Les philosophes antiques à notre secours

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vendredi 28 novembre 2014

Découvrir la philosophie...

" À un âge encore tendre, ils (...) se sont laissé prendre par un seul discours, entendu pour la première fois, sur des sujets qu'ils ne connaissent pas ; alors ils jugent et quelle que soit la doctrine que les circonstances leur ont offerte, ils s'y fixent comme à un rocher. Ils disent bien qu'¡ls se fient à un homme qu'ils jugent être un sage, et je les approuverais, si des gens ignorants et incultes pouvaient en juger ; car il apparaît que c'est avant tout à un sage de décider qui est sage ; ils l'auraient pu s'ils avaient entendu le maître parler de tous les sujets, et s'ils avaient connu les opinions des autres ; mais ils jugent après l'avoir entendu parler d'un seul point et ils se rangent à l'autorité d'un seul. Je ne sais pourquoi la plupart des gens préfèrent se tromper et soutenir violemment l'opinion à laquelle ils sont attachés plutôt que de rechercher sans obstination des formules fermes et sûres." (Cicéron, Premiers Académiques, II, III, 8-9)

jeudi 27 novembre 2014

Portrait de Socrate en propriétaire.

La Fontaine a écrit une fable sur Socrate, étrange pour qui a en tête ce que Platon nous a appris de son maître.
Elle est intitulée Parole de Socrate, la voici :

« Socrate un jour faisant bâtir,
Chacun censurait son ouvrage.
L'un trouvait les dedans, pour ne lui point mentir,
Indignes d'un tel personnage ;
L'autre blâmait la face, et tous étaient d'avis
Que les appartements en étaient trop petits.
Quelle maison pour lui ! L'on y tournait à peine.
Plût au Ciel que de vrais amis,
Telle qu'elle est, dit-il, elle pût être pleine !
La bon Socrate avait raison
De trouver pour ceux-là trop grande sa maison.
Chacun se dit ami ; mais fol qui s'y repose.
Rien n'est plus commun que ce nom ;
Rien n'est plus rare que la chose. »

Cette fable (dont la première version est une fable de Phèdre) attribue à Socrate des propriétés amusantes car ne cadrant pas du tout avec celles qu'on lui connaît.
D'abord, lui qui n'a rien écrit et qui n'a bâti aucune philosophie, ressemble ici à Wittgenstein faisant construire une maison pour sa soeur : comme le philosophe viennois, Socrate en a fait les plans.
Ensuite, lui qui, dans les dialogues de Platon, passe sa vie à examiner les pensées des autres et y trouve toujours quelque chose à redire, voit dans la fable son oeuvre critiquée par tous. Et leur critique est sans reste : alors que dans Le Banquet, Alcibiade oppose la beauté du dedans de l'intériorité socratique à la laideur objective du dehors, ici autant la façade que l'intérieur sont condamnés : le côté privé ne rachète pas ce qui est exposé à la vue de tous.
Enfin, à lui qui s'est fait tant d'ennemis, il est reproché de ne pas avoir construit assez grand pour y faire entrer tous ses amis, la maison socratique devenant un avatar du Jardin d'Épicure. Certes le philosophe de la fable reconnaît que les amis sont rares, cependant, même peu nombreux, ils sont imaginés par nous l'entourant étroitement alors que dans notre esprit, c'est surtout au moment de sa mort imminente et en prison que ses amis se pressent à son entour.
Reste que la fable est grosso modo platonicienne ; en effet penser que les noms communs, comme amitié, beauté, justice,etc. s'appliquent vraiment aux choses qu'on est habitué à les faire désigner (tels amis, telles oeuvres belles, telles lois justes), c'est perdre de vue une des leçons de Platon : que les Essences (l'Amitié, la Beauté, la Justice etc.), accessibles à l'intellect seul, sont idéales et ne sont jamais que pâlement et impurement reflétées par les réalités sensibles et matérielles dont nous faisons l'expérience.

mercredi 26 novembre 2014

Un vent doté du libre-arbitre.

Dans Le Berger et la Mer de La Fontaine, je lis ces deux vers :

«  Et comme un jour les vents retenant leur haleine
Laissaient paisiblement aborder les vaisseaux  »

Malherbe, dans son Commentaire, relève, incrédule, l'exploit :

«  Si les vents étaient émus, comment retenaient-ils leurs haleines ? »

Et je pense à ces lignes de La généalogie de la morale de Nietzsche :

«  De même, en effet, que le peuple sépare la foudre de son éclat pour considérer l'éclair comme une action, effet d'un sujet qui s'appelle la foudre, de même la morale populaire sépare aussi la force des effets de la force, comme si derrière l'homme fort, il y avait un substrat neutre qui serait libre de manifester la force ou non. »(I, 13)

Dans la fable, pareil à l'homme fort imaginé par le peuple, le vent, libre de souffler violemment, se retient.
Plus sage apparemment que La Fontaine, le proverbe, lui, dit :

« On ne peut pas empêcher le vent de venter. »

Mais, lu avec l'oeil de Nietzsche, ce dicton reste pourtant bien trompeur car il a beau reconnaître que le vent souffle nécessairement, il fait néanmoins du vent le sujet d'une action, certes qu'il ne peut pas ne pas accomplir.

L'espagnol est moins équivoque que l'allemand ou le français : « il vente » (en allemand es windet) se dit « vienta », cette langue faisant ordinairement l'économie du pronom personnel, erroné philosophiquement, selon Nietzsche.

dimanche 23 novembre 2014

Si les lions peignaient non des dieux mais des hommes...

« Cependant si les bœufs, (les chevaux) et les lions
Avaient aussi des mains, et si avec ces mains
Ils savaient dessiner, et savaient modeler
Les œuvres qu'(avec art, seuls) les hommes façonnent,
Les chevaux forgeraient des dieux chevalins,
Et les bœufs donneraient aux dieux forme bovine :
Chacun dessinerait pour son dieu l'apparence
Imitant la démarche et le corps de chacun. »

J'ai déjà cité ce passage de Xénophane rapporté par Clément d'Alexandrie dans les Stromates (V, 110). Mais je découvre que La Fontaine a écrit une fable qui partage la même inspiration, c'est Le lion abattu par l'homme :

« On exposait une peinture,
Où l'Artisan avait tracé
Un Lion d'immense stature
Par un seul homme terrassé.
Les regardants en tiraient gloire.
Un lion en passant rabattit leur caquet.
Je vois bien, dit-il, qu'en effet
On vous donne ici la victoire.
Mais l'Ouvrier vous a déçus :
Il avait liberté de feindre.
Avec plus de raison nous aurions le dessus,
Si mes Confrères savaient peindre. »

Certes il y a au moins une grande différence : Xénophane fait comprendre que les hommes et les lions se tromperaient en s'imaginant pareils à eux Dieu, « en aucun cas (…) semblable aux mortels » (Stromates, V, 109). En revanche La Fontaine daube seulement sur la vanité humaine et c'est au lion que le lecteur du fabuliste donnera raison.
À notre époque de révision à la hausse des animaux, au-delà de toute mesure quelquefois, cette fable pourra flatter l'amour-propre trop humain des libérateurs des bêtes...

lundi 17 novembre 2014

Les Épicuriens vus par Épictète.

S'adressant à celui qui croit qu'il n'existe pas un autre bien que le plaisir, Épictète écrit :

" S'il en est bien ainsi, étends-toi et dors, mène la vie dont tu te juges digne, celle d'un ver : mange, bois, fais l'amour, va à la selle, ronfle." (Entretiens, II, 20, 10)

Inutile d'expliquer en quoi le stoïcien ici caricature la doctrine rivale (ne pas oublier toutefois que dans une bonne caricature, il y a une vérité sur le caricaturé !). On peut néanmoins se demander si le tableau qu'Épictète fait des épicuriens ne décrit pas certains de nos contemporains :

" Que veulent ces gens-là, sinon dormir sans être dérangés ni gênés, se lever en bâillant et se laver le visage, puis écrire et lire à leur fantaisie, puis bavarder quelque peu en se faisant complimenter par leurs amis pour ce qu'ils disent, puis partir à la promenade et, après s'être promenés un peu, se baigner, manger puis dormir, et sur quel lit doivent dormir de telles gens !" (ibid. III, 24, 39)

dimanche 9 novembre 2014

Se faire couper les parties ou la barbe, c'est tout un ! Plutôt en perdre la tête.

" (Un) athlète (...) était en danger de mort s'il ne se faisait couper les parties génitales ; son frère survint (mais l'athlète était philosophe), et il lui dit : " Eh bien ! mon frère, qu'attends-tu ? Coupons ces parties et retournons au gymnase ". Mais lui ne se résigna pas, il tint bon et mourut. Quelqu'un demanda à Épictète : " Comment s'est-il conduit ainsi ? Est-ce comme athlète ou comme philosophe ? - Comme un homme, répondit-il, mais un homme dont le nom avait été proclamé aux jeux d'Olympie, qui avait passé toute sa vie dans une telle position et qui n'était pas un client de Baton, le parfumeur. Un autre se serait laissé couper la tête, s'il avait pu vivre sans tête." Voilà comment on reste au niveau de son rôle ; telle en est la force chez ceux qui, d'eux-mêmes, ont l'habitude d'en tenir compte dans leurs décisions. " Eh bien ! Épictète, fais-toi raser." Si je suis philosophe, je réponds : " Je ne me ferai pas raser. - Alors je t'enlèverai la tête.- Si cela vaut mieux pour toi, enlève-la moi." (Entretiens, I, 2, 25-29)

Manifestement Épictète croit à l'essence de tel ou tel rôle, ce qui permet de définir univoquement les devoirs. Mais nous qui sommes troublés par l'ethnologie et par l'histoire au point de ne même plus pouvoir répondre à une question comme : " Quels sont les devoirs d'un père ?", comment pouvons-nous encore prendre au sérieux l'idée que l'essence du philosophe inclut la barbe ?
Comment faire le partage entre les devoirs absolus et les devoirs relatifs à tel ou tel contexte ?
Et pourquoi s'écrier "Plutôt mort que rasé !" vu que la barbe fait précisément partie des choses qui ne dépendent pas de nous ? Pourquoi ne pas répondre : " Tu auras beau défigurer autant que tu peux mon visage, moi, tu ne me défigures pas ! " ?

dimanche 2 novembre 2014

La plus haute politique n'est pas en fait une politique !

Dans sa Philosophie du jugement politique (1994), Vincent Descombes distingue l'opinion politique du jugement politique. À la différence de la simple opinion, le jugement a des “conséquences pratiques pour le sujet qui forme ce jugement”. Mais le problème se pose de déterminer sur quels événements il est légitime de former des jugements politiques. C'est alors que le philosophe se réfère au stoïcisme :

“ La position extrême, en ce domaine, est celle de la philosophe pratique qui domine largement la tradition occidentale et qui, en gros, est stoïcienne. Tout événement du monde devrait nous intéresser à titre politique, car tout être raisonnable est, en qualité d'être raisonnable, un citoyen du monde. Toute réaction sensée aux nouvelles du jour relèverait donc du jugement politique. “Je suis un citoyen du monde, rien de ce qui arrive ne me laisse indifférent. » Et tel est précisément le cosmopolitisme dont les philosophes fondationnaires voudraient pouvoir lire la charte rationnelle dans les conditions d'une conscience de soi (rationalisme monologique) ou dans les conditions d'une libre discussion (rationalisme dialogique). » (Points-Essais, 2008, p.10)

Pour être précis, prenons Épictète comme représentant du stoïcisme.Un passage des Entretiens est très éclairant, il est consacré au cynique qui, dans ce livre, est le sage accompli:

« Si c'est ton avis, demande-moi encore s'il doit faire de la politique. Imbécile, tu demandes une politique supérieure à celle qu'il pratique ? Préfères-tu qu'il aille à Athènes pour faire des discours sur les revenus et les ressources, lui qui doit s'entretenir avec tous les hommes, aussi bien à Corinthe et à Rome qu'à Athènes, non pas des ressources, des revenus, de la paix ou de la guerre, mais du bonheur et du malheur, de la chance et de la malchance, de l'esclavage et de la liberté ? Et c'est d'un homme pratiquant une si haute politique que tu demandes s'il doit faire de la politique ? Demande-moi aussi s'il doit être magistrat ; et à nouveau je te répondrai : fou, quelle plus haute magistrature, que celle qu'il détient ? » (III, XXII, 83-85)

Que le sage soit prêt à s'entretenir avec n'importe quel autre homme dans n'importe quelle autre cité que celle où il vit est une manifestation de ce cosmopolitisme auquel se réfère justement Vincent Descombes.
Mais quel sera le sujet de l'entretien ? Aucunement politique, mais éthique. Le problème ne sera pas : comment bien vivre entre Corinthiens ou entre Romains ou entre Athéniens, etc. ? Mais comment bien vivre en tant qu'être humain ?
Cela veut-il dire que le stoïcien ne s'intéresse pas aux événements politiques ?
C'est indiscutable que selon Épictète les événements politiques, ici ou ailleurs, ne font pas partie des choses qui dépendent de moi. Heureux ou malheureux, ils sont indifférents du point de vue du bien et du mal, du bonheur et du malheur, au point que le stoïcien, que fait parler Descombes, dirait plutôt : « Tout ce qui arrive me laisse indifférent ».
Mais n'y a-t-il pas une politique stoïcienne ? Descombes associe le cosmopolitisme stoïcien à deux types de rationalisme qui viseraient à fonder la politique. Or, le stoïcien n'a rien à fonder politiquement vu que tout État existant , tyrannique ou démocratique ou autre, est nécessaire dans les deux sens du terme (non-contingent et utile à l'ordre du monde).
Cependant, à la différence de l'épicurien, le stoïcien ne fait pas de l'apolitisme un dogme. Pourquoi ? Parce que, selon la place qu'il occupe dans la société, le stoïcien peut avoir affaire à la politique : son rôle politique est fixé alors par les règles du jeu politique ayant cours dans l'espace restreint correspondant à l'État dont il est le citoyen. Certes, ce qui distingue le stoïcien, c'est qu'il exerce sa fonction politique particulière en la subordonnant à une éthique universelle, cette éthique ne commandant pourtant aucune politique définie mais interdisant seulement une pratique non éthique de toute politique, quelles que soient les déterminations specifiques de chacune (Marc-Aurèle a persécuté les Chrétiens, à la stoïcienne, si on me permet l'expression).
Mais si le stoïcien est un esclave ou un étranger ? Il aura d'autres devoirs sociaux, aucun d'entre eux n'étant, vus l'état de la société et leur identité sociale, politique, au sens classique du terme du moins. Cependant, comme le magistrat stoïcien, ils auront à accomplir leurs tâches relatives en respectant les règles absolues de l'éthique ( qui sont les mêmes que celles de la vie heureuse et réussie).
La haute politique cosmopolitique est donc un engagement éthique universel, au-delà de toutes les frontières et au service de tous les hommes, quelle que soit leur identité sociale.

samedi 1 novembre 2014

Vivre sa vie !

Vincent Descombes (Le complément du sujet, 2004, p.386) :

“ (…) L'idée qu'un individu se fait de lui-même (ou comme on dit aujourd'hui de son “identité”) est une idée commune, une idée sociale.”

Alfred Jarry (Ubu enchaîné, Acte I, scène II, 1900) :

Les trois hommes libres : Nous sommes les hommes libres, et voici notre caporal.-Vive la liberté, la liberté, la liberté ! Nous sommes libres.- N'oublions pas que notre devoir, c'est d'être libres. Allons moins vite, nous arriverions à l'heure. La liberté, c'est de n'arriver jamais à l'heure -jamais, jamais ! Pour nos exercices de liberté. Désobéissons avec ensemble...Non ! Pas ensemble : une, deux, trois ! Le premier à un, le deuxième à deux, le troisième à trois. Voilà toute la différence. Inventons chacun un temps différent, quoique ce soit bien fatigant. Désobéissons individuellement – au caporal des hommes libres !
Le caporal : Rassemblement !
Ils se dispersent.
Vous, l'homme libre numéro trois, vous me ferez deux jours de salle de police, pour vous être mis, avec le numéro deux, en rang. La théorie dit : Soyez libres ! - Exercices individuels de désobéissance... L'indiscipline aveugle et de tous les instants fait la force principale des hommes libres.- Portes...arme ! Les trois hommes libres : Parlons sur les rangs. - Désobéissons.- Le premier à un, le deuxième à deux, le troisième à trois. -Une, deux, trois ! Le caporal : Au temps ! Numéro un, vous deviez poser l'arme à terre ; numéro deux, la lever la crosse en l'air ; numéro trois, la jeter à six pas derrière et tâcher de prendre ensuite une attitude libertaire. Rompez vos rangs ! Une deux ! Une, deux !
Ils se rassemblent et sortent en évitant de marcher au pas. »

vendredi 31 octobre 2014

La mondialisation des malheurs et le stoïcien.

" Ne sais-tu pas bien que, dans un long intervalle de temps, des accidents nombreux et variés doivent se produire, que tel succombe à la fièvre, tel autre à un brigand, tel autre à un tyran ? Le milieu physique et les êtres qui nous entourent en sont causes : le froid et la chaleur, une nourriture mal choisie, des voyages, une traversée causent la perte de l'un et l'exil de l'autre, envoient l'un en ambassade, l'autre à l'armée. Reste donc assis dans l'effroi de tous ces accidents, plein de chagrin, infortuné, malheureux, dépendant d'autres choses, non pas d'une ou de deux, mais de milliers de milliers." (Entretiens, III, XXIV, 28-30, La Pléiade, p.1023)

jeudi 30 octobre 2014

Que gagne- t-on à connaître un stoïcien ?

"Monsieur, n' insultez pas au malheur d' Épictète" Ubu Cocu Alfred Jarry

Kant a défendu qu' il est immoral de considérer un être humain seulement comme un outil. Or un passage des Entretiens d'Épictète permet de soutenir la thèse suivante : le sage est un outil possible pour autrui. Le philosophe vient de s ' adresser à un homme qui ne peut rien faire sans ses esclaves : toute une équipe s ' occupe de lui ("ton masseur s ' approche (de tes serviteurs) et leur dit : " Change-le de place, donne- moi son dos, tiens- lui la tête, présente- moi son épaule"." Certes ce richard est bien immoral mais s ' il rectifiant sa conduite, il aurait une fonction auprès des autres :

" Pourquoi t ' es- tu rendu tellement inutile et vain que personne ne veut te recevoir chez lui ni s ' occuper de toi ? Quand on trouve un outil en bon état qui a été jeté dehors, on le ramasse et l ' on y voit un profit ; mais pour toi personne ne croira y gagner et l ' on croira même y perdre. Ainsi tu ne peux même pas rendre le service que rendent un chien ou un coq. "

Pas de mystère en fait : dans cette philosophie finaliste, l'homme, comme l'animal, a une fonction naturelle qu'il exerce s'il a développé au mieux sa nature. Si le maître est immoral, c'est moins parce qu'il utilise les autres que parce qu'il ne s'en sert pas comme il devrait s'en servir. Ce n'est pas incompatible avec le stoïcisme de se faire masser par une foule d'esclaves mais ca l'est d'y voir un bien, alors que le seul bien est de parvenir à jouer son rôle d'homme (ce qui est compatible avec la fonction sociale la plus modeste mais n'est pas impliqué par la fonction la plus prestigieuse).

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