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vendredi 1 juin 2007

Démocrite : on n’est pas philosophe de père en fils.

Il me semble qu’il y a une position démocritéenne concernant le fait d’avoir des enfants. On pourrait la présenter ainsi :
a) faire des enfants est une contrainte naturelle que les hommes partagent avec les animaux :
« Les enfants évidemment, c’est aussi le fait des autres animaux : c’est la nature qui les pousse tous à avoir des descendants, sans considération aucune de l’utilité. »
b) mais la naissance de la progéniture est source de tracas et de douleurs autant pour les bêtes que pour les humains :
« Une fois nés, leurs parents peinent à nourrir chacun de leur mieux, tremblent pour eux tant qu’ils sont petits, et souffrent si quelque mal leur arrive. Telle est en effet la disposition naturelle de tous les êtres animés. »
« Elever des enfants est chose difficile : réussir en la matière implique bien des combats et des soucis, y échouer apporte un chagrin sans égal. » (un autre fragment laisse penser tout de même que l’éducation n’est pas nécessairement un échec : « on peut sans engager de grandes dépenses donner de l’éducation à ses enfants et par là élever autour d’eux un rempart salautaire pour leurs biens et pour leurs vies. »)
« J’observe dans le fait d’avoir des enfants beaucoup de risques considérables et beaucoup de soucis, pour un rendement faible, et sans consistance ni valeur. »
c) le mieux est donc de ne pas engendrer :
« A mon avis il ne faut pas avoir d’enfants »
d) pourtant les hommes veulent en avoir et la contrainte naturelle est donc aussi « une institution primitive »
« Les hommes rangent au nombre des choses nécessaires, à ce qui leur semble, d’avoir des enfants (…) Pour l’homme (Démocrite oppose la douloureuse situation parentale vécue autant par les animaux que par les hommes à l’opinion spécifiquement humaine qu’il va présenter), une opinion commune prévaut désormais, selon laquelle sa descendance doit lui être de quelque profit. »
Ainsi engendrer n’a pas seulement des causes mais aussi des (mauvaises) raisons.
e) dans ces conditions, le moindre mal est d’adopter :
« Qui voudrait avoir un enfant ferait mieux, à mon avis, d’adopter le fils d’un de ses amis. Ainsi aura-t-il un enfant conforme à son désir; car il le choisira tel qu’il le voudra. Aussi devra-t-il être, à son sens, d’un caractère obligeant, surtout s’il est naturellement obéissant. La grande différence est que de cette façon on peut, parmi beaucoup d’autres, adopter un enfant conforme à ses désirs ; alors que, si l’on en a un de soi, les risques sont nombreux : car on est forcé de le prendre tel qu’il est. »
Pour Démocrite donc, désir d’enfant ne rime pas avec enfant désiré, ce dernier devant avoir tous les traits du disciple et ne valant que comme nature prédisposée à donner les fruits de la bonne éducation philosophique.
Mais à dire vrai ce qui me frappe le plus dans ces lignes, c'est la reconnaissance d'une expérience de la parenté partagée par les hommes et les bêtes. Comme on est loin des animaux-machines !
Tous les textes cités ont été recueillis par Stobée dans son Florilège.

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