi 5 novembre 2019

Greguería nº 196

" Se quitaba los guantes como si fuese a operar la conversación."

" Il enlevait ses gants comme s'il allait opérer la conversation."

lundi 4 novembre 2019

Greguería nº 195

" Estafa del desierto : burros disfrazados de camellos."

" Arnaque dans le désert : des ânes déguisés en chameaux."

dimanche 3 novembre 2019

Greguería nº 194

" Al no tener pistola pensó tirarse un tiro en la sien con un cuchillo."

" N'ayant pas de pistolet, il a eu l'idée de se tirer dans la poitrine avec un couteau."

samedi 2 novembre 2019

Greguería nº 193

" La cama está preparada como para hacernos la operación del sueño."

" Le lit est préparé comme pour nous faire subir l'opération du sommeil."

vendredi 1 novembre 2019

Greguería nº 192

" Escribir con lápiz es marcar solo la sombra de las palabras."

" Écrire au crayon, c'est indiquer seulement l'ombre des mots."

jeudi 31 octobre 2019

Greguería nº 191

" El que mejor traza una perpendicular es el que se tira del balcón a la calle."

" Celui qui trace le mieux une perpendiculaire est celui qui du balcon se jette dans la rue."

mercredi 30 octobre 2019

Greguería nº 190

" En el gato se despereza la S."

" Dans le chat, le S s'étire."

mardi 29 octobre 2019

Greguería nº 189

" A lo más, podemos contar con diez amigos en la vida : los diez dedos de las manos."

" Au plus, on peut compter sur dix amis dans la vie : les dix doigts de nos mains."

lundi 28 octobre 2019

Greguería nº 188

" Se amaban tanto, que hasta sus sueños eran idénticos, Por eso se separaron locos de celos, no pudiendo ella aguantar los sueños de él ni él los de ella."

" Ils s'aimaient tant que même leurs rêves étaient identiques. Aussi se séparèrent-ils fous de jalousie, elle ne pouvant pas plus supporter ses rêves à lui que lui, ses rêves à elle."

dimanche 27 octobre 2019

Greguería nº 187

" Las nubes también tienen besos cinematográficos."

" Les nuages aussi se donnent des baisers de cinéma."

samedi 26 octobre 2019

Greguería nº 186

" Los abanicos se caen : otoño del verano."

" Les éventails tombent : automne de l'été."

vendredi 25 octobre 2019

Greguería nº 185

" A Victor Hugo su esposa lo llamaba Víctor ; su amante : Hugo."

" Victor Hugo était appelé par sa femme, Victor et par sa maîtresse, Hugo."

jeudi 24 octobre 2019

Greguería nº 184

" No era espléndido más que en tarjetas de visita."

" Il n'était splendide que sur ses cartes de visite."

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