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vendredi 29 janvier 2016

Philosopher sous l'Occupation (6) : les candidats au bachot devaient-ils ou non penser par eux-mêmes ?

Dans l'académie de Grenoble, en 1943, alors que les candidats de la série Philosophie-Lettres pouvaient méditer sur une pensée pétainiste, ceux de la série Philosophie-Sciences avaient comme troisième sujet : "les preuves de l'existence de Dieu". Rien de moins étonnant.
En revanche m'intrigue le fait qu'à la session de septembre-octobre de la même année à Lille, l'intitulé à destination des littéraires est sensiblement distinct :
" Examinez de façon personnelle les preuves de l'existence de Dieu."
Pour cause de documentation insuffisante, malheureusement, je ne sais comment interpréter une telle différence qui fait de ce sujet une exception (sur les presque 200 sujets des deux sessions, seul un autre, à Poitiers et pour les littéraires encore, lance une invitation du même type : " La conscience morale n'est-elle qu'une conscience plus approfondie de soi-même que la conscience psychologique banale, ou est-elle une voie d'accès infaillible à des réalités objectives qu'elle permettrait, à elle seule, de définir sans erreur ? Exposez la question en toute liberté ".)
Ces deux sujets explicitent-ils l'implicite de tous les autres ou innovent-ils en se démarquant d'une pratique plus impersonnelle de la dissertation ?
On notera que cet appel à l'expression de sa pensée propre se fait dans le cadre de deux domaines (religion et morale) où le candidat peut craindre de manifester sa liberté de pensée ( surtout en 1943 ?). Mais pourquoi alors le sujet de Lille venant après celui déjà présenté ne s'accompagne-t-il pas du même encouragement ? En effet on demande au candidat " ce qui pourrait nous faire croire à la survivance de l'esprit ".
En fait, la finalité de chacun de ses sujets est variable et de l'ensemble se dégage quelque chose d'instable.
Alors qu' aujourd'hui, c'est clair, on pousse le candidat à construire une copie instruite mais personnelle quel que soit le sujet choisi, en 1943, on semble tantôt demander la présentation d'un savoir et tantôt l'évaluation raisonnable d'une multiplicité d'opinions. Prenons le deuxième sujet des scientifiques à Grenoble en sept-oct. :
" L'association des idées. Son rôle dans la vie mentale."
L'élève est tenu de présenter des connaissances vraies sur un problème de psychologie. Même requête à Lyon :
" Fonctions et règles de la classification dans les sciences naturelles." (philosophie-sciences)
Mais entre ces deux sujets et les précédents invitant l'élève à prendre position, beaucoup sont ambigus :
" Quels rapports pouvez-vous établir entre l'échec et la faute ?" (Paris, philosophie-sciences)
Mais ai-je raison de croire que l'épreuve est désormais sortie de cette ambiguïté ?

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