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dimanche 1 mai 2005

Mais qui est donc Timon de Phlionthe ?

« L’on dit qu’Aratos lui demanda comment l’on pouvait se procurer un texte sûr des poèmes d’Homère, et qu’il répondit : « En lisant les vieilles copies, et non pas les copies d’aujourd’hui qui ont été corrigées. » (IX, 113)
On pourrait appliquer à la connaissance de tous ces philosophes antiques et précisément de lui-même ce que Timon dit à propos d’Homère. Voici deux énigmes le concernant que la philologie savante et contemporaine a résolues en sa faveur, si on peut parler ainsi :
-première énigme : de quoi, de qui était-il l’ami ? Certes de la sagesse, dira-t-on conventionnellement et étymologiquement. Mais encore ?
« Antigone dit qu’il était aussi l’ami des poètes » (IX, 110)
Quoi de moins étonnant ! Mais Jacques Brunschwig admet qu’il a fait un choix qui ne va pas de soi, vu les précautions qu’il prend pour le justifier :
« Avec les encouragements de M.P., (on ne reçoit des encouragements que quand on prend un risque, non ?), et compte tenu du contexte, nous corrigeons le texte des manuscrits, philopotes (« amateur de boisson ») en philopoietés (« ami des poètes »). La réputation rabelaisienne de Timon a pu favoriser une mélecture d’abréviation (il ne faut donc pas que les traducteurs aient systématiquement remplacé potes par poietes pour que ladite réputation puisse être objectivement mentionnée) » (note 4, p.1140)
Rendons tout de même justice à Brunschwig car, sans l’ajout du ie, on lirait le texte suivant :
« Antigone dit qu’il était l’ami du vin et que, lorsque les philosophes (c’est cette fois Richard Goulet qui suggère à notre traducteur mais sans succès cette fois à première vue de « compléter le texte de façon que le sens soit « les écrits philosophiques ») lui laissaient quelque loisir, il composait des poèmes : de fait, il a écrit des poèmes tragiques, des drames satiriques (trente pièces comiques et soixante pièces tragiques), des Silles et des Images. » (ibidem)
Sacrilège, j’imagine Timon délaisser quelque banquet bien arrosé et philosophiquement fréquenté pour se livrer à l’écriture de la poésie. Pourquoi pas finalement ?
-deuxième énigme : était-il un pornographe ? La question se pose à propos du titre Images donné à une œuvre désignée dans le manuscrit par le mot kinaídous, qui désigne des poèmes pornographiques. Or le traducteur, s’appuyant sur l’érudition du même Michel Patillon, transforme kinaídous en indalmous, retrouvant alors un titre fameux et déjà plusieurs fois cité dans les Vies. Ouf !. La justification a cette fois un petit goût de réchauffé, sauf le respect que je dois à cet excellent helléniste qu’est Jacques Brunschwig :
« La déformation pourrait provenir d’une dittographie de kai abrégé et de mélectures d’onciales (M.P). De plus, le caractère gaillard et sarcastique de Timon pourrait expliquer qu’on lui ait facilement attribué des penchants pour le vin et pour les obscénités » (note 7).
Ça ne m’aurait pas gêné que Timon le sceptique soit porté sur les gauloiseries : elles ne sont pas davantage condamnables que non-condamnables, n’est-ce pas ?

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