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dimanche 4 mai 2014

Peuples d'hier et d'aujourd'hui.

Fustel de Coulanges dans La cité antique (1864) écrit :
" Il faut bien reconnaître que les anciens ne se sont jamais représenté Dieu comme un être unique qui exerce son action sur l'univers. Chacun de leurs innombrables dieux avait son petit domaine ; à l'un, une famille, à l'autre une tribu, à celui-ci une cité : c'était là le monde qui suffisait à la Providence de chacun d'eux. Quant au Dieu du genre humain, quelques philosophes ont pu le deviner, les mystères d'Éleusis ont pu le faire entrevoir aux plus intelligents de leurs initiés, mais le vulgaire n'y a jamais cru. Pendant longtemps l'homme n'a compris l'être divin que comme une force qui le protégeait personnellement et chaque homme ou chaque groupe d'hommes a voulu avoir son dieu. Aujourd'hui encore chez les descendants de ces Grecs, on voit des paysans grossiers prier les saints avec ferveurs ; mais on doute s'ils ont l'idée de Dieu ; chacun d'eux veut avoir parmi ses saints un protecteur particulier, une Providence spéciale. À Naples chaque quartier a sa Madone ; le lazzarone s'agenouille devant celle de la rue, et il insulte celle de la rue d'à côté ; il n'est pas rare de voir deux facchini se quereller et se battre à coups de couteau pour les mérites de leurs Madones. Ce sont là des exceptions aujourd'hui, et on ne les rencontre que chez certains peuples et dans de certaines classes. C'était la règle chez les anciens." (Paris, Hachette, 1866, p. 188-189)
En 2014, on peut encore écrire avec raison : à Séville, chaque quartier a sa Madone.
Quand, à l'occasion des fêtes de Pâques, il arrive que des processions (pasos) de différentes confréries , venant de différentes églises et portant chacune (la statue d') une Vierge différente, se croisent, aucune des Vierges ne veut avoir le dessous et c'est aux porteurs, par un soulèvement plus long, aux chanteurs, par une expression plus religieuse, de défendre son honneur.

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