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dimanche 3 mars 2013

Les limites de la philosophie ou philosopher sans fantasme ni fantaisie.

Dans son excellent Au cœur de la raison, la phénoménologie (2010), où phénoménologie et philosophie analytique sont, on ne peut plus honnêtement, confrontées, Claude Romano écrit :
« En philosophie – tel est peut-être le problème, mais c'est un problème qu'il faut pouvoir reconnaître et affronter – il n'y a ni commencement ni fin au logon didonai (donner des raisons, c'est moi qui traduis). C'est pourquoi toute méthode dogmatique qui prétendrait disposer d'un procédé exempt de toute présupposition et susceptible de nous procurer des vérités soustraites à tout doute possible n'est qu'une fantaisie de philosophie et un fantasme de méthode. » (p.426)
Dit autrement, en philosophie, on partirait toujours de prémisses sinon discutées de fait mais discutables en droit pour arriver à des conclusions ayant la même caractéristique. Les discuter pourrait revenir ou à mettre en évidence que, vues les prémisses, elles ne sont pas contraignantes ou à douter de la vérité des prémisses ou, le pire, à souligner qu'elles sont des conclusions non contraignantes de prémisses contestées.
Cette argumentation méta-philosophique appartenant à la philosophie, elle serait elle-même fondée sur des prémisses fragiles et apporterait des conclusions elles-mêmes douteuses.
Bien plus, de ces réflexions, on ne pourrait pas déduire la vérité du scepticisme car, comme toute argumentation philosophique il serait alors fragilisable autant au niveau de ses présupposés que de ses conclusions.
Reste que le scepticisme sur le scepticisme est une version non dogmatique du scepticisme : n'est-ce pas la justification de l'aphasie au sens philosophique, c'est-à-dire de la volonté de ne défendre aucune thèse philosophique ?
Ces lignes ont pour but de clarifier ce que peut vouloir dire « affronter » le problème relevé par Claude Romano : manifestement l'auteur ne l'entend pas de manière sceptique car il continue ainsi :
« (…) Il n'y a qu'une façon en philosophie de mettre au jour des vérités essentielles : au moyen d'arguments plus puissants et plus convaincants (…) l'unique méthode possible en philosophie, celle de la discussion raisonnée, donc de la critique des conceptions concurrentes. »
Oui, mais ces avancées argumentatives ne seront, s'il a raison, puissantes qu'un temps. À malin, malin et demi. Ce serait un des proverbes qui rendrait intelligible l'histoire de la philosophie. Donc affronter le problème en ce sens ne voudrait pas dire le régler.
Il pourrait être le problème insoluble du philosophe, qui recherche la vérité mais qui, par cet amour même, est conduit à reconnaître les limites d'une telle recherche.
Cependant ce serait in petto que le philosophe devrait se dire ces limites, car la tentation de finir une fois pour toutes avec le doute consubstantiel en philosophie serait, dans ce cadre-là, bien vaine encore. En s'appuyant sur cette connaissance lucide des limites de la philosophie et en essayant de connaître, grâce à elle, la philosophie du point de vue de Dieu, le philosophe ne produirait, en se contredisant en plus, qu'une philosophie de la philosophie parmi d'autres.
Bien sûr on pourrait contester la prémisse de Romano : toute argumentation philosophique ne serait pas contrainte de partir de prémisses contestables. Mais ce serait de nouveau philosopher en un sens à la mode cartésienne, ce qui ne veut pas dire bien sûr partir du cogito. Mais qui y croit encore ? Est-ce donc un fantasme ?

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