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vendredi 22 janvier 2016

Philosopher sous l'Occupation (3)

Au bac 1943, peu de citations sont données à commenter. Mais, Pétain à part, quels sont donc les auteurs convoqués ? À Nancy, c'est un "psychologue contemporain" qui prête à réfléchir à travers ses lignes :
" L'habitude est un facteur essentiel du comportement le plus intelligent, le plus plastique. Tout comportement intelligent aboutit sans cesse à de nouvelles habitudes. Savoir monter des mécanismes, c'est faire économie d'effort, et c'est créer l'outil nécessaire au travail."
Qui est donc ce psychologue ? Je crois que Google va m'aider mais ce texte a beau se retrouver sur un site payant d'aide à la dissertation, il reste sans auteur déterminé.
Passons à l'autre texte que les candidats de Nancy pouvaient travailler :
" La liberté morale, comme tout ce qui a quelque valeur en ce monde, doit être conquise de haute lutte et sans cesse défendue... Nul n'est libre s'il ne mérite d'être libre, la liberté n'est ni un droit ni un fait : elle est une récompense."
Le candidat apprend que c'est une pensée de M. Payot, tirée de son Éducation de la volonté. Je relève que - ce n'est pas anodin sans doute - le titre n'est pas donné au complet, le voici sans censure : Éducation de la volonté morale laïque et solidarité. Itinéraire intellectuel et combats pédagogiques au cœur de la IIIe République C'est un livre déjà ancien (1895), écrit par un philosophe-pédagogue, radical et laïcard, mort en 1940. Au bac 2016, on ne pourra pas donner de texte d'un philosophe plus contemporain que Michel Foucault, mort il y a 32 ans.
Si le candidat d'Annecy a en tête les lignes de Pétain, il rapprochera Payot de Pétain car les deux font de la liberté une conquête. Pétain y parlait sans préciser de la liberté, Jules Payot ici traite de liberté morale, c'est bien du point de vue du régime. Et gare aux candidats qui confondraient liberté morale et liberté politique !
En philo-sciences à Nancy, ils avaient aussi deux textes et encore une fois, un des deux est anonyme, le voici :
" Il faut bien remarquer que les faits et les lois ne sont pas radicalement distincts. Whewell, le premier, je crois, a fait justement remarquer que les vues théoriques établies par une génération d'hommes deviennent, quand elles sont bien consolidées, les faits sur lesquels travaille la génération suivante et sur lesquels elle bâtit de nouvelles hypothèses. L'existence de l'air a dû être une idée explicative avant d'être un fait. Les lois de Képler sont devenues, un siècle plus tard, les faits sur lesquels s'appuyait la théorie de Newton."
Je reviens encore bredouille de la chasse à l'auteur ("logicien contemporain") de ce texte d'épistémologie, au demeurant bien contemporain de nous-mêmes par son insistance sur la dimension théorique des faits,
Le second texte est convenu en comparaison :
" La philosophie est un principe de force intellectuelle, parce qu'elle complète et couronne les études scientifiques ; elle est un principe de force morale parce qu'elle complète et couronne les humanités."
Comme s'ils avaient saisi la différence de portée entre les deux textes, les responsables des sujets ont appelé le premier pensée, et le second mot.
Il est d' Élie Rabier (1846-1932), agrégé de philosophie, directeur de l'enseignement secondaire en 1889. Mais cet homme mérite un billet à lui tout seul...

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