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vendredi 4 février 2005

À quoi servent donc les lois ?

C'est sur le Droit que je vais écrire aujourd'hui. À propos duquel les lettres d'Épicure ne disent quasiment rien, excepté, dans celle adressée à Ménécée, le très elliptique passage suivant : "on ne peut vivre avec plaisir sans vivre avec prudence, honnêteté et justice ni vivre avec prudence, honnêteté et justice sans vivre avec plaisir."
C'est étrange d'associer les apparentes contraintes du Droit à l'expérience du plaisir, tant on est porté à penser souvent la jouissance comme effet d'une transgression des lois ou de la morale, voire même des deux. Si l'on comprend assez aisément qu'on court le risque de la peine et de la douleur à ne pas respecter les normes juridiques, en revanche comment penser que rechercher le plaisir n'entraîne pas au moins quelquefois l'injustice mais tout au contraire la justice, et ceci toujours !
Pour cela il suffit de penser cette satisfaction comme le plaisir purifié de toute douleur, celui qui accompagne la satisfaction naturelle des désirs naturels. Qu'est-ce qui m'amène en effet à violer la loi si un rien suffit à mes besoins, si la vérité à laquelle j'aspire est là, déjà possédée, en mon esprit, si mes amis m'entourent, si ma sexualité ne me tyrannise pas mais attend sagement l'occasion d'une relation simple ?
D'où viennent les meurtres, les viols, les vols et autres méfaits, sinon de l'amour, de la cupidité, de l'ambition, de la sexualité déréglée, enfin des mille et un désirs qui travaillent les hommes ignorants les conditions de la vie en paix ?
À coup sûr, des Épicuriens entre eux n'auraient pas besoin de Droit pour régler leurs rapports mais voilà, ils ne sont pas seuls, il y la foule autour d'eux. Stobée dans son Florilège rapporte que "les lois sont sont établies pour les sages, non pas afin qu'ils ne commettent pas d'injustice, mais afin qu'ils ne la subissent pas." Mais ce texte n'est pas à ce sujet une source de première main ; Épicure, semble-t-il, ne réduit pas le Droit à un instrument au service du bonheur de l'élite des sages, mais, même s'il a la finalité d'organiser conventionnellement les rapports humains en général en vue d'éviter les nuisances réciproques, il a indubitablement aussi cette fonction. Le sage peut quitter la communauté de ses amis et ne pas craindre pour sa sécurité s'il vit dans le cadre d'un Droit bien pensé.
Même si, à ma connaissance, aucun texte d'Épicure ne relie explicitement les affaires publiques au Droit, on peut faire l'hypothèse que, dans un de ses trois cents livres aujourd'hui disparus, fut exprimée l'idée que les hommes politiques, même s'ils ne sont pas à envier, tant leurs désirs sont vains et sont donc sources de souffrances, sont indispensables en tant qu'ils font les lois. Pourtant Plutarque dans son ouvrage Contre le stoïcien Colothèsécrit que "les Épicuriens ne parlent des hommes politiques que pour s'en moquer et réduire leur gloire à néant (...) et se demandent quel besoin Épaminondas avait de faire une invasion dans le centre du Péloponnèse, et pourquoi il ne restait pas chez lui le chef couvert d'un bonnet de feutre et donnant tous ses soins à son ventre."
Mais enfin, si les politiques devenaient casaniers, qui protégerait les sages de la menace des insensés ?

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