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mercredi 2 février 2005

Peut-on aimer d'amour sans désir ?

Je ne suis pas un antiquaire. Ce qui m'intéresse dans le texte de Lucrèce, ce n'est pas qu'il ait plus de 2000 ans mais qu'il donne encore malgré le temps passé matière à s'interroger. Aussi ne vais-je pas m'attacher aussi longuement aux dernières considérations du livre IV. Lucrèce prétend y répondre aux questions suivantes : pourquoi les enfants ressemblent-ils physiquement à leur père ou à leur mère ou aux deux ? Pourquoi les hommes sont-ils stériles ? Comment remédier à la stérilité ?
Je veux juste reprendre l'explication de la stérilité, tant elle est exemplairement épicurienne. J'appelle exemplairement épicurienne une explication qui, au lieu de chercher des raisons, identifie des causes ; ainsi les hommes stériles croient que leur mal est produit par des intentions divines, d'où sacrifices et consultations d'oracles ; Lucrèce leur apprend, en très fidèle disciple de son maître, que leur infécondité n'a qu'une cause : la mauvaise qualité de la semence.
J'ai toujours aimé assister à cette entreprise de déculpabilisation à laquelle se livrent les penseurs de cette école. Ne cherchez pas du sens où il n'y en a pas ! Vous n'avez pas à vous racheter, à vous punir ! Étudiez plutôt la science !
On peut le dire tout autrement : les dieux ne s'occupent pas des hommes mais d'eux-mêmes et de leur bonheur !
Un mot sur les remèdes de la stérilité : on parlera donc non de prières mais de mouvements et de positions. Voilà du bon matérialisme, attentif à la physique du jet !
Retient aussi mon attention l'opposition entre les épouses et les courtisanes : celles-ci ont des mouvements lascifs à la double finalité, contraceptive et hédoniste. " Nos épouses n'ont donc aucun besoin de ça" (Pautrat). Bien vieille idée que cette division du travail sexuel.
Enfin ces dernières lignes étonnantes, répondant sans doute à la question : peut-on aimer une femme qu'on ne désire pas ?
" Et si de temps en temps, un petit laideron (Clouard : une femmelette sans beauté) est aimé, ce n'est pas que les dieux l'ont voulu ni parce que Vénus a usé de ses flèches. Car c'est la femme même, et par ses actions, par sa docilité (Clouard : ses aimables manières) et le soin de son corps qui, à vivre avec elle, aisément t'accoutume. L'habitude, sur ce, fait le lit de l'amour ; car une chose heurtée d'un coup même léger, dès lors qu'il est fréquent, se voit pourtant vaincue à la longue et fléchit. Ne vois-tu pas aussi comme des gouttes d'eau tombant sur un rocher font à la longue un trou à travers le rocher ?"
Cette ultime apparition féminine du livre IV, c'est la seule femme responsable de l'amour qu'elle fait naître chez l'homme : ni désirée (Vénus n'a pas utilisé ses flèches), ni désirante, seulement propre, gentille, facile à vivre, serviable, douce. Sans fureurs utérines et sans démonstrations, elle prend au piège, presque mécaniquement, par la répétition jour après jour de sa manière de vivre. Sans bataille, elle a gagné la guerre. Mais la métaphore de l'érosion qui détruit évoque tout de même un homme petit à petit usé..

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